La nouvelle gauche écologiste en France – Ecology movement – Social ecology – French ecologist new left movement

 

« (…) mettre le progrès technique au service du genre humain est la seule perspective qui puisse éviter un retour à la barbarie sous quelque forme que ce soit. Cela, seul le socialisme le pourra et, non seulement il permettra l’utilisation exclusive du progrès en fonction des intérêts généraux de l’humanité, mais encore, en mettant en commun toutes les ressources mondiales matérielles et humaines, il fera franchir rapidement des pas de géant aux connaissances et aux réalisations humaines auprès desquelles celles dont dispose aujourd’hui la société capitaliste apparaîtront comme dérisoires.« 

conclusion d’une harangue anti-écologiste de Pierre VERNANT
dans Lutte Ouvrière n°247, mai 1973

Le site est en cours de restauration après une longue série de cyberattaques commencée en 2015 (russes semble-t-il, mais c’est un peu curieux… ne s’agirait-il pas d’une couverture ?). Cela confirme encore une fois que la culture et l’histoire écologistes sont toujours frappées par la censure.

 

 

Une mémoire du mouvement écologiste – 2ème partie 1971 – 1974

http://www.youtube.com/watch?v=sGEwR1yt5kQ

 

 

L’effondrement biologique et le bouleversement climatique constatés aujourd’hui correspondent à nos cauchemars d’hier. Dans les années cinquante et soixante, la désagrégation des communautés paysannes et autochtones, la dissolution des solidarités, l’imposition des valeurs de la bourse et de la surconsommation, et la spectaculaire multiplication des destructions et des pollutions annonçaient la catastrophe actuelle. C’est en réponse à cette agression planétaire que s’est produite l’émergence des mouvements culturels proposant la restauration du bien commun, avec la prise de conscience écologiste pour fil conducteur. C’était la bonne réponse, sauf pour les promoteurs de l’extraction du profit par la réification du vivant ! Ceux-ci mirent tout en œuvre pour anéantir l’alternative et effacer une culture si dangereuse pour leur prédation systématisée, et jusque sa mémoire.

Ainsi ont-ils sciemment aggravé la perte du sens – du sens du bien commun. C’est pourquoi la destruction des patrimoines et des paysages, l’effondrement de la biodiversité, le bouleversement climatique, l’expansion des maladies de dégénérescence, etc. ne provoquent que des réactions anémiques. C’est aussi la cause des dérives sectaires, totalitaires, terroristes, guerrières qui éloignent encore la possibilité de la pacification nécessaire au réveil de la conscience.

Nous supportons les conséquences des actions d’hier ; d’avant-hier, même. Il faut les découvrir pour mieux comprendre les enjeux d’aujourd’hui. Il faut, au moins, en avoir une idée pour ne plus être abusé par les récits fabriqués qui maquillent des amoncellements d’impostures et d’escroqueries, et les entreprises mortifères, en modèles et en promesses d’avenir.

 

Pour déchiffrer au moins une partie des erreurs et des falsifications qui abondent dans les thèses et les livres sur le mouvement écologiste.

 

Lanceurs d’alerte s’il en est, les écologistes n’ont cessé d’être frappés de tous côtés



Après la Semaine de la Terre

Le groupe continue à se réunir régulièrement dans un local prêté de la Rue Raymond Losserand. Viennent les fidèles et d’autres qui passent pour voir, pour donner une information, indiquer une action en cours, débattre… 10, 20, 30 personnes échangent en totale liberté chaque semaine.

 

 

 

 

Automne 1971

Le groupe de la Semaine de la Terre rejoint l’association Les Amis de la Terre

 

Le ralliement n’avait guère été pensé. Nous ne savions à peu près rien de cette toute nouvelle association. Nous étions dans la confiance, ignorant totalement ce qui se tramait autour des écologistes et de toute la nouvelle gauche. Nous croyions alors que tout le monde, ou presque, était dans la même inquiétude et que la prise de conscience allait effacer les anciennes incompatibilités. Belle erreur de jeunesse !

 

L’ambiance des Amis de la Terre était déconcertante. Nous n’allions pas y faire une société *. Les militants, enfin, les personnes qui faisaient parfois acte de présence, étaient très peu nombreux. Et, plus étonnant encore, il semblait n’y avoir là que des nantis dilettantes célèbres dans le Bottin mondain peu portés sur la convivialité. Surprise qu’ils aient éprouvés le besoin de notre compagnie et que nous puissions partager la même culture contestataire… Après tout, pourquoi pas ? Pourtant, n’était-ce pas une situation ressemblante à celle que nous avions connue dans la Protection de la Nature ? Tout de même, tant d’aisance bourgeoise affichée, et puis tant d’avocats d’affaires et de banquiers américains dans une si petite association, c’était troublant… Etait-ce le signe que la grande évolution indispensable pour sauver la vie avait commencée ? Portés par la conscience de l’urgence, nous imaginions que le message d’intérêt général de l’écologisme était capable de les faire changer de point de vue, de vaincre la plupart des égocentrismes, y compris les intérêts de classe. Car, à l’époque nous ne pouvions pas croire que tous – même les bourgeois dilettantes – étaient assez abrutis par l’ivresse de l’opulence financière et de la domination pour compromettre l’avenir commun. A l’époque. La suite allait amplement nous prouver le contraire. Aucun de celles et ceux que j’ai eu le déplaisir de côtoyer n’a fait exception. Pire, ils n’ont cessé de nuire en étouffant les émergences critiques et les alternatives, et d’abord la nouvelle gauche écologiste. Peut-être ont-ils imaginé que les mesures cosmétiques (style Club de Rome puis « développement durable« ) qu’ils négociaient auprès de leurs amis de la finance et de l’industrie suffiraient à éviter l’effondrement. Car, différence fondamentale, ils étaient environnementalistes, pas écologistes. Ils ne se comprenaient pas comme parties intrinsèques du vivant, ni même de la société, qui, pour eux, restait extérieurs. Formatés par une culture fondée sur l’exclusion des autres, tous les autres, et une vision politique verticale, ils nous ont regardé de haut **. Sans doute ont-ils surestimé leurs capacités et ont-ils cru que, de toute façon, ils seraient toujours à l’abri des conséquences. Imperturbables, ils n’ont jamais changé d’attitude et de pratiques. Ils continuent aujourd’hui comme si de rien n’était. L’effondrement que nous voulions prévenir et dont nous constatons maintenant l’étendue n’a rien changé car… dissociés du commun (qu’ils emploient péjorativement !), « l’avenir commun » qui était notre souci leur était étranger. Verrouillés par des réseaux de complicités auto-bloquantes, aveuglés par l’élitisme et l’aversion pour le mouvement social (« d’en bas« ) ***, comme atrophiés par l’amputation de l’empathie, ces gens sont incapables d’évolution. Combien d’autres émergences, combien de dynamiques, combien d’initiatives ont-ils sabotées ? Ils sont au premier rang des responsables du désastre.

 

« Alain-Claude, tu ne comprendras jamais la solidarité de la bourgeoisie !« . C’est un ancien « camarade » de l’époque qui m’éclairera définitivement 40 ans plus tard, en réponse à mon étonnement devant sa défense de quelques escrocs de haut vol. Lui-même se revendiquant fièrement « de la bourgeoisie » après avoir longtemps vociféré à tous les échos depuis sa dérive maoïste. Au fait, vociféré quoi ?


* « Il s’agit donc de faire une société, après quoi nous ferons peut-être du bon théâtre. », Jean Vilar. Pareil avec l’écologisme et tout mouvement social. Anéantir la convivialité a été le premier acte de l’effacement.

** Nous avons fait la distinction entre environnementalistes et écologistes dès cette époque, en les observant. C’est à leur contact que nous avons fait l’apprentissage de la lutte des classes bourgeoises contre tous et, en premier lieu, contre les défenseurs du vivant qui venaient déranger leur confort et leurs plans.

