Commençons par nous souvenir de ce qui a précédé et entouré le Sommet de la Terre de RIO 92 :
l’une des plus grandes offensives anti-écologistes pour, une nouvelle fois, saboter toute possibilité d’éviter le pire.
 

dessin de Patrick Chappatte

 

C’était à la fin des années 80, au début des années 90, un nouvel essor de l’écologisme semblait se dessiner. Comme dans les années 1960 et début 1970. Cela ne pouvait pas durer. La volonté de nuire s’est vite ressaisie pour occulter encore la trop faible lumière des lucioles et poursuivre le génocide culturel déjà constaté par Pier Paolo Pasolini *.
* La violence du Pouvoir : le regard de Pier Paolo Pasolini
http://cei.revues.org/277#tocto1n2
 

Le parti de la domination, de la réification et de la marchandisation du vivant a commencé une nouvelle offensive anti-écologiste, « anti-nature », anti-avenir et anti-justice, comme une vingtaine d’années auparavant, déjà sous la houlette des lanceurs du néo-conservatisme. Mais, à la différence de la première qui avait été menée en tapinois, en infiltrant le mouvement et en remplaçant ses acteurs par les faces de carême connues aujourd’hui encore, l’offensive commencée en 1990 s’est appliquée à décrédibiliser et souiller les écologistes, leur pensée et leur projet de civilisation, également à falsifier l’histoire du mouvement pour approfondir la confusion.

La magie des lucioles par Yume Cyan
http://www.journal-du-design.
 
 
Et nous avons vu débouler Marcel Gauchet, Luc Ferry et Alain Minc (tous de la Fondation Saint Simon *, cela va de soi), l’équipe du magazine Actuel aiguillonnée par les envoyés du PS chez les Verts **, Corinne Lellouche (L’Echo des Savanes), Eric Conan (Esprit), Alfred Grosser, Jean-Claude Levy, Claude Allègre, et une nuée de missionnés et d’irréfléchis qui se sont déchaînés sur les lanceurs d’alerte. Parmi eux, on trouve même un Dominique Bourg affirmant un peu partout son amour de l’individualisme, de l’anthropocentrisme, en somme de la culture impérialiste, et mettant en garde contre ces « dangereux » écologistes aspirant à une civilisation pacifiée (a). Un tel discours haineux serait, hélas, assez banal si, en dépit de son apologie du livre manipulateur de Luc Ferry, son auteur ne passait maintenant pour un « penseur de l’environnement » (comme Denis de Rougemont !). Tous ces gens ont eu les faveurs des media classiques, du Figaro à Politis (encore un remarquable dossier en mars 90), tandis que les écologistes accusés de tous les maux voyaient leurs droits de réponse jetés à la poubelle.
 * Enquête sur la Fondation Saint-Simon
Les architectes du social-libéralisme
https://www.monde-diplomatique.fr/1998/09/LAURENT/4054

** l’article était une commande que Christophe Nick a accepté de signer. A-t-il compris ce qu’on lui faisait faire ?

 

Est-il nécessaire de le dire ? Aucun de ces accusateurs sortis du néant n’a jugé bon de consulter les écologistes mis en cause, ni de répondre à leurs demandes d’explication. Extraordinaire est l’habileté à éviter tout contact et tout débat dont ils ont fait preuve ensuite. Lâcheté ? Honte ? Combien ont réalisé qu’ils étaient instrumentalisés par un capitalisme peu soucieux de mettre fin au saccage des sociétés et de la biosphère ?
 
Géopolitique n°40, 1992
La confusion semée, un récit falsifié diffusé dans toutes les chaumières, une pantomime de luttes pour l’illusion du pouvoir entre imposteurs et égarés… et les écologistes sont redevenus inaudibles. Décrédibilisés pour longtemps. D’autant que les environnementalistes attaqués ont choisi de plier, rompant définitivement avec les écologistes pour mieux abandonner les dernières références à la culture politique de l’écologisme, rentrant pleinement dans le jeu du système dominant en confortant l’environnemental-libéralisme des partis verts. C’est vraiment là qu’ils ont permis l’accomplissement du voeu de Raymond Aron (Genève, sept. 1969) :
– que la nouvelle gauche échoue (traduire : soit étouffée) pour que son message libertaire puisse être tranquillement souillé et dévoyé par l’ultra-libéralisme globalisé.

