HISTOIRE CONTEMPORAINE

La nouvelle gauche écologiste en France – Ecology movement – Social ecology – French ecologist new left movement


 

C’était au temps de l’essor de la critique du système mortifère en pleine expansion, et de l’éclosion d’une autre philosophie politique. Le temps des innovations qui pouvaient se développer indépendamment, de façon complémentaire, sans même se connaître. Un temps d’ouverture et de curiosité attentive pour l’autre, aussi, où il était encore facile de communiquer et de rassembler. La conférence-débat de la Semaine de la Terre qui rassembla tout le monde fut un moment d’intelligence et de grâce où tout semblait possible, tant chacun était complémentaire des autres. C’était au temps où l’on croyait encore possible d’écologiser la politique (d’après le titre d’un article du n°6 du Courrier de La Baleine en mars 1974). Nous voulions dire : de remettre le vivant au premier plan des préoccupations, bien avant celles du profit uber alles et pour une infime minorité.

 

 

Le site est en cours de restauration après une longue série de cyberattaques commencée en 2015 (russes semble-t-il, mais c’est un peu curieux… ne s’agirait-il pas d’une couverture ?). Cela confirme encore une fois que la culture et l’histoire écologistes sont toujours frappées par la censure.

 

 

Que souvent notre esprit, trompé par l’apparence,

Règle ses mouvements avec peu d’assurance !

(…)

Jamais jusqu’à ce jour la raison en déroute

N’a conçu tant d’erreur avec si peu de doute ;

Jamais, par des soupçons si faux et si pressants,

On n’a jusqu’à ce jour convaincu d’innocents.

 

Clitandre, Pierre Corneille

 

 

Un peu d’histoire pour éclairer le présent et choisir notre avenir

 

L’effondrement biologique et le bouleversement climatique constatés aujourd’hui correspondent à nos cauchemars d’hier. Dans les années cinquante et soixante, la désagrégation des communautés paysannes et autochtones, la dissolution des solidarités, l’imposition des valeurs de la bourse et de la surconsommation, et la spectaculaire multiplication des destructions et des pollutions annonçaient la catastrophe actuelle. C’est en réponse à cette agression planétaire que s’est produite l’émergence des mouvements d’alerte proposant la restauration du bien commun, avec la prise de conscience écologiste pour fil conducteur. C’était la bonne réponse, sauf pour les promoteurs de l’extraction du profit par la réification du vivant ! Ceux-ci mirent tout en œuvre pour anéantir l’alternative et effacer une culture si dangereuse pour leur prédation systématisée, et jusque sa mémoire.

Ainsi ont-ils sciemment aggravé la perte du sens – du sens du bien commun. C’est pourquoi la destruction des patrimoines et des paysages, l’effondrement de la biodiversité, le bouleversement climatique, l’expansion des maladies de dégénérescence, etc. ne provoquent que des réactions anémiques. C’est aussi la cause des dérives sectaires, totalitaires, terroristes, guerrières qui éloignent encore la possibilité de la pacification nécessaire au réveil de la conscience.

Nous supportons les conséquences des actions d’hier ; d’avant-hier, même. Il faut les découvrir pour mieux comprendre les enjeux d’aujourd’hui. Il faut, au moins, en avoir une idée pour ne plus être abusé par les récits fabriqués qui maquillent des amoncellements d’impostures et d’escroqueries, et les entreprises mortifères, en modèles et en promesses d’avenir.

 

Pour déchiffrer au moins une partie des erreurs et des falsifications qui abondent dans les thèses et les livres sur le mouvement écologiste. Pour démasquer les voleurs d’histoire.

 

 

Sommaire

 

1917-1918, les États-Unis s’engagent dans la guerre grâce à une campagne propagandiste

 

années 20, avec Walter Lippmann et Edward Bernays, la manipulation de masse se développe : invention du consumérisme et théorisation du détournement de la démocratie

 

1936 Les vraies richesses de Jean Giono

 

1938 le colloque Walter Lippmann à Paris

 

1944, deux repères que tout oppose : Max Horkheimer et Theodor Adorno publient Dialektik der Aufklärung (La dialectique de la raison)… et la Conférence de Bretton Woods

 

1952, Roger Heim publie Destruction et protection de la nature

Mouvement pour les Droits Civiques

 

1955, Claude Lévi Strauss publie Tristes Tropiques

Minamata

Mouvement Beatnik

Situationnistes

 

1958, la Vème République à peine installée, dans le cadre de la nouvelle conquête capitaliste (bientôt « mondialisation« ), planification de la déstructuration générale

 

1959, la Chine s’enfonce dans l’horreur

La Vème République stimule fortement le remembrement rural

 

1960, la Vème République massacre au Cameroun

 

1961 Le président des USA, Kennedy, donne son aval aux bombardements des forêts du Sud-Est asiatique avec l’agent orange.

 

1962, Rachel L. Carson publie Silent Spring (Printemps silencieux – Fable pour nos fils)

 

1963, essor du mouvement féministe

 

1964, Débuts du mouvement Hippie

 

1965, le mouvement Provo

Jean Dorst publie Avant que nature meure

 

1967, Besançon : grève à la Rhodiaceta

Le Torrey Canyon

Le Biafra

Lynn White publie The Historical Roots of our Ecological Crisis

Essor du mouvement pacifiste

 

1968, naissance de l’American Indian Movement

Printemps de Prague

Grève générale

Le Mai 68 libertaire, écologiste, alternatif

Création de Jeunes et Nature

Mexico, Place des Trois Cultures le 2 octobre 1968

 

1969, toujours le massacre des indiens au Brésil

Création du « collège invisible de l’écologisme » Diogène par Denis de Rougemont avec les services de la conquête capitaliste

Le projet de la Transamazonienne nous donne des cauchemars

 

1970 François Béranger chante Tranche de vie

Premières conférences-débats écologistes, et leur fin

9 octobre, mort de Jean Giono

 

1971 Les COOP et le mouvement coopératif rejettent le bio, en s’effondrant

La Semaine de la Terre

Début de la lutte du Larzac

 

 

 

 

Terre! Terre! Terre! Ma terre!
Ma dure mère!
Qu’avons-nous fait de toi?
Qu’avons-nous fait de nous?
Qu’avons-nous fait?

 

Béranger nous a quitté en octobre 2003. 2003… déjà ! 
https://www.youtube.com/watch?v=bZpBDphpsgI
 

 

 

 

 

1917-1918, les États-Unis s’engagent dans la guerre grâce à une campagne propagandiste

Le nouveau président américain, Woodrow Wilson, venait d’être élu sur un programme résolument pacifiste, mais la tournure de la guerre en Europe et, probablement, quelques intérêts financiers et industriels, poussent à s’y engager. Sur une idée de Walter Lippmann, une commission est nommée par le gouvernement (la Commission Creel*). Elle invente et développe un arsenal propagandiste pour retourner l’opinion publique. Elle est dotée d’importants moyens et, mobilisant beaucoup de compétences et de talents, produit des tracts, un journal, des films, du matériel publicitaire, des concerts et d’autres manifestations publiques en tous lieux et à tout propos, etc. Elle infiltre et influence tous les secteurs de l’information et du spectacle. Peu de citoyens étasuniens ont dû échapper à ses opérations. Elle développe même ses actions à l’extérieur des USA en établissant des antennes dans plusieurs pays.

* du nom du journaliste qui l’a dirigée (Georges Creel)… un journaliste à la tête d’une organisation propagandiste ! Le nom officiel de la commission est : Committee on Public Information.

 

Rapidement, l’intense propagande de la Commission Creel réussit à renverser l’opinion, et les USA entrent en guerre dès avril 1917. Ce succès aura beaucoup de retentissements. L’organisation de la Commission Creel et ses méthodes inspireront bien d’autres opérations de manipulation. Ainsi, après la seconde guerre mondiale, on retrouvera le modèle de la Commission Creel dans les organisations créées pour supporter le développement du néo-capitalisme (une guerre également : une guerre économique) ; en particulier, avec le Congrès pour la Liberté de la Culture (CCF), sorte de super-ministère de la propagande de la Guerre Froide qui coiffera la majeure partie du « monde occidental« .

Après les féministes des années vingt, leurs suivantes et tous les autres courants de la nouvelle gauche des années 1960 feront connaissance avec le savoir-faire hérité de la Commission Creel. Le succès de celle-ci entraînera une généralisation de ses méthodes qui seront reproduites et développées dans d’autres structures manipulatrices, telles le Congrès pour la Liberté de la Culture et « le collège invisible de l’écologisme » (sic). Des réseaux d’influence qui bouleverseront tout sur leur passage, ne laissant que ruines et désespoirs.

 

 

années 20, avec Walter Lippmann et Edward Bernays, la manipulation de masse se développe

 

Un certain Edward Bernays (neveu de Sigmund Freud dont il utilisera les travaux) a participé à la Commission Creel. Avec un autre propagandiste remarquable, Walter Lipmann, il assurera le développement de la manipulation de masse, tant au service d’entreprises commerciales que pour soutenir les projets de conquête du capitalisme. Dans l’élan de la Commission Creel, Walter Lippmann (La Fabrique du consentement) et Edward Bernays (Propaganda) théorisent et développent la manipulation des perceptions et des motivations, donc le détournement de la démocratie pour que les masses soient conduitent là où le désirent les dominants. Bernays l’a exprimé très clairement :

« La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays« ,

 

Entre autres faits d’armes, c’est à Edward Bernays que les féministes de l’époque doivent d’avoir été instrumentalisées pour assurer la promotion des cigarettes. Inspiré par l’oncle Sigmund, il fera passer celles-ci pour… des symboles phalliques, donc « de pouvoir » (!) : « les flambeaux de la liberté« *. Une aspiration à l’émancipation détournée en promotion d’une aliénation. Cela n’était qu’un début. Nous allions le revoir, et, même, le vivre…

* En référence à la statue. Remarquer le grand usage fait du mot « liberté« … Là aussi, cela n’était qu’un début.

