1980

Jean est parti comme il vivait
Avec ce que seul il savait
En passant par dessus la route
Pour s’évader encore sans doute.

 

 

Le site est en cours de restauration après une longue série de cyberattaques commencée en 2015 (russes semble-t-il, mais c’est un peu curieux… ne s’agirait-il pas d’une couverture ?). Cela confirme encore une fois que la culture et l’histoire écologistes sont toujours frappées par la censure.

 

 

Une mémoire du mouvement écologiste – 6ème partie

 

De nouvelles « Assises de l’Ecologie » tenues à Lyon en mai 1980 furent un autre grand moment du sabotage du mouvement social.

Je m’y suis rendu avec Hervé le Nestour et Christine Simon pour tenter à nouveau de rassembler les alternatifs.

Cette réunion de Lyon fut entièrement manipulée par les entristes du capitalisme (Lalonde-Forbes et Carlier-Monod) et par les ex-gauchistes en quête d’un nouveau nid qui se disputaient le naïf troupeau écologiste. Enfin, ce qu’il en restait. En lutte pour le pouvoir, mais solidaires dans la mise hors d’état d’agir des alternatifs, tous ces confiscateurs capitalistes des moyens de réflexion, d’expression et d’action du peuple, autrement dit : de l’expression de l’intelligence collective et de la démocratie, y ont soigneusement veillé à interdire de parole les écologistes qui commençaient à identifier leurs motivations.

A la tribune officiait un nouveau venu qui démontra un professionnalisme acquit chez les trotskistes : Yves Cochet. L’un de ces gauchistes qui, depuis le début des années 1970, s’illustraient comme supplétifs des ennemis capitalistes de l’écologisme. Poseur et blablateur incontinent, il faisait monter le niveau de la sono pour couvrir nos voix et prétendait nous faire sortir – nous, c’est à dire au moins deux des lanceurs du mouvement en France ! Il organisa même une cabale spécialement dirigée contre moi, sous le prétexte très politique de mon physique sportif. Un petit soldat remarquablement dévoué à l’opération d’étouffement du mouvement alternatif et d’effacement de sa culture, en langage de l’époque : la nouvelle gauche et la contre-culture, ce Cochet. La réussite politicienne qu’il a connue ensuite démontre combien son stakanovisme a été apprécié en haut lieu et, du même coup, révèle l’ampleur de la mystification.

A Lyon en 1980, comme à Versailles, un phénomène spectaculaire témoigna de la force de l’organisation du sabotage du mouvement social et de l’effondrement de celui-ci : la censure des anciens du mouvement ne suscita aucune émotion particulière. Les autres anciens compagnons présents (bien peu) étaient réduits au silence et au suivisme par l’allégeance aux nouveaux maîtres et l’envie de faire carrière. Aussi, sur deux à trois cents spectateurs (plutôt que participants), personne n’eut la présence d’esprit et la force de protester ; au contraire, à la demande de Cochet, la plupart nous huèrent. Ils étaient déjà formatés par la propagande, ne connaissaient plus la culture alternative, et avaient perdu la capacité de penser par eux-mêmes et de réagir. Ils étaient comme fascinés par les imposteurs qui les menaient comme un public de meeting politicien. Alors, nous nous emparâmes des murs de la salle que nous couvrîmes d’affiches faites sur place présentant les bases de l’alternative et nos propositions, réussissant enfin à réveiller un moment les gens sincères encore présents. Mais, les manifestations d’intérêt furent sans lendemain. La révélation de la confiscation des pouvoirs et du détournement du mouvement ne souleva pas une émotion suffisante pour se traduire en action. Les nouveaux écologistes n’avaient pas la force de se battre pour leurs convictions, ni même de soutenir ceux qui résistaient. Et la propagande fit le reste. Les réducteurs de l’alternative écologiste étaient trop lourdement soutenus pour être inquiétés même par les lanceurs de l’alerte, puisque ceux-ci étaient déjà censurés par tous les médias, y compris l’APRE hebdo et Ecologie, et ne pouvaient plus dénoncer l’imposture et débattre publiquement de la culture alternative.



Les premiers acteurs du mouvement conspués par des ignorants manipulés, l’histoire effacée, la culture alternative (conviviale) supplantée par la culture dominante… Lyon 1980 démontrait la réussite complète de l’OPA des ex-gauchistes et des toujours entristes du capitalisme (Lalonde et ses supporters) sur l’écologisme.

Le coup de force contre l’AG des Amis de la Terre en juin 1972, l’éviction des alternatifs à l’occasion de la campagne avec René Dumont, l’exclusion de l’assemblée de Versailles en 1979, la censure appliquée par les médias, et la censure en direct lors de cette réunion de Lyon, montrent comment se sont constitués les partis à prétention écologiste et de quoi sont faites les carrières de ceux qui les ont accompagnés.

 

Les grenouilles se lassant
De l’état démocratique,
Par leurs clameurs firent tant
Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique.
Il leur tomba du ciel un roi tout pacifique:
Ce roi fit toutefois un tel bruit en tombant,
Que la gent marécageuse,
Gent fort sotte et fort peureuse,
S’alla cacher sous les eaux,
Dans les joncs, les roseaux,
Dans les trous du marécage,
Sans oser de longtemps regarder au visage
Celui qu’elles croyaient être un géant nouveau.
Or c’était un soliveau,
De qui la gravité fit peur à la première
Qui, de le voir s’aventurant,
Osa bien quitter sa tanière.
Elle approcha, mais en tremblant;
Une autre la suivit, une autre en fit autant:
Il en vint une fourmilière;
Et leur troupe à la fin se rendit familière
Jusqu’à sauter sur l’épaule du roi.
Le bon sire le souffre et se tient toujours coi.
Jupin en a bientôt la cervelle rompue :
«Donnez-nous, dit ce peuple, un roi qui se remue.»
Le monarque des dieux leur envoie une grue,
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe à son plaisir;
Et grenouilles de se plaindre.
Et Jupin de leur dire: « Eh quoi? votre désir
A ses lois croit-il nous astreindre ?
Vous avez dû premièrement
Garder votre gouvernement ;
Mais, ne l’ayant pas fait, il vous devait suffire
Que votre premier roi fut débonnaire et doux
De celui-ci contentez-vous,
De peur d’en rencontrer un pire.»

Les Grenouilles qui demandent un Roi
Jean de La Fontaine
Livre III – Fable 4


Déjà teintées de vert, les grenouilles n’allaient pas tarder à porter en triomphe les réducteurs de têtes. En premier lieu, Brice Lalonde aux élections présidentielles de 1981. C’en était vraiment fini du mouvement écologiste.

 

 

 

 

Réponse à l’écologiste qui veut se choisir un dealer
Oh pardon, je voulais dire un leader !

Jean-Paul Sorg, je suis différent de toi et tous deux sommes différents de n’importe quel autre écologiste. Pourtant, ce que tu dis dans l’article publié dans le numéro d’octobre tend à nous enfermer – toi moi et les autres – dans un système : le tien. Encore ne s’agit-il que d’un système éphémère, celui qui te trotte dans la tête aujourd’hui. Demain, tu auras sans doute changé (en tout cas je te le souhaîte !) et tu considéreras alors tes idées précédentes comme de banals moments de ton évolution. Pour l’heure, tu n’envisages pas d’évoluer et ton grand souci est de fixer tout le monde au même clou. Pourquoi ? Tu veux nous fondre dans un « grand parti » et nous faire « jouer un certain jeu » (vilaine expression !) car « nous avons les meilleures idées, les meilleures analyses, c’est entendu« . Rien n’est entendu et tu le sais bien puisque tu t’échines à rejeter tout ce qui contrarie tes desseins, tout ce qui ne rentre pas dans tes schémas en invoquant le « commun« , le « normal« , la « vérité« , une « loi« , la « vie« , etc. Il se trouve que j’ai, de ces choses, une autre perception que toi.

