Les abus et les violences sexuelles comme révélateurs : de confusions en confusions. Cet article a été inspiré par les révélations sur un élu Vert surmédiatisé et les amalgames qui ont suivi. 15 années plus tard, les révélations sur le comportement de Denis Baupin, autre Vert, montrent surtout la scandaleuse omerta dont il a bénéficié. Révélateur de la déficience culturelle d’une construction politicienne qui s’est prétendue héritière du mouvement écologiste.

Au-dessous : Denis Baupin : une affaire hautement révélatrice

 

 

L’exhumation de quelques déjà vieux documents nous a rappelé que certains (et non point un seul) avaient à ce point perdu le sens commun qu’ils avaient pétitionné pour le commerce sexuel avec les enfants ou s’étaient, des années durant, vantés de l’avoir tutoyé. Même s’il ne s’agit que d’une bien étrange forfanterie, l’affaire est bien plus révélatrice que ne l’ont dit les commentateurs.

 

Amalgame et camouflage

Tant à charge qu’à décharge, les médiatisés ont commis la même malhonnêteté. A entendre les deux parties, tous ceux qui ont donné vie au mouvement des années 1960 et 70 et même tous ceux qui n’ont fait qu’espérer ont plus ou moins fait l’apologie de perversions, quand ils ne s’y sont pas adonnés. Les uns ont profité du déballage pour salir le mouvement. Les autres, pour défendre leur clan, ont jugé bon d’excuser des comportements individuels en mettant également en cause tout le mouvement social, mais pour aussitôt l’encenser afin de s’en réclamer. «Voyons, cela n’est pas si grave puisque c’était dans l’esprit de l’époque. Tous étant responsables, l’accusé ne peut, donc, être coupable. Pourtant, ne faisons pas non plus le procès d’un mouvement qui nous a tant apporté, un mouvement sans lequel… que serait devenu le monde ? », etc. S’il en est, parmi ces derniers, qui sont de bonne foi, c’est qu’ils ont raté plusieurs épisodes. Et les uns de parler de grand lupanar collectif, les autres de remercier « la génération de 68 » d’avoir osé faire « la révolution sexuelle ».

Quelle « révolution sexuelle » ?

Celle qui, disent les accusateurs comme les défenseurs, a exercé une telle tyrannie sur les pauvres têtes folles de l’après 68 que presque tout le monde s’est perdu dans la tourmente d’une grande transgression des tabous. Et de souligner que cette « révolution » avait même entraîné les intellectuels dans ses débordements. C’est dire si tous étaient happés par le « vertige commun » !

Les uns et les autres ne prendraient-ils pas leurs fantasmes pour l’expression de la réalité ?

Pour avoir vécu toute cette époque dans les premiers rangs du mouvement alternatif, j’ai vu beaucoup de choses, mais rien du côté d’une réduction de la misère sexuelle, ni même d’une évolution des rapports de séduction (surtout dans les milieux militants !). Nous étions au côte à côte avec les féministes et les militants homosexuels, parlions ensemble de reconnaissance et d’égalité. Là était la « révolution sexuelle ». Dans un travail de déverrouillage culturel et psychologique de longue haleine. Rien qui prête à la gaudriole et moins encore à une quelconque dépravation. Cette « révolution » était très éloignée des orgies dont un milieu aisé/branché/surmédiatisé a, depuis, fait étalage, confondant ses ébats débridés avec « le grand soir » et s’imaginant peut-être que, toutes classes confondues, le monde entier avait participé.

Dans la foulée du célèbre « Il est interdit d’interdire », certains ont pris au pied de la lettre ce slogan à interpréter au second degré, et ont allègrement jeté l’enfant avec l’eau du bain. Il est vrai que cela les arrangeait bougrement, nous ne le savons que trop. Mais « certains » seulement…

Derrière la duplicité d’une plaidoirie doublement déplacée, l’amalgame est bien représentatif du délire d’une élite autoproclamée qui, à force de manipuler tout le monde, en est arrivée à croire qu’elle a toujours raison, qu’elle est exceptionnelle et qu’elle n’a pas de comptes à rendre.

S’il est clair que les premiers commentateurs profitent de l’affaire pour travailler à décrédibiliser toute révolte, pourquoi les seconds font-ils un si grossier amalgame ? Est-ce pour se prévaloir une nouvelle fois des mouvements qu’ils n’ont cessé de trahir, en les trahissant une fois de plus ? En tout cas, les réactions stimulées par l’affaire dévoilent une confusion sans bornes.

Accusateurs et défenseurs réunis font mine d’ignorer que le pire se positionnait dans le sillage du meilleur, exploitant son inspiration, profitant de son élan pour se remettre à flot, se nourrissant des nouvelles dialectiques pour rajeunir le discours et les stratégies de l’exploitation.

Cette situation est loin d’être nouvelle, c’est pourquoi il peut être utile de revenir en arrière pour y voir plus clair.

 

 

Liberté ! Liberté ! Liberté ?

Le dénominateur commun aux révoltés, aux pédophiles, aux arrivistes et aux ultra-libéraux tient en un mot : « liberté ». Tous s’en réclament. Les uns pour lui vouer un tel culte qu’ils prennent le risque de trop lui accorder, les autres pour l’accommoder de façon à couvrir leurs turpitudes en prenant les premiers en otages.