 

 

et Christian Dior de faire fumer ses mannequins

 

presque un siècle plus tard, la manipulation fonctionne encore

 

 

Au-delà de la promotion des oeufs et du bacon au petit déjeuner (pour la Beech-Nut Packing Company), ou du tabagisme, la stimulation de la consommation, avec l’invention de « l’american way of life« , ne visait pas seulement à lancer le productivisme et multiplier les profits. La manipulation facile de l’opinion pour l’entrée en guerre des USA avait stimulé l’imagination des prédateurs – surtout dans cette époque de forts conflits sociaux. Bernays et son alter-ego Walter Lippmann ont ouvert la voie à la consommation de masse (consumérisme) comme moyen de contrôle social et d’adhésion populaire au projet dominant : le capitalisme (de pouvoir et de possession). C’est « la fabrique du consentement » où le citoyen régresse consommateur alléché par l’attrait des marchandises offertes à profusion. Le glissement vers l’assujettissement est accompagné par les techniques de « relation publique« , appellation adoucie de la propagande testée par la Commission Creel. Le principal rôle des « conseillers en relations publiques » étant de faire croire dans la réalité du « ruissellement » des profits de haut en bas, des enrichis vers les exploités (de plus en plus aliénés). Dès lors, les techniques de l’aliénation de masse ne cesseront d’être renforcées. Une trentaine d’années plus tard, un nouveau seuil sera franchi avec l’imposition de « la grande distribution » qui attribuera un pouvoir exorbitant aux distributeurs soutenus par la finance, tout en écrasant l’économie des indépendants, des familles, des coopératives, des communautés rurales… pour renforcer encore « la croissance marchande » et la concentration du capital. Presque simultanément avec le développement de la « grande distribution« , la nouvelle gauche des années soixante et, particulièrement, les écologistes subiront sans comprendre les assauts de la réaction « invisible » pensée par Lippmann et Bernays (en l’occurrence, ceux d’un sacré « collège« ).

 

 

 

1936

Les vraies richesses de Jean Giono

 

 

 

 

1938

Walter Lippmann, l’inventeur de la Commission Creel et le théoricien de La Fabrique du Consentement pour manipuler la démocratie, tient colloque à Paris. Le Colloque Walter Lippmann est une étape marquante de l’idéologie néo-libérale. Pour beaucoup, son point de lancement.

Parmi les participants : Friedrick Hayek (bientôt fondateur de la Société du Mont Pèlerin), Raymond Aron, Ludwick von Mises, Wilhelm Röpke, Jacques Rueff

 

 

 

1942

Campagne d’Italie

Sous la direction de Patton, les anglo-américains commencent à bombarder les villes et les sites historiques. Rien ni personne n’est épargné. Il y aura des dizaines de milliers de victimes civiles. Même Pompéi sera bombardée !

Aucune considération pour la vie. Aucune considération pour l’histoire et la beauté. Aucune compréhension. Ce traitement préfigure toute la suite.

un bombardement de Rome

 

 

 

1944

de février 1944 à avril 1945, des bombardements massifs détruisent Berlin. Crime contre crime. Les populations civiles sont écrasées. Le patrimoine commun est anéanti. 

 

 

 

Max Horkheimer et Theodor Adorno publient Dialektik der Aufklärung (La dialectique de la raison)

une dissection de la dérive culturelle qui fonde le système destructeur (l’impérialisme sur les hommes et la biosphère). Donald Worster condense leur analyse dans une nouvelle introduction à ses travaux des années 1970 (Nature’s Economy : A History of Ecological Ideas, 1977) :

« (…) l’analyse des deux figures de proue de l’école de philosophie critique de Francfort, Max Horkheimer et Theodor Adorno, exposée dans leur ouvrage Dialektik der Aufklärung [La dialectique des Lumières] 3. Avec le recul, l’un de mes plus grands regrets est de ne pas m’être appuyé plus explicitement et plus fréquemment sur leurs travaux. Car mon analyse et mon raisonnement sont très parallèles. Depuis le dix-huitième siècle, la pensée occidentale s’est trouvée confrontée à un choix contradictoire entre deux façons de raisonner, deux positions, deux écoles différentes. La première préconise de libérer l’esprit humain du carcan mental dans lequel il s’est lui-même emprisonné, dans l’espoir de parvenir aux valeurs intrinsèques de l’ordre, aux fins dernières, au but ultime de la vie. C’est le côté critique des Lumières : la raison consacrée à la libération, à la transcendance. Sur le rivage opposé de cette dialectique, on trouve la deuxième école, qui propose une domination de la nature. Cette dernière position, devenue la branche la plus active de l’héritage des Lumières, présuppose une désacralisation du monde, une réduction quantitative et mécaniste de l’univers en une « masse informe d’objets hétéroclites ». La raison devient un simple instrument au service des moyens et non des fins. Cette façon de voir conduit à l’aliénation spirituelle de l’homme, à sa coupure d’avec la nature, puis à l’industrialisation et à la mercantilisation du monde vivant. Toute l’histoire de la science ainsi que toutes les autres dimensions de la vie intellectuelle depuis le dix-huitième siècle sont empreintes de cette dialectique. Or l’homme de science, comme nous tous, ne peut se dispenser de faire un choix entre ces deux options contradictoires. »
 
Et Donald Worster de poursuivre :
« A l’époque où j’ai composé ce livre, j’ai choisi de désigner ces deux conceptions différentes sous les noms de science arcadienne et de science impérialiste. Ces dénominations ont l’avantage de mettre en relief la vive tension existant entre l’écologie et les idées qui naviguent dans son sillage intellectuel. J’ai donc décidé de les laisser tels quels dans cette nouvelle édition, sans nier pour autant les termes employés par Horkheimer et Adorno, recouvrant plus ou moins les mêmes catégories mentales, sont probablement plus clairs, plus universels, plus justifiables philosophiquement. Quoi qu’il en soit, l’histoire de l’écologie peut très facilement s’interpréter comme une lutte entre deux factions rivales s’opposant sur leur vision des rapports entre l’homme et la nature : l’une a pour premier objectif de découvrir les valeurs fondamentales et de les préserver, l’autre vise à créer un monde instrumentalisé et à l’exploiter.
 
3 – Se reporter à la magnifique discussion de l’école de Francfort par Martin Jay, dans The Dialectical Imagination, Boston 1973. »

 

 

Pour comble, en cette même année, se renforce comme jamais le système totalitaire dénoncé par Max Horkheimer et Theodor Adorno:

Conférence de Bretton Woods et création du FMI et de la Banque Mondiale

étape remarquable de la globalisation de la prédation

La démocratie face à la mondialisation libérale

https://www.tni.org/es/node/6340

 

 

Mais 1944, c’est aussi le crime de masse, par l’armée française, contre ses propres tirailleurs sénégalais ayant combattus contre l’Allemagne nazie : massacre du Camp de Thiaroye (1er décembre 1944)

 

 

 

 

1945

Février : Dresde « la Florence du Nord » est écrasée sous les bombes incendiaires britanniques et étasuniennes.

Mars : les Etats-Unis commencent à bombarder les populations civiles japonaises avec des engins incendiaires étudiés pour faire le plus de dégâts et de victimes possible. Il firent des centaines de milliers de morts et détruisirent la majeure partie du patrimoine culturel et historique. Un crime mondial.

Mai : l’armée française massacre à Sétif

6 août : Hiroshima

9 août : Nagasaki

 

 

 

1946

Ouverture de l’autoroute de l’ouest Paris-Rocquencourt

 

 

Massacre en Corée par Pablo Picasso

 

 

 

1947

Grèves massives

 

 

 

1948

La France officielle massacre à Madagascar

http://www.jeuneafrique.com/mag/267953/politique/a-madagascar-le-terrible-bilan-de-la-sauvagerie-coloniale/

 

 

 

 

1952

Roger Heim a beaucoup compté dans la sensibilisation des écologistes français. 20 ans plus tard, il publiera L’angoisse de l’an 2000, quand la Nature aura passé l’Homme la suivra – édit. de la Fondation Singer – Polignac.

 

 

 

Emergence du Mouvement pour les Droits Civiques

 

 

 

 

1955

Claude Lévi Strauss publie Tristes Tropiques.

Il est de ceux qui, tout en ayant accédé à la notoriété, étaient en accord avec la critique écologiste – et il est certain qu’il l’a influencée. Il le restera jusqu’au bout.

 

 

 

 

Identification de la pollution à Minamata

https://en.wikipedia.org/wiki/Minamata_disease

 

 

 

Essor du mouvement Beatnik

 

 

 

Emergence des situationnistes

 

 

 

Déjà une satire de la société de consommation

 

Une présentation vue au Salon des Arts Ménagers 1957

1957 la cuisine de l’avenir

 

 

 

1958

 

 

 

Premier acte de la Vème république gaulliste : le lancement de la globalisation capitaliste

 

Avec le Rapport Pinay-Rueff (8 décembre 1958), la nouvelle 5ème République lance un programme de dérégulation et de déstructuration généralisées pour installer la mondialisation du capitalisme ultra. Il sera suivi par le Rapport sur les obstacles à l’expansion économique (1959/60) qui précisera la politique ultra-libérale qui allait casser menu les sociétés françaises et les écosystèmes, amplifiant les effondrements culturels, patrimoniaux, écologiques que les lanceurs d’alerte d’alors constataient déjà (Roger Heim, Claude Lévi-Strauss, Georges Pillement, Rachel Carson…).

 

Suivre ce fil permet de voir plus clairement les coulisses des dégradations enfin constatées par les scientifiques officiels à partir des années 2010. Cela permet de beaucoup mieux comprendre l’histoire de l’écologisme et des autres mouvements critiques. Malheureusement, nous mettrons longtemps à comprendre la duplicité et l’étendue de l’escroquerie !

 

Les commissions de financiers, grands patrons et technocrates, auteurs des deux « rapports » du début de la Cinquième République constituent une première étape marquante d’un programme prédateur qui, 60 ans plus tard, se poursuit. Commencé de façon dissimulée, il s’affirmera vers la fin des années 1970 et, particulièrement, quelques années plus tard avec la formation de la Fondation Saint Simon qui traduira spectaculairement la collusion de longue date d’une « Gauche » falsifiée depuis longtemps avec les néo-conservateurs. Suivra bientôt la mise à l’encan des biens économiques communs avec des vagues de privatisation (en France, Edouard Balladur 1993-1995, Alain Juppé 1995-1997, Lionel Jospin 1997-2002). Puis une nouvelle commission ultra-libérale de planification pour aller encore plus loin dans le démembrement : la Commission Attali nommée par Sarkozy en 2008*. C’est elle qui, grâce aux bons soins préalables de Henri Hermand et Michel Rocard, accouchera de l’ultra-capitaliste Emmanuel Macron…

* Commission pour la libération de la croissance, comme un écho aux commissions Pinay, Rueff, Armand, Pompidou… du début de la Cinquième République.

 

C’est le développement de ce programme – la globalisation capitaliste, c’est à dire la mise en coupe réglée des sociétés humaines, de tous les vivants, de la biosphère – qui a alarmé et mobilisé les écologistes et tous ceux qui comprenaient et défendaient le bien commun. Nous sommes donc tous devenus des cibles à éliminer pour chacune des parties constitutives du système prédateur du vivant. Celui-ci s’y était préparé en luttant contre la culture du bien commun pour lui substituer celle, impérialiste, de la réification, de la marchandisation et de l’accumulation capitalistes. Le principal outil de cette propagande avait été créé au tournant des années 1940/50 : the Congress for Cultural Freedom. C’est surtout lui qui fut chargé d’effacer l’écologisme et tous les défenseurs du bien commun.

