Juan

Un de mes collègues et amis du théâtre français vient de mourir après plusieurs années de résistance.

Vaincu par un cancer broncho-pulmonaire dû à l’amiante dans l’environnement professionnel. Comme quatre autres dont la pathologie a été officiellement reconnue, il a été fauché par les effets de la pollution de l’air au quotidien. Cela malgré une alerte maintenue pendant plus de trente ans qui aurait épargné plus de vies si elle avait été écoutée par les « responsables« .
 
 
Et la pollution de l’eau, la dégradation des sources, des zones humides, des cours d’eau… itou !
 
 
Bien entendu, on peut une nouvelle fois se demander comment on en est arrivé là…
 
Gilles Raveaud d’Alternatives Economiques :
« Un échec absolument terrible de la « science » économique, c’est l’environnement.  (…)
Tout était sur la table au moins dans les années 70 (…)
En 68, déjà, la question environnementale était centrale dans les débats politiques et cette question a totalement disparu des facultés d’économie pour ne commencer à revenir que ces dernières années. Mais le problème, c’est que c’est trop tard !
On a perdu 40 ans absolument cruciaux dans la préservation de l’environnement, dans la préparation du futur, dans l’organisation de la transition écologique absolument nécessaire de nos sociétés.

septembre 2017

 

Dénis de justice pour étouffer le scandale français de l’amiante

Amiante : vers un non-lieu général ?

Le scandale rebondit dans le dossier de l’amiante. Ce 15 septembre, la cour d’appel de Paris a annulé pour la deuxième fois la mise en examen de neuf responsables nationaux (…) impliqués entre 1982 et 1995 dans le Comité Permanent Amiante (CPA). (…)

Comme si le CPA (le lobby de l’amiante) existait encore, les victimes qui sont déboutées de leurs demandes de réparation et les ordonnances de non-lieu réduisent à l’impuissance toutes les tentatives pour résoudre le drame français de l’amiante. L’organisation de la prévention en est également bloquée.

Extraordinaires attendus de la Cour d’Appel

« ces responsables ne disposaient pas d’un réel pouvoir décisionnaire« …

Des responsables sans pouvoir ? Pourtant, leur pouvoir était assez réel pour contribuer à l’existence et à l’action nuisible du CPA. Celui-ci est le lobby qui a surveillé chaque dénonciation de l’amiante, censuré l’information et fait la propagande d’un « usage contrôlé » du polluant – le lobby qui a « anesthésié l’Etat«  pendant la bagatelle d’une quinzaine d’années.

Comme d’habitude, voici des « responsables » revendiqués qui ont entravé l’action des lanceurs d’alerte, qui ont pleinement profité de leur position dominante et qui jouissent encore de rentes de situation et de retraites confortables pour leurs mauvais et déloyaux services, mais que leurs victimes et les familles des disparus ne peuvent atteindre. 

 

« à l’époque, l’usage de l’amiante était admis« …

Admis par qui ? Quelle est la valeur de cet « admis » puisque, si modeste soit-il, c’est précisément le « pouvoir décisionnaire » de ces « responsables » et de leurs semblables qui permettait cela ? C’est en effet du fait de l’action de « responsables » sans responsabilité comme ceux-ci que, contre des dizaines d’années de constats et d’alertes sanitaires, l’amiante a si longtemps continué à être utilisé, à polluer et à multiplier les victimes. 

 

« ils ne pouvaient avoir une connaissance exacte des dangers de la fibre« …

On est pleinement dans la caricature de la si commune « responsabilité«  sans responsabilité. Des « responsables » ayant participé à un lobby qui impose un usage mortifère et une censure de l’information, mais qui ne savaient pas…

Pourtant, point besoin que je ressorte la documentation des années de lutte (plus de 30 ans depuis 1977), un rapport officiel a fait la lumière sur cette question :

Le drame de l’amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l’avenir

Rendu public le 20 octobre 2005, ce rapport du Sénat est tout à fait explicite…

a) Des connaissances de plus en plus précises et alarmantes : on en savait assez pour gérer le risque amiante en 1965

(…) rappelons que des cas d’asbestose ont été décrits chez des sujets exposés à cette fibre dès 1906. La relation quantitative liant l’exposition cumulée à l’amiante et l’accroissement du risque d’asbestose était décrite en 1930. Du reste, la première réglementation visant à réduire le risque de cette pathologie a été mise en place en Grande-Bretagne l’année suivante, en 1931. (…)

Le professeur Got a rappelé, au cours de son audition, qu’il datait « la période où l’on a à peu près tout connu du risque lié à l’amiante en [se] référant à un congrès qui s’est tenu à New York en 1965, et qui s’est concrétisé par un énorme volume de 732 pages, qui n’est pas loin d’ici, à la bibliothèque de la faculté de médecine. Tous les spécialistes mondiaux du risque amiante étaient là et chacun a expliqué ce qu’il savait des risques liés à l’amiante, avec des études épidémiologiques précises. Dans ce volume, pratiquement, il y a toute la connaissance dont on a besoin pour gérer le risque amiante. Or, on est en 1965 » (…)

II.  L’ÉTAT « ANESTHÉSIÉ » PAR LE LOBBY DE L’AMIANTE

A. LE CPA : UN LOBBY REMARQUABLEMENT EFFICACE


(…) si l’État s’est déchargé de sa responsabilité, le comité permanent amiante (CPA) s’est progressivement attribué le monopole de l’expertise sur ce dossier. (…)

En exploitant les incertitudes scientifiques, au demeurant de moins en moins nombreuses au fil du temps, le CPA a réussi à insinuer le doute sur l’importance du risque de l’exposition à l’amiante et ainsi à retarder au maximum l’interdiction de l’usage de l’amiante en France. Ses membres ont habilement soutenu la politique de « l’usage contrôlé » de l’amiante (…)

B. LA RESPONSABILITÉ DE L’ÉTAT

Les préjudices causés par les poussières d’amiante mettent en cause la responsabilité de l’État à un double titre : en tant qu’employeur qui voit sa responsabilité pécuniaire « socialisée » avec celle des autres employeurs par l’entremise du FIVA, mais aussi en tant qu’État contrôleur depuis les décisions du Conseil d’État du 3 mars 2004. (…)

 

 

 

juin 2017

AMIANTE LE NAUFRAGE


Il y a de longues années que l’on observait le verrouillage systématique opéré par les institutions et les politiques en matière de pollution par l’amiante. 


Une nouvelle confirmation est tombée au début de ce mois quand des magistrats chargés des principaux dossiers ont présenté comme un empêchement insurmontable l’incertitude sur la période de la contamination des victimes :
Ils « (…) ont estimé, dans une ordonnance rendue le 9 juin, que « cet aléa dans la date des faits ne pourra pas permettre de conduire des investigations ciblées et efficaces de nature à réunir des charges qui pourraient être imputées à quiconque ». En clair, qu’ils ne pouvaient présenter d’éléments suffisamment précis pour justifier un renvoi des protagonistes devant les tribunaux. »


Conséquence immédiate :
Le 13 juin, le parquet de Paris a estimé dans ses réquisitions dévoilées par Le Monde et dont l’AFP a eu connaissance, « Le diagnostic d’une pathologie liée à l’amiante fait la preuve de l’intoxication, mais ne permet pas de dater l’exposition ni la contamination« .


Quel argument ! Dans tous les cas que je connais, l’exposition est toujours datée et renseignée. Quant à la contamination, pourquoi vouloir rechercher une date précise, d’autant que « Le diagnostic d’une pathologie liée à l’amiante fait la preuve de l’intoxication » ? La preuve de l’intoxication n’est-elle pas le fait le plus important ?


Il est bien connu que la contamination peut être ponctuelle mais peut s’étendre aussi sur une longue période. Il est tout aussi connu que la contamination commence avec l’exposition à ce polluant. Conditionner la réalité de la faute à l’établissement d’une date précise dans, le plus souvent, un long processus d’empoisonnement est un faux-fuyant.


Des dizaines d’années de luttes, d’études et de collecte des preuves. Des victimes par dizaines de milliers… pour ce camouflet :
« Le parquet demande la fin des investigations dans plusieurs enquêtes pénales, considérant qu’il est impossible de déterminer avec certitude quand les victimes ont été intoxiquées, une décision qui pourrait ouvrir la voie à des non-lieux dans une vingtaine de dossiers. (…) »


http://www.ladepeche.fr/…/2602528-amiante-vers-non-lieu-vin…

 

 

 




 

 

printemps 2017

 

Le scandale de l’amiante, exemple des verrouillages français

Marche des veuves de l’amiante à Dunkerque


…c’était en avril 2009 


Depuis, rien n’a bougé – sauf la maladie et la mort qui ont fait des milliers de nouvelles victimes, et, à rebours de la logique et de la justice, des tribunaux qui ont débouté des victimes, les privant de tout espoir de réparation, même symbolique. 


