sommaire :
Troubadours, trouvères et comédiens
Les connaissez-vous ?
Vidéos remarquables
Films

http://www.youtube.com/watch?v=cBwr0WrNqKQ
http://www.youtube.com/watch?v=ySaLVIxaaPE

ci-dessous, dans l’ordre chronologique,
les films :

Moi, Daniel Blake, de Ken Loach

L’Olivier, de Iciar Bollain

Cavanna, jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai, documentaire de Denis et Nina Robert

Le dernier loup, de Jean-Jacques Annaud

Le prix à payer, documentaire sur la pompe à phynance mondiale

Le sel de la Terre, de Wim Wenders avec Sebastião Salgado

A la recherche de Vivian Maier, de Charlie Siskel et John Maloof

Résistance naturelle, de Jonathan Nossiter

La Ligne de partage des eaux, de Dominique Marchais

La grande bellezza di Paolo Sorrentino

 

Il était une forêt, de Luc Jacquet

The act of killing, de Joshua Oppenheimer

Hannah Arendt, de Margarethe von Trotta

Promised land, de Gus Van Sant

Searching for Sugar Man, de Malik Bendjelloul

Des abeilles et des hommes, de Markus Imhoof

Le grand retournement  de Gérard Mordillat

Après Mai de Olivier Assayas

KHAOS film de Ana Dumitrescu

La petite Venise (Io sono Li) de Andrea Segre

Terra ferma de Emanuelle Crialese

Le fossé de Wang Bing

38 témoins de Lucas Belvaux

Bovines

Cheval de guerre de Steven Spielberg

Fengming, chronique d’une femme chinoise, documentaire de Wang Bing

My land de Nabil Ayouch

Félins de Keith Scholey et Alastair Fothergill

Les nouveaux chiens de garde de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat

Le projet NIM par James Marsh

Hara kiri : mort d’un samouraï de Takashi Miike

L’ordre et la morale de Mathieu Kassovitz

Tous au Larzac de Christian Rouault

De bon matin de Jean-Marc Moutout

La planète des singes : les origines

Water makes money, comment les multinationales transforment l’eau en argent, de Leslie Franke et Herdolor Lorenz

Bonobos de Alain Tixier

Pollen de Louie Schwarztberg

Los caminos de la memoria de José-Luis Pernafuerte

Même la pluie de Iciar Bollain

Cabeza de Vaca de Nicolas Echevarria

Inside Job de Charles Ferguson

Cinéma, suite dans la 2ème partie :

Ao, le dernier Néanderthal de Jacques Malaterre

Green de Patrick Rouxel

Solutions locales pour un désordre global de Coline Serreau

Notre pain quotidien de Nikolaus Geyrhalter

la stratégie du choc de Michael Wintebottom et Mat Whitecross

Le temps des grâces de Dominique Marchais

I love capitalism de Michael Moore

Food, inc. de Robert Kenner

La proposition de John Hillcoat

La fin de la pauvreté de Philippe Diaz

Avatar de James Cameron

Walter, retour en Résistance de Gilles Perret

Le syndrome du Titanic de Nicolas Hulot

THE COVE – La baie de la honte de Louie Psihoyos

Home de Arthus-Bertrand

Let’s make money de Erwin Wagenhofer

The International de Tom Tykwer

HERBE de Matthieu Levain et Olivier Porte

Séraphine de Martin Provost

Nos enfants nous accuserons de Jean-Paul Jaud

La terre des hommes rouges (BirdWatchers) de Marco Becchis

Frozen river de Courtney Hunt

Chomsky et compagnie de Daniel Mermet

Troubadours, trouvères, baladins, cracheurs de colère, diseurs de rêves, musiciens et poêtes

Arsène Perbost
Les cinglés
http://www.youtube.com/watch?v=OjE3FZ2DK0s

Compagnie Paris Canaille

Sza-Sza Brons, Pierrick, Patrick Langlade, Rochelle Grégorie, Stéphane Sabban, et quelques autres
http://www.paris-canaille.com/

Après avoir reçu le don anonyme d’un plus de vie, Jean-Michel Piton nous revient en grande forme et avec un nouvel album, un dixième dit-on.
Voix souple, profonde et puissante comme l’océan qui borde son pays, la Vendée. Généreux, amoureux, tour à tour tonnant et caressant, il chante la vie avec une force et une sensibilité qui aide à y croire encore.
Ne pas manquer ses concerts émouvants et chaleureux.
http://www.youtube.com/watch?v=5PZrsmO0V7o

CD « L’homme qui avait fait fuir ses rêves »

Les connaissez-vous ?

Jacques Yvart
Invité par Hervé le Nestour, Jacques Yvart avait chanté pour la campagne des écologistes aux élections présidentielles de 74
http://www.youtube.com/watch?v=UCRLi89aSNA
Danielle Messia
1956 – 1985
http://www.youtube.com/watch?v=njIZCt3LcWc&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=wk13K19xbuA&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=TmxIWxapIlg&feature=related
Gribouille
1941 – 1968
http://www.youtube.com/watch?v=GILjGdQO_uA&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=qAa2_-bzy9o&feature=list_related&playnext=1&list=AVGxdCwVVULXdErgVJJd_LYcrrUmuCk1yG
Victor Leed (Laïd Hamani)
1950 – 1994
http://www.youtube.com/watch?v=SnfOYH0ghRo
http://www.youtube.com/watch?v=CUkRehLqdEU
Michèle Bernard
http://www.youtube.com/watch?v=_fKkPEzcZBE&feature=list_related&playnext=1&list=AVGxdCwVVULXd3E9RkDbCz4fSG826TzRVX
http://www.youtube.com/watch?v=qsb2uucyC3Q&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=2Cw93_NSfcc&NR=1

Vidéos remarquables

Sur la très forte tendance à la disparition des abeilles sauvages et domestiques, une émission à ne pas manquer, mais qui sera diffusée à une heure confidentielle… Comme c’est curieux !
« Disparition des abeilles, la fin d’un mystère » sera diffusé sur France 5 le mardi 14 avril à 16h30
Réalisatrice : Natacha Calestrémé
Voir son site : http://www.natachacalestreme.fr/

Un reportage vidéo sur la destruction des forêts tropicales :
« Indonésie : le coût des biocarburants », sur le site d’ARTE (www.arte.tv/fr).
http://www.arte.tv/fr/2484518.html

Auteurs : Dominique Hennequin, Emmanuelle Grundmann, Thierry Simonet
A voir en complément de l’article « Le feu à la planète », sur la destruction des forêts primaires, El Niño, et autres bascules écologiques et climatiques http://www.planetaryecology.com/index.php?option=com_content&view=article&id=56:le-feu-a-la-planete&catid=34:article&Itemid=75
Le monde selon Monsanto
http://video.google.com/videoplay?docid=-8723985684378254371#
Voir absolument Battle at Kruger Park
http://www.battleatkruger.org/

Des buffles, des lions, des crocodiles. Des « proies » et des prédateurs, mais…
Une leçon de bonne conduite sociale, surtout pour ceux qui baissent les bras, ou n’ont même pas eu la force de les lever.

Toujours en illustration de la force de la solidarité, il faut voir le comportement des babouins face au léopard :
leopard and cheetah Vs baboons

Rires de baleines et larmes de croco
http://www.dailymotion.com/video/x813nj_rires-de-baleine-et-larmes-de-croco_animals

Un documentaire sur la sensibilité, les émotions, l’intelligence des autres êtres vivants, ceux qui ne sont pas en train de détruire tout autour d’eux.

Les insurgés de la Terre
de Philippe Borrel
Plusieurs reportages sur différentes résistances écologistes

http://ledesertdureel.over-blog.com/article-les-insurges-de-la-terre-activisme-ecologiste-radical-versus-antiterrorisme-66780582.html

Ils ont établi leur camp dans la canopée des séquoias de Californie du Nord ou de l’Oregon. En rupture avec l’American way of life, ils ont décidé de donner leur temps, et pour certains leur vie, à la protection de la nature. Leurs inspirateurs sont des poètes et des philosophes comme Henri David Thoreau (l’auteur de La désobéissance civile). Ils ont des airs angéliques, tiennent des propos fondés mais qui sonnent le plus souvent utopiques. Ailleurs, ces nouveaux guérilleros éperonnent les baleiniers japonais en Antarctique ou s’accrochent au-dessus des voies ferrées pour bloquer les trains de déchets nucléaires en Allemagne. Parfois, pour défendre ce à quoi ils croient, certains basculent dans l’illégalité, s’en prennent aux forestiers ou aux exploitants de bois, sabotent des laboratoires de vivisection ou brûlent des 4×4. Ils sont alors forcés à la cavale ou à la clandestinité.

Pour le FBI, ce sont des terroristes. L’agence fédérale les a officiellement désignés comme la seconde menace pour la sécurité intérieure des Etats-Unis après Al-Qaida. Elle fait peser sur ces militants verts une répression féroce et sans précédent. Le Animal and enterprise terrorism act, un volet spécial des Patriot acts américains adopté sous la pression des lobbies industriels, donne désormais la possibilité aux autorités de réprimer toute forme de protestation. Des avocats défenseurs des libertés publiques et des ONG comme Greenpeace dénoncent cette dérive liberticide, aux Etats-Unis comme en Europe.

Dans la civilisation de l’impérialiste anti-nature, défendre la vie est un terrorisme

 

 

Moi, Daniel Blake
film de Ken Loach
La machinerie de l’exploitation à outrance de la biosphère – donc des hommes – s’est subdivisée. Elle a créé des machines à exclure doublées de machines à broyer toute résistance individuelle et collective.
Que survienne un accident de la vie, une perte d’autonomie même temporaire, et le plus tranquille des citoyens peut glisser entre les mâchoires d’une bureaucratie sans fond. Les questionnaires, les formulaires, les procédures, les règlements abusivement appliqués à ceux qui n’ont signé aucun contrat les engageant, les tracasseries poussées jusqu’au sadisme, le tout servi par des bataillons de kapos décérébrés… le harcèlement révèle le projet totalitaire.
Le harcèlement est devenu « méthode managériale ». et pas seulement dans les « sales boites ». Il a été étendu même à l’administration d’État pour « gérer » ceux qui osent demander leurs droits, plus encore ceux qui lèvent le petit doigt pour informer et protester (les lanceurs d’alerte en savent quelque chose). Rien ne manque pour fragiliser, humilier, réduire, anéantir la fierté construite par toute une vie, démolir la personne et sa respectabilité. Au-delà de la personne, c’est la communauté sociale qui est visée, ce qui la structure et la fait résistante aux agressions, voire créative. C’est pourquoi, comme Daniel Blake, ce sont les empathiques, les solidaires, ceux qui font société (des « honnêtes » comme dit à Blake la seule employée encore vivante), qui sont frappés le plus durement. Parce qu’ils sont les plus sensibles et, surtout, parce qu’ils entretiennent et tissent les interrelations constitutives de la société, donc ce qui résiste au système prédateur qui a initié l’ensemble du programme. 

 

 

 

juillet 2016

L’Olivier
film de Iciar Bollain
à laquelle nous devons l’excellent Même la pluie*

Malgré l’opposition du père, un spectaculaire olivier vieux de deux millénaires est vendu par les fils pour prendre part à la fièvre spéculative des années 2000. Avec l’argent du trafic, les fils ne parviendront qu’à graisser la patte de l’élu local et à participer à la ruine de l’immobilier. 

Le père, qui défendait l’appartenance de l’arbre à l’histoire, à la Terre, au continuum du travail des générations, au bien commun, reste inconsolable.

L’arbre échoue comme emblème écolo d’une multinationale coupable de destructions et d’exactions tout autour de la planète.

Film sensible qui montre l’impuissance et le désarroi de tous face au totalitarisme impudent et méprisant du capitalisme mondialisé.

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=237226.html

 

 

 

juillet 2015

Tout ça pour ça…
Cavanna, jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai

documentaire de Denis et Nina Robert

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=237497.html

Dommage. Les Robert seraient-ils trop jeunes – Nina, sans doute, mais son père ? Ou anti-écologistes ? Ils ont complètement gommé l’une des principales dimensions de Cavanna : son rôle dans l’alerte écologiste depuis les débuts (les années soixante). Je dis bien écologiste comme écologisme, le mouvement originel de culture communautaire et conviviale, naturellement libertaire et non-électoraliste (1).

C’est Cavanna et Choron (Georges Bernier) qui ont publié les dessins de Pierre Fournier et l’ont invité à s’exprimer. Et c’est encore Cavanna – avec Choron pas loin – qui a aidé à la création de La Gueule Ouverte. Cavanna mérite encore d’être salué pour plusieurs années de participation à Ecologie-Infos jusqu’au début des années 1990 (2).

Excepté cette grosse lacune, on a plaisir à revoir la belle équipe, celle des années soixante et du premier Charlie Hebdo disparu en 81. Tiens ! comme par hasard… En fait ce Charlie Hebdo a disparu en même temps que le mouvement écologiste alternatif des années 1960-70 : la nouvelle gauche dont Fournier était un digne représentant. Fournier qui, décidément, n’apparaît pas dans les images d’archives qui nous sont proposées.

Cependant, le doc de Denis et Nina Robert a le mérite de révéler la grande différence de nature entre la première époque et le Charlie Hebdo contrôlé par Philippe Val. On y entend Cavanna dire : « Fallait pas y aller ! » dans le coup manigancé par Val contre Choron, père du premier Charlie. Il est utilement rappelé que la magouille a été poussée jusqu’à instrumentaliser Cabu et Wolinski, et même Siné et Cavanna, pour qu’ils témoignent contre Choron pour le déposséder de sa propriété – avant qu’ils ne soient eux-mêmes bernés et se retrouvent sans rien ! Choron n’y survivra pas.

Cavanna, jusqu’à l’ultime seconde… laisse un goût amer. Mais c’est inévitable.  Cavanna, l’inspirateur et le pourfendeur, « la force de la nature », a fini « mis à part » dans l’équipe du simili-Charlie. De plus en plus défait Cavanna. Muselé ! N’était-ce pas l’un des buts de la manoeuvre ?

C’est sans doute une coïncidence. C’est en 91/92 que la belle équipe a commencé à être dissociée pour récupérer de force le titre. Juste une première étape avant la création de tensions de plus en plus grandes. 91/92… époque de l’une des offensives anti-culture alternative les plus remarquables.

En annexe du contrat de cession de ses droits d’auteur sur le titre « Charlie Hebdo » (subtilisés à Choron pour être attribués à Philippe Val !), Cavanna avait écrit un « codicille à mon testament » où il définissait l’esprit du journal… Extraits :
Combat pour une démocratie effective (…)
Promotion d’une écologie active, totale, et non plus seulement « environnementale », considérée comme le nouveau « socialisme » en ce qu’elle prendrait en compte l’ensemble des problèmes de la vie en société sur une planète aux ressources limitées ainsi que la répartition équitable des ressources entre tous les êtres vivants (…)

« Je me suis fait avoir ! », confie Cavanna à la caméra de Denis et Nina Robert. L’affaire des « dividendes » discrètement partagés entre Val, Cabu, Maris et Portheault en 2006, et que les autres découvriront en lisant Le Monde deux ans plus tard, en est une belle illustration.

Cavanna s’est « fait avoir », comme l’aurait été Fournier s’il avait vécu. Comme nous tous. Comme toute la planète.

ACG

(1) donc non-capitaliste, arcadienne comme l’a baptisée l’historien des sciences Donald Worster, à l’image de la communauté des communautés : la biosphère.

(2) Les articles parus sont rassemblés dans La belle fille sur le tas d’ordures, édit. L’Archipel 1991.

Plus d’information sur cette histoire dans Fournier précurseur de l’écologie, édit. Les Cahiers dessinés 2011.

Aussi dans la présentation de ce livre :

http://www.planetaryecology.com/index.php?option=com_content&view=article&id=119:fournier-precurseur-de-l-ecologie&catid=9&Itemid=470

 

 

 

février 2015

Le dernier loup

film de Jean-Jacques Annaud

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=171577.html

La Chine au temps de la (fausse) « Révolution Culturelle », le temps de la poursuite des grandes destructions commencées avec le « Grand Bond en Avant » (guerre à la poussière, aux rongeurs, aux oiseaux, aux insectes…) qui a laissé le pays sinistré jusqu’à aujourd’hui (il n’y a plus d’abeilles) :

http://www.animauxcontact.be/chinemoineaux.html
Choc de la négation de toute culture contre la culture et la vie, de l’abrutissement totalitaire contre une connaissance immémoriale du vivant, du fantasme dominateur contre la biosphère.

Où l’on voit que les loups n’ont pas échappé au délire totalitaire prétendant améliorer le monde. Les Chinois, les Tibétains et les autres peuples non plus !

 

 

 

 

documentaire de Harold Crooks
d’après le livre de Brigitte Alepin (1)
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=232221.html

Ou comment tourne la pompe à phynance mondiale. Elle tourne depuis pas mal de temps déjà, et de plus en plus efficacement pour fabriquer des profits faramineux en détournant l’argent public pour mieux exploiter chacun et l’ensemble. A mort.

L’entreprise est restée longtemps discrète, très très discrète. Par exemple, qui, après l’arrivée de Charles de Gaulle à l’Elysée, dès les premiers pas de la Cinquième République, a su la réunion des financiers qui allaient rapidement accoucher du mémorable Plan Pinay-Rueff (dès septembre 1958) ?

Le souci constant des organisateurs de la financiarisation a été d’améliorer constamment leurs camouflages pour mieux dissimuler la casse systématique de toutes les régulations et les profits qu’ils en retirent. Comme dans un jeu de bonneteau, ils ont externalisé et déplacé sans cesse leurs activités, leurs sièges sociaux, multiplié les adresses fictives, dématérialisé les opérations, informatisé les transactions jusqu’à les confier entièrement aux programmes automatiques de calcul, inventé les darks pools pour tout opacifier davantage (2). La pompe à phynance a développé sur le monde un univers parallèle qui échappe même au contrôle des organismes d’état censés superviser les opérations financières, tout en ayant – on l’a vu dès le début – la mainmise sur les représentations politiques.

Idéologiquement déconnectés des réalités (leur culture s’affiche « anti-nature »), parfaitement indifférents aux conséquences catastrophiques de leur entreprise, les acteurs de la finance mondialisée ruinent partout l’économie et l’écologie, et se soucient surtout d’échapper à l’impôt et aux coûts exorbitants de leur course aux profits. Truster les profits en écrasant tout autour d’eux et socialiser les pertes est, plus que jamais, leur idéal. C’est parfaitement réussi ! Les petits – y compris les « classes moyennes » – sont de plus en plus imposés et contrôlés *, tandis que les riches se sont complètement libérés de la contribution au bien commun.
* exemple ci-dessous avec le sort réservé à un couple de retraités jardiniers

La finance avait été créée pour aider aux échanges et les sécuriser. Elle est devenue le premier des périls.

Comme le rappelle utilement Bernard Nadoulek (3), pour faire fonctionner sa pompe à phynance, Ubu Roi l’avait couplée à une machine à décerveler. C’est bien ainsi que le système s’est installé et a prospéré. L’un des témoins que nous présente Harold Crooks le dit : le grand détournement est le projet des plus riches. Grandes familles du capitalisme et leurs fondations et autres groupes de pression, banques, grandes compagnies, places financières (telle la City de Londres)… toutes ces forces réunies n’ont cessé de développer un programme de confiscation du bien commun (les communaux) dont même l’histoire officielle rapporte quelques hauts faits – un peu trop oubliés, cependant (4). Ce que l’histoire officielle ne dit pas, c’est ce qui s’est passé plus récemment. Ainsi « la bataille pour conquérir l’esprit des hommes » (CIA 1948) qui a été développée sitôt achevée la Seconde Guerre Mondiale. Des fonds sans limites (au dire même de ceux qui y ont contribué et en ont largement profité) y ont été alloués. Sans limites. Pour en savoir davantage, il faut, par exemple, suivre la piste du pharaonique Congrès pour la Liberté de la Culture et de ses excroissances et descendances (par exemple, la Fondation Saint Simon). Les plus curieux suivront la trajectoire fascinante de Denis de Rougemont et en apprendront beaucoup sur les coulisses de la machine à décerveler. Ils apprendront, du même coup, la valeur de ceux qui, maintenant, tentent de faire passer le sieur de Rougemont pour « un penseur de l’écologie ». Si !

La guerre des communaux bat son plein comme jamais. Grâce à l’effondrement programmé de la culture critique et de la démocratie.

ACG

(1) Ces riches qui ne paient pas d’impôts
http://www.renaud-bray.com/Livres_Produit.aspx?id=38683&def=Ces+riches+qui+ne+paient+pas+d%27imp%C3%B4ts%2cALEPIN%2c+BRIGITTE%2c9782894152966

La crise fiscale qui vient
http://www.edvlb.com/medias/3/7/ext_9782896492909.pdf

(2) Dark pools, le côté obscur de la finance
http://www.morningstar.fr/fr/news/94836/dark-pools-le-c%C3%B4t%C3%A9-obscur-de-la-finance.aspx

(3) La pompe à phynance
http://www.economiematin.fr/news-la-pompe-a-phynance

(4) L’entr’aide par Pierre Kropotkine

Révoltes et révolutions dans l’europe moderne (XVIe-XVIIIe siècles) par Yves-Marie Bercé, Presses Universitaires de France.

Small is beautiful, Big is subsidised par Steven Gorelick – en français : Les gros raflent la mise aux éditions Ecosociété

Essentiel, sur l’organisation de la machine à décerveler :
Qui mène la danse. La CIA et la guerre froide culturelle par Frances Stonor Saunders, Denoël 2003

C’était en 1999 dans la Vendée martyrisée deux siècles auparavant pour avoir osé se soulever contre les dictateurs d’une Convention qui, à la suite de l’Assemblée Législative, a livré les biens communaux à ses amis spéculateurs.
Dans la patrie des désolidarités actives, rien n’est changé.

C’était un petit jardin

A cette époque de vaches folles, de poulets empoisonnés, de dioxine et autres bouffes de merde, quand MacDo et Coca-Cola nous préparent des générations d’obèses, il y avait encore quelques privilégiés dans la petite bourgade où j’habite qui avaient fait le choix d’une alimentation disons plus naturelle.

A plus de 75 ans, M. et Mme T., retraités, partagent le même plaisir: un magnifique potager. Plutôt que d’aller bêtement remplir mon Caddie de légumes et de fruits de supermarché en quelques minutes, j’aimais prendre le temps, j’allais dire le luxe, d’aller voir Mme T. cueillir pour moi et ma famille, tout doucement, au fond de son jardin, salades, petits pois, carottes qu’elle lave elle-même de ses vieilles mains agiles et me vend à tout petit prix. Un délice, un luxe vous dis-je, que je partage avec tous ceux et celles qui préfèrent attendre un peu pour avoir le plaisir et le bonheur de rentrer chez soi avec un joli panier de légumes frais.

La semaine dernière, surprise; le jardin des T. est barré, comme on dit en Vendée, par une chaîne «arrêt des ventes de plants et de légumes pour concurrence». J’entre quand même dans le potager pour découvrir le couple de jardiniers en train d’arracher, le coeur lourd, tout leur travail des allées de leur jardin.

Pourquoi? Dénoncés !

Un jaloux, un crétin, un être malfaisant s’en est allé dénoncer à la gendarmerie cette «concurrence déloyale» et M. T. a passé la journée avec les gendarmes. Contraints d’arracher leur jardin, ils vont maintenant «se reposer».

«Mon seul plaisir, c’était mon jardin», me dit Mme T.

Dans la journée, les gendarmes sont passés deux fois pour vérifier qu’ils arrachaient bien leur potager.

J’en ai eu les larmes aux yeux, comme elle.

Ne pourrait-on pas foutre la paix aux gens qui vivent tranquilles et dont le simple travail faisait le bonheur des autres ?

C’est vraiment trop nul.

Corinne Pilastre-Vandewalle, Mareuil-sur-Lay (85)
http://www.liberation.fr/tribune/1999/06/16/c-etait-un-petit-jardin_276090

 

 

 

Loin des hommes

film de David Oelhoffen

avec Vigo Mortensen et Reda Kateb

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=221570.html

Superbe et émouvante révélation de l’histoire et de la profondeur des hommes entraînés dans une spirale de situations critiques

novembre 2014

Le sel de la Terre
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=220717.html

Le film réunit les intelligences sensibles de Sebastião Salgado et de Wim Wenders.

C’est, de toute évidence, trop intelligent et sensible pour beaucoup de critiques français confits dans l’aigreur et le dénigrement – surtout quand ose se montrer à nouveau la culture alternative à l’idéologie anti-nature du système impérialiste.

Sebastião Salgado a parcouru longuement les enfers de cette époque de haine et de destructions fanatiques, avant de partir à la découverte amoureuse de la biosphère qui l’a aidé à retrouver la confiance et l’espoir.

Salgado doit grandement sa carrière à sa compagne, Lelia Wanick, qui a, la première, acheté un appareil photographique et l’a toujours soutenu et appuyé. Sebastião et Leila sont indissociables. C’est encore elle qui a eu l’idée de tenter la restauration de la Mata Atlântica, la forêt orientale brésilienne dévastée par des dizaines d’années d’exploitation à blanc. Pour mesurer la folie industrielle des trois dernières générations et l’ampleur du désastre, souvenons-nous que cet écosystème était considéré comme l’un des plus diversifiés de la biosphère.

Dans le Minas Gerais désertifié, les 700 hectares de la fazenda des parents de Sebastião n’étaient plus que désolation. Lelia y a vu une invitation à ressusciter les paysages verdoyants de l’enfance. La ferme familiale est devenue l’Instituto Terra où, maintenant, la vie renaît. C’est maintenant l’une des démonstrations alternatives qui montrent le chemin pour sortir du crépuscule créé par quelques dizaines d’années de politiques stupides. Une restauration spectaculaire qui rappelle celle menée par des paysans du Rajasthan depuis près de 30 ans :
Restauration des écosystèmes, restauration des sociétés http://www.planetaryecology.com/index.php?option=com_content&view=article&id=90:8-restauration-des-ecosystemes-restauration-des-societes&catid=9&Itemid=470

Des sixties de la révolte au nouvel espoir écologiste, l’aventure est aussi émouvante que singulière. Merci à Wim Wenders de nous avoir entraînés à la suite des Salgado.

ACG

sur l’Instituto Terra :

http://www.institutoterra.org/eng/conteudosLinks.php?id=22&tl=V2hvIGFyZSB3ZT8=&sb=Mjk=#.VG7zXY80nhc
Reforestation : l’expérience d’Instituto Terra au Brésil
http://positiveeconomy.co/fr/video/sebastiao-salgado-lh-forum-2012/

Instituto Terra – Institutional Video
https://www.youtube.com/watch?v=p0Aw3JEtQoU

la fazenda de Bulcão avant 2001

depuis 2011

 

 

 

juillet 2014
A la recherche de Vivian Maier
Film de Charlie Siskel et John Maloof
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=224105.html

Vivian Maier est morte inconnue il y cinq ans, le 21 avril 2009. Deux ans auparavant, John Maloof avait acheté quelques tirages et un lot de 30 000 négatifs vendus aux enchères. 30 000… Juste une partie de l’oeuvre de Vivian !

John Maloof est l’homme de la situation. Le temps de la prise de conscience et c’est le choc : l’auteur est un photographe extraordinaire, un génie de la photo ! Alors, il recherche les autres acheteurs de cette désormais fameuse vente aux enchères et entreprend de récupérer une grande partie du trésor égaré (il y a d’autres heureux détenteurs). Ce n’est que plus d’une année après son aventure en salle des ventes, en découvrant l’enveloppe d’un labo photo dans l’un des nombreux cartons récupérés qu’il apprend enfin le nom de celle qui bouleverse déjà sa vie : Vivian Maier.

En 2009, la découverte d’un faire-part sur internet lui apprend la toute récente disparition accidentelle de celle qu’il recherche :
“Vivian Maier, proud native of France and Chicago resident for the last 50 years died peacefully on Monday. Second mother to John, Lane and Matthew. A free and kindred spirit who magically touched the lives of all who knew her. Always ready to give her advice, opinion or a helping hand. Movie critic and photographer extraordinaire. A truly special person who will be sorely missed but whose long and wonderful life we all celebrate and will always remember.
John, Lane et Matthew”

John, Lane et Matthew, les frères Gensburg, avaient été élevés et émerveillés par la nounou Vivian Maier pendant 17 ans – c’était le métier alimentaire qu’elle exerçait – et ils avaient veillé sur elle durant ses dernières années.

Mais comment n’ont-ils pas hérité des affaires de Vivian Maier ? Pourquoi ont-ils laissé partir le trésor aux enchères alors qu’elle était encore en vie ? Comment, avec ces anges gardiens attentionnés, tout un stock d’affaires de Vivian Maier entreposé dans un garde-meubles a-t-il failli être jeté ? D’après certaines sources, la famille Gensburg serait restée dans l’ignorance des cachettes de Vivian Maier… Mais, alors, comment savaient-ils la qualité de l’artiste ? Le film n’y répond pas et le mystère semble grandir au fur et à mesure que l’on en découvre plus.

Et… et pourquoi la famille Gensburg n’apparaît-elle pas dans le film ?