 

Deux effets des politiques décidées par ces aréopages du grand capitalisme se feront vite lourdement sentir :

  • l’exode rural provoqué par la baisse des prix agricoles pour « infliger aux agriculteurs presque en permanence un niveau de vie sensiblement inférieur à celui des autres catégories de travailleurs » (rapporté par Philippe Desbrosses, « Le Krach alimentaire, Le Rocher 1988),
  • et la libéralisation de la grande distribution contre la diversité du commerce et des productions (circulaire Fontanet).

 

C’est à cela que certains que l’on n’attendait pas sur ce terrain apporteront leur appui (au détriment des petits commerces et des producteurs, donc des consommateurs et des productions, etc.) :

« (…) Dès le début de sa notoriété en 1958 et tout au long des années 1960, Edouard Leclerc reçoit le soutien de plusieurs personnalités du monde intellectuel, d’horizons politiques et idéologiques divers. Tandis que la réforme des circuits de distribution anime le débat public, ces hommes défendent le développement des centres distributeurs et plus généralement, les prises de position d’Edouard Leclerc concernant la réforme de l’ensemble des circuits de distribution (produits de la pêche, artichauts, lait…). Parmi ces personnalités, figurent notamment des journalistes et intellectuels, comme Alain Murcier (le Monde, puis l’Expansion),  Joseph Fontaine (la Croix et Ouest France), Alain Vernholes (le Monde), Serge Mallet (le Nouvel Observateur), mais aussi le philosophe André Gorz (alias Michel Bosquet)« 

Témoignage de Michel-Edouard Leclerc

 

En 1958, Leclerc implante un magasin à Grenoble. Cela fait l’admiration des idéologues du « progrès » et des prix cassés, tel Alfred Sauvy* et Michel Bosquet, mais, déjà, la ruine de centaines de familles :

« Sur 700 fonds de commerce d’épicerie, 300 sont à vendre aujourd’hui, mais il n’y a pas d’acheteurs » dit M. Rosero, président du syndicat de l’épicerie de Grenoble.

Les petits épiciers de Grenoble s’organisent, France Soir, 24 octobre 1959.

  • Enthousiasmé, Alfred Sauvy préfacera « Combat pour la distribution. D’Édouard Leclerc aux supermarchés« , un livre à la gloire d’Edouard Leclerc publié en 1964.

 

Les « prix bas » fascinent sans éveiller la curiosité sur les conditions de leur réalisation. Pourtant, il y avait des réactions et des alertes, mais les idéologues ne regardent que le doigt de leur maître à penser – Edouard Leclerc. Ils n’accordent aucune attention au paysage, et méprisent les artisans et les commerçants en détresse. C’est le début d’un engrenage de dégradations et de destructions toujours poursuivies et soutenues avec grande dilapidation de l’argent public, même des dizaines d’années plus tard à l’heure des « éléments de langage » du style : transition écologique.

 

Ni les foyers ruinés, ni les villages et les quartiers vidés, ni les campagnes stérilisées et bétonnées, ni la stimulation du trafic automobile, ni l’externalisation des coûts sur les finances et les services publics, sur la biosphère, etc. n’ouvriront la conscience des admirateurs « intellectuels » de « la grande distribution« . 

 

Quelques années plus tard, en 1966, dans le Nouvel Observateur de Michel Bosquet/Gorz, Edouard Leclerc livrera la quintessence de la philosophie qui avait épaté les personnalités du monde intellectuel :

« Il ne s’agit pas d’attaquer la boulangerie, mais l’ensemble des fabrications artisanales et qui veulent le rester à tout prix… Quant aux 40 000 boulangers, pourquoi voulez-vous les retenir dans un travail qui peut être mieux fait à l’échelle industrielle, mieux vaut libérer les énergies humaines pour d’autres conquêtes… Le bâtiment et la route manquent d’hommes. Je crois qu’on sortirait les boulangers de leur pétrin en leur apprenant, par exemple, à conduire un bulldozer« , rapporté dans « La grande distribution. Enquête sur une corruption à la française » par Jean Bothorel et Philippe Sassier, Bourin éditeur.

La désertification des campagnes et de nombreuses cités petites et grandes, vidées de leurs producteurs, de leurs artisans, de leurs commerçants, doit beaucoup à tous ces gens.

 

 

En 1958, Goulet-Turpin ouvre le premier supermarché à Rueil-Malmaison.

 

 

 

 

1959

La Chine s’enfonce dans la violence et les délires destructeurs : ici, la guerre aux moineaux qui témoigne d’une ignorance et d’un mépris absolus de la vie. Révélant la véritable nature du régime maoïste, la nouvelle de cette abomination a été connue partout et a beaucoup compté dans l’éveil de la sensibilité écologiste.

On note l’état pitoyable du cheval qui ajoute à ce constat.

 

 

 

Déstructuration des campagnes et spoliation des paysans

13 novembre 1959 – Le décret n° 59-1284 crée un Comité chargé « d’examiner les situations de fait ou de droit qui constituent d’une manière injustifiée un obstacle à l’expansion de l’économie ». Ce comité est arbitré par Jacques Rueff et Louis Armand. Ils rendront leur rapport le 21 juillet 1960 :

Rapport sur les obstacles à l’expansion économique

La dérégulation-déstructuration capitaliste est lancée

 

 

Forte stimulation du remembrement rural

Sans aucun souci des écosystèmes (« études d’impact » sans compétences écologiques), les campagnes sont livrées aux technocrates biberonnés au machinisme, à l’épandage de poisons et au productivisme. Aussi à des « ingénieurs du génie rural » vénalement intéressés à la quantité de destructions autorisées… Cela allait se traduire par la destruction de centaines de milliers de kilomètres de haies et chemins protégés, de cours d’eau, ripisylves, mares et autres zones humides, maintes inondations, une stérilisation des sols, une érosion massive de la biodiversité, une forte contribution au bouleversement climatique, etc. Un écocide national.

Il s’agissait aussi d’accroître la pression sur les paysans modestes pour qu’ils abandonnent leurs terres. Le remembrement au bulldozer décidé depuis les hauteurs de l’Olympe capitaliste s’ajoutait intentionnellement à la réduction des revenus agricoles.

 

 

 

 

1960

 

La Vème République massacre au Cameroun

https://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/04/la-guerre-coloniale-du-cameroun-a-bien-eu-lieu_1581974_3232.html

 

 

La Circulaire Fontanet

Elle instaure une recommandation des Plans Pinay-Rueff, Pompidou, etc. : l’interdiction du « refus de vente ». Il s’agit de réprimer le libre arbitre des producteurs et des fournisseurs. C’est ce qui permet encore, des dizaines d’années plus tard, aux distributeurs d’étrangler et de réduire les producteurs d’ici et d’ailleurs. Comme soutiens de cet ukase tombé de la finance et des états-majors inspirés par le gouvernement invisible de Lippmann-Bernays, on découvrira (beaucoup plus tard) plusieurs personnalités inattendues.

 

 

 

1961

Le président des USA, Kennedy, donne son aval aux bombardements des forêts du Sud-Est asiatique avec l’herbicide agent orange. C’est le début d’un écocide massif et de l’empoisonnement durable des populations.

 

 

 

1962

Scandale de la Thalidomide

https://fr.wikipedia.org/wiki/Thalidomide

 

 

Rachel L. Carson publie Silent spring (Printemps silencieux – Fable pour nos fils)

Rachel Carson, biologiste marine et écrivaine (1907-1964)

https://en.wikipedia.org/wiki/Silent_Spring

http://www.rachelcarson.org/

 

 

La pensée sauvage de Claude Levi-Strauss précise la rupture avec le sentiment de supériorité de la science impérialiste

 

 

 

1963

Essor du mouvement féministe

 

 

15 juin 1963, Françoise Sagan (!) inaugure le premier hyper-marché à Sainte-Geneviève-des-Bois

2 500 m², plus une station-service à prix cassés

Les spéculateurs du commerce ont été libérés de toute contrainte – de toute régulation – par la directive Fontanet (1960) si bien soutenue par une ligue politique et journalistique où l’on remarque Michel Bosquet (futur André Gorz qui, après sa mort, sera présenté comme un phare de la pensée écologiste pour ce qu’il a emprunté aux écologistes qu’il espionnait depuis le début !) :

« (…) Il s’impliqua aussi aux côtés de mon père en signant avec d’autres grands journalistes (François Henri de Virieu, Alain Murcier et Alain Vernholes du Monde) des tracts pour dénoncer les refus de vente des fournisseurs* (…) André Gorz, alias Michel Bosquet reporter au Nouvel Observateur, alias Gérard Horst, de son vrai nom… m’a offert son affection toute paternelle lorsque, jeune étudiant, je vins à Paris. Chez eux, dans le XIIIème arrondissement d’abord, Gérard et Dorine me firent rencontrer les intellectuels avec lesquels il entretenait les relations les plus denses : Edgar Morin, Ivan Illich, bien sûr, son quasi frère, Virilio, Herbert Marcuse, David Cooper (l’anti-psychiatre), Alain Touraine. Et aussi des syndicalistes italiens, des économistes (Mattick, Brunhoff…), tous plus ou moins en phase avec la théorie critique de l’Ecole de Francfort. (…) »

  • l’interdiction du « refus de vente » par la Circulaire Fontanet de 1960, c’est à dire l’interdiction du libre arbitre des producteurs et fournisseurs, sera reconduite par la Loi Galland en 1996. C’est ce qui permettra aux distributeurs d’étrangler et de réduire les producteurs d’ici et d’ailleurs.

témoignage de Michel Edouard Leclerc, « André Gorz, la mort d’un philosophe ». On remarque « la théorie critique de l’Ecole de Francfort » prise en otage par son exact contraire.

 

Rapporté plus haut, en illustration du soutien des « élites » à la Circulaire Fontanet, ce témoignage tardif sera renforcé par une présentation de l’action d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie, présentation faite sur un site consacré à l’histoire d’Edouard Leclerc :

Parmi ces soutiens, on trouve aussi Emmanuel D’Astier de la Vigerie (1900-1969), personnalité atypique du XXème siècle, à la trajectoire politique singulière. Ancien grand résistant, il a créé le groupe Libération Sud ; journaliste, il a fondé le quotidien Libération, paru de 1941 à 1964.

L’archive vidéo proposée est extraite du « Quart d’heure d’Emmanuel d’Astier », diffusé sur l’ORTF, le 2 août 1966. A cette date, E. D’Astier fait partie des gaullistes de gauche (après avoir été proche du PCF jusqu’en 1958).  Aussi, en période de censure, on ne s’étonnera pas que son émission soit autorisée à la diffusion, d’autant plus quand elle porte sur Edouard Leclerc, dont l’action est soutenue par le pouvoir gaulliste ! Par ailleurs, député d’Ille-et-Vilaine de 1946 à 1958, il a, comme Edouard Leclerc, des attaches bretonnes.