Depuis, un de mes anciens collègues de la Comédie Française a développé un cancer broncho-pulmonaire de l’amiante et en est mort : Juan Sanz. Un autre est mort d’un cancer identique mais sa famille n’a pas eu la force de poursuivre. Depuis, j’ai été débouté deux fois en dépit d’un dossier de preuves conservées sur 30 ans d’alerte professionnelle* et de combat pour la prévention.

* cette compétence faisait partie de mon métier


Après une quinzaine d’années de blocage de toute information sur l’amiante, les responsables du désastre contrôlent toujours toutes les voies institutionnelles de recours, et la censure, subtile, est très efficace pour tout étouffer. 


Depuis le rapport du Sénat publié en 2005 : 

« Le drame de l’amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l’avenir« 

tout est bloqué.


Les « veuves de l’amiante » reprennent leur marche à Dunkerque

Vingt ans après les premières plaintes déposées, les veuves des ouvriers victimes de l’amiante ont organisé mardi 4 avril une nouvelle marche à Dunkerque pour réclamer un procès pénal.

Elles ont pris quelques cheveux blancs mais affichent la même détermination. Après sept ans de silence, les « veuves de l’amiante » ont décidé de se remettre en marche à Dunkerque mardi 4 avril, arborant les photos de leurs maris décédés pour réclamer justice. Comme elles l’avaient fait en 2009 et surtout en 2005-2006, tournant pendant plus d’un an régulièrement autour du palais de justice derrière la banderole : « Nos empoisonneurs doivent être jugés ». 

 

Les victimes de l’amiante marchent à Dunkerque pour obtenir un procès pénal

Après vingt ans de combat, deux associations font appel à des avocats pénalistes pour faire sanctionner les responsables.

A l’automne 2016, l’Ardeva, essentiellement composée de proches ou d’ouvriers de la Normed de Dunkerque, et le Comité anti-amiante Jussieu, composé de proches ou d’employés du campus universitaire parisien, ont sollicité les avocats pénalistes Eric Dupond-Moretti et Antoine Vey pour « faire instruire et juger les responsabilités nationales ».

 
Dans ce dossier colossal, les victimes ont, pour l’heure, seulement bénéficié d’indemnisations par le biais du Fonds d’indemnisation des victimes l’amiante (FIVA). Les avocats ont demandé une audience à la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris pour obtenir la réouverture d’une instruction dont les prémices remontent à vingt ans.


Fibre cancérogène interdite en France depuis le 1er janvier 1997, l’amiante est responsable, selon les autorités sanitaires, de 10 à 20 % des cancers du poumon et de 85 % des mésothéliomes (cancers de la plèvre). Dans l’Hexagone, depuis décembre 2004, 40 500 personnes sont mortes de cancers liés à une contamination par l’amiante. Selon l’Ardeva, 3 000 personnes succombent chaque année aux suites de cette contamination qui ne se déclarent que des années après être survenue. Et l’amiante pourrait provoquer jusqu’à 100 000 décès d’ici 2025. (…)

 

« Que ceux qui les ont empoisonnés paient », demande une veuve de l’amiante

Midnight Oil 

 

Blue Sky Mine

Hey, hey-hey hey 

There’ll be food on the table tonight 

Hey, hey, hey hey 

There’ll be pay in your pocket tonight 

My gut is wrenched out it is crunched up and broken 

A life that is led is no more than a token 

Who’ll strike the flint upon the stone and tell me why 

If I yell out at night there’s a reply of bruised silence 

The screen is no comfort I can’t speak my sentence 

They blew the lights at heaven’s gate and I don’t know why 

But if I work all day at the blue sky mine 

(There’ll be food on the table tonight)

 

Still I walk up and down on the blue sky mine

(There’ll be pay in your pocket tonight) 

The candy store paupers lie to the shareholders

They’re crossing their fingers they pay the truth makers 

The balance sheet is breaking up the sky

So I’m caught at the junction still waiting for medicine 

The sweat of my brow keeps on feeding the engine 

Hope the crumbs in my pocket can keep me for another night 

And if you blue sky mining company won’t come to my rescue 

If the sugar refining company won

https://www.youtube.com/watch?v=Ofrqm6-LCqs


Sur cet album, le groupe paraît plus apaisé (…) Peter Garrett a toujours des choses à dire, des choses importantes et vraies. Les problèmes environnementaux y sont abordés, comme la déforestation et les pluies acides, mais aussi les maladies mortelles contractées par de nombreux ouvriers dans les mines d’amiante bleu de Wittenoom en Australie-Occidentale (Blue Sky Mine)

 

 

 

 

novembre 2016
Encore et toujours l’amiante :
Condamnation d’un établissement public

le CHU de Besançon condamné à 40 000€ d’amende avec sursis pour avoir exposé une partie de ses salariés à l’amiante entre 2009 et 2013.

Le sentiment des personnels exposés rejoint le constat fait à l’échelle nationale depuis des années :
« On ne comprend pas la finalité de cette condamnation extrêmement symbolique. 40 000€ avec sursis c’est à dire rien ! Donc, l’employeur public peut très bien recommencer. Cela ne lui coûte rien. Cette mise en danger de mort et d’infirmité permanente de ses propres personnels – sciemment. Et que pour cela les gens qui se sont permis, en toute conscience, de faire cela sont tous en place et le seront demain matin. Il n’y a rien de changé dans l’établissement.« 
On apprécie le « sursis » accordé à l’établissement coupable. Un « sursis » que n’ont pas connu les victimes de l’amiante et les personnes exposées qui demeurent dans l’incertitude toute leur vie.
Cependant, ce jugement est une première en France. Presque une révolution !
Dans ce pays où même le Sénat a produit (en 2006 !) un acte d’accusation détaillé sur Le drame de l’amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l’avenir (https://www.senat.fr/rap/r05-037-1/r05-037-1.html), jamais un établissement public et, qui plus est, un établissement non transformateur/producteur d’amiante n’avait été ainsi condamné ! Certes, il y a bien eu les condamnations pour faute inexcusable de l’employeur (une procédure difficile, inaccessible à la plupart), mais toutes sont tombées au fond du grand tiroir des affaires classées, effacées, oubliées. Elles n’ont jamais été suivies d’une enquête, d’une procédure, pour établir les responsabilités, corriger les défaillances, supprimer la cause des pollutions, établir le suivi médical des personnels, etc. Ce qui devrait être un commencement a été aménagé en voie sans issue. Ainsi, tout le travail d’établissement des faits et d’analyse effectué au cours de ces procédures longues et fouillées n’a strictement servi à rien (a). Une justice poudre aux yeux.
Evidemment, cette énorme carence n’est pas le fait d’un simple oubli. En France, toutes les voies de recours ont été fermées. Et la presse, elle-même, s’est tue. Les dernières illusions qui encourageaient encore à l’action voici quelques années ont été soigneusement effacées. Il n’y a plus rien.
Bien sûr, la direction du CHU Jean-Minjoz a fait part de son intention de faire appel de la condamnation.
(a) Ainsi pour la Comédie Française : 5 maladies professionnelles reconnues et 2 condamnations pour faute inexcusable de l’employeur :
« La Comédie Française côté tragédie« , Le Canard Enchaîné N° 4439 du 23 novembre 2005.
« Une tragédie bien réelle à la Comédie Française« , article signé VS de L’Yonne Républicaine, décembre 2006.
« La Comédie Française condamnée aussi« , article signé VS de L’Yonne Républicaine du 20 02 2007.
« La mort en coulisses« , article de Patrick Herman, Témoignage Chrétien N°3242 du 1er mars 2007
« L’Amiante tue à la Comédie Française« , revue Coulisses n°47 de mars 2007 du Syndicat National des Professionnels du Théâtre et des Activités Culturelles)
« Les théâtres aussi sont confrontés à l’amiante – Un mort et deux malades à La Criée, à Marseille, deux décès à la Comédie-Française. La réflexion est en cours« , article de Brigitte Salino, Le Monde du 16 12 2010
http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/12/16/les-theatres-aussi-sont-confrontes-a-l-amiante_1454294_3246.html#SiGvixwZFcwDyJgc.99
Sur ce que vivent les victimes et leurs proches :
« Mourir d’amiante« , récit du combat d’Anne-Marie Goudard, Libération du 21 02 1997

 

 

 

 

2015

 

Ben oui, la pollution, ça coûte cher !

Et plus cher que ça encore en intégrant les conséquences des dégradations de la biosphère à long terme.
 