« La liberté » a été la grande aspiration des « Lumières » et de la révolution de 1789. Elle a également été la vedette des années soixante. Pourtant, ces deux vagues de libération ont été suivies de deux progressions spectaculaires de l’impérialisme. Est-ce un hasard ?

L’idée de liberté a été forgée en réaction à l’absolutisme pour catalyser la révolte et symboliser les aspirations à de meilleures conditions de vie. Support passionnel, elle n’a pas été définie en fonction des limites de l’environnement, à peine en pensant aux autres êtres. Bien au contraire, elle est passée de la lutte contre l’oppression à la volonté de ne plus s’encombrer de « contraintes » (le mot déforme déjà la pensée par sa connotation négative). Et pour cause ! Ceux qui ont une petite manie ou une grosse névrose ont vite saisi les possibilités offertes par la récupération et le détournement d’une idée aussi abstraite et imprécise. Glissant de la liberté révolutionnaire à la permissivité, puis à tous les relâchements, les exploiteurs de tous poils ont assuré la contagion de la confusion en flattant l’irrationnel des petits travers et des grosses perversions chez les autres. Les dominants n’ont pas été les derniers à profiter de « cette finalité sans fin qui, de ce fait, peut s’attacher à toutes les fins » (1).

C’est cautionnés par des philosophes qui se disaient héritiers des Lumières que, dès 1793, les usurpateurs se sont fait porter sur le pavois, s’emparant de la liberté afin de répandre des virus mortels pour la révolte et tout projet de civilisation juste et écologique (en particulier, l’individualisme et la propriété privée). Entre la manipulation de masse et les petits arrangements avec la morale bousculée par le chacun pour soi, le rêve d’émancipation a tourné en mythologie fourre-tout – le libéralisme – autorisant n’importe quoi : ainsi la liberté de « civiliser » les autres en les tyrannisant, de voler leurs communaux pour les changer en propriétés ou en marchandises et de faire de la planète une usine dépotoir.

Provos, Kabouters, Hippies, Situationnistes, Ecologistes, Beatniks, Autonomistes, Féministes, Autogestionnaires, etc., les courants les plus originaux des sixties et des seventies s’étaient soulevés contre le renforcement du capitalisme libéral sous l’impulsion des technocraties nationales et des structures de combat créées à Bretton Wood en 1944 (Banque Mondiale, FMI, OCDE et toute la kyrielle des institutions internationales de « développement »). Pour la première fois, on dénonçait la société de consommation, l’aliénation, les gaspillages, les destructions et les mythes qui les font prospérer, tout en proposant d’autres façons d’être. Ces courants était l’expression d’une prise de conscience des limites personnelles, sociales et écologiques, que les fables du progrès et de la croissance avaient niées.

Parallèlement, toute une partie de la gauche divorçait dans la douleur de près de cinquante ans de communisme. Cela n’est sans doute pas sans rapport avec l’orientation de l’autre grand mouvement de ces années-là qui rassemblait nombre de « gauchistes » en rupture de banc. La contrainte idéologique que faisait encore peser le communisme autoritaire peut expliquer qu’en réaction ils se soient relâchés au point de perdre les repères essentiels et d’aller jusqu’à aborder sur l’autre rive. Toujours est-il que beaucoup de ceux qui tentaient d’échapper à l’emprise du communisme jouèrent, sans doute inconsciemment, un rôle important dans le détournement de l’idée de liberté. Leur revendication d’une « autonomie (…) poussée jusqu’à son paroxysme en niant tout sentiment de dette et de devoir envers les générations passées et à venir, rendant problématique l’idée de lien de filiation, de mémoire et d’avenir communs » (J.P. Le Goff, « Mai 68, l’héritage impossible ») les emporta très loin des courants de sensibilité écologiste et, peut-être, très loin de leurs intentions initiales. Du collectivisme vertical, ils conservèrent les croyances modernistes (anthropocentrisme, progrès, matérialisme, mécanisme, utilitarisme, etc.) associées au culte de l’individu. Bien d’autres pesanteurs intellectuelles ont évidemment joué puisque la majeure partie de la culture occidentale classique constitue, par définition, un handicap pour aborder la culture écologiste et libertaire des différents courants du mouvement alternatif (ou convivial). En particulier les automatismes individualiste, élitiste et dominateur d’une frange embourgeoisée omniprésente « à gauche ».

La recrudescence de l’idéologie individualiste eut de lourdes implications.

 

 

Le Dieu individu

L’individu n’évolue pas, comme chacun de nous, entre la bactérie et la biosphère, entre le corps et l’écosystème, entre ses sentiments et l’imaginaire collectif. Il est ailleurs. Car l’individu n’est pas la personne qui est faite d’un corps, de toute l’histoire de l’évolution de celui-ci et qui, par l’empathie et les interrelations, s’étend jusqu’à pouvoir embrasser le monde et la vie. L’individu est d’une autre essence. Il n’a pas de corps et il n’appartient pas à la nature. Il est pensé comme indépendant, non social et prédateur universel. Il est une abstraction hors du monde dont les motivations ne sont pas celles des vivants.

