Y a-t-il un handicap typiquement français?

D’une plus grande difficulté à vivre,

peut-on faire la stimulation d’un sursaut salvateur?

Aventures sociales

Une institution très représentative de l’esprit français, ouverte à un nombreux public.

Une pollution d’amiante provenant de plusieurs sources; pollution si grave que les fibres libérées couvrent d’une neige épaisse les recoins négligés par un ménage quotidien, lequel est effectué avec balais et aspirateurs ordinaires.

Un employé qui, dans le cadre même de sa fonction, sonne l’alarme dès son entrée dans l’entreprise.

Une levée de boucliers générale -de la direction au syndicat, en passant par le Comité d’Entreprise, le médecin et les délégués du personnel- contre l’oiseau de mauvais augure.

Dix-neuf années d’information, d’action et moult péripéties hautes en couleurs pour que soient réalisés tous les travaux nécessaires.

Des résultats importants obtenus dès 1980.

Mais, à l’occasion de travaux conduits en catimini par des cadres maison, pourtant parfaitement informés des procédures à respecter et des risques encourus, la réactivation de l’une des sources de pollution les plus importantes (un flocage qui avait été encapsulé) et la mise en grand danger d’ouvriers ignorants du contexte dans lequel on les faisait travailler.

Un nouveau chantier de désamiantage et de protection obtenu en 1994 à l’issue d’une bagarre de deux ans.

Des centaines d’employés et, déjà, sans compter l’environnement urbain, près de quatre millions de visiteurs bénéficiaires de la réduction de la pollution.

Et… pour prix de leurs efforts, la mise au placard, depuis une quinzaine d’années, de l’employé dépollueur et des quelques collègues qui eurent le front de soutenir son travail (1).

C’est le chef de service, témoin privilégié de toute l’affaire, qui a révélé que le travail sur la pollution était cause de la relégation. Après cet aveu, les punis ont bénéficié du soutien des collègues non-cadres de leur service, mais le scandale n’a guère ému les autres personnels. Une déléguée syndicale a même reproché aux victimes de demander justice trop fort! Il est vrai que celles-ci avaient quand même eu la chance de ne pas être jetées à la rue.

L’histoire semble simple: un personnel fait pression jusqu’à l’obtention de la réduction d’un risque majeur. Il est inquiété et enfoncé au trente-sixième dessous par une hiérarchie qui a pu être influencée par le tristement célèbre Comité Permanent Amiante, le lobby des marchands de mort qui n’oublia pas de dépêcher quelques émissaires… Trop simple cependant. Car, au remue-ménage autour de l’amiante en liberté dans l’entreprise, nos trublions ont ajouté la création du Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (dont ils ont, aussitôt, été exclus par Le Syndicat); quelques actions de défense des personnels et, dans leur domaine d’activité, une défense ferme de l’intérêt de l’entreprise, de l’intérêt général et des deniers publics quand ceux-ci se sont trouvés plusieurs fois menacés. Mais, pour comble, du fait de la malencontreuse conjonction des principes de Peter et de Dilbert (2), les actions professionnelles les plus logiques et les plus utiles ont été très mal perçues dans les étages supérieurs, aussi mal que le travail sur l’amiante. L’énergie déployée a-t-elle fait peur à l’encadrement qui l’aurait interprétée comme la manifestation d’une ambition concurrente? Des bruits insistants l’ont insinué. D’étranges relations avec des entreprises extérieures indélicates ont-elles été contrariées? Quelques paroles imprudentes semblent le trahir. La part du gâteau économisée sur les salaires des employés-citoyens a-t-elle été redistribuée entre les privilégiés du service qui, pour le devenir, ont tous soigneusement évité de se mêler de quoi que ce soit? On peut se croire autorisé à le penser. En tout cas, le prétexte déjà incroyable de l’action contre la pollution d’amiante pour couvrir une punition professionnelle n’est qu’un aveu partiel avancé pour masquer une réalité moins ragoûtante encore.

Que croyez-vous qu’il arriva aux créateurs de la pollution, à ceux qui ont fait durer l’exposition au danger en contestant les avertissements et en s’opposant aux travaux, à ceux qui ont réussi l’exploit de réactiver une pollution jugulée, à ceux aussi dont les erreurs et l’entêtement ont pesé lourd dans la conduite de l’entreprise et dans les finances publiques? Eh bien, il ne leur manque rien; pas une promotion, pas une prime, pas une félicitation du jury. Ils sont aux postes de commande.

Je connais très bien le principal acteur de cette histoire. Je connais tout aussi bien celui qui a été viré comme un malpropre d’un institut d’études sur le mouvement coopératif pour avoir proposé que les coopératives agricoles et les coopératives de consommation coopèrent pour produire et distribuer des produits bio. C’était en 1971. Vingt-cinq ans plus tard, des capitalistes très éloignés de l’idéal coopératif achètent des fermes converties à la bio pour garnir des consoles de supermarchés pas écologiques du tout!

Je connais tout autant le type assez tôt conscient de l’évolution catastrophique des problèmes sociaux et écologiques qui s’est démené comme un beau diable avec d’autres joyeux rebelles de plus en plus nombreux, donnant ensemble naissance au mouvement écologiste en France. Tout aussi tôt, il a dénoncé les arrivistes et les manipulateurs en mission qui risquaient de tout faire capoter. Mais la plupart des militants s’étant amourachés des leurres et de la verroterie qui leur étaient si obligeamment proposés, notre homme a été exclu et censuré totalement pendant plus de dix ans par ses propres « amis » d’hier en idées et en actions. L’ostracisme ne s’est relâché que quand quelques-uns ont commencé à se demander s’ils ne s’étaient pas fourvoyés et, surtout, que d’autres, plus frais, ont trouvé un peu bizarre ce mouvement écolo devenu si immobile et si conforme aux antiquités politiciennes.