A te lire, il semble que toute la critique du pouvoir, de la hiérarchie et des modes de décision, développée hier par des libertaires et aujourd’hui par des écologistes soit bonne à foutre au panier ! Un rien dédaigneux et par trop adulte, tu affirmes que ces broutilles sont « un reste d’enfance« , « sympathique » il est vrai… Mais c’est tout de même une « névrose, une hystérie dont il faudra guérir« . Pour faire sérieux, il faudrait donc organiser un grand parti et se doter d’un leader, le tout agrémenté de statuts et de réglements pour prévenir l’aliénation du chef et de ses subordonnés… En somme, pour sortir de l’enfance, adoptons un père ! Pour amorcer des processus de déblocage et amorcer des changements, il faudrait copier les habitudes de ceux que nous prétendons combattre ; il faudrait singer le monde ancien ?! Comme c’est logique et comme c’est exaltant !

Je ne t’opposerai pas, pied à pied, des arguments. Ils ne te prouveraient pas que tu as tort, ils démontreraient seulement nos différences et cela me paraît superflu. Mais j’ai envie de souligner tes contradictions. Tu es tour à tour séduit et excédé par la critique écolo radicale car elle t’ouvre des perspectives séduisantes tout en t’agressant dans ton confort intellectuel. Ecologiste, tu ne sais pas encore comment exprimer et concrétiser ce que tu ressens. Conservateur, tu crains tes propres curiosités, tes propres idées ; voir les tirades sur les « individus libres, qu’aucun chef, jamais, quel qu’il soit, ne saurait aliéner » venant à la fin d’un papier rabachant qu’un leader est indispensable. C’est visible, c’est palpable, tu es écartelé entre ce à quoi tu aspires et ce que tu juges raisonnable. Tu es pris au piège entre les désirs, les changements espérés, les rêves d’émancipation et les modes de fonctionnement conditionnés par des années et des années d’apprentissage de l’irresponsabilité. T’es pas le seul dans ce cas, moi-même… Mais c’est pas plus facile. On doit se débrouiller tout seul avec ses personnalités différentes qui rivalisent dans un conflit permanent. Quelquefois, tu te laisses aller et tu te prends à vouloir traduire les idées dans la pratique, tu veux sortir de ton armure… Mais le vieux monde te tire par les basques, tu t’englues dans les préjugés et tu n’oses même plus imaginer. Culpabilisé par le flic dans ta tête, tu refoules tes espoirs et tu te fermes. C’est très mauvais pour la santé, d’ailleurs tu deviens fataliste !

Si j’étais un puriste étranger à la notion de relativité, je dirais que tu es, Jean-Paul, un drôle d’écologiste puisque tu nies l’apport majeur de l’écologie : la diversité. C’est d’ailleurs un trait marquant chez beaucoup d’écologistes parmi les plus tapageurs. Les rédacteurs du « Comité de soutien à Brice Lalonde » qui ont pondu « Quel type de campagne ? » le font avec autant de désinvolture. Mais je suis sans illusion sur la connaissance de l’écologie et le souci de cohérence chez beaucoup d’écologistes ! Et puis, justement, je suis diversitaire, donc pas du tout tenté de prononcer des exclusions au nom d’un quelconque dogmatisme. Et je me marre car la diversité que tu rejettes avec force est d’abord en toi ! Tes contradictions, ou, c’est préférable, tes hésitations, le montrent assez bien. Comme les autres, tu tiens la diversité pour de la « confusion« . Elle t’irrite parce qu’elle te semble complexe ; tu ne la comprends pas, elle te gêne… Enfin pas tout entier ! Elle gêne surtout le conservateur mécaniste qui es en toi. Celui-là trouve commode d’occulter la diversité pour réduire le monde vivant à un schéma rudimentaire à sa mesure. Peut-être croit-il se rendre ainsi la vie plus facile ? Eh bien, il se goure ! Cette démarche mène à tout simplifier dangereusement, à tout uniformiser, à métamorphoser la pluralité en « majorité-minorité« , à s’inventer des certitudes universelles, à présenter un candidat si sérieux qu’il en est attristant, à prétendre faire d’un mouvement un parti avec une conscience avancée et un leader… et c’est ainsi que les emmerdements commencent !

En parlant de la vie sur la lancée de mai 68, la plupart des écologistes que je connaissais avant 74 voulaient réactiver la vie sociale en sapant les structures oppressives et destructrices. L’écologisme était alors l’expression d’une révolte. Il l’est toujours, mais plus pour tout le monde : il y a maintenant ceux qui ne veulent qu' »animer la vie politique » ! Les « individus librement associés« , dont Jean-Paul parle à l’occasion, feraient bien de se remuer un peu, on a besoin d’eux !

ACG 1980 pour Ecologie

 

Avec le recul:
Venant après les promoteurs du capitalisme et les gauchistes qui, ensemble, avaient évacué les alternatifs, Jean-Paul en 1980, Raymond en 1982… sont exemplaires de ceux qui ont tenté de faire rentrer l’écologisme dans des partis électoralistes (ici, le M.E.P. et bientôt les Verts) à grands coups de leurs idées passablement inquiétantes, autoritaires, pour ne pas dire plus. Triste d’en être arrivé là après le grand remuement des idées et des enthousiasmes des années soixante soixante-dix !

 

 

fin septembre 1980
Disparition de Jean Detton



L’un des stimulants du mouvement alternatif.
Doué d’une vitalité et d’un optimisme contagieux, il créait des synergies et des dynamiques sur son passage.
Presque un phénomène holistique à lui seul.
Sa disparition est intervenue au moment où le mouvement social était déjà très affaibli par les actions de ses ennemis. Après les mémorables assemblées manipulées de Versailles (février 1980) et de Lyon (mai 1980), la disparition de Jean Detton fut une perte inestimable. En fait, elle correspond à l’effondrement de l’alternative à la civilisation impérialiste, en tant que mouvement social.

 

Jean est parti comme il vivait
Avec ce que seul il savait
En passant par dessus la route
Pour s’évader encore sans doute.

Jean est parti comme il vivait
Emportant tout ce qu’il savait
En s’endormant dans sa mémoire
Comme en quotidienne baignoire.

Passants farfelus qui daignez
Vous souvenir que vous dîniez
Chez lui à n’importe quelle heure
Laissez pousser pour lui des fleurs.

Et dans l’encombrement chronique
De son repaire domestique
Dérangez de vos pléonasmes
Le fantôme de ses fantasmes.

Fut-il, fut-il mutation
D’une autre époque en gestation
Ou archaïque résidu
D’une anticipation perdue.

Nulle histoire ne se souviendra
De ce mort sans linceul ni draps
Trajectoire parabolique
D’une route théologique.

Vous tous qui vîntes l’enterrer
Laisser son souvenir errer
De vies en vies, d’envie en fable
Plutôt qu’en rites regrettables.

Enfants qui avez connu
Que ce corps jusqu’au crâne nu
Gardez en vos gênes mémoire
Pour mieux en prolonger l’histoire.

Jean est parti comme il vivait
Avec ce que seul il savait
En passant par dessus la route
Pour s’évader encore sans doute.

Hervé le Nestour, décembre 1980

 

Jean Detton, l’un des lanceurs du mouvement écologiste

 

 

 

 

1981

En octobre, comme Brel deux ans auparavant, Brassens s’en va



http://www.youtube.com/watch?v=l4Q7urIVYAE


 

 

 

 

Rebond sur une intervention de Brice Lalonde dans le Bulletin de l’APRE. Aux commandes de ce bulletin hebdomadaire (comme de la revue Ecologie), l’équipe de Montargis a censuré ce billet, comme d’autres d’autres anciens de la nouvelle gauche écologiste.


Les citations entre guillemets sont du « 
meneur » en question

 

Salut « beau meneur« 
Une réponse à l’appel lancé par Brice Lalonde en novembre

 

Bah ! Qu’est-ce qui se passe ? Tu t’es démené comme un diable pour être candidat, tu dis représenter les écologistes et tu tiens un discours lénifiant, le discours d’un type assis, et même rassis, dans un système fort peu éco-logique ! Je veux bien que tu parles pour les écolo-technocrates, les écolo-machinistes, voire les écolo-étriqués, mais il n’y a pas qu’eux dans l’écologisme, ou à côté. Il y a aussi – il y a encore ! – des gens qui n’ont aucune envie de s’abîmer dans l’arrivisme pour substituer au pouvoir usurpé un pouvoir verdâtre tout aussi usurpé. Ces gens-là ne veulent ni « pouvoir » ni « contre-pouvoir » qui « ferait quelque-chose » à la place de… A l’épopée solitaire à laquelle on sacrifie les espoirs des copains et ses désirs profonds, ils préfèrent l’épopée solidaire. Ils veulent faire, agir, vivre avec les autres. Ni dessus ni dessous ! Ils désirent non pas « animer la vie politique » mais ranimer la vie sociale tuée par la mascarade politicienne. C’est pourquoi ils proposent d’expérimenter d’autres modes de fonctionnement ici et maintenant. Tu sens la différence ?