Un grand oeuvre auquel Denis de Rougemont s’était attelé (avait été attelé par les célèbres frères Dulles), justement dès 1969, en circonvenant des militants au moyen de deux factions ad hoc : Diogène et Ecoropa *. Ces gens sont de ceux qui allaient se substituer aux écologistes et décider de les museler. Comme par hasard, ce sont aussi les acteurs des partis verts qui, au début des années 90, ont préféré à nouveau resserrer les liens avec les ennemis de l’alternative écologiste.
* sortes de Fondation Saint Simon spécialement concoctées pour l’écologisme.

L’ultra-spéculation capitaliste sur le vivant avait à nouveau le champ libre. Nous en voyons les résultats.
 
http://4.bp.blogspot.com/-l0qjbRabMz8/VlNzMfNGlwI/AAAAAAAAGjE/keAILyfe85U/s1600/Collectif-Actuel-N-10-1991-Les-Ecolos-Fachos-Revue-139202530_ML.jpg

Et il y a eu l’Appel d’Heidelberg organisé par un désormais célèbre cabinet en communication (Valtat), le même que pour le lobby de l’amiante et quelques autres groupes de pression défenseurs de produits ultra-polluants…
 
 
dans Histoire contemporaine – Une mémoire du mouvement écologiste – 7 :
http://www.planetaryecology.com/index.php/120-histoire-contemporaine-une-memoire-du-mouvement-alternatif-ou-nouvelle-gauche-ecologiste-7
 
Le PS contre les Verts
Courant Alternatif n° 14, décembre 1991
 
La deuxième manche
le droit de réponse au magazine ACTUEL après la parution de son numéro « Les écolos fachos » en septembre 1991.
 
 
et, dans L’anti-écologisme de 1973 à nos jours :
http://www.planetaryecology.com/index.php/129-l-anti-ecologisme-de-1973-a-nos-jours
 
La cécité absolue d’une bande d’autruches, par André Langaney 1992
 
Amiante et Appel d’Heidelberg, par Henri Pézerat 1995
 
 
Et encore, plus récemment, au Sommet RIO+20, en 1992 :
L’accord final de la conférence, très décrié, est déconnecté des enjeux environnementaux
par Eliane Patriarca
 
Depuis deux jours, le Rio Centro, où s’est achevée vendredi la Conférence des Nations unies sur le développement durable, baignait dans une atmosphère surréaliste. Tandis que chefs d’Etats et de gouvernement se succédaient à la tribune de l’assemblée plénière pour une brève allocution, beaucoup de leurs homologues avaient déjà quitté les lieux. Et les autorités brésiliennes avaient résolument choisi d’éloigner à 50 km du lieu de la Conférence officielle le sommet alternatif des peuples, où les ONG ont réuni quelque 20 000 personnes durant dix jours.
 
«Rio + Vain». Vingt ans après le Sommet de la Terre de 1992, qui a donné naissance aux conventions sur le climat, la biodiversité ou la désertification, l’édition 2012 a déçu. Rebaptisée «Rio + Vain» ou «Rio – 20», elle souffre d’une cruelle absence d’ambition. Dès mardi soir, sous la houlette du ministre brésilien des Affaires étrangères, les négociateurs, au travail depuis le 13 juin, avaient trouvé un accord, échappant à l’arbitrage politique des chefs d’Etat arrivés le lendemain. Vendredi, les 191 pays représentés à Rio ont ratifié le projet de déclaration finale, 49 pages intitulées «Le futur que nous voulons». «Ce futur n’est pas dans ce texte», ont rétorqué les leaders de la société civile, parties prenantes de la préparation de la conférence, mais qui ont adressé jeudi une lettre aux Nations unies pour se désolidariser d’un texte dénué «d’engagements concrets». Parmi les signataires : Marina Silva (ancienne ministre brésilienne de l’Environnement), Kumi Naidoo (patron de Greenpeace), Ignacy Sachs (l’économiste à l’origine de l’éco-développement) ou la philosophe et militante indienne Vandana Shiva. (…)
http://www.liberation.fr/terre/2012/06/22/rio-le-sommet-enterre-l-interet-general_828518
 
 
(a) Les développements philosophico-politiques qui ont accompagné cette nouvelle offensive anti-écologiste ont définitivement éclairé sur l’idéologie qui structurait la première, une vingtaine d’années auparavant. Le discours tenu par les auteurs cités (Ferry, Minc, Béney, Bourg…), et bien d’autres, correspond exactement aux cris de guerre lancés par Norman Podhoretz (1967), Irving Kristol (1968), Raymond Aron (1969), les néo-conservateurs en pointe de la civilisation anti-nature qui ont réorienté les réseaux de la Guerre Froide contre la nouvelle gauche écologiste.