Beaucoup plus que du fait de directions instables et lointaines, les employés-citoyens de la première aventure ont été victimes de leurs chers collègues. L’employé de l’institut coopératif a été jeté par des gens « pénétrés de culture sociale et progressiste ». C’est un peu pareil avec le mouvement écologiste et toute la mouvance alternative. Aux Etats-Unis, c’est le syndicat des dominateurs-exploiteurs-destructeurs- qui, par FBI interposé, a saboté la Nouvelle Gauche (3). Ici, c’est plus original, la réaction n’a pas eu besoin de se donner du mal. C’est surtout à gauche qu’il a été décidé d’occire la Nouvelle Gauche à la française à coups d’entrisme, de substitutions et de détournements. Sans doute, pour certains cercles élitistes fallait-il conjurer ce qu’ils interprétaient comme une menace d’autant plus intolérable que les nouveaux venus s’affirmaient comme libertaires et qu’ils s’attaquaient aux fondements de ce libéralisme économique que la Gauche n’allait pas tarder à embrasser publiquement. Nombreux ont été ceux qui, tout en se réclamant du mouvement social, se sont donc appliqués à faire de cette effervescence des idées et des pratiques une coquille vide de plus, un miroir aux alouettes pour réaffirmer leur domination là-même où s’amorçait le dangereux espoir d’une émancipation.

 

 

Inhibition de l’action

L’expérience de ces aventures sociales stimulantes et de bien d’autres également édifiantes révèle que, même en dehors de toute censure déclarée et de toute animosité, il est exceptionnel que le courant passe. A l’heure où ceux qui ont quelque chose à vendre nous bassinent avec Internet, les portables et autres joujoux qui ne changent rien au fond, l’administration qui vous administre, votre directeur, votre chef de service, votre syndic, votre syndicat, la société trucmuche dont vous êtes client, les journalistes du canard auquel vous êtes abonné, vos voisins… vous informent-ils? Vous répondent-ils? Et si oui, le font-ils de façon attentive? C’est rare? Bah oui, ça ne communique pas fort au quotidien dans nos contrées, surtout si le sujet est important. Et c’est si grave que, c’est drôle, même des gens qui y sont pour quelque chose s’en sont aperçus et s’en plaignent. Mais que dire quand le climat n’est pas plus chaleureux entre les personnes allant sur des chemins proches et complémentaires, cela même quand on offre son information et son énergie des années durant -ou, peut-être, à cause de ce bénévolat qui semble trop souvent passer pour n’être pas sérieux? Participez-vous à une « association »? Si les camarades vous donnent signe de vie, c’est jour de chance. Tentez-vous d’échanger avec telle ou tel pour voir si, par hasard, il ne pourrait pas se développer entre vous quelque-chose de sympathique, d’intéressant et qui soit profitable à tous… Plus de 95% des personnes sélectionnées pour leurs professions de foi proches des vôtres poursuivent leur route sans même vous accorder un regard. Naïf! N’auriez-vous pas mésestimé l’amour des Français pour ces clans élitistes que la terre est indigne de porter (4)?

Et combien de solliciteurs s’évanouissent dans le néant, sans même remercier, sitôt que vous leur avez donné satisfaction? Combien ne prennent la main tendue que quand ils croient avoir affaire à quelqu’un de socialement reconnu dont la fréquentation flattera leur conformisme bourgeois, ou à quelque idéaliste prodigue de son argent bon à exploiter? Trop! Ils sont trop nombreux à se conduire bizarrement pour qu’on ne se dise pas qu’il y a, ici, un problème qui dépasse la seule action des forces dominatrices.

Pourquoi a-t-on tant de mal à communiquer? Pourquoi les sincères et les compétents sont-ils si souvent mis au ban quand les Tartuffe sont promenés sur le pavois? Et pourquoi les dindons sont-ils si nombreux et si heureux, si empressés de se faire farcir: « Ils ont bien raison d’en profiter. On ferait pareil si on était à leur place, pas vrai?« . « Et puis, il faut bien mourir de quelque-chose » disait l’adjointe du directeur à propos de l’amiante (elle est morte six ans après d’un cancer généralisé. Au fait, l’amiante n’était-il pas en cause?).

Car, enfin, ce ne sont pas tant les Tartuffe qui posent problème que les dindons. Toujours le répugnant caractère nous encombrera et, en dépit du rêve de Molière, nul despote éclairé ou nulle magie sortie des urnes ne nous en délivrera; bien au contraire. Les Tartuffe ne peuvent coloniser les hiérarchies d’incompétence que parce que des foules de dindons aimeraient être à leur place et trouvent normal qu’il existe des hiérarchies d’incompétence. Sans rapport avec les questions habituellement débattues en politique, au coeur des difficultés individuelles comme des drames planétaires, il y a le problème d’une mentalité et d’une culture très particulières.