Focaliser sur l’individu et croire en sa prééminence implique le refoulement du corps qui nous relie à l’ensemble vivant et le refus de la hiérarchie de celui-ci où chaque être est dépendant des structures qui l’englobent et assurent les conditions de sa vie. L’observation du monde au travers du seul individu renverse l’appréhension intellectuelle de l’ordre économique de la nature, créant une cascade d’inversions de la raison. En particulier celle du sens de la liberté. Celle-ci ne veut plus, alors, s’inclure dans les relations de réciprocité qui traversent tout le vivant, du plus petit au plus grand, du plus simple au plus complexe. Elle n’est plus la capacité d’agir avec les autres dans un esprit de coopération et de symbiose. Elle devient « cette liberté assimilée à la maîtrise, identifiée à la domination » (Miguel Benasayag, « Le mythe de l’individu », La Découverte). L’individualisme, héritier de l’idée chrétienne d’un Homme Esprit placé au-dessus de la création par Dieu, se traduit donc par le refus de prendre sa part dans l’effort de la vie. Il dissocie les relations de la solidarité communautaire, supprimant toute régulation.

En autorisant une « libération » par rapport aux interrelations sociales et écologiques, en valorisant une idée irréelle de soi, en stimulant l’égocentrisme et le développement d’intérêts multiples et contradictoires, en engendrant l’hostilité au monde et des conflits sans fin, l’individualisme conduit inéluctablement au renforcement de la domination et enchaîne à des maîtres très exigeants. Car, s’il est déconnecté de la société et de la nature, l’individu est, suivant les besoins de l’idéologie et du commerce, relié à d’autres abstractions : le parti, le pouvoir, l’économie et le marché, la croissance et le développement, etc. (2). En n’étant plus en intelligence avec la vie, celui qui se pense en tant qu’individu a, en même temps, perdu la capacité d’agir avec les autres et le pouvoir de résister à l’autorité des nouveaux dieux. Il ne peut que s’inclure dans une structure de pouvoir, ou être phagocyté par elle. Si insignifiante soit-elle, sa participation servira à le soumettre davantage, tout comme les autres hommes et la nature : « L’individu est le nom d’un type de communauté, d’un mode de lien social, celui qui est structuré par l’argent et le profit » (Miguel Benasayag, ibidem). Ainsi, cet individualisme, dans lequel beaucoup ont sûrement voulu trouver une orientation positive, est-il à la base de la culture impérialiste. C’est une idéologie guerrière grosse de la tristement célèbre « lutte de chacun contre tous », du néo-darwinisme et de tous leurs dérivés : « (…) le pouvoir du système sur les hommes augmente à mesure qu’il les éloigne de l’emprise de la nature » (Horkheimer et Adorno, ibidem).

Faisant mentir sa seule justification, l’individualisme a fait à satiété la démonstration de son incapacité à prévenir le retour de la tyrannie. Au contraire, il s’est montré à la fois capable d’en stimuler les anciennes formes et d’en fonder des nouvelles ; tel ce capitalisme ultra-libéral qui s’en prend aujourd’hui à chacun et à chaque écosystème sur l’ensemble de la planète : « Toute tentative ayant pour but de briser la contrainte exercée par la nature n’aboutit qu’à une soumission plus grande au joug de celle-ci » (Horkheimer et Adorno)

Pendant que certains croyaient trouver le salut dans le renforcement de l’individualisme, les courants écologistes – et toujours libertaires – renouaient, au contraire, avec l’économie de la nature. Nous redécouvrions les interrelations complémentaires entre tous les êtres et la hiérarchie des différents niveaux écologiques (de la bactérie à la biosphère et au-delà), c’est à dire le principe holistique de l’architecture de l’univers. En rupture totale avec l’individualisme dont on nous avait bercé, la personne, le groupe, la société, retrouvaient leur place dans la communauté du vivant. Nous commencions à pouvoir exprimer ce qui avait été perdu de vue en Occident : que toute partie, tout être doit œuvrer au maintien (homéostasie) de l’ensemble englobant le plus grand pour que celui-ci puisse assurer en retour leur bien être. Sous les conditionnements à la domination, nous redécouvrions que la coopération est un principe bien plus important que la compétition dans l’évolution et l’organisation du vivant (3). Dans la grande stimulation du brassage des idées et le pressentiment de toucher aux sources de la fraternité, nous pouvions faire le ménage des conditionnements à la domination et retrouvions une évidence refoulée, à savoir que nos motivations profondes sont régulées par l’économie de la nature, donc réglées sur l’intérêt général. En mettant l’accent sur l’interdépendance entre toutes les parties du vivant et en amorçant la réconciliation de l’égoïsme et de la recherche du bien commun, la notion de liberté était relativisée. Ce mouvement qui surgissait partout sous des formes variées était en train de bouleverser les références culturelles et la façon de regarder le monde qui avaient prévalu depuis deux à trois siècles. L’écologie holiste et la restauration des communaux promettaient de faire le ménage des libertés libérales. C’est en cela que ce mouvement portait « (…) une critique dévastatrice de la société hiérarchique dans son ensemble tout en suggérant les lignes de force d’une utopie viable et harmonieuse » (Murray Bookchin).