 

Tu me déçois beaucoup, tu sais. Je m’attendais à ce que tu joues plus finement, que tu interprètes mieux la révolte et les désirs écologistes et para-écologistes. Mais non, c’est pas bon ce que tu fais ! C’est très en deça de ce que l’on attend d’un délégué écolo. Tiens, par exemple : à la faveur d’une lecture en diagonale de tes réponses aux questions de Groslier, j’ai failli être d’accord avec « je m’oppose à ceux qui disent qu’ils ont le monopole de l’intérêt général parce que je l’ai aussi« … juste failli car la phrase est maladroite ou perfide. J’aurais préféré : l’intérêt général est une combinaison de nos égoïsmes qui – c’est pas très étonnant – se complètent, se juxtaposent et ne s’opposent guère… pourvu qu’on pense un peu ! Seulement voilà, pas tout le monde pense. Y a les cons qui sont même pas capables de comprendre qu’il est doux de vivre en bonne intelligence avec les autres. Y aussi les malades qui voudraient bien mais qui peuvent pas parce qu’il ont sans cesse besoin de se prouver, aux dépends des autres, qu’ils existent ; besoin de s’imposer, besoin d’être admirés, pour compenser un gros manque, sans doute. Y a toi. En 73, tu me confiais « je veux être le meilleur en tout !« . En 77, tu me le répétais ; je n’avais pas oublié. Aujourd’hui, tu parles souvent de nouveauté mais, somme toute, t’as pas tellement changé. Ton égoïsme est toujours à ce point étriqué que, pour y prendre place, il faut s’assujettir. Et, c’est vrai, ça t’as pas empêché de « percer dans la société française« … de l’arrivisme et de la mégalomanie. Oui, mais maintenant ça se sait. Des gars et des filles que je n’ai pas affranchi ont sur toi des opinions que je ne désavoue pas. Ton avidité t’a trahit : derrière ton sourire, on voit ton estomac.

 

C’est pas gentil ce que je dis ? Faut pas dramatiser. Mon article sur l’écologisme et les écologistes devrait te rassurer sur mes intentions. Je veux seulement crever la baudruche qui te sert de pavois : elle nous dissimule l’écologie, elle nous pompe l’air ! Tu verras, ça te fera du bien de redescendre parmi les vivants. Délivré de tes obsessions (« chercher et trouver le pouvoir« ), libéré de tes « droits« , de tes « lois« , de tes « devoirs » qui ne font bandouiller que les plus frippés, tout ratatinés, tout mous qu’ont jamais eu la chance de sortir de leur cellule, tu respireras mieux et les autres aussi. Alors, tu pourras parcourir à l’envers le chemin qui, de l’élan d’il y a 8-10 ans (1), t’a mené à n’être qu’un prétendant de plus à l’escroquerie suprême. Tu rencontreras des individus qui n’ont pas l’esprit de système (2) et qui refusent que des Tartuffe métamorphosent en « contradictions » et en « oppositions » leurs différences. Tu connaîtras des écolos qui sont assez grands pour penser et agir sans l’aide d’un « frère » paternaliste. Des écolos qui veulent se débarrasser du brouillage des parasites politicards pour que la communication entre les gens se rétablisse. Tu établiras des relations sans arrière pensée, des relations décontractées et fructueuses. Enfin, je te le souhaite car, si tu ne veux pas évoluer, il se pourrait bien que l’on se passe de toi. Ne t’entêtes donc pas et rends-toi utile : passe tes signatures à Collucci !

ACG janvier 1981

non publié

 

(1) Dis-donc, je te trouve un peu méprisant pour ce qui se passait au début des années 70 ! Ta mémoire doit flancher ou t’es passé à côté… Il se disait et se projetait des choses bien plus intéressantes, plus « radicales » que les banalités que tu racontes maintenant.

 

(2)… « deux courants, deux façons de concevoir l’écologie« , « deux aspects : les grands problèmes » et les autres : « le second axe de combat« , « trois définitions du mot écologie« , « cinq grands combats« …

 

 

Avec le recul :

J’avais encore beaucoup à découvrir pour donner sens aux événements énigmatiques dont j’avais été témoin et qui avaient fait des victimes d’importance : le mouvement alternatif et, au-delà, le moral de la société française.

 

Ce billet a dû être jugé trop dérangeant par rapport à la nouvelle ligne politique imprimée par les différents partisans de la prise de pouvoir sur les masses qui avaient remplacé les alternatifs. L’équipe de l’APRE hebdo et d’Ecologie l’a censuré. Comme quelques autres, et pas seulement de moi. Etonné, j’ai protesté, demandé des explications, et l’on me répondit :
« le verbiage des anciens combattants n’intéresse pas la clientèle du journal. Celle-ci demande du concret, qu’on lui parle de la pollution des eaux, par exemple (…) » (Jean-Luc Burgunder).

 

10 ans pour devenir anciens combattants et se faire traiter avec mépris… L’obsolescence était rapide chez ceux qui prétendaient la dénoncer ! Reprocher à l’un de ceux qui avaient lancé le mouvement et le défendaient contre les manoeuvres qui allaient le tuer, avaient agi pour le développement du bio, s’étaient engagés dans les énergies renouvelables, luttaient contre les pollutions d’amiante sur le terrain, etc. de ne pas être « concret » ressemblait à une plaisanterie. Cela n’en était pas une. Les camarades étaient tout à fait sérieux. Tristement sérieux.

 

Opposer le concret de la lutte contre une dégradation, par exemple, à l’information et à la réflexion sur les causes de cette dégradation et des autres était devenu commun. Bonne langue de bois de la censure. 

 

Cette bizarrerie n’était pas née spontanément au sein du mouvement. Ce sont les propagandistes de la réaction qui inoculaient ce type de venin que les moins expérimentés reprenaient à leur compte. Quoique les connivences avec les naufrageurs du mouvement écologiste et de sa culture… Surtout en ce qui concerne le noyau de la rédaction d’Ecologie qui avait été approché par les saboteurs dès les débuts du journal. C’est, en effet, au nom du concret (et, accessoirement, de l’efficacité) que l’imposture a été imposée en censurant la parole et l’expérience – « le verbiage » – des premiers acteurs de l’alternative écologiste qui la dénonçaient. Les illusionnistes de grand métier qui avaient saboté le mouvement alternatif avaient même réussi à circonvenir un ancien comme Jean-Luc Burgunder, puisque celui-ci faisait désormais mine de tenir les naufrageurs, et ceux qu’ils instrumentalisaient, pour des militants en pointe, et les résistants de la première heure, qui étaient beaucoup mieux informés que lui, pour des gâteux.

 

Malgré maints débats avec les gens de l’APRE et d’Ecologie, il fut impossible de leur faire prendre conscience des conséquences de leur revirement. Où était passé l’idée qui avait fait naître l’agence ? A moins que leur alternative n’ait jamais été politique puisqu’elle pouvait emprunter les structures et les méthodes du système dominant… Et, à l’époque, les « anciens combattants » de l’alternative étaient encore très loin de savoir que Jean-Luc Burgunder avait dissimulé l’invitation de Brice Lalonde à faire un tour de piste électoral avec lui dès 1972… A l’époque même où les écologistes étaient exposés aux manœuvres des stratèges du capitalisme (derrière Lalonde) par le truchement des gauchistes bientôt renégats, du Nouvel Observateur, du PS, etc. !

23 Juin 1972 – Guet-apens au Pré-aux-Clercs : comment le capitalisme a effacé la nouvelle gauche

En 1972, Jean-Luc Burgunder et l’Agence Réhabilitation Ecologique ont sans doute été manipulés par l’agent Lalonde, comme tous les groupes qui comptaient dans le mouvement. Mais pourquoi n’avoir pas parlé ?

