La nouvelle gauche écologiste en France – Ecology movement – Social ecology – French ecologist new left movement


 

C’était au temps de l’essor de la critique du système mortifère en pleine expansion, et de l’éclosion d’une autre philosophie politique. Le temps des innovations qui pouvaient se développer indépendamment, de façon complémentaire, sans même se connaître. Un temps d’ouverture et de curiosité attentive pour l’autre, aussi, où il était encore facile de communiquer et de rassembler. La conférence-débat de la Semaine de la Terre qui rassembla tout le monde fut un moment d’intelligence et de grâce où tout semblait possible, tant chacun était complémentaire des autres. C’était au temps où l’on croyait encore possible d’écologiser la politique (d’après le titre d’un article du n°6 du Courrier de La Baleine en mars 1974).

 

Le site est en cours de restauration après une longue série de cyberattaques commencée en 2015 (russes semble-t-il, mais c’est un peu curieux… ne s’agirait-il pas d’une couverture ?). Cela confirme encore une fois que la culture et l’histoire écologistes sont toujours frappées par la censure.

 

Un peu d’histoire pour éclairer le présent et choisir notre avenir

« Le passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche vers les ténèbres« 
Tocqueville

L’effondrement biologique et le bouleversement climatique constatés aujourd’hui correspondent à nos cauchemars d’hier. Dans les années cinquante et soixante, la désagrégation des communautés paysannes et autochtones, la dissolution des solidarités, l’imposition des valeurs de la bourse et de la surconsommation, et la spectaculaire multiplication des destructions et des pollutions annonçaient la catastrophe actuelle. C’est en réponse à cette agression planétaire que s’est produite l’émergence des mouvements culturels proposant la restauration du bien commun, avec la prise de conscience écologiste pour fil conducteur. C’était la bonne réponse, sauf pour les promoteurs de l’extraction du profit par la réification du vivant ! Ceux-ci mirent tout en œuvre pour anéantir l’alternative et effacer une culture si dangereuse pour leur prédation systématisée, et jusque sa mémoire.

Ainsi ont-ils sciemment aggravé la perte du sens – du sens du bien commun. C’est pourquoi la destruction des patrimoines et des paysages, l’effondrement de la biodiversité, le bouleversement climatique, l’expansion des maladies de dégénérescence, etc. ne provoquent que des réactions anémiques. C’est aussi la cause des dérives sectaires, totalitaires, terroristes, guerrières qui éloignent encore la possibilité de la pacification nécessaire au réveil de la conscience.

Nous supportons les conséquences des actions d’hier ; d’avant-hier, même. Il faut les découvrir pour mieux comprendre les enjeux d’aujourd’hui. Il faut, au moins, en avoir une idée pour ne plus être abusé par les récits fabriqués qui maquillent des amoncellements d’impostures et d’escroqueries, et les entreprises mortifères, en modèles et en promesses d’avenir.

 

Pour déchiffrer au moins une partie des erreurs et des falsifications qui abondent dans les thèses et les livres sur le mouvement écologiste.


 

Sommaire

 

1944, deux repères que tout oppose : Max Horkheimer et Theodor Adorno publient Dialektik der Aufklärung (La dialectique de la raison) et la Conférence de Bretton Woods

 

1952, Roger Heim publie Destruction et protection de la nature

Mouvement pour les Droits Civiques

 

1955, Claude Lévi Strauss publie Tristes Tropiques

Minamata

Mouvement Beatnik

Situationnistes

 

1958, lancement des commissions de la déstructuration générale

 

1959, la Chine s’enfonce dans l’horreur

 

1962, Rachel L. Carson publie Silent Spring (Printemps silencieux – Fable pour nos fils)

 

1963, essor du mouvement féministe

 

1964, Débuts du mouvement Hippie

 

1965, le mouvement Provo

Jean Dorst publie Avant que nature meure

 

1967, Besançon : grève à la Rhodiaceta

Le Torrey Canyon

Le Biafra

Lynn White publie The Historical Roots of our Ecological Crisis

Essor du mouvement pacifiste

 

1968, naissance de l’American Indian Movement

Printemps de Prague

Grève générale

Le Mai 68 alternatif

Création de Jeunes et Nature

Mexico, Place des Trois Cultures le 2 octobre 1968

 

1969, toujours le massacre des indiens au Brésil

Création du « collège invisible de l’écologisme« 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Béranger nous a quitté en octobre 2003. 2003… déjà ! 
https://www.youtube.com/watch?v=bZpBDphpsgI
 

 

 

1944

de février 1944 à avril 1945, des bombardements massifs détruisent Berlin. Crime contre crime. Les populations civiles sont écrasées. Le patrimoine commun est anéanti. 