Gauchistes individualistes d’un côté, écologistes libertaires de l’autre, il n’y avait, donc, non pas un mouvement, comme on nous le répète en boucle, mais au moins deux mouvements enracinés dans des cultures totalement opposées ; deux mouvements qu’il était, alors, difficile de distinguer. La presque simultanéité de leur développement s’ajoutant aux fréquentes méprises sur le sens de l’engagement politique et à l’imprécision du langage relatif à la liberté ont contribué a créer une telle confusion que les deux mouvements se sont en partie superposés. Des gens gagnés à l’idéologie individualiste sont entrés sans arrière pensée dans des groupes écologistes. Certains s’y sont glissés sans difficulté, réalisant que cette culture et ces pratiques correspondaient mieux à leurs aspirations. Mais d’autres ne purent ou ne voulurent pas comprendre, et entreprirent d’imposer leurs façons de voir et d’organiser.

Ce mouvement libertaire qui reconnaissait l’économie de la nature constituait une menace sans précédent pour les dominations, pour toutes les structures dominantes, y compris les Jacobins de gauche. Il en allait de leur survie. La mobilisation de la réaction fut donc exceptionnelle. Des penseurs de la droite à ceux de la gauche s’établit un consensus fort : il fallait stopper la pensée conviviale qui s’affirmait, si possible détourner son sens et inoculer à nouveau les conditionnements et les confusions qui font la force des dominations.

 

 

De la confusion au renversement des volontés

A la fin des années soixante et dans les années soixante-dix, comme dans les années 1790, comme en dix-sept en Russie, comme en trente-quatre/trente-six et à la fin de la guerre, comme dans l’élan de l’opposition à la guerre d’Algérie, comme toujours, toutes les forces gênées par les mouvements sociaux ont mobilisé leurs têtes pensantes et leurs petites mains pour mener une double action de sabotage et de trahison. Dans un bel œcuménisme, les structures gigognes de la domination avancèrent leurs pseudopodes jusqu’au cœur des mouvements. Partis, fondations et officines plus ou moins occultes créèrent des faux groupes contestataires et dépêchèrent leurs agents dans les associations et les groupes turbulents. Mission : se substituer aux acteurs de la contestation ou recruter sur place les plus corruptibles ou les moins clairvoyants, isoler et exclure les irréductibles.

La confusion entre les deux mouvements était pain béni pour les dominants. Ils surent l’exploiter activement. Le travail était d’autant plus facile que le mouvement alternatif se cherchait, s’efforçant péniblement de trier entre ses motivations, les impasses idéologiques, les effets de mode et les ambitions parasites. Ignorants des techniques de la guerre pour ce pouvoir qui ne nous intéressait pas, tout entiers concentrés dans l’effort de traduire ce que nous découvrions, nous étions trop tendres pour pouvoir résister longtemps aux prédateurs. Ceux-ci se jouèrent de nous comme on trompe des enfants.

Avec l’aide empressée des médias commerciaux, la confusion fut entretenue entre les maladresses d’un effort d’émancipation sincère et le spectacle de son détournement. Tout était embrouillé entre fourvoyés sujets à des remontées de conditionnements mécanistes, néophytes séduits par l’ambiance mais comprenant mieux les démarches politiciennes que les synergies alternatives, militants professionnels débarqués comme à l’exercice et, au milieu, de moins en moins de militants d’origine de plus en plus décontenancés. Les uns et les autres tenaient, dans les mêmes lieux, des discours de sens différents avec les mêmes mots, agissaient dans des sens opposés ; les uns posant des jalons pour restaurer les rapports de domination/soumission, les autres croyant s’en débarrasser, les uns se concentrant sur leur moi et les stratégies de leur valorisation, les autres s’efforçant de comprendre et de faire comprendre l’économie communautaire du vivant et ses implications politiques.

Les espaces où prédominait la sympathie furent bientôt changés en champs d’une bataille inégale.

Celles et ceux qui allaient s’auto-proclamer « élite » et prétendre avoir réalisé l’émancipation de la société furent les artisans zélés de cette opération. Leurs névroses obsessionnelles et leur narcissisme viscéral en bannière, ils prirent vite plaisir à flirter avec « le pouvoir », un jeu dont l’issue ne faisait pas de doute. Les vers étaient dans le fruit. La future « élite » plongea bientôt avec délices dans la spirale des rétroactions positives, très loin des aspirations dont elle se prétendait d’autant plus représentante unique qu’elle s’en éloignait. Enivrés par la masturbation de leur ego, nos héros se lâchèrent complètement, s’imaginant au-dessus du lot des gens ordinaires, faisant des idées « révolutionnaires » les accessoires de la recherche du kick de la reconnaissance et de l’illusion d’un pouvoir.

De noyautages en récupérations, de détournement des corruptibles en séduction des distraits et des néophytes, de cabales en exclusions… ils surent escamoter le bien commun sous l’intérêt particulier, réimposer la primauté des ambitions nombrilistes contre les dynamiques de l’intelligence collective, là même où s’organisait un nouvel ordre convivial. Acteurs de la première heure ayant retourné leur veste Mao pour faire carrière ou entristes professionnels, ceux que Guy Hocquenghem allait baptiser « ex » gagnèrent leurs lauriers en substituant des leurres idéologiquement corrigés au mouvement social ; réalisant une lutte biologique par stérilisation, en quelque sorte (4).