Vivian Maier prenait des photos de rue, des photos des autres, avec passion, avec une sensibilité exacerbée et un sens exceptionnel de l’image – sans retouche : elle n’a pas vu la plupart de ses photos parce qu’elle n’avait pas les moyens de les développer, de les classer, de les exploiter… Mais elle ne se livrait guère, ou n’en avait pas l’occasion, n’a pas trouvé les bonnes personnes avec qui partager, et est restée énigmatique pour presque tous ceux qui l’ont connue.

En dépit de l’extraordinaire personnalité de Vivian Maier, sa situation de nounou doit expliquer beaucoup de son mystère. Le film nous montre des témoins qui, en plusieurs moments, trahissent leur inattention, voire leur condescendance, sinon plus vis à vis de Vivian Maier, de sa « condition sociale » et de son travail. Il est manifeste que, pour plusieurs, Vivian était un « petit personnel », certes original, mais à peu près transparent.

Faut-il le préciser ? La plupart du temps, Vivian Maier était en situation de dépendance – nounou, elle était objectivement dominée – c’est à dire en inhibition de l’action malgré une créativité qui ne pouvait tout compenser. Cela doit expliquer assez largement pourquoi elle n’a jamais trouvé l’occasion, et, plus encore, la force de montrer son travail. Peut-être l’a-t-elle désiré, projeté… Sans jamais pouvoir. Mais peut-être l’a-elle fait et n’a-t-elle pas été encouragée.

Peut-être a-t-elle espéré jusqu’au bout (pour avoir soigneusement entreposé ses affaires dans des box, il fallait qu’elle ait encore le projet de rebondir)…

Justement, un fait rapporté par l’une des témoins prend de plus en plus d’importance et finit par obséder. Celle-ci est la mère d’enfants amis avec ceux qui étaient aux bons soins de Vivian (les frères Gensburg ?). Elle croit maintenant avoir été la seule amie que Vivian Maier ait eu et avoue l’avoir rencontré, au hasard d’une promenade, trente ans après l’avoir perdue de vue. Et, là, parce qu’elle est avec des gosses qui ne tiennent pas en place, parce qu’il fait chaud, parce que le programme de la journée… pour des motifs futiles, des prétextes auxquels elle se raccroche aujourd’hui, elle s’éloigne tandis que Vivian Maier la supplie de lui prêter attention en invoquant leur amitié.

Cette curieuse « amie » ne reverra jamais Vivian Maier. Car elle n’a même pas proposé un rendez-vous, même pas pris son adresse, puis elle ne l’a pas recherchée, rien ! Pourtant, elle avait perçu que Vivian Maier devait être dans la difficulté. Peut-être cela explique-t-il l’attitude de cette « amie »… Aurait-elle agi de même avec une personne épanouie – avec une autre personne de « sa condition » ?

Vivian Maier a été très seule, comme effacée dans un monde qu’elle observait avidement. L’attachement de la famille Gensburg n’a pas suffit à vaincre les inhibitions de toute une vie sans soutien. Elle était trop isolée pour pouvoir se réaliser tout à fait. Mais cette solitaire nous a fait le cadeau d’un amour immense pour le monde !

Comme avec Séraphine Louis Maillard *, dite Séraphine de Senlis (1864–1942), qui fut bergère puis bonne à faire les travaux les plus durs, et négligée voire méprisée par son environnement social, une interrogation s’impose :
– combien d’autres qui ne sont jamais découverts, dont l’oeuvre est jetée aux ordures et la mémoire effacée ?

ACG

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=224105.html

le site créé par John Maloof pour retrouver l’artiste inconnu :
http://www.vivianmaier.com/gallery/street-1/#slide-21

le site de Jeff Goldstein, autre collectionneur des oeuvres de Vivian Maier :
http://vivianmaierprints.com/

* à propos de Séraphine :

Film de Martin Provost présenté en 2008
avec Yolande Moreau (Séraphine) et Ulrich Tukur dans le rôle de Wilhelm Uhde.
(présentation au-dessous)

juin/juillet 2014

Résistance naturelle
de Jonathan Nossiter
Avec : Stefano Bellotti, Elena Pantaleoni, Gian Luca Farinelli, Giovanna Tiezzi, Stefano Borsa,  Valéria Bochi

Jonathan Nossiter nous convie à partager une partie de belle campagne italienne ponctuée de moments de mémoire cinématographique, et enluminée par la philosophie de résistants au formatage du vin et de la pensée. Ce sont des faiseurs de vins naturels harcelés par les lobbies qui tiennent toutes les administrations, de l’AOC à l’Europe du commerce financiarisé. Mais, à la grande différence des spéculateurs et des technocrates réductionnistes, les dissidents ont une philosophie aussi profonde, foisonnante et ramifiée que les racines de leurs vignes – couramment plusieurs mètres pour une vigne naturelle, quelques dizaines de centimètres pour une vigne abreuvée de chimie. Comme ils le soulignent, c’est sans doute un effet de leurs breuvages riches en minéraux puisés profond dans des sols vivants. Justement, l’un d’eux nous montre la différence entre sa terre chouchoutée depuis trente ans et celle d’un voisin adepte de la violence chimique : la sienne est souple, aérée, tissée de systèmes racinaires. Elle fleure bon le champignon. Elle ravirait Claude et Lydia Bourguignon, nos pédologues préférés. L’autre est desséchée, compacte et dure, vide de vie. « Elle sent la lessive ». Comment ne pas croire ces amoureux et connaisseurs de la vie quand ils disent que boire les jajas issus des sols morts de l’agriculture subventionnée (et manger les farines des blés appauvris) n’a pas que des effets néfastes sur la santé, mais aussi sur l’être, sur sa pensée, sur sa vigilance et sa capacité de résistance ? Surtout quand on pense aux additifs ! Serait-ce là l’une des causes de l’effondrement de la conscience et de la probité, de la pensée critique et des « forces vives » depuis une trentaine d’années ?

Les vignerons présentés par Nossiter ont échappé au désastre. Bien vivants, en empathie avec les animaux et tout ce qui les entoure et les construit, ils nous abreuvent de paroles longues en bouche et en tête. A peu près :
Le paysage est un bien commun et, dessous, les 40 premiers centimètres de terre contiennent la majeure partie de la vie.
L’agriculture, c’est reconstruire l’humus que l’on exploite pour faire pousser,
Par les racines, la plante dialogue avec la terre, avec le terroir (donc, la réduction du système racinaire par l’agrochimie…).
Et beaucoup d’autres du même tonneau.

En complète rupture avec la réduction industrielle de l’agriculture et du vin (et de « la culture » officielle qui méprise ses racines), en rupture aussi avec les AOC qui « ne sont plus un bien commun » et protègent les pollueurs et les intérêts des industriels plutôt que les paysans honnêtes et les terroirs, ces vignerons parlent un langage qui réjouit autant l’oreille que leurs vins semblent réjouir le palais. Un régal.
ACG

extraits
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19545857&cfilm=228063.html
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19545854&cfilm=228063.html

à propos :
La terre vue du sol
http://www.lemonde.fr/style/article/2012/01/27/la-terre-vue-du-sol_1634713_1575563.html

Recommandé :
http://blogs.rue89.nouvelobs.com/no-wine-is-innocent/2013/11/07/ne-lappelons-pas-vin-naturel-mais-vin-transparent-231585

Retrouvailles avec le vivant : une révolution
Résistance naturelle
film de Jonathan Nossiter

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=228063.html

Il y a quelques 42 années, j’étais viré séance tenante du mouvement coopératif pour avoir osé proposer que les coopératives agricoles développent les productions bios que vendraient les coopératives de consommation (les COOP).

Depuis, avec l’Europe de l’argent roi, le système totalitaire obligeant les paysans à se soumettre (ou à céder le terrain) aux pratiques rentables pour la finance et l’industrie n’a cessé d’être renforcé. Les prédateurs locaux et les j’m’en-foutistes toujours prêts à commettre le pire ont été lourdement encouragés (subventionnés de tous côtés avec l’argent public !), tandis que, comme les lanceurs d’alerte, les résistants ont été mis sous pression constante (ci-dessous les exemples d’Olivier Cousin et celui d’Emmanuel Giboulot).

Aujourd’hui, la plupart des productions de qualité qui, alors, nous ravissaient encore ont été écrasées, laminées par l’agriculture industrielle du capitalisme ultra, et les sols ont été stérilisés jusqu’à mettre en péril même les productions les plus médiocres, voire les plus dangereuses pour la santé – celle des consommateurs, mais aussi celle des campagnes où presque plus rien ne bouge.

Mais, mais la réaction salutaire tant désirée prend enfin quelque ampleur et, surtout, elle est maintenant soutenue par une compréhension et une demande croissantes (1).

Après Mondovino (ci-dessous), Jonathan Nossiter franchit un degré supplémentaire dans la dénonciation du système mortifère en donnant la parole à d’autres combattants de la vie et du goût.
ACG

(1) Il y a 40 ans, nous étions tout seuls, et pour très longtemps.

A propos de Mondovino…
http://www.cepdivin.org/evenements/mondovino.html

http://www.filmdeculte.com/cinema/film/Mondovino-900.html

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=49413.html

Un viticulteur bio devant la justice pour un AOC

(…) Olivier Cousin est une figure à part dans le milieu viticole. La preuve: mardi, le viticulteur de Martigné-Briand, dans le Maine-et-Loire, a choisi de se rendre au tribunal correctionnel d’Angers à bord d’une petite carriole tractée par un cheval. Avant le début du procès, il a organisé un pique-nique devant le palais de justice en compagnie d’une centaine de partisans. Olivier Cousin est poursuivi par la répression des fraudes pour «pratique commerciale trompeuse». Il utilisait sur ses étiquettes la mention Anjou, qui est une appellation d’origine contrôlée (AOC). Le litige porte sur quelque 2800 bouteilles. Le vigneron risque une amende de 37.500 euros et jusqu’à deux ans de prison.

Les bouteilles d’Olivier Cousin se retrouvent aux quatre coins du monde et même sur plusieurs tables étoilées. «C’est plutôt ironique quand on sait qu’il est accusé de dénigrer l’appellation», s’étonne son avocat, Me Éric Morain. Les vignes en question sont bien situées au cœur de l’Anjou, dans les limites définies par l’AOC. Olivier Cousin y cultive une petite exploitation de 15 hectares depuis 1987. Le vin est d’ailleurs une longue tradition chez lui. «Je tiens ce terrain de ma grand-mère, raconte Olivier Cousin. Les Leduc faisaient du vin avant même l’existence de l’appellation d’origine contrôlée.» Seulement, en 2005, il décide de quitter l’AOC et de produire un vin de table, ce qui lui interdit de spécifier l’origine de son raisin, le cépage ou encore le millésime. (…)
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/10/02/01016-20131002ARTFIG00380-un-viticulteur-bio-devant-la-justice-pour-un-aoc.php

Vin d’Anjou : Olivier cousin défend la viticulture paysanne
http://www.larvf.com/,vin-olivier-cousin-biodynamie-aoc-anjou-viticulture-paysanne,10337,4024533.asp

La justice poursuit un viticulteur bio qui dit non aux pesticides

« Je ne voulais pas utiliser de produits chimiques dans mes parcelles, que ma famille cultive en bio depuis 1970», poursuit Emmanuel Giboulot, soulignant le dilemme auquel sont confrontés nombre d’exploitants.Pour les viticulteurs bio, un seul insecticide permet de lutter contre la cicadelle tout en conservant leur label : le Pyrevert, à base de pyrèthre naturel – extrait des fleurs séchées du chrysanthème.
« Mais cet insecticide n’est pas sélectif : il tue non seulement la cicadelle mais aussi la faune auxiliaire nécessaire aux équilibres naturels dans le vignoble, dénonce le viticulteur. Il détruit par exemple le typhlodrome, un acarien prédateur naturel des araignées rouges qui se nourrissent de la sève de la vigne. »

« Le Pyrevert, même s’il est d’origine naturelle, est nuisible pour l’environnement : c’est un neurotoxique qui peut affecter les insectes, mais aussi les oiseaux, les animaux et même les viticulteurs selon les doses utilisées », affirme Denis Thiery, directeur de l’unité santé et agroécologie du vignoble à l’Institut national de la recherche agronomique.
«En réalité, l’efficacité des traitements, qu’ils soient naturels ou conventionnels, contre la flavescence dorée n’est pas optimale : tous les insectes ne sont pas tués et l’épidémie continue de progresser vite, poursuit-il. Mais comme pour toutes les épidémies, on ne sait pas si la situation serait pire sans traitement. »
http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/11/27/la-justice-poursuit-un-viticulteur-bio-qui-dit-non-aux-pesticides_3520557_3244.html

Emmanuel Giboulot, viticulteur bio : « Il y a une pensée unique sur les pesticides »
http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/04/07/emmanuel-giboulot-viticulteur-bio-il-y-a-une-pensee-unique-sur-les-pesticides_4397105_3244.html

En procès pour avoir refusé… de polluer !
http://www.reporterre.net/spip.php?article5433

Jean-Baptiste Besse, le regretté caviste de la Montagne Sainte Geneviève

sur ce site :
La pollution du vin
http://www.planetaryecology.com/index.php?option=com_content&view=article&id=83:la-pollution-du-vin&catid=9&Itemid=470
L’article date un peu (2002) et je n’ai pas eu le temps de le peaufiner, mais il informe sur l’une des pollutions les plus nocives – surtout avant les années 1990. Bientôt, bientôt une remise à jour.

mai 2014

« La Ligne de partage des eaux »
film de Dominique Marchais
qui nous avait proposé Le temps des grâces en février 2010 (présentation sur ce site dans la rubrique Cinéma)
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=227319.html

(…) ce que le documentaire peut proposer de plus passionnant et pertinent dans l’intelligence, à la fois sociologique, scientifique, subjective et politique, d’un enjeu vital de notre temps avec La Ligne de partage des eaux.

Dominique Marchais, son auteur, est coutumier du fait, puisque déjà son premier long-métrage documentaire, Le Temps des grâces (2009), avait été salué, parmi la bordée de films qui sont désormais consacrés à la question écologique, comme l’un des plus admirablement composés.

C’est encore le cas cette fois, et en vertu de la même philosophie. Absence de visée polémique. Désir de comprendre. Pari sur l’intelligence du spectateur. Préparation au long cours. Richesse synthétique des approches, des sources, des personnages. Souci de raccorder l’enjeu du film à une conception globale de l’homme dans son environnement. Last but not least, caractère écologique de l’œuvre elle-même, qui adopte la forme d’un cheminement naturel, déterminé par son propre écosystème.

On ne saurait ici mieux dire, puisque le film nous invite à pérégriner dans une partie du bassin-versant de la Loire (étendue qui comprend la totalité du territoire irrigué par les eaux entre le fleuve et la mer) depuis la Vienne jusqu’à l’estuaire. Tout commence dans le parc naturel de Millevaches, dans le Limousin, où l’on constate dans la rivière locale la disparition des saumons et des moules perlières, conséquence de la création des barrages dont les eaux mortes rompent la continuité des eaux vives. Cette atteinte à la biodiversité fait l’objet d’un dialogue tendu entre un policier des eaux et un couple d’agriculteurs.

LA FIGURE DU DIALOGUE ESSENTIELLE AU FILM
De fait, la figure du dialogue est essentielle au film. Mené au fil de l’eau entre des acteurs aux intérêts divergents dont on mesure mal a priori la diversité (représentants de l’Etat, maires, responsables associatifs, paysans…), on sent bien que c’est entre sa possibilité et sa mise en échec que se joue le dénouement du désastre écologique en cours. Extinction des espèces, pollution des rivières, uniformisation du paysage, privatisation de l’aménagement du territoire, politique destructrice de la rentabilité immédiate : les maux sont connus. L’intérêt du film est de nous à la puissance aveugle d’une certaine logique économique, la résistance s’organise à pas comptés, par des entreprises modestes mais néanmoins dispensatrices de joie. Ici, un collectif de citoyens engagés dans la construction d’un écoquartier à Faux-la-Montagne. Là, un éleveur de Saint-Nazaire collaborant avec le Conservatoire du littoral pour faire paître ses bêtes sur un pâturage collectif.

De petites choses, dont le film parvient pourtant à nous faire saisir l’importance en relevant l’enjeu plastique de son sujet. Travellings miroitants au fil de l’eau avec contre-plongée sur la ramure, panoramiques sensuels de l’onde caressée par le vent : le mouvement suggère que la beauté s’entend dans la solidarité et la continuité entre les choses. Il répond à la figure du puzzle qui ouvre le film, un paysage bucolique rassemblé par des mains enfantines.

Tout est là et tout se tient : la responsabilité, la préservation, la transmission. C’est bien de la suite du monde qu’il s’agit ici.
critique de Jacques Mandelbaum parue dans Le Monde :
http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/04/22/la-ligne-de-partage-des-eaux-sain-dialogue-au-fil-des-eaux-polluees_4405058_3246.html

Dominique marchais nous convie à une promenade au fil de l’eau, depuis les sources et le chevelu des ruisseaux débutants jusqu’aux abords de la mer.

Tout commence avec une visite aux sources de la Vienne sur le Plateau de Millevaches. Des techniciens de l’environnement examinent l’état – en voie de dégradation – de la tête de bassin. Images rassurantes cependant : nous avons des fonctionnaires compétents et amoureux de leurs métiers qui veillent partout sur l’eau. Mais images trompeuses car l’on sait aussi que, paradoxalement, les têtes de bassin sont les parentes très pauvres de la politique de l’eau en France. Et, dans au moins une autre région, il est des têtes de bassin équivalentes où l’on échoue à mobiliser les mêmes services pour empêcher de nouvelles destructions.

La suite immédiate est plus conforme à la situation générale. Des paysans, éleveurs du Plateau de Millevaches, sans doute des braves gens, ont néanmoins consciencieusement saccagé les rives boisées du cours d’eau sous le prétexte de… les « entretenir ». Un « entretien » destructeur de la ripisylve, donc du ruisseau. Un « entretien » dévastateur comme on en rencontre tant d’exemples du fait d’exploitants et d’élus amoureux de l’exploitation à blanc de la campagne, probablement « pour faire propre » – la campagne avec des herbes, des buissons, des arbres, des animaux, c’est si sale ! D’où vient cette ignorance de leur pays, cette incompréhension de leur propre bien commun ? Du formatage par les notices d’emploi des marchands d’herbicides ? De plus loin encore, nous l’avions vu avec Le temps des grâces, le précédent film de Dominique Marchais.

Puis, nous découvrons des gens qui joignent leurs compétences, leurs motivations, leurs enthousiasmes pour réaliser un lotissement à Faux La Montagne. Encore un lotissement… Mais un lotissement intégré au paysage, un lotissement avec des maisons qui forment rue, ou faubourg, des maisons et des jardins protégés comme construisaient les anciens et comme on devraient construire en développement des villages – donc, un quartier.

Puis nous continuons à descendre les rivières jusqu’à la Loire, et, très vite, ça se gâte avec la présence de plus en plus massive du système de la marchandise financiarisée. Une belle figure d’élu qui débite la propagande apprise par coeur. Des camions géants sur des routes comme des autoroutes. De plus en plus de camions. Des zones industrielles, des zones d’activité, des plates-formes logistiques gagnées sur la terre et la vie – mais avec label environnemental… Et puis des maisons plantées sans idée au milieu de terrains gaspillés ; des réseaux étendus, étendus, étendus, et leur traduction lisible en déstructuration écologique et sociale, et en gaspillage croissant d’énergie fossile. Des kilomètres carrés et des kilomètres carrés de terre et de campagne recouverts de bitume et de béton. La colonisation des esprits et de l’espace par un système totalement dérégulé qui dévore tout et étend partout des banlieues vouées à l’échec écologique, social et énergétique ; mais un système nourri par l’argent public massivement détourné pour servir la dérégulation, le système prédateur de toute vie qui impose partout ses monopoles radicaux créateurs de dépendances, de servitudes et de nouvelles pénuries.

Peu à peu, d’initiatives inspirées en problèmes en expansion, tantôt en positif, souvent en négatif, nous découvrons les grandes lignes d’un rapport de forces exacerbé autour du bien commun. Le bien commun ?, les communaux – comme on devrait dire encore… Ils sont presque partout détournés, privatisés, détruits, et leurs trop rares défenseurs ont fort à faire pour en sauver des miettes. Après Nantes, près du Lac de Grand-Lieu, nous contemplons l’expansion vertigineuse du béton et du bitume qui, en plein accroissement de la crise climatique, et alors qu’il faut économiser les déplacements et l’énergie, nous précipite vers de plus grandes difficultés encore. A peine le temps d’une pause sur les eaux du lac et nous apprenons la perte de beaucoup de chemins communaux « mis en vente par les maires ». Ce petit détail dit tout des stratagèmes « démocratiques » de la prédation radicale qui bat son plein sur toute la planète.

Comme souvent, le fil de l’eau nous a naturellement conduit vers un autre fil précieux devenu aujourd’hui aussi fragile : celui du bien commun. Celui-ci nous guide pour décrypter les stratégies du grand détournement toujours en cours depuis des siècles. L’histoire nous l’apprend, c’est une guerre : la guerre des communaux ; une guerre toujours perdue par les peuples et la vie jusqu’à aujourd’hui. La guerre qui est cause de la crise écologique et sociale planétaire. Mais, comme l’ont compris les bâtisseurs de l’éco-quartier à Faux la Montagne, le fil du bien commun montre aussi le chemin pour rompre avec le système des monopoles radicaux et inverser le cours des choses…
Pourvu que beaucoup plus s’intéressent au fil de l’eau !

ACG

janvier  2014

Long en bouche
La grande bellezza

Une promenade romaine mélancolique entre raffinement, beauté, distinction et décadence, maintien et abandon, désabusement et émerveillement, futilité et profondeur, sacré et profanation. Tout se croise, se superpose, se combine dans le sillage étonné de Jep Gambardella, un mondain contemplatif sensible sous l’élégance et la distance affichée, et toujours en attente.

Où la vacuité apparente est pleine d’émotions.

Une poésie d’images, de musiques et de voix magnifiques.

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=210804.html
http://www.youtube.com/watch?v=zkm_h-SWTUM

novembre/décembre 2013

Il était une forêt
Un film de Luc Jacquet (auquel nous devons La marche de l’Empereur), avec la participation de Francis Hallé

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19537422&cfilm=209348.html

Pour la première fois, une forêt tropicale va naître sous nos yeux. De la première pousse à l’épanouissement des arbres géants, de la canopée en passant par le développement des liens cachés entre plantes et animaux, ce ne sont pas moins de sept siècles qui vont s’écouler sous nos yeux. Depuis des années, Luc Jacquet filme la nature, pour émouvoir et émerveiller les spectateurs à travers des histoires uniques et passionnantes. Sa rencontre avec le botaniste Francis Hallé a donné naissance à ce film patrimonial sur les ultimes grandes forêts primaires des tropiques, au confluent de la transmission, de la poésie et de la magie visuelle. « Il était une forêt » offre une plongée exceptionnelle dans ce monde sauvage resté dans son état originel, en parfait équilibre, où chaque organisme – du plus petit au plus grand – connecté à tous les autres, joue un rôle essentiel.

« Qui sait refabriquer une forêt ? » demande Francis Hallé.

Oui, qui ? Même une forêt simplifiée, surtout parmi tous les décideurs de dévastations d’écosystèmes complexes ? Combien savent encore la vie ?

Il était une forêt commence sur une visite désolée de Francis Hallé, l’amour et la connaissance de l’arbre incarnés, sur le site immense d’une déforestation industrielle. La dévastation de l’écosystème dense et infiniment diversifié est totale. Même le sol n’est plus qu’un substrat moribond défoncé par des engins qui semblent sortis de l’enfer futuriste de Terminator. Mais le film nous conduit vers l’espoir.

Guidés par l’oeil et les crayons habiles de Francis Hallé, nous faisons un voyage dans le cycle du réenchantement du monde : la renaissance de la vie pas à pas et le redéploiement de la forêt.

Notre guide est résolument optimiste, comme il faut l’être pour avoir quelque efficacité. Il faudra quelques siècles pour reproduire une complexité équivalente à celle qui vient d’être détruite d’un coup.

Mais nous avons tous une inquiétude qui grandit depuis l’éveil écologiste d’il y a quelques dizaines d’années : combien sont encore les sociétés de la forêt non acculturées, non polluées par le capitalisme productiviste – celles qui savent et peuvent aider à la renaissance ? Si peu et si peu respectées !

Film sensible et magnifique, Il était une forêt nous plonge dans le foisonnement des interrelations et nous découvrons, à chaque image, matière à un nouvel émerveillement et à l’éveil d’une nouvelle curiosité.

Un petit regret, toutefois, un regret paradoxalement stimulé par l’excellente visualisation de l’appel de la pluie par la forêt. Dommage que le recyclage de l’eau de proche en proche (pluie, évapotranspiration, pluie…) depuis l’océan jusqu’à la forêt la plus éloignée des rivages, n’ait pas été même évoqué.

Un étonnement encore à propos de la dernière phrase prononcée par Francis Hallé : « Nous souffrons aujourd’hui de notre propre puissance ». Elle n’aurait pas dû être conservée au montage ! Le « nous » inspiré par la seule appartenance à la même espèce établit une solidarité incongrue entre les victimes (humaines également) et les organisateurs de la dévastation.

Mais ces réserves sont à la mesure de l’exigence qui a conduit les auteurs du film. C’est la grande qualité de Il était une forêt qui nous les inspire.

« Les arbres sont nos meilleurs alliés »
Botaniste et biologiste mondialement reconnu pour ses travaux sur les forêts tropicales, Francis Hallé est, à 75 ans, à la fois un chercheur engagé contre la déforestation, l’auteur de nombreux livres de référence et l’un des inventeurs du Radeau des cimes, objet volant permettant d’explorer les canopées. Mais aussi l’inspirateur et la vedette du dernier film de Luc Jacquet -Il était une forêt-,
(…) Au début de ma carrière, en 1960, on en trouvait partout sur la bande équatoriale. Et si quelqu’un avait annoncé qu’elles allaient disparaître en l’espace d’une vie d’homme, ça aurait fait rigoler du monde. Et pourtant, ça y est, nous y sommes! La rapidité avec laquelle ces merveilles sont partie est monstrueuse. La fin de mon existence coïncide avec la fin des grandes forêts

(…) les humains ont perdu le contact avec la forêt. A aucun moment ils n’imaginent, par exemple, que les océans, sur lesquels sont tournés des milliers de documentaires, n’abritent que 15 % de la biodiversité mondiale. Mais la mer appartient à tout le monde, et chacun est libre d’y aller, d’y faire ses recherches. Les forêts équatoriales, elles, appartiennent à des Etats, ce qui complique tout. C’est un problème politique, mais aussi financier. Quand un bateau de recherche océanographique coûte 30 millions d’euros, personne ne discute, et c’est très bien. Seulement, moi, on m’explique que le Radeau des cimes, unique au monde, et qui a coûté en trente ans l’équivalent de 1 kilomètre d’autoroute, est trop cher! Le gouvernement du Laos, l’un des pays les plus pauvres du monde, nous a invités à mener des missions d’études sur ses canopées et je cherche en vain l’argent pour financer cela (…)
En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/cinema/francis-halle-les-arbres-sont-nos-meilleurs-allies_1298839.html#qj3TwkW82lTWgxwm.99
http://www.lexpress.fr/culture/cinema/francis-halle-les-arbres-sont-nos-meilleurs-allies_1298839.html

Sur les conséquences climatiques des déforestations :
Destruction des forêts primaires, El Niño, et autres bascules écologiques et climatiques
http://www.planetaryecology.com/index.php?option=com_content&view=article&id=84:le-feu-a-la-planete-el-nino-etc&catid=9&Itemid=470

La destruction frénétique des arbres atteste de l’égarement de la civilisation – de son renversement en son contraire, même; car, toujours, ils avaient été source d’inspiration* et respectés. Aujourd’hui, même les plus remarquables, comme le Moabi africain, ont failli déjà disparaître sous les coups des industriels de la planche. Un écosystème à lui seul… Anéanti pour faire des planches !

* par les bâtisseurs de mosquées, d’églises et de cathédrales, par exemple.

« La douceur de l’ombre – L’arbre, source d’émotions de l’antiquité à nos jours » par Alain Corbin, Edit. Fayard 3013.