Dans le « Quart d’heure d’Emmanuel d’Astier », émission créée en 1966 et diffusée sur l’ORTF pendant presque 2 ans, E. d’Astier y commente des thèmes de l’actualité. Il choisit dans cet extrait d’évoquer ses vacances en Bretagne et les rencontres qu’il y a faites, parmi lesquelles Edouard Leclerc.

https://www.histoireetarchives.leclerc/a-la-une/emmanuel-d-astier-de-la-vigerie-a-propos-d-edouard-leclerc

 

Dans 1963 : Carrefour invente l’hypermarché « à la française » publié par le Monde Économie le 27 juin 2013, Michel Bon (PDG de Carrefour entre 1990 et 1992), déclare encore tout content : « Ce magasin aura été le point de départ d’un changement radical de la façon de commercer». 50 ans après le début du désastre, ce monsieur n’est même pas effleuré par le doute !

le sous-titre de l’article :

Avec l’ouverture, en 1963, de son magasin à Sainte-Geneviève-des-Bois, dans l’Essonne, l’enseigne, aujourd’hui numéro deux mondial de la grande distribution, a imposé le gigantisme dans le commerce.

Tout le reste est à l’avenant. Aucune évocation des ravages perpétrés par le système monopolistique.

Les fondateurs de Carrefour se forment aux Etats-Unis, à Dayton, aux « méthodes marchandes modernes » de Bernardo Trujillo de la National Cash Register Company, fabricant de caisses enregistreuses.

Éblouis par ce maître de la déstructuration généralisée au service de l’aliénation consumériste, les Carrefour décident de construire d’autant plus grand que la ville est petite.

La machine infernale est lancée. En 1967, Gérard Mulliez, autre émule de Trujillo, ouvre un Auchan à Roncq (3.500 m²). Rallye et Leclerc ouvrent à Brest en 1968. Parly 2 et Cap 3000, à Saint-Laurent-du-Var, en 1969. Casino à Marseille en 1970. Toujours en 70, Carrefour ouvre un 7.000 m² avec 1.500 places de parking…

En plein mouvement mondial d’alerte écologiste et de critique de « la société de consommation« , c’est la ruée des prédateurs.

« en 1973, deux cent vingt sept hypermarchés sortent de terre » dans « une joyeuse anarchie »

(La grande distribution. Enquête sur une corruption à la française, Jean Bothorel et Philippe Sassier, Bourin éditeur 2005, page 38).

 

Jean-Claude Daumas dans son ouvrage « L’invention des usines à vendre : Carrefour et la révolution de l’hypermarché » (Réseaux, n° 135-136, 2006)

Sur les séminaires de Bernardo Trujillo à Dayton : « (…) ce sont surtout les séminaires sur « les méthodes marchandes modernes » organisés à Dayton à partir de 1957 par la National Cash Register Compagny (NCRC), premier fabricant mondial de caisses enregistreuses, qui ont le plus profondément influencé les professionnels de la distribution. Les cours de Bernardo Trujillo ont eu valeur de révélation pour les nombreux pèlerins de la distribution, dont 2 347 Français entre 1957 et 1965. Convaincu que distribution de masse et production de masse sont indispensables l’une à l’autre, il explique les avantages de la grande surface, du libre-service et du discount, en martelant des formules chocs (« no parking, no business », « des îlots de pertes dans un océan de profits », « empilez haut et vendez bas ») qui restent gravées dans les esprits. Tous en reviennent persuadés que « l’oracle de Dayton » dessine les voies de l’avenir (…) », Eugène Thil, Les Inventeurs du commerce moderne, Paris, Arthaud, 1966.

Rapporté dans « Consommation de masse et grande distribution, une révolution permanente (1957-2005) », par Jean-Claude Daumas dans Vingtième siècle. Revue d’histoire 2006.

Le système de la marchandise avait été pensé pour faire régresser les citoyens éveillés au stade du consommateur dépendant. C’est l’aliénation de masse développée dans les années vingt grâce aux riches contributions de Walter Lippmann et Edward Bernays (respectivement : La fabrique du consentement en 1922, et Propaganda en 1928).

 

 

 

1964

 

Débuts du mouvement HIPPIE

http://all-that-is-interesting.com/a-brief-history-of-hippies

 

 

Inauguration du barrage d’Assouan, nouvelle catastrophe écologique et culturelle

https://www.lemoniteur.fr/articles/le-barrage-d-assouan-maitre-du-nil-l-exploit-technique-l-erreur-ecologique-387181

 

 

Joan Baez chante There but for fortune de Philh Ochs

 

La vague des emballages perdus

https://m.ina.fr/video/AFE86000121/une-grande-vague-des-emballages-perdus-video.html

 

 

 

1965

Le mouvement PROVO

https://en.wikipedia.org/wiki/Provo_(movement)

 

Largement inspiré par l’alerte écologiste, le mouvement planétaire de contestation de l’impérialisme capitaliste est baptisé new left. Avec Pierre Fournier et le groupe de la Semaine de la Terre, les écologistes français reprendront cette appellation : nouvelle gauche écologiste.

 

 

 

Jean Dorst publie Avant que nature meure

 

 

 

Lyndon Johnson intensifie la guerre au Viêt Nam

 

 

 

 

 

1966

 

 

 

1967

 

Besançon : grève à la Rhodiaceta

http://www.dvdclassik.com/critique/a-bientot-j-espere-marker-marret

 

 

Echouage du Torrey Canyon et marée noire entre les Cornouailles, les Cotes d’Armor et les Îles anglo-normandes.

 

 

Début de la guerre du Biafra

 

 

Lynn White publie The Historical Roots of our Ecological Crisis

« (…) What people do about their ecology depends on what they think about themselves in relation to things around them. Human ecology is deeply conditioned by beliefs about our nature and destiny–that is, by religion (…) », , Science, 10 mars

1967, vol. 155, N° 3767.

http://www.zbi.ee/%7Ekalevi/lwhite.htm

Les racines historiques de notre crise écologique (1967)

 

 

 

Développement du mouvement pacifiste

 

 

 

https://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18926416&cserie=309.html

 

 

 

 

1968

Naissance de l’American Indian Movement

 

 

 

Printemps de Prague

Janvier : Alexander Dubček est nommé à la tête du Parti communiste tchécoslovaque

Avril : lancement des réformes

Août : l’URSS envahi la Tchécoslovaquie

http://www.ina.fr/video/CAF97047827

 

 

 

Procol Harum chante toujours a Whiter Shade of Pale (et pour longtemps !)
http://www.youtube.com/watch?v=Mb3iPP-tHdA
 
Steppenwolf crée Born to be wild
http://www.youtube.com/watch?v=5UWRypqz5-o
Cette chanson allait illustrer le générique du film Easy Rider

et Barry Ryan chante Eloïse
http://www.youtube.com/watch?v=ZZGrKxf3WQE&feature=fvwp&NR=1

Guy Béart crée La Vérité :
http://www.youtube.com/watch?v=JPvo5U-oVQU
http://www.frmusique.ru/texts/b/beart_guy/verite.htm

et, en septembre, Jacques Dutronc chante L’opportuniste
http://www.youtube.com/watch?v=k1SvDqKA_UQ

 

 

 

photo de Gilles Caron

Une photo fidèle à l’esprit de 68, à la différence des innombrables photos de la guéguerre avec la police qui a caché – qui cache encore – ce qui se passait d’important.

 

Grève générale ! Les entraves et les liens craquent partout. Les consciences s’ouvrent dans l’échange des expériences, des paroles, des projets.

 

Mai 68 vécu au coeur de l’action parisienne,

mais pas dans les affrontements aussi stériles que réducteurs avec la police, spectacles « révolutionnaires » destinés à alarmer la majeure partie de la population tout en distrayant de l’essentiel. Pour effacer l’essentiel ? Quel était l’essentiel ? La libération de la parole, l’apprentissage du contact direct, la circulation de l’information et la réflexion sur la structure de la domination et ses développements, l’essor des projets alternatifs… Comme d’autres écologistes que je rencontrerai plus tard, je me concentrais sur la prise de conscience en allant de débats en débats. Entre la rue, la Sorbonne et le Jardin du Luxembourg, nombreux échanges sur les pollutions, l’épuisement des ressources, la croissance démographique, les destructions écologiques partout, etc. Les informations sont bien reçues, les discussions sont passionnées*, mais rien ne prend forme. Pas un contact durable, pas une adresse, pas un renseignement pratique, que des échanges sans lendemain. Tout ça pour ça ! Tant de salive, tant de gesticulations, et si peu de motivation ! Cela disait la faiblesse de la conscience. Ce fut une grande déception.

  • il est remarquable qu’à cette époque, et depuis quelques années déjà, l’écologie était un sujet spontané de nombreuses conversations (j’en parlais avec des amis de collège dès 1963/64, au service militaire, à la salle de sport, dans l’entreprise…). Nous en parlions beaucoup plus que 50 ans plus tard. Mais construire une action commune était aussi difficile qu’aujourd’hui.

Au fait, contrairement aux représentations faussées qui abondent, le mouvement n’était pas le fait des seuls étudiants. Et de loin ! D’ailleurs, je n’étais pas « étudiant« . J’étais employé du Mouvement Coopératif, entre dessin publicitaire, reprographie et documentation, et, quatre ans plus tard, j’allais devenir ouvrier.

 

 

Une quarantaine d’années avant la prise de conscience du gaspillage alimentaire, Hervé le Nestour et Jean Detton approvisionnent la Sorbonne occupée en fruits et légumes glanés sur les marchés. Eux aussi tentent de sensibiliser aux problèmes écologiques. 

Jean Detton, l’un des lanceurs de l’alerte écologiste

Hervé le Nestour, l’un des lanceurs de l’alerte écologiste

Nous nous sommes peut-être croisés en 68 à la Sorbonne, mais pas rencontrés.

 

à l’époque…

Corsetés par les institutions de « la protection de la nature » depuis plusieurs années, les écologistes français faisaient leurs premiers pas sans pouvoir se rencontrer.

Pour beaucoup la pollution était encore une idée nouvelle. Une abstraction. Il fallait faire des démonstrations sur l’absurdité de rejeter des déchets ou des produits chimiques dans une rivière, même en amont d’une captation.

La simple idée que les hommes sont des animaux choquait de nombreux interlocuteurs. Certains en étaient vexés et devenaient véhéments. Ils se sentaient souillés par la proximité avec les autres formes de vie.