 

 

 

Max Horkheimer et Theodor Adorno publient Dialektik der Aufklärung (La dialectique de la raison)

une dissection de la dérive culturelle qui fonde le système destructeur (l’impérialisme sur les hommes et la biosphère) :

« Depuis le dix-huitième siècle, la pensée occidentale s’est trouvée confrontée à un choix contradictoire entre deux façons de raisonner, deux positions, deux écoles différentes. La première préconise de libérer l’esprit humain du carcan mental dans lequel il s’est lui-même emprisonné, dans l’espoir de parvenir aux valeurs intrinsèques de l’ordre, aux fins dernières, au but ultime de la vie. C’est le côté critique des Lumières : la raison consacrée à la libération, à la transcendance. Sur le rivage opposé de cette dialectique, on trouve la deuxième école, qui propose une domination de la nature. Cette dernière position, devenue la branche la plus active de l’héritage des Lumières, présuppose une désacralisation du monde, une réduction quantitative et mécaniste de l’univers en une masse informe d’objets hétéroclites. La raison devient un simple instrument au service des moyens et non des fins. Cette façon de voir conduit à l’aliénation spirituelle de l’homme, à sa coupure d’avec la nature, puis à l’industrialisation et à la mercantilisation du monde vivant. Toute l’histoire de la science ainsi que toutes les autres dimensions de la vie intellectuelle depuis le dix-huitième siècle sont empreintes de cette dialectique« 

 

 

Pour comble, en cette même année, se renforce comme jamais le système totalitaire dénoncé par Max Horkheimer et Theodor Adorno:

Conférence de Bretton Woods et création du FMI et de la Banque Mondiale

étape remarquable de la globalisation de la prédation

La démocratie face à la mondialisation libérale

https://www.tni.org/es/node/6340

 

 

 

1945

Février : Dresde « la Florence du Nord » est écrasée sous les bombes incendiaires britanniques et étasuniennes.

Mars : les Etats-Unis commencent à bombarder les populations civiles japonaises avec des engins incendiaires étudiés pour faire le plus de dégâts et de victimes possible. Il firent des centaines de milliers de morts et détruisirent la majeure partie du patrimoine culturel et historique. Un crime mondial.

6 août : Hiroshima

9 août : Nagasaki

 

 


1946

Ouverture de l’autoroute de l’ouest Paris-Rocquencourt

 

 

Massacre en Corée par Pablo Picasso

 

 

 

1947

Grèves massives

 

 

 

1948

La France officielle massacre à Madagascar

http://www.jeuneafrique.com/mag/267953/politique/a-madagascar-le-terrible-bilan-de-la-sauvagerie-coloniale/

 

 

 

 

1952

Roger Heim a beaucoup compté dans la sensibilisation des écologistes français

 

 

Emergence du Mouvement pour les Droits Civiques

 

 

 

 

1955

Claude Lévi Strauss publie Tristes Tropiques.

Il est de ceux qui, tout en ayant accédé à la notoriété, étaient en accord avec la critique écologiste – et il est certain qu’il l’a influencée. Il le restera jusqu’au bout.

 

 

 

 

Identification de la pollution à Minamata

https://en.wikipedia.org/wiki/Minamata_disease

 

 

 

Essor du mouvement Beatnik

 

 

 

Emergence des situationnistes

 

 

 

 

1958

Entre Rapport Pinay-Rueff et Rapport sur les obstacles à l’expansion économique, la nouvelle 5ème République lance un programme de dérégulation et de déstructuration généralisées pour installer la mondialisation du capitalisme ultra. Suivre ce fil permet de voir plus clairement les coulisses des dégradations qui allaient provoquer l’effondrement enfin constaté par les scientifiques à partir des années 2010. Cela permet de beaucoup comprendre l’histoire de l’écologisme et des autres mouvements critiques. Malheureusement, nous mettrons longtemps à comprendre la duplicité et l’étendue de l’escroquerie !

Les deux commissions de financiers, grands patrons et technocrates du début de la Cinquième République constituent une première étape marquante d’un programme prédateur qui, 60 ans plus tard, se poursuit. Commencé de façon dissimulée, il s’affirmera vers la fin des années 1970 et, particulièrement, quelques années plus tard avec la formation de la Fondation Saint Simon qui traduira spectaculairement la collusion de longue date d’une « Gauche » falsifiée depuis longtemps avec les néo-conservateurs. Suivra bientôt la mise à l’encan des biens économiques communs avec des vagues de privatisation (en France, Edouard Balladur 1993-1995, Alain Juppé 1995-1997, Lionel Jospin 1997-2002). Puis une nouvelle commission ultra-libérale de planification pour aller encore plus loin dans le démembrement : la Commission Attali (Commission pour la libération de la croissance) nommée par Sarkozy en 2008. C’est elle qui accouchera de l’ultra-capitaliste Emmanuel Macron…