*** organique, holistique, écologique, en phase avec les dynamiques du vivant, préoccupé par le bien commun… le péril absolu pour les dominants, bien plus effrayant que les périls écologiques !

 

Les travaux pratiques n’allaient pas tarder…

 

 

 

Tir de barrage contre une campagne de dénonciation du tout jetable

 

En 1971, dans le bagage du collectif de la Semaine de la Terre, il y avait le projet d’une campagne contre un délire industriel en pleine expansion…
« (…) Des déchets, il y en a toujours eu, mais voilà : ils étaient bio-dégradables, pour parler instruit. Les bactéries ambiantes les attaquaient à peine produits, et les transformaient tranquillement en une chose noirâtre, spongieuse, qui sentait la cave et le champignon : l’humus, autrement dit la terre, la bonne terre grasse et nourrissante où toute plante germe, croît et donne son fruit. Toute plante, c’est à dire toute vie.
(…)
Le plastique, lui, on ne peut rien en faire. Non recyclable. Non brûlable. Dans dix mille ans, nos descendants charmés trouveront encore nos bouteilles aplaties et nos étuis tortillés dans les couches géologiques, et la mer inlassablement bavera sa bave de plastique sur les plages.
(…)
Le problème, pourtant, le vrai, il est à l’autre bout. Là où l’on produit ces saloperies. Pourquoi Pourquoi tant d’emballages ? Pourquoi cette débauche de plastique, d’aluminium, de papier cristal et d’encre multicolore autour de nos petits-beurre ? Pourquoi ces millions de bouteilles d’eau minérale, de caisses (en bon bois d’arbre qui ne sert qu’une fois) pour les transporter, d’étiquettes, de clous, de camions, de…, de… (…) »

Cavanna, « La belle fille sur le tas d’ordures« , Ecologie Infos en mai 1987.

Ne l’oublions pas, Cavanna avait permis à Pierre Fournier de s’exprimer. Il l’avait encouragé, puis l’avait aidé à créer La Gueule Ouverte. Cavanna était un de la nouvelle gauche écologiste. 

16 ans auparavant, les écologistes de la Semaine de la Terre étaient déjà de cet avis. La consigne des emballages alimentaires ne cessait de régresser, les produits jetables (mais durables comme déchets) se multipliaient et s’accumulaient. Nous les voyions déjà se répandre. Ces emballages jetables manifestaient un mépris absolu pour le vivant ; un mépris poussé jusqu’au déni. Ils illustraient parfaitement le projet de l’industrie et d’un certain commerce de masse en pleine expansion : épuiser la biosphère tout en la changeant en poubelle. C’était donc l’occasion de faire la démonstration de l’absurdité nuisible de la culture façonnée par le profit immédiat, et une possibilité, littéralement à portée de la main, de sensibiliser la plupart. C’était décidé, la prochaine action du groupe de la Semaine de la Terre serait dirigée contre l’industrie et le commerce du jetable, la surconsommation, le gaspillage et la pollution généralisée.

L’action était déjà esquissée : tracts sur le gaspillage et la pollution qui allait en résulter, manifestations avec amoncellement d’emballages jetables devant les sièges des entreprises et des magasins, diffusion des noms des responsables et de leurs adresses, etc.

 

 

Illustration pour un tract de la campagne contre les emballages en plastique

 

Un refus sans appel, catégorique, passionné, sera opposé au projet et le fera capoter. Pourquoi, au sein d’une association écologiste, une opposition à une action écologiste, et sur un sujet de cette importance ? Comment cela était-il possible ?

A peine chez ces Amis de la Terre confidentiels, nous fûmes sur le point de rompre. Nous aurions dû.

 

article complet sur ce site :

Causes de l’effondrement – 1971 : Tir de barrage contre la dénonciation du « tout-jetable », par ACG

 

Depuis 1972…


une plage du Pacifique aujourd’hui

L’ampleur planétaire du saccage permet de se faire une idée de l’importance de l’enjeu il y a 40 ans, et des profits réalisés depuis.

 
MIDWAY a Message from the Gyre : a short film by Chris Jordan

https://vimeo.com/25563376
 
 

 

 

Richard Nixon décrète la fin de la convertibilité du dollar en or et ouvre grande la porte à la spéculation sans limite

https://www.les-crises.fr/40-ans-d-incurie-monetaire/

Fin de Bretton Woods, c’était le 15 août 1971.

https://blogs.mediapart.fr/xelim/blog/150811/fin-de-bretton-woods-cetait-le-15-aout-1971

Le système de Bretton Woods 1944-1971

http://fresques.ina.fr/jalons/fiche-media/InaEdu05017/le-systeme-de-bretton-woods-1944-1971.html

 

 

 
 

1972

Première manif à vélo en mai 1972

C’est lors d’une réunion tenue dans le local des Amis de la Terre, au rez de chaussée du Quai Voltaire, que j’ai affronté l’opposition d’Alain Hervé à la campagne anti-emballages jetables que nous avions déjà décidé. Une opposition farouche. Lui si calme… il en était complètement changé. Cette question d’emballages perdus devait toucher un point particulièrement sensible. Mais lequel ? Impossible d’obtenir un début d’explication – sauf « le comité n’acceptera pas« … Quel comité ? Le « comité d’honneur » ? Des gens que nous ne verrons jamais.

C’était l’abandon ou la rupture ! J’étais à deux doigts de la rupture et la réunion a tourné à l’affrontement.

 

J’ai fini par accepter l’abandon de l’action contre les emballages perdus, mais à la condition que l’on trouve et lance une autre action aussi forte. S’en est suivi un échange animé où Jean-Luc Fessard a proposé l’idée de la manif à vélo. Aussitôt accepté. Cela nous semblait une très bonne façon de relancer l’usage du vélo et de promouvoir une nouvelle démonstration contre le symbole de la surconsommation et de la destruction de la biosphère : la politique du toujours plus d’automobiles, toujours plus puissantes, toujours plus rapides. Une expression claire de notre choix de civilisation.

 

Cette manif à vélo était le prolongement fidèle de la Semaine de la Terre de l’année précédente. A peu près les mêmes personnes. Le même esprit de contestation radicale, mais convivial, humoristique, festif, rassemblant encore plus largement les différents courants du mouvement alternatif. Cela correspondait aussi aux Vélos Blancs des Provos qui nous avaient précédés de plusieurs années…

La manif à vélo (en tout cas celle-ci et les suivantes) était donc pleinement une action du groupe de la Semaine de la Terre qui, déjà, se trouvait en délicatesse avec les mystérieuses coulisses des Amis de la Terre. Très grande différence, donc, avec la manifestation qui, l’année suivante, allait s’opposer à la voie expresse rive-gauche de Pompidou : un excellent sujet mais traité localement, sans ouverture sur la critique générale de la bagnole, sans ouverture sur les alternatives, style NIMBY (not in my backyard). Une action entièrement prise en charge par des gens assez classiques qui ont soigneusement tenu les écologistes à l’écart, des bourgeois installés. Une petite mobilisation comme il faut.

 

Provo

 

Trois décennies avant Slow Food, Citta Slow, etc., cette manif à vélo s’inscrivait fidèlement dans la revendication de la détente et de la lenteur contre l’économisme d’expansion, la vitesse et la précipitation de plus en plus à la mode, lesquels induisent et stimulent la compétition et la violence, causes de la dissociation sociale. Parti très fort, notre mouvement aurait pu connaître un grand développement, mais il a aussitôt indisposé les veilleurs du néo-capitalisme discrètement assemblés autour de nous. Notre prise de position a dû jouer un rôle déterminant dans le déclenchement de la réaction car le développement de l’automobile individuelle était l’un des moyens de l’offensive capitaliste lancée depuis le Plan Marshall.

 

Commentaire paru dans Le Parisien du lundi 24 avril 1972 :

Embouteillages monstres samedi à Paris : 5000 cyclistes manifestaient contre… la pollution !