Logique, d’ailleurs, puisque de futurs acteurs de la Fondation Saint Simon et des marionnettistes néo-capitalistes de plus haut vol étaient déjà affairés dans le dos de la nouvelle gauche écologiste, à la fin des années soixante.

Au début des années 1990, comme à la jonction des années 60 et 70, comme aujourd’hui avec la COP 21, comme à chaque fois, le clivage politique premier, celui qui relativise tous les autres, s’est révélé au grand jour. D’un côté, tous les défenseurs du bien commun, acteurs de l’économie des communaux ; banalement, tous ceux qui n’ont pas rompu avec le vivant *, donc avec la culture immémoriale qu’il inspire – celle qui permet à chacun de réguler ses actions en fonction de l’intérêt général. De l’autre, tous les partisans de l’école impérialiste, celle qui « présuppose une désacralisation du monde, une réduction quantitative et mécaniste de l’univers en une masse informe d’objets hétéroclites. La raison devient un simple instrument au service des moyens et non des fins. Cette façon de voir conduit à l’aliénation spirituelle de l’homme, à sa coupure d’avec la nature, puis à l’industrialisation et à la mercantilisation du monde vivant » (La dialectique de la raison, Theodor Adorno et Max Horkheimer). Dans ce camp, les partisans de la globalisation capitaliste, bien sûr, mais aussi beaucoup de leurs opposants prétendus : ceux qui, curieusement comme les précédents, sont toujours guidés par les théories progressistes (de la théorie des stades **) et élitistes, dominatrices vis à vis de « la nature », des autres êtres et des autres hommes (justement, les peuples autochtones). C’est pourquoi les gens de la nouvelle gauche écologiste ont – surtout en France ! – si souvent eu la surprise de découvrir de soi-disant « anti-capitalistes » – mais toujours très capitalistes quand il s’agit de pouvoir d’être et d’agir – rangés aux côtés des oligarques du système destructeur de la vie pour saboter toute alternative philosophique, politique et économique, en gommant jusqu’à la moindre représentation de la culture écologiste.  

* depuis les peuples autochtones qui ont conservé la relation d’interdépendance avec la biosphère jusqu’aux écologistes qui s’efforcent de la réactiver

** à propos de la « théorie des stades »
La théorie des stades et ses prolongements
www.pug.fr/extract/show/955

Politis 29 03 1990

 
 
COP 21… 21 ans de réunions pour ça !
Pour le Pape François, un échec serait «triste et catastrophique», car il signifierait que les «intérêts particuliers» l’auraient emporté sur «le bien commun», via une «manipulation de l’information» sur la question du réchauffement.
«nous sommes devant une alternative que nous ne pouvons ignorer – améliorer ou détruire l’environnement». Avec des «perspectives sociales», qui touchent «les plus défavorisés», victimes d’un «processus implacable d’exclusion».
(…)
Autre accent martelé par François, le combat contre «la mondialisation de l’indifférence, qui nous fait lentement nous habituer à la souffrance de l’autre, comme si elle était normale, ou, pire encore, qui nous conduit à la résignation face aux formes extrêmes et scandaleuses de rejet et d’exclusion sociale, comme sont les nouvelles formes d’esclavage». Sans oublier «les migrants, non reconnus comme réfugiés par les conventions internationales» et «sans aucune protection légale». Une indifférence liée à l’habitude de «sacrifier aux idoles du gain et de la consommation». Mais, a-t-il prévenu, «nous ne pouvons pas rester indifférents face à cela. Nous n’en avons pas le droit».
 
Critiquant, enfin, les «trafics illégaux», par exemple les «diamants», «métaux rares», mais aussi «l’ivoire et le massacre des éléphants», le Pape a demandé que la 10e conférence de l’Organisation mondiale du commerce, qui va se dérouler à Nairobi, puisse assurer, dans le domaine sanitaire et social, «l’accès au traitement de base pour tous» en particulier «pour les pays les plus pauvres». Sans mentionner les traitements antisida, François a sollicité «une attention politique prioritaire, avant tout intérêt commercial et politique» pour «l’élimination du paludisme, de la tuberculose, des maladies orphelines» et des maux «négligés par la médecine tropicale».
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/11/26/01016-20151126ARTFIG00219-pour-le-pape-francois-un-echec-de-la-cop-21-serait-catastrophique.php
 
 
 
Vingt-trois ans de compte à rebours
 
Il y a eu de l’euphorie, au début, à Rio. Il y a eu des accolades à Kyoto. Des larmes, et même du sang, à Copenhague. Des portes qui claquent à Varsovie. L’histoire de la Convention climat des Nations unies (CCNUCC), au sein de laquelle sont organisées tous les ans les Conférences des parties (COP), est ponctuée de tensions, de stagnations, de drames, que résume à elle seule l’évocation des noms des métropoles où les sommets ont eu lieu. Dans cette arène grouillante de technocrates en costards et d’ONG inquiètes sont nés beaucoup d’acronymes imbitables et de divergences insolubles. (…)
 