C’est le développement de ce programme – la globalisation capitaliste, c’est à dire la mise en coupe réglée des sociétés humaines, de tous les vivants, de la biosphère – qui a alarmé et mobilisé les écologistes et tous ceux qui comprenaient et défendaient le bien commun. Nous sommes donc tous devenus des cibles à éliminer pour chacune des parties constitutives du système prédateur du vivant. Il s’y était préparé en luttant contre la culture du bien commun pour lui substituer celle, impérialiste, de la réification, de la marchandisation et de l’accumulation capitalistes. Le principal outil de cette propagande avait été créé au tournant des années 1940/50 : the Congress for Cultural Freedom. C’est surtout lui qui fut chargé d’effacer l’écologisme et tous les défenseurs du bien commun.

Deux effets des politiques décidées par ces aréopages du grand capitalisme se feront vite lourdement sentir :

  • l’exode rural provoqué par la baisse des prix agricoles pour « infliger aux agriculteurs presque en permanence un niveau de vie sensiblement inférieur à celui des autres catégories de travailleurs« ,
  • et la libéralisation de la grande distribution contre la diversité du commerce et des productions (circulaire Fontanet).

 

C’est à cela que certains que l’on n’attendait pas sur ce terrain apporteront leur appui (au détriment des petits commerces et des producteurs) :

« (…) Dès le début de sa notoriété en 1958 et tout au long des années 1960, Edouard Leclerc reçoit le soutien de plusieurs personnalités du monde intellectuel, d’horizons politiques et idéologiques divers. Tandis que la réforme des circuits de distribution anime le débat public, ces hommes défendent le développement des centres distributeurs et plus généralement, les prises de position d’Edouard Leclerc concernant la réforme de l’ensemble des circuits de distribution (produits de la pêche, artichauts, lait…). Parmi ces personnalités, figurent notamment des journalistes et intellectuels, comme Alain Murcier (le Monde, puis l’Expansion),  Joseph Fontaine (la Croix et Ouest France), Alain Vernholes (le Monde), Serge Mallet (le Nouvel Observateur), mais aussi le philosophe André Gorz (alias Michel Bosquet)« 

Témoignage de Michel-Edouard Leclerc

 

Quelques années plus tard, en 1966, dans le Nouvel Observateur de Michel Bosquet/Gorz, Edouard Leclerc livrera la quintessence de la philosophie qui avait épaté les personnalités du monde intellectuel :

« Il ne s’agit pas d’attaquer la boulangerie, mais l’ensemble des fabrications artisanales et qui veulent le rester à tout prix… Quant aux 40 000 boulangers, pourquoi voulez-vous les retenir dans un travail qui peut être mieux fait à l’échelle industrielle, mieux vaut libérer les énergies humaines pour d’autres conquêtes… Le bâtiment et la route manquent d’hommes. Je crois qu’on sortirait les boulangers de leur pétrin en leur apprenant, par exemple, à conduire un bulldozer« , rapporté dans « La grande distribution. Enquête sur une corruption à la française » par Jean Bothorel et Philippe Sassier, Bourin éditeur.

La désertification des campagnes et de nombreuses cités petites et grandes, vidées de leurs producteurs, de leurs artisans, de leurs commerçants, doit beaucoup à tous ces gens.

 

 

En 1958, Goulet-Turpin ouvre le premier supermarché à Rueil-Malmaison.

 

 

 

 

1959

La Chine s’enfonce dans la violence et les délires destructeurs : ici, la guerre aux moineaux qui témoigne d’une ignorance et d’un mépris absolus de la vie. Révélant la véritable nature du régime maoïste, la nouvelle de cette abomination a été connue partout et a beaucoup compté dans l’éveil de la sensibilité écologiste.

On note l’état pitoyable du cheval qui ajoute à ce constat.

 

 

 

 

1962

Scandale de la Thalidomide

https://fr.wikipedia.org/wiki/Thalidomide

 

 

Rachel L. Carson publie Silent spring (Printemps silencieux – Fable pour nos fils)

https://www.franceculture.fr/emissions/la-marche-des-sciences/rachel-carson-celle-qui-transforma-lamerique

https://en.wikipedia.org/wiki/Silent_Spring

 

 

 

1963

Essor du mouvement féministe

 

 

Françoise Sagan (!) inaugure le premier hyper-marché à Saint Geneviève des Bois

 

 

 

1964

Débuts du mouvement HIPPIE

http://all-that-is-interesting.com/a-brief-history-of-hippies

 

 