Paris a connu samedi après-midi des embouteillages semblables à ceux des jours de grève du métro et des autobus. La cause en était une originale manifestation organisée, à bicyclette, par un certain nombre d’associations pour protester contre la pollution automobile et demander « l’interdiction des voitures dans la capitale » ainsi que « la mise à la disposition des parisiens d’un million de vélos gratuits communautaires« .

Pour appuyer cette campagne, certains cyclistes protestataires n’avaient pas hésité à se couvrir le visage d’un masque à gaz ; d’autres s’étaient déguisés et grimés et tout au long du parcours, les manifestants avec plus ou moins de bonne humeur aux automobilistes, leur lançant des slogans tels que « Pas d’autos, à vélo ! » ; « Nous on s’amuse, eux ils s’em…« 

Voilà pour le coté folklorique et plutôt bon enfant de la « manif« . Mais elle n’a pas été du goût de tout le monde et en certains points, même, elle a dégénéré.

C’est ainsi que les protestataires (au nombre de 5 à 6000 selon les organisateurs) qui étaient partis par petits groupes, à 13H30 de la Porte Dauphine dans une ambiance de kermesse avec l’intention de se rendre au Bois de Vincennes, via les Champs Elysées, la Concorde, le Quartier Latin et la Bastille, ont été gagnés, au fil des kilomètres, par l’énervement général et se sont finalement heurtés aux forces de police, notamment Place de la Nation, où toute circulation était bloquée.

Un peu plus tôt, un conducteur impatient qui tentait de forcer le peloton de cyclistes s’était fait prendre à partie par une vingtaine d’entre eux et sa voiture avait été sérieusement endommagée.

En fin d’après-midi, l’intervention de la police provoquait la dislocation du cortège. Une cinquantaine de manifestants ont été interpellés.

 

Ce brillant compte-rendu n’était pas signé. Comme pour l’histoire du mouvement alternatif, ce récit est largement inexact. Les « petits groupes » arrivaient de toute la ville et de la banlieue, si bien que, au moment de quitter la Place Dauphine pour rallier l’Etoile et les Champs Elysées, la grande Avenue Foch était presque noire de monde. Comme, en perspective depuis la Concorde, semblaient l’être un peu plus tard les Champs Elysées.

Nous n’avons eu connaissance d’aucun « énervement général« , même quand – au début et non à la fin – la police a tenté de couper les Champs Elysées par le milieu en répandant des pointes sur le bitume pour crever les pneus : nous sommes passés par les côtés ou à pied avec les vélos à bout de bras, et avec le sourire. Seuls quelques automobilistes irascibles ayant bousculé des cyclistes ont regretté leur stupidité. Gérard Lenorman, monté sur sa Rolls pour demander qu’on le laisse passer, n’a essuyé que des quolibets amusés.

La manifestation a rejoint tranquillement le Bois de Vincennes où elle s’est dispersée dans la bonne humeur.
 

40 ans plus tard, dans son édition du 11 au 12 juillet 2012, Courrier International publiera un dossier titré :
La vie vélo – la nouvelle philosophie mondiale du macadam

 

 

 

 

 

Sortie du rapport commandé par le Club de Rome en 1970 : « le Rapport Meadows » (The Limits to Growth)

 

 

A l’époque, nous avons été plus qu’étonnés qu’un cénacle du capitalisme présente une sorte de resucée des critiques faites par les écologistes de la nouvelle gauche depuis des années. Nous étions stupéfaits ! Comment cela était-il possible ? Le temps de la grande prise de conscience et de la mutation était-il venu ? Aux Amis de la Terre, Alain Hervé et les avocats d’affaires américains étaient enthousiastes. 

En fait c’était une habileté, une de plus.

40 ans plus tard, une interview de Dennis Meadows sera très éclairante…

 

«Le scénario de l’effondrement l’emporte»

Par Lure Noualhat Libération 15 juin 2012 à 19:07
 

Dès le premier sommet de la Terre de 1972, le chercheur américain Dennis Meadows partait en guerre contre la croissance. A la veille de la conférence «Rio + 20», il dénonce les visions à court terme et dresse un bilan alarmiste.

 

En 1972, quatre jeunes scientifiques du Massachusetts Institute of Technologie (MIT) rédigent à la demande du Club de Rome un rapport intitulé The Limits to Growth (les Limites à la croissance). Celui-ci va choquer le monde. Leur analyse établit clairement les conséquences dramatiques d’une croissance économique et démographique exponentielle dans un monde fini. En simulant les interactions entre population, croissance industrielle, production alimentaire et limites des écosystèmes terrestres, ces chercheurs élaborent treize scénarios, treize trajectoires possibles pour notre civilisation.

Nous sommes avant la première crise pétrolière de 1973, et pour tout le monde, la croissance économique ne se discute pas. Aujourd’hui encore, elle reste l’alpha et l’oméga des politiques publiques. En 2004, quand les auteurs enrichissent leur recherche de données accumulées durant trois décennies d’expansion sans limites, l’impact destructeur des activités

humaines sur les processus naturels les conforte définitivement dans leur raisonnement. Et ils sont convaincus que le pire scénario, celui de l’effondrement, se joue actuellement devant nous. Rencontre avec l’un de ces scientifiques, Dennis Meadows, à la veille de la conférence de Rio + 20.

Le sommet de la Terre démarre mercredi à Rio. Vous qui avez connu la première conférence, celle de Stockholm, en 1972, que vous inspire cette rencontre, quarante ans plus tard ?

Comme environnementaliste, je trouve stupide l’idée même que des dizaines de milliers de personnes sautent dans un avion pour rejoindre la capitale brésilienne, histoire de discuter de soutenabilité. C’est complètement fou. Dépenser l’argent que ça coûte à financer des politiques publiques en faveur de la biodiversité, de l’environnement, du climat serait plus efficace. Il faut que les gens comprennent que Rio + 20 ne produira aucun changement significatif dans les politiques gouvernementales, c’est même l’inverse.

Regardez les grandes conférences onusiennes sur le climat, chaque délégation s’évertue à éviter un accord qui leur poserait plus de problèmes que rien du tout. La Chine veille à ce que personne n’impose de limites d’émissions de CO2, les Etats-Unis viennent discréditer l’idée même qu’il y a un changement climatique. Avant, les populations exerçaient une espèce de pression pour que des mesures significatives sortent de ces réunions. Depuis Copenhague, et l’échec cuisant de ce sommet, tout le monde a compris qu’il n’y a plus de pression. Chaque pays est d’accord pour signer en faveur de la paix, de la fraternité entre les peuples, du développement durable, mais ça ne veut rien dire. Les pays riches promettent toujours beaucoup d’argent et n’en versent jamais.

Vous n’y croyez plus ?

Tant qu’on ne cherche pas à résoudre l’inéquation entre la recherche perpétuelle de croissance économique et la limitation des ressources naturelles, je ne vois pas à quoi ça sert. A la première conférence, en 1972, mon livre les Limites à la croissance (dont une nouvelle version enrichie a été publiée en mai) avait eu une grande influence sur les discussions. J’étais jeune, naïf, je me disais que si nos dirigeants se réunissaient pour dire qu’ils allaient résoudre les problèmes, ils allaient le faire. Aujourd’hui, je n’y crois plus !

L’un des thèmes centraux de la conférence concerne l’économie verte. Croyez-vous que ce soit une voie à suivre ?

Il ne faut pas se leurrer : quand quelqu’un se préoccupe d’économie verte, il est plutôt intéressé par l’économie et moins par le vert. Tout comme les termes soutenabilité et développement durable, le terme d’économie verte n’a pas vraiment de sens. Je suis sûr que la plupart de ceux qui utilisent cette expression sont très peu concernés par les problèmes globaux. La plupart du temps, l’expression est utilisée pour justifier une action qui aurait de toute façon été mise en place, quelles que soient les raisons.

Vous semblez penser que l’humanité n’a plus de chance de s’en sortir ?