 

Lumières obscurcies

On parle beaucoup, ici, de démocratie, de liberté dans la fraternité, de « droits de l’Homme« … La plupart des acteurs des farces évoquées prétendaient avoir ces notions très présentes à l’esprit, quand ils ne disaient pas défendre des choses aussi sympathiques que la coopération, l’autogestion, l’échange sans plus-value, l’idée écologiste et libertaire. Fantasmes! Quand il ne s’agissait pas des mensonges des pros de l’entourloupe, toutes ces belles idées étaient, pour eux, beaucoup plus de l’ordre de la fantaisie qui aide à supporter sa propre lâcheté et la médiocrité générale que du projet pour lequel on mouille sa chemise. Des fantasmes qui, en outre, s’accommodent fort bien de la fréquentation de toutes les petites saloperies qui finissent par accoucher des gros cauchemars. Des fantasmes à toute épreuve qui s’accommodent même du viol de l’espérance.

Sous le vernis des fantasmes de vie conviviale, les actes relèvent en général de la prédation. Passer devant, prendre le dessus, prendre la place, PRENDRE, dépouiller, humilier, contaminer à mort… le voisin, le collègue, l’amant, l’ami, les autres êtres qui n’en peuvent mais. Aussi, qu’est-ce que la sympathie et les sentiments dans cette société si désolidarisée par les jeux sado-maso de la domination que même les cercles de l’amitié se dépeuplent, sinon, trop souvent, des malentendus?

Dominer ou se soumettre pour participer à une domination, telle est la règle admise et appliquée par la plupart. Caresser au-dessus de soi et piétiner au-dessous, pour une énigmatique gloriole et pour le fric, sans soucis, probablement sans conscience des conséquences catastrophiques pour l’ensemble et pour demain. Ça « c’est naturel » et cela soulève moins les questions et l’indignation que l’admiration et l’envie.

Déroger de ces comportements, ne pas rouler des mécaniques et refuser de s’abaisser, chercher à construire quelque-chose qui profite à tous pour, bien sûr, pouvoir un jour en cueillir les jolis fruits conviviaux, c’est choisir la voie la plus difficile. On le devine dès le départ mais ce que l’on mesure mal, c’est combien le climat d’ici est impropre à la culture des fruits conviviaux, et à quel point on va se heurter à l’incompréhension, au rejet, aux perfidies – et pas du seul fait des crétins de service. On était venu pour un banquet, on se retrouve dans une arène, nu quand ceux d’en face sont chargés d’armes et rompus aux coups les plus tordus.

Bienheureux ceux qui, en France, réussissent à construire quelque-chose de sympathique. Combien d’idées et d’actions ne peuvent être menées à terme, ou simplement conçues, parce que l’échange ne fonctionne pas, par défaut d’attention, de chaleur et de réciprocité? Ah! La réciprocité… Combien comprennent son importance? Avez-vous déjà essayé de jouer au tennis seul? Eh bien, mener une action citoyenne en France, c’est aussi sportif et exaltant. Et si l’on s’imagine avoir fait oeuvre utile, tout peut être nié, souillé ou détruit à tout instant. Vraiment, il n’y a rien d’étonnant à ce que la société française secrète l’inégalité, l’exclusion, la démotivation et qu’elle soit championne du monde dans les arts de la constipation et de l’absorption de psychotropes et autres substances. Car, si aucune autre société ne s’est encore sorti de la spirale des déstructurations, les dynamiques de la dissociation sociale et de l’inhibition de l’action ont acquis ici une force telle qu’elles écrasent celles de la résistance, de la reconstruction et de la création (5). Il y a neuf ans, j’écrivais: « La France » est devenue une société froide (6). Peut-on encore parler de société?

Quand on ne souffre plus d’être pollué et contraint chaque jour à mener une vie en-dessous de ses capacités, comme en jachère; quand on supporte l’incompétence et l’arbitraire; quand on ne veut même plus comprendre la dénonciation de l’injustice: « Il te manquera toujours un circuit. Tu ne comprendras jamais » disait un ex-ouvrier devenu cadre à l’employé de tout à l’heure qui faisait appliquer le Code du Travail pour défendre un collègue (7); quand on ne se détourne pas des escrocs mais de leurs victimes; quand on ajoute à la souillure sous prétexte que « D’autres le font bien. Alors, j’vois pas pourquoi j’m’en priverais« ; quand on supporte l’humiliation et la souffrance infligées à d’autres (8); quand le naufrage de la planète n’inquiète même plus; c’est d’une corruption de l’intelligence, d’un avilissement de l’âme qu’il s’agit.

 

Le sens de la démocratie

Comme le rappelle Alfred North Whitehead citant Platon: « La création du monde – je veux dire de l’ordre civilisé – est la victoire de la persuasion sur la force » (9). Mais la persuasion est inopérante sur ceux qui ne cultivent pas la sensibilité et l’empathie comme des valeurs premières. Ceux-là sont inaccessibles. Ils restent enfermés dans leurs certitudes, prisonniers d’un schéma mental borné aux rapports de prédation violents. Plutôt que les fruits d’un effort purement intellectuel, la paix, mais aussi la connaissance écologiste, la convivialité et la démocratie procèdent d’abord d’une sensibilité ouverte et de l’empathie pour le monde. Elles sont les ferments de toutes les relations de bonne intelligence.

Mais comment la sensibilité et l’empathie auraient-elles pu prospérer dans une société où l’on prend les valeurs matérialistes et le célèbre individualisme français, objets idéologiques façonnés par la domination marchande, pour les levains de l’émancipation? « L’animisme avait donné une âme à la chose, l’industrialisme transforme l’âme de l’homme en chose » constatent Max Horkheimer et Theodor Adorno.