Inauguration du barrage d’Assouan, nouvelle catastrophe écologique et culturelle

https://www.lemoniteur.fr/articles/le-barrage-d-assouan-maitre-du-nil-l-exploit-technique-l-erreur-ecologique-387181

 

 

Joan Baez chante There but for fortune de Philh Ochs

 

 

 

 

1965

Le mouvement PROVO

https://en.wikipedia.org/wiki/Provo_(movement)

 

Largement inspiré par l’alerte écologiste, le mouvement planétaire de contestation de l’impérialisme capitaliste est baptisé new left. Avec Pierre Fournier et le groupe de la Semaine de la Terre, les écologistes français reprendront cette appellation : nouvelle gauche écologiste.

 

 

 

Jean Dorst publie Avant que nature meure

 

 

 

Lyndon Johnson intensifie la guerre au Viêt Nam

 

 

 

 

1967

 

Besançon : grève à la Rhodiaceta

http://www.dvdclassik.com/critique/a-bientot-j-espere-marker-marret

 

 

Echouage du Torrey Canyon et marée noire entre les Cornouailles, les Cotes d’Armor et les Îles anglo-normandes.

 

 

Début de la guerre du Biafra

 

 

Lynn White publie The Historical Roots of our Ecological Crisis

« (…) What people do about their ecology depends on what they think about themselves in relation to things around them. Human ecology is deeply conditioned by beliefs about our nature and destiny–that is, by religion (…) », , Science, 10 mars

1967, vol. 155, N° 3767.

http://www.zbi.ee/%7Ekalevi/lwhite.htm

Les racines historiques de notre crise écologique (1967)

 

 

 

Développement du mouvement pacifiste

 

 

 

 

1968

Naissance de l’American Indian Movement

 

 

 

Printemps de Prague

Janvier : Alexander Dubček est nommé à la tête du Parti communiste tchécoslovaque

Avril : lancement des réformes

Août : l’URSS envahi la Tchécoslovaquie

http://www.ina.fr/video/CAF97047827

 

 

 

Procol Harum chante toujours a Whiter Shade of Pale (et pour longtemps !)
http://www.youtube.com/watch?v=Mb3iPP-tHdA
 
Steppenwolf crée Born to be wild
http://www.youtube.com/watch?v=5UWRypqz5-o
Cette chanson allait illustrer le générique du film Easy Rider

et Barry Ryan chante Eloïse
http://www.youtube.com/watch?v=ZZGrKxf3WQE&feature=fvwp&NR=1

Guy Béart crée La Vérité :
http://www.youtube.com/watch?v=JPvo5U-oVQU
http://www.frmusique.ru/texts/b/beart_guy/verite.htm

et, en septembre, Jacques Dutronc chante L’opportuniste
http://www.youtube.com/watch?v=k1SvDqKA_UQ

 

 

photo de Gilles Caron

Une photo fidèle à l’esprit de 68, à la différence des innombrables photos de la guéguerre avec la police qui a caché – qui cache encore – ce qui se passait d’important.

 

Grève générale ! Les entraves et les liens craquent partout. Les consciences s’ouvrent dans l’échange des expériences, des paroles, des projets.

 

Mai 68 vécu au coeur de l’action parisienne,

mais pas dans les affrontements aussi stériles que réducteurs avec la police, spectacles « révolutionnaires » destinés à alarmer la majeure partie de la population tout en distrayant de l’essentiel. Quel était l’essentiel ? La libération de la parole, l’apprentissage du contact direct, la circulation de l’information et la réflexion sur la structure de la domination et ses développements, l’essor des projets alternatifs… Comme d’autres écologistes que je rencontrerai plus tard, je me concentrais sur la prise de conscience en allant de débats en débats. Entre la rue, la Sorbonne et le Jardin du Luxembourg, nombreux échanges sur les pollutions, l’épuisement des ressources, la croissance démographique, les destructions écologiques partout, etc. Les informations sont bien reçues, les discussions sont passionnées*, mais rien ne prend forme. Pas un contact durable, pas une adresse, pas un renseignement pratique, que des échanges sans lendemain. Tout ça pour ça ! Tant de salive, tant de gesticulations, et si peu de motivation ! Cela disait la faiblesse de la conscience. Ce fut une grande déception.

  • il est remarquable qu’à cette époque, et depuis quelques années déjà, l’écologie était un sujet spontané de nombreuses conversations (j’en parlais avec des amis de collège dès 1963/64, au service militaire, à la salle de sport, dans l’entreprise…). Beaucoup plus que 50 ans plus tard. Mais construire une action commune était aussi difficile qu’aujourd’hui.