« Ils ont été sidérés par la présence de l’arbre. Ils ont éprouvé l’admiration, mais aussi l’horreur, inspirées par ce végétal souverain. Presque tous ont guetté, écouté, la parole de l’arbre. Certains ont espéré profiter de ses messages, en faire leur mentor. D’autres, plus rares lui ont déclaré leur amour.
L’objet de ce livre est de suivre depuis l’Antiquité gréco-romaine ceux qui ont su « voir l’arbre » : Horace et Virgile, mais aussi Ronsard et La Fontaine. Par la suite, Rousseau, Goethe, Novalis et, en France, Chateaubriand, Hugo, Proust et Yves Bonnefoy, entre autres. Bien entendu, il y eut aussi des peintres. S’étendre sous les ombrages, s’y délasser, y méditer, s’enfouir dans le végétal, s’y réfugier, y grimper… À l’époque contemporaine, certains ont tenté d’incruster leur corps dans l’écorce, en espérant que le végétal ferait croître l’empreinte. À l’extrême, des moribonds ont souhaité que leur ADN soit transmis à l’arbre planté sur leur tombe.(…) »

juin 2013

The act of killing
film de Joshua Oppenheimer

Lorsque Joshua Oppenheimer se rend en Indonésie pour réaliser un documentaire sur le massacre de plus d’un million d’opposants politiques en 1965, il n’imagine pas que, 45 ans après les faits, les survivants terrorisés hésiteraient à s’exprimer. Les bourreaux, eux, protégés par un pouvoir corrompu, s’épanchent librement et proposent même de rejouer les scènes d’exactions qu’ils ont commises. Joshua Oppenheimer s’empare de cette proposition dans un exercice de cinéma vérité inédit où les bourreaux revivent fièrement leurs crimes devant la caméra, en célébrant avec entrain leur rôle dans cette tuerie de masse. « Comme si Hitler et ses complices avaient survécu, puis se seraient réunis pour reconstituer leurs scènes favorites de l’Holocauste devant une caméra », affirme le journaliste Brian D. Johnson.
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=217002.html
http://theactofkilling.com/
à Paris : au MK2 Beaubourg et La Clef

Exceptionnel document sur les bourreaux. Mieux encore : sur le plus bas du plus bas niveau imaginable du vivant, celui atteint au sein même de l’espèce où certains aiment à se croire « au sommet de l’évolution ». Un niveau où les descendants des martyrs tremblent encore et se taisent 45 ans plus tard. Un niveau où des individus et des groupes fermés aux autres, réduits et monstrueusement déformés et dépravés ont tout détruit autour d’eux et en sont fiers, si fiers qu’ils veulent témoigner et montrer pour la postérité, n’hésitant pas à se mettre en scène pour tout déballer des horreurs commises et de leurs fantasmes tantôt obscènes tantôt immatures. Le vertige s’accentue quand on voit la parenté, la collusion et la ressemblance des dominants d’aujourd’hui avec les bourreaux d’hier. N’importe quelle séquence du film permet de se rendre compte de l’abîme où est tombé l’Indonésie à partir de 1965, à partir du coup d’Etat de Suharto : le système mis en place à l’époque est toujours en place. C’est toujours un fascisme de la pire espèce. Une dégénérescence accomplie.

Le film se concentre sur les anciens bourreaux et sur ceux qui, à l’évidence, n’aspirent qu’à le devenir, mais n’oublions surtout pas le contexte, les coulisses historiques de la monstruosité et ceux qui ont guidé son action.

Plus importance force agissante : la machine de guerre du lobby capitaliste – la mégamachine – en lutte contre les communismes totalitaires et, surtout, pour imposer la globalisation en éliminant tous les hommes, toutes les collectifs aspirant à la justice et à la paix. Avant le Chili, avant l’Argentine, l’ambassade des Etats-Unis livrait déjà des listes de « communistes » aux commandos de la mort – essentiellement des truands devenus les meilleurs amis du nouveau régime. Communistes, c’est à dire tous ceux qui avaient eu l’audace de manifester une résistance à la menace totalitaire et prédatrice, ou simplement une espérance, ou dont, tout bonnement, un gangster local convoitait les terres ou le commerce. Mondialisation capitaliste… Localement, en Indonésie, comme à l’échelle planétaire, c’était la poursuite du vol et de la destruction des biens communs – les communaux, une guerre de nombreux siècles devenue un effort mondial depuis 1945.  Au moins 1 000 000 de personnes massacrées (2 000 000 dit l’un) ? La néo-colonisation des peuples autochtones privés de toute reconnaissance, de tout droit, l’éviction – souvent l’élimination – des petits paysans, la destruction frénétique des écosystèmes les plus diversifiés – les meilleurs fruits de l’évolution, l’ouverture en grand au capitalisme le plus ravageur : les mines, les coupes rases des forêts, les plantations, etc.  Puis le génocide au Timor Oriental (1975-1999) déclenché au lendemain du feu vert de Ford et Kissinger. Et la néo-colonisation génocidaire en Papouasie Occidentale (depuis 1952), mais aussi à Aceh, au nord de Sumatra où ont sévi les tueurs que l’ont voit parader… …Tout ensemble, c’est une partie du cauchemar mondial dont le développement avait fait se lever la nouvelle gauche alternative. Mouvement lui-même balayé par les mêmes forces réactionnaires. Avec les cupides et les rudimentaires, le pire n’est jamais loin, surtout quand la plupart sont démobilisés (comme aujourd’hui).

L’excellente critique de Mathilde Blottière parue dans Télérama :
On est d’abord frappé de stupeur. Tout paraît choquant, effarant, obscène. Est-ce un canular de mauvais goût ? Une farce kitsch et trash dans l’archipel indonésien ? Une chose est sûre : ces presque deux heures passées en compagnie de tortionnaires relèvent de l’expérience extrême… Octobre 1965. L’armée prend le pouvoir à Jakarta. Pendant plus d’un an, la junte extermine les membres et sympathisants du Parti communiste local : entre cinq cent mille et un million de personnes, selon les estimations.
Pour raconter ce génocide oublié, le documentariste américain Joshua Oppenheimer se tourne vers les rares survivants, qui refusent de parler, trop dangereux. Ce diplômé de Harvard part alors à la rencontre des tueurs eux-mêmes, toujours bien en cour dans l’Indonésie d’aujourd’hui : une poignée de mafieux psychopathes, ravis de se vautrer dans leurs souvenirs sanglants. Il leur propose de rejouer leurs crimes dans des mises en scène de leur choix. Le dispositif enthousiasme le leader des sadiques, un certain Anwar Congo, crinière chenue et silhouette juvénile dans ses costumes en lin, soucieux de son élégance jusque sur les lieux de supplice où il évoque, comme d’autres le bon vieux temps, sa méthode pour tuer sans « tacher ». Il s’agit, dit-il, de « montrer la vérité ». Quitte à l’habiller de chimères pour divertir le public.

Au dépouillement des scènes de torture ou d’exécution répondent ainsi d’extravagantes séquences musicales et dansées — sommet de bouffonnerie exotique — où des danseuses emplumées se dandinent sur fond de jungle luxuriante. Très dérangeante, cette collusion-collision entre le réel et la fiction ne stylise pourtant pas l’horreur. Elle en révèle au contraire la face la plus crue, en donnant accès, via leur imaginaire, au point de vue des assassins. Et à leur sentiment d’impunité. A mesure que ses « personnages » fanfaronnent, exposent leur abjection comme un trophée, se glissent même dans la peau de leurs victimes, on sent croître la stupéfaction de l’Américain. Il ira cependant au bout de la noirceur, pour découvrir ce que cache l’exhibition du mal.

Dans cet exercice de cinéma-vérité, il n’y a pas plus de voix off (pour nous dire quand il convient de s’indigner) que de complaisance. Fallait-il filmer la reconstitution de la mise à sac d’un village, à laquelle sont « conviés » des enfants terrifiés ? Dans S21, La Machine de mort khmère rouge, Rithy Panh avait choisi l’épure pour confronter bourreaux et rescapés du génocide cambodgien. En laissant les assassins recourir au sensationnalisme, Joshua Oppenheimer vise paradoxalement le même but : faire remonter le massacre des profondeurs de l’Histoire. Comme de la bile.

Descente sans filet dans les bas-fonds de l’âme humaine, The Act of killing est aussi une réflexion sur l’image et l’usage que l’on en fait. A l’instar des terrifiants troufions de la prison d’Abou Ghraib prenant la pose tels des adolescents fiers du bon tour qu’ils ont joué, Congo et sa clique se prennent pour des « gangsters » de films, homologues asiatiques des héros de Martin Scorsese ou de Francis Coppola. Entre leurs mains, le cinéma est une plaisante façon de tenir le réel (et ses fantômes) à distance. Pour Joshua Oppenheimer, c’est au contraire un instrument cathartique qui démasque et met à nu.

En creux, il y a aussi le portrait de l’Indonésie d’aujourd’hui. Un pays gangrené jusqu’à l’os par des groupes paramilitaires fascisants, ressemblant étrangement à ceux qui, il y a près d’un demi-siècle, se sont chargés du carnage. Voir The Act of killing est une entreprise à risque. Celui de désespérer du genre humain. — M.B.
http://www.telerama.fr/cinema/films/the-act-of-killing-l-acte-de-tuer,438334.php

À propos de The Act of Killing,
le compte Facebook du réalisateur :
https://www.facebook.com/pages/The-Act-of-Killing/411723945542448?nr#

autres sources sur la dictature indonésienne et ses protecteurs :
Suharto, le dictateur canonisé

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-01-29-Suharto

L’Amérique, « Etat voyou »
http://www.monde-diplomatique.fr/2000/08/CHOMSKY/14129

Timor-Oriental, l’horreur et l’amnésie
http://www.monde-diplomatique.fr/1999/10/CHOMSKY/12527

L’Indonésie, atout maître du jeu américain
http://www.noam-chomsky.fr/indonesie-atout-maitre-du-jeu-americain/

à revoir, ou à voir :
L’année de tous les dangers
film de Peter Weir, 1982
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19455680&cfilm=30720.html

d’autres films :
Green, de Patrick Rouxel (visible sur Internet)
http://www.greenthefilm.com/

http://www.metacafe.com/watch/1142239/forest_destruction_and_wildlife_in_kalimantan_indonesia/

http://www.youtube.com/watch?v=EJt3LbccdC0

http://www.youtube.com/watch?v=cg5rfX1W0bA

http://www.youtube.com/watch?v=G4g0nGN6Ugc

http://www.youtube.com/watch?v=733owHYcMf0
d’autres infos sur les conséquences :
Le massacre des communistes indonésiens de 1965 : retour sur un des plus grands crimes contre l’Humanité
http://www.legrandsoir.info/le-massacre-des-communistes-indonesiens-de-1965-retour-sur-un-des-plus-grands-crimes-contre-l-humanite-du-xx-eme-siecle.html

« Papouasie Occidentale Nouvelle Guinée, honte mondiale »
http://www.planetaryecology.com/index.php?option=com_content&view=article&id=123:papousie-occidentale-nouvelle-guinee-honte-mondiale&catid=9&Itemid=470

L’huile de Palme industrielle : un crime contre le vivant
http://www.planetaryecology.com/index.php?option=com_content&view=article&id=121:un-crime-contre-le-vivant-l-huile-de-palme-industrielle&catid=9&Itemid=470

L’Indonésie à feu et à sang
Ecologie Infos n°404, 31 janvier 1992 (d’autres articles sur le cauchemar indonésien dans les collections de cette revue)

mai 2013
Hannah Arendt
film de Margarethe von Trotta
avec Barbara Sukowa

« (…) il est dans la nature même du totalitarisme, et peut-être de la bureaucratie, de transformer les hommes en fonctionnaires, en “rouages” administratifs, et ainsi de les déshumaniser (…) »
« (…) Eichmann n’est pas une figure démoniaque, mais plutôt l’incarnation de l’“absence de pensée” chez l’être humain (…) »

Il peut s’agir aussi d’une pensée formatée par un conditionnement, par une déculturation programmée accompagnée par l’imposition d’une autre culture, d’une culture réductrice des têtes et des coeurs… Car la soumission à l’autorité des expériences de Stanley Milgram ou de la vie quotidienne ne fonctionne pas avec tout le monde, heureusement. Pour en arriver à abandonner tout libre arbitre, il faut déjà avoir été préparé à cela, affaibli par une déformation des perceptions, des compréhensions et des représentations. C’est ce que nous vivons. La déstructuration culturelle et sensible qui coupe les individus de la nature, des autres vivants et de leur nature pour les déboussoler et les amener plus ou moins à leur insu à servir des intérêts étranges, un système nuisible, voire un totalitarisme, est devenue assez commune. Plus commune encore aujourd’hui qu’à l’époque d’Hannah Arendt.

Quelques années avant Hannah Arendt, après avoir fait l’expérience du nazisme et l’avoir fui, Theodor Adorno et Max Horkheimer ont mené une autre recherche éclairante sur les origines du totalitarisme : La Dialectique de la Raison.

« Depuis le dix-huitième siècle, la pensée occidentale s’est trouvée confrontée à un choix contradictoire entre deux façons de raisonner, deux positions, deux écoles différentes. La première préconise de libérer l’esprit humain du carcan mental dans lequel il s’est lui-même emprisonné, dans l’espoir de parvenir aux valeurs intrinsèques de l’ordre, aux fins dernières, au but ultime de la vie. C’est le côté critique des Lumières : la raison consacrée à la libération, à la transcendance. Sur le rivage opposé de cette dialectique, on trouve la deuxième école, qui propose une domination de la nature. Cette dernière position, devenue la branche la plus active de l’héritage des Lumières, présuppose une désacralisation du monde, une réduction quantitative et mécaniste de l’univers en une masse informe d’objets hétéroclites. La raison devient un simple instrument au service des moyens et non des fins. Cette façon de voir conduit à l’aliénation spirituelle de l’homme, à sa coupure d’avec la nature, puis à l’industrialisation et à la mercantilisation du monde vivant. Toute l’histoire de la science ainsi que toutes les autres dimensions de la vie intellectuelle depuis le dix-huitième siècle sont empreintes de cette dialectique »
Et d’ajouter :
« Aujourd’hui, au moment où l’Utopie de Bacon, la « domination de la nature dans la pratique », est réalisée à une échelle tellurique, l’essence de la contrainte qu’il attribuait à la nature non dominée apparaît clairement. C’était la domination elle-même. Et le savoir, dans lequel Bacon voyait la « supériorité de l’homme », peut désormais entreprendre de la détruire. Mais en regard d’une telle possibilité, la Raison, au service du présent, devient une imposture totale pour les masses » car « Toute tentative ayant pour but de briser la contrainte exercée par la nature en brisant cette nature n’aboutit qu’à une soumission plus grande au joug de celle-ci ».

Le nazisme a poussé très loin la réduction quantitative et mécaniste qui se traduit par le mépris, l’appropriation et la réification du vivant. Il n’est malheureusement pas le seul et sa science de la propagande et de la manipulation de masse a fait beaucoup d’émules.

Quelques dizaines d’années après Adorno, Horkheimer et Harendt, la « culture anti-nature » est largement revendiquée, les serviteurs zélés du nouveau totalitarisme mondialisé défilent en foules, plus vides de pensée critique, dépersonnalisés, soumis et médiocres les uns que les autres, incapables de combattre le mal, voire de distinguer le bien – ou simplement le bon du mauvais, incapables de vivre dans la société et l’écosystème sans les dégrader ; au pied de la lettre : abrutis. Et l’effondrement des résistances et des alternatives est devenu une banalité.

Promised land
film de Gus Van Sant
avec Matt Damon, Frances McDormand, Hal Holbrook…

C’est une belle campagne nord-américaine où l’on voit des boutiques et un bar très vivants. Un village américain, certes, mais un village dont le dynamisme et l’animation peuvent faire pâlir de jalousie la plupart de ceux d’ici.

Arrivent les agents dépêchés par l’une des grandes compagnies d’exploitation du gaz de schiste – « grandes compagnies », comme celles des brigands d’autrefois qui pressuraient les campagnes. Ici, les méthodes sont plus subtiles, mais elles n’en sont que plus efficaces : mensonge, séduction, tromperie … Il s’agit d’embobeliner les autochtones pour qu’ils abandonnent tous leurs droits, le bien commun et l’héritage de leurs anciens au profit du tout-capitalisme à rentabilité immédiate. Grandes compagnies d’hier et d’aujourd’hui, même combat : la spoliation et la destruction de la vie.

Les différents caractères se révèlent sous la pression, à commencer par ceux qui ont perdu toute culture et ne sont plus reliés à la terre et aux autres. Par exemple, le politicard local qui sollicite sa part du gâteau avant même d’y avoir été invité. Il y a heureusement ceux qui se souviennent du monde vivant, se comprennent encore comme parties d’un ensemble et pensent au lendemain.

Il ne manque pas un moment au développement, pas un bouton de guêtre au déploiement de l’opération de manipulation. Pas même la feinte dissidence. Je vous laisse découvrir la chose…

Ceux qui connaissent des manoeuvres équivalentes dans le mouvement social, le syndicalisme, l’action culturelle et politique, apprécieront. Les autres ne doivent pas penser que c’est exagéré, paranoïaque ou manichéen. Ils auraient bien tort.

Un petit conseil de lecture :
Voyage en feinte-dissidence, par Louis Janover, édit. Paris Méditerranée

mars 2013
Searching for Sugar Man
film de Malik Bendjelloul
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=200631.html
http://www.imdb.com/title/tt2125608/

Il s’agit de Rodriguez,Sixto Diaz Rodriguez, auteur-compositeur-interprète dont la carrière fut curieusement étouffée aux USA. Par contre, le voyage d’une seule cassette déclencha un succès foudroyant en Afrique du Sud. Il y devint aussitôt un catalyseur de la remise en cause du système d’oppression, un symbole du mouvement qui remuait l’Afrique du Sud comme presque tout le monde : « the new left », la nouvelle gauche alternative, le mouvement de la révulsion devant la domination et son avatar capitaliste en pleine croissance. Le succès s’est poursuivi en Australie puis en Nouvelle Zélande, mais toujours à l’insu de l’auteur. Rodriguez dont une rumeur a bientôt prétendu qu’il s’était suicidé en scène, comme pour éteindre la curiosité croissante de ses fans et limiter la contagion de sa popularité.

Dans l’album de Sixto Diaz Rodriguez « Cold Fact » paru en 1970), il y a, par exemple, cela :

This Is Not a Song, It’s an Outburst: Or, The Establishment Blues

The mayor hides the crime rate
council woman hesitates
Public gets irate but forget the vote date
Weatherman complaining, predicted sun, it’s raining
Everyone’s protesting, boyfriend keeps suggesting
you’re not like all of the rest.

Garbage ain’t collected, women ain’t protected
Politicians using people, they’ve been abusing
The mafia’s getting bigger, like pollution in the river
And you tell me that this is where it’s at.

Woke up this moming with an ache in my head
Splashed on my clothes as I spilled out of bed
Opened the window to listen to the news
But all I heard was the Establishment’s Blues.

Gun sales are soaring, housewives find life boring
Divorce the only answer smoking causes cancer
This system’s gonna fall soon, to an angry young tune
And that’s a concrete cold fact.

The pope digs population, freedom from taxation
Teeny Bops are up tight, drinking at a stoplight
Miniskirt is flirting I can’t stop so I’m hurting
Spinster sells her hopeless chest.

Adultery plays the kitchen, bigot cops non-fiction
The little man gets shafted, sons and monies drafted
Living by a time piece, new war in the far east.
Can you pass the Rorschach test?

It’s a hassle is an educated guess.
Well, frankly I couldn’t care less.
http://www.maxilyrics.com/sixto-rodriguez-this-is-not-a-song,-it%27s-an-outburst%3A-or,-the-establishment-blues-lyrics-85c4.html

février 2013
Des abeilles et des hommes
film de Markus Imhoof

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=209900.html
La santé des abeilles est indicative de l’état de la région et de la culture de ses habitants.

Avec Markus Imhoof, nous voyons des abeilles – et les autres vivants – entre l’enfer et le paradis. Plus souvent en enfer !

Elles sont en enfer aux Etats-Unis entre les mains d’un… on ne peut dire apiculteur… d’un mercanti qui loue leurs services d’Ouest en Est à des producteurs de fruits dévastateurs d’immenses territoires à coup de pesticides et autres techniques de réduction drastique de la diversité. Pas une abeille autochtone à l’horizon. Il ne reste que les parasites de la monoculture qui sont copieusement et régulièrement arrosés – comme les abeilles de location, d’ailleurs. C’est pour nous l’occasion de découvrir les horreurs de l’amande californienne (environ 90% de la production mondiale). Une dévastation totale. Cela met en appétit pour les produits obtenus ainsi. Tout est délirant dans ce système : l’industriel qui stérilise une région sous sa monoculture justifie celle-ci par l’obligation du recours à quantité de matériels, d’énergie et de chimie… semblant ne pas comprendre que celles-ci sont des conséquences de celle-là.

L’esclavagiste des abeilles transporte celles-ci sur des camions ordinaires pour économiser encore quelques précieux dollars. Entassées comme des sacs de pommes de terre, elles sont brinquebalées sur des milliers de kilomètres vers d’autres enfers, pendant des dizaines d’heures de torture. A l’arrivée, 20% de pertes… et la multiplication des maladies et des parasites – un joli cadeau pour la région d’accueil. Chaque manipulation des abeilles est réalisée avec une violence inouïe. De mauvais traitements en violences qui témoignent d’une ignorance crasse, toute la vie de ces abeilles est un calvaire qui contribue à semer la désolation dans tout le pays. Chaque instant de ce reportage sur l’industrialisation à outrance de l’agriculture parle de la réification du vivant et de ses conséquences catastrophiques. Très satisfait de lui, en imaginant déjà les dollars que son commerce immonde va lui rapporter, l’homme nous délivre gracieusement la quintessence de la philosophie qu’il veut croire largement partagée  : « On est des capitalistes. On veut se développer et dominer le monde ». Un authentique moteur de croissance. Le seul spectacle de ce prédateur triomphant mérite le détour.

L’autre enfer est la Chine. Une Chine privée d’abeilles depuis les coups de génie de la fin des années cinquante, les années du Grand Bond dans la folie furieuse maoïste – « guerre à la poussière », « guerre aux oiseaux », « guerre aux insectes » (1) -, au temps de la grande famine organisée et des déportations massives dans les camps de la mort.

Heureusement quelques coins de paradis peuplés d’humains dignes des abeilles nous sauvent du désespoir.

Entre enfer et paradis, les abeilles nous révèlent les pires et les meilleurs des hommes. Elles montrent le chemin.

(1) dans les épisodes précédents de cette rubrique (http://naufrageplanetaire.blogspot.fr/2011/03/revolution-arabe.html)
le 28 novembre 2012 : La grande famine de Mao
en mars 2012 : Fengming, chronique d’une femme chinoise
et aussi le film de Wang Bing : Le Fossé (présenté ci-dessous)
voir :http://fr.wikipedia.org/wiki/Campagne_des_quatre_nuisibles
Après l’invasion du Tibet, ces horreurs débiles ont définitivement prémuni les futurs écologistes (je parle de ceux de la nouvelle gauche alternative, pas des falsificateurs) contre le maoïsme et quelques autres totalitarismes – anti-nature par définition.

Méditons un peu sur l’infiltration de la nouvelle gauche écologiste des premières années 1970 par des maoïstes orphelins de la Gauche Prolétarienne et leur contribution à l’élimination des alternatifs – pour le plus grand profit de la globalisation capitaliste…

2013
La finance en folie nous revient dans la gueule…
Un peu comme un égoût qui,
d’un coup, fait un coude
et revient au WC
Le grand retournement

film de Gérard Mordillat
C’est la crise, la bourse dégringole, les banques sont au bord de la faillite, le crédit est mort, l’économie se meurt… Pour sauver leurs mises les banquiers font appel à l’État. L’État haï est soudain le sauveur ! Les citoyens paieront pour que le système perdure, que les riches restent riches, les pauvres pauvres.
Adapté d’une pièce de Frédéric Lordon, cette histoire d’aujourd’hui se raconte en alexandrins. C’est tragique comme du Racine, comique comme du Molière…

Frédéric Lordon : « D’un retournement l’autre – Comédie sérieuse sur la crise financière », 2011.
Économiste, Frédéric Lordon est notamment l’auteur de Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières (Raison d’agir, 2008), La Crise de trop (Fayard, 2009), Capitalisme, désir et servitude (La Fabrique, 2010).

Le choix de l’alexandrin ne doit pas rebuter ceux qui le craignent depuis l’étude scolaire des textes classiques. Il souligne la farce tragi-comique qui nous est servie par les financiers, les politiques, les experts, les journalistes… C’est presque jouissif quand, entraîné par le rythme, on s’essaye à deviner la chute des vers.
Les mécanismes de l’escroquerie globalisée sont habilement démontés et, si l’on ne saisit pas tout, on en apprend davantage.
Il manque, cependant, un acteur ou plusieurs : celui ou ceux qui représenterait(ent) la coordination supranationale qui, de théorie en stratégie et en manipulation de tous, pilote toute l’affaire. Pas l’ombre d’un représentant de l’une de ces sociétés, de ces clubs et autres cercles élitistes pourtant bien connus des personnages représentés. Même la très française Fondation Saint Simon, relais du néo-capitalisme mondial, est absente. Enfin, elle est là, dans chaque institution représentée, mais le spectateur non averti, s’il l’entend, ne la voit pas. C’est bien dommage car, de ce fait, les banquiers-investisseurs-décideurs du film semblent ballotés par des événements qu’ils ne maîtrisent pas. Dans la réalité, malheureusement, leur maîtrise est bien plus grande et elle s’étend même à ce peuple dont Gérard Mordillat semble attendre beaucoup de conscience et de capacité d’action, voire un « retournement ». On aimerait qu’il en soit ainsi, mais l’effondrement de la pensée critique, de la solidarité, du mouvement social enfin, a depuis longtemps précédé l’effondrement économique.
Il manque aussi tout un étage à l’analyse, son fondement même : la dimension écologique – l’économie de la nature, comme on disait bien avant qu’économie ne soit réduit qu’aux logiques du profit. Car, bien avant de se traduire par une destruction économique et le pillage de l’argent public, la grande escroquerie a commencé une destruction massive de la biosphère. Cela a été constaté il y a longtemps déjà, bien longtemps avant que ne se réveillent les victimes de la baisse du pouvoir d’achat et du chômage. Il est assez inquiétant que cela n’apparaisse toujours pas.
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=215366.html
Cette corporation est devenue experte
à garder les profits et nous laisser les pertes

Après Mai
de Olivier Assayas

Le film est long, long, long et on s’en rend compte en cherchant à comprendre ce qui rattache les juvéniles héros à Mai et aux grands mouvements des années soixante et soixante-dix.

Certes, les filles sont nombreuses à porter des robes longues inspirées de la culture hippie, on voit des journaux et des affiches gauchistes, on entend parler de Max Stirner mais on n’a pas le temps de se réveiller et d’en comprendre le sens, on voit une caricature de manif, on capte quelques bribes alternatives perdues au milieu de slogans simplistes, il y a même un zeste d’antinucléaire, une timide évocation du féminisme, et le livre de Simon Leys, « Les habits neufs du président Mao », qui, heureusement, captive un peu le personnage principal… Mais, comme ces jeunes qui ne savent que faire et grappillent de tous côtés en se laissant porter par le premier courant d’air, on flotte on ne sait où en ne trouvant rien de consistant à se mettre sous la dent.

Il y a de la violence aussi soudaine que gratuite qui succède à des longueurs apathiques, sans transition, des filles et des garçons qui se jettent les uns sur les autres, sans motivation, sans gaîté, des fumées et des cocktails bizarres qui circulent pour meubler le temps, jusqu’à la déglingue, de l’ennui, beaucoup beaucoup d’ennui dans cette petite société triste, et guère de cet enthousiasme militant pourtant courant à l’époque. Et puis, il y a la remarquable aisance économique où tous ces jeunes semblent évoluer. A contempler les intérieurs luxueux où gîtent les uns et les autres, on devine vite qu’ils sont tous très éloignés des prolétaires dont ils parlent beaucoup en s’extasiant.

Durant les années évoquées par le film, j’ai croisé quelques garçons et filles comme ceux-là. Aussi inconsistants, aussi fluctuants, aussi adeptes de la fumette avec gros dégâts apparents. Effectuant un salto complet par rapport à leur chère lutte des classes, presque tous sont retournés en courant vers l’argent de la famille, la carrière et le pouvoir servis sur un plateau (un exemple entre mille : Jean-Louis Borloo). Non sans avoir trahi et planté des couteaux dans le dos de ceux qui les avaient accueillis dans un mouvement ou un autre. Ce sont des jeunes mous de ce modèle qui ont servi de troupe manipulable à volonté aux tueurs de la nouvelle gauche alternative.

Apparemment, ils servent encore à cela.
A la réflexion, ce film est beaucoup plus important qu’il n’y paraît au premier abord : il fournit des explications sur les causes de la déliquescence continue que nous vivons depuis. Oui, en fait le film est bon et, s’il paraît profondément ennuyeux, c’est parce qu’il est fidèle à l’histoire de beaucoup de ces révolutionnaires d’opérette qui, après avoir, par intérêt ou par ignorance, étouffé le mouvement de ces années-là, encombrent encore aujourd’hui.

