PS, Tontonmaniaques, profiteurs de ces dix années de règne, sentent que le vent tourne. Les voilà prêts à tout pour sauver quelques meubles et rester encore un peu au pouvoir, quitte à offrir un peu plus de possibilités au Front National de leur succéder un jour. Pour cela il leur faut absorber ou détruire tout ce qui se situe en dehors du consensus, et les moyens utilisés leur importe peu. C’est le sens des opérations menées en ce moment en direction des Verts. Des Verts qui ne sont pas notre tasse de thé, les lecteurs de CA le savent. Il n’empêche qu’on ne peut accepter qu’un débat politique, voire des polémiques, soient remplacés par des calomnies et des manoeuvres de la pire espèce.

 

La France pue la fin de règne, et l’odeur vient de la rose ; la nouvelle classe politique à qui l’électorat avait, du bout des doigts, accordé en 81 quelque crédit pour n’être pas encore mouillée dans la corruption et la pourriture politicienne du pouvoir se révèle être digne de ses prédécesseurs giscardiens et gaullistes. Intrigues de couloirs, magouilles de bas étages, scandales en tous genres affluent. Fausses factures et sang contaminé valent bien quelques diamants ou avions renifleurs !

 

On entend, ici ou là, de plus en plus de responsables socialistes qui commencent à paniquer et à craindre pour leur sinécure, déclarer que ce fut une erreur que de ne pas avoir, en son temps, accordé le droit de vote aux immigrés ; d’avoir trop mis l’accent sur la rigueur et les cadeaux faits aux entreprises ; d’avoir laissé le capital régenter à lui seul la vie économique et d’avoir laissé s’installer la précarité et la pauvreté ; de n’avoir pas véritablement mené une politique de l’environnement ; bref de n’avoir pas été assez socialiste ! Certes mais ils ne l’ont pas fait et les voix qui s’élevaient à l’époque pour condamner la politique suivie étaient rares ! Cela suffit à les juger.

 

Une fois le pouvoir conquis en 81 le PS n’a pensé qu’à séduire le patronat et à installer ses amis dans les fauteuils du pouvoir. A force d’avoir mis les chômeurs et les travailleurs dans la situation de n’avoir rien à défendre, puisqu’on ne leur accordait plus rien, les socialistes ont été les artisans patients de la passivité et de l’individualisme dont ils se plaignent maintenant et dont nous tous subissons les conséquences.

 

L’un des Jokers du PS, pour tenter de sauver ce qui peut l’être encore, est de lancer une grande opération « rassemblement des démocrates contre Le Pen« . Raviver la flamme antifasciste, véritable miroir aux alouettes pour démocrates ne voyant pas plus loin que leur nez, sera pourtant, cette fois, beaucoup plus difficile qu’auparavant, pour deux raisons :

  • Il apparaît clairement que c’est ce même PS qui a largement contribué à la montée du FN à des fins électorales.
  • Le PS n’a plus rien à proposer sinon à se morfondre sur ce qu’il n’a pas fait et aurait dû faire.

L’une des facettes de cette politique concerne les écolos en général et les Verts en particulier.

 

L’électorat Vert a toujours été en majorité de gauche et s’est toujours finalement reporté assez bien sur les candidats socialistes par le passé. Mais ce qui était vrai avec un parti à 5 ou 7 % le sera-t-il encore avec 10 ou 15 % ? Car bien évidemment plus le parti Vert prend de l’ampleur électoralement et plus ses électeurs ont des chances de provenir de champs politiques plus diversifiés. C’est ce qu’ont bien compris les partis de la droite traditionnelle, le RPR en particulier, qui peuvent, sans rire, leur faire des appels du pied.

 

Le PS se voit donc contraint de mener vis à vis des Verts une offensive à deux facettes : la séduction et le dénigrement. Pour l’une comme pour l’autre, ils disposent de deux types d’atouts : ceux qui sont extérieurs au parti écologiste et ceux qui sont en son sein même : la tendance dite de gauche et qui voudrait bien voir les Verts intégrés dans une sorte d’union de la gauche ou d’union républicaine.

 

La séduction c’est évidemment tous les discours « plus écolos que nous tu meurs » ; c’est l’espérance d’une dose de proportionnelle ; ce sont les palinodies de Génération-écologie et de l’ignoble Brice.

 

Le dénigrement c’est de lutter contre ceux qui veulent que les Verts maintiennent le cap « ni droite ni gauche » en laissant soupçonner qu’ils font ainsi le jeu de Le Pen ; ce sont les pressions extérieures et les sommations à forcer les Verts à se déterminer par rapport à Le Pen (pour les socialos il faut absolument que la vie politique se détermine par rapport à lui, quitte à lui apporte du grain à moudre) ; ce sont enfin les insinuations concernant l’infiltration fasciste chez les Verts afin d’en dégoûter une partie de l’électorat celui qui est « de gauche quand même« ) et de mettre en difficulté ceux qui refusent à priori une alliance politique.

 

Ce fut d’abord l’affaire Brière, et ce fut plus récemment le numéro spécial d’Actuel d’octobre 1991 : « Attention, les Kmers Verts, les écolos fachos ! » Un numéro dont la promotion se fit à coups d’affiches publicitaires de grande envergure, sur les murs des grandes villes, un procédé bien nouveau pour ce mensuel qui ne dispose pas, habituellement, d’une telle surface financière et publicitaire !