Au fait, contrairement aux représentations faussées qui abondent, le mouvement n’était pas le fait des seuls étudiants. Et de loin ! D’ailleurs, je n’étais pas « étudiant« . J’étais employé du Mouvement Coopératif, entre dessin publicitaire, reprographie et documentation, et, quatre ans plus tard, j’allais devenir ouvrier.

 

 

Une quarantaine d’années avant la prise de conscience du gaspillage alimentaire, Hervé le Nestour et Jean Detton approvisionnent la Sorbonne occupée en fruits et légumes glanés sur les marchés. Eux aussi tentent de sensibiliser aux problèmes écologiques. 

Jean Detton, l’un des lanceurs du mouvement écologiste

Hervé le Nestour, l’un des lanceurs du mouvement écologiste

Nous nous sommes peut-être croisés en 68 à la Sorbonne, mais pas rencontrés.

 

à l’époque…

Corsetés par les institutions de « la protection de la nature« , les écologistes français faisaient leurs premiers pas depuis plusieurs années sans pouvoir se rencontrer.

Pour beaucoup la pollution était encore une idée nouvelle. Une abstraction. Il fallait faire des démonstrations sur l’absurdité de rejeter des déchets ou des produits chimiques dans une rivière, même en amont d’une captation.

La simple idée que les hommes sont des animaux choquait de nombreux interlocuteurs. Certains en étaient vexés et devenaient véhéments. Ils se sentaient souillés par la proximité avec les autres formes de vie.

Quant à la sensibilité et, à fortiori, à l’intelligence des animaux… Il y avait fort à faire ! Le vivant avait été découpé en parties et en « sciences » séparées, une sorte de fatras dont le sens et la valeur n’étaient donnés que par la réification et l’exploitation à mort.

Par exemple, un étudiant en philosophie à la Sorbonne, qui vomissait de l’idéologie mécaniste en continu, nous avait asséné des clichés très XIXème siècle sur « l’Homme » (1), au singulier et avec majuscule, plus tout à fait un « être« , puisque d’une essence supérieure, un quelque chose qu’il ne pouvait définir, sauf négativement, car déconnecté des autres êtres et de la vie, blablablabla. Il nous avait assuré que c’était là la quintessence de l’enseignement qu’il recevait. Sans doute a-t-il fait une belle carrière, probablement dans l’enseignement !

Le Descartes de « l’animal machine » était donc encore tout proche. Et l’écologie était encore un mot barbare. Tout juste la protection anthropocentriste de « la Nature » était-elle admise. C’est dire s’il était important et difficile de faire comprendre la proximité avec les autres êtres, l’appartenance au vivant, l’unité de son foisonnement, sa diversité complémentaire, l’interdépendance et la fragilité de la biosphère, etc. Nous-mêmes découvrions et apprenions en cultivant l’ouverture et l’empathie. L’empathie… sûrement la première qualité de l’écologiste.

(1) Au tout début, nous avons aussi utilisé cette expression. Nous la rencontrions partout et l’employions par habitude. Mais, avant même de mieux maîtriser notre vocabulaire, dire « l’Homme » ne nous empêchait pas de dénoncer l’anthropocentrisme et son cortège de dominations.

 

 

Parmi les mouvements qui ont fait le 68 français, la contestation qualitative, statutaire, structurelle dans les entreprises, la manifestation de l’éveil écologiste et libertaire, la critique des hiérarchies qui imposaient l’expansion économique, la consommation matérialiste, un progrès anti-nature, etc. ont alarmé tous les organisateurs du désastre dénoncé. Leur peur fut si grande qu’ils mobilisèrent le ban et l’arrière-ban de leurs stratèges et de leurs troupes pour prendre le pouls du phénomène et développer les moyens de le juguler, ou de le réorienter dans le droit chemin du profit. 

Comme par hasard, l’après 68 vit fleurir des organisations correspondant aux émotions qui venaient de s’exprimer, mais créées par d’autres dans un but très différent.

 

 

 

Famine au Biafra

 

 

 

Jeunes et Nature est créé par François Lapoix dans le cadre de la FFSPN (Fédération Française des Sociétés de Protection de la Nature) au Museum d’Histoire Naturelle de Paris

Son but : rassembler des militants sensibles aux problèmes écologiques, les former et leur confier le soin de correspondre avec des groupes locaux, essentiellement des enfants et leurs enseignants.

Comme moi, plusieurs se sont surtout engagés pour rencontrer d’autres personnes aussi motivées et trouver une voie pour agir.