Conséquence de l’atonie de l’empathie: la force de la défiance vis à vis de tous les autres et, donc, l’incapacité à croire en la viabilité de la démocratie -de la démocratie où, par définition, chacun participe effectivement. C’est cette défiance qui conduit à rechercher des hommes et des structures « de confiance » pour leur abandonner l’organisation de la communauté. C’est là que tout se gâte.

Une fois dépréciés tous les élans de la sympathie naturelle qui ont fait la grande communauté du vivant (10), les façons de s’organiser les uns avec les autres (le politique) ne pouvaient que dégénérer en « la politique politicienne » (11).

La confiance se faisant rare, son travestissement est devenu le fonds de commerce des handicapés de l’intelligence qui ne savent vivre qu’au détriment des autres, en destructeurs. C’est pour soumettre les autres, pour substituer durablement leur loi à l’anarchisme naturel des communautés (la démocratie directe ou participative) que ceux-ci se sont rassemblés en hiérarchies pyramidales. Le sens de ces constructions est évidemment contraire à celui de l’esprit démocratique des communautés qu’elles parasitent. Ce sont des formations de combat qui n’ont pour but que leur propre conservation. Que leur prétention, de bonne guerre, à incarner la démocratie et l’intérêt général soit gobée par la majorité est indicatif du degré d’inconscience – ou de veulerie – auquel on est parvenu. Car, enfin, de quoi s’agit-il? Il s’agit, d’abord, d’une réduction absolue de la qualité de citoyen par le jeu de la délégation « de pouvoir » qui se fait blanc-seing. C’est un complet détournement de sens et une flagrante usurpation des motivations. Au mieux, la démocratie revue et corrigée par les hiérarchies de pouvoir ne mise que sur l’intelligence, la conscience et la probité plus qu’incertaines de quelques individus, une « élite » automatiquement otage des lobbies. Et quand bien même elle ne le serait pas, quelle sorte d’élite sélectionne une hiérarchie de pouvoir?

Loin, très loin de l’image que veulent se donner entreprises, associations bureaucratisées et partis, ce ne sont pas la compétence, la responsabilité, l’initiative, la concertation et l’esprit d’ensemble que l’on y cultive communément. Aucune de ces façons d’être inspirées par notre nature et par la connaissance de l’économie du vivant ne peut s’épanouir dans les fièvres de l’arrivisme, de l’électoralisme et des luttes intestines pour le moindre strapontin. Vivre sous les hiérarchies de pouvoir habitue même des braves gens à des valeurs et des pratiques très étrangères à celles que le bonheur individuel et l’avenir de la planète requièrent. Quelles que soient les motivations initiales, la lutte pour le pouvoir commandée par la structure verticale et centralisée ne sélectionne que la force brutale, le sadisme et leurs compléments: la dépersonnalisation, la soumission, la duplicité et la lâcheté (12). Rien que des qualités incompatibles avec la compétence nécessaire pour glisser dans la vie sans rien abîmer, si possible en créant avec tous les autres.

On peut rapidement identifier plusieurs causes d’incompétence inhérentes à ces organisations:

– L’aveuglement devant le caractère holistique de la plupart des choses. Par conséquent, l’incompréhension face à tout ce qui n’est pas centralisé et qui est baptisé « désordre » (en fait, à peu près tout ce qui s’est créé depuis le Big Bang).

– La sélection des compétences individuelles est subordonnée à la sélection de la capacité d’adaptation aux structures de pouvoir.

– L’éviction ou la démotivation des compétences relatives à l’économie du vivant qui ne peuvent que heurter la logique dominatrice.

– Les obstructions à la circulation de l’information, parce que, du haut en bas de la hiérarchie, celle-ci devient monnaie thésaurisable de pouvoir, parce que la prise en charge et la déresponsabilisation éteignent la plupart des neurones, parce que la peur des sanctions décourage les meilleures initiatives (13), etc.

Inutile de rêver que des Parfaits puissent faire le parcours sans se corrompre. Ils seraient vite évacués comme des corps étrangers ou mis au placard comme les employés-citoyens de la première aventure. Inutile de rêver que des génies politiques puissent développer une compétence capable de se substituer à l’intelligence foisonnante d’un ensemble démocratique. La faiblesse du système est structurelle. La corruption et l’incompétence sont suées par tous les rouages des structures de pouvoir et contaminent toute la société. Et l’on s’étonne que tant de choses aillent mal?

Et quand bien même des mutants s’empareraient du pouvoir, que pourraient-ils en faire (à part le détruire)? Contraindre? Mais alors, comme nous l’a soufflé Arne Naess, il faudrait tant de lois et de règlements, tant de police que cela serait ingérable et invivable. Non, il n’est pas possible de réguler « par le haut » la multitude des actions dérégulatrices dictées par l’idéologie dominatrice et les structures centralisées; c’est à elles que ce haut doit son existence! Faire croire le contraire est le plus étonnant des tours réussis par le système dominant. Max Horkheimer et Theodor Adorno ont dénoncé cette illusion: « (…) la gestion a besoin de tout le monde. Le pouvoir des choses apprendra à tous à se passer finalement du pouvoir« .