La pollution de l’air en France coûterait plus de 100 milliards d’euros par an

La pollution atmosphérique «n’est pas qu’une aberration sanitaire, c’est une aberration économique» (…) rapport Pollution de l’air: le coût de l’inaction.
 
Elle représente «un coût majeur», une fois considéré les dépenses de santé pour prendre en charge les pathologies imputables à la pollution (particules fines, oxydes d’azote, etc.), l’impact de l’absentéisme professionnel sur la productivité des entreprises, la baisse des rendements agricoles, la perte de la biodiversité ou encore l’entretien des bâtiments dégradés. Dans le détail, le coût sanitaire total de la pollution atmosphérique serait compris «entre 68 et 97 milliards d’euros» par an, retient le rapport (données du programme «Air pur pour l’Europe» de la Commission européenne), tandis que le coût non sanitaire est lui estimé à 4,3 milliards d’euros. A elle seule, la pollution de l’air intérieur représente un coût de 19 milliards d’euros par an. (…)
http://www.liberation.fr/societe/2015/07/15/la-pollution-de-l-air-en-france-couterait-plus-de-100-milliards-d-euros-par-an_1348143
 
http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/pollution-plus-100-milliards-deuros-cout-linaction-985867
 
http://www.ladepeche.fr/article/2015/07/16/2144666-l-insupportable-cout-de-la-pollution-de-l-air.html
 
 
 
Rapport de Mme Leila AÏCHI, fait au nom de la CE coût économique et financier de la pollution de l’air n° 610 tome I (2014-2015) – 8 juillet 2015
(…) Les trois types de maladies causées par la pollution de l’air les plus communes sont les maladies respiratoires, au premier rang desquelles la bronchopneumopathie obstructive (BPCO), les pathologies cardiaques, dont les infarctus, et les cancers du poumon. Par ailleurs, le rôle de la pollution de l’air dans de nombreuses autres pathologies fait l’objet d’études et permet d’affirmer qu’il existe un lien, notamment, entre la pollution et certains problèmes de développement du foetus, et des pathologies certes multifactorielles mais de plus en plus prévalentes comme la maladie d’Alzheimer et l’obésité. A côté de ces effets sanitaires, la pollution de l’air produit des effets non sanitaires, sur la végétation et la biodiversité, sur l’eau mais aussi sur les bâtiments. (…)
http://www.senat.fr/notice-rapport/2014/r14-610-1-notice.html
 

La pollution coûte cher… mais aux finances publiques. Double peine pour le bien commun. Les prédateurs – financiers, industriels, politiciens… – qui ont choisi de la développer, eux, ils ramassent et ils amassent. Ainsi :

23 ans (!) après l’Appel de Heidelberg, que devons-nous au lobby chimique qui l’avait fabriqué ?

Intoxication
Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques utilisées par l’industrie dans la fabrication de la plupart des produits de notre quotidien : peintures, shampoings, plastiques alimentaires etc…Elles interagissent avec notre système hormonal, et peuvent aller jusqu’à les imiter, notamment lors des premiers mois de grossesse.
 
Leurs effets nocifs sur la santé sont de plus en plus visibles : l’infertilité masculine – un couple sur sept a des difficultés à procréer -, les cancers hormonaux-dépendants comme ceux du sein ou de la prostate ; le diabète et l’obésité 
 
La communauté scientifique est unanime à tirer la sonnette d’alarme. Le 1er octobre 2015, la Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique soulignait l’urgence d’agir au plus vite. Le coût sanitaire de ces polluants pour l’Union Européenne n’est pas négligeable : 157 milliards d’euros !
 
Le plus grave : le blocage d’une réglementation de l’utilisation des perturbateurs endocriniens, préparée par Bruxelles depuis 2009, et qui devait rentrer en vigueur en 2013.  Au final, aucune décision n’interviendra avant 2017 ! La faute à qui ? Le très puissant lobby de l’industrie chimique  – BASF, Bayers et Syngenta – qui bataille activement pour empêcher toute réglementation. La Commission Européenne s’appuie ainsi sur des experts travaillant pour cette industrie,  pour rédiger les lois. Un des spécialités du lobbying : la fabrication de la controverse, instiller le doute dans les propos des scientifiques les plus indépendants. (…)
http://www.franceinter.fr/emission-linterview-intoxication
 
Eh bien, voilà ! C’est probablement pire qu’il y a 23 ans : le politique n’a jamais été aussi inexistant – sauf, peut-être, en temps de guerre.
 
 
L’appel d’Heidelberg, une initiative fumeuse
(…) Initiative spontanée de la communauté scientifique ? L’appel d’Heidelberg est en réalité le résultat d’une campagne habilement orchestrée par un cabinet de lobbying parisien lié de près aux industriels de l’amiante et du tabac…Le premier indice est un mémo confidentiel de Philip Morris, daté du 23 mars 1993 et rendu public dans le cadre d’une action en justice contre le cigarettier. La note interne présente l’appel d’Heidelberg, se félicitant qu’il « a maintenant été adopté par plus de 2 500 scientifiques, économistes et intellectuels, dont 70 Prix Nobel ». (…) http://www.lemonde.fr/sciences/article/2012/06/16/l-appel-d-heidelberg-une-initiative-fumeuse_1719614_1650684.html
 
L’appel de Heidelberg : entre arnaque, idéologie et lobby
(…) Plus que le contenu explicite de l’appel, ce qui est intéressant ici, c’est l’implication des « communicants » des grands entreprises en butte aux contestations de l’écologie dans l’élaboration d’un tel appel, et en particulier ceux de l’industrie du tabac et celle de l’amiante.

C’est en effet ces deux secteurs qui furent à l’ origine de la création d’une structure dirigée par Michel Salomon, par ailleurs principal animateur de l’appel. Une note interne de la firme Phillips Morris, un des principaux cigarettiers, explique ainsi : « Un nouvel organisme, le Centre international pour une écologie scientifique [ICSE, pour International Center for a Scientifique Ecologie], a été fondé, à Paris, comme une continuité de l’appel d’Heidelberg, pour fournir aux gouvernements du monde entier des opinions sur ce qui constitue une science environnementale solide, à propos de certains problèmes », explique la note. « Certains problèmes », mais surtout ceux qui concernent les industriels du tabac et de l’amiante… (…)
 
et aussi :
« Amiante et Appel de Heidelberg« , Henri Pézerat, Silence n°185/186, janvier 1995.
et « La cécité absolue d’une bande d’autruches« , article d’André Langaney paru dans Libération du 12.06.92
 

 

 

 

printemps 2015

 

Juan

Un de mes collègues et amis du théâtre français vient de mourir après plusieurs années de résistance.

Vaincu par un cancer broncho-pulmonaire dû à l’amiante dans l’environnement professionnel. Comme quatre autres dont la pathologie a été officiellement reconnue, il a été fauché par les effets de la pollution de l’air au quotidien. Cela malgré une alerte maintenue pendant plus de trente ans qui aurait épargné plus de vies si elle avait été écoutée par les « responsables« .
 
 
Et la pollution de l’eau, la dégradation des sources, des zones humides, des cours d’eau… itou !
 
 
Bien entendu, on peut une nouvelle fois se demander comment on en est arrivé là…
 
Gilles Raveaud d’Alternatives Economiques :
« Un échec absolument terrible de la « science » économique, c’est l’environnement.  (…)
Tout était sur la table au moins dans les années 70 (…)
En 68, déjà, la question environnementale était centrale dans les débats politiques et cette question a totalement disparu des facultés d’économie pour ne commencer à revenir que ces dernières années. Mais le problème, c’est que c’est trop tard !
On a perdu 40 ans absolument cruciaux dans la préservation de l’environnement, dans la préparation du futur, dans l’organisation de la transition écologique absolument nécessaire de nos sociétés.

Et là il y a une responsabilité énorme des économistes y compris « hétérodoxes » qui dans leur grande majorité ont négligé cette question. »

émission La tête au carré (sur France Inter) du jeudi 30 avril 2015
L’économie, une science en crise ?
http://www.franceinter.fr/personne-gilles-raveaud
 
Ben oui, Gilles Raveaud dit vrai :

Tout était sur la table au moins dans les années 70. Et pas seulement pour la « science » économique. Puis, tout s’est effondré. 
 
L’économisme officiel, universitaire et dominateur, s’est recroquevillé, fermé, racorni après la grande peur devant l’écologisme – peur du mouvement social débutant et de sa culture renversante – il y a… 40 – 50 ans : c’était la première réussite des néo-cons qui appelaient à la mobilisation réactionnaire depuis plusieurs années déjà. On peut dire qu’ils ont été exaucés !
 