 

Cela pourrait expliquer la tournure très particulière de l’attaque qui, neuf ans plus tard, ressemblait à s’y méprendre à un bel et bon harcèlement psychologique visant à fragiliser les acteurs de l’alternative, toujours très gênants pour l’imposture. Désormais, seuls les imposteurs avaient droit de parole.

 

Stupéfaction dans les rangs alternatifs.

 

Pour bien mesurer l’importance de cette censure, il faut savoir que le bulletin de l’APRE et la revue étaient devenus la principale source d’information pour le mouvement. Cette censure fut décisive. Elle affaiblit la résistance au détournement du mouvement jusqu’à la réduire à quelques personnes. C’est ce qui a laissé le champ libre aux ennemis de l’écologisme – très précisément : de toute alternative au néo-capitalisme en conquête mondiale.

 

En cédant sans combattre, sans dénoncer la manipulation et l’escroquerie, l’équipe de l’APRE et d’Ecologie a pris là une part déterminante dans l’effondrement du mouvement et la libéralisation capitaliste qui s’en est suivie : très précisément, la manière dont s’est concrétisée cette politique du concret et que chacun a pu apprécier. Par contre, ce que tout le monde n’a pu voir, c’est que « les anciens combattants » ont été relégués en fond de coulisses, condamnés à assister, impuissants, à l’effacement de l’histoire du mouvement, puis à sa falsification pour vider la substance alternative de l’écologisme et y injecter le capitalisme. C’était ça, le concret.

 

Durabilité du bourrage des crânes, permanence du conditionnement néo-libéral, des gens sincères recracheront encore, bien longtemps après, cette opposition entre action de terrain, la tête dans le guidon, et travail de recherche sur l’histoire et les causes ; celui-ci étant systématiquement dévalorisé à leurs yeux, voire superflu. Pas plus loin que the backroom ! Ayant perdu de vue la culture alternative (la culture du vivant), ils se laissaient déjà conduire par la culture impérialiste. C’est ainsi que, génération après génération, ils tombent dans les panneaux de la domination, sont épuisés et récupérés.

 

Que les lanceurs de l’alerte écologiste aient été classés « anciens combattants » et de façon péjorative, onze ans après le lancement de la Semaine de la Terre et du mouvement alternatif, sept ans après le détournement de la campagne écologiste à l’occasion des présidentielles de 1974, indique à quel point la dégradation avait été rapide. Les entristes du capitalisme et leurs symbiotes ex-gauchistes avaient déjà réussi à tuer la belle dynamique à laquelle nous avions participé, en tournant la tête d’anciens compagnons – un peu trop facilement manipulables, il est vrai. D’ex-gauchistes, surtout, avaient réussi à s’immiscer dans l’équipe pour éloigner le journal des alternatifs et du sens premier du mouvement. Cette dégradation spectaculaire d’une contestation radicale allait permettre l’épanouissement de beaucoup d’autres dégradations économiques et politiques.

 

Détail piquant, en plus de beaucoup d’autres services rendus pour aider le journal depuis ses débuts, je prêtais de l’argent ; argent que je ne revoyais pas.

 

Autre sujet d’étonnement rétroactif, les responsables de l’APRE et d’Ecologie m’apprendront plus tard que, en 1973/74, ils s’amusaient à « parier » sur qui, de Lalonde ou de moi, allait prendre « la direction du mouvement » ! Un double cas de soumission à la domination un peu préoccupant dans un milieu créé par la révolte contre la domination. Ainsi, loin d’avoir été balayée dans tout le mouvement, la soumission au « plus fort » (même si cette force est une escroquerie) guidait le comportement de gens qui nous semblaient insoupçonnables. Quelques années plus tard, elle était déjà devenue si banale que le dernier média à prétention alternative se permettait, sans même dissimuler, de dénigrer et d’exclure les « anciens combattants » de l’alternative ! L’esprit de soumission (sinon l’esprit de corruption), qui fait accepter malhonnêtetés et dégradations, et condamner la dénonciation de celles-ci, avait déjà supplanté l’alternative, avant même le triomphe du néo-libéralisme et des « gagneurs« .

 

Les alternatifs censurés dans les journaux créés sur l’élan qu’ils avaient impulsé, privés de parole ou chassés des réunions, isolés, c’en était fini du mouvement. La déconstruction sociale ne faisait que commencer. La France pouvait devenir une société froide (titre de l’article qui paraîtra dans Ecologie Infos n° 392 en 1989).

 

Quarante ans après, la farce dure encore.

 

 

 

 

Ce n’est pas l’écologie qui a choisi Lalonde, c’est Lalonde qui a choisi l’écologie
par Hervé le Nestour

 

Lalonde voulait faire de la politique, donc l’écologie a dû faire de la politique.

La concurrence était trop forte dans le militantisme étudiant ou le PSU, par lesquels il est passé, pour qu’il puisse y réussir.

Par contre l’écologie et les écologistes étaient une proie facile puisque ceux qui la pensaient ou la vivaient la trouvaient antagoniste à la politique.

Le champ était donc libre avec la complicité de tous les politiques peu soucieux de se voir débordés par un mouvement de foule non dupe, et de tous les transfuges ex-politiques assez conditionnés aux pratiques et ambitions politiques pour se contenter de miettes.

L’illusion et le vide associatif étaient des outils d’autant plus maniables que Lalonde était le fanion idéal pour certaines complicités américaines.

En fait, tout concordait pour un résultat nul sauf pour lui, y compris le besoin d’une tribune pour une écologie ayant quelque chose à dire, et quelques ouvertures à proposer pour sortir la société de l’impasse.

Et le créneau électoral était tentant, si rares sont les créneaux. Un peu d’insistance, facile quand on a le temps et les moyens personnels et relationnels, et « on » se retrouve permanent, délégué, candidat, porte-parole … quitte alors à ne pas « porter la parole » de ceux qui ont quelque chose à dire, mais pour occuper la place pour que des choses ne soient pas dites, et à l’occasion dire que l’on n’a rien à dire.

Il y a de la place en politique pour ce genre de rôle.

Et une fois l’association faite dans l’esprit public (et les médias), Ecologie = Lalonde (par renvoi de l’ascenseur Dumont), peu importe les mécontents, les contestataires, les groupes et les… écologistes.

Le potentiel de l’écologie ainsi soigneusement neutralisé ne peut plus guère déranger puisqu’on a aussi soigneusement découragé des générations successives de volontaires et de compétences. Comme disait Peter, le seuil d’incompétence lalondiste est atteint.

Les écologistes néophytes ou naïfs attirés à l’écologie par le sourire crispé de Brice et sa juvénilité archaïque seront choqués par cette « attaque personnelle« .

En écologie, tout il doit être beau et gentil, et harmonieux et pacifiste, et non violent et petite fleur et tout et tout parce que vive la « Nature » et le respect du chef… naturel.

Or, l’écologie, contrairement à la politique, s’occupe des réalités vivantes et autres, et ça, ça n’est ni beau, ni gentil, ni harmonieux et pacifique, ni non violent, et la « Nature » c’était une vieille notion déjà au XIXème siècle, et l’écologie, en tout cas celle qui ne veut pas reproduire le système qu’elle critique, veut et doit se passer de chef ; les fonctionnements inédits pour cela sont connus.

Cette écologie existe et refuse de se soumettre au conformisme ; on a vu à quoi mène le conformisme, y compris en écologisme.

Cette écologie ne se contente pas de refuser, elle a été dans les origines le moteur, avec d’autres, de la plupart des actions, elle est porteuse de la plupart des idées intéressantes apportées aux changements sociaux, elle défie n’importe qui, chef compris, sur n’importe quel sujet que l’écologie concerne.

Et qu’est-ce que l’écologie ne concerne pas ?

Et surtout les inter-relations et les interactions entre les sujets.

Ces confrontations seraient nécessaires pour amplifier enfin l’envergure de l’écologie qui, jusqu’ici, s’est enfermée dans des monopoles grâce à une absence quasi totale de débats, malgré les apparences.

Vous arrive-t-il d’évaluer quelles idées sont associées à l’écologie ?

Si par exemple on mentionne pacifisme, tiermondisme, démocratisme, naturalisme, politisme, militantisme, associatisme et régionalisme, cela ne choquera personne.

