La nouvelle gauche écologiste en France – Ecology movement – Social ecology – French ecologist new left movement


 

C’était au temps de l’essor de la critique du système mortifère en pleine expansion, et de l’éclosion d’une autre philosophie politique. Le temps des innovations qui pouvaient se développer indépendamment, de façon complémentaire, sans même se connaître. Un temps d’ouverture et de curiosité attentive pour l’autre, aussi, où il était encore facile de communiquer et de rassembler. La conférence-débat de la Semaine de la Terre qui rassembla tout le monde fut un moment d’intelligence et de grâce où tout semblait possible, tant chacun était complémentaire des autres. C’était au temps où l’on croyait encore possible d’écologiser la politique (d’après le titre d’un article du n°6 du Courrier de La Baleine en mars 1974).

 

Un peu d’histoire pour éclairer le présent et choisir notre avenir

« Le passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche vers les ténèbres« 
Tocqueville

L’effondrement biologique et le bouleversement climatique constatés aujourd’hui correspondent à nos cauchemars d’hier. Dans les années cinquante et soixante, la désagrégation des communautés paysannes et autochtones, la dissolution des solidarités, l’imposition des valeurs de la bourse et de la surconsommation, et la spectaculaire multiplication des destructions et des pollutions annonçaient la catastrophe actuelle. C’est en réponse à cette agression planétaire que s’est produite l’émergence des mouvements culturels proposant la restauration du bien commun, avec la prise de conscience écologiste pour fil conducteur. C’était la bonne réponse, sauf pour les promoteurs de l’extraction du profit par la réification du vivant ! Ceux-ci mirent tout en œuvre pour anéantir l’alternative et effacer une culture si dangereuse pour leur prédation systématisée, et jusque sa mémoire.

Ainsi ont-ils sciemment aggravé la perte du sens – du sens du bien commun. C’est pourquoi la destruction des patrimoines et des paysages, l’effondrement de la biodiversité, le bouleversement climatique, l’expansion des maladies de dégénérescence, etc. ne provoquent que des réactions anémiques. C’est aussi la cause des dérives sectaires, totalitaires, terroristes, guerrières qui éloignent encore la possibilité de la pacification nécessaire au réveil de la conscience.

Nous supportons les conséquences des actions d’hier ; d’avant-hier, même. Il faut les découvrir pour mieux comprendre les enjeux d’aujourd’hui. Il faut, au moins, en avoir une idée pour ne plus être abusé par les récits fabriqués qui maquillent des amoncellements d’impostures et d’escroqueries, et les entreprises mortifères, en modèles et en promesses d’avenir.

 

Pour déchiffrer au moins une partie des erreurs et des falsifications qui abondent dans les thèses et les livres sur le mouvement écologiste.


 

 

 

Béranger nous a quitté en octobre 2003. 2003… déjà ! 
https://www.youtube.com/watch?v=bZpBDphpsgI
 


à l’époque…

Pour beaucoup la pollution était encore une idée nouvelle. Une abstraction. Il fallait faire des démonstrations sur l’absurdité de rejeter des déchets ou des produits chimiques dans une rivière, même en amont d’une captation.

La simple idée que les hommes sont des animaux choquait de nombreux interlocuteurs. Certains en étaient vexés et devenaient véhéments. Ils se sentaient souillés par la proximité avec les autres formes de vie.

Quant à la sensibilité et, à fortiori, à l’intelligence des animaux… Il y avait fort à faire ! Le vivant avait été découpé en parties et en « sciences » séparées, une sorte de fatras dont le sens et la valeur n’étaient donnés que par la réification et l’exploitation à mort.

Par exemple, un étudiant en philosophie à la Sorbonne, qui vomissait de l’idéologie mécaniste en continu, nous avait asséné des clichés très XIXème siècle sur « l’Homme » (1), au singulier et avec majuscule, plus tout à fait un « être« , puisque d’une essence supérieure, un quelque chose qu’il ne pouvait définir, sauf négativement, car déconnecté des autres êtres et de la vie, blablablabla. Il nous avait assuré que c’était là la quintessence de l’enseignement qu’il recevait. Sans doute a-t-il fait une belle carrière, probablement dans l’enseignement !