Toujours à lire et à relire :
Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, Guy Hocquenghem, Albin Michel, 1985

« votre réseau contrôle toutes les voies d’accès et refoule les nouveaux, le style que vous imprimez au pouvoir intellectuel que vous exercez enterre tout possible et tout futur. Du haut de la pyramide, amoncellement d’escroqueries et d’impudences, vous déclarez froidement, en écartant ceux qui voudraient regarder par eux-mêmes qu’il n’y a rien à voir et que le morne désert s’étend à l’infini »

« Par le reniement au carré, au cube, vous avez édifié une pyramide d’abjurations, sur laquelle vous vous êtes haussés vers le pouvoir et l’argent »
un autre bouquin qui n’est pas mal non plus, dans le genre document au premier degré :
Les jours d’après, Lison de Caunes, Jean-Claude Lattès 1980
Le héros sombre qui hante tout le livre pourrait figurer dans le film, comme Borloo dont il est ami d’ailleurs, et comme lui il encombre encore avec la bénédiction de la mégamachine capitaliste. Mais, à la différence de Borloo qui était inconnu de Guy Hocquenghem, celui-ci est épinglé sur le tableau de déshonneur de ceux qui sont passés du col Mao au Rotary

KHAOS
film de Ana Dumitrescu
Un documentaire essentiel sur le résultat, dans la plus vieille Europe, du néo-libéralisme capitaliste installé depuis la seconde guerre mondiale par la quasi totalité des forces politiques. Ailleurs, c’est pire.
Fil conducteur de ce documentaire, Panagiotis Grigoriou, historien, anthropologue et blogueur de guerre économique, nous accompagne et partage sa perception des événements et de la situation.
Dimitris pense peut-être à partir si un jour il y est forcé alors que Demosthène discute sur la politique française. Marcy, elle, a organisé un mode de fonctionnement de crise alors que les agriculteurs ne savent pas encore s’ils pourront continuer à semer. Katherina a vu son salaire se réduire de moitié et Giorgos a vu éclater les acquis sociaux tués par le mémorandum.
A travers ces visages, vous allez découvrir une Grèce loin des clichés véhiculés, loin de l’image qu’on s’en imagine.
Du marin pêcheur au tagueur politique, au rythme du jazz et du rap, sur les routes de Trikala en passant par Athènes et l’île de Kea, c’est un voyage à travers l’âme d’un pays qui vous emmène dans une réflexion sur la situation critique de la crise actuelle.
/film/fichefilm_gen_cfilm=211246.html
http://khaoslefilm.wordpress.com/http://www.allocine.fr
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19383210&cfilm=211246.html

à voir en ce moment sur les grands écrans
et sur internet
La petite Venise (Io sono Li)
film de Andrea Segre
avec Zhao Tao, Rade Zerbedzija
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=196311.html
De l’un des pays les plus ravagés à une région où subsistent encore de beaux restes de civilisation, Li, jeune femme chinoise faite esclave est déplacée d’atelier de confection en atelier, avant de découvrir un café et des italiens. Enfin, ses Vénitiens, devrait-on dire. Parmi eux, Bepi le poête, pêcheur retraité, est tiraillé entre Chioggia, l’autre belle cité de la lagune, et un enterrement de première classe à Mestre, à quelques kilomètres seulement mais très loin de la brume sur la lagune, très loin des filets de pêche, très loin de la beauté, très loin de tout… Mestre, ses raffineries, ses HLM, sa vie moderne sans but et sans saveur, son ennui mortel.

Excepté une dernière séquence dommageable comme un gâchis (d’autant qu’elle rappelle Mestre, ses torchères, sa pollution, son néant !), le film est une méditation ouverte et sensible sur les tourments auxquels nous expose la dictature capitaliste mondialisée : sur la dévalorisation, la chosification, la réification qui broient chacune et chacun, toute la vie.

Terra Ferma
Film de Emanuele Crialese

Il était une fois un système assoiffé de profits qui dévorait la vie à la surface d’une planète bleue. Et, sur une mer azur déjà polluée par le même système qui ne contrôle pas ses sphincters, une île italienne partagée entre les réfugiés de la misère, doublement naufragés, et le tourisme. Les uns doivent quitter leurs écosystèmes directement dévastés, ou désertifiés par d’autres destructions, plus loin. Les autres souffrent aussi de l’appauvrissement de la mer par les pollutions et doivent secourir les exilés perdus sur des rafiots, quand ceux-ci n’ont pas déjà coulés. Mais le système responsable de l’enchaînement mortifère veille sous la forme de règles européennes qui interdisent de porter secours et de subventions qui encouragent les pêcheurs à céder la place aux navires usines qui détruisent la mer. Plus personne n’a la maîtrise de sa vie. Et l’on ne voit pas d’issue.

Beaux portraits d’une humanité qui a de plus en plus de mal à garder ses repères.

Pour le film et la démonstration : magnifico.
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=192769.html

Le fossé
Film de Wang Bing
le film complémentaire de Fengming, chronique d’une femme chinoise (présenté ci-dessous)

Désert de Gobi 1960. Plaine aride battue par les vents. Lieu idoine pour les camps de rééducation des Cent Fleurs maoïstes. Tout le monde chinois y échoue. Les vieux militants de la première heure, les cadres déchus, ceux qui ont attiré l’attention d’un jaloux, d’un plus dérangé, le compagnon de Fengming He pour deux articles que lui avait demandés le parti… Des centaines de milliers de déviants à remettre dans le droit chemin de la dictature du prolétariat. C’est l’époque de la grande famine provoquée par les autres décisions géniales du Grand Timonier et de sa clique. Au camp de Jiabiangou, le quotidien s’éternise en efforts surhumains pour glaner encore quelques instants d’une survie misérable, puis en abandons résignés. Car la machinerie hiérarchique qui ne fonctionne que sur une seule idée à la fois ne produit que des personnalités brisées, victimes comme bourreaux, et des morts. Chaque nuit, chaque jour, des hommes s’éteignent, à bout de désespoir et de souffrance, et sont semés, anonymes, dans le désert, perdus à jamais pour que vive éternellement la dictature du prolétariat.

Une dizaine d’années plus tard, en France, des maoïstes fortement instrumentalisés par le système dominant allaient participer fébrilement à l’élimination de la nouvelle gauche alternative qui, en renouant avec le vivant, proposait d’échapper à la malédiction du capitalisme destructeur, comme à celle des autres totalitarismes. Comme le permettent les films de Wang Bing et plusieurs études récentes, nous commençons seulement à pouvoir faire le bilan de tout cela.
http://www.rue89.com/chinatown/2011/04/14/le-fosse-film-evenement-de-wang-bing-sur-arte-samedi-193907

38 témoins
film de Lucas Belvaux

Un centre ville la nuit. Ville minérale où chaque pas résonne, où chaque bruit est répercuté partout par les parois de béton et de verre. Pourtant, une femme meurt longuement sous les coups de couteau sans alarmer le voisinage, hors un homme qui croit à un tapage nocturne sans conséquence, gueule un coup au balcon puis, n’entendant plus rien, rentre se coucher. Aucune intervention. Aucun appel à la police. Aucun secours. L’enquête de police fait chou blanc. La plupart des voisins n’ont rien entendu. La victime semble avoir été assassinée dans un désert. Mais un homme, un homme qui a assuré n’y avoir pas assisté, est torturé par cette horreur.

C’est un film sobre qui captive de bout en bout en laissant s’épanouir les interrogations essentielles sur la relation de chacun aux autres, et, en définitive, à soi-même.

Les mêmes interrogations se posent aussi pour d’autres crimes, des crimes étendus dans le temps et l’espace, des crimes collectifs dont les témoins sont innombrables. Non assistance à peuples en danger, non-assistance à planète en danger… Pourquoi ?

Pollution locale par l’amiante, destruction écologique planétaire, agression individuelle, etc. La société « moderne et développée » se complaît dans la non-intervention et la cultive. « Faut pas intervenir ! », « On va pas s’charger de toute la misère du monde », « Tu vas pas faire la révolution tout seul, ha ha ha », « Laisse faire, on n’y peut rien », « Chacun est maître chez soi », « Inviolabilité de la propriété privée », « Souveraineté des Etats », etc. Où est passée la culture qui met en lumière les interrelations, la compréhension des proximités, de l’interdépendance, de l’appartenance à un même ensemble, le sens vital de la solidarité ?

Bovines

De belles images sur la triste vie des vaches dégénérées par la sélection du profit (ce sont des charolaises) dans l’élevage transformé par la finance et l’industrie. On y entrevoit les prédateurs « éleveurs » dont la chorégraphie surmécanisée fleure bon la grasse subvention. Un film étonnant parce qu’il oscille entre une tendresse pour les animaux et les paysages, et le pénible spectacle de leur réification qui ne semble pas déranger le réalisateur.
Vacherie de destin
http://www.liberation.fr/chroniques/01012395015-vacherie-de-destin

En contrepoint de Bovines, il faut voir le film de Michael Roskam : Bullhead. Loin de cacher ce qui dérangerait, ce film déballe tout sur fond de mafia des hormones.

Un boucher face à la mal-viande
Par HUGO DESNOYER Boucher
J’ai lu Faut-il manger les animaux ? le best-seller de Jonathan Safran Foer, venu poser pour un hebdomadaire parisien entre les carcasses en chambre froide de ma boucherie, l’image illustrant l’industrie animalière et sa cruauté intrinsèque. Sauf que, lecture faite, je suis d’accord avec mon visiteur. Il s’était trompé de porte.

Résumons son propos. L’élevage industriel produit des animaux de plus en plus gros, en un temps, un espace et pour un coût de plus en plus réduits. Le poulet en batterie vit trente-huit jours, ne voit pas le jour, ne tiendrait pas sur ses pattes. Le porc en Bretagne : trois bêtes au mètre carré sur caillebotis. Une poule en élevage artificiel pond deux à trois fois plus d’œufs qu’à l’air libre. Une vache laitière réformée prend en deux mois et demi de stabulation au forceps quarante kilos de «viande» en plus. On imagine la vie animale dans ces usines concentrationnaires. Une truie enceinte en cage de «gestation» ne peut pas se retourner. Les bêtes empiètent les unes sur les autres, se battent. Le stress est permanent. Notre nourriture est produite dans la douleur. La ferme aux animaux ? Non. «La ferme, les animaux !»

La viande industrielle en grandes surfaces représente aujourd’hui les trois quarts des achats de produits carnés. Les éleveurs indépendants se raréfient. Une vache industrielle est abattue à 2 ans, les leurs à 5 ans (un hectare d’herbage par tête ; coût nul pour l’environnement), à l’unité, sans douleur et en musique, dans les derniers abattoirs municipaux ou privés. La viande en grande surface est vendue six jours après abattage ; en boucherie trois à quatre semaines. Nous payons aux éleveurs le kilo de viande bovine à 5 ans 6 euros ; le kilo de bête de 2 ans et de vache de réforme est cédé à perte 2,50 euros. Surcoût en boucherie : 25%. Viande ou mal-viande, à nous de choisir. «Chaque fois, écrit Safran Foer, que vous prenez une décision alimentaire, vous pratiquez l’élevage par procuration.»

La majorité des consommateurs se dit prête à payer plus pour que les animaux soient traités selon la nature et pour des produits d’élevage dignes de ce nom. «Si les consommateurs ne sont pas prêts à payer les éleveurs, pour qu’ils fassent correctement leur travail, alors ils ne devraient pas manger de viande.»Faisons un rêve : si les acheteurs de mal-viande privilégiaient les boucheries, ils devraient réduire, à dépense égale, leur consommation d’un quart. Ils y gagneraient au centuple en goût et en santé. Et le cycle vertueux de production redémarrerait en amont. Le combat de Jonathan Safran Foer est aussi le nôtre.
Opinion parue dans Libération du 7 février
http://www.liberation.fr/terre/01012318311-un-boucher-face-a-la-mal-viande

Faut-il manger les animaux ? de Jonathan Safran Foer, éditions de l’Olivier
http://www.arte.tv/fr/3626884,CmC=3627082.html
http://www.culturopoing.com/Livres/Jonathan+Safran+Foer+Faut+il+manger+les+animaux+-4523

portrait de Yves Marie Le Bourdonnec
témoignage d’un autre boucher de qualité, dans Libération du 11 mars
(…) il se bat pour la rénovation d’un élevage français qui ne mange plus d’herbe et ne voit plus le jour. Constat sans concession : «Le modèle actuel est polluant, non rentable et d’un goût douteux.» Le cheptel s’ennuie derrière sa mangeoire gorgée de céréales, vit sous perfusion de subventions européennes et fournit une viande insipide à une population qui en est presque venue à se défier de tout ce rouge sang et pourrait finir par glisser vers le vert bio. (…)
http://www.liberation.fr/societe/01012395023-bien-embouche

mars 2012
Cheval de guerre
film de Steven Spielberg
d’après le livre de Michael Morpurgo

Il était une fois un cheval magnifique et son meilleur ami bipède. Deux jeunes êtres qui se retrouvent propulsés au coeur du cauchemar des cauchemars : au front de la guerre 14-18. Séparément.

C’est tout d’abord très hollywoodien, un tantinet sirupeux, et l’on en profite pour visiter une belle campagne anglaise et la vie des paysans d’avant la PAC. Puis vient la guerre. Rendue comme était la guerre, où des masses de braves types sont jetés les uns contre les autres pour défendre des intérêts ennemis des uns et des autres. La guerre épouvantable pour les hommes et les bêtes des deux camps. Images époustouflantes. Grande mise en scène.

Qu’un film à gros budget soit consacré à un cheval confronté à la furie d’une civilisation dévoyée dit peut-être quelque chose de positif sur notre époque. On veut l’espérer. C’est en tout cas un hommage aux millions de chevaux et d’autres êtres sacrifiés dans des conflits vains. Il y a peu que l’on parle à voix haute de ces martyrs.

Entre 4 et 8 millions de chevaux auraient été victimes de 14-18. La différence entre les estimations laisse deviner quelle attention était généralement portée à ces autres vies, à quel point la vie a été réifiée par la culture dominante.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Cheval_durant_la_Premi%C3%A8re_Guerre_mondiale

Chevaux victimes de guerre
article paru dans Clic-Cheval, pour le bien-être du cheval
http://clic-cheval.com/chevaux-victimes-guerres.html
14-18: le lourd tribut des chevaux dans la guerre
http://champagne-ardenne.france3.fr/info/14-18-le-lourd-tribut-des-chevaux-dans-la-guerre-72879471.html

Sur les animaux esclaves :
Le cheval prolétaire, émission de Jean Lebrun (La marche de l’histoire) sur France Inter avec Eric Baratay :
http://www.franceinter.fr/emission-la-marche-de-l-histoire-le-cheval-proletaire-0
La « cause animale »
http://www.laviedesidees.fr/La-cause-animale.html

Un livre d’Eric Baratay, spécialiste de la condition animale :
Et l’homme créa l’animal. Histoire d’une condition (Odile Jacob, 2003)

Un livre essentiel sur la guerre, sur 14-18 en particulier :
Ceux de 14
par Maurice Genevoix qui fut entraîné dans cette tourmente.
« C’était dans les bois de Septsarges, le 1er septembre, le jour où Dalle-Leblanc a reçu une balle dans le ventre. J’ai veillé longtemps, cette nuit-là. Il faisait déjà froid ; les blessés perdus appelaient entre les lignes des brancardiers qui ne viendraient pas ; plus poignant que ces plaintes humaines, le hennissement d’un cheval mourant pantelait sous les étoiles. »

Ce récit montre que la guerre ballote tous les hommes, leur faisant perdre la maîtrise de leur vie – et de la vie des autres. Le parallèle avec la guerre économique, qui fait perdre tout libre arbitre à la plupart, et les métamorphose, est frappant.

Fengming, chronique d’une femme chinoise
documentaire de Wang Bing

http://www.mk2.com/trois-couleurs/fengming-chronique-une-femme-chinoise

Ceux qui ont vu A l’ouest des rails, monumentale saga documentaire, d’un fol humanisme, sur l’extinction d’une cité industrielle du nord-est de la Chine, se souviennent de lui. Le diptyque qui sort ces jours-ci, Fengming, chronique d’une femme chinoise (le 7 mars) et Le Fossé (le 14 mars), n’est pas moins ambitieux. Le premier des deux films est un documentaire, le second une fiction, mais ils traitent de la même réalité : le destin de ces intellectuels désignés comme « droitiers » au cours de la répression atroce qui fit suite, en 1957-1958, à la campagne d’ouverture des Cents Fleurs. Plus de 500 000 personnes furent alors déportées dans des camps de « rééducation par le travail ».
Les deux films convergent vers un même lieu et une même date, le camp de Mingshui, en bordure du désert de Gobi, au cours de l’un des hivers les plus meurtriers de tous les temps : celui de l’année 1960. La famine consécutive au fiasco du Grand Bond en avant causa alors entre 15 millions et 30 millions de morts.
D’après la critique du Monde
http://www.lemonde.fr/cinema/article/2012/03/06/fengming-chronique-d-une-femme-chinoise-et-le-fosse-cent-fleurs-empoisonnees_1652489_3476.html

Avec le témoignage tendu de Fengming He sur sa vie dévastée, comme toutes les autres vies dans ce pays martyrisé, nous avons un aperçu de ce que fut l’interminable descente aux enfers sous le maoïsme. Et nous voyons comment chaque personne, chaque famille, chaque communauté, tous les peuples de la Chine, comment la culture et chaque pensée organisée, toutes les civilisations chinoises, ont été déstructurés, cassés menu, et pourquoi, après des décennies d’écrasement et de perte des repères, la dictature du capitalisme anti-nature, donc anti-social, a pu être imposée.

Il est confondant de rapprocher cette horreur de la fièvre extatique pour les délires du Grand Timonier qui a sévi longtemps en France dans les milieux universitaires, médiatiques et littéraires. Une fièvre qui a couvert des forfaits que nous commençons à peine à identifier et dont les effets se prolongent aujourd’hui. « Calamité gauchiste » dit Fengming He.

Wang Bing a complété ce documentaire avec Le Fossé, un film de fiction inspiré par le camp de redressement par le travail où le compagnon de Fengming He a trouvé la mort à l’époque de la Grande Famine, comme tant d’autres.

Mao : au moins 70 000 000 morts
http://www.hebdo.ch/mao_tseacutetoung_un_criminel_beaucoup_trop_meacuteconnu_23657_.html

Cinquante ans après la mort du compagnon de Fengming, une arrestation au Tibet

Une répression hors de la vue des journalistes
http://www.courrierinternational.com/article/2012/02/22/une-repression-hors-de-la-vue-des-journalistes

17 février 2012
My land
film de Nabil Ayouch

« My Land » donne la parole à de vieux réfugiés palestiniens qui ont fui en 1948 sans jamais retourner sur leur terre, et qui vivent dans des camps au Liban depuis plus de 60 ans.
Cette parole est entendue par de jeunes israéliens de 20 ans qui construisent leurs pays, se sentent viscéralement attachés à leur terre, mais sans jamais vraiment savoir expliquer pourquoi.
Entre ces deux mémoires, il y a une réalité. La réalité de deux peuples qui se battent pour la même terre. Il en ressort un dialogue à distance qui met en perspective ce conflit sous un angle avant tout humain.

Je suis né en France en 1969, d’un père musulman marocain et d’une mère juive, d’origine tunisienne.
Pour la communauté juive qui m’entourait, j’étais cet enfant un peu particulier, fruit d’un mariage pas accepté, jamais digéré.
Au Maroc, j’étais le fils de la juive.
Je ne pense pas avoir souffert des non-dits, des chuchotements, des jugements, car je refusais de les entendre. J’ai souffert d’un conflit qui alimentait toutes les conversations, qui résonnait constamment au sein de mes deux familles. Un conflit, dans une contrée lointaine, entre deux peuples qui se battaient pour la même terre.
Ce conflit ne m’a jamais quitté.
Il a forgé ma conscience politique, il a éveillé ma capacité de révolte, il a surtout défini la plupart des rapports que j’entretiens avec le Monde qui m’entoure.
Ainsi, j’ai longtemps boycotté Israël. J’ai même longtemps refusé d’écouter l’opinion ou de connaître l’histoire israéliennes. Pour moi, il y avait un agresseur et des agressés. Aujourd’hui encore, je reste convaincu que l’injustice que subit le peuple palestinien est immense.
Mais entre temps, j’ai franchi le pas. J’ai rencontré des fantômes, ces vieux réfugiés palestiniens qui ont dû fuir leur terre en 1948 et qui vivent depuis dans des camps au Liban…
Il n’en reste que très peu mais ceux qui restent m’ont raconté leur histoire.
Et j’ai voulu la faire entendre à de jeunes israéliens de 20 ans qui habitent aujourd’hui sur les mêmes lieux que là où vivaient ces Palestiniens. Des jeunes qui se sentent viscéralement attachés à la terre où ils sont nés, où ils ont grandi. Des jeunes aux convictions politiques souvent nationalistes, qui vivent dans le déni. Des jeunes auxquels il manque la mémoire.
Je n’étais pas sûr que ça changerait quoi que soit, ni même qu’ils accepteraient d’aller à la rencontre de ce passé qu’ils occultent, pourtant si présent autour d’eux. Mais j’avais envie d’essayer. J’avais surtout envie d’y croire…
Voix off du début du film

Etonnant que ce soit la première fois que la confrontation des témoignages des uns et des autres ait été réalisée.

Face à l’énormité de la violence de la guerre et de la spoliation, on découvre l’ignorance beaucoup plus que le déni. Une ignorance organisée pour que les nouvelles générations et les gens venus d’ailleurs ne prennent pas conscience. La manipulation de l’opinion israélienne est patente, si grave que la plupart croient que les Palestiniens sont partis d’eux-mêmes, que la force n’a été utilisée que contre ceux qui s’attaquaient aux Juifs, qu’ils ont refait leur vie en Israël, etc. Cette désinformation fabrique les inertes et les dociles nécessaires à la poursuite de l’escroquerie sous couvert d’une illusoire « démocratie ».

L’ignorance et la désinformation ne sont pas spécifiques à Israël. Elles sont aussi beaucoup cultivées ici depuis un temps à peu près comparable. C’est ce qui permet au système dominant de continuer à exploiter, à détourner et à détruire en toute impunité. En Palestine-Israël comme ailleurs, apprendre la vérité sur l’histoire est primordial. Cela seul peut mobiliser les consciences et faire évoluer la situation.

http://www.myland.ma/
http://www.lemonde.fr/cinema/article/2012/02/07/my-land-faire-surgir-une-parole-impossible_1639976_3476.html
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19304857&cfilm=198095.html

Tant de colonies hors la loi
… par rapport à la loi de l’Etat sioniste lui-même
http://www.courrierinternational.com/article/2009/04/16/tant-de-colonies-hors-la-loi

Félins
de Keith Scholey et Alastair Fothergill

Superbe ! Magnifique prise de vue qui fait que l’on se retrouve dans l’intimité des lions et des guépards, dans les joies et les difficultés de leur quotidien.

Pas une autoroute, pas un TGV à l’horizon. Même pas une plantation de palmiers à huile ! A voir vite avant que ces paysages ne soient à leur tour victimes de la croissance. Mais sans prendre au premier degré un commentaire parfois guerrier.

Les nouveaux chiens de garde
de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat
d’après Les chiens de garde, Paul Nizan 1932, réédition Maspero 1969
et Les nouveaux chiens de garde, Serge Halimi, Liber-Raisons d’agir 2005

Sur la véritable censure au sein de l’édition et des médias français.

Synopsis officiel :
Les médias se proclament « contre-pouvoir ». Pourtant, la grande majorité des journaux, des radios et des chaînes de télévision appartiennent à des groupes industriels ou financiers intimement liés au pouvoir. Au sein d’un périmètre idéologique minuscule se multiplient les informations pré-mâchées, les intervenants permanents, les notoriétés indues, les affrontements factices et les renvois d’ascenseur.

En 1932, l’écrivain Paul Nizan publiait Les chiens de garde pour dénoncer les philosophes et les écrivains de son époque qui, sous couvert de neutralité intellectuelle, s’imposaient en véritables gardiens de l’ordre établi.

Aujourd’hui, les chiens de garde sont journalistes, éditorialistes, experts médiatiques, ouvertement devenus évangélistes du marché et gardiens de l’ordre social. Sur le mode sardonique, LES NOUVEAUX CHIENS DE GARDE dénonce cette presse qui, se revendiquant indépendante, objective et pluraliste, se prétend contre-pouvoir démocratique. Avec force et précision, le film pointe la menace croissante d’une information produite par des grands groupes industriels du Cac40 et pervertie en marchandise.

Un document indispensable. Mais encore au-dessous de la réalité des rouages de la feinte-dissidence qui détournent et étouffent la pensée critique.

mercredi 11 janvier 2012
Le projet NIM
par James Marsh (lauréat d’un Oscar pour le documentaire Man on Wire),
d’après le livre The Chimp Who Would be Human, de Elisabeth Hess.

Après que l’on ait vu Nim cajolé par sa mère dans une cage sinistre d’un centre de recherches universitaires, le directeur du lieu – William Lemmon -, une brute qui travaille ses protégés au pistolet électrique *, enlève le bébé, comme il l’a déjà fait six fois avec les rejetons précédents. Et de commenter : « Pour les mères chimpanzés, leur bébé n’est qu’un objet ».
* comme on le voit dans le film ici présenté en septembre : « La planète des singes : les origines »

Comme en ponctuation de l’histoire du chimpanzé Nim Chimpsky livré aux dispositions très inégales d’une succession d’humains, le film présente une galerie de portraits révélateurs. A trois personnages près, qui sont joués par des comédiens, nous suivons les protagonistes sur les photos et dans les fims d’époque. Ils sont montrés aujourd’hui en plans fixes, inquisiteurs, dévoilant leurs travers ou leurs qualités, leurs doutes, leur sensibilité – ou leur absence.

C’est Herbert Terrace qui a eu l’idée de cette expérience et l’a dirigée depuis son poste de professeur en psychologie et comportement de l’Université de Columbia. Suivant les amours débridés de Terrace et ses idées improvisées, Nim est d’abord placé chez des baba-cools complètement dépassés par l’évènement, puis brinqueballé de tous côtés, arraché à l’affection des uns puis des autres. Le plus souvent mal accompagné, déboussolé, Nim manifeste un certain ressentiment à coups de dents, que Terrace interprète comme un retour à « l’animalité ». N’importe quel humain à tempérament aurait fait bien pire !

Mais Herbert Terrace n’a aucun recul sur son « travail ». Aujourd’hui encore, il refuse de voir les carences et les erreurs de son expérimentation. Et, bien entendu, son incompétence. En 1978, sans consulter personne, et surtout pas le couple d’éducateurs qui s’occupait bien de Nim, il considère tout à coup que son projet a échoué. Pourquoi ? Parce que Nim n’utilise pas tout le vocabulaire appris pour tenir des discours philosophiques. Chacun se prend à penser que les « progrès rapides » de Nim auraient été plus spectaculaires dans de meilleures conditions, s’il avait été mieux entouré, et qu’il aurait poursuivi sa progression si… Terrace balaye tout d’un revers. Trop tourné vers son nombril le chimpanzé ! C’est curieux ; c’est exactement l’une des réflexions qui vient à l’esprit du spectateur en observant l’absence d’empathie et voyant se déployer l’égocentrisme chez cet « éminent professeur » (d’après le synopsis). Quel dommage que personne n’ait songé à débrancher cette baudruche. Bien au contraire, le môsieur a fait une jolie carrière universitaire démontrant brillamment que la valeur et l’ouverture sur les autres et la vie n’étaient pas des critères pertinents dans cette institution.

En 1982, grâce aux judicieuses décisions du directeur d’études Terrace, à son intelligence sensible déficitaire et propice à l’instrumentalisation de Nim et de tous les humains de son entourage, grâce aussi à la lâcheté qui couronne tant de qualités, l’idée première du projet se mue en expérimentation de l’horreur. Entre en scène James Mahoney, sorte de docteur Mengelé avide d’expériences sur ces êtres si proches qu’ils communiquent de façon parfaitement compréhensible avec leurs tortionnaires. Hier comme aujourd’hui, le visage de Mahoney dit tout. Il impressionne, même, tant il apparaît malsain et faux.

Pourtant, James Mahoney, lui aussi, a fait une carrière que d’aucuns pourraient regarder comme une réussite, malgré les tortures infligées aux primates dans le laboratoire dont il était directeur. Encore un lieu sinistre lié à l’université ! Mahoney est resté de longues années directeur de ce Lemsit (Laboratory for Experimental Medicine & Surgery in Primates) où, obsédé par une politique du chiffre, il entassait des dizaines de prisonniers dans des cages à la Louis XI.

Bob Ingersoll offre un bien meilleur visage et les traits d’une personnalité forte et compétente. Retenez son nom. Bob était devenu le grand ami de Nim, et réciproquement, quand celui-ci avait été abandonné par Herbert Terrace (voir ci-dessous « Man’s best friend »). Quand James Mahoney et son Lemsit se sont emparés de Nim et de ses congénères, Bob s’est battu pour le sauver. L’Université n’a pas bougé. C’est Bob qui gênait et non le tortionnaire Mahoney travaillant sous le contrôle de l’université. Albert Terrace est resté coi, indifférent et soumis à l’ordre hiérarchique universitaire. Heureusement, la presse a bougé et un avocat, Harry Hermann, a entamé une procédure au nom de Nim, puisqu’il avait été élevé en humain et en avait, donc, les droits. Et cela a marché. La bureaucratie universitaire a libéré Nim pour éviter que le scandale ne grandisse encore.

Mais Nim n’était pas encore au bout de sa malheureuse odyssée chez des humains incapables de communiquer avec lui. Nim Chimpsky est mort très jeune, surtout pour un chimpanzé protégé des dangers de la forêt. Il est mort à 26 ans, en 2000, ce qui témoigne vraisemblablement des stress et des mauvais traitements qu’il a subi.

