Avant l’imposture de « l’écologie politique« , la contagion culturelle (écologisation) était la voie choisie par les écologistes

 

Ce texte montre que nous constations la présence grandissante de l’imposture. Sans pour autant pouvoir la cerner, nous prenions conscience qu’elle menaçait le fondement même du projet politique du mouvement. En effet, notre préoccupation première était de transmettre des informations et d’ouvrir les consciences sur les interrelations et les dynamiques du vivant. D’où le souci de ne pas se laisser contaminer par les clivages et les querelles de chapelles, et le choix du rapprochement en misant sur les complémentarités. Par conséquent, s’il est bien un écueil que nous voulions éviter, c’est l’arène politicienne et ses antagonismes stériles.

 

 

Le mouvement écologique par ci, le mouvement écologique par là ; on s’en réclame, on le loue, on le critique… mais, le mouvement écologique, qu’est-ce que c’est ? Que représente-t-il et qui le représente ? En vérité, même pour un militant, il est bien difficile de répondre. Pas étonnant que la plupart des gens n’y voient pas très clair.

 

Avant tout, il faut faire la part des imposteurs. Individus ou associations, officiels ou privés, les faux semblants se multiplient et s’immiscent partout. Ces parasites s’efforcent tantôt de discréditer les militants et les actions du mouvement écologique, tantôt de concentrer l’attention de l’opinion sur des aspects superficiels et fragmentaires de la crise globale pour masquer l’ampleur et la complexité de celle-ci. Quels qu’ils soient, les imposteurs ne sont que des sous-fifres au service des super-privilégiés qui agissent au détriment de l’intérêt général. Du fonctionnaire à l’homme politique en passant par le spécialiste dit scientifique, les imposteurs de la « nouvelle société » et de la « lutte anti-pollution » sont entretenus et manipulés par les intérêts réactionnaires qui veulent récupérer l’engouement pour la nature et l’écologie afin d’en tirer profit tout en tuant dans l’oeuf les aspirations à un changement radical du mode de vie.

 

Peut-être plus dangereux encore que les imposteurs parce que- à priori – désintéressés, donc sincères, il y a les sectaires. Ces nouveaux inquisiteurs voudraient bien brûler tous ceux qui ne leur ressemblent pas, et même ceux qui leur ressemblent. Sans distinction, Dieu reconnaîtra les siens ! Tout, dans leurs agissements et leurs propos, dénote un goût morbide pour l’isolement. Eux seuls détiennent la vérité et tant pis pour les autres, les méprisables qui ne veulent pas comprendre. Au fond, il doit s’agir d’une attitude suicidaire adoptée par des militants dépités des piètres résultats de leur action, voire ulcérés par le moindre succès d’autrui : à travers les autres, ils cherchent à s’atteindre eux-mêmes.

Ecarter les imposteurs et se méfier des sectaires ne suffit pas à clarifier la situation. Il reste dix, cent, mille associations et davantage qui s’inspirent plus ou moins des enseignements de l’écologie et agissent du niveau local au niveau national et même international. Tout ce monde représente le mouvement écologique ; richesses et incohérence tout à la fois. Dix, cent, mille associations qui souvent s’ignorent ou sont divisées par des conceptions différentes.

 

Ces différences sont-elles transitoires ou irréductibles ? Certainement pas irréductibles. Elles témoignent de la diversité des voies suivies pour venir à l’action écologique, diversité des informations et des niveaux de conscience. Il faut bien que les néophytes aient le temps de construire leur expérience propre. Si des « réformistes » et des « révolutionnaires » se côtoient dans le même mouvement, c’est que, du simple amour de la nature et de l’homme à la volonté de changer tout ce qui ne tourne pas rond, le chemin est parfois long. C’est une recherche impatiente jalonnée d’étapes où l’on s’imagine « tenir le bon bout » l’espace d’une illusion. Une remise en cause de tous les instants.