Avons-nous un moyen de maintenir le mode de vie des pays riches ? Non. Dans à peine trente ans, la plupart de nos actes quotidiens feront partie de la mémoire collective, on se dira : «Je me souviens, avant, il suffisait de sauter dans une voiture pour se rendre où on voulait», ou «je me souviens, avant, on prenait l’avion comme ça». Pour les plus riches, cela durera un peu plus longtemps, mais pour l’ensemble des populations, c’est terminé. On me parle souvent de l’image d’une voiture folle qui foncerait dans un mur. Du coup, les gens se demandent si nous allons appuyer sur la pédale de frein à temps. Pour moi, nous sommes à bord d’une voiture qui s’est déjà jetée de la falaise et je pense que, dans une telle situation, les freins sont inutiles. Le déclin est inévitable.

En 1972, à la limite, nous aurions pu changer de trajectoire. A cette époque, l’empreinte écologique de l’humanité était encore soutenable. Ce concept mesure la quantité de biosphère nécessaire à la production des ressources naturelles renouvelables et à l’absorption des pollutions correspondant aux activités humaines. En 1972, donc, nous utilisions 85% des capacités de la biosphère. Aujourd’hui, nous en utilisons 150% et ce rythme accélère. Je ne sais pas exactement ce que signifie le développement durable, mais quand on en est là, il est certain qu’il faut ralentir. C’est la loi fondamentale de la physique qui l’exige : plus on utilise de ressources, moins il y en a. Donc, il faut en vouloir moins.

La démographie ne sera pas abordée à Rio + 20. Or, pour vous, c’est un sujet majeur…

La première chose à dire, c’est que les problèmes écologiques ne proviennent pas des humains en tant que tels, mais de leurs modes de vie. On me demande souvent : ne pensez-vous pas que les choses ont changé depuis quarante ans, que l’on comprend mieux les problèmes ? Je réponds que le jour où l’on discutera sérieusement de la démographie, alors là, il y aura eu du changement.

Jusqu’ici, je ne vois rien, je dirais même que c’est pire qu’avant. Dans les années 70, les Nations unies organisaient des conférences sur ce thème, aujourd’hui, il n’y a plus rien.

Pourquoi ?

Je ne comprends pas vraiment pourquoi. Aux Etats-Unis, on ne discute plus de l’avortement comme d’une question médicale ou sociale, c’est exclusivement politique et religieux. Personne ne gagnera politiquement à ouvrir le chantier de la démographie. Du coup, personne n’en parle. Or, c’est un sujet de très long terme, qui mérite d’être anticipé. Au Japon, après Fukushima, ils ont fermé toutes les centrales nucléaires. Ils ne l’avaient pas planifié, cela a donc causé toutes sortes de problèmes. Ils ont les plus grandes difficultés à payer leurs importations de pétrole et de gaz. C’est possible de se passer de nucléaire, mais il faut le planifier sur vingt ans.

C’est la même chose avec la population. Si soudainement vous réduisez les taux de natalité, vous avez des problèmes : la main-d’œuvre diminue, il devient très coûteux de gérer les personnes âgées, etc. A Singapour, on discute en ce moment même de l’optimum démographique. Aujourd’hui, leur ratio de dépendance est de 1,7, ce qui signifie que pour chaque actif, il y a 1,7 inactif (enfants et personnes âgées compris). S’ils stoppent la croissance de la population, après la transition démographique, il y aura un actif pour sept inactifs. Vous comprenez bien qu’il est impossible de faire fonctionner correctement un système social dans ces conditions. Vous courez à la faillite. Cela signifie qu’il faut transformer ce système, planifier autrement en prenant en compte tous ces éléments.

La planification existe déjà, mais elle ne fonctionne pas. Nous avons besoin de politiques qui coûteraient sur des décennies mais qui rapporteraient sur des siècles. Le problème de la crise actuelle, qui touche tous les domaines, c’est que les gouvernements changent les choses petit bout par petit bout. Par exemple, sur la crise de l’euro, les rustines inventées par les Etats tiennent un ou deux mois au plus. Chaque fois, on ne résout pas le problème, on fait redescendre la pression, momentanément, on retarde seulement l’effondrement.

Depuis quarante ans, qu’avez-vous raté ?

Nous avons sous-estimé l’impact de la technologie sur les rendements agricoles, par exemple. Nous avons aussi sous-estimé la croissance de la population. Nous n’avions pas imaginé l’ampleur des bouleversements climatiques, la dépendance énergétique. En 1972, nous avions élaboré treize scénarios, j’en retiendrais deux : celui de l’effondrement et celui de l’équilibre. Quarante ans plus tard, c’est indéniablement le scénario de l’effondrement qui l’emporte ! Les données nous le montrent, ce n’est pas une vue de l’esprit.

Le point-clé est de savoir ce qui va se passer après les pics. Je pensais aussi honnêtement que nous avions réussi à alerter les dirigeants et les gens, en général, et que nous pouvions éviter l’effondrement. J’ai compris que les changements ne devaient pas être simplement technologiques mais aussi sociaux et culturels. Or, le cerveau humain n’est pas programmé pour appréhender les problèmes de long terme. C’est normal : Homo Sapiens a appris à fuir devant le danger, pas à imaginer les dangers à venir. Notre vision à court terme est en train de se fracasser contre la réalité physique des limites de la planète.

N’avez-vous pas l’impression de vous répéter ?

Les idées principales sont effectivement les mêmes depuis 1972. Mais je vais vous expliquer ma philosophie : je n’ai pas d’enfants, j’ai 70 ans, j’ai eu une super vie, j’espère en profiter encore dix ans. Les civilisations naissent, puis elles s’effondrent, c’est ainsi. Cette civilisation matérielle va disparaître, mais notre espèce survivra, dans d’autres conditions. Moi, je transmets ce que je sais, si les gens veulent changer c’est bien, s’ils ne veulent pas, je m’en fiche. J’analyse des systèmes, donc je pense le long terme. Il y a deux façons d’être heureux : avoir plus ou vouloir moins. Comme je trouve qu’il est indécent d’avoir plus, je choisis de vouloir moins.

Partout dans les pays riches, les dirigeants promettent un retour de la croissance, y croyez-vous ?

C’est fini, la croissance économique va fatalement s’arrêter, elle s’est déjà arrêtée d’ailleurs. Tant que nous poursuivons un objectif de croissance économique «perpétuelle», nous pouvons être aussi optimistes que nous le voulons sur le stock initial de ressources et la vitesse du progrès technique, le système finira par s’effondrer sur lui-même au cours du XXIe siècle. Par effondrement, il faut entendre une chute combinée et rapide de la population, des ressources, et de la production alimentaire et industrielle par tête. Nous sommes dans une période de stagnation et nous ne reviendrons jamais aux heures de gloire de la croissance. En Grèce, lors des dernières élections, je ne crois pas que les gens croyaient aux promesses de l’opposition, ils voulaient plutôt signifier leur désir de changement. Idem chez vous pour la présidentielle. Aux Etats-Unis, après Bush, les démocrates ont gagné puis perdu deux ans plus tard. Le système ne fonctionne plus, les gens sont malheureux, ils votent contre, ils ne savent pas quoi faire d’autre. Ou alors, ils occupent Wall Street, ils sortent dans la rue, mais c’est encore insuffisant pour changer fondamentalement les choses.

Quel système économique fonctionnerait d’après vous ?

Le système reste un outil, il n’est pas un objectif en soi. Nous avons bâti un système économique qui correspond à des idées. La vraie question est de savoir comment nous allons changer d’idées. Pour des pans entiers de notre vie sociale, on s’en remet au système économique. Vous voulez être heureuse ? Achetez quelque chose ! Vous êtes trop grosse ? Achetez quelque chose pour mincir ! Vos parents sont trop vieux pour s’occuper d’eux ? Achetez-leur les services de quelqu’un qui se chargera d’eux ! Nous devons comprendre que beaucoup de choses importantes de la vie ne s’achètent pas. De même, l’environnement a de la valeur en tant que tel, pas seulement pour ce qu’il a à nous offrir.