 

Un article absolument incroyable, non pas à cause des idées et des thèses qu’il défend (il en a parfaitement le droit), mais par la manière dont il le fait : un tissu de calomnies, de mensonges, de textes truqués et manipulés, de citations tronquées, et de considérations de la pire démagogie. En fait un article rédigé exactement de la même manière, avec les mêmes ingrédients et les mêmes mécanismes journalistiques, que ceux que l’on peut trouver dans Minute, dans les reportages du « Choc du mois » ou dans la presse à sensation en général.

 

Par exemple, Actuel s’appuie sur l’exemple du Var et plus particulièrement du midi méditerranéen où des gens d’extrême droite avaient lancé une OPA sur la parti écologiste vers 1987, évinçant alors les militants traditionnels. A l’époque, Courant Alternatif s’était fait l’écho de cet épisode et signalait qu’ailleurs aussi des membres des Verts étaient plutôt issus de la bonne droite du terroir que de la gauche socialisante. Nous montrions alors que c’était compréhensible dans la mesure où l’idéologie écologique pouvait être une composante de la mystique fasciste (symbiose avec la nature, ordre naturel, etc.) et qu’il importait, comme le montrait d’ailleurs déjà Bookchin, que l’écologie soit sociale et politique. Nous n’en concluions pas pour autant que les Verts étaient un parti fasciste ! A l’époque, comme ils le rappellent d’ailleurs, Bizot, le directeur d’Actuel, et Christophe Nick qui signe le dossier en question votaient Vert ! Mais il est vrai qu’à l’époque on pouvait sans risque soutenir Tonton… et avoir la coquetterie de ne pas voter pour son parti… au premier tour. Maintenant, plus question de digression et les tontonmaniaques de toujours doivent resserrer les rangs et frapper sur ce qui les séduisait. Mais il est vrai, comme le rappelle Galtié, que ces gens sont des spécialistes de la volte-face et des théoriciens de la mode changeante.

 

Autre exemple, voilà ce que reproche, in-extenso, Actuel à Galtié, pour preuve de son écolo-fascisme !

«  Trop de Verts comme les Bolcheviks, pensent qu’eux seuls sont conscients des vrais problèmes. Les masses humaines ne comprennent rien… Dans un texte délirant, classé sous la rubrique « idées » de la dernière livraison d’Ecologie info, Alain-Claude Galtié explique pourquoi :

« Gosses temporairement perturbés des bourgeoisies, arrivistes de toutes les couches sociales, malfaisants de toutes les puanteurs… Voilà la première ligne des systèmes destructeurs. C’est elle qui a la charge de saboter toute ouverture et toute créativité ». Et plus loin : « Crétins, malades ou francs salauds de toujours, les « ex » (ex-gauchos, ex-écolos, ex-féminos…) et autres arrivistes-gagneurs se comportent dans l’écosystème social comme le font leurs modèles – les puissants – à tous les niveaux de l’écosystème terrestre (…). Aurons-nous la lucidité et la force de précipiter la mort de cette idéologie nuisible et de ses structures avant qu’elles n’emportent tout dans leur naufrage ? » Ca vaut les décrets contre les « puants de la neuvième catégorie » de la Révolution culturelle de Mao ! « 

 

Je ne sais pas si Galtié est un fasciste ou un bolchevik déguisé. Mais en tout cas rien dans ce qui est cité de lui dans la livraison d’Actuel ne permet de l’affirmer. Et pourtant c’est ce qui est plus que suggéré par le contexte de ce long article. Et si des relents de tchékistes existent quelque part c’est plutôt dans le journal de Bizot qu’on peut les trouver.

 

Nous publions ci-dessous le texte que Galtié nous a adressé en réponse à Actuel…

Courant Alternatif n° 14, Organisation Communiste Libertaire, décembre 1991

 

 

Les communistes libertaires ne voyaient encore qu’une partie de la machinerie anti-écologiste et – ils l’avaient parfaitement devinés – anti-alternative au capitalisme. L’opération Actuel s’inscrivait dans une large offensive contre la résurgence d’un mouvement critique étouffé depuis les années 1970 et une prise de conscience plus profonde des menaces pour la biosphère et simplement la bonne vie.

La sortie du numéro spécial poubelle d’Actuel a précédé la diffusion de l’Appel d’Heidelberg *, mais l’une et l’autre étaient coordonnées. Comme les attaques de Luc Ferry, Pascal Bruchner, Dominique Bourg, André Comte-Sponville, Alain Minc, Isabelle Steingers, Jean-Claude Levy, etc. Un véritable déchaînement durant les premières années 1990 ! Derrière ce tir de barrage de la réaction, comment ne pas voir l’ombre de ceux qui, déjà, depuis la fin des années soixante s’étaient employés à tuer le premier élan du même mouvement ? Leur ombre et celle, du système qui, du Congrès pour la Liberté de la Culture à la Fondation Saint Simon, n’a pas cessé d’étouffer la pensée critique ?

Comment ne pas faire le parallèle ? L’année 1992 fut aussi celle de la disparition de la revue Ecologie Infos qui, sous diverses formes, avait accompagné le mouvement écologiste depuis 1971. Mes appels pour son sauvetage ne rencontrèrent aucun écho.

Depuis, on attend avec impatience un nouveau sursaut.

*

La cécité absolue d’une bande d’autruches (sur l’Appel de Heidelberg ), par André Langaney

 

 

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