C’est, en effet, grâce à leur collaboration empressée que les stratèges de la domination purent dévoyer l’esprit libertaire et holiste du mouvement en cultivant la confusion entre la charge émotionnelle investie dans l’idée de liberté et l’idéologie libérale. Contre l’égoïsme régulé par l’intelligence homéotélique du vivant, ils réintroduirent l’individualisme et son idée dérégulée de la liberté, la propriété contre le bien commun, la croyance en une nature humaine mauvaise – l’équivalent du péché originel chrétien – et quelques autres ferments de cette modernité marquée par la domination. On put bientôt observer le prodige de la renaissance et de l’épanouissement de l’arrivisme, de la hiérarchie de pouvoir et, parallèlement, de la dépossession de la capacité d’agir et d’être, de la compétition, du « développement », etc. Enfin, de tout ce dont la dénonciation avait fait l’originalité et le succès du mouvement.

 

 

Profits et pertes

Les illusionnistes, les déçus rattrapés par la carrière, les révolutionnaires passés au salon, les autogestionnaires recyclés dans le bulletin de vote, les bateleurs libertaires délocalisés dans le libéralisme, ceux qui ne peuvent vivre sans tout vampiriser autour d’eux, ceux qui ne savent vivre sans se glisser dans l’ombre d’un exploiteur n’ont pas fait que pourrir la vie des militants et des sympathisants qui avaient cru pouvoir prévenir les carnages et les destructions d’aujourd’hui avec plus de communauté et d’éco-logique.

Une fois le mouvement alternatif exsangue, la place était libérée pour un étrange socialisme où l’on a naturellement retrouvé les « ex » en compagnie des éternels ravisseurs de « la vie démocratique », puisque « Fidélité apparente, reniement et beurre étaient du même côté de la tartine (…) ». S’adressant aux « ex » qu’il avait bien connus, Guy Hocquenghem écrivait en 1985 : « Le style que vous imprimez au pouvoir intellectuel que vous exercez enterre tout possible et tout futur. Du haut de la pyramide, amoncellement d’escroqueries et d’impudences, vous déclarez froidement, en écartant ceux qui voudraient regarder par eux-mêmes, qu’il n’y a rien à voir et que le morne désert s’étend à l’infini ». Comme il connaissait bien ceux qui n’allaient pas tarder à s’afficher comme hybrides entre libéralisme et anarchisme : « libéraux-libertaires » ! Pour vide qu’elle soit, leur caution a permis aux démagogues et aux aigrefins d’en faire plus. Leur « apostasie servit d’aiguillon à celle de la gauche officielle » qui préparait le renouveau et l’amplification de presque tout ce contre quoi nous nous étions rebellés. « Ils ont tant souillé le désir qu’ils ont handicapé gravement la société française, laissant même la jeunesse sans voix (…) les conséquences du sabotage des mouvements sociaux sont incalculables, surtout en ce moment critique de la vie de la biosphère » (5).

Quelques concessions furent lâchées pour mieux entretenir l’illusion, tel l’abandon de la peine de mort et l’arrêt d’un Super Phénix moribond.

Pendant ce temps :

les essais nucléaires égayant la Polynésie et une bombe d’Etat dans un bateau écologiste,

la P.A.C. à fond le tiroir caisse et les industriels du saccage des campagnes à cœur joie,

les banlieues plus banlieues que jamais, jusqu’aux abords des villages,

l’expansion des transports terrestres et aériens les plus lourds pour la biosphère comme pour la société,

les bagnoles multipliées partout par 3, 4, 5…

le pays rongé par les supermarchés, les autoroutes et les parkings,

le sabotage du développement des énergies renouvelables dans lequel nous étions nombreux à nous être investis,

la corruption de plus belle dans tous les secteurs, la corruption instituée pour politique,

le harcèlement promu « management » du personnel,

l’isolement et le mouroir plus que jamais au bout du parcours,

les media sous la pub et la propagande,

et puis l’Afrique livrée, comme avant, aux stratèges de la spéculation sur la guerre et la misère,

et puis les productions délocalisées à tour de bras,

et puis les dernières vannes bridant encore les flux du capitalisme ultra-libéral mondialisé sautant gaiement sur l’hymne socialiste européen,

et puis la guerre états-unienne cautionnée à chaque fois,

et puis les maladies du profit et les immolations massives sur l’autel du marché,

etc.

Serait-ce ce monde-là que les « ex » et leurs défenseurs estiment avoir été rendu meilleur par le succès fantasmé de la révolte par eux trahie ?

Dans ce monde accouché dans la déliquescence des années quatre-vingts, les nouveaux prédateurs purent impunément retourner leurs vestes en public, révélant des doublures brodées d’anthropocentrisme, de populationnisme, de croissance, de bellicisme, de « culture entrepreneuriale », de compétitivité, de flexibilité, sur fond de mégalomanie et de cupidité. Et d’aller jusqu’à désigner la prise de conscience communautaire et l’écologie comme réactionnaires et fascisantes, réaffirmant que la liberté ne se construit que contre la communauté, en opposition à l’interdépendance entre la personne et la biosphère, contre la nature, enfin. Et de faire l’apologie de toutes les déstructurations, de toutes les dérégulations (6).