La démocratie a un sens qui n’est pas celui de ses simulacres actuels qui annulent l’égalité de droits et découragent la citoyenneté. Comme le closage a permis la spoliation des communaux et l’essor du capitalisme, la division de l’espace politique entre électeurs et élus hors contrôle, spectateurs impuissants et acteurs enivrés, s’est traduite en un double mouvement de démission et de dépossession du pouvoir de penser et d’agir par soi-même et avec les autres (14).

A l’inverse, le génie de l’idée démocratique c’est de vouloir cultiver cette intelligence qui se développe ENTRE les gens et les communautés qui communiquent sans entraves. Le sens de la démocratie, c’est celui de la coopération et de l’entr’aide, c’est celui de la conjugaison des sympathies, celui de la symbiose des motivations conviviales et des compétences pour atteindre un niveau d’organisation et de conscience supérieur à toutes les capacités particulières.

La vitalité de la démocratie, donc de l’intelligence communautaire, est inversement proportionnelle à celle des hiérarchies de pouvoir. Elle dépend de la qualité et de l’intensité des échanges entre des citoyens jouissant de toute leur liberté d’association. Nous en sommes loin!

Le sens de la liberté

Le fond prétendument mauvais de l’humain et les cas pathologiques n’expliquent pas grand-chose aux dérives spéculatives, impérialistes et totalitaires. Souvent invoquées, ces explications à l’emporte-pièce serviraient plutôt à dissimuler une origine bien plus convaincante: les références culturelles qui, précisément, inspirent, encouragent et justifient les comportements anti-sociaux, anti-démocratiques et anti-écologiques, après avoir brouillé la compréhension de l’économie de la nature.

Peut-on reconnaître l’association symbiotique et la construction holistique du vivant, donc la sympathie naturelle qui invite à la démocratie, tant qu’un dogme tel que le primat de l’individu égocentrique sur la communauté est admis généralement? Impossible puisque les deux logiques s’opposent. Là est un blocage essentiel, sinon Le Blocage. Doutez-vous de ce dogme? Vous trouvez-vous en sympathie avec la démarche communautaire? On vous brandit sous le nez l’exemple inusable des colonies d’insectes où l’individu est censé être un zombi écrasé par la communauté. Cela ne servira pas beaucoup mais vous pouvez toujours rétorquer que ce qui écrase les hommes -et la planète- ce sont les hiérarchies de pouvoir et qu’il est d’autres façons de vivre ensemble que dans la peur de manquer et la crainte des autres. Observez surtout que vos interlocuteurs sont, justement, friands de ces constructions pyramidales; cela remet les choses à leur place.

Toute l’histoire de la vie, qui a procédé par association d’associations, laisse à penser que c’est plutôt dans un divorce d’avec le sens communautaire que l’individu risque l’anéantissement; d’autant qu’il n’est « individu » que parce que l’on veut bien oublier qu’il est la création d’un long processus symbiotique (15). La lutte de « chacun contre tous » chère aux matérialistes néo-darwiniens est aussi absurde que la lutte de chaque organite contre la cellule, de chaque cellule contre l’organisme, de chaque être contre son écosystème, de chaque écosystème contre la biosphère.

La liberté s’étiole dans la solitude. Elle n’apprécie pas davantage les contraintes de la compétition conflictuelle encensée depuis plus de deux siècles. La liberté est relative au bien-être de chacun et de tous: mieux se porte mon environnement, mieux je me sens et plus je suis disponible, et réciproquement. La liberté a donc un sens qui s’accorde avec le sens de la convivialité. C’est le sens de l’homéotélie (16). Il se trouve dans le respect de la vie et dans la coopération de chacun avec tous pour créer et maintenir les communautés sociales, les écosystèmes et la biosphère. Pourvu qu’ils ne soient pas parasités par des mécanismes réducteurs (tels les hiérarchies de pouvoir et le capitalisme), ce sont ces ensembles à la construction desquels nous participons, et qui nous englobent, qui nous offrent les possibilités d’agir et de nous satisfaire. Et plus nous sommes libres de créer en association avec les autres, plus ces ensembles sont diversifiés et complexes, plus les possibilités d’action et de satisfaction sans conflit sont grandes. C’est tout le secret du principe de divergence énoncé par Charles Darwin (17).

Depuis la nuit des temps, la vie au sein des communautés et des écosystèmes (avant qu’ils ne soient dévastés) a rarement été synonyme d’oppression et de pénurie. Sinon l’opulence matérielle et une totale sécurité -dont le productivisme capitaliste nous éloigne tout autant que les pires cataclysmes- c’est plutôt la possibilité d’épanouir ses capacités et une abondance d’émotions et de satisfactions qu’elle a évoquées pour la plupart des gens. C’est un terrain stérile pour la domination, la spéculation et toutes les stratégies de spoliation. Pour faire naître les peurs propices à la manipulation, il fallait donc dissocier les complémentarités, les opposer et diaboliser les sources de l’abondance et de la convivialité. Tout un appareil idéologique visant à nous faire croire à l’inéluctabilité de la pénurie et de l’hostilité pour nous conditionner au repli sur soi, nous désemparer et nous précipiter dans les pièges les plus grossiers.