 

participent :

Philippe Barbeau

Martine Barbeau

Geneviève Cuisset

André Faggion

François Feer

Alain-Claude Galtié

Jean-Patrick Leduc

Frédéric Malher

Roland de Miller

Martine Todisco

« Nous voulons lutter contre les pollutions, contre la destruction du milieu naturel, contre la dégradation de l’environnement urbain, contre le massacre des sites, contre l’empoisonnement massif de notre milieu de vie, les engrais chimiques, les déchets radioactifs…
Nous refusons une planète entièrement urbanisée, laide et croulante d’habitants.
Nous remettons en cause la foi aveugle en un progrès automatique et indéfini.
Nous voulons célébrer la Terre, planète vivante, dénoncer son saccage, montrer que les solutions existent pour sauver et restaurer notre milieu de vie »
printemps 1969
Rapporté par Geneviève Cuisset
http://jenolekolo.over-blog.com/

et autour de Jeunes et Nature :
François Terrasson
Antoine Reille (président de la LPO)
Jean-Pierre Raffin
François Ramade
Pierre Aguesse

 

 

 

Paul Ehrlich publie La bombe démographique

 

 

 

Mexico, Place des Trois Cultures, le 2 octobre 1968 : à la veille des Jeux Olympiques, le gouvernement fait tirer sur les manifestants en révolte depuis juillet

 

 

 

1969

Révélations sur le massacre des indiens au Brésil

http://assets.survivalinternational.org/documents/1094/genocide-norman-lewis-1969.pdf

 

AMAZONIE

Hervé LE NESTOUR 1967

Vous qui de la forêt ne connaissez que chêne, hêtre, saule ou sapin

Châtaigner, orme ou frêne, bouleau, cèdre ou pin

Jamais vous ne saurez l’océan de forêt de l’Amazonie

Pourtant déjà la hache, déjà la cognée

En tache comme une lèpre l’ont rognée

Plutôt que la terre du riche partager

On envoie le pauvre ronger la forêt

Et vous qui de rivières ne connaissez que Seine, Rhône, Garonne ou Rhin

Loire, Dordogne, Saône, fleuves par trop sereins

Chacun d’eux se perdrait ? ensemble se noieraient dans l’Amazonie

Pourtant le Putumayo, l’Ucayali

Xingu, Tapajoz, Madeira

Javari, Vaupes, Urubamba, Jurua

Bientôt seront aussi souillés que ceux-là

Et vous qui oubliez vos peuples que l’on force à perdre leur élan

Basques, Bretons ou Corses, Gitans ou Catalans

On ne vous pas dit les peuples anéantis de l’Amazonie

Guato, Bakairi, Kayainawa

Monde, Kurina, Oti, Poyanara

Wari, Moyuruna, Ofayé

Et comme eux tant d’autres dans l’oubli noyés

Vous qui de l’Amazonie ne savez qu’Amazone vous qui ne savez rien

Sachez qu’on y massacre arbres, fleuves, indiens

Le meurtre est quotidien, il ne restera rien de l’Amazonie.

 

Nous nous étions croisés à la Sorbonne en 68, mais c’est à l’occasion de la Semaine de la Terre en 1971 que je ferai la connaissance d’Hervé

 

 

 

une fiche d’information de Jeunes et Nature

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Pour une sauvegarde du patrimoine naturel

Avant notre ère, la population humaine du globe a doublé en 10 000 ans. Elle double présentement en 40 ans et l’on prévoit un doublement en 27 ans avant la fin du siècle (soit deux petites années en plus de ce que prédisait Malthus).

Outre qu’elle a de fâcheuses répercutions sociologiques, cette explosion démographique, due principalement aux progrès de la médecine et de l’hygiène, porte directement ou indirectement préjudice à la faune, la flore, l’air et l’eau de la majeure partie de la planète.

Pas moins de 120 formes de mammifères et environ 150 espèces d’oiseaux ont à jamais disparues.

600 autres espèces sont en voie d’extinction.

Le feu, la déforestation, les mauvaises pratiques agricoles et le surpâturage accélèrent les processus naturels de dégradation des sols ; il en résulte la désertification d’immenses territoires (un exemple célèbre grâce au livre de Steinbeck « Les raisins de la colère » : 1934, 1940, 1957, dévastation de millions de kilomètres carrés aux Etats Unis).
Aujourd’hui, de nouveaux dangers s’ajoutent aux premiers. Ils menacent et la Nature et nous-mêmes :
Depuis la dernière guerre mondiale, l’emploi de produits insecticides, herbicides, fongicides et autres, s’est généralisé au détriment des moyens de lutte biologique contre les éléments indésirables en agriculture. La toxicité des insecticides n’est plus à prouver ils s’accumulent et se concentrent dans les tissus graisseux tout au long des chaînes alimentaires (proie-prédateur) et ne s’éliminent, pour la plupart, que très lentement. Si des espèces d’oiseaux se raréfient, en particulier les rapaces, la faute en incombe moins aux chasseurs inconscients qu’aux insecticides stérilisateurs. Signalons à ce propos que des traces d’insecticide ont été décelées dans les oeufs d’oiseaux nichant en Antarctique et au coeur du Pacifique, c’est à dire à des milliers de kilomètres des régions traitées…

On estime à 1 million de tonnes par an le volume des hydrocarbures rejetés par les navires pétroliers. Un film, même monomoléculaire, de ces substances stables fait obstacle aux échanges indispensables entre l’air et l’eau.