Mais, si « les économistes y compris « hétérodoxes » ont négligé cette question », ils sont loin d’être les premiers responsables.
 
Ce « Tout qui était sur la table au moins dans les années 70 (…) » et même en 68 déplaisait à beaucoup d’autres, bien plus influents que les économistes. Ce « Tout » qui aurait dû changer la donne a été consciencieusement saboté, étouffé, enterré sous les imposteurs et des dizaines d’années de falsification. 

Un petit bout de chemin alternatif, et puis… plus rien

 

 

 

 

L’exclusion des lanceurs d’alerte, déjà une suite qui aggrave le constat

Point besoin d’attendre longtemps !

La Cour de Cassation vient de porter un nouveau sale coup aux victimes de l’amiante

Elle vient de produire un arrêt qui exclu une grande partie d’entre elles : « Les salariés ayant été exposés à l’amiante dans une entreprise non inscrite sur la liste des établissements ouvrant droit à la préretraite amiante, ne peuvent demander réparation de leur préjudice d’anxiété. (…) »
(http://web.lexisnexis.fr/depeches-jurisclasseur/depeche/06-03-2015/03).

Incroyablement, l’écriture officielle reconnaît, dans la même phrase, la réalité de l’exposition et du préjudice pour les balayer ensuite ! Les malades et les morts des entreprises où l’identification de la présence d’amiante est ancienne, où l’on vivait dans la crainte, où quelques-uns, qui ont payé cher leur audace, ont lancé et entretenu l’alerte, sont bafoués encore une fois.

Pour beaucoup, ce petit préjudice d’anxiété supprimé sitôt créé était le seul espoir d’obtenir un peu de justice. C’était encore trop dans ce beau « pays des droits de l’homme et du citoyen », « de la démocratie », bla bla bla.

 

Le prix du courage : organisation du découragement de la défense du bien commun
L’exclusion des lanceurs d’alerte

Amiante, pesticides et toutes pollutions, malfaçons, malversations, escroqueries, détournements… défendre la santé des collègues, l’eau et ses têtes de bassin versant, l’environnement immédiat ou la biosphère, la vie des autres, la logique et l’intégrité, à fortiori la démocratie, bref, le bien commun, en France c’est se condamner à l’isolement tout en devenant une cible.

Le prix ?

Il est exorbitant : décrédibilisation paradoxale, blocage de carrière, intimidations et harcèlement, ostracisme, licenciement, soutiens syndicaux, associatifs et juridiques inexistants, désocialisation, agressions, rejet des recours par les tribunaux, voire condamnations, retraites amoindries, etc., et le cortège des découragements, dépressions, difficultés familiales…

Tandis que les coupables et les lâches sont récompensés avec progressions de carrière et salaires, suffrages, succès et honneurs, retraites confortables…

La situation des défenseurs du bien commun est le meilleur indicateur de l’état de la société. Elle est au coeur des dysfonctionnements de tous ordres qui affectent le présent et compromettent l’avenir. Cet univers ubuesque est le produit d’une dégradation culturelle et d’un renversement des valeurs sans précédent. Son origine ? Il faut regarder plus attentivement du côté de l’effort propagandiste qui a accompagné l’installation du capitalisme ultra et du néo-conservatisme, tout en sabotant les mouvements sociaux qui s’efforçaient d’y résister (la nouvelle gauche alternative des années soixante et soixante-dix).

 

 

 

Lanceurs d’alerte : piège à convictions

Chacun, avec ses mots, évoque cette «extraordinaire solitude». Ce sentiment d’être le mouton noir, seul contre tous, sans savoir vers qui se tourner.

Leur carrière s’est brisée le jour où ils ont parlé. Ils sont lanceurs d’alerte. Quel que soit leur secteur d’activité (banque, fonction publique, médico-social…) et les faits qu’ils dénoncent (malversation financière, corruption, maltraitance…), leurs histoires se ressemblent. Un jour, pour des raisons très variées, et parfois après avoir été impliqués, ils se décident à l’ouvrir. Ils balancent.

Ils m’ont fait comprendre qu’il ne fallait pas parler,
par Pierre Alonso, Marie Piquemal et Coralie Schaub
http://www.liberation.fr/economie/2015/03/02/ils-m-ont-fait-comprendre-qu-il-ne-fallait-pas-parler_1212765

 

Révélations, mode d’emploi
par Luc Peillon
http://www.liberation.fr/economie/2015/03/02/revelations-mode-d-emploi_1212824

 

Harcèlement reconnu pour une ex-salariée d’UBS, lanceuse d’alerte
http://www.liberation.fr/economie/2015/03/05/harcelement-reconnue-pour-une-ex-salariee-d-ubs-lanceuse-d-alerte_1214806

 

Le double jeu américain
par Frédéric Autran
http://www.liberation.fr/economie/2015/03/02/le-double-jeu-americain_1212836

 

A écouter :
Alerte : qui sont ces lanceurs ?

Certains se prennent un mur, parce qu’ils se sont confiés à la mauvaise personne ou qu’ils n’ont pas suffisamment de preuves. D’autres parviennent à faire éclater des scandales et changer le cours des choses, pour l’intérêt général. Mais ces Zorro d’un jour se retrouvent souvent seuls le lendemain (lire pages 4-5). Sans boulot, quelque fois «grillés» dans leur secteur d’activité, et sur la paille. Tous racontent avoir été «broyés» psychologiquement et sans aide pour se relever.
(…)
Le député socialiste Yann Galut, rapporteur de la loi du 6 décembre 2013, a auditionné des lanceurs d’alerte : «J’ai vu des gens brisés. Livrés à eux-mêmes, abandonnés par l’Etat alors qu’ils ont fait leur travail de citoyen. On ne peut pas en rester là.» Il prépare une proposition de loi pour l’automne pour créer «un vrai statut du lanceur d’alerte», avec une agence indépendante chargée de les accompagner dans les démarches, les soutenir et même les «rémunérer».«A partir du moment où ils aident la justice, je ne vois pas pourquoi on ne les soutiendrait pas financièrement.»
(…)
http://www.liberation.fr/economie/2015/03/02/lanceurs-d-alerte-piege-a-convictions_1212835

Quelquefois, c’est encore plus grave, l’impudent est mis à mort :
Gracchus Babeuf, le révolutionnaire, grand défenseur du bien commun contre la nouvelle spoliation, a été guillotiné par la quintessence de la réaction – le Directoire, le 8 Prairial an V (27 mai 1797), à Vendôme

Et puis, Chico Mendes
http://www.nn-chicomendes.org/association/les-origines/qui-est-chico-mendes

Sompawn Khantisouk, écologiste du Laos qui a démontré l’absurdité économique des monocultures d’exportation et s’est opposé au saccage des forêts, en particulier par les industriels chinois. Il a été enlevé en janvier 2007 par des hommes en uniforme.

Ambrósio Vilhalva, résistant Guarani qui avait joué dans La terre des hommes rouges, assassiné en 2013.

Sa compatriote, Marinalva Manoel, assassinée en décembre 2014…

En dix ans, 900 défenseurs de l’environnement ont été assassinés

C’est l’assassinat de Chut Wutty, défenseur de la forêt cambodgienne et employé de Global Witness, abattu par la police alors qu’il enquêtait sur l’exploitation forestière illégale au Cambodge, qui a motivé l’enquête menée par l’ONG Global Witness basée à Londres.

Le rapport examine les massacres connus de défenseurs des droits environnementaux et territoriaux. Il montre une nette augmentation de ces morts violentes à partir de 2002 parallèlement à l’intensification de la concurrence pour les ressources naturelles.
(…)
http://www.reporterre.net/En-dix-ans-900-defenseurs-de-l

 

 

 

 

 

Amiante : « Le déni du crime industriel »

Les crimes industriels et environnementaux seront-ils jamais punis à la hauteur des catastrophes collectives qu’ils engendrent ? La Cour de cassation italienne a rendu, le 19 novembre, un arrêt désespérant : la plus haute institution judiciaire italienne a gommé le procès qui portait les espoirs des victimes de l’amiante dans le monde entier, le plus grand procès pénal jamais organisé dans ce scandale sanitaire et environnemental. Elle a annulé l’arrêt rendu en 2013 par la cour d’appel de Turin et acquitté le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny.
 