James Marsh a réussi un film efficace, soutenu et stimulant qui met en lumière beaucoup plus que l’insuffisance de quelques personnes. Au-delà de l’absence d’empathie, de compréhension des autres êtres, et même du sadisme des principaux responsables de ce drame qui prétendent éclairer le monde de leur science, individus et institutions, ce sont la stupidité de la culture dominante, son incompétence, qui se révèlent. C’est d’autant plus intéressant que ces responsables ont la prétention d’éclairer le monde de leur science. Et cela l’est encore davantage parce que cela s’est passé à l’université de Columbia, l’un des lieux où la Nouvelle Gauche alternative s’était affirmée. Or, le principal caractère de ce mouvement, qui s’est développé en réaction au renforcement de l’exploitation et des destructions accompagnant la mondialisation du capitalisme, était la redécouverte de la culture première, la culture inspirée par le vivant, cette counter culture en tous points contraire à la « culture anti-nature » du système dominant. Mais tout le monde n’était pas au même stade de la prise de conscience. C’était juste le début d’un processus de prise de conscience de tout ce qui avait été enfoui par des siècles de conditionnement au pouvoir discrétionnaire des dominants.

Le cauchemar vécu par Nim est exemplaire de la fermeture de cette culture impérialiste qui n’est autre qu’une culture du refus de la nature (comme elle se définit elle-même), une culture de conquête, une culture de guerre, fondement de toutes les exploitations et toutes les destructions.

En France aussi, et aujourd’hui encore, il se passe des choses ignobles du côté des centres de recherche. Ainsi, le massacre de la population de Macaques de Tonkéan au Centre de Primatologie de l’université Louis Pasteur de Strasbourg en septembre 2008.
voir, sur le blog, le rappel fait en septembre :
A Strasbourg, les singes quittent le centre d’études sans remerciements et les pieds devant
autres sources :
http://krissnature.over-blog.com/article-22752826.html
http://www.evous.fr/strasbourg/Polemique-sur-l-euthanasie-de-14,2306.html
Chimpanzees In the News Again
Project NIM—a Screening
http://www.releasechimps.org/2011/05/#axzz1jFxIzsEM

Man’s best friend

This is a love story on top of a horror story.
First the love story. Bob Ingersoll fell at first sight for a chimpanzee named Nim.

Nim was riding in the back of a station wagon as it made its way up the driveway of the Institute for Primate Studies in Norman, Okla., in 1977. « I knew I could work with Nim, » Ingersoll said during a recent interview. « We’d heard about Nim for a couple of years. »
What the Boston native had heard about was a disastrous experiment dreamed up by behavioral psychologists at Columbia University to see if an ape could communicate with humans through sign language if raised like a human child in a regular family.
“Project Nim’’ chronicles Nim’s existence during and after the failed experiment.
Nim’s full name was Nim Chimpsky, a playful version of Noam Chomsky, the MIT professor who’s one of the fathers of modern linguistics.
« They had no idea what they were doing. They misinterpreted Nim’s aggression. He never bit me once, » said Ingersoll, 57, who spent nine years with Nim over two different periods, about those involved in the experiment. « They thought they could train animals to think the way we do. Bats don’t think like humans because they’re bats. They process information like bats. You can’t domesticate wild animals. Attacks are going to happen eventually. It’s just our arrogance. »
« Bob is a genuinely wonderful human being, and he emerges as the true hero of the story, » said Simon Chinn, producer of the film. « He has a big personality and a very big heart. He is someone who takes on causes and fights very hard for them. »
Ingersoll, a pot-smoking Deadhead with shoulder-length silver hair, now lives in San Francisco with his second wife, Belle. In the mid-’70s, while an undergraduate psychology major at the University of Oklahoma, also located in Norman, he got the chance to spend time at the IPS with a few of the 40-odd chimps there. He immediately displayed an easy bond with them. Over time, says Ingersoll, owner Bill Lemmon was impressed enough to give him a key to the cages. « My life was changed, but I didn’t know it. »
Despite his life out West, Ingersoll is all Boston. He was born in the Chelsea Naval Hospital, lived in Roxbury as a kid, and hung out with his friends in Fields Corner. Then he banged around the world, from Turkey to Japan and North Carolina, as a military brat – his father was a career enlisted man in the Air Force. He and Belle stay with his godmother in Quincy whenever he’s in town, He lives and dies for the Red Sox (a base-ball team).
http://articles.boston.com/2011-07-15/lifestyle/29778324_1_project-nim-nim-chimpsky-bob-ingersoll
doc
http://www.projetprimatesfrance.org/index.php?option=com_content&view=article&id=74&Itemid=78&121fc98dd0c85fa74dc988e2f696be37=9a5509654ea84ea18b5fee47731f543c

Hara kiri : mort d’un samouraï
film de Takashi Miike

Où l’on découvre la structure hiérarchique d’une riche famille qui, depuis longtemps, doit tout à l’arbitraire et plus rien à sa compétence. L’apparat, les symboles d’une gloire passée, une étiquette sourcilleuse, y comblent le vide existentiel. Et tous, du PDG d’époque au dernier des sous-fifres, s’accrochent à la lettre d’un code d’honneur dont les origines et la substance ont été perdues, effacées par l’esprit de la domination. Cette micro-société fermée sur la vie n’est plus habitée par une intelligence sensible. Sans empathie ni compassion, elle n’est plus qu’une machine.

Dessous ce couvercle, la société est écrasée, réduite à la survie, à la merci du moindre accident qui fait chuter dans la misère.

L’action confronte les deux mondes et révèle jusqu’au ridicule la vacuité de la domination.

La riche famille et sa hiérarchie faite de brutes, comme elle ressemble à ce que nous supportons aujourd’hui !

Un film prenant avec, pour les amateurs, un long et magnifique combat.

L’ordre et la morale
de Mathieu Kassovitz

L’émotion grandit dans le peuple kanak sous les lois promues par le gouvernement Chirac et son ministre Bernard Pons. En mai 88, deux prises d’otages mobilisent le banc et l’arrière banc de l’impérialisme français. L’une est résolue en souplesse après négociations. L’autre a provoqué la mort de quatre gendarmes et la situation est bloquée par la peur des représailles, pour les uns, par les vociférations électoralistes d’un pouvoir défié à la veille des présidentielles, de l’autre côté.

Efficace et sobre, le film piste le chef du GIGN, seule force normalement autorisée à intervenir sur le territoire de la République. Mais l’approche de l’élection a déverrouillé les dernières petites inhibitions des politiciens et l’on voit se déformer le masque démocratique sous la poussée du totalitarisme des intérêts déchaînés. Du haut de l’amoncellement d’appétits enfiévrés et de mépris qui anesthésient l’intelligence sensible, là où siège le gouvernement, tombe l’ordre de faire donner l’armée. Et l’ordre colonial s’abat sur le pseudo département d’au-delà des mers.

Le massacre de la grotte d’Ouvéa est une des démonstrations de l’escroquerie à la démocratie qui passe par le système électoraliste entièrement maîtrisé et promu par les lobbies les plus anti-démocratiques – toute la machine du capitalisme anti-nature.
http://partideliberationkanak.unblog.fr/evolution-statutaire-de-la-nouvelle-caledonie/
http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2834

La lutte du Larzac, le film Tous au Larzac, Christian Rouault (le réalisateur), et les hippies

France Inter, lundi 21 novembre, 18H45 :
« (…) tous les gens qui ont vécu ça ont été extrêmement émus parce que le Larzac, c’est vrai, réduire ça aux hippies qui rigolent, c’est tout petit », dit l’animateur France Inter.
« C’est le discours de l’ennemi, ça ! », coupe Christian Rouaud presque colère. Et d’enchaîner : « Les hippies, les chèvres, les communautés, tout ça, c’était des conneries. (…) On a fabriqué une image négative qui fonctionne encore aujourd’hui (…) Ya des gens qui croient encore aujourd’hui que c’était des histoires de hippies ! »
Emission Down Town de Philippe Collin et Xavier Mauduit, avec Christian Rouault et Léon Maillé (qui approuvait).
On a aussi entendu : « Il n’y avait pas de communauté sur le Larzac »… Il y a trois communautés de l’Arche depuis les années soixante.

Lanza del Vasto, citoyen du monde, non-violent, alternatif, fondateur des communautés de l’Arche, l’une des figures de la lutte du Larzac et de la Nouvelle Gauche
Une « image négative » ?
Des « hippies », quelle incongruité, quelle horreur ! Peut-on imaginer plus négatif, plus petit ?!

Mais quelle conscience a Christian Rouault des hippies ? Ne sait-il pas que le mouvement Hippie étaient l’un des courants révolutionnaires des sixties, l’un des premiers courants du mouvement alternatif ? Comment le réalisateur d’un film sur l’une des luttes exemplaires de la Nouvelle Gauche peut-il dénigrer l’une des composantes de la Nouvelle Gauche alternative ? Je crois l’entendre demander : « C’était quoi la Nouvelle Gauche ? »

New York avril 1967
Et, de ce côté de l’Atlantique, ces « hippies », qui semblent considérés comme une pollution par Môsieur Christian Rouault (comme les communautaires), qui étaient-ils ? Des écologistes, des anarchistes, des pacifistes, des autogestionnaires, des féministes, des régionalistes occitans et d’autres régions, des communautaires (le combat de Lanza del Vasto et de ses amis, d’ailleurs implantés en deux endroits dans la région, aurait-il été oublié ?)… peut-être même quelques purs hippies du déjà vieux mouvement, d’ailleurs. Et alors ? N’ont-ils pas pesé dans la lutte hautement symbolique du Larzac – une lutte qui dépassait de très loin les limites du Plateau ?

Tous étaient unis dans un même mouvement : la Nouvelle Gauche façon Murray Bookchin, comme l’évoquait Fournier avant même l’ouverture des hostilités au Larzac. Ce que nous allions bientôt appeler le mouvement alternatif. Sans cet élan général de l’alternative au système dominant, ici méprisé au travers des hippies, la résistance du Larzac serait restée confidentielle.

On reconnaît là la bêtise, souvent instrumentalisée, qui consiste à stigmatiser les autres, les différents, ceux que l’on ne comprend pas, que l’on ne comprend plus. Pour se rassurer contre ce qui, désormais, inquiète, et s’éviter de penser ?

Quarante ans après, tous des notaires ?

Dans quelle mesure est-ce involontaire ?

Ne s’agirait-il pas encore d’un remugle de la manipulation de l’histoire du grand mouvement alternatif qui a secoué les années soixante et soixante-dix, et que beaucoup s’emploient fébrilement à effacer des mémoires et des compréhensions ? Car cela fait beaucoup. Pas une occasion n’est manquée de gommer les acteurs et les identités du premier mouvement révolutionnaire mondial alternatif au système anti-nature, la Nouvelle Gauche des années soixante et soixante-dix qui avait tant effrayé les néo-capitalistes lancés dans la mondialisation. Pas une occasion n’est manquée de les remplacer par des égarés ou des simulacres, en particulier les gauchistes qui ont, très tôt, confortablement pantouflé dans les hiérarchies et l’argent. Pas une occasion n’est manquée de réécrire l’histoire du mouvement social pour censurer et détourner de l’essentiel les nouvelles générations. Pas une occasion n’est manquée de nier ou de souiller la culture première, la culture inspirée par le vivant, pour faire croire que seule existe la culture impérialiste qui nous mène au chaos.

Et l’animateur France Inter, avec des trémolos dans la voix, de dire que tout cela – la lutte pour le Larzac – a pris un sens très politique parce qu’elle se termine par une élection en 81 : l’élection de Mitterrand ! Caca final en direct. Ils n’ont pas pu se retenir.

Culture politique : zéro.

J’ai participé à la lutte du Larzac. Comme tant d’autres, j’ai même acheté un mètre carré du Plateau pour faire obstacle aux expropriations.
Mais je n’irai pas voir ce film.

Pour en savoir un peu plus sur l’importance politique du mouvement Hippie :
http://legacy-hippie-movement.e-monsite.com/blog

octobre 2011
De bon matin
film de Jean-Marc Moutout
La violence. Elle sourd de l’entreprise bancaire où travaille Paul. Mais il n’en a pas conscience. Il a réussi. A force de travail opiniâtre à accumuler les profits en vendant n’importe quels « produits financiers » aux clients, il a grimpé dans la hiérarchie sans se poser de questions. Il est reconnu (mais pourquoi ?), récompensé, comblé. Chez lui, rien ne dépasse. Bon petit soldat de la croissance, il est totalement banal et cela rend le film encore plus fort.

Et arrive la crise, c’est à dire le résultat logique, inéluctable, de la dérive des pratiques spéculatives à très haut risque (surtout pour les clients et l’intérêt général) dans lesquelles tous se sont laissé glisser douillettement. Et l’entreprise-mère nourricière se retourne contre ses personnels pour tenter d’échapper à la sanction. Arrivent des évaluateurs, des gestionnaires, des restructurateurs, des jeunes types sans connaissance ni expérience, idéalement infects, que Paul accueille avec la confiance du professionnel fort de sa carrière.

Les stakanovistes sont toujours les plus durement frappés quand ils découvrent la violence de la « gestion des ressources humaines », cette dégradation radicale des rapports humains introduite par la révolution néo-capitaliste à laquelle ils ont contribué sans conscience. Les harceleurs leur signifient qu’ils ne sont rien et ils ne sont plus rien. Tout ce en quoi ils croyaient, tout ce qui les avait construit, tout leur monde s’effondre.

Paul se délite sous nos yeux. Effaré, il découvre la lâcheté suicidaire de ses collègues quand il les invite à résister. Et il ne peut fuir vers une autre aventure car l’entreprise a pris toute sa vie. Elle est sa vie. Tout juste si un rêve du temps où il avait encore un peu de liberté lui revient. Partout où il cherche appui et secours, il ne trouve qu’incompréhension, irritation et dérobade. Isolé, miné de l’intérieur par les techniques de harcèlement auxquelles il ne peut répliquer efficacement, Paul s’effondre sur lui-même. Le film commence par l’application de la seule solution qui restait à Paul : retourner vers l’entreprise la violence qu’elle a développée.

Il ne semble pas inutile de rappeler que le capitalisme (économique et politique), et surtout sous la forme ultralibérale et financiarisée qui a été imposée crescendo depuis une soixantaine d’années, est une guerre.

De bon matin est un film sobre, condensé, efficace, servi par un Jean-Pierre Darroussin coulé dans la peau douloureuse de Paul.

Qui s’est frotté au harcèlement en revivra les émotions et jouira de l’une des premières scènes du film.
Qui ne connaît pas encore pourra s’y préparer ou reconnaître ce qu’il n’a pas encore identifié.

Cinéma septembre 2011
La planète des singes : les origines
Oui, c’est encore une grosse production hollywoodienne, et alors ?

Grâce aux effets spéciaux, le film n’en est que plus efficacement au service du point de vue des esclaves parmi les esclaves : d’autres anthropoïdes maltraités dans les laboratoires de recherche.

Curieusement appelé Ceasar, le héros du film est le nouveau Spartacus.
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=181716.html

C’est l’occasion de se souvenir encore du sort qui a été réservé dans une université française à une population de macaques de Tonkéan il y a 3 ans à Strasbourg :
A Strasbourg, les singes quittent le centre d’études sans remerciements et les pieds devant
http://naufrageplanetaire.blogspot.com/2011/03/reserve-4.html

Un groupe social d’une quinzaine de Macaques de Tonkéan vivait au Centre de Primatologie de l’université Louis Pasteur de Strasbourg depuis de longues années. Suite à la décision unilatérale du conseil scientifique, il vient d’être exterminé.

Originaires de l’Indonésie, et plus précisément de Sulawesi, les macaques de Tonkéan sont une espèce internationalement protégée. Ils sont connus et particulièrement étudiés pour leur culture de l’organisation démocratique et de la résolution des conflits, et ceux du centre de primatologie de Strasbourg avaient presque atteints à la célébrité grâce aux travaux qui leur étaient consacrés (a).

La raison invoquée : les chercheurs avaient découvert qu’ils étaient porteurs d’un virus d’herpès (B) et il fallait protéger le personnel. Misérable prétexte. Les macaques de Tonkéan sont majoritairement porteurs sains de ce virus, et nul ne songe à les tuer pour cela dans les parcs zoologiques. Il suffit de quelques précautions basiques pour se protéger de la contamination. D’ailleurs, on savait, dès leur arrivée dans les années 1980, que les macaques de l’université de Strasbourg étaient porteurs du virus.

En fait, il semble que ces singes aient été éliminés pour faire place à d’autres et à un programme de recherche en pharmacologie (très rentable). Pourquoi se fatiguer pour leur trouver un lieu d’accueil pour leur retraite quand on peut résoudre « le problème » sans rien dépenser ni même éprouver une émotion ? Donc, après avoir imposé d’interminables années de privation de liberté à ces travailleurs bénévoles, après qu’ils aient inspiré maintes études valorisantes pour les chercheurs et les étudiants, c’est une vulgaire question de gros sous qui aurait décidé de leur vie et de leur mort comme s’il s’était agi de vulgaires déchets. Vingt cinq années de proximité n’ont ouvert aucune brèche dans la muraille d’insensibilité (en l’occurence, on ne pourrait pas dire inhumanité…) des décideurs. Aussi sympathiques et intelligentes que les autres, les hiérarchies scientifiques !

On voit là, au cœur de l’université française, une manifestation spectaculaire de la culture de la domination du vivant, la culture qui se réfère à Descartes le mécaniste tortionnaire, culture « anti-nature » comme elle se définit, cette culture du mépris qui préside à la destruction de la biosphère. Un résumé de toute l’horreur totalitaire de l’idéologie capitaliste libérale.

Si ces macaques de Tonkéan ont pu prouver aux chercheurs perspicaces qu’ils savaient vivre en société démocratique, les responsables de l’université de Strasbourg viennent, eux, de nous convaincre qu’ils sont incapables de constituer une société et de vivre en accord avec la biosphère.

Avec de pareilles « élites », comment s’étonner que rien n’évolue et que l’on continue droit au récif ?
(a) L’observation de ce groupe a inspiré Frans de Waal et Bernard Thierry pour écrire « Les antécédents de la morale chez les singes » qui est paru dans « Les origines de l’humanité », tome II (chez Arthème Fayard).
Voir « Le singe, un animal moral », un article qui figure sur le site
www.scienceshumaines.com
Au-delà du titre toujours chargé de conditionnements, le traitement du sujet marque un tournant dans la prise de conscience des qualités des autres êtres.

voir également, sur le site du Nouvel Obs, un article de Fabien Gruhier paru en mai 1995 : « Des casques bleus chez les primates. La grande leçon qui nous vient du singe »

Et la vidéo présentée par le site www.dailymotion.com/video

Voilà, ce sont ces êtres très sympathiques qui viennent d’être éliminés.
La tête à l’envers septembre 2008

La guerre de l’eau
sur les écrans

Water makes money,
comment les multinationales transforment l’eau en argent
de Leslie Franke et Herdolor Lorenz.
A Paris, au cinéma La Clef.
Ceux qui ne l’ont pas vu sur ARTE mardi 22 mars, à l’occasion de la journée mondiale de l’eau, ont tout intérêt à voir cet excellent documentaire sur la manière dont un bien commun essentiel est accaparé, détourné, gâché, tout en vidant les poches des usagers.

Leslie Franke et Herdolor Lorenz décortiquent les méthodes et le réseau propagandiste et corrupteur qui ont permis aux trusts – au premier rang desquels Veolia et Suez – de s’imposer là où tout était organisé et géré à long terme par les administrations publiques et les communautés. On voit ainsi que les lobbies ont pénétré les milieux politiques, syndicalistes, universitaires, scientifiques, médiatiques, de la protection de la nature, etc.
Plaçant leurs hommes, gagnant des complicités, ils ont multiplié les relais diffusant à satiété leur point de vue et leurs incitations, pour influencer les conseils municipaux comme les parlements et les institutions internationales.

Parmi les manoeuvres favorites des lobbies, figure le substantiel « droit d’entrée » aux municipalités. Souvent présenté comme un cadeau accompagnant la cession au privé, c’est en fait un prêt, un crédit que les usagers, devenus clients, vont payer largement, et avec les intérêts. Sans compter la réduction de l’entretien des réseaux et l’oubli de la préservation de la ressource.

Lors d’une séquence fascinante, on voit des syndicalistes s’opposer aux dénonciateurs des malversations de l’un de ces trusts sous prétexte de défense de l’emploi et du salariat. Cela rappelle beaucoup de choses à l’alternatif qui a vu souvent des victimes désignées prendre le parti de la domination et de la pollution. Cela souligne l’opposition entre les deux civilisations : celle de la domination de la nature et des hommes, avec ses profits, ses assujettis et ses coûts illimités, et celle, conviviale, de la compréhension du vivant, et des biens communs repris en mains localement pour le long terme.

Un autre passage remarquable nous apprend l’existence de chaires universitaires patronnées par les lobbies, et l’ampleur de la pénétration dans l’enseignement et la recherche. Cela et d’autres stratégies, par exemple ce « Forum Mondial de l’Eau » qui n’est qu’une vitrine commerciale, font irrésistiblement penser à quelque chose de plus ancien et qui a eu une influence considérable sur les orientations imposées depuis une soixantaine d’années. Il s’agit du Congrès pour la Liberté de la Culture, fer de lance de l’offensive capitaliste mondiale. Mêmes méthodes de propagande et de corruption. Mêmes objectifs : imposition de la culture mécaniste anti-nature et promotion des technologies dures, captation et concentration des pouvoirs sous le voile de la démocratrie représentative, et spoliation des biens communs + destructions planétaires. Nul doute que si l’on pouvait remonter des uns aux autres, on découvrirait des connexions très intéressantes.

Vidéo bande annonce
http://www.watermakesmoney.com/fr/bande-annonce-.html
http://www.watermakesmoney.com/fr/le-film.html
http://www.acme-eau.org/Water-makes-money-ou-comment-les-multinationales-transforment-l-eau-en-argent-sur-ARTE-mardi-22-mars-20h40-21h55-dans-le_a2890.html

voir l’encadré sur la révolution bolivienne qui a commencé avec la guerre de l’eau à Cochabamba, dans le chapitre « Les mythes d’une escroquerie en voie de mondialisation »
sur : http://www.planetaryecology.com/

également, ci-dessous en janvier, la présentation du film « Même la pluie », sur la guerra del agua qui a commencé à Cochabamba avant de gagner toute la Bolivie.
Si le film ne passe pas près de chez vous, le DVD coûte 10 €
C’est l’occasion de le visionner avec les amis, les voisins, vos conseillers municipaux favoris.

Bonobos sortie le 30 mars
film de Alain Tixier
http://www.cinefil.com/film/bonobos
http://www.agirpourlaplanete.com/actions-durables/cinema/1134-bonobos-film-ecolo.html

Un film indispensable pour redécouvrir le vivant et s’ouvrir aux autres. Pour cela, les Bonobos sont parfaits. Familiers, futés et joueurs, la sympathie et la curiosité réciproques, entre eux et nous, rendent plus incompréhensibles les massacres de masse dont ils ont été récemment victimes (leur population aurait été divisée par dix). La guerre est évoquée – sans doute, la seconde guerre du Congo-, une guerre qui a été désastreuse pour les humains de la région, mais cela n’explique pas les tueries et l’anthropophagie (sauf à penser que seules les bandes armées tombées au plus bas de l’abrutissement en aient été coupables). Car beaucoup de ces anthropoïdes, nos cousins, ont été mangés ! Heureusement, tous les anthropoïdes humains ne sont pas tombés si bas.

Le mépris indicible et la cruauté de très nombreux humains, même vis à vis des populations pacifiques qui nous sont proches, soulignent une carence culturelle fondamentale chez ces gens. La même carence qui permet d’autres massacres et la destruction de la biosphère. Et quand s’y mêle l’ivresse du profit, le niveau de ce que l’on nomme abusivement l’humanité s’effondre aussitôt, qu’il s’agisse du truand local ou du cadre jet set passé par les grandes écoles. L’humanité, c’est à dire l’empathie pour l’autre et l’intelligence du vivant. L’humanité, c’est à dire l’ouverture correspondant à la culture inspirée par la connaissance du vivant – au contraire de l’influence de la culture impérialiste anti-nature. L’humanité depuis longtemps ignorée par de très nombreux humains.

Il est un peu dommage que ce film d’un grand intérêt pour tous ait été plus particulièrement pensé en fonction de la capacité de compréhension supposée des enfants…

Le site du centre fondé par Claudine André (Lola ya bo)
http://www.bonoboscongo.net/

http://videos.tf1.fr/sept-a-huit/claudine-andre-l-ange-des-bonobos-6300700.html

Pollen
film de Louie Schwarztberg

Un film classique de protection de la nature avec des touches anthropocentristes un peu gênantes. Mais c’est un film nécessaire avec une très belle photo montrant ce que l’on n’a guère l’occasion de voir. Les relations remarquables et le rapprochement des histoires permettent de se rappeler – ou de réaliser – que le vivant est unique, un et indisociable, tissé d’interrelations, fait de multiples corps fondus en un seul corps. Cela souligne l’absurdité de la civilisation impérialiste qui a prétendu dominer la nature, c’est à dire : le vivant, le dissocier en parties distinctes et le tuer pour fabriquer du pouvoir et de la croissance. La principale croissance obtenue par cette logique mortifère est celle des destructions colossales réalisées surtout ces dernières dizaines d’années.

La réduction de la diversité, la raréfaction des pollinisateurs ont atteint des proportions telles que chacun devrait en être frappé. Tel n’est pas le cas tant la culture anti-nature a pollué les esprits. Surtout dans la France dévitalisée par l’usage intensif des pesticides.

http://www.lejdd.fr/Culture/Cinema/Actualite/Pollen-le-film-qui-veut-changer-le-monde-282757/
vidéo de présentation :
http://www.youtube.com/watch?v=xSNav1YmDFE
Rappel sur la contamination du pollen par les OGM :
http://www.dailymotion.com/video/x6hevc_le-pollen-de-la-discorde-12_news

2011

Télescopage historique : sortie le 16 mars du film documentaire de José-Luis Pernafuerte sur l’Espagne face aux crimes du franquisme
Los caminos de la memoria
les chemins de la mémoire
Dans toute l’Espagne sont enterrés les suppliciés de la répression fasciste. Partout, des fosses sont découvertes, avec parfois des centaines, des milliers de squelettes. Car l’Espagne commence seulement à libérer la mémoire des quarante années passées en enfer, depuis le putsch franquiste en juillet 1936 jusqu’à la mort du dictateur en 1975. Exécutions, emprisonnements massifs, tortures, privations, spoliations, ségrégation vis à vis même des enfants de républicains, fichage et réécriture de l’histoire… Et toujours des exécutions, toujours des morts, toujours des prisonniers.

Autour des fosses communes, la mémoire resurgit et se fait collective. On se libère des humiliations et des interdits devenus inhibitions. La douleur trouve enfin l’occasion de s’exprimer, de se communiquer. Les anciens se souviennent et témoignent. Les jeunes écoutent, apprennent et fouillent. C’est la mémoire de l’Espagne qui revient, et c’est la mémoire du monde. Sentant l’importance de ce qui se jouait dans les années trente, des centaines de milliers d’hommes et de femmes ont tenté d’aider les peuples d’Espagne. Mais le monde de la domination les avait tous condamné, puis il a censuré l’information pour effacer l’histoire. La peur, la démoralisation et la douleur avaient fait le reste, en Espagne et ailleurs. Ainsi, ce n’est qu’à la veille de sa mort, il y a peu, que ma mère a trouvé la force de me révéler l’engagement de son frère – cet oncle mystérieusement disparu – dans les Voluntarios de la Libertad (1).

Comme la jeune femme de Land and Freedom (le film de Ken Loach) découvrant dans les papiers de son grand-père décédé la saga de l’engagement de celui-ci auprès des Républicains espagnols, nous sommes juste au début d’un processus de réappropriation de notre histoire, de découverte et d’analyse des forces qui ont sacrifié l’Espagne (et le Portugal) et conduit à la Seconde Guerre Mondiale, puis lancé la mondialisation. C’est un processus de reconstruction qu’il faut défendre contre les agents du Ministère de la Vérité de Big Brother, en Espagne où le juge Garzon est inquiété (2), et ici où l’histoire contemporaine est métamorphosée pour dissimuler les manipulations qui nous ont valu tant de douleurs et de destructions. De l’issue de cette lutte dépend non seulement la démocratie mais aussi l’avenir de la planète.

http://www.dailymotion.com/video/xcr7je_les-chemins-de-la-memoire_shortfilms
http://www.cinespagne.com/pagealaffiche/cheminsDeLaMemoire.php

Coordination des victimes du franquisme
http://coordinadoravictimas.blogspot.com/2010_02_28_archive.html

(1) http://www.liberation.fr/monde/0101161892-aux-anciens-brigadistes-l-espagne-reconnaissantemadrid-va-accorder-la-nationalite-espagnole-aux-survivants-des-brigades-internationales

(2) extrait de Fascisme, le retour ? publié en juin 2010 :
« En Espagne, justement, et c’est un comble, le juge Baltazar Garzon vient d’être suspendu pour avoir osé ouvrir une enquête sur les crimes du franquisme, crimes pourtant imprescriptibles. C’est une insulte aux victimes du franquisme et des autres fascismes, une insulte à tous ceux qui ont eu le courage de résister pour tous les autres, pour nous.

C’est aussi un avertissement à ceux qui, aujourd’hui, se laissent bercer par la propagande et dorment à poing fermé. »

Même la pluie
Film de Iciar Bollain

Même la pluie arrive sur les écrans presque simultanément avec Cabeza de Vaca de Nicolas Echevarria (ci-dessous), et c’est très bien.