La teneur en gaz carbonique de l’atmosphère terrestre a augmenté de 10% depuis le début de l’âge industriel.

A Pittsburg en Pennsylvannie, ville longtemps considérée comme la plus polluée au monde, des mesures ont permis de calculer qu’en moyenne 610 tonnes de poussières se déposent chaque année sur un mile carré (suie 5%, oxyde de fer 20%, silice 16%, oxydes métalliques divers 59%).

Les effluents urbains et industriels empoisonnent tant et si bien les eaux douces que dans maintes régions, même abondamment arrosées, le manque d’eau sévit. D’ores et déjà, nombreux sont les rivières et lacs considérés comme biologiquement morts. Un exemple : la rivière Sumida qui traverse Tokyo charrie quotidiennement 1 300 000 tonnes de déchets et d’ordures.

Et cette énumération de nuisances est loin, bien loin d’être exhaustive…

Devant ces intolérables atteintes à l’intégrité de notre patrimoine naturel, à notre santé, à la vie en général, il importe de réagir. Réagir dans la mesure de ses moyens en adhérant, pour une somme modique, à une société de protection de la nature ; en informant ses amis ou en distribuant des opuscules de vulgarisation…

ACG

 

Association française du Fonds Mondial pour la Nature
67, Bld Haussman
Paris VIIIème

Société Nationale de Protection de la Nature
57, rue Cuvier
Paris Vème

Ligue Française pour la Protection des Oiseaux
57, rue Cuvier
Paris Vème

 

Quelques ouvrages :

Le monde est-il surpeuplé ?
Edouard Bonnefous
Hachette

La surpopulation
Gaston Bouthoul
Payot

Le printemps silencieux
Rachel Carson
Livre de Poche

 

Notre planète devient-elle inhabitable ?
Le Courrier de l’Unesco
Numéro de janvier 1969

La pollution des eaux
René Colas
Que sais-je ? n° 983

Avant que Nature meure
Jean Dorst
Delachaux et Niestlé

L’homme contre l’animal
Raymond Fiasson
Que sais-je ? n° 737

Les misères de l’abondance
Jean Boniface
Editions Ouvrières

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Le développement du Concorde menace de polluer la haute atmosphère

 

 

 

Construction d’une voie d’essai pour l’Aérotrain de Jean Bertin. Elle est encore visible depuis le train au nord d’Orléans.

Très grand avantage de ce transport sur le train, la très faible emprise au sol qui, donc, ne fragmente pas les écosystèmes comme le fera le catastrophique TGV. 

https://fr.wikipedia.org/wiki/A%C3%A9rotrain

http://aernav.free.fr/Adresses/M_Adresses.html

 

 

 

 

Raymond Aron et Madame, Michael Josselson (CIA), le patron de Denis de Rougemont (Congress for Cultural Freedom)

 

1969 est aussi l’année où Denis de Rougemont crée en France (mais pas seulement) un réseau baptisé Diogène en regroupant des militants choisis de la protection de la nature, y compris à Jeunes et Nature (mais à l’insu des autres *), et une première sélection de représentants de familles fortunées et de technocrates soigneusement formatés (comme Jacques Delors). L’existence du réseau est tenue secrète. Dans quel but ? Tous les membres de ce Diogène observeront une consigne du silence si stricte que les écologistes de la nouvelle gauche ne commenceront à en apprendre l’existence qu’au début des années 2000.

  • dans un groupe aussi restreint, la parfaite dissimulation dit assez l’aptitude à la duplicité des « camarades » et le professionnalisme de l’encadrement

Parmi les membres de ce réseau :

Robert Hainard, Jacques Delors, Solange Fernex, Antoine Waechter, Philippe Lebreton, Jean Carlier, Roland de Miller, Brice Lalonde

 

Cette organisation s’inscrivait dans le cadre de la grande reprise en mains qui a aussitôt suivi le Mai 68 français. En effet, dans les réseaux du capitalisme, la peur fut si grande qu’ils renforcèrent et multiplièrent leurs structures de contrôle social en tous domaines. C’est ainsi que la nouvelle gauche écologiste qui couvait sans pouvoir s’exprimer de manière collective a été gratifiée de plusieurs « associations » assez peu spontanées. Elles étaient même coiffées par le « collège invisible » Diogène; autant dire : par le Congress for Cultural Freedom. Ainsi l’Association des Journalistes pour la Protection de la Nature et, comme par hasard, les Amis de la Terre.