 

 

 

UN MALAISE ? QUEL MALAISE ?

 

Depuis peu, les actions du mouvement écologique inspire des critiques. L’indifférence est donc vaincue ! Paradoxalement, des bruits pessimistes courent : on dit que « le mouvement écologique piétine » et que « l’écologie ça ne mène pas très loin ».

 

C’est vrai, tout ne va pas pour le mieux. Le faible impact des actions déçoit, les manifestations manquent de vigueur, les moyens d’information boudent.

 

Avant d’aller plus loin, il faut dissiper une ambiguïté : il convient de faire une distinction entre un éventuel malaise du mouvement et le marasme général qui affecte tout le monde.

 

Ainsi, le dynamisme du mouvement écologique n’est pas seul en cause. Au contraire. Si la tentation est grande d’attendre des circonstances plus favorables pour agir, c’est que la « morosité » ressentie dans toute la société (le « ras le bol » lancé par les écologistes) douche l’enthousiasme militant.

 

La prise de conscience de la dégradation du milieu et des conditions de vie est lente, beaucoup plus lente que l’évolution de l’analyse écologique. Si lente au goût des militants impatients de voir se réaliser leurs espoirs qu’il ne serait pas étonnant que le malaise du mouvement écologique se réduise à une création de leur imagination, ou plus exactement à une confusion avec le marasme général.

 

Il n’y a pas si longtemps, la lutte écologique se limitait à la protection de la nature. On se contentait de panser quelques plaies. Les origines du processus de dégradation n’étaient pas dénoncées, encore moins combattues. Désormais, le temps n’est plus où les préoccupations des « doux rêveurs épris de nature » faisaient sourire les esprits forts. En quelques années, des dents ont poussé aux « chasseurs de papillons ». Maintenant, ils s’entendent appeler « gauchistes » parce qu’ils osent contester les fondements de la civilisation et s’aventurer sur le terrain de la politique. Si malaise du mouvement il y a, c’est le fait de la croissance : une acné juvénile qui ne doit décourager personne.

 

Il ne faudrait pas non plus tomber dans un excès d’optimisme. Comme toute action allant à l’encontre des idées reçues et des intérêts établis, la tâche du mouvement écologique est ingrate. En particulier, il lui faut vaincre cette inertie de la population qui déconcerte les meilleures volontés.

 

Ils ne bougent pas, c’est à peine s’ils murmurent de temps à autre. On les qualifie tantôt de « veaux », tantôt de « moutons » ou, plus globalement de « majorité silencieuse » et de « tapis ». Ils sont des millions et des millions. Des millions accablés par les servitudes du quotidien. Des millions à se sentir seuls, seuls et insignifiants parce qu’ils ont perdu toute conscience communautaire. Paralysés par leur insignifiance, les « moutons » se résignent et l’habitude née de la répétition des mêmes actes, des mêmes plaisirs, des mêmes peines leur tient lieu de raison de vivre. Bon gré mal gré. Leur sensibilité s’engourdit, leur volonté s’éteint et peu à peu ils s’accoutument à la médiocrité. Voilà le vrai malaise ! La population est asthénique, tant et si bien convaincue de son impuissance que la multiplicité et la gravité des problèmes dont l’actualité mondiale est chargée – prémices d’une période critique pour la survie – loin de la stimuler, semblent la décourager d’emblée.

 

 

 

MÊME MAL, MÊME LUTTE

 

Faudra-t-il attendre que la crise écologique engendre des perturbations économiques et sociales pour que la population sorte de sa torpeur sous la pression de la nécessité ? Trop tard comme d’habitude ! Tard ou pas, si elle n’est pas informée, si elle n’est pas préparée à affronter une situation de crise globale, la population sera à la merci de qui saura exploiter son désarroi. Et les velléités révolutionnaires seront balayées par un sursaut réactionnaire.