Le tournage d’un film sur la conquête des Amériques commence en Bolivie. L’action se déroule à Cochabamba il y a une dizaine d’années. Vous vous souvenez ? Cochabamba… Oui, c’est là qu’un consortium multinational, avec le concours des élus, depuis la municipalité jusqu’au gouvernement national, a tenté de spolier les populations de leurs communaux les plus précieux : la collecte et la distribution de l’eau qu’elles réalisent et organisent collectivement depuis toujours. Pour l’occasion, une loi prétendait interdire les installations communautaires, interdire même de recueillir l’eau de pluie, pour faire payer les nouveaux services privés à un prix prohibitif. Bien entendu, cette politique a été développée sous l’égide des institutions internationales organisant le pillage des derniers communaux à l’échelle planétaire, la privatisation de toute chose et la financiarisation (FMI, Banque Mondiale, OMC…). J’ai abordé cette histoire dans « Les mythes d’une escroquerie en voie de mondialisation » sur le site planetaryecology.com.

Tandis que l’équipe de tournage se concentre sur la conquête d’il y a cinq siècles, les figurants amérindiens s’impliquent dans la résistance à la nouvelle intensification de leur oppression. Ils sont bientôt dans la lutte pour l’eau, pour la vie ; ce qu’ils ont appelé la guerra del agua.

La rencontre de l’histoire de la conquête, de la mémoire des révoltes et des cris d’indignation, avec l’actualité de la colonisation fait des étincelles. Bien qu’ils soient pénétrés par les paroles de Antonio de Montesinos, l’un des premiers défenseurs occidentaux des amérindiens (avec Alvar Nunez Cabeza de Vaca), et de Bartholomé de las Casas, et qu’ils s’efforcent de restituer la cupidité et la violence des conquistadores, la plupart des membres de l’équipe éprouvent quelques difficultés à regarder comme des égaux ceux avec lesquels ils doivent travailler tous les jours, et à mesurer l’importance de leur lutte. D’autant plus que, le film étant doté de moyens limités, l’intention initiale largement partagée est d’exploiter la pauvreté de la population. Dans la confrontation avec la réalité chacun se révèle, et pas forcément en accord avec le personnage qu’il interprète dans la fiction historique.

Commencée à Cochabamba, la guerra del agua s’est poursuivie dans tout le pays et s’est étendue à d’autres menaces sur les biens communs. A La Paz, la population a éjecté les groupes Suez et Lyonnaise des Eaux, avant de faire de même avec le Président de la République Gonzàlo Sànchez de Lozada. Même la pluie est servi par d’excellents interprètes de personnages complexes, en particulier par Carlos Aduviri, alias Daniel, le figurant qui tout en jouant Hatuey, un héros de la résistance autochtone, se bat pour garder la maîtrise de l’eau. C’est le film qu’il fallait pour rappeler l’exemplarité de la lutte des amérindiens, une lutte exemplaire par sa force, son succès et son objet. Spoliation, privatisation, et détournement des communaux sont partout au coeur des stratégies du néo-libéralisme financier. De leur défense et de leur restauration dépend l’avenir de toute la planète.

Car, compagneros, la conquista continue.

Pour plus d’information en français, chercher les travaux de Franck Poupeau sur Internet.
Egalement : « La guerre de l’eau à Cochabamba, Bolivie. Un mouvement social face à la privatisation des ressources », par Manuel de la Fuente, sur www.umss.edu.bo
Voir aussi le site de l’Aldeah :
http://www.aldeah.org/
Et, sur la maîtrise de l’eau en France :
http://www.partagedeseaux.info/
http://www.france.attac.org/
http://www.eauzone.tv/
http://www.acme-eau.org/
http://www.planetebleue.info/
et Main Basse sur l’eau des villes, de Marc Laimé
http://www.monde-diplomatique.fr/2005/03/LAIME/11972
Coordinadora del Agua y de la Vida

Cabeza de Vaca
film de Nicolas Echevarria

Alvar Nunez Cabeza de Vaca était le trésorier andalou d’une expédition espagnole arrivée en Floride en 1528. Avec 400 hommes, il fut abandonné à terre par les vaisseaux. Cinq mois d’errance plus tard, à Apalachee Bay, les 242 survivants construisirent 5 radeaux pour poursuivre vers le Mexique où ils espéraient retrouver leurs compatriotes. Les courants et les tempêtes les disperseront et, seuls, quelques dizaines d’hommes toucheront terre près du delta du Mississipi. Cabeza de Vaca et ses compagnons deviendront esclaves des populations amérindiennes, puis colporteurs voyageant de village en village. Reconnaissant en Cabeza de Vaca des prédispositions, un chaman lui enseignera son savoir et il deviendra un guérisseur réputé, poursuivant son voyage jusqu’à rejoindre les établissements espagnols au Mexique. Huit années d’aventures et huit mille kilomètres parcourus. Il témoignera de son voyage dans un rapport à Charles Quint et repartira pour l’Amérique du Sud où sa défense des autochtones lui vaudra déchéance, procès et exil.

Son témoignage et ses réflexions auraient été utilisés par Bartolomé de Las Casas pour la Controverse de Valladolid.

Face à une si extraordinaire saga, le réalisateur Nicolas Echevarria a choisi la voie intimiste. Il suit Alvar Nunez Cabeza de Vaca pas à pas dans ses angoisses, ses souffrances, ses découvertes et la révélation de ses talents au contact de peuples qui allaient être laminés, avec la mémoire de leurs cultures, par les soudards et les familles de colons venus d’Europe. Et l’on voit Cabeza de Vaca passer de l’ignorance terrorisée à la compréhension empathique vis à vis de ces hommes si différents de tout ce qu’il a connu.

En quittant Cabeza de Vaca, témoin impuissant de la brutalité de l’Occident chrétien, nous n’avons même pas la consolation de penser que les destructions appartiennent à un temps révolu et que ceux qui en comprennent l’horreur et l’absurdité sont mieux considérés que ne l’a été cet homme, une fois revenu chez « les siens ».

La conquête continue.

Inside Job
de Charles Ferguson

C’est un documentaire serré, méthodique, irrésistible sur la genèse et les développements du dernier krach financier. Cela n’est pas facile, il faut s’accrocher, mais c’est passionnant. C’est aussi l’occasion d’admirer la plus belle brochette de têtes de noeuds vue depuis longtemps. Au moins, ces gens ressemblent à ce qu’ils sont. Qui ? Les banquiers, les traders, les analystes, les gestionnaires, les journalistes « économiques », les professeurs d’université au service du profit, les politiciens idem, etc. Tous plongés dans l’argent volé à ne plus que savoir en faire, corrompus et corrupteurs, débauchés prétentieux confis dans la cupidité, le pouvoir et le stupre. Riches et puissants, et tellement minables qu’on les dirigerait plutôt vers l’hôpital que vers la prison.

Une séquence croustillante : après avoir entendu un banquier lourdement enrichi au prix d’innombrables ruines jurer qu’il ne recommencera plus et appeler à lui faire confiance, un parlementaire d’une commission d’enquête lui demande si, aux braqueurs de banques qui, après quelques modestes butins en regard du sien, tiennent le même langage, il accorderait sa confiance.

Là encore, bien sûr, on retrouve la machine de guerre du capitalisme étasunien lancée avec la guerre froide, et le dogme néo-libéral porté aux nues. Stade suprême de la culture du profit contre les hommes et toute la biosphère, la dérégulation a été religieusement appliquée par Wall Street et la Maison Blanche, main dans la main. Républicains de Ronald Reagan (ancien propagandiste de la Croisade pour la Liberté, une opération de la jeune CIA) comme démocrates de Clinton, tous ont fait place nette aux pires spéculations et porté les discours économiques les plus toxiques – comme les produits financiers depuis cette époque. Conservateurs et travaillistes anglais, droitistes et socialistes français ont suivi comme un seul homme. Des dizaines de millions d’hommes ont perdu leur travail, leur retraite, leur maison, leur vie. Maintenant, ce sont des Etats détournés depuis longtemps qui, après avoir pris joyeuse part au délire, sont menacés de faillite et croient se sauver en pillant encore plus le bien commun et les pauvres pour augmenter le butin des spéculateurs. Mais, avant l’éclatement des bulles de la sottise financière, ce que ne dit pas le film, c’est combien de communaux, combien d’écosystèmes ont été ravagés avec d’autant plus d’entrain que la finance spéculative grossissait et alimentait les chantiers et les productions les plus débiles, c’est à quel point la biosphère a été blessée ?

Que sont devenues les oppositions au capitalisme ?

Qu’est-il arrivé au mouvement planétaire qui dénonçait la dérégulation et proposait de tout re-réguler : le mouvement alternatif ?

Il n’y a pas eu de poursuites contre les promoteurs du casse planétaire. Seuls quelques maladroits sont tombés pour les autres. Les penseurs de la dérégulation et ses metteurs en scène caracolent toujours au top. L’équipe d’Obama est persillée de coupables de la période précédente.

Il faudrait compléter l’étude de Charles Ferguson par une investigation équivalente sur la genèse du néo-libéralisme et de la dérégulation. Lui, attribut prioritairement le délire à la cupidité. Il y a autre chose qui, sous un vernis culturel, est de l’ordre de l’abrutissement et du fanatisme.

Le néo-libéralisme et la règle de la dérégulation résultent de la culture amputée de l’intelligence sensible qui relie aux autres et à l’ensemble vivant, la biosphère. Il s’agit de cette idéologie mécaniste purement quantitative et méprisante vis à vis de « la Nature » (l’animal-machine de Descartes, etc.). Un certain développement de ce « mécanisme » est allé jusqu’à nier les relations d’interdépendance et de complémentarité du vivant, ses dynamiques holistiques productrices de plus de diversité, d’intelligence, de sensibilité, etc. Il a pour nom revendiqué avec fierté : la « culture anti-nature ». Celle-ci prétend que l’Homme ne se réalise qu’en luttant contre la vie, qu’en s’affranchissant des régulations du vivant. Avec la cupidité, elle est la mère du néo-libéralisme et de sa politique de dérégulation. Déstructurer, défaire les interrelations sociales et écologiques, faire perdre jusqu’à leur mémoire, pour affaiblir les résistances et imposer le pillage impérialiste. La plupart des anti-écologistes sont infectés par la culture anti-nature. En France, nous avons une superbe collection d’anti-nature qui, depuis une trentaine d’années, après avoir organisé le sabotage du mouvement alternatif et sa relégation dans l’oubli, appartiennent aux différents pouvoirs néo-libéraux de droite et de gauche.

Trois décennies de dérégulation des esprits ont fait perdre le sens commun à la plupart, si bien que la confusion profite toujours aux escrocs. Il n’y aura pas de solution aux différentes « crises » financières et écologiques sans identification de la dérive culturelle qui les a générées.

2ème partie
Ao, le dernier Néanderthal

film de Jacques Malaterre
inspiré du livre de Marc Klapczinski « Ao, l’homme ancien »
avec la collaboration de Marylène Patou-Mathis, préhistorienne

Les aventures d’hier et d’aujourd’hui des peuples de Néanderthal passionnent depuis longtemps ceux qui sont encore ouverts sur le vivant. Imbibée de monothéismes anthropocentristes, d’opposition culture-nature, de théorie des stades justificatrice de tous les totalitarismes, de prétention à la supériorité, de hiérarchie par la violence, la culture officielle a longtemps méprisé ces hommes découverts au milieu du XIXème siècle. Ils ne pouvaient qu’être primitifs, grossiers, incapables de parler, enfin très arrièrés par rapport au brillant Cro Magnon, notre ancêtre à tous, et c’est pour cela qu’ils ont été supplantés et ont disparu. Fermez le ban !

Puis on a bien été obligé de leur attribuer des industries et des expressions artistiques de plus en plus raffinées, et ce fut l’étonnement : comment avaient-ils pu ? Ils étaient donc beaucoup plus évolués qu’on l’avait cru. De découverte en découverte, les certitudes élitistes sombraient dans le ridicule. Une dernière, cependant, semblait inébranlable : la barrière génétique entre les néanderthaliens et les « hommes modernes » était infranchissable puisque nous n’appartenions pas à la même espèce. Des indicateurs chromosomiques semblaient exclure toute contamination de notre filiation par ces homminidés tout de même très très différents de nous. Ouf ! Préservée de la Bête, la race des seigneurs conservait son lien privilégié avec Dieu.

Et, et… Svante Pääbo est arrivé et a tout balayé. Svante et ses amis farceurs de l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutive de Leipzig ont juste mis en évidence que le patrimoine génétique des peuples d’Asie et d’Europe comprend un peu de celui des néanderthaliens. Patatras ! Néanderthal n’a donc pas complètement disparu puisqu’il est en nous. Comme d’autres probablement.

Quelques-uns avaient parié sur un mélange convivial des genres plutôt que sur la haine, la guerre et la domination. Mais leurs déductions pesaient peu devant les dogmes. L’histoire du regard porté sur les hommes différents ressemble à celle des blocages relatifs à la sensibilité et à l’intelligence des autres êtres vivants. Maintenant, dans un cas comme dans l’autre, le champ est tout à fait ouvert.

Le film tient à la fois de « Jeremiah Johnson » (1972, de Sydney Pollack avec Robert Redford) et de « La route » (2009, de J Hillcoat, avec Viggo Mortensen et Charlise Theron). Ao affronte, en effet, la plus difficile des situations : la fin des siens.

Ao est l’un de ceux qui ont donné tort aux doctrinaires de l’Homme contre la Nature. Entre autres aventures, il fait la connaissance d’une belle Cro Magnon et, ensemble, ils finissent par commettre le sacrilège suprême.

Le film montre les néanderthaliens tels que les allergiques aux hiérarchies pré-capitalistes croient les connaître : puissants, véloces, chasseurs émérites, solidaires, pacifiques, et parfaitement accordés au vivant. Quel dommage que leur culture n’ait pas mieux survécu !
Plus d’info :
www.ao-lefilm.com
de Marylène Patou-Mathis : « Néanderthal, une autre humanité », édit. Perrin
Une fiction inspirée qui fait voyager dans les temps où Néanderthal et Cro Magnon pouvaient se côtoyer :
« Les enfants de la Terre » de Jean M. Auel, 5 gros volumes

Green
Film de Patrick Rouxel (48 minutes)
visible sur Internet

Green est une anthropoïde (comme nous) de la variété Orang Outan, c’est à dire un être sensible, intelligent et social. Désespérée, elle vit ses derniers jours après la mort de son peuple et la destruction complète de son pays : la grande forêt de Bornéo qui était l’un des organismes les plus complexes façonnés par l’évolution.

Patrick Rouxel a filmé à bout touchant un aperçu de la vertigineuse extinction de vies en cours.

Sous les coups de la spéculation mondialisée, les créations les plus évoluées de l’histoire de la Terre sont en train d’être massacrées, d’innombrables vies et intelligences s’éteignent dans une souffrance incommensurable, et la dynamique de l’évolution de la biosphère agonise avec elles.

Pour mieux comprendre pourquoi chacun, comme consommateur et citoyen, doit veiller à tarir les sources du profit et du pouvoir des entreprises destructrices – ici les producteurs-utilisateurs d’huile de palme et de « bio »-carburants (leur liste est sur le site du film, sur celui de GreenPeace aussi).

On peut mettre Green en parallèle avec le film Nénette de Nicolas Philibert, actuellement sur les écrans. Nénette est sans doute beaucoup plus agée que Green puisque cette autre dame Orang Outan est née en 1969 à Bornéo (Kalimantan). 1969, c’est l’époque où, après la mise en culture des « terres vierges » en URSS (a), le capitalisme néo-libéral s’élance à la conquête des « terres vides » de l’Indonésie au Brésil (avec le lancement de la Transmazonnienne). C’est l’époque où les grandes destructions de forêts ont commencé et où les écologistes du monde entier ont poussé leur plus grand cri d’alarme. Quatre décennies plus tard, le cauchemar des écologistes, que certains taxaient de catastrophistes, est complet.
(a) Un fiasco ayant pour résultats le saccage des steppes, la ruine des sols et la désertification, l’assèchement de la Mer d’Aral, etc.

Site du film Green
http://www.greenthefilm.com/

Votez pour la vie en sélectionnant votre consommation… et le reste
« Huile de palme = danger pour la santé, cauchemar écologique »
http://forums.futura-sciences.com/sante-medecine-generale/134779-huile-de-palme-danger-sante-cauchemar-ecologique.html

http://www.dailymotion.com/video/xctwh8_capital-7-milliards-sur-la-terre-hu_news
Pas chère l’huile de palme, comme dit le régisseur de la plantation indonésienne et le pensent les spéculateurs de la banque, de l’industrie et de la grande distribution d’ici ? Parfait raccourci de la stupidité dominante. Seule une intelligence amoindrie et dévoyée par la culture du profit anti-nature leur fait imaginer cela. La réalité est tout autre. Il s’agit d’un produit au coût exorbitant, bien au delà de l’imaginable car nous n’avons pas encore – ou nous n’avons plus – les mots capables de rendre compte de l’énormité du crime commis. L’huile de palme est sans doute l’un des produits les plus chers de l’histoire, puisque la culture industrielle des palmiers a nécessité la destruction totale de peuples et de cultures immémoriales, et de leurs écosystèmes. C’est une quantité prodigieuse d’êtres et de sensibilités interconnectés, indissociables, organisés en une symbiose d’une inappréciable complexité, qui a été anéantie. Le summum d’une évolution de 4 milliards d’années. Une partie essentielle de la biosphère, une partie indispensable à la régulation planétaire des climats et au maintien de la vie évoluée…

L’industrie de l’huile de palme, comme plusieurs autres exploitations forcenées du vivant développées ces dernières décennies, est la traduction du franchissement d’un degré supplémentaire dans l’horreur totalitaire qui découle de la culture anti-nature. Car il s’agit bien de la culture dominante, de celle qui nous est présentée comme la seule culture, tandis qu’elle est l’anti-culture. Theodor Adorno et Max Horkheimer, grands observateurs de la montée du nazisme et de ses sources l’avaient bien exprimé dès le début des années 1940 en dénonçant cette culture : « qui propose une domination de la nature. Cette dernière position, devenue la branche la plus active de l’héritage des Lumières, présuppose une désacralisation du monde, une réduction quantitative et mécaniste de l’univers en une masse informe d’objets hétéroclites. La raison devient un simple instrument au service des moyens et non des fins. Cette façon de voir conduit à l’aliénation spirituelle de l’homme, à sa coupure d’avec la nature, puis à l’industrialisation et à la mercantilisation du monde vivant. Toute l’histoire de la science ainsi que toutes les autres dimensions de la vie intellectuelle depuis le dix-huitième siècle sont empreintes de cette dialectique » (« La dialectique de la raison »).

Les monstrueuses destructions de ces quarante dernières années sont les manifestations du totalitarisme capitaliste qui est poussé en avant par toutes les institutions dominantes depuis 60 ans. Ce processus d’industrialisation massive est la continuité de celui qui a abouti à la Seconde Guerre Mondiale et aux massacres de l’époque précédente. Il l’a dépassé en violence, en étendue et en conséquences à long terme pour chacun et pour tous.

Après les crimes contre l’humanité, voici le temps des crimes contre la vie.
http://www.metacafe.com/watch/1142239/forest_destruction_and_wildlife_in_kalimantan_indonesia/
http://www.youtube.com/watch?v=EJt3LbccdC0
http://www.youtube.com/watch?v=cg5rfX1W0bA
http://www.youtube.com/watch?v=G4g0nGN6Ugc
http://www.youtube.com/watch?v=733owHYcMf0

Informations complémentaires sur ce blog et le site correspondant (planetaryecology.com) :

« Le feu à la planète. Destruction des forêts primaires, El Niño, et autres bascules écologiques et climatiques » http://www.planetaryecology.com/index.php?option=com_content&view=article&id=56:le-feu-a-la-planete&catid=34:article&Itemid=75
également en anglais et en espagnol

« Restauration des écosystèmes, restauration des sociétés » http://www.planetaryecology.com/index.php?option=com_content&view=article&id=51:restauration-des-ecosystemes-restauration-des-societes&catid=34:article&Itemid=70

également en anglais

« Ethnocide et écocide aux Mentawaï » http://www.planetaryecology.com/index.php?option=com_content&view=article&id=55:ethnocide-et-ecocide-aux-mentawai&catid=34:article&Itemid=74
également en anglais

Solutions locales pour un désordre global
un film de Coline Serreau
sortie le mercredi 7 avril

Bien informée, très remontée, Coline Serreau présente une critique structurelle et historique de l’agriculture productiviste développée au détriment des sociétés paysannes – en définitive, au détriment de tout le peuple des campagnes et des villes – et des écosystèmes.

Notons que cette histoire fait partie de la grande offensive du capitalisme néo-libéral lancée depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Coline Serreau souligne que l’affaire a été pensée et planifiée, et que les stratégies de « conquête des marchés » aujourd’hui appliquées généralement par les financiers-industriels, les gouvernements et les institutions internationales ne mènent qu’à la ruine, désormais à brève échéance. Les grandes vedettes en sont :
la Conférence de Bretton Woods (1944),
le Plan Marshall et ses extensions, par exemple le Congrès pour la liberté de la culture,
la Société du Mont Pèlerin (1947),
le Groupe de Bilderberg (1954),
le Comité d’experts pour la suppression des obstacles à l’expansion économique (1958),
le Cercle Pinay-Violet (1969),
la Conférence de Davos (1971),
la Commission Trilatérale (1972)
des dynasties de l’oligarchie mondiale,
et de nombreuses officines nationales liées aux autres (comme la Fondation Saint Simon).

Au travers de ces organisations du dirigisme capitaliste, on peut pister des fondations américaines, des entreprises, des familles, des hommes auxquels le désastre actuel doit beaucoup. Un exemple : Jacques Rueff, grand déstructurateur des sociétés paysannes, le maître d’oeuvre des commissions néo-libérales qui ont défini la politique de la 5ème République, en particulier l’éviction des paysans de leurs terres, donc la ruine des artisans, des commerçants, la désertification des campagnes et la ruine des sols sous la chimie et les engins lourds *. On le rencontre dans X Crise en 1934, un groupe d’anciens polytechniciens productivistes qui rêvaient de tout planifier sans souci du peuple et du vivant. Il est l’un des fondateurs de la société du Mont Pèlerin en 1947, aux côtés de Friedrich Hayek, Milton Friedman et quelques autres accoucheurs de l’ultra-capitalisme. Et on le retrouve encore dans le groupe de Bilderberg fondé par le prince Bernhard et David Rockfeller en 1954, toujours en excellente compagnie.
* « Comité d’experts pour la suppression des obstacles à l’expansion économique », septembre/décembre 1958, et « Rapport sur les obstacles à l’expansion économique », novembre 1959.

Par contre, Coline Serreau ne dit pas que, dans le programme de ces organisations, l’étouffement dans l’oeuf des cris d’alarme, des protestations locales et du mouvement alternatif mondial soulevés par la gigantesque agression commencée après-guerre, tenait une place de premier plan. Cette partie déterminante de l’histoire contemporaine est encore cachée. C’est à cela que nous devons la désastreuse situation actuelle. Beaucoup plus qu’au patriarcat sur lequel Coline Serreau insiste beaucoup. Certes la domination masculine n’a pas été brillante, mais c’est le cas de toute domination. Dans le quotidien Le Monde, Coline Serreau précise : « Il est urgent que les femmes qualifiées, pour s’occuper de la Terre et pour la réparer, prennent aujourd’hui le pouvoir ». Erreur Coline, le problème n’est pas le sexe, c’est la culture du pouvoir, celle de la capitalisation des pouvoirs d’être et d’agir spoliés, et son pendant : la stérilisation des vies personnelles et de la société.

Coline Serreau constate l’étendue du naufrage, puis elle s’en va rendre visite à des producteurs totalement irrespecteux des règles imposées par les grands industriels. Des jardiniers du vivant qui, tout autour du monde restaurent, recréent, inventent, et démontrent, puisque désormais il en est besoin, qu’il faut comprendre et respecter la vie pour obtenir de bons résultats en tous domaines.

Coline Serreau montre un exemple de bonne agriculture en Inde, mais il ne s’agit pas de celui, très spectaculaire, qui a permis la restauration d’une région du Rajasthan :
« (…) Malgré les sécheresses causées par la dégradation générale du climat, la nappe phréatique est remontée et alimente à nouveau les cours d’eau qui s’étaient asséchés, ainsi que des centaines de nouveaux puits. Cinq rivières qui ne coulaient plus que pendant la mousson ont ressuscité. Elles coulent à nouveau toute l’année et la vie aquatique s’y est redéveloppée. Les paysages désertifiés par la déforestation, le surpâturage et la sécheresse ont reverdi et redonné vie aux villages qui osent même le luxe de la production de légumes plus gourmands en eau que les céréales traditionnelles (…) »
A découvrir dans « Restauration des écosystèmes, restauration des sociétés » (en français sur planetaryecology, en anglais sur le blog naufrageplanetaire).

En complément du constat sur la planification de la ruine des sociétés paysannes et de leurs campagnes, il est bon de connaître ce que vit et ce qu’exprime Régis Aubenas, un producteur de fruits de la Drôme et responsable FDSEA. C’est dans le mensuel FAKIR d’avril, n° 44 : « Mon verger contre Tatcher » (article de Pierre Souchon). Apparemment, la prise de conscience progresse.

Egalement dans le même journal : « Le grand bond en arrière (en tracteur) ». Quatre décennies de déstructurations planifiées – comme dans tous les autres domaines.
Autres films complémentaires déjà présentés ici :
Le temps des grâces,
Food inc.,
Herbe,
La terre des hommes rouges,
Nos enfants nous accuseront,
We feed the world,
Notre pain quotidien

 

Notre pain quotidien
de Nikolaus Geyrhalter
documentaire de 1H32
distributeur KMBO

Un film que je n’ai pas vu passer (il est sorti en mars 2007), et c’est bien dommage, d’autant que, d’après les extraits visibles sur internet, il est très fort.

Comme We feed the world, Nos enfants nous accuseront, La terre des hommes rouges, Food inc., Herbe, Le temps des grâces, Notre pain quotidien montre jusqu’à quel degré de dégradation de la vie, de la vie des victimes et de celle de ses employés, en est arrivée l’industrie alimentaire de masse. Quelle débauche de moyens techniques délirants, de moyens financiers et d’énergie aussi, bien sûr en surfant sur les « aides » puisées dans les poches dociles des contribuables inconscients de ce à quoi ils servent.

la stratégie du choc

Film de Michael Wintebottom et Mat Whitecross
D’après le livre de Naomi Klein (Actes Sud 2008), dont le sous-titre est : La montée d’un capitalisme du désastre.

Naomi Klein soutient que la facilitation de la conquête économique par les résultats d’un choc brutal, d’un stress intense, d’une torture psychologique et physique de masse est une stratégie mûrement réfléchie et programmée. Agression et suppression des sécurités, des régulations, des repères, réduction des perspectives à la survie immédiate, reconditionnement… En illustration, Michael Winterbottom et Mat Whitecross proposent des retours bien utiles sur la façon dont les sociétés chilienne, argentine, étasunienne, afghanne, irakienne, et beaucoup d’autres, ont été déstructurées. Ils montrent les coulisses où s’agitent les marionnettistes Milton Friedman, Friedrich Hayek et leurs Chicago boys (tel Donald Rumsfeld), la société du Mont Pèlerin (créée en 1947 par les premiers), Henry Kissinger, puis le duo Ronald Reagan et Margaret Thatcher, l’un et l’autre cornaqués par les précédents (a).

Le film rappelle les recherches menées par les services étatsuniens, au lendemain de la seconde guerre mondiale, sur des tortures capables de fragiliser, d’abattre les défenses et de provoquer l’effondrement de la personnalité. Longuement isolées, agressées, soumises à des chocs émotionnels et physiques, des personnes perdaient leurs repères, s’effondraient et devenaient maléables. Grande découverte ! Elle aurait inspiré les politiques totalitaires que les idéologues néo-libéraux ont accompagnées. C’est bien possible, surtout en ce qui concerne le harcèlement qui parfait la déstructuration du mouvement social. Le harcèlement a été beaucoup développé avec la gestion des ressources humaines qui est une application des politiques néo-libérales. Tout est venu ensemble et il est vraisemblable que les recherches sadiques d’après-guerre aient un rapport direct avec l’essor du management par le stress et l’agression continue. Dissociation, désolidarisation, soumission à l’arbitraire, solitude, méfiance, peurs irrationnelles… Le harcèlement a pénétré profondément les entreprises, les administrations, la société. Il a été généralisé. Il a achevé d’étouffer les espérances et les projets d’hier, semant le renoncement et l’apathie là même où bouillaient les curiosités et les émotions.

Mais le film va très vite en besogne. Trop vite, car, si les techniques de casse des personnes et des sociétés ont nettement progressé depuis les années cinquante, elles ont aussi des origines plus anciennes.