Laure Noulhat

Les limites à la croissance  de Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers Rue de l’Echiquier, 432 pp., 25 €.

 

Sans doute Dennis Meadows et les autres ont-ils été manipulés, eux aussi. Comme nous tous. Le message du rapport porté par le Club de Rome était étonnant. C’était étonnant parce que c’était publié par le Club de Rome qui était très loin de réunir des lanceurs d’alerte de la nouvelle gauche de l’époque ! Dans cette action, la forme était sans doute plus importante que le fond. En reprenant les grandes lignes de l’alerte écologiste, les dominants semaient la confusion, détournaient les attentions, fragilisaient le mouvement social. Celui-ci allait bientôt être complètement étouffé par surprise. Meadows ne sait sûrement rien de cette histoire. Cela pourrait l’éclairer.

 

 

 

 

 

Aznavour crée

C’était l’époque du mouvement d’émancipation dont faisait partie le courant de la revendication homosexuelle. Le FHAR en était et nous croyions être en accord dans la nouvelle gauche.

Nous croyions…

 

 

Jusqu’à ce jour…

23 juin 1972

Rue du Bac, 21H, grande salle du Studio de danse Morin :

une surprenante « Assemblée Générale » des Amis de la Terre

La nouvelle est arrivée comme un cheveu sur la soupe : il allait y avoir une « Assemblée Générale« . Pour le groupe de la Semaine de la Terre et pour les écologistes en général, c’était quelque chose de vraiment exotique ! Allions-nous enfin voir ces gens qui figuraient dans le parrainage de l’association ?

Nous n’avions aucune expérience des formalités d’une « Assemblée Générale » mais, tout de même, que de bizarreries… Par exemple :

  • Pourquoi une AG ? Nous nous réunissions une fois par semaine depuis la Semaine de la Terre. Nous ne voyions donc pas l’utilité d’une réunion plus formaliste et n’avions donc rien préparé. D’ailleurs, pourquoi sans préparation commune, sans présentation (« bilan« ), sans même un ordre du jour ?
  • Pourquoi cette heure tardive ?
  • Et, puisque les AT disposaient d’une belle salle – avec chaises et tables – où se tenaient à l’aise toutes les réunions, pourquoi cet espace vide inconfortable, impropre à l’écriture, et beaucoup trop grand pour nous ?
  • Et pourquoi Alain Hervé, l’organisateur de toute chose, dont cette AG surprise, était-il absent ?

Nous n’eûmes guère le temps de nous poser des questions. Pas même, pour les plus expérimentés (il y avait là au moins un avocat), pourquoi aucune des règles des Assemblées Générales n’était respectée – pas même la signature de la feuille de présence récapitulant tous les membres de l’association. C’est le premier acte d’une Assemblée Générale : pas d’AG sans pointage. Or, ce soir-là, il n’y avait même pas de feuille de présence !

A peine avions-nous commencé à discuter que la porte d’entrée vomit une meute qui remplit le couloir menant à la salle : Françoise d’Eaubonne et ses copines tout aussi impressionnantes qu’elle. Pas souriantes comme d’habitude. Des mines des mauvais jours annonçant qu’elles étaient venues pour la bagarre. Butées, farouches, sans même un « bonjour« , elles s’assirent par terre comme les membres de l’association.

« Françoise, c’est une assemblée générale de l’association, tu peux assister, mais pas participer« … Elle répondit en ricanant qu’il n’y avait pas de raison qu’elle ne participe pas.

Pas le temps d’argumenter. La porte s’ouvrit dans un fracas sur un bataillon de rouleurs d’épaules bien échauffés. Cette fois, que des mâles. Ils étaient si nombreux qu’ils se bousculaient pour entrer. Quel succès soudain pour les écologistes ! Comme Françoise d’Eaubonne et ses amies, qu’ils connaissaient très bien (salutations réciproques), ils s’assirent par terre bruyamment. Fait remarquable : les eaubonnistes ne marquèrent aucune surprise. Qu’un clan de mâles surexcités s’invite dans une réunion écologiste, à leur suite, quoi de plus naturel ? Elles étaient donc dans la combine. Sans doute étaient-ils arrivés ensemble.

La salle n’était plus si grande. Elle était même pleine de personnages complètement étrangers aux écologistes.

Qui étaient-ils ? Que venaient-ils faire ? Venaient-ils pour nous rejoindre ? Venaient-ils pour s’inscrire et cotiser ? Sinon, eh bien il fallait qu’ils s’en retournent.

En réponse, mi-agressifs, mi-rigolards, leurs aboyeurs (1) se lancèrent dans un délire solipsiste tendu par la volonté de calomnier systématiquement la nouvelle gauche écologiste. A les entendre, nous étions des neuneus réactionnaires qu’il fallait recadrer. Bien entendu, ces élites auto-proclamées avaient la science infuse, et quelle science ! Un mur d’ignorance, de suffisance et de mépris.

L’empathie n’était pas leur première qualité.

De toute évidence, nous avions l’honneur d’être visités par la crème de ces « gauchistes » inspirés par les totalitarismes sanglants et – c’était logique – imperméables à la culture écologiste et à son alerte. Cela confirmait pleinement les avertissements de Pierre Fournier qui avait déjà eu quelques expériences édifiantes avec eux. Mais, pour nous, c’était une première. Et quelle première !

Dès l’arrivée de Françoise d’Eaubonne, trois Amis de la Terre avaient multiplié les signes de connivence, d’approbation même, avec les intrus – avec tous : Jean-Luc Fessard, un qui avait rejoint le comité d’organisation de la Semaine de la Terre un an et demi auparavant, et le couple Lison de Caunes – Brice Lalonde qui venait d’adhérer à l’association. Normal qu’ils connaissent Françoise. Elle nous rendait visite et nous étions naturellement proches des féministes comme des autres dynamiques de la nouvelle gauche. Mais les autres… Des gens que nous n’avions jamais croisés. Mais que nous n’allions pas oublier. Comment était-il possible que ces trois compagnons paraissent si contents du spectacle ?

Nous étions dans une impasse. Remontés à bloc, les gauchistes multipliaient les accusations et les provocations. Toute discussion était impossible.

Cela n’était donc pas une simple visite de courtoisie. Ces énergumènes voulaient nous casser et, vu leur numéro parfaitement rodé, nous n’étions sûrement pas leurs premières victimes. Mais pourquoi vouloir casser un mouvement qui n’a pour objet que le bien commun ?

Nous étions à deux doigts d’une campagne de bourre-pifs et de plus en plus faibles : les écologistes les moins motivés, ou les plus conscients de notre impuissance, partaient les uns après les autres. Alors, d’accord avec les derniers compagnons présents, je demandais une dernière fois aux agresseurs de se retirer, faute de quoi, eh bien c’était très simple : nous allions mettre un terme à la mascarade en leur laissant le local vide. Cela les fit beaucoup rire. Fessard, Caunes et Lalonde aussi… Stupéfaits, nous fûmes plusieurs à demander à ces trois-là de revenir à la raison, au moins à la logique élémentaire d’une « assemblée générale« . Puis, devant leur attitude : « Bah, qu’est-ce qu’il y a ? Tout va bien. Pourquoi tu veux refuser à ces camarades de participer ?« , etc., nous mîmes fin à cette pseudo « AG » et les enjoignîmes de se lever et de sortir avec nous. Rires jaunes et têtes de faux-jetons, ils ne bougèrent pas quand nous partîmes. Comme pour crâner devant les envahisseurs, ils eurent même le front de se moquer de nous. Manifestement, ils étaient en symbiose avec eux et nous piétinaient déjà pour se faire reconnaître !