Sans même préciser le contenu, on voit à peu près de quoi il peut s’agir et cela paraît bien compatible avec ce qu’exprime l’écologie, ou plutôt l’idée unique qu’on en a fait se faire l’opinion publique.

Pourtant, cette énumération n’est pas prise au hasard :

Il s’agit de notions qui, parmi d’autres, sont, selon une certaine démarche écologique, incompatibles et antagonistes avec cette écologie qui vaut bien n’importe quelle autre.

Est-ce à dire que l’écologie peut être n’importe quoi ?

Mais reste à démontrer la cohérence et l’éco-logique de chaque « option« .

Ce que nous sommes prêts à faire.

Et de confronter cette cohérence aux autres, défi pour lequel nous sommes aussi prêts.

Ces confrontations menées à fond décanteraient certainement la situation confuse de l’écologie, en obligeant à lever les équivoques et à combler les carences, ne serait-ce qu’en rendant évident qu’il n’y a pas une écologie monopolisante pour qui que ce soit, mais que l’écologie est diverse, donc diversitaire comme l’est la vie ou la société, et c’est cela, surtout cela qui peut en faire un outil d’avenir, de changement.

 

Hervé le Nestour
novembre 1981 pour Ecologie

 

Avec le recul :

Le témoignage d’Hervé le Nestour, qui avait vu Brice Lalonde et le PSU à la magouille dans l’UNEF Sorbonne en 68, concorde lui aussi avec les révélations faites en toute bonne foi par Lison de Caunes, ex-compagne de Brice Lalonde, dans « Les jours d’après« , Jean-Claude Lattès 1980.

 

Hervé le Nestour a travaillé au Laboratoire d’Anthropologie Sociale de Claude Levy Strauss. Bourlingueur des forêts profondes, connaisseur d’autres civilisations, il a mis son grain de sel à peu près partout dans les différents courants de la contestation et de l’alternative, en France et ailleurs, depuis le temps des situationnistes. Il a été l’un des compagnons de la Semaine de la Terre et, avec son ami Jean Detton, l’un des principaux remueurs d’idées et stimuli du mouvement alternatif français – ou Nouvelle Gauche. Entre autre chose, Jean était de ceux qui proposaient de restaurer la démocratie en développant les capacités d’interconnexion de l’informatique (c’était avant internet).

 

En guise de débats, de confrontations et d’éclaircissements, les peurs des capitalistes infiltrés et les appétits des carriéristes d’extrême gauche, et autres, n’ont cessé de durcir les fermetures, les verrouillages, les censures. Et les acteurs de l’écologisme, qui avaient déjà été écartés de ce qu’ils avaient créés mais trouvaient encore le moyen de s’exprimer quelquefois, ont, en guise de reconnaissance, été systématiquement condamnés au silence pour laisser s’épanouir les différentes impostures et dérives du retour au capitalisme (MEP, Verts verts, Verts roses d’après 92, Génération Ecologie, etc.).

 

Après « Sortir du panier de crabes« , un article de l’automne 1979 sur le projet de constitution du MEP, paru dans le bulletin de l’APRE, j’ai été complètement censuré. Comme Jean-Luc Burgunder (APRE et Ecologie) m’en a informé au matin de la réunion constitutive du MEP à Versailles, le 16 février 1980, c’était à la demande comminatoire des membres des « collèges invisibles de l’écologisme » Diogène et Ecoropa *, officines sous contrôle de la machine propagandiste de la nouvelle conquête capitaliste mondiale : Congrès pour la Liberté de la Culture (CCF), Mouvement Européen, International Organizations Division, Psychological Strategic Board, etc. Ces braves gens étaient à l’origine du détournement électoraliste de l’écologisme – en compagnie de Brice Lalonde and Co – et allaient constituer les Verts. C’étaient les complicités américaines devinées par Hervé le Nestour.

* en faisaient partie : Denis de Rougemont le grand-prêtre du CCF installé par les frères Dulles, Jean Carlier, Jacques Delors, Brice Lalonde, Antoine Waechter, Philippe Lebreton, Solange Fernex, Roland de Miller, Robert Hainard, Alain Hervé, Jacques Grinevald, Philippe Saint Marc, Edouard Kressmann, Armand Petitjean, René Dumont, Jacques Ellul, Pierre Samuel, etc.

 

Ce n’est que 9 ans plus tard, en février 1989 que Ecologie Infos a consenti à me redonner la parole avec L’instinct et la connerie, une réponse à un article de Cavanna : Le crocodile et les mégatonnes qui était paru dans le n° 386 (publié dans le livre : La belle fille sur le tas d’ordures, éditions L’Archipel 1991). Mais l’intelligence des interrelations était depuis longtemps si dégradée, et si faible la curiosité pour les causes de la situation, que je n’ai même pas pu avoir un échange avec Cavanna ! Mais a-t-il seulement su l’existence de ma réponse ? Le cloisonnement est si fort en France, la bonne circulation de l’information si rare, même dans des milieux relativement anticonformistes, qu’il est permis d’en douter. Et puis le cloisonnement de la hiérarchisation française était renforcé par les entraves à la circulation de l’information multipliées par les « camarades » cités précédemment. D’ailleurs, dans un article paru, toujours dans Ecologie Infos, après le mien (Des doigts de fée, un cerveau de lombric), Cavanna ressert la même mise en cause de la nature de l’homme : « Tout est là : des moyens d’action fantastiques, des motivations reptiliennes (…) Je ne crois pas en la possibilité d’infléchir le cours implacable des choses, parce que ce cours est purement biologique, et que la morale (l’écologie est une morale) ne peut rien contre l’instinct« .


« Purement biologique« … Justement! Je venais de faire une démonstration inverse à Henri Laborit qui avait été intéressé. En particulier, je lui avais fait découvrir Max Stirner et le commentaire de son premier traducteur de « L’Unique et sa propriété » :
« L’Unique est donc pour Stirner le moi gedankelos qui n’offre aucune prise à la pensée et s’épanouit en-deça ou au-delà de la pensée logique ; c’est le néant logique d’où sortent comme d’une source féconde mes pensées et mes volontés. – Traduisons, et poursuivant l’idée de Stirner un peu plus loin qu’il ne le fit, nous ajouterons : c’est ce moi profond et non rationnel dont un penseur magnifique et inconsistant a dit par la suite : O mon frère, derrière tes sentiments et tes pensées se cache un maître puissant, un sage inconnu ; et il se nomme toi-même. Il habite ton corps, il est ton corps (…) » [Freidrich Nietzsche, « Ainsi parlait Zarathustra »]. Cet Unique où Stirner aborda sans reconnaître le sol nouveau où il posait le pied, croyant toucher le dernier terme de la critique et l’écueil où doit sombrer toute pensée, nous avons aujourd’hui appris à le connaître : Dans le moi non rationnel fait d’antiques expériences accumulées, gros d’instincts héréditaires et de passions, et siège de notre « grande volonté » opposée à la « petite volonté » de l’individu égoïste, dans cet « Unique » du logicien, la science nous fait entrevoir le fond commun à tous sur lequel doivent se lever, par delà les mensonges de la fraternité et de l’amour chrétiens, une solidarité nouvelle, et par-delà les mensonges de l’autorité et du droit, un ordre nouveau« .
Robert Leclaire en préalable à l’édition de 1899.

 

Cavanna était publié par Burgunder depuis 1985. Pourtant, il était aussi un alternatif, une grande gueule incontrôlable. Il avait permis à Fournier de libérer la sienne et de se faire un nom. Tout ce que les censeurs avaient en horreur. Mais Burgunder avait fait du gringue à Cavanna tandis qu’il continuait à ne pas me publier. C’est que Cavanna avait un journal et que nul n’avait réussi à le censurer. Il était donc connu et cela suffisait. Je n’avais même plus de nom depuis que les agents d’influence du système m’avait escamoté.

 

A partir de 1989, il y eut une éclaircie d’une dizaine d’années. C’est, sans doute, seulement à Jean-Luc et Sylvie Burgunder que je dois d’avoir été à nouveau publié. Je vois encore la tronche, longue, longue, de Jean Carlier quand il me revit à la rédaction du journal.