Certains, qui croyaient faire oeuvre émancipatrice ont prêté tant d’attention à l’individu qu’ils ont voulu l’affranchir de la tutelle de « la nature » et de la société, semblant ne plus voir dans ces ensembles, pourtant faits d’individus, que des forces hostiles et totalitaires. L’agressivité vis à vis de la communauté et l’agressivité vis à vis de la nature sont autorisées par une dichotomie schizophrène de ce qui est indissociable: l’individu et la communauté, la culture et « la nature ». Si l’on n’est plus capable d’embrasser la réalité dans un même regard, de relativiser une chose par rapport à son contexte, alors, toutes les déformations, toutes les inversions deviennent possibles. Dès lors que la priorité sur tout est accordée à l’individu, la définition de l’intérêt de celui-ci ne se fait plus au travers de la relation à l’économie des ensembles auxquels il devrait participer et dont il ne peut s’affranchir -le groupe social, l’écosystème, l’humanité, la biosphère… Se focaliser sur ce que l’on croit être l’essentiel est souvent contre-productif. C’est pareil avec la liberté. L’inversion de la hiérarchie des niveaux d’organisation autorise l’invention d’intérêts dérégulés qui s’opposent à la recréation des ensembles englobants, quand ils n’ont pas pour ambition leur destruction. A l’inverse du sens de l’économie du vivant, la plupart des hommes basculent alors vers l’appauvrissement décidé des interrelations et des formes, et la réduction de la complexité sans laquelle les individus ne seraient même pas. C’est ainsi que l’idée individualiste libérale, en permettant la confusion entre liberté et permissivité, ouvre la voie à tout ce qui réduit les possibilités de satisfaction (les libertés) en prétendant favoriser leur développement.

La montée vers la puissance n’est pas la voie de l’émancipation. Le pouvoir sur les êtres et les choses entrave à des maîtres plus implacables que ceux dont on voulait s’affranchir.

Ce qui a pu être un incident de parcours philosophique est devenu une manipulation machiavélique. Entre naïveté conditionnée et duplicité politicienne, l’individualisme déforme la perception des réalités au point de faire prendre des vessies pour des lanternes. Par exemple: qu’une évolution sociale enfle depuis des années, qu’un individu se retrouve au sommet de la vague -qu’il ait calculé sa trajectoire ou pas, qu’il soit bon surfeur ou barboteur calamiteux- et le voici promu initiateur du mouvement! Et tous les autres efforts, la multitude des changements, des initiatives et de leurs interactions qui ont fait le mouvement d’être gommés par l’élan de ferveur pour le nouveau « leader charismatique« .

La négation de la structure holistique du vivant, l’occultation de l’action communautaire et la croyance dans les vertus de l’élitisme tuent la confiance qui s’épanouissait dans le mouvement social. Alors peut s’imposer l’encombrante idéologie du renard dans le poulailler: le « libéralisme ». En jouant d’une conception de la liberté réduite à l’individu dissocié des autres et de l’environnement, en remplaçant le « penser avec » (avec l’autre, avec la nature) par le « penser contre« , le libéralisme conduit vers la compétition sans merci ni répit (« compétition renforcée » disent-ils maintenant). Ainsi, en modifiant la compréhension de l’intérêt particulier et de la relation aux autres, la culture imposée par les dominations s’insinue dans les motivations les plus intimes et les déforme pour faire de chacun un artisan de la reproduction des hiérarchies de pouvoir. Et chacun de devenir un instrument de la dérégulation capitaliste, chacun d’offrir son effort au mécanisme qui broie les autres vies et la sienne.

Culture ignorante des interrelations et des interrelations d’interrelations qui construisent toute chose, culture des intérêts à la vue courte, culture de la dissociation et des antagonismes, culture de la fermeture aux autres et de l’hostilité à « la nature« , culture de compétitions et de spéculations qui n’ont rien d’intellectuelles, culture de la quantification et du capital, culture de la délimitation et de la propriété privée, culture manichéenne génératrice de lois sans issue: « loi de la jungle« , « lutte de chacun contre tous« , « bouffer ou se faire bouffer« … Culture de brutes dans un monde fait de plus d’amours que de combats (quand il n’est pas déconstruit par un projet fou).

L’escroquerie est d’autant mieux ficelée que plus les communautés et les écosystèmes sont déstructurés par les dominations et le capitalisme et plus la pénurie et l’hostilité résultantes sont montrées comme des phénomènes naturels dont seule la domination capitaliste peut nous sauver.

Tout cela nous renvoie à d’autres questions; à la même question, au fond. Par exemple, le travail et l’abondance pour tous. Pourvu que l’on ne range pas sous ces mots le seul salariat et la consommation de marchandises superfétatoires qui iront dare dare ajouter à la pollution, pourvu que l’on pense plutôt en termes de diversification, de proximité et de bien-être des individus et des communautés (18), alors, c’est, avec la domination et la spéculation, le chômage et la pénurie que l’on n’imagine même plus.

Sans doute savez-vous déjà que l’exploitation type chasse-pêche-cueillette-jardinage des forêts tropicales est au moins deux fois plus productive que l’exploitation industrielle la plus rentable (si les plantations sont réussies) et douze fois supérieure à la récolte régulière des bois (19). Pourtant, tout autour de la planète, la destruction des écosystèmes les plus riches continue à progresser vertigineusement et les gens qui vivaient heureux en leur sein sont envoyés là où il n’y a même pas de chômage: dans la mort, directement ou via les bidonvilles aux portes des villes polluées. Et, bien entendu, tout cela se fait sous les couleurs du progrès, du développement et de la croissance, de la même façon que le sabotage des mouvements sociaux et la spoliation de la citoyenneté se font au nom de la démocratie.