Cet ancien propriétaire d’Eternit, firme productrice d’amiante-ciment, avait été condamné à dix-huit ans de prison pour avoir causé intentionnellement une «catastrophe sanitaire et environnementale permanente», via ses quatre usines italiennes, et provoqué ainsi la mort de 3 000 personnes. Le procureur général a estimé prescrits les faits incriminés. (…)
http://www.liberation.fr/terre/2014/12/04/amiante-le-deni-du-crime-industriel_1156869
 
Cependant, en Italie, il y a eu procès. En France, point. Les victimes et leurs familles éprouvent de grandes difficultés à faire reconnaître les préjudices, la maladie et à obtenir un soutien – même quand il y a eu d’autres affaires dans la même entreprise. Même les associations ne se montrent pas à la hauteur du besoin, ne suivant pas les affaires en cours, laissant totalement désemparées les victimes qui croient trouver un appui auprès d’elles. Et c’est encore plus grave avec les avocats spécialisés ! Bref, là aussi règne une désorganisation, une désolidarisation et une dissociation impressionnantes. Est-ce vraiment surprenant après des dizaines d’années de sabordage de la pensée critique et du mouvement social, c’est à dire : de destruction systématique des interrelations différentes des rapports de domination-exploitation ?
 
Mourir d’amiante
http://www.liberation.fr/portrait/1997/02/21/anne-marie-goudard-52-ans-est-atteinte-d-un-cancer-du-a-une-exposition-a-l-amiante-recit-d-un-combat_196309
 
Amiante, en vivre et en mourir
http://www.europeenimages.net/video-amiante_en_vivre_et_en_mourir-id-1874.html
 
 
l’AMIANTE le 12 octobre à Paris

Victimes et résistants de l’air contaminé tentent de vaincre le déni et l’oubli
Des victimes qu’on ne compte plus. Des souffrances et des angoisses inestimables. Des dizaines d’années d’alerte et de résistance. Des perspectives assombries par l’absence d’une gestion des déchets à l’échelle de la dissémination du problème. Des victimes et des lanceurs d’alerte toujours confrontés au refus de reconnaître l’histoire de ce crime de masse et ses conséquences, en détail et en général. Et toujours pas l’ombre d’un procès après 17 années de procédure toujours remise en cause….
 

Amiante : plusieurs milliers de manifestants réclament «la punition des responsables»
http://www.leparisien.fr/societe/amiante-plusieurs-milliers-de-manifestants-reclament-la-punition-des-responsables-12-10-2013-3219583.php
 
(…) « réclamer haut et fort que justice soit faite, afin que les empoisonneurs soit enfin jugés au pénal ! ». Elle reste souvent bien isolée et les soutiens syndicaux et politiques sortent rarement du registre du formel. Même à l’intérieur des entreprises, l’écologie a du mal à percer dans les organisations ouvrières 
http://archivue.pagesperso-orange.fr/sustainable/kroll-lucien.html
 
Les victimes de l’amiante réclament « la punition des responsables »
Plusieurs milliers de victimes de l’amiante, venues de toute la France, ont manifesté samedi 12 octobre à Paris, de la Tour Montparnasse « amiantée » jusqu’au Palais de justice, pour réclamer « la punition des responsables » et une meilleure « prévention » contre ce risque qui reste « actuel ». « Pour la justice contre l’oubli », « pour un procès pénal de l’amiante », proclamaient les banderoles des manifestants (…) « des dizaines de milliers de personnes ont été empoisonnées et chaque année 3 000 victimes décèdent de l’amiante en France ». « Dix morts par jour, ni responsable ni coupable », dénonçait une pancarte. L’Andeva dénonce des « industriels de l’amiante qui ont sciemment trompé l’opinion », « des scientifiques et des médecins qui n’ont pas fait leur travail de veille sanitaire » et « des pouvoirs publics complaisants qui ont laissé faire ». (…) « Nous rappelons que cela fait 17 ans que nous avons déposé les première plaintes et qu’il n’y a toujours pas de procès pénal » contre les responsables, 
http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/10/12/les-victimes-de-l-amiante-reclament-la-punition-des-responsables_3494832_3244.html
 

 

 

 

mai 2013

 
Le drame de l’amiante en France, de Charybde en Scylla

La chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris lave toujours plus blanc :
non lieu pour Martine Aubry et plusieurs autres inculpés, dont plusieurs membres du lobby de l’amiante.
(…) Les mises en examen de huit autres personnes poursuivies dans cette instruction sur l’exposition à l’amiante des salariés de l’usine Ferodo-Valeo de Condé-sur-Noireau (Calvados) ont également été annulées, a-t-il précisé. Au grand dam des victimes, ce drame sanitaire n’a donné lieu à aucun procès en France.

L’Association nationale des victimes de l’amiante (Andeva) a aussitôt annoncé son intention de se pourvoir en cassation. L’Andeva estime que la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris est « disqualifiée » car son arrêt « glorifie » l’action du Comité permanent amiante (CPA), considéré par les victimes comme le lobby des industriels de l’amiante, a dit François Desriaux, l’un de ses représentants. (…)
source : Le Monde
 
L’Andeva est en conflit ouvert avec cette chambre de l’instruction qu’elle accuse d’hostilité à l’égard des victimes, et a demandé la récusation de sa présidente. Elle compte également former un recours auprès du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) pour « violation du secret du délibéré » après la publication mercredi par Le Canard Enchaîné des conclusions -finalement inexactes- de l’arrêt qui devait être rendu vendredi.
 
Les victimes ne cessent de critiquer le fiasco judiciaire de l’amiante en France. Si en Italie, des peines de prison ont été prononcées en 2012 dans un dossier de l’amiante, les procédures françaises piétinent.
 
Début février, la cour d’appel a mis un terme à une autre enquête de Mme Bertella-Geffroy, celle sur la manufacture Amisol de Clermont-Ferrand. La seule personne poursuivie dans ce dossier invoquait le « délai raisonnable » d’une enquête: cela faisait 14 ans qu’elle était mise en examen, pour des faits vieux de 38 ans.
source AFP
 
La Cour aurait estimé qu’à l’époque des faits reprochés à Martine Aubry on n’en savait pas encore assez sur l’amiante pour prendre une décision d’interdiction… La Cour aurait aussi blanchi le CPA – le lobby de l’amiante -, assurant que «la réalité de son influence n’est pas démontrée» et qu’il aurait au contraire eu «une volonté d’accompagner la prévention».

Si tel est bien l’arrêt de la Cour, la désinformation est énorme ! Ce serait une réécriture de l’histoire, dans la grande tradition, désormais, de la France officielle confite dans un mépris abyssal du peuple et des victimes de sa chère prédation ultra-capitaliste.
 
Si le besoin de réviser les bases se fait sentir :
le rapport sur Sénat sur l’amiante en France  
http://www.senat.fr/rap/r05-037-1/r05-037-1.html

 

 

 
évolution en vue

Une loi pour protéger les lanceurs d’alerte

La présence d’hydrocarbures aromatiques polycycliques dans les particules des gaz d’échappement des moteurs diesel est préoccupante, car elle soumet les travailleurs exposés à ces fumées à des risques de cancer. » Cette mise en garde n’est pas extraite de l’avis publié en juin, avec fracas, par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et selon lequel les émanations des moteurs diesel sont désormais classées « cancérogènes pour l’homme ». Cet avertissement est un peu plus ancien : il est énoncé dans une synthèse de la littérature scientifique, publiée dans la revue Journal of Occupational Medicine il y a… trente-deux ans.

Le savoir scientifique était présent ; il n’a pas été mobilisé. En conséquence, les véhicules diesel représentent aujourd’hui la majeure part du parc automobile français avec, à la clé, un cul-de-sac industriel et un coût important assumé par le système de santé.
Des mesures de protection des lanceurs d’alerte auraient-elles pu, à l’époque, infléchir le cours des choses ? Les avocats de la proposition de loi relative à la création d’une Haute Autorité de l’expertise scientifique et de l’alerte en matière de santé et d’environnement (HAEA) en sont convaincus.