Quant à la sensibilité et, à fortiori, à l’intelligence des animaux… Il y avait fort à faire ! Le vivant avait été découpé en parties et en « sciences » séparées, une sorte de fatras dont le sens et la valeur n’étaient donnés que par la réification et l’exploitation à mort.

Par exemple, un étudiant en philosophie à la Sorbonne, qui vomissait de l’idéologie mécaniste en continu, nous avait asséné des clichés très XIXème siècle sur « l’Homme » (1), au singulier et avec majuscule, plus tout à fait un « être« , puisque d’une essence supérieure, un quelque chose qu’il ne pouvait définir, sauf négativement, car déconnecté des autres êtres et de la vie, blablablabla. Il nous avait assuré que c’était là la quintessence de l’enseignement qu’il recevait. Sans doute a-t-il fait une belle carrière, probablement dans l’enseignement !

Le Descartes de « l’animal machine » était donc encore tout proche. Et l’écologie était encore un mot barbare. Tout juste la protection anthropocentriste de « la Nature » était-elle admise. C’est dire s’il était important et difficile de faire comprendre la proximité avec les autres êtres, l’appartenance au vivant, l’unité de son foisonnement, sa diversité complémentaire, l’interdépendance et la fragilité de la biosphère, etc. Nous-mêmes découvrions et apprenions en cultivant l’ouverture et l’empathie. L’empathie… sûrement la première qualité de l’écologiste.

(1) Au tout début, nous avons aussi utilisé cette expression. Nous la rencontrions partout et l’employions par habitude. Mais, avant même de mieux maîtriser notre vocabulaire, dire « l’Homme » ne nous empêchait pas de dénoncer l’anthropocentrisme et son cortège de dominations.

 

 

Parmi les mouvements qui ont fait le 68 français, la contestation qualitative, statutaire, structurelle dans les entreprises, la manifestation de l’éveil écologiste et libertaire, la critique des hiérarchies qui imposaient l’expansion économique, la consommation matérialiste, un progrès anti-nature, etc. ont alarmé tous les organisateurs du désastre dénoncé. Leur peur fut si grande qu’ils mobilisèrent le ban et l’arrière-ban de leurs stratèges et de leurs troupes pour prendre le pouls du phénomène et développer les moyens de le juguler, ou de le réorienter dans le droit chemin du profit. 

Comme par hasard, l’après 68 vit fleurir des organisations correspondant aux émotions qui venaient de s’exprimer, mais créées par d’autres dans un but très différent.

 

 

 

Famine au Biafra

 

 

 

Jeunes et Nature est créé par François Lapoix dans le cadre de la FFSPN (Fédération Française des Sociétés de Protection de la Nature) au Museum d’Histoire Naturelle de Paris

Son but : rassembler des militants sensibles aux problèmes écologiques, les former et leur confier le soin de correspondre avec des groupes locaux, essentiellement des enfants et leurs enseignants.

Comme moi, plusieurs se sont surtout engagés pour rencontrer d’autres personnes aussi motivées et trouver une voie pour agir.

 

participent :

Martine Barbeau

Philippe Barbeau

Geneviève Cuisset

André Faggion

François Feer

Alain-Claude Galtié

Jean-Patrick Leduc

Daniel Louradour

Frédéric Malher

Chantal Messiez

Isabelle Messiez

Yann Messiez

Roland de Miller

Hélène Monteil

Jean Monteil

Michel Séné

Martine Todisco

 

« Nous voulons lutter contre les pollutions, contre la destruction du milieu naturel, contre la dégradation de l’environnement urbain, contre le massacre des sites, contre l’empoisonnement massif de notre milieu de vie, les engrais chimiques, les déchets radioactifs…
Nous refusons une planète entièrement urbanisée, laide et croulante d’habitants.
Nous remettons en cause la foi aveugle en un progrès automatique et indéfini.
Nous voulons célébrer la Terre, planète vivante, dénoncer son saccage, montrer que les solutions existent pour sauver et restaurer notre milieu de vie » *
printemps 1969
Rapporté par Geneviève Cuisset
http://jenolekolo.over-blog.com/

et autour de Jeunes et Nature :
François Terrasson
Antoine Reille (président de la LPO)
Jean-Pierre Raffin
François Ramade
Pierre Aguesse

 

* Par conséquent, il est curieux que ceux qui ont été fidèles à cette profession de foi en organisant la Semaine de la Terre n’aient pas été suivis. Plus encore, qu’ils aient été exclus !

La suite est encore plus étrange…

 

 

 

Paul Ehrlich publie La bombe démographique

 

 

 

Mexico, Place des Trois Cultures, le 2 octobre 1968 : à la veille des Jeux Olympiques, le gouvernement fait tirer sur les manifestants en révolte depuis juillet

 

 

 

1969

 

 

16 janvier

Jan Palach se sacrifie sur la Place Venceslas, à Prague

 

 

 

Révélations sur le massacre des indiens au Brésil

http://assets.survivalinternational.org/documents/1094/genocide-norman-lewis-1969.pdf

 

AMAZONIE

Hervé LE NESTOUR 1967

Vous qui de la forêt ne connaissez que chêne, hêtre, saule ou sapin

Châtaigner, orme ou frêne, bouleau, cèdre ou pin

Jamais vous ne saurez l’océan de forêt de l’Amazonie

Pourtant déjà la hache, déjà la cognée

En tache comme une lèpre l’ont rognée

Plutôt que la terre du riche partager

On envoie le pauvre ronger la forêt

Et vous qui de rivières ne connaissez que Seine, Rhône, Garonne ou Rhin

Loire, Dordogne, Saône, fleuves par trop sereins

Chacun d’eux se perdrait ? ensemble se noieraient dans l’Amazonie

Pourtant le Putumayo, l’Ucayali

Xingu, Tapajoz, Madeira

Javari, Vaupes, Urubamba, Jurua

Bientôt seront aussi souillés que ceux-là

Et vous qui oubliez vos peuples que l’on force à perdre leur élan

Basques, Bretons ou Corses, Gitans ou Catalans

On ne vous pas dit les peuples anéantis de l’Amazonie

Guato, Bakairi, Kayainawa

Monde, Kurina, Oti, Poyanara

Wari, Moyuruna, Ofayé

Et comme eux tant d’autres dans l’oubli noyés

Vous qui de l’Amazonie ne savez qu’Amazone vous qui ne savez rien

Sachez qu’on y massacre arbres, fleuves, indiens

Le meurtre est quotidien, il ne restera rien de l’Amazonie.

 

Nous nous étions croisés à la Sorbonne en 68, mais c’est à l’occasion de La Semaine de la Terre en 1971 que je ferai la connaissance d’Hervé

 

 

 

une fiche d’information de Jeunes et Nature

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Pour une sauvegarde du patrimoine naturel

Avant notre ère, la population humaine du globe a doublé en 10 000 ans. Elle double présentement en 40 ans et l’on prévoit un doublement en 27 ans avant la fin du siècle (soit deux petites années en plus de ce que prédisait Malthus).

Outre qu’elle a de fâcheuses répercutions sociologiques, cette explosion démographique, due principalement aux progrès de la médecine et de l’hygiène, porte directement ou indirectement préjudice à la faune, la flore, l’air et l’eau de la majeure partie de la planète.

Pas moins de 120 formes de mammifères et environ 150 espèces d’oiseaux ont à jamais disparues.

600 autres espèces sont en voie d’extinction.

 

Le feu, la déforestation, les mauvaises pratiques agricoles et le surpâturage accélèrent les processus naturels de dégradation des sols ; il en résulte la désertification d’immenses territoires (un exemple célèbre grâce au livre de Steinbeck « Les raisins de la colère » : 1934, 1940, 1957, dévastation de millions de kilomètres carrés aux Etats Unis).

 

Aujourd’hui, de nouveaux dangers s’ajoutent aux premiers. Ils menacent et la Nature et nous-mêmes :
Depuis la dernière guerre mondiale, l’emploi de produits insecticides, herbicides, fongicides et autres, s’est généralisé au détriment des moyens de lutte biologique contre les éléments indésirables en agriculture. La toxicité des insecticides n’est plus à prouver ils s’accumulent et se concentrent dans les tissus graisseux tout au long des chaînes alimentaires (proie-prédateur) et ne s’éliminent, pour la plupart, que très lentement. Si des espèces d’oiseaux se raréfient, en particulier les rapaces, la faute en incombe moins aux chasseurs inconscients qu’aux insecticides stérilisateurs. Signalons à ce propos que des traces d’insecticide ont été décelées dans les oeufs d’oiseaux nichant en Antarctique et au coeur du Pacifique, c’est à dire à des milliers de kilomètres des régions traitées…

 

On estime à 1 million de tonnes par an le volume des hydrocarbures rejetés par les navires pétroliers. Un film, même monomoléculaire, de ces substances stables fait obstacle aux échanges indispensables entre l’air et l’eau.

La teneur en gaz carbonique de l’atmosphère terrestre a augmenté de 10% depuis le début de l’âge industriel.

A Pittsburg en Pennsylvannie, ville longtemps considérée comme la plus polluée au monde, des mesures ont permis de calculer qu’en moyenne 610 tonnes de poussières se déposent chaque année sur un mile carré (suie 5%, oxyde de fer 20%, silice 16%, oxydes métalliques divers 59%).

Les effluents urbains et industriels empoisonnent tant et si bien les eaux douces que dans maintes régions, même abondamment arrosées, le manque d’eau sévit. D’ores et déjà, nombreux sont les rivières et lacs considérés comme biologiquement morts. Un exemple : la rivière Sumida qui traverse Tokyo charrie quotidiennement 1 300 000 tonnes de déchets et d’ordures.

Et cette énumération de nuisances est loin, bien loin d’être exhaustive…

 

Devant ces intolérables atteintes à l’intégrité de notre patrimoine naturel, à notre santé, à la vie en général, il importe de réagir. Réagir dans la mesure de ses moyens en adhérant, pour une somme modique, à une société de protection de la nature ; en informant ses amis ou en distribuant des opuscules de vulgarisation…

ACG

 

Association française du Fonds Mondial pour la Nature
67, Bld Haussman
Paris VIIIème

Société Nationale de Protection de la Nature
57, rue Cuvier
Paris Vème

Ligue Française pour la Protection des Oiseaux
57, rue Cuvier
Paris Vème

 

Quelques ouvrages :

Le monde est-il surpeuplé ?
Edouard Bonnefous
Hachette

La surpopulation
Gaston Bouthoul
Payot

Le printemps silencieux
Rachel Carson
Livre de Poche

 

Notre planète devient-elle inhabitable ?
Le Courrier de l’Unesco
Numéro de janvier 1969

La pollution des eaux
René Colas
Que sais-je ? n° 983

Avant que Nature meure
Jean Dorst
Delachaux et Niestlé

L’homme contre l’animal
Raymond Fiasson
Que sais-je ? n° 737

Les misères de l’abondance
Jean Boniface
Editions Ouvrières

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Le développement du Concorde menace de polluer la haute atmosphère

 

 

 

Construction d’une voie d’essai pour l’Aérotrain de Jean Bertin. Elle est encore visible depuis le train au nord d’Orléans.