Le Descartes de « l’animal machine » était donc encore tout proche. Et l’écologie était encore un mot barbare. Tout juste la protection anthropocentriste de « la Nature » était-elle admise. C’est dire s’il était important et difficile de faire comprendre la proximité avec les autres êtres, l’appartenance au vivant, l’unité de son foisonnement, sa diversité complémentaire, l’interdépendance et la fragilité de la biosphère, etc. Nous-mêmes découvrions et apprenions en cultivant l’ouverture et l’empathie. L’empathie… sûrement la première qualité de l’écologiste.

(1) Au tout début, nous avons aussi utilisé cette expression. Nous la rencontrions partout et l’employions par habitude. Mais, avant même de mieux maîtriser notre vocabulaire, dire « l’Homme » ne nous empêchait pas de dénoncer l’anthropocentrisme et son cortège de dominations.


 

 

 

 

 

1962

Rachel L. Carson publie Silent spring (Printemps silencieux – Fable pour nos fils)

 

1963

1964

Débuts du mouvement HIPPIE

http://all-that-is-interesting.com/a-brief-history-of-hippies

 

1965

Le mouvement PROVO prend son essor

https://en.wikipedia.org/wiki/Provo_(movement)

 

Largement inspiré par l’alerte écologiste, le mouvement planétaire de contestation de l’impérialisme capitaliste est baptisé new left. Avec Pierre Fournier et le groupe de la Semaine de la Terre, les écologistes français reprendront cette appellation : nouvelle gauche écologiste.

 

Jean Dorst publie Avant que nature meure

. . .

 

1967

Lynn White publie The Historical Roots of our Ecological Crisis

« (…) What people do about their ecology depends on what they think about themselves in relation to things around them. Human ecology is deeply conditioned by beliefs about our nature and destiny–that is, by religion (…) », , Science, 10 mars

1967, vol. 155, N° 3767.

http://www.zbi.ee/%7Ekalevi/lwhite.htm

 

 

1968
Procol Harum chante toujours a Whiter Shade of Pale (et pour longtemps !)
http://www.youtube.com/watch?v=Mb3iPP-tHdA
 
Steppenwolf crée Born to be wild
http://www.youtube.com/watch?v=5UWRypqz5-o
Cette chanson allait illustrer le générique du film Easy Rider

et Barry Ryan chante Eloïse
http://www.youtube.com/watch?v=ZZGrKxf3WQE&feature=fvwp&NR=1

Guy Béart crée La Vérité :
http://www.youtube.com/watch?v=JPvo5U-oVQU
http://www.frmusique.ru/texts/b/beart_guy/verite.htm

et, en septembre, Jacques Dutronc chante L’opportuniste
http://www.youtube.com/watch?v=k1SvDqKA_UQ

 

Mai 68 vécu au coeur de l’action parisienne, de la rue à la Sorbonne :

Balbutiements du mouvement écologiste français.

Entre Sorbonne et Jardin du Luxembourg, nombreux échanges sur les pollutions, l’épuisement des ressources, la croissance démographique, les destructions écologiques partout, etc. Les informations sont bien reçues, les discussions sont passionnées, mais rien ne prend forme. 

Une quarantaine d’années avant la prise de conscience du gaspillage alimentaire, Hervé le Nestour et Jean Detton approvisionnent la Sorbonne occupée en fruits et légumes glanés sur les marchés. Eux aussi tentent de sensibiliser aux problèmes écologiques. 

 

Jeunes et Nature est créé par François Lapoix
participent :

Philippe Barbeau

Martine Barbeau

Geneviève Cuisset

André Faggion

François Feer

Alain-Claude Galtié

Jean-Patrick Leduc

Frédéric Malher

Roland de Miller

Martine Todisco

« Nous voulons lutter contre les pollutions, contre la destruction du milieu naturel, contre la dégradation de l’environnement urbain, contre le massacre des sites, contre l’empoisonnement massif de notre milieu de vie, les engrais chimiques, les déchets radioactifs…
Nous refusons une planète entièrement urbanisée, laide et croulante d’habitants.
Nous remettons en cause la foi aveugle en un progrès automatique et indéfini.
Nous voulons célébrer la Terre, planète vivante, dénoncer son saccage, montrer que les solutions existent pour sauver et restaurer notre milieu de vie »
printemps 1969
Rapporté par Geneviève Cuisset
http://jenolekolo.over-blog.com/

et autour de Jeunes et Nature :
François Terrasson
Antoine Reille (président de la LPO)
Jean-Pierre Raffin
François Ramade
Pierre Aguesse

 

 

 

1969

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une fiche d’information de Jeunes et Nature

 

Pour une sauvegarde du patrimoine naturel

Avant notre ère, la population humaine du globe a doublé en 10 000 ans. Elle double présentement en 40 ans et l’on prévoit un doublement en 27 ans avant la fin du siècle (soit deux petites années en plus de ce que prédisait Malthus).