Le savoir scientifique était présent ; il n’a pas été mobilisé. En conséquence, les véhicules diesel représentent aujourd’hui la majeure part du parc automobile français avec, à la clé, un cul-de-sac industriel et un coût important assumé par le système de santé.
Des mesures de protection des lanceurs d’alerte auraient-elles pu, à l’époque, infléchir le cours des choses ? Les avocats de la proposition de loi relative à la création d’une Haute Autorité de l’expertise scientifique et de l’alerte en matière de santé et d’environnement (HAEA) en sont convaincus.  (…)
 

En effet…
 
(…) dans la plupart des accidents industriels et sanitaires, un technicien n’a pas été écouté et les directions ont passé outre. Et si le technicien tape du poing sur la table et fait ce qui doit être fait, il se met en tort et nul ne le défend, surtout pas les syndicats – les autres personnels non plus, le plus souvent. Et tout s’en trouve stérilisé. Et continuent la gabegie, la pollution, les maladies…
 
Légionellose : l’incompétence et la négligence en procès (ci-dessous)
 
Et beaucoup d’autres exemples du même tonneau…

Une évolution de la législation serait sans doute une bonne chose. Cependant, avec l’expérience de l’évolution de la législation sur l’amiante, je peux dire que, seule, elle serait très insuffisante. Après la reconnaissance officielle de la dangerosité des amiantes et l’adoption des nouvelles réglementations, la situation ne s’est pas du tout débloquée. Là où je travaillais, les directions énarchiques sont devenues de pire en pire, faisant graduellement monter la pression jusqu’au harcèlement et au déni, et recourant à des subterfuges perfides pour faire semblant de respecter les nouvelles règles sans que rien ne change. Et, dans les campagnes (sans doute en ville aussi), presque tout le monde continue à faire n’importe quoi sans soucis. Pire, l’amiante déposé est maintenant répandu partout pour le soustraire à la fois aux contrôles et aux décharges spécialisées qui sont beaucoup trop chères, et de toute façon inaccessibles à la plupart. Pourquoi une telle gabegie ? Parce qu’il n’y a pas eu d’accompagnement. Parce qu’il n’y a pas de concertation. Parce qu’il n’y pas d’information et d’incitation. Des interdictions, des règles ont été pondues, et puis basta. Plus rien (avec la complicité de tous les acteurs institutionnels). Sur le terrain, on cherche en vain un interlocuteur, une solution, une ouverture. Tout le monde se détourne : les élus, les media, les associatifs. L’absence de sens pratique à la française et la mauvaise volonté évidente sont en train de constituer un très gros stock de victimes pour les 40/50 prochaines années. Au moins. 

Je ne sais pas pourquoi, mais je tiens pour peu probable, cependant, que « le législateur » tienne compte de l’une des données essentielles du problème : la ségrégation sociale qui fragilise souvent les analyses sur l’alerte et la situation de ceux qui la lancent. Moins probable encore qu’il tente d’y porter remède. L’omerta est très forte sur le sujet.

Ségrégation sociale ? En effet, la plupart des lanceurs d’alerte appartiennent évidemment au « peuple d’en bas » et sont catalogués comme « petits personnels ». J’ai entendu maintes fois l’expression dans une institution qui m’a employé et même dans le milieu militant. Et même si l’on n’entend pas prononcer la sentence, on a souvent l’occasion d’en constater l’application sans faille dans l’entreprise comme dans les « associations » dissociées à la française. Dans la France élitiste entravée par les hiérarchies du pouvoir capitalisé, le déni très fort vis à vis des compétences et du travail de la majeure partie de la population fait des ravages. La lutte des castes n’est pas la seule explication, mais elle est pesante et aggrave les autres. Elle est au coeur du problème.

Le pourrissement hiérarchique est tueur de l’empathie et des motivations. Il conduit même beaucoup de gens capables ayant identifié un dysfonctionnement auquel ils pourraient remédier à ne surtout pas intervenir et à ne pas le signaler, sachant que cela ne leur attirerait que des problèmes ou que c’est une hiérarchie incompétente qui en bénéficierait.
http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/10/04/sante-une-loi-pour-proteger-les-lanceurs-d-alerte_1770186_3244.html
 

 
 

 

Légionellose : l’incompétence et la négligence en procès
http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualite/sante-publique/le-proces-de-la-legionellose-s-ouvre-au-penal-aujourd-hui
http://www.letelegramme.com/ig/generales/france-monde/france/legionellose-de-l-epidemie-mortelle-au-proces-10-12-2012-1936647.php

 

Qu’est-ce que la légionellose ?
http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9gionellose

Incompétence et négligence, au moins !

 

Dans l’exercice de mon métier, le conditionnement d’air, dans les années 1980 et jusqu’aux années 2000, mes collègues et moi avons eu les plus grandes peines à exercer notre compétence dans ce domaine comme dans les autres relatifs à la santé.

Le technicien, pourtant recruté pour cela, est toujours le mal venu quand il intervient et fait des recommandations. On le vérifie dans la plupart des accidents industriels et sanitaires, un technicien n’a pas été écouté et les directions ont passé outre. Et si le technicien tape du poing sur la table et fait ce qui doit être fait, il se met en tort et nul ne le défend, surtout pas les syndicats – les autres personnels non plus, le plus souvent. Et tout s’en trouve stérilisé. Et continuent la gabegie, la pollution, les maladies…

La situation est pourrie, culturellement et structurellement pourrie. Elle est pourrie par un cocktail de confusion entre hiérarchie de compétence et hiérarchie de pouvoir, de défense de prérogatives fantasmées qui se multiplient à chaque étage hiérarchique (prérogatives qui ont toujours le dessus sur la compétence), de mépris insondable pour ceux du dessous (dans l’ordre hiérarchique du pouvoir sans la compétence), de soumission complémentaire, de corruptions variées, et enfin de démobilisation et d’abandon.

 

 

 

 

septembre 2012

Histoire d’une maladie professionnelle : l’amiante

La marche de l’histoire, émission de Jean Lebrun du 24 septembre sur France Inter
http://www.franceinter.fr/emission-la-marche-de-l-histoire-histoire-d-une-maladie-professionnelle-l-amiante

la vidéo de Brigitte Bazille contre l’amiante
http://www.videos-environnement.com/sante/non-amiante.php
 

 

 

Le Canada lâche l’amiante 
http://www.thetfordactu.com/2012/10/relance-de-la-mine-lac-damiante-simon-dupere-jette-leponge/

 

 

 

Pollution par l’amiante au quotidien

En dépit de plusieurs dizaines d’années de luttes et d’information, en dépit de l’évolution de la législation depuis 1996, le danger de l’amiante semble totalement ignoré par beaucoup. Sans conscience ou pire : pour faire des économies de bouts de ficelle, par négligeance et irresponsabilité, se croyant peut-être plus forts que tous ceux qui les ont précédés, ils s’exposent et exposent leurs proches aux plus grands risques en exécutant, ou faisant exécuter des travaux sur des matériaux amiantés, sans aucune des précautions indispensables. Là où le problème était insignifiant et facile à résoudre, ils créent une pollution et la dissémine dans l’environnement.

Ici, c’est l’entrepreneur qui fait casser l’amiante-ciment en petits morceaux pour pouvoir le cacher plus aisément dans un trou. Là, c’est le maire du village qui fait déposer le même matériau « par un ami » avant d’en faire on ne sait quoi.

Ils préparent les maladies, les souffrances et les morts de demain. Les exemples abondent dans une France qui est toujours très en retard en matière de sécurité. Et la privatisation de la collecte des déchets agravent le problème : les boîtes privées ne se chargent que de ce qui peut être « valorisé » et leur rapporter. Le reste, le plus important, n’est pas leur problème… Ni celui des collectivités locales démobilisées.
Illustration ci-dessous avec « Amiante à la déchetterie« , en juin 2012

Alors, il faut sans cesse rappeler les informations les plus basiques qui – incroyablement – semblent encore ignorées de la plupart, ou ne pas être comprises. Et d’abord :
– tout travail sur un matériau amianté doit être réalisé en observant des règles de sécurité strictes pour se prémunir, et prémunir tous les autres, d’un risque majeur. Car il suffit d’un perçage dans l’amiante-ciment ou d’une dépose de plaques d’amiante réalisés sans les équipements indispensables pour s’exposer au risque de développer un cancer 15, 20, 30 ans plus tard. Il suffit d’une seule imprudence

 

Les dangers de l’amiante – La Ligue contre le cancer
L’amiante, en prévenir les risques
(documents pdf)

 

 

 

 

dans Le Parisien du 4 juillet 2012

Menace sur les enquêtes du scandale de l’amiante
La colère d’un juge
« (…) la Cour de cassation de Paris a cassé l’annulation — décidée fin 2011 par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris — des mises en examen de six dirigeants d’Eternit, une des principales entreprises qui a exploité et importé de l’amiante en France.
(…)
Les premières plaintes, déposées en 1996, n’ont toujours pas débouché sur un procès. En outre, d’après nos informations, un autre dossier risque d’être vidé de sa substance. Il s’agit de celui de l’hôpital Saint-Louis à Paris dont plusieurs responsables demandent l’annulation de leur mise en examen (lire ci-dessous). Depuis des années, les procédures, qui concernent plus de 50 entreprises ou institutions en France, s’enlisent.(…) »
… Et, encore, l’article n’évoque-t-il pas toutes les affaires qui n’émergent pas, bloquées à la source par une collusion d’intérêts croisés souvent très surprenants.
« (…) Depuis son origine, cette affaire est marquée par des actions de lobbying qui font tout pour éviter un procès, estime Emmanuel Poinas, vice-président du tribunal de Marseille et secrétaire général du syndicat FO-Magistrat. Nous avons dénoncé le manque de moyens du pôle de santé de Paris au gouvernement et à la haute hiérarchie de la justice. Nous n’avons toujours pas de réponse. »

http://www.leparisien.fr/faits-divers/menace-sur-les-enquetes-du-scandale-de-l-amiante-04-07-2012-2077218.php

rappel des épisodes précédents (sur ce blog) :