Très grand avantage de ce transport sur le train, la très faible emprise au sol qui, donc, ne fragmente pas les écosystèmes comme le fera le catastrophique TGV. 

https://fr.wikipedia.org/wiki/A%C3%A9rotrain

http://aernav.free.fr/Adresses/M_Adresses.html

 

 

 

août 1969 Woodstock

 

 

 

 

 

La critique de l’obsolescence programmée était dans l’air depuis un bout de temps

J’ai un super magnétophone
Et un super magnétoscope
J’ai aussi plusieurs téléphones
Et même aussi des interphones
J’ai deux mini talkie-walkie
Ainsi que deux super mobiles
J’ai un tas de boutons de manchettes
Et des milliers de trente-centimètres
J’ai une télé portative
Et une télé grand écran
J’ai aussi une rotative
Ainsi qu’une poire à lavement
J’achète tout les yeux fermés
Car j’ai l’esprit très ouvert
Et puis quand c’est périmé
Plus jamais je ne m’en sers
C’est comme ça
Quand c’est usé je le jette
Je le jette et je rachète
Quand c’est usé je le jette
Je le jette et je rachète
J’ai une chaîne haute fidélité
Un percolateur pour le café
J’ai aussi une corde à sauter
Sans compter ma lampe à bronzer
J’ai une peinture de Dubuffet
Et une aquarelle de Buffet
J’ai des boots et des snowboots
Et aussi une paire de moumoute
J’ai de l’utile et de l’agréable
J’ai du plus et du superflu
Des choses promptues ou impromptues
J’en ai sur mon lit, sur ma table
J’achète tout les yeux fermés
Car j’ai l’esprit très ouvert
Et puis quand c’est périmé
Plus jamais je ne m’en sers
C’est comme ça
Quand c’est usé je le jette
Je le jette et je rachète
Quand c’est usé je le jette
Je le jette et je rachète
Jacques Dutronc et Jacques Lanzmann

 

Jacques Debronckart 1969

 

 

 

Création du « collège invisible de l’écologisme » Diogène par les services de la conquête capitaliste

 

Raymond Aron et Madame, Michael Josselson (CIA), le patron de Denis de Rougemont (Congress for Cultural Freedom)

 

C’est en 1969 que, à la suite de ses amis néo-conservateurs (néo-cons) Norman Podhoretz et Irving Kristol, Raymond Aron emprunte à la « ruse de la raison » de Hegel pour appeler à infiltrer, étouffer et détourner la nouvelle gauche :

« effondrement du projet explicite et la récupération de l’aspiration implicite » préconise-t-il.

Il n’est pas inutile de préciser que Raymond Aron souffrait d’un trouble du discernement : il ne distinguait pas entre nouvelle gauche (qu’il croyait « d’inspiration socialiste« ) et gauchisme* ! Cela conduit à supposer que les gauchistes ont été l’objet d’encore plus d’attentions. Cela peut expliquer le prompt retournement de la plupart, et leur déchaînement conte la nouvelle gauche.

* Études politiques, chapitre Liberté libérale ou libertaire, Gallimard.

 

C’est sans doute un hasard si c’est aussi en 1969 que Denis de Rougemont crée en France (mais pas seulement) un réseau baptisé Diogène en recrutant des militants choisis dans la protection de la nature, et une première sélection de représentants de familles fortunées et de technocrates soigneusement formatés (comme Jacques Delors). Mais, comme le montre l’exemple de ce dernier, la protection de la nature a pu être comme ensemencée par des entristes spécialement formés. À moins que des associations, comme Jeunes et Nature apparu à la même période, aient été créées dans la même démarche très particulière que Diogène. L’existence du réseau est tenue si secrète que l’un de ses membres le rebaptisera « collège invisible de l’écologisme » – c’est ce qui, depuis, est appelé réseau stay-behind (nommé ainsi par les services de la guerre froide). Pourquoi cette invisibilité ? Dans quel but ? Tous les membres de ce Diogène observeront strictement la consigne du silence *, si bien que les survivants de la nouvelle gauche écologiste ne commenceront à en découvrir l’existence qu’au début des années 2000.

* J’en ai côtoyé plusieurs sans rien en apprendre. Dans des groupes aussi restreints que Jeunes et Nature, les Amis de la Terre, la parfaite dissimulation dit assez l’aptitude à la duplicité des « camarades« , la qualité de leur formation, et le savoir-faire de l’encadrement. Comme disent les professionnels de l’infiltration : ils ont tenu la couverture.

 

Difficile d’imaginer l’état d’esprit – la mentalité – de ceux qui sont réunis dans un tel réseau, et de ceux qui les ont servis, dans le seul but de nuire aux défenseurs du bien commun ! Pour y parvenir et, même, se convaincre qu’une telle humanité existe et pousse ses pions jusqu’à nous, il faut en passer par l’histoire.

 

On commence à mieux comprendre en découvrant que Denis de Rougemont était un important personnage de la guerre froide; précisément, de la guerre froide culturelle, celle de l’opposition à toutes les formes de communisme, autoritaires ou non, y compris toutes les luttes pour l’émancipation (à l’époque, l’écologisme en était une). Il avait été recruté, formé, adoubé par Allen Dulles (frère de John Foster Dulles), alors dirigeant de l’OSS en Europe (les services spéciaux des USA), puis directeur de la jeune CIA. C’est ainsi que Denis de Rougemont a été installé quinze années durant à la tête du Congress for Cultural Freedom, la plus puissante entreprise de manipulation de l’opinion destinée à faire adhérer celle-ci au projet dominant. En somme, une « fabrique du consentement » comme Walter Lippmann a appelé la manipulation de l’opinion en… démocratie.

The Dulles Brothers and Their Legacy of Perpetual War

https://medium.com/dan-sanchez/the-dulles-brothers-and-their-legacy-of-perpetual-war-94191c41a653

Book review: ‘The Brothers,’ on John Foster Dulles and Allen Dulles, by Stephen Kinzer

https://www.washingtonpost.com/opinions/book-review-the-brothers-on-john-foster-dulles-and-allen-dulles-by-stephen-kinzer/2013/11/14/a1ddf9ba-3683-11e3-be86-6aeaa439845b_story.html?noredirect=on&utm_term=.798fcb338ae6

 

En éclairant maintes curieuses mésaventures qui ont eu raison du mouvement, la révélation de l’existence d’un réseau invisible consacré à la nouvelle gauche écologiste confirme les soupçons de longtemps. Elle démontre aussi la réalité de la fabrique du consentement par le moyen d’un contrôle total exercé sur le mouvement social. Donc l’illusion de la démocratie actuelle. Enfin, la relation directe avec l’état-major de la guerre froide et de la conquête capitaliste mondiale révèle à quel point la nouvelle gauche écologiste dérangeait, donc à quel point sa critique, sa restauration de la culture du bien commun et ses projets étaient pertinents.

 

Parmi les membres de ce réseau :

En plus de Denis de Rougemont, Robert Hainard, Jacques Ellul, Jacques Delors, Solange Fernex (future Verte), Antoine Waechter (futur Vert), Philippe Lebreton (futur Vert), Jean Carlier (futur Vert), Roland de Miller, Brice Lalonde (qui, avec Miller, a servi à éliminer les écologistes), Edouard Kressmann, Armand Petitjean, Alain Hervé…

Cette liste parle d’elle-même et de plusieurs façons. On remarque d’abord l’entre-soi réactionnaire : aucun n’avait apprécié, ou simplement compris, l’épanouissement de 68. Toute la suite de l’histoire le confirmera amplement. Trois personnages passent maintenant pour des auteurs écologistes, des inspirateurs, des « têtes pensantes » du mouvement qu’ils ont contribué à entraver et dégrader ! On devine aussi sans peine ce que les carrières de plusieurs, alors inconnus des écologistes, doivent au réseau dissimulé, et ce que cela implique en matière de liberté d’expression et de démocratie.

 

Tant de perfidie préfigurait ce que nous allions tous subir. Alertes, projets alternatifs, empathie et conscience du bien commun, démocratie… Tout en a été dégradé. Nul n’y a échappé.

 

Cette organisation dissimulée s’inscrivait dans le cadre de la grande reprise en mains qui, en France, a aussitôt suivi le Mai 68 français. Une reprise en mains qui était déjà stimulée par l’effroi provoqué, dans toutes les bourgeoisies du monde, par les courants de la nouvelle gauche, le sursaut vital des années soixante. En effet, effarés par les réactions au développement de leurs agressions, les réseaux du capitalisme entreprirent de renforcer et de multiplier les structures de contrôle social en tous domaines. C’est ainsi que la nouvelle gauche écologiste qui couvait sans pouvoir s’exprimer de manière collective a été gratifiée de plusieurs « associations » assez peu spontanées. Celles-ci étaient produites ou coiffées par le « collège invisible » Diogène. Ainsi l’Association des Journalistes pour la Protection de la Nature et, comme par hasard, les Amis de la Terre.

 

Quelques années plus tard, à partir de Diogène, Denis de Rougemont et ses confrères allaient élargir leur « collège invisible de l’écologisme » en l’ouvrant à d’autres collaborationnistes tout aussi motivés pour prendre la place des écologistes afin d’étouffer le mouvement. Ils appelleront la nouvelle formule : Ecoropa (European Network for Ecological Reflection and Action)

 

Les conséquences des actions de la ligue rassemblée par Denis de Rougemont et les services de la conquête capitaliste sont inestimables. Tout le monde a été trompé, et, partout, des « agents d’infiltration » et des auteurs de complaisance chargés de reprendre à leur compte les idées écologistes pour mieux en effacer l’origine ont été imposés à la place des acteurs du mouvement social, effaçant la culture du bien commun portée par celui-ci, faisant perdre les repères essentiels à la plupart pour les livrer sans défense à la manipulation consumériste, libérant totalement la prédation capitaliste. En outre, bien qu’elle n’ait cessé d’être développée, cette ligue est encore ignorée de la plupart. Parmi ses plus remarquables « réussites » : une dissociation sociale extrême là où l’élan des années soixante voulait réaliser une société conviviale.

 

 

 

toujours en 1969

Le projet de la Transamazonienne nous donne des cauchemars

https://www.chambre237.com/le-desastre-ecologique-de-la-route-trans-amazonienne/

 

 

1970

François Béranger chante Tranche de vie

 

 

Johnny lui-même n’avait pas échappé à l’influence de la nouvelle gauche écologiste :

Johnny Hallyday 1970 : La pollution (album VIE)
paroles de Jacques Lanzmann

auteurs : Glen Powell (1901 – 1992)  et Gus Derse

 

Qui a couru sur cette plage ?