Tout avait plutôt bien commencé. En juin 1992 à Rio de Janeiro , 120 chefs d’Etat et de gouvernement se retrouvent pour un Sommet de la Terre. Comme tous les dix ans depuis 1972, on y parle conséquences de la croissance démographique, des activités économiques, de l’utilisation des ressources naturelles. (…)
 
http://www.liberation.fr/planete/2015/11/29/vingt-trois-ans-de-compte-a-rebours_1417059
 
 
 

COP21 : préparation d’un nouveau flop
 
Agrobusiness, la pollution comme solution ?
 
L’agriculture, pourtant responsable d’une partie importante des émissions de gaz à effet de serre, ne sera pas intégrée dans l’accord qui doit être conclu lors de la COP21, car le sujet est trop clivant. En dépit des résultats de l’agroécologie, l’industrie chimique promeut le concept d’agriculture climato-intelligente, avec son lot d’utilisations d’engrais et d’OGM, comme réponse au dérèglement climatique.
http://www.altermondes.org/agrobusiness-la-pollution-comme-solution/
 
 
(…) le système agro-alimentaire représenterait de 44 à 57 % des émissions mondiales, selon l’ONG Grain. Ce secteur n’a pourtant pas été intégré dans les négociations internationales sur le climat. « C’est un sujet trop clivant pour les États, surtout pour ceux qui ont basé leurs économies sur les monocultures industrielles dédiées à l’exportation comme le Brésil ou les États-Unis », explique Katia Roesch, d’Agronomes et vétérinaires sans frontières.
 
(…) seul un changement de modèle, combinant la disparition progressive des approches industrielles et le développement de l’agroécologie, serait à même de résoudre l’équation. Pourtant, les solutions qui se profilent, portées par l’agrobusiness au travers du concept d’agriculture climato-intelligente (ACI) semblent aller dans le sens inverse.
 
Le concept d’ACI a été lancé en 2010 par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Il affiche un objectif consensuel : « renforcer la capacité des systèmes agricoles de contribuer à la sécurité alimentaire, en intégrant le besoin d’adaptation et le potentiel d’atténuation dans les stratégies de développement de l’agriculture durable ».
 
L’Alliance globale pour l’agriculture climato-intelligente (Gasca), créée en 2014 avec le soutien de l’industrie des engrais, l’a ensuite repris à son compte, attirant plus d’une vingtaine d’États membres (3) grâce à un lobbying intense qui a réussi à créer un espace de négociations parallèles. « Il y a désormais un véritable risque que des projets de l’agrobusiness soient financés par le Fonds vert pour le climat (4) au travers du concept d’ACI. Ce serait une catastrophe » (…)
 
(…) Début octobre, 355 organisations de la société civile dénonçaient l’absence de légitimité de l’Alliance et rejetaient le concept d’ACI, rappelant qu’elles soutenaient les petits paysans, qui représentent 90 % des agriculteurs et produisent 70 % de la nourriture sur moins du quart des terres agricoles. « Le premier problème de l’ACI est qu’elle n’est volontairement pas définie. Il n’y a aucun critère environnemental ou social et cela ouvre la porte à tout et n’importe quoi », estime Jeanne-Maureen Jorand du CCFD-Terre solidaire. Pour Teresa Anderson, l’utilisation d’engrais est l’exemple parfait d’une mauvaise solution : « L’alliance veut nous persuader qu’en augmentant la productivité par hectare, avec des engrais, on peut diminuer l’intensité des rejets de GES. Mais cette solution va au contraire aggraver la situation, car ils ne prennent pas en compte les émissions liées à la production de l’azote, ni les rejets liés à l’épandage ou la destruction des sols. Au bout d’un moment, la matière organique meurt et il faut ajouter toujours plus d’engrais. C’est un désastre ». (…)
http://www.altermondes.org/agrobusiness-la-pollution-comme-solution/
 
 
 
Récapitulons un peu :

les peuples autochtones : oubliés
les paysans : oubliés
la destruction des forêts tropicales (par exemple, avec l’industrie de l’huile de palme) : oubliée
la réduction des transports de marchandises : oubliée
les écologistes : exclus
 
« Les petits agriculteurs n’ont rien à attendre de ces négociations » Ibrahima Coulibaly, Libération du 14 novembre.
 
 

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