 

Depuis 2002/2003, la censure à nouveau, plus étendue encore.

 

Hervé le Nestour et tous les autres, anciens et nouveaux acteurs du mouvement alternatif, ont subi le même sort. Hors mon travail, on trouve trois traces de Hervé le Nestour sur le web.

L’une dans un document de la Bibliothèque du Laboratoire d’anthropologie sociale sur les chercheurs « qui ont été amenés à travailler sous la direction de Claude Lévi-Strauss« , ou à son contact.

Une autre dans un mémoire de Francisco Màrques Yàñez sur les Actividades del Instituto Colombiano de Antropologia (1960-1962).

La dernière est une infamie dans un historique des Amis de la Terre falsifié par Pierre Samuel *. Celui-ci, que j’ai eu tout le temps d’observer dans l’exercice de ses mensonges et de ses trahisons, présente Hervé le Nestour comme « ethnologue libertaire, critiquant tout le monde, original, souvent irritant. Physiquement, il est le type de l’ « écolo barbu, chevelu et crado » assez répandu à l’époque« . Que voilà un commentaire réducteur et méprisant sur l’un de ceux qui, après avoir beaucoup aidé à l’accoucher, ont le plus apporté au mouvement écologiste français ! Il témoigne bien de la petitesse de Pierre Samuel et de son rôle dans la machine propagandiste. Des années de magouilles de bas étage, de renoncement aux idéaux, de trahisons, de fréquentations douteuses et prétentieuses, lui avaient fait perdre même le sens de la retenue. Curieux que cette attaque aussi faible que vile n’ait pas suscité des réactions indignées. Encore une preuve de la dégénérescence qui a suivi l’effondrement du mouvement.

Hervé le Nestour, l’un des lanceurs du mouvement écologiste

 

* Nulle trace de Jean Detton dans « l’historique » de Pierre Samuel. Pourtant, cela n’est pas faute de l’avoir côtoyé aux AT et, auparavant à Survivre et Vivre.



Pour se laver de cette souillure, voici une évocation de Jean Detton par Hervé le Nestour :

Si vous avez participé à la plupart des événements écologistes depuis 1968, vous l’avez sûrement vu, nu jusqu’au crâne dans ses vêtements flous, le sourire éclatant sur des dents qu’il avait faites lui-même, semblant connaître tout le monde, et souvent confondu avec tous les chauves connus.

 

Il s’appelait Jean DETTON

Il est tombé avec sa camionnette dans un ravin d’une centaine de mètres de Haute-Provence, d’avoir roulé seul toute une nuit entre un colloque à Sénanque et un séminaire à Pegreso.

Car il avait compris que l’écologie n’est pas un mot mais une vie et rien d’autre que les relations entre ce qui vit, ce qui existe, ce qui change. Et il se mêlait, avec quelques autres, à tout ce qui pouvait se passer d’intéressant, sans soucis du titre ou de l’étiquette.

Il aidait à ce que cela se passe, de sa tête bouillonnante, de ses mains habiles, de ses pieds infatiguables. Il n’appartenait à rien, mais guère d’associations, de sociétés ou de cliques ne lui étaient étrangères, sans soucis de frontières ni de cartes. Il en avait d’ailleurs plein les poches pour pouvoir entrer partout. Et chez lui, vous êtes nombreux à y être passé manger, dormir, penser, discuter, inventer. Capharnaüm d’objets et d’idées récupérées.

Non seulement la porte était ouverte au hasard, aux besoins, mais il y amenait aussi bien un ministre de rencontre qu’un taulard en cavale, des inventeurs, des zonards, des poètes, des mécanos, des prophètes, des enfants, des raton-laveurs.

Aux dernières nouvelles, il avait une femme, trois gosses, un appartement comme n’importe qui. Il était n’importe qui, mais un drôle de n’importe qui. Pas de métier, de revenus, de parti. Mais les écobiotiques qui mangeaient souvent à l’un de ses cinq ou six services par jour chez lui, savaient-ils qu’ils dégustaient les restes du marché d’Aligre, dont on emplissait sa camionnette aux fins de marchés ? Camionnette qui servait aussi à tout et à tous. Jusqu’au bout.

Il savait pour n’importe quoi où le trouver le moins cher possible et si possible gratuit, pour lui comme pour les autres.

Mais il rêvait aux pétro-dollars pour financer ses inventions du siècle prochain, des appareils à transcrire la parole, des jouets, des capteurs de synergie…

Flic, curé, trafiquant, qui ne l’a cru n’importe quoi pour ficeler l’inficelable dans une étiquette parce qu’il était capable de fréquenter n’importe qui et n’importe quoi, même ceux qui le soupçonnaient ou le dénigraient. Sa couverture était la cybernétique, comme l’écologie aurait pu être la couverture des changements sociaux depuis 68, où l’on travaillait à la Sorbonne, les Beaux-Arts et l’Odéon avec les Halles.

Occasion ratée, compétence gâchée, l’époque préfère les morts, les De Profondis, les Resquiescat, les posthumes, les nécrologiques.

Journalistes qui tendez enfin l’oreille à ce mort, quel pas avez-vous fait vers lui pour lui faire dire la mine d’idées au carrefour de tout ce qui se passe de neuf et que lui n’eut jamais le temps d’écrire ?

Trop tard, il n’en reste que de souvenirs épars. Il est resté seul, perdu plus d’un mois au fond de ce ravin, sans qu’on le sache, avant qu’on ne le retrouve. Quand on n’a pas vécu pareil, on ne meurt pas conformément. On s’évade. Pourtant beaucoup l’ont cherché, sauf les officiels, les institués, les uniformes. Certains le cherchent encore. Ceux qui comprennent que les réponses aux questions que se pose l’époque existent déjà, qu’il en faisait partie. Maintenant, lui aussi est parti.

Voilà Jean DETTON, inconnu et qui mérite de le rester parce que ce qui compte, ce dont nous avons besoin, surtout en ce siècle de spectacles politiques, c’est non des auteurs mais des idées, non des vedettes mais des outils, non de l’ordre mais de l’entropie, non du droit mais de l’accord, non des porte-parole, mais de la parole.

Tout cela est éphémère, et mérite de l’être car on ne peut pas ne pas évoluer. D’autres Jean, gens ou autres existent et agissent. Chacun est unique, sachons les voir vivants.

Hervé le Nestour



 

J’ai traîné mes soucis écologistes et mes envies de mutation dans le 1968 non détourné par les impérialo-gauchistes, entre autres lieux à la Sorbonne. Mais je n’ai rencontré ni Jean ni Hervé, à cette époque. Je n’y ai rencontré personne avec qui faire affaire. Occasion ratée, compétence gâchée, disait Hervé le Nestour. Combien d’autres se sont cherchés, se sont côtoyés sans se voir, sans se reconnaître ? Les autres, les entristes, les missionnés, les détourneurs d’attention et de motivations étaient sans doute déjà trop nombreux. Nous nous sommes rencontrés plus tard, réunis ; une sorte de miracle : un trou dans le filet de rétiaire jeté sur la société.

« Il aidait à ce que cela se passe, de sa tête bouillonnante, de ses mains habiles, de ses pieds infatiguables » écrivait Hervé le Nestour. Oui, Jean faisait de sa vie une poésie communicative.

Mais cela n’a pas suffit. Cela n’a pas duré. Les tours de passe-passe et les censures nous ont à nouveau décontenancés et dispersés. Puis la vie a manqué. Occasion ratée, compétence gâchée… Que l’on nous a fait rater, que les Samuel, les Hervé (Alain), les Carlier, les politburo du Nouvel Observateur, du PSU et du PS, les Goldsmith* and Co ont fait rater à tous, qu’ils ont fait rater à la planète pour servir la mégamachine ou pour préserver leurs médiocres intérêts corporatistes, multipliant les naufrages à l’infini, et les nouvelles vocations de naufrageurs – car la spirale régressive est holistique aussi et, en l’absence désormais d’une dynamique positive, la dégradation se creuse suivant une courbe exponentielle. Les uns ont perdu la mémoire. Combien se souviennent qu’ils ont été reçus chaleureusement, qu’on leur a mis le pied à l’étrier, qu’ils ont été encouragés ? Qu’en reste-t-il ? Pas un pour témoigner. Les autres, la plupart, ont reçus des implants de mémoire qui ont inversé toutes les perspectives et leur ont fait perdre le sens. C’est ainsi que nous sommes passés de l’opposition à la société de consommation à la croissance et à la conquête des marchés, à la ruine des économies locales ailleurs et ici, à la dette du Tiers Monde, au surendettement des ménages, à la financiarisation, à la titrisation, à la dette générale, à l’obligation de « rassurer les marchés« , au « vote utile » pour des clones du système impérialiste. Du projet d’une civilisation accordée au vivant à l’effondrement culturel, social et écologique.
* Edward est à l’origine de la formation d’un parti électoraliste Vert en Grande Bretagne dès 1973. Voilà qui révèle beaucoup sur la précocité de la volonté de détournement de l’alternative politique vers un réformisme accommodant avec le capitalisme. La chronologie coïncide parfaitement avec celle des manoeuvres qui ont exécuté le mouvement français.