Elle a dû être très belle

Est-ce que son sable était blanc ?

Est-ce qu’il y avait des fleurs jaunes

Dans le creux de chaque dune ?

J’aurais bien aimé toucher du sable

Un seule fois entre mes doigts

Qui a nagé dans cette rivière ?

Vous prétendez qu’elle était fraîche

Et descendait de la montagne

Est-ce qu’il y avait des galets dans le creux de chaque cascade ?

J’aurais bien aimé plonger mon corps

Une seule fois dans une rivière

Dites, ne me racontez pas d’histoire

Montrez-moi des photos pour voir

Si tout cela a vraiment existé

Vous m’affirmez qu’il y avait du sable

Et de l’herbe

Et des fleurs

Et de l’eau

Et des pierres

Et des arbres

Et des oiseaux ?

Allons, Ne vous moquez pas de moi !

Qui a marché dans ce chemin ?

Vous dites qu’il menait à une maison

Et qu’il y avait des enfants qui jouent autour

Vous êtes sûr que la photo n’est pas truquée ?

Vous pouvez m’assurer que cela a vraiment existé ?

Dites moi !

Allons, ne me racontez plus d’histoire !

J’ai besoin de toucher et de voir pour y croire

Vraiment, c’est vrai ?

Le sable était blanc ?

Vraiment c’est vrai ?

Il y avait des enfants ?

Des rivières ?

Des chemins ?

Des cailloux ?

Des maisons ?

C’est vrai ?

Ça a vraiment existé ?

Ça a vraiment existé ?

Vraiment ?

 

 

 

La montée en puissance de la civilisation anti-nature et de sa quête de profits faciles en sacrifiant les hommes et la nature nous donne des cauchemars. Le Brésil, en particulier, alimente nos pires craintes avec des massacres d’amérindiens et le projet d’une route « transamazonienne« .

L’urgence d’une prise de conscience générale nous pousse à vouloir entreprendre des actions plus spectaculaires pour diffuser l’information. C’est ainsi que s’impose l’envie d’organiser des manifestations écologistes et que sera lancée La Semaine de la Terre.

La prise de conscience semblera s’amorcer et retombera mollement, et…

nos pires cauchemars se réaliseront
http://www.dailymotion.com/video/xdkznm_biocarburants-disparition-foret-tro_news
http://www.orangutan.org/dr-galdikas-bio
http://www.greenthefilm.com/
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=138422.html

 

 

Premières conférences-débats écologistes,

et leur fin

C’était l’époque de Venus, le succès du groupe néerlandais Shocking blue

 

Directement connecté au Museum d’Histoire Naturelle, Jeunes et Nature pouvait contenter les militants néophytes. La proximité avec la Fédération des Sociétés de Protection de la Nature et avec la Ligue pour la Protection des Oiseaux, des visites de terrain, des conférences, des exposés et des débats avec des chercheurs du Museum… offraient des occasions de satisfaire maintes curiosités sur « l’économie de la nature. Mais cela permettait aussi de comprendre à quel point les efforts de « protection » existants étaient insuffisants pour enrayer la rapide dégradation planétaire que nous observions de mieux en mieux. En outre, le rôle attribué (concédé, peut-être) au militant – correspondant de classes scolaires de jeunes enfants – ne satisfaisait pas le besoin de stimuler une prise de conscience à la mesure des urgences. Nous proposions à ces jeunes et à leurs enseignants une information déjà abondante, mais c’était bien insuffisant pour lancer les alertes nécessaires. Nous mesurions d’autant mieux l’étendue de la désinformation cultivée par une propagande occidentalocentriste et progressiste qui masquait toutes les conséquences négatives du nouvel essor productiviste des « trente glorieuses » (sic). Pour tout dire, le niveau général était très bas. C’était encore un temps où « l’Homme » était communément séparé de « la Nature« , où beaucoup ne voyaient pas la relation entre eux et les animaux, le paysage, les forêts primaires, l’ensemble vivant, et où beaucoup ne s’apercevaient même pas de la pollution atmosphérique.

 

Il fallait aider à une prise de conscience ! Elle se manifestait en Europe du Nord et aux Etats-Unis. En France, j’avais vu des frémissements dès avant Mai 68, mais il manquait les circonstances favorables à son expression. Des prises de parole publiques pouvaient servir de révélateur et de stimulant. Nous-mêmes, à Jeunes et Nature, l’expérimentions avec les chercheurs du Museum. Je l’avais appris avec le Mouvement Coopératif, j’en avais été acteur en 68 et l’observais avec les happenings de la nouvelle gauche de l’Amérique au Japon. Alors j’ai proposé de faire nous-mêmes des conférences-débats; pour, cette fois, informer des « grands« , provoquer des réactions et sensibiliser plus largement; des happenings à notre mesure, en quelque sorte. Il s’agissait surtout de rencontrer et d’échanger avec tous ceux que l’on atteindrait jamais en restant entre nous. Réunions sur réunions dans le petit local du Boulevard Saint-Germain. Les conférences-débats intéressaient tout le monde. Mais où atteindre facilement des esprits disponibles ? Les vacances étaient le moment idéal pour rencontrer des gens que l’on n’aurait jamais touchés autrement, et, au moins à mes yeux, avec ses nombreux villages et leurs animations, le Club Méditerranée semblait être tout désigné. Gonflé à bloc, avec les fiches d’information de Jeunes et Nature sous le bras (j’étais l’auteur de plusieurs), j’ai demandé à rencontrer le service Forum du Club Méditerranée, lequel a répondu très favorablement. Nouvelles réunions pour donner forme à ces conférences-débats en profitant des indications données par le Forum du Club. Le sujet étant très étendu, l’auditoire n’étant pas forcément très motivé, il ne s’agissait pas de faire un cours magistral ! Il fallait se contenter d’introduire avec quelques exemples, éventuellement avec une courte projection, quelques diapos… et de donner vie à l’échange d’idées. Test et premiers tours de piste au siège du Club et au café-théâtre de « la Resserre-Beaubourg » de Geneviève Baïlac, auteure dramatique, productrice de théâtre et responsable des activités culturelles du Club.

Geneviève Baïlac (chemisier blanc avec Simone Berriau) et la troupe de sa pièce, la Famille Hernandez, au Théâtre Antoine en 1958

Intéressée, Geneviève Baïlac nous offrit un grand bout d’essai : trois semaines au village de Cefalù en Sicile (1). Et je pouvais me faire accompagner d’une autre personne !

 

à Cefalù avec Jean Sendy, traducteur et écrivain exégète des textes bibliques originaux

à droite, l’animatrice forum était Marie-Jo Renard

 

Malheureusement, celui qui, sans égard pour les autres candidats, s’était bizarrement démené comme un diable pour m’accompagner, fit tout pour faire échouer les conférences-débats. Contrairement à ce qui avait été défini dès le début lors des mises au point préalables, et le jour même, Roland de Miller arriva à la soirée avec un paquet de feuillets. Tu ne vas pas réciter tout ça ? Non, non… Mais si ! Quand ce fut son tour, il entreprit d’ânonner ce qu’il déchiffrait sur la liasse griffonnée. Un écoulement intarissable. Il aurait pu lire l’annuaire ! Ne voyant aucun signe, n’écoutant aucun avertissement, il était inaccessible. Il épuisa l’auditoire jusqu’à ce qu’il ne reste que Jean Sendy, Marie-Jo Renard et moi. Effarés. L’expérience enthousiasmante s’était muée en cauchemar ! Personne ne pouvait comprendre qu’une telle occasion soit si méchamment gâchée, ni que l’on puisse se comporter aussi grossièrement.

 

Avec l’air de se foutre du monde, Miller n’allait donner aucune explication. Pourtant, cela n’est pas faute d’être secoué par les témoins du naufrage pour tenter d’en tirer quelque chose ! Ni regrets, ni excuses. C’est lui qui avait raison. Était-il seulement un inconscient, un Monsieur Catastrophe, une brute ? Beaucoup plus tard, quand j’apprendrai l’existence de réseaux stay-behind consacrés à l’écologisme, je découvrirai qu’il avait été l’un des tout premiers membres du « collège invisible de l’écologisme » Diogène (futur Ecoropa) – l’officine dissimulée qu’il tentera de maquiller en « club européen des têtes pensantes de l’écologie« … Têtes pensantes, peut-être, mais de la réaction ! Car, plaquée sur les procédés de bas étage employés pour éliminer les écologistes, cette prétention dit l’élitisme méprisant de ces personnages et leur place dans le système prédateur. Miller était donc un artisan de l’étouffoir organisé par ce système. Sans doute une coïncidence… En tout cas, là, à peine les conférences-débats commencées, il les a avortées.

 

40 ans plus tard – oui, précisément quarante ans, toute une vie, c’est une ancienne de Jeunes et Nature qui me confirmera cette appartenance en me révélant les activités tout aussi dissimulées de Miller. Monsieur Catastrophe était un professionnel de la maladresse feinte, l’une des techniques d’entrave et de sabotage de l’action les plus efficaces ! Le sabordage intentionnel se trouvait confirmé et cela révélait une autre raison de la présence de Miller à mes côtés : l’absolue nécessité d’empêcher une autre personne de m’accompagner. Parmi les partants pour les conférences-débats au soleil, un ou une autre que lui aurait pu, même involontairement, me donner des informations sensibles, de celles qui mettent la puce à l’oreille. Par exemple, il eut sans doute été intéressant que ce soit la compagnonne qui « savait tout » qui m’accompagne… Ce risque explique la frénésie de Miller pour s’imposer contre les autres candidats. N’avait-il pas agi ainsi, aussi, sur l’injonction d’une autre coulisse, à Jeunes et Nature même; celle qui n’allait pas tarder à exclure les acteurs de la Semaine de la Terre (trop remuants, trop politiques, trop incontrôlables, pas assez manipulables…) ? Probablement une coulisse grande ouverte sur le « collège » inconnu qui grouillait autour de nous ? Les confidences spontanées de l’ancienne compagnonne le confirmeront pleinement. Restée à la traîne de Roland de Miller et de ses parrains, elle avait gardé fidèle mémoire de toute l’opération d’effacement de la nouvelle gauche écologiste que j’avais mis si longtemps à deviner. 