Ainsi, la plupart des conquêtes brutales du capitalisme, depuis 500 ans, ont été oubliées. Les colonisations, les missions et l’acculturation systématique, les distributions de vêtements contaminés, l’esclavage, les déplacements de populations, le travail forcé, le vol des communaux, la destruction des ressources, les écocides, la conquête de l’Irlande et la grande famine organisée par l’Angleterre, et, révélatrices entre toutes, les guerres de l’opium pour casser la Chine et conquérir ses marchés, fomentées par l’Angleterre, la France et les Etats-Unis. Autant d’opérations qui préfiguraient l’explosion de la cupidité, l’extinction des inhibitions et les déstructurations contemporaines. Déstructuration… Casser les repères et les perspectives, casser les interrelations qui construisent des formes et des intelligences plus grandes et complexes que celles qui les composent, afin d’imposer sans heurt la prédation la plus rudimentaire. Là est plutôt la stratégie. Dans la définition de l’objectif plutôt que dans la façon de l’atteindre.

Créer un choc d’une violence extrême pour casser les structures de la personne ou de la société, ou profiter de l’affaiblissement consécutif à une catastrophe, n’est que l’un des moyens de l’exploitation. Le choc n’est qu’une tactique parmi beaucoup d’autres. Malheureusement, le film oublie les tactiques plus subtiles, insidieuses, presque indolores pour les inattentifs. A l’opposé de la politique du traitement de choc, mais en complément, ces tactiques soft n’en sont que plus efficaces parce qu’elles vident la démocratie de tout contenu sans en affecter les apparences, et qu’elles insinuent le doute et la peur sans que l’on sache ni quand ils commencent ni d’où ils proviennent. Quand la violence suscite la terreur et fait lever la résistance, ces stratagèmes ensemencent une dépression au long cours qui éteint la critique et la volonté. C’est précisément ce qui a été appliqué dans les pays occidentaux pour affaiblir les sociétés de l’intérieur, afin de mettre en oeuvre la dérégulation néo-libérale. Ces pays avaient eu leur quota de guerres terribles et d’atrocités. Ils ne pouvaient en supporter davantage. Alors, dès 1944 à Bretton Woods, puis en 1947 au Mont Pèlerin, les théoriciens de la déstructuration ont décidé de jouer plus finement pour profiter longuement de la situation créée par la seconde guerre mondiale. Infiltrer les partis classiques puis les mouvements sociaux forts et innovants qui allaient se développer parallèlement aux destructions du libéralisme, en éliminer les animateurs et la mémoire, et les retourner afin de pouvoir installer ici, un Reagan, là une Thatcher, et là un pouvoir socialiste fin prêt à ouvrir les vannes de l’ultra-libéralisme. Ces tactiques parviennent aux mêmes résultats que les autres, mais à l’économie, sans susciter avant longtemps, ni renforcer, la colère du peuple, évitant les remous et la répression spectaculaires. L’effet n’en est que plus long (on le voit en France). Les détournements et les profits que plus grands. D’autant qu’avec la paix intérieure gagnée à force de faux-semblants, les actions de prédation extérieures peuvent être conduitent sans frein.

Dommage, donc, que le film focalise sur l’effet de choc comme seul moyen de déstructuration. Il s’affaiblit de l’oubli des manipulations soft qui détournent le mouvement social et le vident de sa substance. D’autant que les deux tactiques extrêmes, le choc et le soft, également pensées par les lobbies et les think tanks toujours en recherche d’une domination plus forte pour plus de profits, sont complémentaires. En effet, beaucoup plus répandues, les manipulations soft ont besoin que les attentions soient au moins attirées par un traitement de choc spectaculaire et scandaleux pour passer inaperçues (Dresde, Hiroshima et Nagasaki, Corée, Indochine, Algérie, Vietnam, Indonésie, Chili, Argentine, Afghanistan, Yougoslavie, Golfe, Irak, etc.).

(a) Dommage que le film oublie les français Bertrand de Jouvenel, Maurice Allais, François Trévoux et Jacques Rueff, fondateurs de la société du Mont Pèlerin avec Friedman et Hayek, et promoteurs d’une déstructuration planifiée sans choc frontal, beaucoup plus sournoise.

Le temps des grâces
Un film de Dominique Marchais

La période est faste. Son titre ne le révèle guère, après We feed the world, Nos enfants nous accuseront, La terre des hommes rouges, Food inc., Herbe, voici un nouveau film sur la destruction des modes de vie, des campagnes et des sociétés par le mépris du peuple et de la vie, la cupidité et le productivisme. On y voit, on y entend comment des paysans ont cru aux illusions de la chimie et de la mécanisation à tout va. Comme on entre en religion. Emballés dans une apparence de rationalité, les messages propagandistes martelés par des délégués et des élus détournés leur ont inoculé l’espoir d’un progrès magique ouvrant sur une ère de prospérité et de facilité. C’est ce qui les a fait tomber d’un coup dans tous les pièges des représentants de commerce.

Les connaissances acquises par toutes les générations précédentes ? Ridiculisées.
Les savoirs faire ? Radicalement dévalorisés.
Les architectures et les matériaux économes, beaux et sains ? Méprisés.
Les bocages, les boqueteaux et les sols ? Détruits.
Les chemins, les reliefs ? Rasés.
Les cours d’eau, les marécages, les tourbières, les forêts galeries ? Détruits.
Les plantes et les animaux, sauvages ou fruits de milliers d’années de sélection ? Détruits.
L’épouvantable souffrance des animaux dans les « circuits » industriels ? De quoi vous parlez ?
L’autonomie alimentaire et industrielle ? Détruite.
Les places des hommes dans leurs sociétés ? Détruites.
Ne pas détruire était devenu mal vu.

Il faut voir à quel point les gens de la génération des « trente glorieuses », désormais retraités, ont été intoxiqués par la manipulation. Enfin, il faut relativiser : le film montre surtout des « exploitants » qui ont « réussi » à profiter de la ruine des autres. Eux sont restés, ont grossi, grossi et compté les faillites alentour, sans se poser de questions. Devenus ignorants en quelques dizaines d’années d’application scrupuleuse des modes d’emploi bancaires et industriels, ils n’ont pas grande conscience des conséquences de leur action. Aveuglés par les rendements croissants qu’ils attribuaient uniquement à la chimie et à la mécanisation, ils n’ont même pas encore compris qu’ils « réussissaient » en profitant de la richesse biologique léguée par les générations précédentes. Et en l’épuisant ! En tout cas, ils n’avoueront pas. Dommage que leur babillage ne soit pas contrebalancé par les témoignages de ceux qu’ils ont contribué à exclure de leurs métiers et de leurs campagnes. Le bilan du grand démembrement de la paysannerie vu par des exclus du système réfugiés en banlieue, avec des enfants en difficulté, aurait été plus intéressant. Cela, seul, mériterait une étude et un film. Heureusement, Le temps des grâces comporte aussi quelques belles interventions de Lydia et Claude Bourguignon, et Marc Dufumier, qui donnent les éléments essentiels pour apprécier l’ensemble de la situation et corriger les paroles inconséquentes (1).

Là où l’on peut rejoindre le propos d’exploitants qui, à propos du vivant, parlent de « matière première », de « minerai », et ne voient dans les haies et les bosquets que des décorations paysagères, c’est sur le maintien des prix agricoles au plus bas niveau. Rappelons que c’est une politique qui a été ouvertement décidée dès les débuts de la Cinquième République pour ruiner les campagnes, produire à outrance et exporter en ruinant les autres. Une conception technocratique de la création de richesses par la dévitalisation généralisée, signée Louis Armand et Jacques Rueff, pour la partie française (2).

La grande déstructuration dont le film donne un aperçu a commencé avec la création de la municipalité élue entre propriétaires en décembre 1789, la vente aux spéculateurs des biens communaux qui avaient été spoliés par l’aristocratie et le clergé (dès novembre 1790), puis l’interdiction des langues régionales qui a commencé en 1793 sous l’impulsion de l’abbé Grégoire. Toujours la révolution détournée par la bourgeoisie déjà soucieuse de dérégulation pour le plus grand profit du commerce. La Première Guerre Mondiale a bousculé profondément la paysannerie et ses cultures tandis qu’aux USA on commençait à réfléchir à l’établissement d’un ordre capitaliste mondial, ce qui allait donner naissance au CFR en 1921. Avec la Seconde Guerre Mondiale s’est vraiment révélée la planification d’une systématisation de l’exploitation par le moyen d’une déstructuration sans précédent. Peut-être déjà cette guerre, au moins en partie, en tout cas toutes celles qui ont suivi ont servi à maintenir une tension extérieure pour affaiblir et détourner l’attention afin de déstructurer davantage. La déstructuration des sociétés et de leurs écosystèmes est aussi une guerre, la guerre du capitalisme dérégulé contre la vie. Et, là, pas de déclaration de guerre, pas de convention internationale pour protéger les populations, pas de casques bleus, pas d’aide humanitaire… La Seconde Guerre Mondiale, c’est la conférence de Bretton Woods et le lancement des institutions internationales dont chacun doit connaître, aujourd’hui, le triste bilan, c’est le plan Marshall et la conquête des marchés au détriment des économies autonomes, c’est le grand essor de la globalisation de la spéculation.

Cette offensive capitaliste généralisée a eu pour conséquences la réification du vivant et sa réduction en matière première, minerai, ressources et marchandises, la dissolution des relations sociales nombreuses et complexes, d’innombrables faillites, l’exil vers les banlieues et la désertification des campagnes. Comme le démontre l’histoire de la conférence de Bretton Woods, elle n’a pu être réalisée qu’avec le détournement des fonctionnements démocratiques par les lobbies financiers et industriels, cela à tous les niveaux des Etats, des syndicats professionnels, des coopératives, des médias. C’est pourquoi je l’appelle : la grande déstructuration. Affaiblir pour manipuler et manipuler davantage pour briser les dernières résistances.

La réponse à la phase contemporaine de ce joli programme est venue assez vite. Elle a mûri dans les années cinquante et a émergé avec les différentes révoltes qui ont généré le mouvement alternatif ; dont les régionalismes, le courant autogestionnaire, l’écologisme, le féminisme, etc. C’était le temps de la plus grande conscience du processus de dérégulation et de spoliation en cours, le temps où, en France comme partout ailleurs, l’on pouvait encore sauver l’essentiel et reconstruire avec l’aide de tous ceux qui n’avaient pas encore perdu leurs savoirs-faire. L’alerte fut chaude pour les prédateurs. Mobilisées pour l’offensive mondialisée et exaltées par son succès, les troupes de la domination étaient fin prêtes pour étouffer toutes les contestations et détourner l’attention afin qu’elles ne ressurgissent pas avant longtemps. Les émissaires de l’oligarchie du capitalisme mondial, et leurs serviteurs disséminés aux postes stratégiques (en particulier, dans les médias), pénétrèrent le mouvement social, en évacuèrent les éléments actifs et se substituèrent à eux pour pouvoir éteindre l’incendie. C’est dans la foulée de ce nouveau sabotage social qui faisait définitivement place nette aux prédateurs que fut lancé, avec l’appui des mêmes, la seconde vague de déstructuration : le néo-libéralisme qui balaya les années 1980/90, sans plus rencontrer de résistance notable.

Le temps des grâces reste dans les campagnes. Il ne dit rien de cette histoire qui éclaire leur destruction et pourquoi il n’a pas été possible d’enrayer le processus. Il survole trop vite plusieurs domaines interdépendants sans préciser assez leurs relations. Mais il donne les éléments d’un terrible constat : les vaches laitières de la filière industrielle ne tiennent plus sur leurs jambes à 4 ou 5 ans au lieu d’une vie de 25 ans entre prairies et étable, les vignes sont épuisées 80 ans à 120 ans avant l’échéance, les sols sont morts, et l’enseignement agricole porte toujours sur les modes d’emploi des lobbies industriels, en oubliant des détails tels que la vie du sol et l’écologie. C’est l’essentiel pour comprendre où nous en sommes.
(1) « Le sol, la terre et les champs : pour retrouver une agriculture saine », Claude et Lydia Bourguignon, Sang de la terre.
Site du laboratoire d’étude des sols créé par Lydia et Claude Bourguignon :
www.lams-21.com

Plusieurs sites rendent compte du travail de Marc Dufumier.

(2) « Le Krach alimentaire – Nous redeviendrons paysans », Philippe Desbrosses, éditions du Rocher 1988.
Pour éclairer tout à fait la question, il faut savoir que Jacques Rueff est l’un des fondateurs de la néolibérale – et ultra-élitiste et dirigiste – Société du Mont Pèlerin en 1947, avec des gens aussi recommandables que Friedrich Hayek et Milton Friedman.

Un film actuellement disponible sur les méthodes améliorant la vie des paysans et la vie des campagnes :
Cultivons la Terre. Pour une agriculture durable, innovante et sans OGM. Distribué par ADDOCS, 15 € en DVD.

Pour l’indication de plus de sources d’information, voir la rubrique « Alternatives pratiques et relations constructives » (sur le blog).

Et sur ce qui a été perdu – avec, d’abord, l’immense culture sociale et écologique du vivre ensemble :
« Au cadran de mon clocher » de Maurice Genevoix

Capitalism : a love story
de Michael Moore

L’histoire de la dernière fièvre boulimique du capitalisme est brossée à grands traits vigoureux. On voit les débuts du processus que la plupart des américains du Nord avaient cru positif, tant qu’il épuisait le monde à l’extérieur et rapportait le butin à la maison. Trop peu nombreux étaient ceux qui dénonçaient les destructions écologiques, aux Etats-Unis comme ailleurs. Pourtant, elles trahissaient la nature du système et annonçaient des destructions plus grandes. Puis, échauffés par la mondialisation du pillage, libérés des dernières inhibitions, les prédateurs se sont jetés sur les peuples amollis par le rêve de l’american way of life. Aux Etats-Unis, depuis Reagan, l’homme des firmes, les victimes se comptent par dizaines de millions, sans parler des cités et des écosystèmes ravagés.

Moore tisse ensemble plusieurs histoires qui révèlent la progression de la cupidité et de la spoliation. On voit à quel point une grande partie de la population a oublié de défendre ses biens communs et s’est laissée piégée par les mirages de la consommation et de l’endettement, par les mirages de la « démocratie représentative » aussi, jusqu’à la ruine.

Michael Moore est toujours en verve pour mettre à nu l’absurdité dominante. Mais, on le sent déconcerté par la vertigineuse faiblesse actuelle du collectif devant l’agression. Il finit par confier qu’il aimerait bien se sentir moins seul à dénoncer et « à faire le gugus ». Alors, il montre ce qui, espère-t-il, est peut-être le début d’un frémissement : des gens qui s’insurgent et ne se contentent pas de mots.

A voir en complément de Food, inc. et réciproquement.

Food, inc.
de Robert Kenner
avec Michael Pollan et Eric Schlosser

C’est sur la mort de Kevin, 2 ans 1/2, après avoir mangé un hamburger, que commence une plongée profonde dans l’un des univers cauchemardesques produit par le capitalisme dérégulé : celui de l’agro-alimentaire industriel qui s’étend sur le monde.

Entre dévastation d’immenses territoires en Amérique du Nord et ailleurs, érosion génétique, concentration du capital et des pouvoirs, cruauté et souffrance animale à des niveaux sans précédents, destructions sociales, mépris pour les travailleurs et les consommateurs, la réification de la vie est poussée à son extrême limite par une industrie agro-alimentaire activement soutenue par la démocratie représentative et l’argent des contribuables. Elle est devenue une machine totalitaire aussi énorme que factice et fragile qui ruine des économies mises en concurrence directe avec les traités du « libre échange » inégalitaire, exploite les spoliés contraints au travail clandestin, a créé des conditions de travail dignes des ateliers du XIXème siècle, réprime les productions et les métiers accordés à l’économie des sociétés et de la biosphère, et organise une omerta générale.

Nouvelles pollutions de l’environnement, nouvelles pollutions alimentaires (excréments dans les viandes, Escherichia Coli 0157:H7, salmonelles, antibiotiques, ammoniaque, chlore à gogo), nouvelles carences, intoxications, diabète et obésité, mal-être, gaspillages énergétiques de bout en bout, l’accompagnent.

La production au moindre coût (mais aux profits lourdement subventionnés) d’une nourriture de synthèse simplifiée, uniformisée et baignée de chimie devrait rappeler aux connaisseurs les exploits des industriels allemands durant les restrictions de la seconde guerre mondiale – par exemple, le pain à la sciure. En 1973, Richard Fleicher réalisait le film Soleil vert, avec Charlton Heston. Dans un monde ravagé, les survivants se voyaient proposer un aliment synthétique miracle mystérieusement produit par une seule entreprise : le Soleil vert. L’action était censée se passer en 2022. En sortant de Food, inc., on réalise que l’on y est presque.

Loin de l’impuissance intériorisée par beaucoup trop de consommateurs, il faut se souvenir que l’on peut voter trois fois par jour pour une autre civilisation simplement en choisissant sa nourriture.

www.foodinc-lefilm.com

Rappel de deux films récents et complémentaires :
Herbe de Matthieu Levain et Olivier Porte
We feed the world de Erwin Wagenhofer

Et, pour se souvenir de la vie foisonnante et diversifiée qui existait il y a peu, avant les monocultures noyées de chimie, les autoroutes, les parkings, les camps de concentration pour animaux et les grandes surfaces, là où Food, inc. nous entraîne, il est bon de faire un détour par un récit historique passionnant en deux volumes :
La piste de l’Ouest et Le grand retour
le journal de la première traversée d’Est en Ouest de l’Amérique du Nord par Lewis et Clark, édit. Phébus 1993.

Eric Schlosser est l’auteur de « Fast Food Nation : the darkside of the All American Meal », un livre traduit en français par les éditions Autrement « Les empereurs du fast food : le cauchemar d’un système tentaculaire ».
Eric Schlosser et Richard Linklater en ont fait un film qui a créé l’événement aux Etats Unis en 2006 (« Fast Food Nation »).

Michael Pollan est l’auteur de « The omnivore dilemma » (2006) et de « In defense of food : an eater’s manifesto » (2008).

La proposition
de John Hillcoat

Encore un film très différent mais en rapport avec les deux précédents.

Pas de Na’vis ni d’Amérindiens ; là, les autochtones martyrisés sont Australiens. La proposition est un – très bon – western sur la grande époque de la colonisation de l’île-continent qui fut l’une des plus sanglantes. On peut y voir de beaux visages de la civilisation apportée aux sauvages, ou comment la misère a conquis le monde.

La fin de la pauvreté
de Philippe Diaz

Avec le concours d’une pléiade d’analystes et de témoins sur le terrain, Philippe Diaz parcoure l’histoire mondiale de la pauvreté en réussissant à maintenir une tension dramatique de bout en bout (1). Une oeuvre plus qu’utile sous la propagande qui s’efforce de faire oublier les causes de la pauvreté, comme du naufrage écologique, et de laisser croire que c’est l’argent des profits qui permettra demain de résoudre le problème (2). Sauf que les profits de l’argent sont réalisés en poursuivant la conquête des marchés et la croissance marchande, précisément les processus à l’origine de la pauvreté.

La période cinématographique est faste puisqu’un film d’un tout autre genre montre très bien le début du processus de fabrication de la pauvreté : AVATAR de James Cameron. Des entrepreneurs, fermés à toutes les choses complexes et sensibles de la vie, se précipitent sur une communauté socio-écologique (une économie locale et ses ressources naturelles). Pour s’imposer, ils répandent des drogues (comme la Grande-Bretagne en Chine), « éduquent » et convertissent, tuent les révoltés et ruinent les productions autochtones en leur substituant des produits à bas prix (grâce aux subventions tirées de l’exploitation et des impôts d’ici). Ils déchirent les tissus culturels, sociaux et écologiques, clochardisent les populations, éventrent la terre pour en tirer les matières qui font les biens de consommation (les fameuses « richesses ») vendues à de moins exploités devenus dépendants (au hasard : les bagnoles), souillent le reste avec leurs déchets, développent encore plus leur marché en profitant de la déstructuration et de la désolation, et poussent parfois jusqu’à investir dans l’aide humanitaire qui permettra d’autres fragilisations. Ils apportent la civilisation (c’est à dire les déstructurations nécessaires au marché). Ainsi sont créés les développements économiques du système productiviste et développés les ruines culturelles, sociales et écologiques, les bidonvilles, la misère et la faim. Et si cela ne suffit pas, eh bien il reste la politique de la canonnière, comme en Palestine, en Afghanistan et en Irak.

C’est l’histoire à laquelle les Na’vis d’AVATAR ont une chance d’échapper. C’est l’histoire à laquelle aucun peuple de la Terre n’a pu échapper. Pas même les peuples d’Europe : nos ancêtres se sont battus farouchement pour sauver leurs communaux, mais c’est la spoliation qui a triomphé au point de pouvoir faire oublier cette histoire – le film ne l’oublie pas. Cela fait des siècles que ça dure. Des siècles que la guerre contre les cultures du bien commun produit de plus en plus de destructions sous prétexte de progrès, jusqu’à dépasser les capacités de régénération de la biosphère (depuis longtemps déjà).

Merci à Jean-Jacques Beinex d’avoir permis la production de ce film.

(1) Dont John Perkins, ex-tueur économique que l’on a vu dans Let’s make money (rubrique cinéma)

(2) Cependant, plusieurs intervenants font encore écho à ce mirage propagandiste. Dommage.

Avatar
de James Cameron

On en sort régénéré.

S’inspirant d’événements maintes fois répétés sur notre planète torturée, James Cameron a déplacé l’action dans un autre monde. Comme aujourd’hui en Amazonie, en Asie du Sud-Est, en Afrique, en Papouasie Occidentale… enfin, à peu près partout, une industrie venue d’ailleurs a débarqué et entrepris de tout démolir et tout tuer pour exploiter un minerais. Las, les autochtones ne comprennent rien au capitalisme qui a définitivement triomphé sur Terre en n’y laissant que des ruines. Pensez, ils vont même jusqu’à considérer que les arbres sont sacrés, comme ici aux temps où l’on était encore dans l’ignorance. Des « primitifs », en somme. Bêtement, ils s’insurgent contre la « production de richesses », comme tous les peuples autochtones d’hier et d’aujourd’hui. Et quelques autres.

Avatar est un beau condensé de la confrontation entre culture écologiste et culture impérialiste. Les situations sont les mêmes, les mots sont les mêmes de part et d’autre, les abrutis – les authentiques primitifs – sont évidemment les mêmes, la violence industrielle est la même (oui, cela se passe comme ça dans la réalité terrestre), et cela fait du bien de voir la stupidité de la recherche du profit aussi brillamment illustrée et dénoncée. Et en relief 3D, s’il vous plaît, qui nous plonge dans l’univers magnifique d’une biosphère ayant évolué différemment de celle de la Terre, avec quelques belles idées, dont une trouvaille remarquable en matière de connectique.

En sus, une mutation choisie illustre fort bien la relativité de l’identité.

Walter, retour en Résistance
film de Gilles Perret sorti le 4 novembre

avec Walter Bassan, John Berger, Stéphane Hessel et Constant Paisant, quatre belles figures de combattants qui parlent toujours clair.

Contre la dépression collective et l’esprit de résignation, le dynamisme d’un résistant survivant de Dachau toujours révolté. Et la parole revivifiante de ses compagnons toujours indignés, toujours en lutte. Car, et tout a été fait pour nous le faire oublier, une large partie de la Résistance, et bien au-delà, rêvait de révolution sociale, sans doute sur la lancée du mouvement de 1934-1936 et de la révolution espagnole. Cela fut étouffé par le PCF (qui désarma les partisans), les courants gaullistes, et le Plan Marshall.

Ce film est porté par les réactions salutaires qui ont suivi 2 expressions frappantes du nouvel ordre totalitaire rampant :
un éditorial de Denis Kessler proclamant : « La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! », magazine Challenge du 4 octobre 2007 (a)
et le comportement indigne de Nicolas Sarkozy, chef de file actuel de cette idéologie, lors d’une commémoration au Plateau des Glières le 18 mars 2008

(a) Denis Kessler a été maoïste. Oh, il ne faut pas croire qu’il ait fondamentalement changé. Ce serait se faire des illusions sur ces maoïstes français, capitalistes de pouvoir, totalitaires arrivistes, qui ont fait tant de mal au mouvement social depuis la fin des années soixante, en particulier au mouvement écologiste qui ne s’en est pas encore relevé.
Après avoir hurlé faussement à la révolution saignante pour tromper les sincères et mieux saboter toute évolution, comme tant d’autres connus et moins connus, Denis Kessler a vite regagné la place que sa famille et sa caste lui réservaient. Pour lui, l’université, les « grandes » écoles, le Patronat Français. Il a été choisi par Dominique Strauss-Kahn pour être son assistant universitaire, puis est devenu vice-président exécutif du MEDEF de 1998 à 2002, le conseiller en idéologie d’Ernest-Antoine Seillières.

(…) Pouvoir résister à ce qui dégrade la société ou à ce qui porte atteinte aux valeurs auxquelles nous sommes attachés, eh bien cette résistance, elle est aussi importante aujourd’hui face aux problèmes de la France de 2009 qu’elle l’était face aux problèmes de la France de 1939/45. Vraie démocratie avec des droits fondamentaux, sécurité sociale, protection sociale, fidélité au service public (…), nous sentons aujourd’hui que ces valeurs sont en danger, que le nouveau gouvernement, celui dont Nicolas Sarkozy est le président tout puissant, ces valeurs il ne les respecte pas comme il le devrait. Il y a donc une résistance évidente qui est de protéger ces valeurs (…)
Stéphane Hessel
Programme du Conseil National de la Résistance (CNR)
intitulé « Les jours heureux »
rédigé en 1944, sous l’occupation, 3 mois avant la tenue de la conférence de Bretton Woods qui décida de réaliser la politique inverse.

Née de la volonté ardente des Français de refuser la défaite, la Résistance n’a pas d’autre raison d’être que la lutte quotidienne sans cesse intensifiée.

Cette mission de combat ne doit pas prendre fin à la Libération. Ce n’est, en effet, qu’en regroupant toutes ses forces autour des aspirations quasi unanimes de la Nation, que la France retrouvera son équilibre moral et social et redonnera au monde l’image de sa grandeur et la preuve de son unité.
Aussi les représentants des organisations de la Résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du CNR, délibérant en assemblée plénière le 15 mars 1944, ont-ils décidé de s’unir sur le programme suivant, qui comporte à la fois un plan d’action immédiate contre l’oppresseur et les mesures destinées à instaurer, dès la Libération du territoire, un ordre social plus juste.

II. Mesures à appliquer dès la Libération du territoire

Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en oeuvre pour atteindre ce but qui est la libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques groupés au sein du CNR proclament qu’ils sont décidés à rester unis après la libération :

1) Afin d’établir le gouvernement provisoire de la République formé par le général de Gaulle pour défendre l’indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle

2) Afin de veiller au châtiment des traîtres et à l’éviction dans le domaine de l’administration et de la vie professionnelle de tous ceux qui auront pactisé avec l’ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration

3) Afin d’exiger la confiscation des biens des traîtres et des trafiquants de marché noir, l’établissement d’un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la nation pendant la période d’occupation ainsi que la confiscation de tous les biens ennemis y compris les participations acquises depuis l’armistice par les gouvernements de l’axe et par leurs ressortissants, dans les entreprises françaises et coloniales de tout ordre, avec constitution de ces participations en patrimoine national inaliénable

4) Afin d’assurer :
– l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;
– la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;
– la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères ;
– la liberté d’association, de réunion et de manifestation ;
– l’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;
– le respect de la personne humaine ;
– l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi

5) Afin de promouvoir les réformes indispensables :
a) Sur le plan économique :
– l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;
– une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des États fascistes ;
– l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’État après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;
– le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;
– le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ;
– le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.

b) Sur le plan social :
– le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ;
– un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;
– la garantie du pouvoir d’achat national pour une politique tendant à une stabilité de la monnaie ;
– la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ;
– un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ;
– la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;
– l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l’expérience de l’Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu’aux salariés de l’industrie, par un système d’assurance conte les calamités agricoles, par l’établissement d’un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d’accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d’un plan d’équipement rural ;
– une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;
– le dédommagement des sinistrés et desallocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.

c) Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales.

d) La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.

Ainsi sera fondée une République nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction instauré par Vichy et qui rendra aux institutions démocratiques et populaires l’efficacité que leur avaient fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui ont précédé la capitulation. Ainsi sera rendue possible une démocratie qui unisse au contrôle effectif exercé par les élus du peuple la continuité de l’action gouvernementale.

L’union des représentants de la Résistance pour l’action dans le présent et dans l’avenir, dans l’intérêt supérieur de la patrie, doit être pour tous les Français un gage de confiance et un stimulant. Elle doit les inciter à éliminer tout esprit de particularisme, tout ferment de division qui pourrait freiner leur action et ne servir que l’ennemi. En avant donc, dans l’union de tous les Français rassemblés autour du CFLN et de son président le général de Gaulle ! En avant pour le combat, en avant pour la victoire afin que VIVE LA FRANCE !
Où l’on voit que la Résistance et l’immense espoir soulevé à la fin de la guerre ont été bafoués, comme les efforts précédents, comme les efforts plus récents.

Le syndrome du Titanic
de Nicolas Hulot

C’est un film noir qui reflète la grande inquiétude et aussi la confusion où Nicolas Hulot avoue se trouver. C’est un film à la première personne, un film plein de JE qui, heureusement, appelle à la communication, à l’échange, à la solidarité… C’est aussi un film qui utilise trop souvent le NOUS pour commenter le cauchemar. Mais, tout le monde n’est pas responsable du cauchemar, même dans l’Occident industriel et consumériste, en tout cas, pas au même niveau, loin s’en faut. Alors, ce défaut de relativité, ce manque de nuances gène. Ce NOUS, que l’on entend aussi du côté de Yann Arthus-Bertrand, ne s’expliquerait-il pas par l’identité de la plupart des fréquentations de Nicolas Hulot, cette « élite » dominante responsable du désastre ?

