Censurés, exclus, harcelés, tués… partout (ici aussi), les lanceurs d’alerte et, particulièrement, les écologistes sont réduits à l’impuissance

 

Des exemples

 

La France d’abord ou certains croient voir un « Etat de Droit » démocratique, etc.

 

automne 2018

« Bébés sans bras », une nouvelle alerte révélatrice du mépris des hiérarchies françaises

C’est une forte tête. Emmanuelle Amar, la directrice du registre des malformations en Rhône-Alpes (Remera), qui a dévoilé au grand jour l’affaire des bébés sans bras, a une âme de combattante. Cette femme se bat avec acharnement pour la cause qu’elle défend… quitte à froisser sa hiérarchie. (…)

La quinquagénaire, cheveux châtains et pull vert, a réussi à force d’obstination à faire ouvrir une nouvelle enquête de Santé publique France sur ce sujet, alors que, le 4 octobre, il n’en était pas question. Et, preuve qu’elle a vu juste, de nombreux courriers de parents d’enfants atteints de malformation lui parviennent de toute la France. « Je suis très touchée par leurs témoignages, fière qu’on puisse parler de ces familles. Ça vaut vraiment le coup de se battre pour elles. » (…)

Emmanuelle Amar s’inscrit dans la lignée des « lanceurs d’alerte de l’intérieur », à l’image de la pneumologue Irène Frachon, qui a joué un rôle crucial dans la mise en lumière du scandale du Mediator, un médicament qui a causé des centaines de morts en France. Comme « la fille de Brest », l’épidémiologiste agit au sein même de l’institution. (…)

Une équipe de cinq personnes est constituée. Les précieuses données sur les malformations peuvent continuer à être collectées. Mais les choses virent à l’aigre, quand les tutelles, après une première évaluation positive en 2008, finissent par estimer que le réseau ne mérite plus sa « qualification », au motif d’une production scientifique insuffisante et pas assez partagée avec le reste de la communauté.

En juillet 2017, Emmanuelle Amar, qui ne veut pas céder un pouce de terrain, refuse de remplir un « énième dossier d’évaluation ». C’est la rébellion de trop. Yves Lévy, alors PDG de l’Inserm (et mari d’Agnès Buzyn, l’actuelle ministre de la Santé), décide d’arrêter le financement du Remera. « Certains lui en veulent car elle n’est pas dans le moule » (…)

il est indéniable que la lanceuse d’alerte détonne, dans ce milieu si réservé. Le reproche qui lui est fait mezza voce est d’avoir manqué à une obligation de réserve. (…)

« Emmanuelle fait un travail incroyable… que d’autres n’ont pas fait. Les registres d’Alsace ont fini à la benne, on n’a pas de nouvelles de ceux de Marseille… Or ce sont des données extrêmement précieuses.

http://www.leparisien.fr/societe/sante/bebes-sans-bras-qui-est-emmanuelle-amar-la-lanceuse-d-alerte-11-11-2018-7939782.php

 

 

 

 

2018

Alejandro Castro, le militant chilien contre la pollution, rejoint la liste des «suicidés»

Début octobre, un nouvel épisode de pollution au dioxyde de soufre (SO2) a frappé la région de Quintero, au nord de Valparaíso. Plus d’un millier de personnes ont été intoxiquées depuis le début de la crise, dont des femmes enceintes et des enfants, et plus de 700 habitants ont dû être hospitalisés. Le gouvernement, sans suspendre les activités des usines proches de la zone, a présenté un plan d’urgence. Plan qui sera pleinement efficace dans un an…

Mercredi 3 octobre, Alejandro Castro manifestait dans les rues de Valparaíso. Jeudi matin, on retrouvait son corps pendu en plein centre-ville. La sangle de son sac à dos faisait office de corde. (…)

http://www.espaces-latinos.org/archives/70995

 

Au Chili, les intoxiqués de la « zone sacrifiée »

Plus de 1 600 personnes ont subi des émanations de gaz dans les localités de Quintero et Puchuncaví. Mais depuis deux mois, les habitants en proie à la pollution industrielle sont confrontés à l’inaction des autorités.

https://www.liberation.fr/planete/2018/11/22/au-chili-les-intoxiques-de-la-zone-sacrifiee_1693700

 

 

 

 

2017

Raleva, Clovis Razafimalala, Armand Marozafy, Clovis Razafimalala (militants emprisonnés, harcelés à Madagascar)

Clovis Razafimalala (Madagascar)

 

Comment faire taire les défenseurs de l’environnement

Ces dernières années, plusieurs militants malgaches qui luttent contre le trafic d’espèces sauvages ou l’appropriation illégale de terres ont été pris pour cibles par les autorités. Avec la complicité d’une justice aux ordres.