 

Quelques années plus tard, à partir de Diogène, Denis de Rougemont et ses confrères allaient développer un « collège invisible de l’écologisme » plus important : Ecoropa

 

 

 

 

 

Le projet de la Transamazonienne nous donne des cauchemars

https://www.chambre237.com/le-desastre-ecologique-de-la-route-trans-amazonienne/

 

 

1970

François Béranger chante Tranche de vie

 

 

 

La montée en puissance de la civilisation anti-nature et de sa quête de profits faciles en sacrifiant les hommes et la nature nous donne des cauchemars. Le Brésil, en particulier, alimente nos pires craintes avec des massacres d’amérindiens et le projet d’une route « transamazonienne ».

L’urgence d’une prise de conscience générale nous pousse à vouloir entreprendre des actions plus spectaculaires pour diffuser l’information. C’est ainsi que s’impose l’envie d’organiser des manifestations écologistes et que sera lancée la Semaine de la Terre.

La prise de conscience semblera s’amorcer et retombera mollement, et…

nos pires cauchemars se réaliseront
http://www.dailymotion.com/video/xdkznm_biocarburants-disparition-foret-tro_news
http://www.orangutan.org/dr-galdikas-bio
http://www.greenthefilm.com/
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=138422.html

 

 

Je contacte le service Forum du Club Méditerranée et amorce des conférences-débats sur les principales menaces pour la biosphère.

Le Club nous invite pour 3 semaines au village de Cefalu en Sicile

à Cefalu avec Jean Sendy

 

 

 

1971

The Doors
Riders on the storm
http://www.youtube.com/watch?v=DKbPUzhWeeI
…le dernier album des Doors
 

 

 

 

Au début de l’année, en pleine préparation de la Semaine de la Terre, je tente d’ouvrir le dialogue avec les coopérateurs (mes employeurs *) pour stimuler la production et la distribution de produits bio.

* je travaillais à l’Institut des Etudes Coopératives qui s’efforçait de maintenir en vie l’idéal coopératif

Je leur adresse donc une lettre…

Proposition faite aux délégués du Mouvement Coopératif ; principalement les Coopératives de Consommation, le Laboratoire Coopératif d’Analyses et de Recherches, les Coopératives Agricoles et le Comité National des Loisirs :

Un impératif : la qualité

En France, la situation démographique et économique a atteint un développement très favorable à la maturation d’une prise de conscience des problèmes liés de près ou de loin à la qualité de la Vie. Il s’agit sans doute d’un phénomène né de l’opposition entre la conséquence normale de la course à l’abondance : la hausse quantitative du niveau de vie, et la conséquence négative amplifiée par l’augmentation de la densité de population : la nouvelle forme de paupérisation qu’est la détérioration de l’environnement. L’une permet l’accession du plus grand nombre à la connaissance et au confort, l’autre gâte la satisfaction des besoins suscités par l’amélioration primitive et compromet l’avenir. De cette prise de conscience d’un état paradoxal surgira un climat de mécontentement croissant. Il suffit pour s’en convaincre d’observer les pays qui, comme les Etats Unis, nous précèdent dans la voie de l’expansion économique. Il semble qu’il apparaisse chez eux un autre facteur de sensibilisation : l’abondance des biens de consommation qui conduit à une réaction de saturation.

voir le dossier suivant :

Les COOP et le mouvement coopératif refusent le bio

http://planetaryecology.com/1971-le-mouvement-cooperatif-refuse-le-bio/

 

 

 
 

photo Igor Muchins

La Semaine de la Terre
A l’initiative d’une poignée d’écologistes de Jeunes et Nature et au terme d’une longue préparation facilitée par l’association Etudes et Chantiers, qui nous avait prêté ses locaux et ses matériels de reproduction, des manifestations, performances dans les lieux publics (comme le nettoyage symbolique de la Fontaine Saint Michel), distributions de tracts, réunions, conférences et débats, la Semaine de la Terre a abordé les principaux aspects de la crise écologique planétaire.
 
Curieusement dédaignés par les historiens labellisés, les écologistes de la Semaine de la Terre ont laissé plus de souvenirs comme animateurs des Amis de la Terre jusqu’en 1974.
Après, c’est une autre histoire…
(…)
la suite dans le dossier suivant

1971 – La Semaine de la Terre

 

En mai se déroule la première manifestation contre l’extension du camp militaire du Larzac

 

 

 

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