Outre qu’elle a de fâcheuses répercutions sociologiques, cette explosion démographique, due principalement aux progrès de la médecine et de l’hygiène, porte directement ou indirectement préjudice à la faune, la flore, l’air et l’eau de la majeure partie de la planète.

Pas moins de 120 formes de mammifères et environ 150 espèces d’oiseaux ont à jamais disparues.

600 autres espèces sont en voie d’extinction.

Le feu, la déforestation, les mauvaises pratiques agricoles et le surpâturage accélèrent les processus naturels de dégradation des sols ; il en résulte la désertification d’immenses territoires (un exemple célèbre grâce au livre de Steinbeck « Les raisins de la colère » : 1934, 1940, 1957, dévastation de millions de kilomètres carrés aux Etats Unis).
Aujourd’hui, de nouveaux dangers s’ajoutent aux premiers. Ils menacent et la Nature et nous-mêmes :
Depuis la dernière guerre mondiale, l’emploi de produits insecticides, herbicides, fongicides et autres, s’est généralisé au détriment des moyens de lutte biologique contre les éléments indésirables en agriculture. La toxicité des insecticides n’est plus à prouver ils s’accumulent et se concentrent dans les tissus graisseux tout au long des chaînes alimentaires (proie-prédateur) et ne s’éliminent, pour la plupart, que très lentement. Si des espèces d’oiseaux se raréfient, en particulier les rapaces, la faute en incombe moins aux chasseurs inconscients qu’aux insecticides stérilisateurs. Signalons à ce propos que des traces d’insecticide ont été décelées dans les oeufs d’oiseaux nichant en Antarctique et au coeur du Pacifique, c’est à dire à des milliers de kilomètres des régions traitées…

On estime à 1 million de tonnes par an le volume des hydrocarbures rejetés par les navires pétroliers. Un film, même monomoléculaire, de ces substances stables fait obstacle aux échanges indispensables entre l’air et l’eau.

La teneur en gaz carbonique de l’atmosphère terrestre a augmenté de 10% depuis le début de l’âge industriel.

A Pittsburg en Pennsylvannie, ville longtemps considérée comme la plus polluée au monde, des mesures ont permis de calculer qu’en moyenne 610 tonnes de poussières se déposent chaque année sur un mile carré (suie 5%, oxyde de fer 20%, silice 16%, oxydes métalliques divers 59%).

Les effluents urbains et industriels empoisonnent tant et si bien les eaux douces que dans maintes régions, même abondamment arrosées, le manque d’eau sévit. D’ores et déjà, nombreux sont les rivières et lacs considérés comme biologiquement morts. Un exemple : la rivière Sumida qui traverse Tokyo charrie quotidiennement 1 300 000 tonnes de déchets et d’ordures.

Et cette énumération de nuisances est loin, bien loin d’être exhaustive…

Devant ces intolérables atteintes à l’intégrité de notre patrimoine naturel, à notre santé, à la vie en général, il importe de réagir. Réagir dans la mesure de ses moyens en adhérant, pour une somme modique, à une société de protection de la nature ; en informant ses amis ou en distribuant des opuscules de vulgarisation…

ACG

 

Association française du Fonds Mondial pour la Nature
67, Bld Haussman
Paris VIIIème

Société Nationale de Protection de la Nature
57, rue Cuvier
Paris Vème

Ligue Française pour la Protection des Oiseaux
57, rue Cuvier
Paris Vème

 

Quelques ouvrages :

Le monde est-il surpeuplé ?
Edouard Bonnefous
Hachette

La surpopulation
Gaston Bouthoul
Payot

Le printemps silencieux
Rachel Carson
Livre de Poche

 

Notre planète devient-elle inhabitable ?
Le Courrier de l’Unesco
Numéro de janvier 1969