Parallèlement, alléchés par l’éclat de ce qui n’était déjà plus, les néophytes continuèrent d’affluer vers les groupes et les réseaux vidés de leur substance, offrant leurs forces aux joueurs de pipeau qui allaient les entraîner dans les labyrinthes d’une « expression politique » ouvrant sur la vacuité d’un « pouvoir démocratique » (sic) depuis longtemps confisqué par la finance, l’industrie et leur techno-science aux ordres, qui n’en finissent plus de rire en coulisse. De la sorte, l’énergie mobilisée par les mouvements et la sympathie de l’opinion furent peu à peu détournées pour permettre aux dominations d’aller plus loin que jamais (7). Entre l’affaiblissement du mouvement de la culture conviviale, d’un côté, et l’encouragement des dérives politiciennes et des outrances individualistes, de l’autre, les manœuvres remportèrent un tel succès que la dérégulation économique depuis longtemps planifiée et en cours de réalisation en a été facilitée (8). La majeure partie du sursaut libertaire et écologiste qui devait nous sortir de la spirale des destructions capitalistes avait été pervertie jusqu’à être renversée en appui au néolibéralisme ; un sursaut vital changé en régression mortifère !

Quelques-uns de ceux qui ont pris une part active au renversement de sens semblent enfin commencer à se demander ce qui a bien pu se passer : « Par la magie du verbe, la génération 68 a fait éclater les normes et les codes d’un XIXème siècle persistant dans nos têtes victoriennes et mis à l’ordre du jour les libertés privées de l’individu. L’heure était à l’épanouissement du moi, à l’écoute de nos désirs et au relativisme culturel, contre l’étouffoir judéo-chrétien de la société et la tyrannie de la loi universelle. Au-delà des conquêtes fondamentales que nous valut ce printemps historique, c’est tout un état d’esprit qui nous a longtemps imprégné, qu’il faut interroger », Elisabeth Badinter, Libération du 10 avril, « Certains excès du libéralisme (…) ont prospéré sur une partie de l’héritage libertaire et dépassé largement la sphère économique pour atteindre l’intime », Emmanuel Poncet, Libération du 22 mars.

Tout comme la plupart des autres médiatisés, ceux-ci ne parlent que de « 68 », sinon du « printemps 68 », comme s’il n’y avait rien eu avant, ni après. Et ils ne parlent que de leurs courants ultra-individualistes qui accouchaient l’ultra-capitalisme en torturant les aspirations libertaires. Pas un mot sur l’autre mouvement… Ont-ils eu conscience de son existence ? L’ont-ils pris pour une excroissance du leur ? Confondent-ils toujours sincèrement liberté d’être et laisser-aller libéral ? Ne comprenaient-ils vraiment rien au renversement de sens auxquels ils donnaient toute leur énergie, qu’ils allaient appuyer jusque dans les représentations du pouvoir et qu’ils cautionnent encore ?

 

 

Regain

Nous étions quelques-uns à savoir que l’esprit des mouvements libertaires ne s’était pas évanoui et qu’il inspirerait de nouveaux mouvements. C’est chose faite avec le soulèvement planétaire qui s’oppose à la mondialisation de la spéculation capitaliste à laquelle les « ex » et désormais « libéraux-libertaires » ont brillamment contribué. Ce mouvement surfe sur la vague des indignations, des alarmes et des révoltes provoquées par les prédations de plus en plus massives et les échecs de la science productiviste et de la gestion libérale. Pour ne pas se laisser détourner, il doit au moins intégrer la mémoire du sabotage/sabordage des courants qui l’ont précédé et en tirer les leçons. Mais, cela même serait insuffisant pour sortir de la « pensée contre » et de la seule action d’opposition qui réduisent à ne pouvoir se définir qu’en fonction de ce qu’est l’autre.

Doutes sur le langage, doutes sur les identités, doutes sur les moyens et les projets, doutes sur le sens… Force est de constater que nous sommes toujours dans la confusion qui profite à la domination. Une confusion toujours générée par la mal-connaissance de notre propre identité.

Nous sommes au cœur d’un combat entre une pathologie dominatrice qui peut tout détruire et le sentiment du bien commun que nous souffle chacune de nos fibres et la vie autour de nous.

C’est, pour l’heure, un combat d’autant plus inégal que beaucoup n’ont pas une conscience claire de ses phases les moins spectaculaires, mais, cependant, déterminantes. Si le camp de la volonté dominatrice n’en finit plus d’accumuler un arsenal théorique pour donner à son délire une apparence logique et de penser les stratégies pour conquérir le monde, il n’en est malheureusement pas de même du côté de la défense de la vie. Le camp du bien commun et des aspirations conviviales a pris un tel retard sur la reconnaissance du sens de sa lutte qu’il emprunte quelquefois le langage, la mythologie et les modes opératoires de ses adversaires sans même s’en rendre compte

Bien avant les confrontations entre prédateurs avides et faiseurs et défenseurs des communaux, entre « mondialisateurs » et biosphériens, le combat est d’abord en chacun et dans chaque communauté (quand il y en a encore une). Il se déroule dans les deux partis, d’ailleurs, entre conditionnements mortifères et motivations vitales. Il oppose aussi les deux cultures antagonistes : la culture impérialiste et la culture écologiste et conviviale. Or, précisément du fait de l’effondrement du mouvement alternatif des années soixante et soixante-dix, celle-ci est encore très généralement mal connue, voire non-identifiée ; si bien que le conscient est souvent impuissant à exprimer tant les alarmes que les espoirs ressentis. C’est l’insuffisance de la connaissance de l’économie de la nature et de l’enracinement historique de cette culture qui fragilise et laisse d’autant plus démuni face à l’arsenal de la domination que celle-ci n’oublie jamais de se réclamer de l’ordre naturel comme de la liberté d’être.

