Bornéo, qui était décrit comme le paradis de la forêt, est encore couvert par la plus grande forêt intertropicale après l’Amazonie. Cette forêt est constituée par une multitude de variétés végétales et animales. Elle est, notamment, l’habitat des grands singes Nasiques et des quelques spécimens de rhinocéros asiatique qui ont échappé aux braconniers.

 

La population autochtone du Sarawak est dominée par une oligarchie malaise et chinoise qui, avec les industriels japonais, profite seule de l’exploitation de la forêt. Le plus bel exemple de la corruption du pouvoir est James Wong, ministre du Tourisme et de… l’Environnement, qui possède la plus importante entreprise forestière.

Malais, Chinois de Malaisie et Japonais (qui dirigent les coupes) démolissent la forêt avec une avidité sans cesse croissante depuis la fin des années 70. Aujourd’hui, les destructions peuvent être estimées entre 40 et 45% de la forêt initiale. Après la dévastation des régions basses, les forêts de montagne sont attaquées en remontant les vallées au rythme de 200 000 hectares par an. La forêt est saccagée au bulldozer. Des routes sont ouvertes pour acheminer les troncs jusqu’aux rivières dont l’eau a désormais la couleur de la terre. Des incendies gigantesques se propagent dans la végétation raréfiée (comme dans le Bornéo indonésien lui aussi ravagé, où par deux fois, en 82 et 86, un e superficie grande comme les Pays Bas a brûlé).

A cela s’ajoute une importante pollution des eaux par les produits chimiques utilisés, sur place pour le traitement des troncs.

Chaque année, les inondations sont plus catastrophiques : des rizières sont détruites, des villages sont emportés, l’érosion s’intensifie, etc.

Les populations autochtones, les Penans et les Dayaks, sont spoliées. Toutes les ressources dont ils tirent leur subsistance se raréfient. Leur territoire est dévasté. Les entrepreneurs forestiers tentent de circonvenir les populations en faisant signer aux chefs de village des textes stipulant la renonciation à l’action d’opposition et à tout dédommagement pour les conséquences écologiques – dûment énumérées – de la déforestation. Ils offrent aussi, par exemple, de payer 300F pour un durian : un arbre dont la vente des fruits peut rapporter jusqu’à 2400F par an.

Les Penans et les Dayaks s’opposent aux destructions avec le soutien des écologistes. Ils sabotent les ponts et bloquent les travaux par des manifestations.

En réponse, une loi interdisant de s’opposer à la déforestation a été promulguée en novembre 87. Des Penans et des Dayaks ont été emprisonnés puis relâchés. Une seconde vague d’arrestations a commencé voici 4 mois. 130 personnes ont été emprisonnées et menacées d’inculpation. Elles ont été relâchées grâce à la pression de la population et de l’opinion internationale. Mais de nouvelles menaces d’inculpation sont formulées. Les écologistes sont accusés de « trahison nationale« . Des opérations militaires sont menées pour intimider les autochtones et traquer Bruno Manser, cet écologiste suisse qui vit avec les Penans et dont la tête a été mise à prix.

Au Sabah, l’Etat voisin de la Confédération de Malaisie, la situation est plus grave encore. Ces pays connaissent la pire situation coloniale de toute leur histoire.

Alain-Claude Galtié

Ecologie Infos n° 394 avril 1989

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