À Madagascar, il peut être dangereux de s’élever contre les activités illicites des entreprises ou la corruption du gouvernement.

Il a donc fallu un certain courage à Raleva, un paysan de 61 ans [membre de l’organisation de défense des droits humains Justice et paix], pour se lever et poser des questions lors de la réunion qui a eu lieu le 27 septembre dans son village du sud-est du pays. Une entreprise sino-malgache, qui avait été chassée de la région, était venue annoncer la reprise de son activité d’extraction d’or, et ses représentants étaient accompagnés du puissant chef de district [représentant de l’État auprès de la commune]. (…)

https://www.courrierinternational.com/article/amnesty-international-madagascar-fait-taire-les-defenseurs-de-lenvironnement

 

Clovis Razafimalala lutte contre les ventes illicites de ressources naturelles à Madagascar. Coordonnateur de la coalition Lampogno, ce militant écologiste dénonce en particulier le trafic de bois de rose qui sévit sur la grande île. Portrait.

https://www.amnesty.fr/personnes/clovis-razafimalala

 

New data reveals 197 land and environmental defenders murdered in 2017

https://www.globalwitness.org/en/blog/new-data-reveals-197-land-and-environmental-defenders-murdered-2017/

 

 

 

 

2015

Native Leaders Are Being Killed in the Amazon Because They Want the Right to Live

2015 sees unprecedented killings of environmental activists

https://www.globalwitness.org/en/press-releases/2015-sees-unprecedented-killings-environmental-activists/

 

 

 

 

2013 2014

Ambrósio Vilhalva, résistant Guarani qui avait joué dans La terre des hommes rouges (le portrait de l’affiche), assassiné en 2013.

Sa compatriote, Marinalva Manoel, assassinée en décembre 2014…

La terre des hommes rouges (BirdWatchers)
film de Marco Becchis. Superbe musique de Domenico Zipoli (XVII et XVIIIème siècles).

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=138422.html

 

L’action se déroule au Brésil, ce même Brésil vanté par moult économistes et politiques éclairés qui le décrivent comme région « émergente » (a). En fait d’émergence, le succès du Brésil auprès de ces experts est proportionnel à la destruction de ses vraies richesses, c’est à dire à la régression sociale, culturelle et écologique.

Une minorité brésilienne qui rêve de réitérer la conquête nord-américaine et la réduction des grands écosystèmes en valeurs boursières, est en train de massacrer le Brésil, cet ensemble de pays extraordinairement riches, mais d’une richesse à laquelle ils ne comprennent rien. Ils sont comme ces embourgeoisés par le détournement de la révolution qui, entre le Directoire et la Restauration, dépeçaient abbayes, basiliques et châteaux par milliers, les richesses d’au moins dix siècles de création, pour vendre les pierres comme matériaux de construction.

Marina Silva avait voulu croire aux promesses de Lula. Ecologiste que l’on n’achète pas, elle vient de démissionner du poste de ministre de l’environnement où, comme tant d’autres, elle était cantonnée au rôle de potiche. Après avoir beaucoup tenté, elle a enfin réalisé que ses collègues, gagnés aux intérêts de la mégamachine spéculative, se servaient d’elle comme d’une caution leur permettant d’affaiblir les résistances et le mouvement alternatif.

Dans la région du Mato-Grosso, le peuple Guarani est chassé de ses terres par la spéculation mondialisée (voir « Vandalisme planétaire » et « Des paradis dans l’enfer du développement »). Après le Rondônia voisin, le Mato Grosso a été crucifié par deux routes transamazoniennes qui sont les moyens de la colonisation industrielle. Lourdement subventionnées avec l’argent public des USA, du Japon et de l’Europe, elle ont permis la pénétration des engins de terrassement qui ont démoli les écosystèmes denses (b).

Des guaranis jouent leur propre rôle dans ce film fidèle à la réalité qui exalte nos dirigeants.

On y voit le Mato-Grosso désertifié par l’agro-alimentaire d’exportation : boeufs, canne à sucre, soja (surtout transgénique et, donc, copieusement arrosé d’herbicides)… pour approvisionner les fast-foods, les élevages intensifs d’animaux misérables et des voitures « vertes » au bilan écologique beaucoup plus désastreux que les plus polluantes d’hier. Il n’y subsiste plus que des lambeaux de la grande forêt d’il y a encore trente ans.

« La terre des hommes rouges » est l’un des très rares films à montrer les peuples confrontés à la destruction de leurs écosystèmes et de leur civilisation. Il est curieux, et sans doute révélateur, que si peu de créations « occidentales » soient inspirées par la destruction des forêts essentielles à la biosphère, par la spoliation des populations, par la condamnation à mort des hommes et des cultures.