Et l’on se prend à critiquer l’écologiste Hulot, à relever des contradictions, des outrances, quelques relents de culture impérialiste (par exemple, l’emploi de « progrès » au premier degré), des sortes de naïvetés, un gros côté brouillon. Le désarroi est palpable ; comme la sidération devant le spectacle du naufrage planétaire. On recolle et on se rabiboche grâce à quelques bonnes formules qui traduisent une philosophie politique vraiment écologiste ; par exemple : la condamnation du matérialisme et du capitalisme (il évoque même le pouvoir), la relation aux autres et à l’ensemble, la coopération fondatrice, le faire ensemble qui fait plus et de bonne façon que la compétition et le chacun pour soi.

Dommage, cependant, que Nicolas Hulot ne montre pas d’alternatives. Il en reste au constat alarmé comme nous l’avons fait il y a déjà pas mal d’années. Et encore, nous avons vite trouvé et parlé d’alternatives. Mais, là, Nicolas reste les deux pieds dans le caca à broyer du noir. On aurait aimé voir des gens, des populations résister, reprendre en mains, recréer, innover, restaurer. Il y en a, et de beaux exemples ! On aurait aimé les entendre aussi pour reprendre confiance. Cela aurait donné une respiration et de l’élan au film. Cela aurait compensé le pessimisme qui démobilise plus qu’il ne stimule. La prochaine fois ?

septembre 09

THE COVE – La baie de la honte
de Louie Psihoyos
Sur l’initiative et avec Richard O’Barry (qui fut le dresseur sur le tournage de Flipper le dauphin), et le concours de Boyd Harne.

Comme dans un épisode de « Mission impossible », nous suivons les préparatifs d’une opération commando pour pénétrer les zones interdites de Taiji, un port japonais qui est au coeur du trafic des petits cétacés pour les « delphinariums », « marinelands » et autres grandes surfaces du spectacle de l’enfermement et de la réduction d’êtres sensibles et intelligents en automates déprimés.

Réunion d’un casting exceptionnel de spécialistes de l’action et des techniques camouflées de la prise photo et son, réalisation d’accessoires spéciaux, invention de stratégies de détournement de l’attention des cerbères… l’action se développe tandis que nous découvrons le secret protégé par la police, les media et les officiels japonais. Une crique inaccessible de la superbe côte de Taiji est le lieu d’une tragédie : les dauphins et les marsouins qui ne sont pas retenus par les acheteurs venus du monde entier sont massacrés par milliers (20 à 23 000 victimes par an, au moins 400 000 ces 20 dernières années).

Cupidité, inconscience jusqu’à l’abrutissement, mépris et haine de la vie… Le film ouvre sur des abysses : tout un condensé des tares de la civilisation anti-nature. Avec ce seul exemple, à défaut de comprendre pourquoi, on réalise comment des hommes ont provoqué en quelques dizaines d’années l’une des plus grandes destructions écologiques de l’histoire de la Terre.

Il faut voir le visage impassible du délégué nippon à la CBI (Commission Baleinière Internationale) trahir la jouissance quand les représentants des petits pays soudoyés par le Japon soutiennent sa proposition de réouverture de la chasse, et, comme en miroir, les trognes bornées des tueurs menaçants (ils se disent « pêcheurs »). Hypocrisie et fanatisme.

Eh oui, le Japon n’est pas que le pays d’une fascinante civilisation (avant l’expansionnisme militaro-industriel). Il est aussi le pays où la mer est rouge de sang.

Après d’autres massacres de dauphins, toujours au Japon, pourquoi cette industrie de la mort à Taiji ? Même au Japon, la chair de dauphin est peu appréciée et se vend mal. Alors ? Au-delà de l’assassinat de tous les delphinidés en migration au Japon, l’enquête révélera d’autres ignominies exemplaires. Tout se tient, les crimes contre la nature accompagnent les crimes contre la société.

Deux opposantes au massacre, compagnes en action de Richard O’Barry, ont été assassinées ; l’une d’elle étranglée alors qu’elle faisait une grève de la faim.
En complément, des sites à visiter :

www.seashepherd.fr
Sea Shepherd Conservation Society
La défense des mers dans le sillage du corsaire Paul Watson, fondateur de GreenPeace

www.bluevoice.org

www.opsociety.org

www.savejapandolphins.com

Pour accéder à des vidéos :
www.youtube.com/watch?v=GP5 9iY JUQ

Une pétition :
www.thecovemovie.com/what ca…ter writing.htm

et un article sur :
www.blog-les-dauphins.com

Avec le support étonnant de l’un des trusts du système qui détruit sociétés et écosystèmes, Yann Arthus-Bertrand présente
HOME
un film dénonciateur de la destruction de la biosphère.

Très belles prises de vues, terrifiantes aussi, pour montrer la beauté de ce qui est détruit, l’ampleur du désastre et l’urgence vitale où nous sommes. Ce film a un air de déjà vu. Sans aucun sponsor, c’est exactement ce que montraient les écologistes d’il y a quarante ans, plusieurs degrés dans l’horreur en moins. Mais, les destructions d’alors nous suffisaient pour comprendre et passer à l’action. « Les trente glorieuses » du technocrate Jean Fourastié étaient, pour les observateurs plus universels et plus attentifs, avant tout les trente destructrices et nous nous sommes vite retrouvés nombreux à vouloir éviter la poursuite d’une telle aberration. En informant et en stimulant une prise de conscience, nous voulions éviter la réalisation du cauchemar promis par les « responsables » économiques et politiques, tous populationnistes, « expansionnistes » et productivistes. Cela a fortement et très largement déplu, et le mouvement qui se formait a été étouffé en quelques années pour permettre l’essor d’une exploitation plus intense que celle que nous dénoncions. Celle qui est appelé ultralibéralisme.

La critique et l’alternative condamnées à un presque silence, le cauchemar que nous redoutions a été réalisé et il progresse d’autant plus vite que la plupart s’y sont accoutumés, ou résignés.

Le film de Yann Arthus-Bertrand est sans doute utile pour que quelques paupières se soulèvent dans le grand dortoir, mais il manque singulièrement de force. Il manque d’abord de crédibilité en insistant sur une responsabilité collective des hommes : « Nous, les hommes… Nous, nous, nous… ». Nous ? Les Kayapos, les Roms, les Corses, les Mentawaï, les Samis, les Papous, les Frisons, les Berbères, les Santee Sioux… ? Les sinistrés par les industries dures, les chômeurs, les exclus de partout, les enfants des rues, les paysans sans terre, les paysans bio, les lanceurs d’alerte jetés au placard, les peuples jetés dans des camps et des bidonvilles pour faire place aux scrapers des dictatures et des multinationales… la masse immense des spoliés et des victimes ? Responsables ?

Vu ses sources de financement, ce film ne risquait pas de désigner les vraies responsabilités culturelles, politiques, économiques, structurelles, comme le fait Let’s make money de Erwin Wagenhofer. C’est pourquoi, en dépit des similitudes, HOME est plusieurs tons au-dessous du niveau de l’alerte lancée il y a une quarantaine d’années. Comme en retard d’au moins une analyse.
Allez voir le film de Yann Arthus-Bertrand pour les prises de vues, puis allez voir Let’s make money pour l’information.

LET’S MAKE MONEY
de Erwin Wagenhofer, l’auteur de We feed the world

En un seul film et quelques-uns des spots de la haute spéculation, tout un condensé du détournement planétaire de l’argent de monsieur et madame Tout le Monde qui ravage les écosystèmes et les sociétés. Les stratégies de l’escroquerie, les hommes, les circuits, les entreprises. Au travers des exemples présentés, les relations entre économie virtuelle purement spéculative, économie réelle complètement pervertie par la spéculation, et destruction sociale et écologique, apparaissent clairement. Le simplisme confondant des meneurs et l’immensité des complicités aussi.

Un petit rappel de quelques points du néolibéralisme (ou ultralibéralisme) :

 La casse systématique des dispositifs de régulation (protection des potentiels faibles par rapport aux plus forts), sous prétexte de « régulation naturelle » par « le marché » ! La dérégulation a commencé puissamment en France sous un gouvernement socialiste, avec la brutale libéralisation du marché des capitaux en 1983.

 Toujours dans le cadre de l’exposition des faibles aux plus fortes spéculations, la libéralisation des flux commerciaux (abaissement des barrières douanières).

 L’affaiblissement de toute structure communautaire – même l’Etat – et, bien sûr, des services publics. Un mot s’impose qui est rarement avancé : déstructuration. La déstructuration est réalisée partout et à tous les niveaux. Déstructuration, c’est à dire dégradation des interrelations constitutives des sociétés (pour qu’elles deviennent de plus en plus faibles et dépendantes, surtout au sud), des écosystèmes, de la biosphère. A moins d’un sursaut collectif, une fois lancée, la déstructuration ne connaît pas de limites. Elle se nourrit d’elle-même, s’amplifie, s’accélère et détruit tout. En France, elle a été lancée avec le sabotage des différents courants du grand mouvement alternatif des années soixante/soixante-dix, lequel était une réaction aux prémisses de ce capitalisme ultra-libéral (« Traîtrises du présent, sabotage de l’avenir », et la suite).

 L’endettement est l’une des stratégies de la déstructuration. La vie à crédit, les hypothèques, les dettes et leur encours fragilisent les personnes, les familles, les sociétés, les états, laissant la vie et les biens communs sans protection entre les mains des pilleurs. L’endettement est le levier de la grande braderie planétaire.

Plus d’info :

www.let’s make money.at
et d’autres vidéos sur youtube.com
et allocine.com (avec sous-titrage français)

Ne pas manquer le précieux témoignage de l’un des maîtres ouvriers du système destructeur, l’ex-tueur économique John Perkins :
www.johnperkins.org
« Confessions of an economic hitman », John Perkins, Berret-Koeler publishers 2004.

The International
de Tom Tykwer,
en français : « L’enquête »,
avec Naomi Watts et Clive Owen toujours très convainquant (le Roi Arthur du film de Antoine Fuqua).

Des enquêteurs d’Interpol suivent la piste semée de curieuses morts accidentelles d’une industrie de la finance. Depuis un petit pays européen très accueillant, celle-ci trafique dans les systèmes d’armes et la stimulation de conflits pour générer les dettes dont elle compte faire son miel. En dépit de l’accumulation des éléments à charge, nos enquêteurs éprouvent beaucoup de difficultés à faire collaborer les administrations des pays où les crimes sont commis. Et le terrain devient de plus en plus brûlant au fur et à mesure qu’ils approchent du but. Un but inaccessible, semble-t-il, tant les accointances institutionnelles de la banque sont ramifiées.

L’abondance des ressemblances avec différentes multinationales, différentes affaires et, dans l’ensemble, le fonctionnement de la mégamachine, n’est sûrement pas fortuite.

Un film bien ficelé, dynamique et prenant, et qui ne distrait pas de l’actualité la plus importante… Pour garder la forme, on peut le voir après LET’S MAKE MONEY.

HERBE
le film de Matthieu Levain et Olivier Porte

C’est comme le jour et la nuit. Le film balance entre deux univers. L’un a toujours les pieds sur la terre, la connaît et l’aime. L’autre est un pur produit de la culture anti-nature.

L’herbe broutée par les vaches laitières des éleveurs que nous rencontrons tout d’abord est la vedette de ce film éclairant. Adeptes de ce que l’on nomme maintenant la filière herbagère qui allie les connaissances des anciens et celles de la bio, ces éleveurs toujours paysans promènent, avec le chien, le troupeau de la pâture à la salle de traite. Ils foulent l’herbe dont ils connaissent chaque espèce, les très bonnes pour les ruminants et le lait, le meilleur lait, et les autres qu’il faut contrôler avec doigté. Ils jardinent prairies et champs avec la connaissance des cycles des végétaux et des animaux. Ils entretiennent de belles haies riches de tous les bois, entre le taillis pour le feu et le bois d’oeuvre qui grandit pour les petits enfants. Ils ont le temps de regarder la vie qui grouille autour d’eux. Ils donnent envie de faire sa vie à la campagne.

Silos, grands bâtiments industriels, gros engins flambant neufs, animaux en stabulation, et endettement en proportion, nous découvrons ensuite une « exploitation » de l’agriculture intensive. Grosse consommatrice des gadgets profitables aux industriels et aux banquiers, c’est un maillon de cette industrie qui, en amont, produit les ravages écologiques et humains montrés par « La terre des hommes rouges » (BirdWatchers), le film présenté plus loin. De l’Amazonie, de l’Argentine, de la Chine, de tous les coins du monde dévastés par la spéculation agro-alimentaire, à ce coin de Bretagne, proviennent les aliments déversées sous le nez des vaches incarcérées. C’est la même machinerie ubuesque cornaquée par des conseillers en asservissement aux banques.

En aval de l’exploitation : un lait de bien moins bonne qualité que celui produit à l’herbe, et sans doute pas exempt des molécules déversées à tous les stades en amont. Aussi quelques effluents bien connus en Bretagne, jusque sur les côtes. Sans oublier la colossale contribution de toute la filière au bouleversement climatique.

Entièrement dépendante des approvisionnements livrés par des norias de bateaux et de camions, coupée de son environnement, dans l’engrenage des investissements et des crédits à vie, assoiffée d’énergie, coupée même des animaux qui la font vivre et qui ne sont plus que des numéros, des performances de production, cette exploitation est suspendue aux crédits et aux subventions extorquées à des contribuables qui sont loin d’imaginer quel mal va faire le produit de leur travail, ici et jusqu’au delà des océans.

HERBE n’aborde pas la triste condition des animaux de l’élevage intensif. Peut-être le temps manquait-il. Il y a tant à dire. Dans ces exploitations si bien nommées où le productivisme a aboli la connaissance et l’intelligence du vivant, les vaches sont maintenues en lactation par des grossesses rapprochées. 3 mois après un vêlage, elles sont à nouveau fécondées par insémination artificielle. Et, durant la grossesse, elles sont encore traites. Si bien qu’après 5 ou 6 ans de production forcée et de souffrance quotidienne, leurs corps épuisés tiennent à peine debout (quand elles ne sont pas maltraitées, les vaches vivent quatre fois plus longtemps avant la fatidique « réforme »). En remerciement de si bons services, les exploitants les expédient à l’abattoir. Leur chair martyrisée et immangeable sera débitée en viande hachée et promotions de grandes surfaces (70% des ventes).

Et tout cela pour quoi ? Quels avantages ? Quel agrément ? Pour une entreprise fragile jusqu’à la caricature qui est à la merci de la moindre fluctuation des cours des intrants, des subventions, et de la moindre variation du climat ici et là-bas, là où sont produits les aliments au détriment des écosystèmes et des populations. A la merci du coût de l’énergie dévorée. A la merci du coût de l’eau qu’elle consomme et pollue en abondance. A la merci aussi de multiples systèmes techniques consommateurs de juteux contrats de maintenance (machinisme agricole dernier cri, gestion technique centralisée des automatismes, informatique). Quant aux hommes qui essayent de se convaincre d’avoir eu raison de suivre les injonctions des représentants de la coopérative et de la banque qui les utilisent pour se nourrir des subventions publiques, ils sont enchaînés à vie à un système artificiellement soutenu qui n’est même pas fiable à moyen terme puisqu’il détruit localement et globalement. Leur vie entièrement absorbée par un travail taylorisé, de 6H1/2 à 20H30, la tête tout aux calculs de rentabilité, ils courrent d’un atelier à un autre, l’oeil sur les torrents de chiffres des écrans de contrôle. Les pauvres ne font pas envie et achèveraient de nous convaincre de la valeur de l’élevage sur herbe, s’il en était besoin.

Un film qui remet les idées en place et montre que les alternatives au naufrage planétaire sont là, à portée de la main. A voir, même si l’on a déjà des notions sur le sujet. Il faut voir l’épanouissement et entendre la tranquille assurance des fermiers autonomes, tandis que les exploitants, devenus petits personnels des industriels-banquiers, cherchent à se rassurer en puisant dans un discours qui ne leur appartient pas.

ACG
Pour plus d’info :
Le site du centre d’étude pour une agriculture plus autonome créé sur l’impulsion d’écologistes distingués, tel André Pochon
http://www.cedapa.com/
André Pochon est l’auteur du livre « Le scandale de l’agriculture folle » qui vient de paraître aux éditions du Rocher.
http://www.dailymotion.com/video/x8re4z_andre-pochon-l-agriculture-durable_webcam#from=embed

http://www.mescoursespourlaplanete.com/
beaucoup d’info, y compris sur les conditions de l’élevage industriel et les conséquences néfastes de ce système (rubrique « produits laitiers »).

http://www.protection-des-animaux.org/
En particulier un dossier bien informé : L’industrie agro-alimentaire

Et l’on pense, bien sûr, au peuple de l’herbe de Microcosmos , le film merveilleux de Claude Nuridsany et Marie Pérennou qui montre la diversité foisonnante de la vie dans l’herbe. Un petit coup d’oeil aux belles vidéos en ligne pour s’aérer la tête et retrouver le sens de la relativité.
http://www.dailymotion.com/video/x7jp6v_microcosmosscene-1_animals

Séraphine
Film de Martin Provost
avec Yolande Moreau (Séraphine) et Ulrich Tukur dans le rôle de Wilhelm Uhde.

Orpheline, pauvre et méprisée, Séraphine Louis Maillard, dite Séraphine de Senlis (1864–1942), fut bergère puis bonne à faire les travaux les plus durs. Pour échapper à la violence de l’exploitation de sa faiblesse, pour se laver des affronts, pour retrouver le monde de la tendresse et de la beauté qu’elle sentait frémir en elle, Séraphine se réfugiait auprès des arbres, des paysages et de la Vierge Marie. Quand elle en avait le temps, elle regardait les ciels et les frondaisons, écoutait les animaux, caressait les ruisseaux et les troncs. Cette communion avec la nature lui inspirait la vision amoureuse du vivant qu’elle a exprimée dans une peinture luxuriante, sensuelle et joyeuse.

Elle était une pratiquante fervente de l’écologie profonde. Arne Naess, le philosophe de l’écologie profonde qui vient de nous quitter, a-t-il eu connaissance de la vie de Séraphine de Senlis ?

Par un hasard invraisemblable, elle croise le chemin de Wilhelm Uhde, le découvreur-collectionneur qui a fait connaître Pablo Picasso, Braque, le Douanier Rousseau, etc. Elle est sa femme de ménage en 1912. Wilhelm Uhde encourage Séraphine, puis la guerre les sépare, et ce n’est qu’en 1927 qu’il la redécouvre au hasard d’une exposition de peintres de Senlis et de la région. Il lui permet de cesser ses « travaux noirs » et de se consacrer à la peinture. Il l’exposera à Paris en 1929 où plusieurs toiles seront vendues.

Emportée par l’amour et le manque d’amour, le comportement de Séraphine était à l’égal de son art : extraordinaire. C’était plus qu’une société coincée pouvait supporter sans se mettre en danger. Alors même que son oeuvre était enfin reconnue, la gendarmerie la jeta entre les mains de psychiatres plus fous que leurs victimes. C’était en janvier 1932. Personne ne lui viendra en aide pour lui faire recouvrer la liberté et retrouver le goût de créer et la peinture. Même le génie révélé ne protège pas de la stupidité instituée. Peut-être au contraire.

Après des années de promiscuité et de saleté dans des locaux surpeuplés, assommée par les tranquillisants, Séraphine est morte de solitude, de faim et de froid dans une prison psychiatrique en 1942. Son corps fut jeté dans la fosse commune de l’hôpital de Clermont-de-l’Oise.

Après avoir appelé à l’aide durant d’interminables années, Camille Claudel est morte de la même misère dans un autre établissement psychiatrique, en octobre 1943. Elles étaient nées la même année, en 1864. Elles ont été brisées de la même façon. Deux femmes… Est-ce un hasard ?

45 000 personnes abandonnées par les familles et la société, puis naufragées dans une institution qui internait en masse mais n’avait pas les moyens de soigner ni d’assurer un minimum de confort, sont mortes ainsi entre 1940 et 1945 (il y a eu 76 327 décès dans les mouroirs psychiatriques durant cette période).

Le film de Martin Provost respire avec Séraphine. Il permet de l’accompagner dans sa douleur et sa joie. En creux, il montre la sclérose de la société dominante confrontée aux expressions d’une sensibilité qu’elle s’échine à refouler. Il soulève aussi beaucoup d’interrogations et donne très envie de lire les études sur la vie de Séraphine de Senlis.

Séraphine n’a guère profité de la reconnaissance de son génie. Mais, pour une Séraphine révélée, combien de talents ignorés ou gâchés ?
pour en savoir plus :
• Séraphine de Senlis, Alain Vircondelet, Albin Michel 2000
• Les femmes artistes dans les avant-gardes, Marie-Jo Bonnet, Editions Odile Jacob 2006
• Séraphine, la vie rêvée de Séraphine de Senlis, Françoise Cloarec, éd Phébus 2008
• Les malades mentaux en France sous l’occupation nazie, Pierre Bailly-Salin, article de septembre 2005
• Droit d’asiles, Patrick Lemoine, Editions Odile Jacob 1998
• L’Hécatombe des fous. La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l’Occupation, Isabelle von Bueltzingsloewen, Edition Aubier 2007
• Destins de fous : le sort tragique des malades mentaux sous l’occupation, Annick Perrin Niquet et Anne Parriaud, accessible sur internet.

un site
www.belcikowski.org

Frozen river
premier long métrage de Courtney Hunt.
Une immersion sensible dans les combats quotidiens des populations de l’Amérique « d’en bas » (blanche et amérindienne) et leur rencontre avec les migrants clandestins qui accourent d’au-delà des océans à la rencontre d’un mirage.

Nos enfants nous accuserons
film de Jean-Paul Jaud.
Maladies neurologiques, maladies respiratoires, leucémies et autres cancers, etc., après leurs parents, les nouvelles générations sont maintenant lourdement touchées par les pollutions de l’agro-chimie. En Europe seulement, des milliers d’enfants souffrent et meurent pour que quelques-uns puissent continuer à accumuler des profits pharamineux – et à soutenir la croissance – en empoisonnant la biosphère, une sphère de vie malade à crever, comme les enfants.

Les habitants de Barjac, une cité du Gard, ont décidé de réagir en ne servant plus que des produits biologiques à la cantine scolaire.
Barjac, la première commune française du mouvement Cittàslow (voir les relations pratiques sur ce blog) ?

La terre des hommes rouges (BirdWatchers)
film de Marco Becchis. Superbe musique de Domenico Zipoli (XVII et XVIIIème siècles).

L’action se déroule au Brésil, ce même Brésil vanté par moult économistes et politiques éclairés qui le décrivent comme région « émergente » (a). En fait d’émergence, le succès du Brésil auprès de ces experts est proportionnel à la destruction de ses vraies richesses, c’est à dire à la régression sociale, culturelle et écologique.

Une minorité brésilienne qui rêve de réitérer la conquête nord-américaine et la réduction des grands écosystèmes en valeurs boursières, est en train de massacrer le Brésil, cet ensemble de pays extraordinairement riches, mais d’une richesse à laquelle ils ne comprennent rien. Ils sont comme ces embourgeoisés par le détournement de la révolution qui, entre le Directoire et la Restauration, dépeçaient abbayes, basiliques et châteaux par milliers, les richesses d’au moins dix siècles de création, pour vendre les pierres comme matériaux de construction.

Marina Silva avait voulu croire aux promesses de Lula. Ecologiste que l’on n’achète pas, elle vient de démissionner du poste de ministre de l’environnement où, comme tant d’autres, elle était cantonnée au rôle de potiche. Après avoir beaucoup tenté, elle a enfin réalisé que ses collègues, gagnés aux intérêts de la mégamachine spéculative, se servaient d’elle comme d’une caution leur permettant d’affaiblir les résistances et le mouvement alternatif.

Dans la région du Mato-Grosso, le peuple Guarani est chassé de ses terres par la spéculation mondialisée (voir « Vandalisme planétaire » et « Des paradis dans l’enfer du développement »). Après le Rondônia voisin, le Mato Grosso a été crucifié par deux routes transamazoniennes qui sont les moyens de la colonisation industrielle. Lourdement subventionnées avec l’argent public des USA, du Japon et de l’Europe, elle ont permis la pénétration des engins de terrassement qui ont démoli les écosystèmes denses (b).

Des guaranis jouent leur propre rôle dans ce film fidèle à la réalité qui exalte nos dirigeants.

On y voit le Mato-Grosso désertifié par l’agro-alimentaire d’exportation : boeufs, canne à sucre, soja (surtout transgénique et, donc, copieusement arrosé d’herbicides)… pour approvisionner les fast-foods, les élevages intensifs d’animaux misérables et des voitures « vertes » au bilan écologique beaucoup plus désastreux que les plus polluantes d’hier. Il n’y subsiste plus que des lambeaux de la grande forêt d’il y a encore trente ans.

« La terre des hommes rouges » est l’un des très rares films à montrer les peuples confrontés à la destruction de leurs écosystèmes et de leur civilisation. Il est curieux, et sans doute révélateur, que si peu de créations « occidentales » soient inspirées par la destruction des forêts essentielles à la biosphère, par la spoliation des populations, par la condamnation à mort des hommes et des cultures.

C’est pourtant là, entre multinationales, subventions de partout, grands « propriétaires » voleurs de terres et de vies, leurs tueurs, les écosystèmes qui furent les plus riches de l’évolution et les peuples auxquels il ne reste que le suicide (c), que se joue le sort du monde. Morts individuelles et collectives en masse, extinction d’espèces comme on n’en avait jamais vu, structures et cultures complexes balayées par les simplismes les plus rudimentaires jamais produits, réduction drastique de la diversité biologique, bouleversements climatiques aux conséquences planétaires, désertifications, etc., la matière n’est-elle pas assez riche ?

Survival International a créé un fonds spécial pour aider les Guarani-Kaiowa à récupérer leurs territoires : www.guarani-survival.org

(a) Volée aux écologistes, l’idée d’évolution émergente remplace désormais en « voie de développement ». Lloyd Morgan est le père de la théorie des émergences : l’évolution procède par sauts de complexité croissante, de niveau d’organisation en niveau d’organisation.

(b) Curieux que ces pays aident aux dérèglements climatiques dont, pourtant, ils subissent déjà durement les effets ! Mais que ne ferait-on pas pour gagner de l’argent facile au détriment de tous, depuis les massacrés, les expropriés, les ruinés, les empoisonnés, jusqu’au consommateur occidental berné ? L’Union Européenne importe massivement ces produits sales. C’est pourquoi elle subventionne la destruction là-bas. Voir les informations réunies par Les Amis de la Terre (www.amisdelaterre.org/soja).

(c) 517 guaranis se sont suicidés ces vingt dernières années. Tous les peuples autochtones du Brésil sont frappés de désespoir.

Chomsky et compagnie
film de Daniel Mermet, l’animateur de l’émission « Là-bas si j’y suis », France Inter de 15 à 16H (une émission à suivre).

Une bonne tranche d’analyses décrassantes comme on aimerait en déguster plus souvent. Avec des illustrations choisies dans l’horreur quotidienne de la planète Terre. Beaucoup d’informations comme les journaux et émissions « d’information » ne nous en proposent guère.

Avec Noam Chomsky, vieux routier du décryptage de l’escroquerie dominante, tout devient clair en peu de mots, avec des exemples très concrets à l’appui de chaque démonstration.

mars 2012

Mort de Benjamin Escoriza
le chanteur de Radio Tarifa.
A 57 ans.
D’un cancer évidemment.
Encore un qui nous manquera chaque jour

Sin Palabras
http://www.youtube.com/watch?v=TObw4BSmAos
El Quinto
http://www.youtube.com/watch?v=MABsLrxQThc
La Tarara
http://www.youtube.com/watch?v=7vY4ktHFWko&NR=1&feature=endscreen

Connaissez-vous ?

Jacques Yvart
Invité par Hervé le Nestour, Jacques Yvart avait chanté pour la campagne des écologistes aux élections présidentielles de 74
http://www.youtube.com/watch?v=UCRLi89aSNA
Danielle Messia
1956 – 1985
http://www.youtube.com/watch?v=njIZCt3LcWc&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=wk13K19xbuA&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=TmxIWxapIlg&feature=related
Gribouille
1941 – 1968
http://www.youtube.com/watch?v=GILjGdQO_uA&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=qAa2_-bzy9o&feature=list_related&playnext=1&list=AVGxdCwVVULXdErgVJJd_LYcrrUmuCk1yG
Victor Leed (Laïd Hamani)
1950 – 1994
http://www.youtube.com/watch?v=SnfOYH0ghRo
http://www.youtube.com/watch?v=CUkRehLqdEU
Michèle Bernard
http://www.youtube.com/watch?v=_fKkPEzcZBE&feature=list_related&playnext=1&list=AVGxdCwVVULXd3E9RkDbCz4fSG826TzRVX
http://www.youtube.com/watch?v=qsb2uucyC3Q&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=2Cw93_NSfcc&NR=1

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