 

Pour le mouvement écologique comme pour tout autre mouvement radical, attendre que la population sorte de sa torpeur c’est attendre que les super-privilégiés se soient bien préparés à défendre leurs positions, attendre qu’ils aient semé sur toute la planète d’autres foyers de prolétarisation et de dégradation, attendre que tout soit pourri et que la survie soit compromise !

 

C’est maintenant qu’il faut tout tenter pour hâter le réveil de l’opinion. Dans cette perspective, le mouvement écologique doit prendre conscience de ses insuffisances, rejeter l’imposture, refuser le sectarisme et, surtout, s’ouvrir plus encore pour élargir son domaine de référence à tous les problèmes et à toutes les luttes. Seule une vision globale permettra de surmonter les contradictions et les mésententes nées d’une information et d’une réflexion insuffisantes. Elle favorisera ainsi un rapprochement avec tous ceux qui combattent les différentes manifestations du même mal.

 

Alors, nul doute que le rôle du profit apparaîtra plus clairement dans le processus de dégradation qui ronge la nature. Après avoir réduit l’homme en esclavage, le profit et ses rejetons – la rentabilité et la productivité – parachèvent leur œuvre en gaspillant les ressources, en détruisant la nature et en compromettant l’avenir de l’espèce. Tout comme l’asservissement, la dégradation de la nature anéantit les possibilités d’épanouissement de l’homme. C’est dire qu’il ne peut y avoir émancipation de l’homme dans une société qui ne respecte pas la nature, et inversement.

 

Il est surprenant que les préoccupations écologiques ne soient pas nées au sein du mouvement socialiste. Il est plus surprenant encore que les socialistes fassent leurs des orientations économiques et choix technologiques imposés, sans souci de l’intérêt général à long terme, par le profit dans la société capitaliste.

 

Au-delà des détails, le combat mené par le mouvement écologique et le combat du mouvement socialiste se rejoignent. La lutte pour la nature et la vie doit éclairer la lutte pour le socialisme, et réciproquement car seule la conjonction des deux mouvements est de taille à briser le pouvoir du profit et à jeter les bases de civilisations adaptées à l’homme et à la nature.

 

Alain-Claude Galtié 1973

 

Je n’ai pas souvenir que cet article ait été publié. Sûrement pas dans le Courrier de la Baleine (bulletin des Amis de la Terre) puisque seuls ceux qui étaient dans la combine du « collège invisible de l’écologisme » y avaient accès. Et probablement pas non plus dans le Bulletin de l’APRE. Je n’en ai aucune trace.

 

 

« Individus ou associations, officiels ou privés, les faux semblants se multiplient et s’immiscent partout. » Remarquable l’avertissement relatif à l’imposture. Particulièrement dans ce courant de la nouvelle gauche qui aspire à restaurer la démocratie, l‘inquiétude est patente. Elle n’allait pas tarder à croître encore : nous allions bientôt découvrir l’amour de « la croissance marchande » chez les « gauchistes » du PSU et consorts. 

 

« (…) si elle n’est pas informée, si elle n’est pas préparée à affronter une situation de crise globale, la population sera à la merci de qui saura exploiter son désarroi. Et les velléités révolutionnaires seront balayées par un sursaut réactionnaire. »

Cinquante ans après, nous y sommes ! L’élimination de la nouvelle gauche écologiste et son remplacement par les imposteurs et leur spectacle de joutes et de magouilles a complètement saboté l’effort précédent et provoqué le repli général. C’était bien l’objectif. La souillure de l’écologisme a déprimé les résistances et laissé s’installer l’ultra-libéralisme (l’ultra-prédation).

 

Les super-privilégiés s’étaient si bien préparés à défendre leurs positions qu’ils s’étaient glissés à nos côtés ! C’était cela l’imposture. L’élimination des écologistes leur a permis de semer sur toute la planète d’autres foyers de prolétarisation et de dégradation » tout en encourageant les pratiques les plus nuisibles dont, aujourd’hui, tous les êtres vivants subissent les conséquences.

 

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