Je ne suis pas suspect d’être hostile à l’utilisation des pantomimes électorales puisque, après avoir réalisé un sondage auprès des candidats aux législatives de 73, j’ai été l’un des premiers artisans de la campagne de René Dumont conçue comme un détournement des élections présidentielles. Pourtant, je n’ai pas voté pour la liste écologiste qui se présentait dans une commune de la région parisienne. Je ne précise pas le lieu car, si j’avais eu à me prononcer à Paris ou ailleurs en banlieue, dans les secteurs où je connais les candidats et leur programme, il est probable que j’aurais agi de même.

Pour qu’un écologiste militant depuis neuf ans se refuse à ajouter sa voix aux résultats favorables aux écologistes, il faut qu’il ait de bonnes raisons ! J’en ai en effet quelques-unes plus que suffisantes pour mettre mal à l’aise quiconque a vu dans l’engagement écologiste plus qu’un baroud réformiste.

 

Sans doute, l’idée de participer aux municipales était-elle bonne mais, pour faire le poids (quantitativement), des écologistes que la rumeur désigne parmi les plus engagés n’ont pas hésité à battre le rappel (1) et à s’allier à d’autres écologistes dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne sont pas révolutionnaires. Les uns et les autres ont fait des concessions et il faut croire que la balance n’était pas favorable aux gens de gauche pour que l’accord ait été conclu sur la pire des solutions : la neutralité. Il en est résulté un cocktail des plus curieux dont le catalyseur est une conception étroite de l’écologie politique.

 

Je ne me reconnais pas dans cette écologie « politique«  sans odeur ni saveur qui se contrefout de contribuer au maintien des premiers responsables de la crise écologique. Je ne me reconnais pas dans le goût pour l’électoralisme dont les candidats les plus progressistes ont fait preuve en taisant leurs idées sous prétexte d’efficacité et en sacrifiant un peu trop au vedettariat. Je ne me reconnais pas davantage dans cette écologie militante confuse où se côtoient des gens aux intérêts incompatibles. Mais sans doute suis-je plus qu’écologiste.

 

Dès le premier tour, j’ai donc voté pour la liste la moins mauvaise : celle de l’Union de la Gauche. Non pas que je crois que la Gauche au pouvoir instaurera un socialisme autogestionnaire et « écologique » mais c’est la seule force capable d’amorcer un processus de changement. Il faut parfois faire des infidélités à ses convictions pour pouvoir les servir plus tard avec quelques chances de succès.

 

Alain-Claude Galtié mars 1977 pour l’APRE hebdo

(1) …un rappel sélectif éliminant les plus radicaux.

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