Hervé le Nestour est mort trop jeune. Trop inutile depuis trop longtemps à cause de trop de censure, de trop de falsification de l’histoire de l’écologisme pour faire disparaître l’alternative au système dominant. A cause de trop d’oubli, de trop de solitude, son grand corps et son grand esprit s’étaient repliés sur le petit monde de la survie au quotidien. Ayant, comme Grothendieck, abandonné la voie facile du salariat universitaire pour s’engager totalement dans le mouvement du vivant, il a connu la mélancolie, le désarroi, le dénuement et l’impossibilité de se soigner. Le lutteur, le poête, le troubadour, le paladin de l’alternative connu de tous durant les années des espoirs et des projets conviviaux s’est effondré en janvier 1994. Dans l’anonymat. Ecrasé par la censure et la falsification.

Je n’ai appris sa seconde disparition que sept années plus tard. Récemment. Personne n’avait pensé à me prévenir.

Hervé le Nestour est une victime du sabotage du mouvement alternatif, de l’assassinat de l’espoir et des projets de bonne vie – l’une des innombrables victimes de cet effroyable gâchis.

Combien d’autres victimes ? Combien de carrières et de vies brisées ? Combien d’autres êtres vivants ? Combien d’écosystèmes ? Quelles pertes pour tous et pour la vie ? Ainsi sont stérilisées les vies et l’intelligence collective qui pourraient accoucher une civilisation en amour avec la biosphère, avec le vivant.

« Occasion ratée, compétence gâchée, l’époque préfère les morts, les De Profondis, les Resquiescat, les posthumes, les nécrologiques. (…) Trop tard, il n’en reste que de souvenirs épars. Il est resté seul, perdu (…) au fond de ce ravin, sans qu’on le sache, avant qu’on ne le retrouve. Quand on n’a pas vécu pareil, on ne meurt pas conformément. On s’évade.« 

La censure des alternatifs n’est sûrement pas propre à la France (on le devine avec l’exemple britannique), car le renforcement du capitalisme et, donc de la destruction écologique et sociale, était un programme mondial depuis au moins, au moins les années quarante. Partout les mêmes méthodes définies pour la « campagne de propagande et de pénétration » lancée à la fin des années quarante ont été appliquées : « Désamorcer les mouvements politiques de gauche et susciter l’acceptation d’un socialisme modéré (…) infiltrer les syndicats européens (…) extirper les éléments douteux (…) favoriser l’ascension des leaders convenant à Washington » (ici, Brice Lalonde), (Frances Stonor Saunders, « Qui mène la danse ? La CIA et la guerre froide culturelle »). Mais, c’est à ma connaissance en France que le sabotage de l’alternative a été le plus efficace et le plus long puisqu’il s’exerce toujours. Oui, mieux qu’en Italie qui, pourtant, a été gâtée en matière de sabotage social et politique. Y aurait-il une spécificité française, une spécificité profondément négative ? Plus de quarante années d’expérience du mouvement social et syndical, et la comparaison avec ce qui s’est passé, ce qui se passe ailleurs, tendent à le souligner.

 

 

 

 

A quoi servent les « rencontres » où l’on ne se rencontre pas ?

Comme d’habitude, la réunion régionale de l’Ile de France du samedi 5 décembre a rassemblé des personnes n’ayant pu développer en commun une réflexion préalable sur les questions abordées.

Comme d’habitude, cette méthode (?!) originale de travail n’a pas produit grand-chose, exceptées la confusion et l’insatisfaction.

Comme d’habitude, cette « rencontre » a surtout été un lieu de non-rencontre entre des différences conciliables voire complémentaires.

Et, comme d’habitude, l’inexpérience, l’incompétence, l’ignorance de l’histoire des autres mouvements sociaux, l’esprit d’arrière boutique et l’autisme des masturbateurs d' »organes politiques » se sont brillamment manifestés au cours du pugilat.

J’exagère ? Jugez-en…

Tel quidam, militant de fraîche date, affirme que les structures n’ont pas d’influence sur les pratiques individuelles et collectives… puis défend un projet contre tout autre. Une autre rit que l’on puisse considérer comme écologistes les abonnés aux journaux écolos parce que n’importe qui (?) peut le faire, « même Chirac« . Tel autre soutient qu’il n’y a pas de rapport entre l’analyse, le désir, les orientations et l’organisation. D’autres, aux AT comme au MEP, justifient l’érection d’un corps creux politique par un besoin d’éblouir les media et les gogos avec un godemichet clinquant qui ferait oublier la vacuité de l’écologisme, etc.

Il s’agirait d’anecdotes si ces péripéties n’étaient révélatrices des incohérences flagrantes que beaucoup ne devinent même pas tant est affaiblie la réflexion critique et auto-critique.

Ainsi, la relativité des environnements, des évolutions et des maturités – qui est un constat écologique – n’est-elle pas prise en considération par les obsédés de structures et d’électoralisme. Ce n’est pas étonnant, d’ailleurs, puisque le fonctionnement et les fonctions de la diversité ne sont pas compris par la plupart des écologistes ! Certes, on évoque la diversité, on la flatte quand on a besoin d’elle, on s’en réclame, mais ce ne sont que des mots balancés au hasard dans les professions de foi racoleuses.

Ils ne sont pas nombreux (dans les « rencontres » ceux qui adaptent leurs pratiques et leurs projets à la diversité parce qu’ils savent que le développement individuel et collectif est une résultante de l’expression des différents désirs.

Les autres, les AT et le MEP – mais pas tous – et même des diversitaires (?), se refusent à imaginer ou étudier les fonctionnements par interrelations entre les différences. Par conformisme, par inertie intellectuelle (la diversité, c’est complexe !), par calculs arrivistes… dès qu’il est question d’organisation, ils prétendent défaire ce que des millénaires d’écolutions différentes et complémentaires ont créé ! Dans la lignée des autoritaires de tous temps et de tous bords (jacobins, bolcheviks, « libéraux« , socialistes…), ils ne réalisent pas ou ne veulent pas comprendre que le fourmillement diversitaire est organisation et adaptation aux environnements relatifs.

Pourtant, les AT parisiens avaient organisé la « réunion » du 5 décembre et invité des non-AT à débattre et décider… Alors ? Alors, discuter n’engage à rien (surtout quand on n’écoute même pas) et voter quand la moitié des gêneurs diversitaires est partie est une vieille manoeuvre qui marche toujours avec des gens dont le moindre des soucis est le pouvoir. Le tout a une allure démocratique qui ferme la gueule des floués puisque la tarte à la crème démocratique est encore prisée dans l’écologisme. Résultat : les AT, toujours présents – eux – et toujours ancrés dans leur suffisance bornée, plébiscitent leur projet décadent et leurs représentants sur l’air de la « légitimité » !

Combien de temps encore les diversitaires et ceux des AT-RAT et du MEP qui voient un contenu dans l’écologie resteront-ils à la traîne et cautionneront-ils les ringards qui prennent leur pied en se shootant à l’erzatz de pouvoir ?