Sur le trottoir, les derniers résistants étaient hébétés. Nous avions dû abandonner notre propre réunion ! Nous ne comprenions rien. Nous avions peine à trouver les mots pour dire notre stupéfaction.

Pourquoi l’organisateur de l’AG, celui qui avait battu le rappel – Alain Hervé – n’était-il pas là ?

D’où venaient les agresseurs mâles ? Qui étaient-ils ? Qu’elles étaient leurs motivations ? Tout ce qu’ils avaient débité étant pure invention, une désinformation méthodique, étaient-ils manipulés ? Par qui ?

Le FHAR* de Françoise d’Eaubonne était-il impliqué ? Pourquoi, elle que nous croyions connaître, se prêtait-elle à cette mascarade ? Comment pouvait-elle être en symbiose avec ces gauchistes machos et homophobes (dixit Olivier Rolin qui en était – maoïste) ?

* Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire

Et Fessard ? Et Caunes, qui s’était révélée virulente ? Et son chéri (Lalonde)… Comment étaient-ils connectés entre eux et à cette clique ? Avaient-ils été retournés ? A moins que… N’étaient-ils pas du même bord que les envahisseurs ? Nous avaient-ils rejoints pour préparer le terrain aux autres ? Caunes et Lalonde peut-être… Nous ne savions à peu près rien sur eux, mais Fessard !? Lui était avec nous depuis la préparation de la Semaine de la Terre. Que s’était-il passé ?

Quel pouvait être le but d’une opération aussi grotesque ?

Les questions se bousculaient, mais personne n’imaginait comment trouver les réponses. On allait voir demain… Justement, Henri Fabre-Luce, qui avait ferraillé ferme jusqu’au bout, était furieux. C’était une trahison, un scandale intolérable. On allait voir ce qu’on allait voir… Il allait personnellement demander des comptes à Alain Hervé qui avait insisté pour qu’il vienne assister à ça ! Mais comment, lui qui était avocat, avait-il pu se laisser surprendre, au moins dès le début de la réunion, sinon avant en constatant l’absence de convocation avec ordre du jour ?

Le lendemain matin, en appelant Alain Hervé pour l’avertir de l’agression de la soirée, nous découvrîmes un type parfaitement informé et pas du tout disposé à nous écouter. Il nous annonça benoîtement que Brice Lalonde avait été élu « président » et Lison de Caunes « trésorière« . Nouvelle stupéfaction.

Nous n’avions même pas pensé à cette éventualité. C’était donc ça… « Elus » ? Par les étrangers à l’association qui avaient saboté l’AG, et après l’annulation de celle-ci !

Curieux élus. D’autant plus curieux qu’ils  ignoraient encore tout de l’écologisme, de ses origines, de sa culture, etc.

Alain-Hervé cautionnait l’imposture. …!? Lui qui avait tout organisé. N’en était-il pas l’organisateur ?

Aucune indignation, pas une objection ne lui importait. Muré dans l’insolence, Alain Hervé ne céda rien : l' »assemblée générale » s’était déroulée normalement, les « élus » étaient donc parfaitement légitimes… Le mensonge et l’absurdité mêmes.

Devant notre refus d’accepter ce viol et la colère qui nous prenait, Alain Hervé baissa prudemment pavillon mais se contenta de minimiser en assurant que ces désignations n’avaient pas d’importance, que cela n’était que formalités administratives imposées par la législation de 1901… Une opération commando pour une banale formalité ! Mensonge dans le mensonge. Quelques mois auparavant, sans même l’esquisse d’une AG, Alain Hervé nous avait tout à coup présenté un autre « président » : Yann Burlot, un garçon inconnu des écologistes, mais dont le numéro de téléphone correspondait au standard du Nouvel Observateur, là où travaillait Alain Hervé. Burlot avait disparu aussi mystérieusement qu’il avait paru, avant l’AG bidon.

Alain Hervé se moquait ouvertement des écologistes que, pourtant, il avait courtisés. Après l’entrave à l’action d’alerte sur les emballages jetables, après la magouille Burlot, il s’affirmait en maître censeur. Et pire, sans doute. Qui était-il vraiment ? Et pourquoi fallait-il que ce Lalonde soit « président » sur le papier ? Qui était-il celui-là ?

 

Aucune résistance collective ne fut possible : un an après l’enthousiasme de la Semaine de la Terre, les écologistes n’étaient plus assez soudés, plus assez forts. Après le sabotage de l’AG, plusieurs ne reparurent pas. D’ailleurs… n’était-ce pas là un objectif de ce déferlement de stupidité ? Dans ce qui n’était déjà plus un mouvement, toutes les relations furent altérées.

Cette soirée du 23 juin 1972 marque le début de la fin de la nouvelle gauche écologiste. Pourquoi ?

Ce simulacre d’AG auquel nous avions mis fin n’a été suivi d’aucune autre réunion formelle : pas d’AG en 1973, pas d’AG en 1974.

Il nous faudra apprendre beaucoup de choses cachées, donc longtemps, très longtemps, pour deviner que nous avions été piégés et que Alain Hervé et le comité de parrainage secret des AT (dont Michel Bosquet/Gorz) et le « collège invisible » de Denis de Rougemont (2) nous avaient fait le coup du doublage. Technique d’effacement en expansion depuis les bolcheviques. Nous n’avions été invités à rejoindre ces Amis de la Terre que pour être observés de plus près, censurés et entravés, et doublés par des faux-semblants (comme ce Lalonde qui nous semblait sorti de nulle part). Pourquoi ? Mais pour nous escamoter aux yeux des sympathisants et des nouveaux militants. 

 

Alain-Claude Galtié

 

 

(1) En tête, Maurice Najman, de l’AMR *, que j’allais retrouver plus tard dans le CLAS (Comité de liaison pour l’autogestion socialiste).

* Alliance Marxiste Révolutionnaire, un groupe très proche du PSU. Tiens ! Du PSU… comme le néophyte Brice Lalonde dont, justement, la double appartenance était en question.

 

23 Juin 1972 – Guet-apens au Pré-aux-Clercs : comment le capitalisme a effacé la nouvelle gauche

(2) probablement une seule et même structure (les dates, les personnes et leurs agissements correspondent)

 

 

 

 

1973

73 et quelques autres repères historiques pour comprendre la Dette publique

Une réforme sortie du chapeau du capitalisme de spéculation (Pompidou vient de la Banque Rothschild) oblige la France à emprunter auprès des marchés financiers. C’est le début de la dette. Un nouveau jour de gloire pour les spéculateurs.

http://www.attac82.org/IMG/pdf/a-i-r-_27_mai_2012.pdf

 

 

février

Elle court, elle court la banlieue, film de Gérard Pirès inspipar le roman de Brigitte Gros « Quatre heures de transport par jour« 

 

 

 

Pierre Fournier, le compagnon de la meilleure période du mouvement écologiste, nous abandonne en février

 

2 mois plus tard meurt Picasso

 

et Jim Croce meurt dans un accident d’avion le 20 septembre

http://www.youtube.com/watch?v=YcqauC49Xmc
Jim venait juste de créer I got a name

 

Gainsbourg chante Je suis venu te dire que je m’en vais
http://www.youtube.com/watch?v=–BTGqJmhow
 
 

Le programme français Pégase projette l’installation de dirigeables lenticulaires à une trentaine de kilomètres d’altitude pour relayer les ondes radio, télé, etc.

C’était au temps où, sous l’impulsion du mouvement écologiste et avec la stimulation de la « première crise pétrolière », l’essor des énergies renouvelables et des dirigeables était envisagé jusqu’au niveau gouvernemental. En novembre 1973, une Association d’Etudes et de Recherche sur les Aéronefs Allégés réunissait en colloque des chercheurs, des industriels, des financiers et des représentants du Ministère de l’Industrie qui, alors, préparait la constitution d’un Groupement d’Intérêt Economique.
http://balaskovic.pagesperso-orange.fr/ballons-et-dirigeables.html
 

 

Claude-Marie Vadrot dans L’Aurore

 

Sondage écologiste des candidats des élections législatives de janvier 1973
je l’ai réalisé en décembre 1972 et janvier 1973 avec le concours de :
Gisela Lebkuchner
Baudouin Jannink
Devi Schneiter

1 – Faut-il favoriser la croissance de la population française ?