Il n’y a pas que dans ce qui subsiste des riches écosystèmes d’hier que l’on peut faire ce genre de constat. Partout la coopération avec tous les autres êtres et la symbiose avec l’économie du vivant sont plus productives que la razzia. Mais la razzia triomphe presque partout.

C’est parce qu’elle ne dissocie pas l’intérêt de chacun de l’intérêt général, qu’elle comprend l’accomplissement de l’être au travers de la construction de la communauté, qu’elle est d’essence holistique et qu’elle favorise l’épanouissement de l’intelligence communautaire par l’action responsable de chacun, que la démocratie est le mode d’organisation le plus efficace, le plus créateur de satisfactions. C’est pour cela que les grands souffrants de l’ego n’ont d’autre but que de la casser et de lui substituer un simulacre. Car, comme avec l’exploitation écologique des forêts depuis toujours, comme avec le partage des communaux hier encore ici même, que les bénéfices soient répartis entre tous, tout en maintenant les ensembles écologiques et sociaux, n’intéresse nullement les élites auto-proclamées. Leur structure de pensée et la position où elles se sont placées ne leur laissent guère le choix: elles ne veulent et ne savent que figer dans la servitude ou la mort pour contenir, uniformiser, conditionner, concentrer et capitaliser. Et tant pis si leur délire stérilise tout, sociétés et écosystèmes, tant pis si elles dominent un champ de ruines; « Après moi, le déluge ! » est leur credo.

 

 

Le sens de la vie

Mon propos inciterait à rejoindre la cohorte de ceux qui n’ont plus de forces, plus de rêves et que la vie ne retient plus? Attendez! « Les grandes idées pénètrent dans la réalité associées au mal et alliées à des choses répugnantes » nous dit Alfred North Whitehead. Vous voyez, il reste un peu d’espoir.

Dans la vieille institution bien de chez nous, l’amiante ne pollue presque plus et quelques autres bêtises ont pu être évitées. Même le mouvement coopératif a découvert les produits bio. Le mouvement écologiste et libertaire n’est pas mort sous les coups. Il s’est, au contraire, enrichi de ses propres expériences malheureuses et ses idées et pratiques ont progressé et essaimé ailleurs. Même s’il est tout couturé, le héros de ces aventures sociales n’a pas perdu tout son temps.

Mais il serait peut-être plus efficace de compter davantage sur la conscience, la remotivation et la solidarité que sur ce qui survit au sacrifice de quelques enthousiasmes dans l’insouciance et la mauvaise volonté générales… Comment? Inutile de s’obstiner à changer les marionnettes sur la scène du guignol (la farce jouée sera toujours la même) ou d’esquiver sa propre responsabilité en faisant monter à l’échafaud ces « responsables » qui savent à peine ce qu’ils font. Quand tout est tricoté de travers, la solution est en chacun; en chacun et ENTRE tous.

Beaucoup de gens se plaignent du climat pourrissant sans conscience qu’ils donnent quotidiennement un coup de main à leurs tourmenteurs. Ceux qui fantasment sur la bagnole au point de croire qu’ils ne peuvent s’en passer, quel que soit le coût pour la santé de leurs enfants et de leurs vieux parents, ceux qui prennent cette bagnole pour donner leur argent aux patrons des supermarchés, ceux qui, tout sourire, vous vendent un produit frelaté en jurant que c’est du bio, ceux qui enfoncent leurs collègues tout en continuant à leur montrer bonne figure, ceux qui placent leurs économies dans des actions spéculatives ou des fonds de pension, tous ceux chez qui l’inconséquence et la fuite devant les responsabilités sont devenues une deuxième nature, ne sont pas tous viscéralement mauvais et irrécupérables. Ils le font comme par inadvertance, parce que c’est la normalité de l’environnement culturel et institutionnel qui imprime en eux ces habitudes que la pensée critique n’inquiète plus.

Le désir impuissant sous le délire tout puissant, peut-on changer cela? Peut-on changer d’habitudes sans tomber dans une autre servitude?

Sans doute, pourvu que l’on confonde les prétendues Lumières qui nous font servir l’oppression quand nous aspirons à plus de satisfaction. « Aujourd’hui, au moment où l’Utopie de Bacon, la « domination de la nature dans la pratique« , est réalisée à une échelle tellurique, l’essence de la contrainte qu’il attribuait à la nature non dominée apparaît clairement. C’était la domination elle-même. Et le savoir, dans lequel Bacon voyait la « supériorité de l’homme« , peut désormais entreprendre de la détruire. Mais en regard d’une telle possibilité, la Raison, au service du présent, devient une imposture totale pour les masses » car « Toute tentative ayant pour but de briser la contrainte exercée par la nature en brisant cette nature n’aboutit qu’à une soumission plus grande au joug de celle-ci » (20). C’est le renversement de la pensée émancipatrice, la pensée critique des Lumières, en une Raison froide, réductrice, sectaire et inséparable compagne de la domination et de la croissance -les deux ingrédients de l’impérialisme‑ qui est cause du déchirement entre la nature conviviale des motivations et le totalitarisme des projets.