Cultiver la culture conviviale est le soin à prodiguer dans tous les cas. Il est de taille à redonner confiance et enthousiasme à tous ceux qui se sentent un peu perdus. Car la compréhension des dynamiques holistiques et homéotéliques de la nature montre les lignes de force conviviales, stimule l’empathie et l’envie de partager et d’entreprendre, ouvre les perspectives de l’action communautaire.

 

Alain-Claude Galtié Février/mars/avril 2001

 

Paru dans :

Courant Alternatif, n°111, été 2001

Silence n°272-273/274, juillet/août et septembre 2001

 

 

(1) En paraphrasant l’analyse de Max Horkheimer et Theodor Adorno sur « la raison » des Lumières : « La dialectique de la raison », Ed. Gallimard.

 

(2) On pressent déjà l’inversion réalisée par le capitalisme spéculatif voulant s’imposer à l’économie des sociétés humaines et à celle de la biosphère qui l’englobent.

 

(3) C’est lié à la dynamique de réciprocité baptisée homéotélie par Edward Goldsmith : « Le défi du XXI ème siècle » (« The way »), éditions du Rocher 1994.

Voir aussi « L’Entr’aide » de Pierre Kropotkine, éditions Publico ou Ecosociété (cette dernière est distribuée par Silence).

 

(4) Guy Hocquenghem, « Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary », Albin Michel. Toujours indispensable pour comprendre ce qui s’est passé et pourquoi tant de faces de carême encombrent encore aujourd’hui en se réclamant de tout ce qu’ils ont trahi.

A leur actif également : quelques très belles réécritures de l’histoire du mouvement dignes du Ministère de la Vérité inspiré à Georges Orwell par les pratiques des communistes autoritaires (telle celle dictée à Roger Cans sur le mouvement écologiste).

 

(5) ACG, Ecologie Infos n° 400, septembre 1991. Cet article où je dénonçais la trahison et le détournement du mouvement alternatif n’a pas manqué d’inspirer un contre-feu aux auteurs du mémorable numéro spécial de l’ex-mensuel Actuel paru en octobre 1991 : ils s’y étaient reconnus. Ce numéro est un modèle du genre. Dans le cadre d’une campagne de dénigrement qui avait commencée avec « l’affaire Brière », il déversa un tombereau d’ordures sur les écologistes pour entretenir la déstabilisation nécessaire à la prise de contrôle du parti vert par les libéraux-socialistes, et, accessoirement, tenter d’intimider quelques éternels gêneurs défenseurs de l’écologie holiste contre l’environnementalisme mécaniste. « (…) les mêmes ingrédients et les mêmes mécanismes journalistiques que ceux que l’on peut trouver dans Minute, dans les reportages du « Choc du mois » ou dans la presse à sensation en général » constatait Courant Alternatif de décembre 91. La publicité faite pour ce torche-cul mobilisa les meilleurs emplacements publicitaires dans toute la France, un miracle pour un journal « qui ne dispose pas habituellement d’une telle surface financière et publicitaire », notait Courant Alternatif. Les roses/verts qui le mitonnèrent sont aujourd’hui confortablement installés dans des fromages institutionnels, en récompense des services rendus.

Mon droit de réponse (bien sûr non publié par Actuel) : « La deuxième manche », Ecologie Infos n° 402, décembre 1991.

 

(6) Cf., entre maints exemples , les Montant/Libé du hors série « Vive la crise ! » de février 1984, les Jacques Attali, Alain Minc, Luc Ferry and Co. et le spécial d’Actuel.

 

(7) C’est ce qui s’est passé à l’échelle de nombreux groupes et avec la dynamique de l’utilisation écologiste des présidentielles de 1974, laquelle a été si bien retournée par les infiltrés et les arrivistes qu’elle leur a permis d’éliminer ses initiateurs pour inoculer le virus électoraliste.

 

(8) N’est-ce pas dans le même temps que deux étapes essentielles de la mise en place du capitalisme financier ultra-libéral ont été franchies : en 1971, la suppression de la convertibilité du dollar en or et, en 1973, l’instauration des taux de change flottants ?

 

 

 

juin 2016

Denis Baupin : une affaire hautement révélatrice

Ce que révèle l’aura de propos orduriers et de gestes déplacés qui semble avoir longtemps entouré un élu vert hissé jusqu’au sommet de l’assemblée des élus républicains stimule, heureusement, la réflexion. Reste à stimuler aussi la mémoire…

Marilyn Baldeck de l’association européenne contre les violences faites aux femmes au travail :

Denis Baupin ne pouvait ignorer la gravité de ses propos et de ses actes. Il dispose d’un capital social et culturel qui lui permet de savoir où se situe le dépassement de la norme .