2 – Etes-vous satisfait de la politique démographique menée par le gouvernement français ?

3 – Que proposez-vous de faire dans ce domaine ?

4 – L’expansion économique des pays industriels est-elle nuisible à la qualité des conditions de vie ?
Pourquoi ?

5 – Le contrôle de la pollution est-il indispensable ?

6 – La durée éphémère des biens de consommation industriels est-elle indispensable ?

7 – Le recyclage des matières premières est-il indispensable ?

8 – La croissance de la consommation d’énergie est-elle indispensable ?

9 – Etes-vous favorable à un moratoire de 10 ans de l’industrie nucléaire pendant lequel seraient étudiés d’autres procédés (non polluants) de production d’énergie ?

10 – Accepteriez-vous l’implantation d’une centrale nucléaire dans votre région ?

11 – Accepteriez-vous l’implantation d’un centre de stockage de déchets radio-actifs dans votre région ?

12 – Pensez-vous que l’aménagement de Fos offre tant d’avantages économiques qu’il faille en accepter les dangers écologiques pour la région méditerranéenne ?

13 – Faut-il, comme le dit le Président Pompidou, « adapter » les villes à l’automobile individuelle ?

14 – … ou faut-il préparer le remplacement des automobiles individuelles dans les villes par le développement et l’amélioration des transports publics ?

15 – Les autoroutes sont-elles construites au détriment de l’environnement ?

16 – L’usage généralisé des pesticides et des engrais chimiques peut-il être remis en cause ?

17 – L’industrialisation de l’agriculture est-elle néfaste à la fertilité des sols ?
Pourquoi ?

18 – La politique des parcs nationaux et régionaux permettra-t-elle de sauvegarder l’essentiel des paysages, des faunes et des flores de la France ?
Pourquoi ?

19 – La rentabilisation de la nature est-elle compatible avec sa préservation ?
Pourquoi ?

20 – Tel qu’il est réalisé, l’aménagement du Languedoc-Roussillon est-il :
une réussite touristique ?
Une erreur écologique ?

21 – Etes-vous favorable à la politique d’extension et de création de terrains militaires menée actuellement ?

22 – Seriez-vous favorable à une réduction du budget militaire au profit du budget de l’environnement ?

23 – Estimez-vous que les programmes scolaires actuels permettent une prise de conscience des problèmes écologiques de notre société ?

24 – L’avis de la population est-il nécessaire à l’élaboration d’une politique de l’environnement ?

25 – Toute initiative susceptible de modifier localement l’environnement doit-elle faire l’objet d’une information contradictoire du public concerné ?

26 – … et dépendre de sa décision ?

27 – Avez-vous déjà agi pour l’amélioration de l’environnement ?

28 – Qu’avez-vous fait ?

29 – Quelle serait votre action parlementaire dans le domaine de l’environnement ?

30 – Pour vous, qu’est-ce que l’écologie ?

 

Elections : piège à écologie

Les responsables politiques se sont largement mesurés à coups de déclarations d’intentions, de promesses, de programmes. Mais nous, nous n’y avons pas trouvé notre compte. Pour essayer d’y voir plus clair, nous avons interrogé individuellement sur l’écologie les candidats aux prochaines élections législatives. Ou, du moins, 1160 d’entre eux, car il est bien difficile d’obtenir les adresses des candidats. Au sein de l’Union des républicains de progrès et du Mouvement réformateur, nous n’avons ainsi pu contacter que les députés sortants et les principaux dirigeants.

Certains candidats se sont refusés à répondre, comme MM. Alain Krivine et Alain Peyrefitte, respectivement de la Ligue communiste et de l’Union des républicains de progrès.

Nous avons formulés des questions directes afin que les réponses soient révélatrices des convictions de chacun. Cela a suscité quelques critiques. Des candidats, surtout de l’U.D.R., ont pris prétexte de l’aspect schématique du questionnaire pour ne pas se prononcer. M. Michel Habib-Deloncle, par exemple, ne peut répondre car sa « formation universitaire faisait plus de place à l’esprit de synthèse qu’à la méthode des questions par oui ou par non ». D’autres candidats, en revanche, ne s’en sont pas tenus aux questions et ont développé leurs points de vue dans de longues lettres. Au moment où nous « bouclons » ce journal, nous attendons encore les réponses du parti socialiste, mais nous pouvons analyser, rapidement, les réponses des candidats des autres formations.

Les représentants de l’U.R.P. Sont populationnistes. Les autres tendances sont plus réservées sur ce sujet. Dans l’ensemble toutefois, les candidats se montrent favorables à la croissance de la population française. Certains, comme Jean Desentin, candidat P.D.M., veulent « éviter à notre pays de mourir ». Louis Delmas, candidat U.D.R., explique, quant à lui, que « nous manquons de bras et de main-d’oeuvre ».

Aucun des candidats qui ont répondu n’a accepté les yeux fermés le principe de l’expansion sans limite de la production. Visiblement, les récents débats sur la croissance ont troublé bien des esprits, même s’ils n’ont pas fait des « zégistes » convaincus *, tandis que la plupart des candidats de gauche réservent leurs critiques à l’expansion fondée sur le profit.

* « zégistes » : partisans de la croissance zéro dans le langage de l’époque

Ce commentaire paru dans le Courrier de la Baleine est la version expurgée de ce que j’avais proposé

 

 

 

 

 

Jean Carlier (RTL) et Claude-Marie Vadrot (L’Aurore) de l’Association des Journalistes et Ecrivains pour la Protection de la Nature (JEPN, désormais JNE), avec lesquels je croyais encore entretenir de bons rapports, organisèrent une conférence de presse à la veille des législatives. J’y fus invité pour présenter les résultats du questionnaire devant un parterre de journalistes où il y avait une absence remarquable : Pierre Fournier n’était pas là. Je crois me souvenir qu’il venait de mourir.

Cette réunion me donna l’occasion d’observer plusieurs curiosités auxquelles je n’allais pas trouver de réponses avant longtemps.

A la tribune, Eugène Claudius-Petit (qui fut membre fondateur du Conseil National de la Résistance et qui ressemblait à mon grand-père maternel) me fit une petite place pour présenter et commenter les réponses au questionnaire qui, généralement, révélaient l’immense décalage entre la conscience écologiste et la culture de presque tous les prétendants à « la représentation nationale« . Il me fut, donc, facile de souligner l’indigence des politiciens sur toutes ces questions.

A noter encore : une interview au siège de l’Express par Albert du Roy (article égaré)

 

Un autre article fut publié dans le n° 67 de Politique Hebdo (Pierre Clermont, février 1973) :

L’écologie et les partis politiques

 

 

On vient de voir que Alain Krivine, de la Ligue Communiste trotskiste, avait refusé de répondre au questionnaire écologiste. 6 mois auparavant, une phalange gauchiste rompue à l’exercice avait saccagé une assemblée générale des écologistes parisiens. Elle avait été mobilisée par le PSU, le Nouvel Observateur… qui d’autre ? Pourquoi ? Qui était tous ces gens ? Derrière le folklore révolutionnaire, quelles étaient leurs véritables motivations ? Pour tenter de le découvrir, je fréquentais les librairies militantes où, quelquefois, je réussissais à placer un peu de prose écologiste. C’est dans le fond de la librairie Maspero (la joie de lire) de la rue Saint Séverin que je trouvai cet article du journal Lutte Ouvrière signé Pierre Vernant :

 

Le texte ne révèle rien des coulisses des manipulations que nous subissions, mais il montrait au grand jour une fermeture au monde vivant renforcée de préjugés et d’ignorances. C’était pour moi le premier contact avec la culture anti-nature, ainsi qu’elle se définit elle-même. 