La pollution des eaux
René Colas
Que sais-je ? n° 983

Avant que Nature meure
Jean Dorst
Delachaux et Niestlé

L’homme contre l’animal
Raymond Fiasson
Que sais-je ? n° 737

Les misères de l’abondance
Jean Boniface
Editions Ouvrières

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1969 est aussi l’année où Denis de Rougemont crée un réseau baptisé Diogène en regroupant des acteurs de la protection de la nature, y compris à Jeunes et Nature, et une première sélection de représentants de familles fortunées. L’existence du réseau est tenue secrète. Dans quel but ? Tous les membres de ce Diogène observeront une consigne du silence si stricte que les écologistes de la nouvelle gauche ne commenceront à en apprendre l’histoire qu’au début des années 2000.

 

 

 

 

1970
La montée en puissance de la civilisation anti-nature et de sa quête de profits faciles en sacrifiant les hommes et la nature nous donne des cauchemars. Le Brésil, en particulier, alimente nos pires craintes avec des massacres d’amérindiens et le projet d’une route « transamazonienne ».

L’urgence d’une prise de conscience générale nous pousse à vouloir entreprendre des actions plus spectaculaires pour diffuser l’information. C’est ainsi que s’impose l’envie d’organiser des manifestations écologistes et que sera lancée la Semaine de la Terre.

La prise de conscience semblera s’amorcer et retombera mollement, et…

nos pires cauchemars se réaliseront
http://www.dailymotion.com/video/xdkznm_biocarburants-disparition-foret-tro_news
http://www.orangutan.org/dr-galdikas-bio
http://www.greenthefilm.com/
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=138422.html

 

 

 

1971

The Doors
Riders on the storm
http://www.youtube.com/watch?v=DKbPUzhWeeI
…le dernier album des Doors
 

 

 

 

Au début de l’année, en pleine préparation de la Semaine de la Terre, je tente d’ouvrir le dialogue avec les coopérateurs (mes employeurs *) pour stimuler la production et la distribution de produits bio.

* je travaillais à l’Institut des Etudes Coopératives qui s’efforçait de maintenir en vie l’idéal coopératif

Je leur adresse donc une lettre…

Proposition faite aux délégués du Mouvement Coopératif ; principalement les Coopératives de Consommation, le Laboratoire Coopératif d’Analyses et de Recherches, les Coopératives Agricoles et le Comité National des Loisirs :

Un impératif : la qualité

En France, la situation démographique et économique a atteint un développement très favorable à la maturation d’une prise de conscience des problèmes liés de près ou de loin à la qualité de la Vie. Il s’agit sans doute d’un phénomène né de l’opposition entre la conséquence normale de la course à l’abondance : la hausse quantitative du niveau de vie, et la conséquence négative amplifiée par l’augmentation de la densité de population : la nouvelle forme de paupérisation qu’est la détérioration de l’environnement. L’une permet l’accession du plus grand nombre à la connaissance et au confort, l’autre gâte la satisfaction des besoins suscités par l’amélioration primitive et compromet l’avenir. De cette prise de conscience d’un état paradoxal surgira un climat de mécontentement croissant. Il suffit pour s’en convaincre d’observer les pays qui, comme les Etats Unis, nous précèdent dans la voie de l’expansion économique. Il semble qu’il apparaisse chez eux un autre facteur de sensibilisation : l’abondance des biens de consommation qui conduit à une réaction de saturation.

voir le dossier suivant :

Le mouvement coopératif refuse le bio

 

 

 
 

La Semaine de la Terre
A l’initiative d’une poignée d’écologistes de Jeunes et Nature et au terme d’une longue préparation facilitée par l’association Etudes et Chantiers, qui nous avait prêté ses locaux et ses matériels de reproduction, des manifestations, performances dans les lieux publics (comme le nettoyage symbolique de la Fontaine Saint Michel), distributions de tracts, réunions, conférences et débats, la Semaine de la Terre a abordé les principaux aspects de la crise écologique planétaire.
 
Curieusement dédaignés par les historiens labellisés, les écologistes de la Semaine de la Terre ont laissé plus de souvenirs comme animateurs des Amis de la Terre jusqu’en 1974.
Après, c’est une autre histoire…
(…)
la suite dans le dossier suivant

 

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