Ah bon ? On passera sur cette  norme  énigmatique, mais l’affirmation relative à la culture est un peu grosse ! De toute évidence, Marilyn Baldeck néglige une dimension du problème : la culture dont il s’agit. Bien que M. Denis Baupin aime à se réclamer de Mai 68 et de l’écologisme, sa culture relève très largement de l’autre culture : celle qui justifie les dégradations et les destructions pour augmenter le niveau de la prédation. Parce qu’elles salissent un mouvement remarquable – la nouvelle gauche écologiste des sixties et seventies – et introduisent encore plus de confusion qu’il n’en est déjà entretenu par d’autres malhonnêtes, les prétentions de ce monsieur méritent d’en dire plus que je ne l’avais fait dans  Harcèlement et agressions sexuelles à gogo chez les Verts  (ci-dessous).

Denis Baupin interrogé par des journalistes de L’Obs :

(…) le contexte a changé : on n’est plus à l’époque libertine et post-soixante-huitarde qui régnait chez les écolos. Aujourd’hui, le regard de la société est moins open .

Je ne vais pas nier que j’ai longtemps été dans le registre de la séduction et dans une forme de libertinage correspondant à la culture des écologistes.  http://tempsreel.nouvelobs.

Ah, parce que, tout en étant né en 1962, Denis Baupin a une expérience de ce qui se passait en 68 et dans le mouvement écologiste ?

Cela ne se passait justement pas comme il le dit. Denis Baupin semble dans une confusion telle que l’on en viendrait presque à lui trouver des excuses !

– confusion entre libertinage et agression sexuelle,

– confusion entre le mouvement écologiste (consciencieusement étouffé avant la mi-temps des années 1970) et l’assortiment d’imposteurs qui lui a été substitué par le cartel des réactions (a),

– confusion entre culture capitaliste du pouvoir et de la prédation (la culture impérialiste)… et culture immémoriale du vivant, la culture arcadienne de l’historien de l’écologisme Donald Worster.

Denis Baupin fait-il exprès de la désinformation pour tenter de s’absoudre, ou croit-il vraiment à la version dénaturée et avilie de l’écologisme ? Ses déclarations sur la culture du mouvement dont il se réclame abusivement ne seraient-elles pas sincères, au moins un petit peu ? La falsification de l’histoire du mouvement écologiste pour lui substituer celle d’une intégration au système dominant, l’effacement de sa culture pour la remplacer par les joutes du capitalisme de pouvoir, l’omerta complice révélée en même temps que les turpitudes, achèvent de démontrer un retournement complet de sens. Depuis un certain temps, chacun peut, dans son environnement comme à grande échelle, en mesurer les conséquences.

La réussite de l’opération que Bernard Charbonneau avait dénoncée est telle qu’il est probable que, comme la plupart de ceux qui n’ont pas connu le mouvement écologiste, Denis Baupin en ait été abusé. Surtout après ses déclarations, il est clair que le problème dépasse de très loin sa personne.

ACG

(a) Gauchistes des beaux quartiers, PS, PSU rocardien, acteurs et soutiens de la grande distribution, agents du Congrès pour la Liberté de la Culture, néo-cons… tous ensemble dans la guerre froide culturelle pour désamorcer tout ce qui pouvait menacer leur chère prédation et l’essor du tout-capitalisme, y compris l’alerte écologiste ! Tous ensemble et bientôt rassemblés dans la Fondation Saint Simon (1982/1999) pour conforter la globalisation capitaliste, etc.

Petit rappel à l’attention des incrédules : c’est Bernard Charbonneau qui, le premier, a dévoilé l’organisation de la prise de contrôle rampante du mouvement écologiste par « la caste dirigeante », dans un article du n° 21 de La Gueule Ouverte, juillet 1974 – Le  mouvement écologiste , mise en question ou raison sociale(sur www.planetaryecology.com, rubrique Une mémoire du mouvement écologiste 4ème chapitre).

…car la  mise en question  portée par l’alerte écologiste était intolérable pour les dominants. Alors que les pires cauchemars redoutés par les écologistes ont été réalisés, l’expression de cette  mise en question  est toujours systématiquement étouffée*.

*remarquable : le site planetaryecology est l’objet d’une attaque en règle depuis plus de 6 mois. Il est même désormais classé comme  dangereux  pour les utilisateurs (hébergé par Joomla, le site est géré par http://www.artifis.fr/).

La raison sociale comporte, en premier lieu, le terme générique de l’activité ou du produit (ex : Société Civile Professionnelle), puis l’appellation spécifique qui permet de distinguer la société des autres. La raison sociale doit être indiquée lors de l’inscription au registre du commerce.

Dans certains cas, seule l’appellation spécifique fait office de raison sociale.

Ces noms d’entreprises comportent également les patronymes des associés indéfiniment responsables et parfois des expressions telles que  et Associés ,  et Fils …

http://www.journaldunet.com/management/pratique/creation-d-entreprise/1779/raison-sociale.html

et encore :

Un dragueur réputé lourd

http://www.crepegeorgette.com/2016/05/09/dragueur-lourd/

 

 

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