Une tentative d’échange avec LO ne donnera rien.

Les gauchistes poursuivront sans état d’âme leur travail de sape de l’écologisme, sous contrôle capitaliste, jusqu’à nous remplacer entièrement dans des formations politiciennes évidemment incapables de promouvoir le moindre changement et, pire, d’éviter les effondrements redoutés (c’est bien pour cela que le remplacement des uns par les autres avait été organisé). Et, beaucoup plus tard, comme un écho à l’article de Pierre Vernant, un grand collaborateur du Nouvel Observateur (Jacques Julliard) exprimera le fond de sa pensée sur l’alerte écologiste… D’une bêtise repoussante. Pas étonnant que ces gens aient été nos meilleurs ennemis !

 

L’article de Vernant (LO) et l’article de Julliard (deuxième gauche rocardienne et Fondation Saint Simon) à 40 ans d’écart :

1973 – L’anti-écologisme primaire de l’extrême-gauche et des « socialistes »

 

L’attitude immuable de Jacques Julliard évoque celle de Michel Rocard et de la direction du PSU…

1974
1974… Création des Ramones
http://www.youtube.com/watch?v=kJizV-d3sEQ
http://www.youtube.com/watch?v=4Y5GtaTrPHM

 

 

 

La population humaine mondiale atteint les 4 milliards

 

 

 

 

1974 est l’année où Jean-Pierre Contour, Henri Pézerat et Jean Grisel commencent à alerter contre l’amiante à Jussieu et, très vite, partout ailleurs.

Manifestation en 1976, Henri Pézerat et Jean Grisel tiennent la banderole

 

 

 

 
Michel Rocard, le PSU et l’alerte écologiste

35 ans après les faits rapportés ci-dessous, Michel Rocard a été nommé ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles arctique et antarctique. Il vient d’être nommé président de la commission sur la contribution climat-énergie (CCE).

Aujourd’hui, l’homme parle du changement climatique et de la nécessité d’évoluer pour limiter les dégâts… Sans, toutefois, rien remettre en cause des orientations technologiques, filières industrielles, processus de capitalisation des pouvoirs et des biens, rapports de production et de consommation, etc. Rocard, vieux sage qu’il faut consulter ? Nouvel environnementaliste ? Est-ce bien cohérent avec ce qu’il a fait hier ?

Pour apprécier l’ironie de la situation, il faut revenir en arrière au temps de l’essor du mouvement écologiste en France. Alors, Michel Rocard était le secrétaire général du PSU et faisait semblant de surfer sur les ailes de la contestation du capitalisme et de la société de consommation, etc. C’était l’époque où le PSU s’affichait autogestionnaire, à la lisière de la démocratie directe. Le discours était séduisant. Il avait été ciselé pour cela. Un exemple :

Les « 6 heures pour l’autogestion », une manifestation qui s’est tenue à Paris, à la Mutualité, le lundi 14 janvier 1974. Elle était organisée par Action, les Amis de la Terre, l’Alliance Marxiste Révolutionnaire, l’APF (Association Populaire Familiale), les GAM (Groupes d’Action Municipale), les Groupes Témoignage Chrétien, le PSU (la manifestation était surtout contrôlée par le PSU et l’AMR !).
Ces formations se rassemblaient alors dans le CLAS (Comité de Liaison pour l’Autogestion Socialiste).

Au programme :
Les expériences de Lip, Cerisay, Noguères
Ville et cadre de vie
L’école et la formation
A partir de l’expérience chilienne, quelle stratégie pour l’autogestion ?
Puis, dans la grande salle, les discours de :
Charles Piaget (l’animateur le plus connu du combat des Lip) :
Les luttes d’aujourd’hui : du contrôle à l’autogestion
Michel Rocard :
Les contradictions du capitalisme et la crise actuelle
Maurice Najman :
Axes d’une stratégie révolutionnaire pour l’autogestion socialiste

Tout le monde parlait d’autogestion et de démocratie directe. Les militants en lutte sur le terrain, les sympathisants plein d’espoir et… l’entourage de Michel Rocard qui manipulait tout le monde pour faire nombre face au PS. Car les pratiques et les objectifs de la direction du PSU n’avaient que peu de choses à voir avec les discours.

Dans le n°6 de mars 1974 du Courrier de la Baleine – le bulletin des Amis de la Terre, la participation aux « 6 heures pour l’autogestion » laissait un goût amer :
« (…) De bons contacts personnels mais une manifestation un peu traditionnelle : discours de leaders à la tribune (mais pas les Amis de la Terre !) ; une mauvaise surprise : Rocard accuse le gouvernement français d’avoir négligé le nucléaire. Il va falloir s’expliquer sérieusement avec le PSU. Une autre mauvaise surprise : la note, salée… Nous allons d’ailleurs redéfinir nos rapports avec le CLAS (réunion le 19 mars au local sur le thème autogestion et écologie)« .

On remarque que les victimes de la supercherie ont, en plus, été obligées de payer la facture !

 

Après les « 6 heures pour l’autogestion », surtout après le discours de Michel Rocard qui nous avait beaucoup étonné, littéralement : pris à contre-pied, j’ai proposé d’écrire au secrétaire général du PSU et mon texte a été approuvé en réunion :

Les Amis de la Terre
15, rue du Commerce
75015 Paris

22 janvier 1974

Cher Camarade,

Dans le discours prononcé à la réunion publique du Comité de Liaison pour l’Autogestion Socialiste, vous avez très clairement condamné l’expansion [à l’époque, c’est ainsi que « la croissance » était désignée] et vous êtes prononcé pour la maîtrise de la consommation et de la production. Contre une pénurie de temps et de relations humaines, une surabondance de travail, de produits de pacotille, de déchets, de dégradations, vous proposez une autre abondance permettant l’épanouissement des hommes dans la réconciliation de l’individu, de la société et de la nature. Nous nous en réjouissons.

Cependant, nous nous étonnons que vous ayez évoqué l’exploitation de l’énergie nucléaire sans la remettre en cause et qu’au contraire vous ayez semblé plutôt favorable à son développement (« grande affaire« ). Pourtant, l’industrie de l’atome n’est pas sans dangers – quoiqu’en disent les représentants de l’EDF et du CEA. Elle crée d’ores et déjà beaucoup de problèmes et se heurte partout dans le monde à une vive opposition. Une opposition tant scientifique que politique. Une opposition globale qui rejette la spécialisation pour traiter tout à la fois des problèmes techniques et politiques.

Nous pensons que la technologie n’est pas neutre, qu’il y a une technologie de libération « légère » et décentralisée, et une technologie de domination, « lourde » et centralisée, et que l’industrie nucléaire fait partie de cette dernière catégorie. A la différence de l’énergie solaire, de l’énergie hydraulique, de l’énergie éolienne et, dans une moindre mesure, d’autres énergies « propres« , l’énergie nucléaire échappe totalement à la maîtrise de la population. Sa mise en oeuvre nécessite des moyens économiques et techniques très importants, des mesures de sécurité rigoureuses et, par conséquent, une division et une hiérarchisation du travail. La technologie nucléaire est et sera toujours contrôlée par une élite technocratique au service d’un pouvoir centralisé. C’est l’outil de domination par excellence qui renforce le monopole absolu de la production et de la distribution énergétique, et confirme ainsi l’état de dépendance de la population. Une technologie parfaitement incompatible avec la préservation de la nature et de la santé de la population, un outil parfaitement incompatible avec un projet socialiste autogestionnaire.

Nous serions très heureux de vous rencontrer pour débattre de ces questions.

Veuillez agréer, Cher Camarade…

Alain-Claude Galtié
pour les Amis de la Terre

PS : ci-joint le double d’une lettre adressée au Nouvel Observateur à la suite de la publication d’un article sur « Le dossier gris des centrales nucléaires », NO n°479 du 14 au 20 janvier 1974.

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