 

Il est plus facile de provoquer un ratage que de contribuer à une dynamique constructive. L’avortement des conférences-débats fut notre baptême du feu. Après le saccage, il n’y en eut plus ; ni au Club ni ailleurs – enfin, jusqu’à la Semaine de la Terre. Grosse déception ! Un moyen d’action enrichissant et susceptible d’ouvrir sur d’autres développements s’effaçait. Tant de stimulations, d’expériences formatrices, de possibilités de rencontres, d’opportunités de découvertes… évanouies sitôt entr’aperçues. Nous espérions créer une dynamique, et nous nous retrouvions entravés ! Et la conscience de l’urgence qui grandissait… L’espoir se mua en frustration.

 

La tête dans le guidon, nous ne prêtions pas assez attention au monde qui nous enserrait douillettement. Même quand il étouffait dans l’oeuf nos actions. Maintes fois, nous avons été choqués. Maintes fois, nous nous sommes interrogés. Mais pouvions-nous deviner que, pour imposer sans trop de difficultés les déstructurations préparatoires à la déstructuration générale de la mondialisation, les stratèges du capitalisme devaient s’assurer que les protestations, les alertes et les alternatives – le mouvement social de ces années d’effervescence – soit mises sous le boisseau ? Et surtout, que, jusqu’à des niveaux insoupçonnés de l’appareil dominant, nos petites personnes étaient devenues un sujet de préoccupation et l’objet d’étonnantes mobilisations ? Il ne fait pas de doute que notre inexpérience et notre ingénuité furent testées à cette occasion. Et l’efficacité de l’omerta déjà réalisée en multipliant les connivences.

 

Il faudra du temps, beaucoup de temps pour rapprocher le pressentiment de Fournier, l’indiscrétion de Charbonneau (2) et la description que Frances Stonor Saunders fera du contrôle social organisé dès le début des années cinquante : « Le soutien des groupes de gauche n’avait pas pour but leur destruction ni même leur contrôle, mais plutôt le maintien d’une discrète proximité afin de contrôler la pensée de tels groupes, de leur fournir une soupape de sécurité et, in extremis, d’exercer un veto final sur leur publicité et peut-être leurs actions, si jamais ils devenaient trop radicaux« , « Qui mène la danse ? La CIA et la guerre froide culturelle« , paru en français en 2003.

 

Il est certain qu’à Jeunes et Nature nous avions donné tous les signes d’une évolution inquiétante. Déjà, l’initiative des conférences-débats, où la parole ne pouvait être contrôlée et où l’on pouvait faire des mauvaises rencontres, ne devait guère être appréciée en « haut lieu« . Cela aussi nous sera confirmé plus tard : pour les mêmes raisons qui me les rendaient attrayantes et me poussaient à les promouvoir, les conférences-débats étaient dans le collimateur des organisations de la conquête capitaliste mondiale, style « collèges invisibles« . Précisément, nos conférences-débats, pas celles auxquelles nous pouvions participer au Museum… Question de contenu et de contrôle de la parole, mais aussi de préséance. Alors, une Semaine de la Terre qui dénonçait explicitement le système dominant et appelait à un changement radical…

 

 

9 octobre, mort de Jean Giono

Trop tôt, beaucoup trop tôt !

 

 

 

 

 

 

 

1971

The Doors
Riders on the storm
http://www.youtube.com/watch?v=DKbPUzhWeeI
…le dernier album des Doors
 

 

1971 – La Semaine de la Terre

 

dessin de François Feer

 

 

Au printemps, sitôt après La Semaine de la Terre, je tente d’ouvrir le dialogue avec les coopérateurs (mes employeurs *) pour stimuler la production et la distribution de produits bio.

* je travaillais à l’Institut des Etudes Coopératives qui s’efforçait de maintenir en vie l’idéal coopératif. Il éditait la Revue des Études Coopératives, organisait des colloques, faisait vivre une exposition itinérante, gérait une documentation…

Je leur adresse donc une lettre…

Proposition faite aux délégués du Mouvement Coopératif ; principalement les Coopératives de Consommation, le Laboratoire Coopératif d’Analyses et de Recherches, les Coopératives Agricoles et le Comité National des Loisirs :

Un impératif : la qualité

En France, la situation démographique et économique a atteint un développement très favorable à la maturation d’une prise de conscience des problèmes liés de près ou de loin à la qualité de la Vie. Il s’agit sans doute d’un phénomène né de l’opposition entre la conséquence normale de la course à l’abondance : la hausse quantitative du niveau de vie, et la conséquence négative amplifiée par l’augmentation de la densité de population : la nouvelle forme de paupérisation qu’est la détérioration de l’environnement. L’une permet l’accession du plus grand nombre à la connaissance et au confort, l’autre gâte la satisfaction des besoins suscités par l’amélioration primitive et compromet l’avenir. De cette prise de conscience d’un état paradoxal surgira un climat de mécontentement croissant. Il suffit pour s’en convaincre d’observer les pays qui, comme les Etats Unis, nous précèdent dans la voie de l’expansion économique. Il semble qu’il apparaisse chez eux un autre facteur de sensibilisation : l’abondance des biens de consommation qui conduit à une réaction de saturation.

voir le dossier suivant :

Les COOP et le mouvement coopératif rejettent le bio, en s’effondrant Sous l’entrisme capitaliste

http://planetaryecology.com/1971-le-mouvement-cooperatif-refuse-le-bio/

 

 

 
 

photo Igor Muchins

La Semaine de la Terre
A l’initiative d’une poignée d’écologistes de Jeunes et Nature et au terme d’une longue préparation facilitée par l’association Etudes et Chantiers, qui nous avait prêté ses locaux et ses matériels de reproduction, des manifestations, performances dans les lieux publics (comme le nettoyage symbolique de la Fontaine Saint Michel), distributions de tracts, réunions, conférences et débats, La Semaine de la Terre a abordé les principaux aspects de la crise écologique planétaire.
 
Curieusement dédaignés par les historiens labellisés, les écologistes de La Semaine de la Terre ont laissé plus de souvenirs comme animateurs des Amis de la Terre jusqu’en 1974.
Après, c’est une autre histoire…
(…)
la suite dans le dossier suivant

1971 – La Semaine de la Terre

 

 

 

12 avril 1971

Première manifestation contre la centrale de Fessenheim

Hubert-Félix Thiéfaine – Alligators 427

 

 

En mai se déroule la première manifestation contre l’extension du camp militaire du Larzac

 

 

Des années plus tard, répondant à une journaliste de France Inter, Edgar Morin fera une bien curieuse déclaration…

Claire Servajean :

« (…) Vous, ça fait un p’tit moment que vous vous préoccupez de l’environnement, depuis le début des années 70. Vous n’étiez pas très nombreux à l’époque ?« 

Edgar Morin :

« Non, on était 2 ou 3. Mais il faut dire qu’on était alertés par ce fameux rapport Meadows qui était le premier rapport qui disait que c’était l’ensemble de la planète qui était menacé de dégradation, et il a fallu des catastrophes pour secouer un peu l’opinion, pour créer un début de conscience écologique (sic), mais c’était très faible. Il y a eu Tchernobyl, il y a eu plein d’exemples…« 

https://www.franceinter.fr/emissions/une-semaine-en-france/une-semaine-en-france-27-janvier-2017

(à partir de la 16ème minute)

 

« 2 ou 3« … On aurait aimé entendre le nom (les noms) de l’autre (des autres) militant(s) de ce grand mouvement.

Le rapport Meadows ! Cette seule référence décrédibilise tout le propos, car beaucoup d’autres études avaient précédé et les écologistes n’avaient pas attendu ce document pour lancer l’alerte. Le rapport Meadows a été publié en 1972. Edgar Morin était donc déjà en retard et bien distrait pour ne pas savoir qu’il existait un mouvement écologiste (d’ailleurs nous ne l’avons jamais vu à nos côtés) ! Car il y avait un bon bout de temps que les écologistes s’agitaient dans le monde entier. Sans même parler des précurseurs, l’écologisme était devenu un mouvement depuis une bonne dizaine d’années. Edgar Morin vivait-il sur un petit nuage, sans voir la société s’agiter – « en bas » ? A-t-il cru faire oeuvre originale en reprenant les constats et les idées que beaucoup d’autres brassaient depuis des années ?

 

 

(1)

« En 1964, le village (Cefalù en Sicile) devient village test pour ce qui va s’appeler ensuite les forums. Ces forums, un ou deux par semaine, sont des temps d’échanges et dialogue entre spécialistes (économie, astronomie, physique, cinéma, écrivains) et les GM. Ils disparaîtront au milieu des années 80.« 

Cefalu

 

Le Club Méditerranée renouvelle son animation « culturelle »

Au cours d’une conférence de presse tenue dans son  » village  » de Villars-sur-Ollon (Suisse), le Club Méditerranée a présenté le programme de ses activités culturelles en 1970.(…)

Le  » tribunal de l’actualité  » (Cefalù) présentera cette particularité de traiter chaque semaine collectivement un sujet d’actualité, sous forme de débat d’assises avec thèse, anti-thèse, témoignage, arbitrage et jugements présentés et rendus par les adhérents eux-mêmes. La drogue, l’éducation sexuelle, les accidents de la route, la conquête de l’espace, la civilisation des loisirs, la faim dans le monde, l’Eglise et la foi, pourront y être abordés.

https://www.lemonde.fr/archives/article/1970/03/09/le-club-mediterranee-renouvelle-son-animation-culturelle_2662761_1819218.html

 

 

Nous y étions lors du tournage de L’Explosion (L’Uomo di Marsiglia), un film de Marc Simenon sur une idée d’Alphonse Boudard (Cinoche). Cela m’a permis de faire la connaissance de Jean Sendy qui était sensible aux problèmes écologiques, et donné l’occasion d’une conversation avec Fernand Gravey qui allait mourir le 2 novembre suivant.

L’explosion

 

Entre beaucoup d’autres, la troupe du Splendid sera au nombre des invités du Forum (Lhermitte, Blanc, Jugnot…). C’est ce qui leur inspirera le film Les Bronzés.

 

 

(2) « Il était grand temps de créer un service officiel de récupération pour canaliser la prise de conscience« , Pierre Fournier subodorant que la mobilisation des dominants autour de l’environnement cachait quelque chose de pernicieux : dans « C’est la lutte finale« , Charlie Hebdo n°12, 8 février 1971.

 

Très proche de plusieurs membres du « collège invisible » (Edouard Kressmann, Jacques Ellul et… Denis de Rougemont), Bernard Charbonneau avait eu plus de facilité pour deviner les objectifs de la « caste dirigeante« . Entre autre, « Dans la mesure où le matériel humain, notamment la jeunesse, réagit au monde invivable que lui fait la croissance, il importe de contrôler ses réactions en lui fournissant les divers placebos intellectuels qui les détourneront dans l’imaginaire« . « Le « mouvement écologiste« , mise en question ou raison sociale« , La Gueule Ouverte n° 21, Juillet 1974.

 

 

 

 

adresse mail : <restaurplanet@gmail.com>

 

 

 

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