En rapport avec l’avancée inexorable du Jour du Dépassement. Ci-dessous, en juillet : Sols, forêts, poissons… Depuis le 8 août, l’humanité vit à crédit (1),

Au Cap, un sommet international passé presque inaperçu…

L’Anthropocène est en passe d’être caractérisé comme une nouvelle époque géologique

Selon le groupe de travail sur l’Anthropocène réuni au Cap (Afrique du Sud) cette semaine à l’occasion du 35ème Congrès international de stratigraphie, l’époque de l’Anthropocène a bel et bien commencé. Il s’agit d’une époque géologique, dont le nom a été forgé par le géochimiste néerlandais Paul Crutzen et le géologue et biochimiste américain Eugene Stoermer. Pour la première fois en 2000, dans la newsletter de l’International Geosphere-Biosphere Program (IGBP), ces deux scientifiques évoquaient une situation inédite : le fait que l’Homme soit devenu une force géologique capable de modifier le cours des fleuves, les courants des océans, le climat et l’ensemble des éléments.

A leurs yeux, cet état de fait justifiait la nécessité de changer le nom de notre époque. Non plus l’Holocène, période interglaciaire commencée il y a 11.700 ans, mais l’Anthropocène, époque de l’Homme. En 2002, Paul Crutzen, dans un nouvel article, intitulé Geology of Mankind (Géologie du genre humain), publié dans la revue Nature, popularisait le terme. Et le géochimiste Will Steffen, alors président de l’IGPB, produisait une représentation saisissante de l’Anthropocène, sous la forme des courbes dites de la Grande Accélération : un ensemble de 24 graphes présentant en vis-à-vis l’accélération de la croissance économique et le dérèglement rapide de l’ensemble des cycles naturels depuis 1750. (…)

Les écologistes, ceux qui avaient été taxés de « catastrophistes » par les organisateurs de la catastrophe, avaient alerté à temps pour éviter ce qui est constaté aujourd’hui. Ils avaient aussi proposé une tout autre voie, celle du vivant et de la convivialité.

Semaine de la Terre avril mai 1971

 

Anthropocène… L’Homme ? Les hommes ?

Juste un problème souligné par les écologistes depuis longtemps déjà… bien avant l’apparition de anthropocène dans un article de la revue Nature en 2002 : cette appellation est parfaitement inexacte. Au pied de la lettre, elle est non-scientifique (ça la fout mal !). Car « l‘Homme n’est pas aujourd’hui la principale force gouvernant l’état, le fonctionnement et l’évolution de la planète. (…) », comme l’affirmait Pierre Le Hir dans Le Monde du 15 01 2015 (2). 
 
L’Homme… Où l’on retrouve encore cette abstraction fourre-tout abondamment utilisée par ceux qui veulent se faire oublier en impliquant tous les hommes.

Or, tous les hommes ne sont pas – et de très loin – responsables de la dégradation de la biosphère. La nouvelle gauche (new left) des années soixante-soixante dix (en particulier les écologistes qui étaient pour beaucoup dans sa dynamique), les peuples autochtones et la grande masse des appauvris par la globalisation, les paysans spoliés de leurs terres, de leurs vies, et les artisans, les petits commerçants, tous les ruinés, les condamnés au petit salariat ou au chômage, etc., sont englobés par l’expression anthropocène. Victimes, lanceurs d’alerte et responsables, tous mêlés ! Amalgame qui rejoint habilement la facilité de la généralisation, façon les gensles hommes sont comme ci, les hommes sont comme ça… On voudrait nous faire perdre de vue comment nous en sommes arrivés là qu’on ne s’y prendrait pas autrement. 

Cet anthropocène résulte de l’intensification des productions et des fonctionnements nuisibles à la vie ; orientations décidées par des minorités réunies dans les capitalismes d’Etat et dans la conquête ultra-capitaliste mondiale durant « la grande accélération« . Celle-ci correspond exactement à la période de l’imposition du système impérialiste sur les hommes et l’ensemble vivant, avec le néo-libéralisme – bientôt ultra – pour principal moteur. Cela a donc été organisé, planifié, soutenu par des efforts propagandistes sans précédent pour qu’il y ait rupture avec la culture du bien commun, et empêcher que les lanceurs d’alerte, les victimes et les révoltés n’entravent la réalisation du programme, qu’ils ne nuisent à l’avènement de la dictature du profit. C’est l’histoire de la Guerre Froide avec, du côté occidental, le développement d’une machine de guerre culturelle qui a laminé les résistances traditionnelles et les nouveaux mouvements critiques – par exemple, le Congrès pour la Liberté de la Culture dont le siège était à Paris pour mieux contrôler le peuple de 36, de la Résistance et des grandes grèves d’après-guerre, puis de 68 (à sa tête, un certain Denis de Rougemont). D’ailleurs, anthropocène ressemble à s’y méprendre à une production de ce Ministère de la Vérité.

Les responsables de la dégradation de la biosphère étant les assoiffés de pouvoir et de profits, les capitalistes de tous bords, les promoteurs de la mutation néo-capitaliste, puis néo-conservatrice (les néo-cons), ceux qui se revendiquent de la culture anti-nature, une bonne appellation pour cette funeste période est bien plutôt capitalocène.

ACG

 

(1) Les Australiens et les Américains sont les champions de cette démesure : si tous les Terriens vivaient sur le même pied qu’eux, ils engloutiraient les bienfaits d’au moins cinq planètes. La croissance démographique est loin de justifier un tel appétit. La consommation moyenne par habitant augmente continuellement autour du globe.

L’article de Pierre Le Hir est, par ailleurs, excellent. D’autant qu’il souligne que la « prise de contrôle a commencé dans les années 1950 » avec la grande accélération.

 

 

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