Jamais la pensée critique ne doit s’arrêter pour s’endormir sur des lauriers dont la domination se parera aussitôt. Celle qui n’a pas divorcé d’avec la sensibilité et d’avec l’empathie pour le monde doit pouvoir voler de conscience en conscience pour libérer des fausses autorités et des fausses priorités. Elle seule permet à chacun de porter son regard plus loin que l’immédiateté matérialiste pour s’ouvrir aux autres et choisir avec eux un chemin sympathique s’accordant au sens de l’économie du vivant. C’est la voie indiquée par Pierre Kropotkine; c’est aussi celle montrée par Arne Naess avec l’écologie profonde. C’est la voie de la vraie démocratie, la démocratie directe ou participative. Car c’est à chacun de devenir le stimulateur de l’intelligence communautaire, l’acteur des dynamiques holistiques, le régulateur de l’intérêt général qu’il aurait toujours dû être s’il ne s’était lui-même oublié. Cela s’appelle un citoyen.

Compagnons d’une vie, pour une vie seulement, nous avons dans les mains notre vie et les vies d’aujourd’hui et les vies à venir. Se désengager des unes, c’est laisser tomber la nôtre. Alors, un peu plus de coeur et de tripes! Ne croyez-vous pas qu’il est temps de sortir des logiques de guerre pour reconstruire la paix écologique et sociale?

Alain-Claude Galtié

automne 1997

 

Notes

(1) Le salaire des « dépollueurs » est plus de 35% inférieur à celui de leurs collègues de fonctions et ancienneté équivalentes. A cela, il faut ajouter de multiples pressions et tentatives d’intimidation, en particulier, une invraisemblable succession d’études d’emploi et d’interrogations saugrenues.

(2) Principe de Peter: « Dans une hiérarchie, tout employé a tendance à s’élever à son niveau d’incompétence », (Ed. Le Livre de Poche).

Principe de Dilbert: « Les employés les plus incompétents sont systématiquement promus aux postes où ils se révèlent les moins dangereux: l’encadrement », (Ed. First).

  1. Murray Bookchin en a témoigné. On peut aussi se rappeler comment « le pays le plus démocratique du monde » a procédé avec le mouvement amérindien. D’ailleurs, Léonard Peltier n’est-il pas toujours en prison?

(4) Au chômeur qui cherchait conseil, la camarade militante et néanmoins prof déclara: « Notre souci, c’est les élites pas les plombiers! »

Dans l’institution qui aimait tant l’amiante, même le cadre nouvellement promu doit se comporter comme les anciens de sa caste: il ne déjeune ni ne boit plus le café avec ses collègues des rangs inférieurs, pensez-donc, ce serait déchoir.

(5) Henri Laborit: « L’inhibition de l’action. Biologie comportementale et physio-pathologie », Ed. Masson.

(6) « On n’ose plus. On s’touche plus. On s’aime pas. On s’fait peur. Rien ne bouge », Ecologie Infos n° 392, février 1989.

(7) Le défaut de cette « case » de la magouille et de la corruption est regardé comme une tare dès les plus bas étages de la hiérarchie.

(8) Par exemple: les cris du Rwanda aux oreilles de ces Messieurs Dames de la « francophonie » depuis, au moins, octobre 1990; ou les cris de l’Algérie aux oreilles de ces élites de tous bords qui ont approuvé l’annulation du résultat des élections de 1991.

(9) Alfred North Whitehead: « Aventures d’idées. Dynamique des concepts et évolution des sociétés », Ed. du Cerf.

(10) Charles Darwin: « The descent of man ».

(11) « Restaurer le politique; la dynamique de l’association », Silence n° 199/200, janvier 1996.

(12) On rencontre sans fard les deux faces de cette culture dans l’exemplaire bizutage si prisé par nombre de celles et de ceux qui sont poussés vers des fonctions « respectables » et « responsables ».

(13) Le contexte d’un récent accident surmédiatisé l’illustre magnifiquement, d’autant plus que, pour une fois, des hiérarques en ont été victimes: une bonne partie du personnel d’une entreprise marchant à la baguette savait qu’un responsable était hors d’état de conduire, mais la pression hiérarchique a interdit que quiconque l’en empêche (et, peut-être, que lui-même refuse).

(14) Sur le closage et les communaux, et bien d’autres choses: Ivan Illich, « Dans le miroir du passé », Ed. Descartes et Cie.

(15) « L’univers bactériel », Lynn Margulis et Dorion Sagan, Ed. Albin Michel.

(16) « The way » (Le défi du XXIème siècle), Edward Goldsmith, Ed. du Rocher.

(17) « L’énorme quantité d’animaux dans le monde dépend de la variété et de la complexité de leurs structures. Comme les formes se compliquent, elle inaugurent de nouvelles façons d’accroître encore leur complexité ». Charles Darwin rapporté par Donald Worster: « Nature’s Economy » (Les pionniers de l’écologie), Ed. Sang de la terre. Et « L’Entr’aide » de Pierre Kropotkine, Ed. de L’Entr’aide.

(18) E.F. Schumacher: « Small is beautiful », Ed. Le Seuil.

Nicholas Georgescu-Roegen: « Demain la décroissance; entropie, écologie, économie », Ed. Sang de la terre.

Ivan Illich: « La convivialité ».

(19) « 5000 jours pour sauver la planète », Goldsmith, Hildyard, Bunyard, McCully, Ed. Chêne.

« The economic value of non-timbers forest products in Southeast Asia », Jenne De Beer et Melanie McDermott, UJCN Pays-Bas.

(20) Plus d’actualité que jamais, Max Horkheimer et Theodor Adorno: « La dialectique de la raison », 1944, Ed. Gallimard 1974.

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