ACG 6 décembre 1981

 

Avec le recul :
Les cadors des Amis de la Terre qui avaient pris l’initiative de cette pseudo réunion, Brice Lalonde et son fidèle Pierre Samuel, n’ont pas daigné paraître, affichant leur mépris pour ceux qui s’étaient déplacés en espérant la possibilité d’un échange ou d’un affrontement loyal. Ils avaient délégué des seconds couteaux, nouveaux propagandistes à neurones de béton et langue de bois. « Le Pouvoir« , donc la capitalisation des pouvoirs volés à tous les autres par n’importe quel moyen (le mensonge en premier lieu) était leur règle de vie revendiquée. Tout cela étant parfaitement « neutre« , comme ils aimaient à le répéter en boucle face aux démonstrations contraires. Cette « réunion » était aussi malhonnête que ce que j’avais connu aux Amis de la Terre plusieurs années auparavant. Quatre ans après leur critique du montage de la « charte de Saint-Omer », on reconnaissait les attitudes et les manoeuvres dénoncées par les Amis de la Terre de Caen. « Fidèles au plus dangereux style manipulateur des groupuscules » (Guy Hocquenghem), le petit chef du gang lalondiste sortait de chez les maoïstes, et il ne devait pas être le seul. Encore des maoïstes ! Comme les rocardiens du PSU, toujours présents là où l’alternative écologiste était sabotée. A la suite de leur maître, ils allaient faire carrière dans les officines du néo-capitalisme *, au ministère de l’environnement et diverses commissions, jusqu’à aujourd’hui.
* c’est l’époque de la création officielle de la Fondation Saint-Simon par des proches de Alain Hervé et Brice Lalonde.


 

 

 

 

1982

Réponse à Raymond C.
Le nom de l’auteur de « Ecologistes : parti pris« , paru dans Ecologie n° 347, novembre 1982, le texte sur lequel je rebondissais, est tu par charité.

L’écologisme a pu longtemps donner l’impression d’être un mouvement désordonné, une « mouvance » disait-on, c’est à dire un lieu… même pas… un ensemble de lieux traversés par des tas de désirs et de révoltes se traduisant par des fonctionnements et des actions différents. N’importe qui pouvait dire ce qu’il avait sur le coeur et prendre une initiative, même si cela n’était pas apprécié par d’autres ; cela n’engageait que les participants. D’expériences en expériences, le mouvement développait des adaptations nouvelles. L’écologisme était alors, il faut bien le dire, un peu anarchisant !

Heureusement, certains, séduits par l’activité politique et les avantages annexes, transformèrent l’action – à peine esquissée – de détournement critique et rigolard des élections (« piège à cons » disaient-ils) en une volonté électoraliste beaucoup plus digne et sérieuse. Il y eu bien quelques réactions intolérantes à ce nouveau développement. De mauvais esprits soulignaient que la fascination pour les pourcentages électoraux est l’aboutissement logique, dans le système démocratique, du comportement arriviste. Il allaient même jusqu’à prétendre que la compétition pour la dominance, à l’intérieur comme à l’extérieur d’un environnement (d’un mouvement, en l’occurrence), se traduit par une réduction de la production de tous les individus, une sorte d’appauvrissement en quelque sorte. On se demande bien où ils allaient chercher tout ça ! Pourtant, l’écologisme existe encore et produit des pensées novatrices…

Un exemple « évident » nous en est donné par Raymond C. dans Ecologie de novembre. Raymond, tu dis les choses avec assurance et cela nous change de ces pinailleurs, éternels critiqueurs et questionneurs, qui passent leur temps à relativiser chaque chose à d’autres auxquelles on n’aime pas forcément penser. Toi, au moins, tu tiens un langage qui rassure ; un langage qui ne fait presque (il y a encore des failles, mais si insignifiantes qu’on les oublie) pas place au doute générateur de malaise et, en effet, d' »inefficacité« . Enfin, se dit-on, voici un écolo qui sort de la confusion pour tenir un vrai langage politique.

Pourtant, j’aimerais que tu argumentes certaines chose que tu dis un peu rapidement, sans doute par manque de place…

Par exemple, tu parles des « erreurs du mouvement libertaire » : il serait bon que tu précises pour mieux asseoir ta démonstration.

Tu dis aussi accepter « de participer à ce mode (…) tant qu’il n’est pas remis en cause par ceux qui s’en réclament« . C’est pas très clair ; a-t-on déjà vu des gens se réclamer de ce qu’ils contestent ?

Tu affirmes récuser le « choix volontaire délibéré » (et intentionnel ?) « de la force pour obtenir un changement de société et de pouvoir« . Là, par contre, tu m’inquiètes… Vu l’importance du potentiel subversif de l' »écologisme politique« , j’espère qu’il ne s’agit que d’une manoeuvre d’intimidation ! Mais n’est-ce pas un peu dangereux de jouer ainsi avec le feu ?

Je passe sur quelques expressions frappantes telles que « critique passive« , « le front où vit la base« , « il faut sortir de Yalta« , « une société où les lois soient humaines« , « pouvoirs contrôlables« , « la juste place (de l’homme) dans l’équilibre des espèces« … Expressions qui mériteraient que l’on s’attarde.

Raymond, tu soulignes que la diversité écologiste est « spontanément opposée » au « Monde qui de toutes parts nous assiège » et tu es sûrement dans le vrai. Je n’en veux pour preuve que le développement « spontané » de la réflexion et de la pratique politiques. Quoi de plus original, en effet, que de clamer à la face de ce monde perclus de politique, stérilisé par l’idée et la réalité du pouvoir, que « le mouvement écologiste a une fonction politique dont le domaine est le pouvoir politique » ? Voici l’alternative écologiste : l’impuissance ou le pouvoir ! Cela réconfortera ceux qui désespèrent de vivre un changement de comportements sociaux.

Et ces formules : « nation« , « il faut une direction et un centre » (tiens, pourquoi un centre… est-ce à cause du milieu ?), « il faut une hiérarchie et une discipline« , « institution« , « démocratie« , « gaâarde à vous« … Ah non, là je me prends à rêver. N’empêche, même si tu n’oses pas encore tout dévoiler de tes idées visionnaires, quelle différence avec le langage et les schémas de fonctionnement des partis traditionnels !

La logique de la démarche de « l’écologisme politique » saute aux yeux quand on associe les structures les structures d’organisation que tu recommandes, Raymond, la promesse implicite que « tout » montera de « la base » au « sommet« . Nul doute que cette philosophie new look aura cloué le bec des farfelus qui prétendent puiser dans l’écologie pour dire que « la politique et toute sa quincaillerie (démocratie, parti, pouvoir, majorité, minorité…) est un étouffoir de la diversité, une chape de bêtise armée jetée sur la relativité des êtres et des circonstances, un très bon moyen de saboter la spontanéité des relations complémentaires ; en somme, un instrument au service exclusif de la tentation de domination« . Ils vont même jusqu’à ajouter que « la tentation de domination (dominance, pouvoir, hiérarchie) n’est plus guère explicable – surtout par chez nous – par des pénuries matérielles ; à fortiori quand on a à portée de la main l’abondance infinie du potentiel relationnel« . Ouf ! Ces farfelus sont vraiment de drôles de bonshommes. Pour rigoler un peu, on devrait les laisser s’exprimer plus souvent. Qu’en penses-tu Raymond ?

J’appuie entièrement ton appel au regroupement de tous et toutes celles « pour qui les droits de l’homme ne sont pas de vains mots » pour résister à « toute oppression » et refuser « tous totalitarismes étatiques » et « idéologiques« .

Avant de te saluer, autorise-moi à donner, à toi comme à tes semblables, un petit conseil : politiques, continuez votre chemin !

ACG
Fin 1982/ début 83 pour Ecologie

 

 

Avec le recul :
Raymond, sa pensée nourrie de l’ignorance de l’histoire de l’écologisme et du mépris du mouvement alternatif, ses préventions, ses propositions en forme de couperets, sont représentatifs de ce qui couvait depuis l’entrisme des différents partisans de la spoliation/capitalisation du pouvoir d’être et d’agir, et qui allait bientôt donner les Verts.

Le contraste est saisissant entre les anciens du mouvement alternatif, représentant toujours les bienfaits de l’ouverture et du brassage d’informations et d’idées, en dépit du traitement qui leur avait été réservé, et les prétendants à la succession blindés de certitudes et de rêves de pouvoir. Autant de raisons d’enfoncer encore d’avantage les anciens. Je sais que les ordres furent donnés.

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