Le lobby de l’amiante enfin ciblé par la justice
juin 2012 – Amiante à la déchetterie
Raffaele Guariniello. Teigneux anti-amiante
Amiante rappel : Mourir d’amiante
2 mars 2012 – Amiante : le scandale français grandit encore
Le blocage et l’inertie à la française illustrés par la preuve de l’amiante
Amiante, le tribunal de Turin condamne les responsables
décembre 2011 – Eh oui, l’amiante, toujours l’amiante !
novembre 2011 – Tuée par l’amiante rapportée à la maison par son compagnon docker, Pierrette pourrait être la première victime indirecte reconnue
juillet 2010 – Amiante : la scandaleuse incurie de la Comédie Française, 2ème condamnation pour faute inexcusable de l’employeur (communiqué de Ban Asbestos)
L’amiante toujours
Encore et toujours l’amiante
La Cour d’appel de Paris confirme la condamnation de la Comédie Française pour faute inexcusable
L’amiante tue à la Comédie Française
La mort d’Henri PEZERAT (en février 2009)
Confirmation des pires craintes sur l’amiante
L’amiante bientôt de retour ?
Le drame de l’amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l’avenir (rapport du Sénat publié le 20 octobre 2005).
http://www.senat.fr/rap/r05-037-1/r05-037-1.html

 

 

 

 

Le lobby de l’amiante enfin ciblé par la justice

 

«Faux nez des industriels» : c’est ainsi que le rapport sénatorial sur le drame de l’amiante définissait, en 2005, le Comité permanent amiante (CPA). Une structure de lobbying «informelle et singulière» réunissant industriels, pouvoirs publics, scientifiques et syndicalistes, qui avait réussi à se faire quasiment déléguer par l’Etat toute la politique de l’amiante, de 1982 à 1995. Lundi, quatre anciens dirigeants du CPA ont été mis en examen par la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy.
(…)
http://www.liberation.fr/terre/01012382579-le-lobby-de-l-amiante-enfin-cible-par-la-justice

 

 

 

juin 2012

Amiante à la déchetterie

Un salopard, ou un ignorant, a jeté des plaques d’amiante-ciment dans la benne des gravats. Trop occupé à surveiller et conseiller, le seul employé n’avait rien vu. Il me confirme qu’il n’y a rien de prévu pour l’amiante. Il est même incapable d’orienter vers une solution. Il évoque une tentative de dépôt récente à laquelle il avait pu s’opposer : furieuse, la personne avait jeté son amiante dans un bois non loin de là. Ce sont les gendarmes qui avaient réglé l’affaire. Réglé sur le plan juridique, car pour l’amiante…

Autre exemple parlant : un monsieur très consciencieux s’est présenté avec des sacs contenant de l’amiante-ciment en petits morceaux. Il avait soigneusement cassé ses plaques pour que cela prenne moins de place dans la benne.

Dans la même région, j’ai mis en garde deux fois des propriétaires contre le risque constitué par des déchets d’amiante-ciment laissés au sol dans des lieux de passage. Le premier – un élu municipal – avait cassé des plaques et en avait couvert le sol comme d’un gravier. Il a haussé les épaules. Le second n’a accordé aucune attention à l’information. Quant aux artisans consultés, ils disent laisser l’amiante déposé chez le client, après l’avoir cassé. Et, si le client ne veut pas de l’offrande… Tous ignorent jusqu’à l’existence d’une décharge contrôlée dans la région.

Il n’y a donc aucun lieu où les uns et les autres peuvent se débarrasser de cet amiante que l’on voit partout, par tonnes dans chaque village, sur les toits, dans les circuits d’eau, etc. Et s’il existe une décharge contrôlée, le coût du dépôt est évidemment dissuasif pour tous. Sans compter son éloignement pour la plupart.

L’employé a téléphoné à sa hiérarchie : interdiction de toucher à l’amiante : « On laisse dans la benne ». Par d’intervention d’un personnel formé pour sécuriser la pollution et diriger l’amiante vers un dépôt contrôlé. Le contenu de la benne des gravats est destiné à un agriculteur qui l’utilisera en remblais. Avec l’amiante ?

Bien entendu, cela se passe en France. Inutile de dire dans quel département, dans quelle région. 40 ans après le lancement de la première grande alerte amiante, 16 ans après l’évolution de la législation, tandis que l’on compte les morts, les handicapés, et que beaucoup peuvent craindre de tomber malades demain, c’est partout pareil. Pas d’information, pas de prévention, pas de solution pour l’un des plus grands problèmes sanitaires. Ignorance entretenue et j’m’en-foutisme.

Les plaques et les épanchements pleuraux, les fibroses (asbestose), les cancers broncho-pulmonaires et autres, les mésothéliomes, la mort, ont de l’avenir dans les campagnes françaises ; au moins les quatre ou cinq prochaines décennies.

Un très bon document pour avoir une vision d’ensemble du problème de l’amiante est le rapport d’une mission commune d’information du Sénat rendu public le 20 octobre 2005 : « Le drame de l’amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l’avenir ».
http://www.senat.fr/rap/r05-037-1/r05-037-1.html

Les leçons n’ont pas été tirées.

 

 

 

 

Raffaele Guariniello. Teigneux antiamiante

(…) Au fil des procès, et des résultats obtenus, Raffaele Guariniello s’est forgé une image de justicier, tantôt loué comme un infatigable Don Quichotte pourfendant les puissants, tantôt brocardé en magistrato velina, en «juge-paillettes», pour sa frénésie d’enquêtes. Lui se voit plutôt dans la lignée des juges antimafia Borsellino et Falcone et s’enorgueillit d’avoir fait école. De l’Italie comme de l’étranger, on vient se former à Turin à l’utilisation du droit pénal contre la délinquance sociale et environnementale et étudier la jurisprudence forgée par Guariniello.

En France, le procès pénal de l’amiante reste au point mort, entravé par l’Etat et les parquets peu soucieux d’ouvrir une boîte de Pandore qui exposerait les collusions entre gouvernement et industriels. Alors le procureur italien fait rêver juges et avocats. On lui envie son pouvoir – en Italie, le procureur est indépendant du pouvoir politique – et on admire sa manière de l’utiliser. Pour les plaignants, il redonne du lustre à la justice.
(…)
http://www.liberation.fr/societe/2012/04/22/raffaele-guariniello-teigneux-antiamiante_813490

 

 

 

 

Amiante rappel
Mourir d’amiante

Anne-Marie Goudard, 52 ans, est atteinte d’un cancer dû à une exposition à l’amiante. Récit d’un combat.
Portrait paru dans Libération le 21 février 1997
«C’est la rubrique nécrologique des journaux qui m’a donné le besoin de témoigner. Les formules du genre « emportée par une cruelle maladie m’ont soudain parues obscures et indécentes. Non, je veux que l’on sache que je suis morte de l’amiante. Qu’au moins mon cas serve à quelque chose.
(…)
Je n’ai jamais travaillé dans l’industrie de l’amiante. Je suis professeur de maths depuis 1971. Je fais partie de celles que l’on appelle les « victimes environnementales. La seule exposition que les médecins ont identifiée remonte à mon enfance. Quand j’habitais à quelques centaines de mètres de l’usine Amisol.»
http://www.liberation.fr/portrait/0101205526-anne-marie-goudard-52-ans-est-atteinte-d-un-cancer-du-a-une-exposition-a-l-amiante-recit-d-un-combat-mourir-d-amiante

Anne-Marie Goudard s’est éteinte en juin 1997

 

 

 

 

2 mars 2012

Amiante : le scandale français grandit encore

Le Fiva, Fonds d’Indemnisation des Victimes de l’Amiante, piège 10 victimes de l’amiante devant la cour d’appel de Douai qui les condamne à rembourser une partie de leur indemnisation.

Pendant ce temps, les responsables français des maladies et des morts par dizaines de milliers ne sont toujours pas inquiétés et continuent de caracoler dans l’espace des cadres influents et des revenus confortables.

