Malgré l’échec des tentatives d’organisation du mouvement écologique n’ayant pas pour objectif une action précise comme le Larzac, le Moratoire nucléaire et la campagne de René Dumont, les réunions au plan national gardent leurs fervents. Pourtant, il semble très probable qu’une nouvelle réunion nationale ne pourrait déboucher que sur un affrontement de plus et une belle pagaille, ou sur un « coup d’état » des groupes influents, la naissance d’une fédération nouvelle et, au total, la dissociation du mouvement écologique.

Les camarades qui souhaitent mettre en place une structure de coordination ou (et) un « conseil des gros bras » se heurterons toujours aux susceptibilités et ne réussiront qu’à se discréditer car ils oublient le fait militant, c’est à dire l’essentiel, le moteur de toue action.

A l’origine des difficultés rencontrées en toutes circonstances par les « organisateurs »se trouve un problème d’individualité, d’indépendance ; en somme : un problème de pouvoir.

Chacun de nous revendique le droit à la différence. Chacun de nous revendique le droit à l’expression. Qui accepterait d’aliéner pour La Cause sa personnalité et sa part de liberté d’initiative et de responsabilité ? Ecologistes nous sommes, et convaincus de l’utilité d’une communauté d’action, mais pas prêts à marcher au même pas, même si c’est à contre-courant de la masse ! Quel qu’il soit, tout projet d’organisation à grande échelle est définitivement ressenti comme un moyen de recréer (je devrais dire développer) les inégalités de la société au sein du mouvement écologique.

Ans baptême, sans annonce que Journal Officiel, sans organigramme, le mouvement écologique existe : il vit, il grandit, il s’organise sans autorité directrice, il est grosso modo à l’image de la société à laquelle nous aspirons. Alors, pourquoi vouloir construire l’avenir en commençant par copier les mauvais exemples du présent ?

Renoncer à mettre en place une structure nationale ne signifie pas se recroqueviller sur son nombril tout seul dans son coin. Au contraire, il faut intensifier les échanges (horizontaux) entre les associations, entre les groupes et entre les militants, et recenser les possibilités d’entraide. De cette manière, sans rien ôter de la diversité du mouvement, nous apprendrons – avec un peu de bonne volonté – à appliquer les idées de décentralisation et d’auto-organisation dont nous nous réclamons. A chacun d’imaginer, dans sa région ou au niveau national, le moyen de se rendre utile sans peser d’une manière quelconque sur la liberté d’initiative d’autrui. C’est possible, les camarades de l’Agence de Presse n’en donnent-ils pas l’exemple ?

Alain-Claude Galtié

19 octobre 1974

paru dans le bulletin de l’APRE du 9 décembre 1974

 

 

Avec le recul…

Comme la plupart des écologistes, je m’étais opposé au principe d’ »Assises Nationales » (celles de Montargis en juillet 1974 où les factions entristes ont achevé de désorganiser le mouvement). Notre proposition : des rencontres régionales et une meilleure coopération sur le terrain.

C’était très loin de ce qui était préparé par tous ceux qui avaient été substitués aux écologistes. Censurés, écartés et remplacés partout, ceux-ci devenaient inaudibles. D’autant plus que, totalement abusés, la plupart des nouveaux venus ne pouvaient pas distinguer entre les écologistes et les faux-semblants sortis des gauchismes totalitaires ou des cartons du néo-capitalisme.

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