C’est pourtant là, entre multinationales, subventions de partout, grands « propriétaires » voleurs de terres et de vies, leurs tueurs, les écosystèmes qui furent les plus riches de l’évolution et les peuples auxquels il ne reste que le suicide (c), que se joue le sort du monde. Morts individuelles et collectives en masse, extinction d’espèces comme on n’en avait jamais vu, structures et cultures complexes balayées par les simplismes les plus rudimentaires jamais produits, réduction drastique de la diversité biologique, bouleversements climatiques aux conséquences planétaires, désertifications, etc., la matière n’est-elle pas assez riche ?

Survival International a créé un fonds spécial pour aider les Guarani-Kaiowa à récupérer leurs territoires : www.guarani-survival.org

(a) Volée aux écologistes, l’idée d’évolution émergente remplace désormais en « voie de développement ». Lloyd Morgan est le père de la théorie des émergences : l’évolution procède par sauts de complexité croissante, de niveau d’organisation en niveau d’organisation.

(b) Curieux que ces pays aident aux dérèglements climatiques dont, pourtant, ils subissent déjà durement les effets ! Mais que ne ferait-on pas pour gagner de l’argent facile au détriment de tous, depuis les massacrés, les expropriés, les ruinés, les empoisonnés, jusqu’au consommateur occidental berné ? L’Union Européenne importe massivement ces produits sales. C’est pourquoi elle subventionne la destruction là-bas. Voir les informations réunies par Les Amis de la Terre (www.amisdelaterre.org/soja).

(c) 517 guaranis se sont suicidés ces vingt dernières années. Tous les peuples autochtones du Brésil sont frappés de désespoir.

 

 

 

2011

Assassinats d’écologistes en Amazonie
http://www.youtube.com/watch?v=0Pj2IOqQkdU
 
Brésil: vague d’assassinats d’écologistes en Amazonie
http://www.lepoint.fr/monde/bresil-vague-d-assassinats-d-ecologistes-en-amazonie-25-06-2011-1345841_24.php
 
En Amazonie, meurtres d’écologistes en série
http://www.liberation.fr/monde/01012351416-en-amazonie-meurtres-d-ecologistes-en-serie

 

 

 

2007

Sompawn Khantisouk, écologiste du Laos qui a démontré l’absurdité économique des monocultures d’exportation et s’est opposé au saccage des forêts, en particulier par les industriels chinois. Il a été enlevé en janvier 2007 par des hommes en uniforme.

 

 

 

26 avril 2012

C’est l’assassinat de Chut Wutty, défenseur de la forêt cambodgienne et employé de Global Witness, abattu par la police alors qu’il enquêtait sur l’exploitation forestière illégale au Cambodge, qui a motivé l’enquête menée par l’ONG Global Witness basée à Londres.

 

 

 

1998

Wiji Thukul (disparu en Indonésie, dictature de Suharto)

Wiji Thukul – Le poète et le dictateur

Les vers de Wiji Thukul ont fait trembler le régime indonésien de Suharto. En 1998, il a disparu sans laisser de traces. Hommage.

(… ) Ses actions pour éduquer les jeunes des quartiers et des villages étaient jugées en haut lieu comme une incitation à la haine du régime. C’est pourquoi on l’a muselé. Et fait disparaître.

(…) L’enquête menée par la Commission nationale des droits de l’homme a conclu que ces enlèvements relevaient d’une entreprise criminelle concertée, planifiée et exécutée par les acteurs de diverses institutions étatiques. Et donc pas seulement par le commando Mawar [“rose”], formé spécialement à cet effet par le Kopassus [les forces spéciales d’intervention de l’armée indonésienne]. Lors d’un procès à la Haute Cour militaire de Jakarta, en 1999, Bambang Kristiono, le chef du commando Mawar, a revendiqué “en son âme et conscience” la responsabilité des enlèvements. En retenant cette déclaration, la cour a renoncé à enquêter sur l’implication d’autres hauts fonctionnaires, ainsi que sur les tortures et sévices infligés aux victimes. Sans parler de la disparition de treize militants. Les cellules sombres du quartier général du Kopassus, là où avaient lieu les séances de torture, sont aujourd’hui rasées. A la place, un jardin de fleurs multicolores a été aménagé – contraste saisissant avec le destin des militants disparus dans le noir.

https://www.courrierinternational.com/article/2013/06/21/wiji-thukul-le-poete-et-le-dictateur

 

 

22 décembre 1988

Chico Mendes
http://www.nn-chicomendes.org/association/les-origines/qui-est-chico-mendes

http://raoni.com/actualites-769.php

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