Indemnisations amiante : la cour d’appel de Douai récidive
http://www.nordeclair.fr/Actualite/Depeches/2012/03/01/nef-1538183.shtml
http://www.humanite.fr/social-eco/empoisonnes-par-l%E2%80%99amiante-passez-la-caisse-482679
http://www.capra-amiante.fr/analyse.html

 

 

Le blocage et l’inertie à la française illustrés par la preuve de l’amiante

Amiante, la France n’a pas la fibre pénale
Il aura fallu qu’au-delà des Alpes, à Turin le 13 février, la justice condamne à seize ans de prison deux anciens actionnaires de la multinationale Eternit pour que l’on s’émeuve en France du blocage politique qui empêche tout procès pénal sur l’amiante depuis seize ans. Dernière – et ahurissante – illustration en date : le parquet a dessaisi en décembre la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy qui avait en charge, depuis sept ans, l’enquête sur la mort d’anciens salariés de la multinationale…
http://www.liberation.fr/terre/01012392654-amiante-la-france-n-a-pas-la-fibre-penale

Mais pourquoi donc la juge a-t-elle été dessaisie ?

 

 

 

Amiante, le tribunal de Turin condamne les responsables

Procès de l’amiante à Turin : deux ex-patrons d’Eternit condamnés à 16 ans de prison
http://www.humanite.fr/social-eco/proces-de-lamiante-turin-deux-ex-patrons-d%E2%80%99eternit-condamnes-16-ans-de-prison-489981

Procès historique à Turin : Eternit sur le banc des accusés pour la mort de plus de 2000 personnes
hesa.etui-rehs.org/uk/…/NWL_35_FR_p21.pdf

Le site de l’ANDEVA
http://andeva.fr/?Proces-historique-a-Turin-les

Le site de CAOVA, association suisse d’aide aux victimes
http://caova.ch/?cat=8

 

Le procès de Turin réunit 6000 plaintes en « class action« , action collective en justice. Quelle différence avec la France !

Première plainte au pénal en France : 1996. Rien n’aboutit. Parquet debout sur le frein, défauts de procédure, non-lieu… Etouffement général. L’action collective en justice est tout simplement interdite, évidemment pour étouffer plus encore.

En décembre 2005, un site consacré à la defense de l’action collective (classaction.fr) a même été condamné pour « démarchage juridique illicite ».

Au coeur du « drame de l’amiante en France » (titre d’un rapport du Sénat) depuis plus de trente ans, j’ai expérimenté tous les aspects du problème français, et pas que pour l’amiante. Entre l’Italie et la France, il y a toute la différence entre une société qui a su relever la tête et réagir collectivement et une société toujours dans l’acceptation de son écrasement.

 

Pour plus d’information…
ci-dessous, dans La tête à l’envers, en décembre :
Eh oui, l’amiante, toujours l’amiante !

En novembre :
Tuée par l’amiante rapportée à la maison par son compagnon docker, Pierrette pourrait être la première victime indirecte reconnue

en juillet 2010 :
Amiante : la scandaleuse incurie de la Comédie Française, 2ème condamnation pour faute inexcusable de l’employeur (communiqué de Ban Asbestos)
L’amiante toujours
Encore et toujours l’amiante
La Cour d’appel de Paris confirme la condamnation de la Comédie Française pour faute inexcusable
L’amiante tue à la Comédie Française
La mort d’Henri PEZERAT (en février 2009)
Confirmation des pires craintes sur l’amiante
L’amiante bientôt de retour ?
Et le rapport très complet du Sénat : « Le drame de l’amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l’avenir » (rapport publié le 20 octobre 2005).
http://www.senat.fr/rap/r05-037-1/r05-037-1.html

 

 

 

Eh oui, l’amiante, toujours l’amiante !

Eternit condamné en Belgique
http://www.sante-environnement.be/spip.php?article621

rappel des faits
Kapelle, cité emportée par la poussière du Diable
http://www.liberation.fr/terre/01012367592-kapelle-cite-emportee-par-la-poussiere-du-diable
http://www.dhnet.be/infos/faits-divers/article/373092/le-jugement-du-premier-proces-de-l-amiante-en-belgique-attendu-le-28-novembre.html
http://www.7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique/article/detail/1338199/2011/10/24/Le-premier-proces-belge-de-l-amiante-s-est-ouvert.dhtml

L’Italie rompt avec sa mortelle amiante
Eliane Patriarca
http://www.liberation.fr/medias/01012374399-l-italie-rompt-avec-sa-mortelle-amiante

 

Et en France ?
Magouille blues
Communiqué de l’ANDEVA (Association Nationale de Défense des Victimes de l’Amiante)
Vincennes, le 05 décembre 2011

Dans un courrier adressé à Xavier Bertrand, ministre du travail et de la santé, l’Andeva rejette catégoriquement sa proposition d’étaler dans le temps le remboursement des sommes parfois considérables réclamées aux victimes par le fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (Fiva), proposition que celui-ci veut faire endosser par le Conseil d’Administration du FIVA qui se tiendra ce jeudi à 14h.

Dans cette affaire les victimes ont été trompées par le FIVA. Elles ont été indemnisées une première fois suite à un arrêt de la Cour d’appel de Douai. Le FIVA a contesté un unique point de cet arrêt devant la Cour de Cassation : la non-déduction des indemnités versées par la sécurité sociale. La Cour de cassation a cassé partiellement l’arrêt sur cet unique point.

Mais profitant d’une imprécision dans l’arrêt, le FIVA a demandé à la Cour d’appel de renvoi de revenir sur des éléments qu’elle n’avait pas contestés devant la Cour de Cassation. Il l’a fait en sachant pertinemment que cela conduirait les victimes à devoir rembourser des sommes considérables dont elles ne disposaient plus. En effet le FIVA n’ayant pas contesté ces éléments devant la Cour de cassation, les victimes ont considéré en toute bonne foi que l’indemnisation correspondante leur était définitivement acquise.

Nous ne saurions admettre qu’un établissement public en charge de l’indemnisation des victimes adopte une telle stratégie qui met des victimes aux revenus modestes dans une grave détresse financière. A défaut d’être favorables aux victimes, on peut attendre au moins de la part du FIVA une certaine loyauté à leur égard.

L’Andeva s’indigne que le FIVA préfère prendre l’argent dans la poche des victimes que dans celles des responsables de la catastrophe sanitaire. Car dans le même temps où le FIVA demande aux victimes et familles de victimes de rembourser, celui-ci montre une grande mansuétude envers les responsables de cette catastrophe sanitaire et rechigne à intenter toutes les procédures légales pour récupérer auprès d’eux les indemnisations qu’il verse aux victimes, alors qu’il a obligation de le faire.

L’Andeva demande donc au ministre du travail et de la santé de ne pas tenter de s’abriter derrière des décisions d’un conseil d’administration et de prendre ses responsabilités. Elle lui demande de renoncer à réclamer aux victimes concernées le remboursement de la part d’indemnités résultant du recalcul de l’indemnisation du déficit fonctionnel.

 

 

 

novembre 2011

 

Tuée par l’amiante rapportée à la maison par son compagnon docker, Pierrette pourrait être la première victime indirecte reconnue

En 2011 ! Bel indicateur de l’arriération des institutions françaises.
http://www.bfmtv.com/video-infos-actualite/detail/une-femme-de-docker-victime-indirecte-de-amiante-1914522/

Pour qui s’est un tant soit peu intéressé à l’amiante, le sujet est connu depuis si longtemps que l’on en resterait pantois si… parallèlement, on ne connaissait aussi la répression des lanceurs d’alerte et les blocages monumentaux érigés par le patronat et l’administration pour étouffer le scandale de l’amiante.

Pourtant, même dans le rapport d’information n° 37 du Sénat (2005-2006) rédigé par MM. Gérard Dériot et Jean-Pierre Godefroy :
Le drame de l’amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l’avenir
Il est question des « voisins, femmes et enfants d’ouvriers« 
http://www.senat.fr/rap/r05-037-1/r05-037-1_mono.html

Et qui écrit :
« (…) Certains médecins du travail, confrontés à des cas de cancer du poumon dans la réparation navale, pour des opérations de carénage, au milieu des années 1980, n’avaient pas même émis l’hypothèse que l’amiante pouvait être la cause de la maladie. Mais, au milieu des années 1990, seul un pneumologue sur dix connaissait les risques de l’amiante.

En outre, selon ces médecins du travail, il était difficile, jusqu’au milieu des années 1980, de persuader les directions des entreprises et les CHSCT de prendre des précautions contre le risque amiante.« 
Qui ?
Le même rapport du Sénat.
Un pneumologue sur dix au milieu des années 1990, difficile de persuader les directions des entreprises et les CHSCT de prendre des précautions… J’en sais quelque chose.

Voir :
L’entrave hiérarchique
http://naufrageplanetaire.blogspot.com/2009/01/bibliographie_08.html
Harcèlement, désagrégation sociale et survie
http://naufrageplanetaire.blogspot.com/2009/01/reprendre-la-vie-en-mains_08.html

 

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