Nous luttons contre le système économique qui consiste à capitaliser la plus-value née du travail des salariés, mais son frère jumeau, le système politique qui consiste à capitaliser les bulletins de vote et les délégations de pouvoir, n’est pas clairement démasqué.

Amis de la Terre de Caen 1976/77

 

dessin de el Chico Triste

 

 

Le site est en cours de restauration après une longue série de cyberattaques commencée en 2015 (russes semble-t-il, mais c’est un peu curieux… ne s’agirait-il pas d’une couverture ?). Cela confirme encore une fois que la culture et l’histoire écologistes sont toujours frappées par la censure.

 

 

La Vie à reconstruire

Une mémoire du mouvement écologiste – 5ème partie

 

 

1974

Sensibilisé aux dangers de l’amiante par l’action des gens de Jussieu, j’en parle autour de moi au travail et dans l’action écologiste. Et…

C’était en 1974 dans un escalier du siège de la société Saint-Gobain. Je parlais d’amiante avec un collègue et lui disais combien c’est dangereux. Un inconnu intervint : « Faut pas parler comme ça ! C’est faux. Ce sont des racontars de journalistes. Je suis ingénieur chez ISOVER et je peux vous dire que l’amiante est sans danger.« 

Lui montant en costard-cravate, nous descendant en bleus de travail. Il avait vraiment l’air d’y croire.

J’évoquais rapidement le cas de Jussieu et des industries de l’amiante, les informations concordantes qui parlaient de fibroses et de cancers… Il s’accrochait à sa propagande. En guise d’au-revoir, je lançais : « Vous n’allez pas tarder à avoir d’autres informations et, malheureusement, ça va faire des victimes !« .

Causes de l’effondrement – 1974-2005 : l’AMIANTE à mort – 1ère partie, par ACG

 

 

 

1975

Fin de la guerre du VietNam

https://thevietnamwar.info/how-did-the-vietnam-war-end/

 

 

Assassinat du juge François Renaud
– « Justice pour le juge Renaud », Francis Renaud, Editions du Rocher, 2011
–  » L’histoire vraie du gang des Lyonnais », Richard Schittly, La Manufacture de livres, 2011
– « Histoires de PJ », Charles Pellegrini, La Manufacture de livres, 2011
– « Histoire du SAC », François Audigier, Stock, 2006
http://www.franceinter.fr/emission-rendez-vous-avec-x-1975-l-assassinat-du-juge-renaud-0

 

 



Patti Smith
sort son premier album : Horses

http://www.youtube.com/watch?v=JSHf1svbQrA
http://www.youtube.com/watch?v=0IHz25WTwVw

 

 

 

Avril 1975 – début des guerres du Liban

Liban 1975-1990 : guerre civile ou guerres étrangères ?

https://www.humanite.fr/liban-1975-1990-guerre-civile-ou-guerres-etrangeres-570883

 

 

 

 

2 novembre1975 – Assassinat de Pier Paolo Pasolini trop critique, trop dérangeant pour le nouveau système totalitaire.

Pour en découvrir plus :

http://www.franceinter.fr/em/rendezvousavecx/101679

http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/12/03/survivance-des-lucioles-de-georges-didi-huberman_1275359_3260.html

 

 

 

Lettre à Politique Hebdo, dans le cadre d’un débat sur le militantisme, partiellement publiée dans le n° 198, du 20 au 26 novembre 1975

le 5 novembre 1975

à Blandine Barret-Kriegel
Hervé Delilia
Hervé Hamon

Bonjour,

Je suis heureux que vous entamiez un débat sur la crise du militantisme car, bien qu’il s’agisse d’un problème commun à tous les partis et à tous les groupes vieillissants, des communistes aux régionalistes, des écologistes aux maoïstes, etc. -, c’est un sujet que l’on feint trop souvent d’ignorer ou que l’on tente de nier dans les milieux concernés. Sans doute parce que l’analyse de ce phénomène mettrait en cause des comportements, des habitudes et même certaines orientations, éclairerait enfin l’inégalité devant l’action militante.

En effet, il n’est pas possible de mettre tous les militants dans le même sac, pas objectif de parler dans les mêmes termes de tous les militants. D’ores et déjà, on peut distinguer (en gros) deux types caractéristiques de militants désabusés :

Il y a ceux qui, disposant de beaucoup de temps pour s’informer, réfléchir et agir, en viennent naturellement à prendre en charge de plus en plus de choses. Quelques-uns vont très loin dans cette voie, trop loin : jouant des coudes si besoin est, ils trustent les responsabilités, s’installent, s’identifient à l’action et, bientôt, prétendent à représenter les autres, décidant de ce qui est bon et de ce qui est mauvais. Mais il arrive quelquefois qu’ils se lassent de jouer les héros quand ils s’aperçoivent – souvent sans trop comprendre pourquoi – que les autres militants, leurs camarades mêmes, les soutiennent de moins en moins et s’en vont un à un.

Il y a ceux – la majorité – qui, moins disponibles que les précédents, constituent une sorte de prolétariat militant. Ces obscurs, ces sans-grade exécutent des tâches humbles dans les coulisses de l’action. C’est là que les néophytes perdent leurs illusions et connaissent le désarroi, là que les « durs à cuire » s’aliènent une seconde fois… en préparant la grande libération collective ! Un jour, la coupe est pleine : « durs à cuire » comme néophytes en ont marre de se contenter des rognures dédaignées par les « héros« , marre de jouer les figurants, marre d’être dépossédés là encore de leur liberté d’expression et d’initiative, de leur part de responsabilité, marre de retrouver dans le mouvement soi-disant révolutionnaire l’ambiance du boulot ! Alors, c’est vrai, ces militants blessés dans leurs espérances jettent parfois l’enfant avec l’eau du bain, ils se démobilisent pour aller cultiver l’utopie ailleurs, mais comment le leur reprocher ? Si l’on a la curiosité de se demander qui sont les « héros » et qui sont les « obscurs », quels sont leurs milieux et leurs conditions de vie respectifs, on s’aperçoit sans peine que les premiers sont pour la plupart des transfuges des classes aisées tandis que les autres sont des travailleurs. Evidemment, les « héros » (ou les « leaders« , pour mieux les situer désormais) ne connaissent pas les mêmes expériences, ne voient pas les choses sous le même angle, n’obéissent pas aux mêmes motivations et, donc, ne poursuivent pas les mêmes buts que les militants issus de milieux plus modestes. Ainsi, les inégalités et les barrières de classe se perpétuent-elles au sein des groupes militants. De ces inégalités naissent des schémas hiérarchiques et des structures centralisatrices calqués sur les modèles réactionnaires. Autant de causes interdépendantes de la crise du militantisme.

Voilà qui m’incite à demander à Hervé Hamon à qui il s’adresse quand il prône l’abnégation, la discipline et l’installation dans la contradiction ? Aux « leaders » transpirant l’égocentrisme ou aux obscurs qui tirent des tracts entre deux métros, entre deux journées de boulot ?

Au-delà des comportements associaux et des inégalités, il y a d’autres raisons à la déprime des militants. Des raisons que Hervé Hamon a traité implicitement. Ces raisons tiennent aux orientations et aux formes de l’action, laquelle est en général complètement dissociée de l’expérience vécue quotidiennement par les militants. Car l’action militante est à peu près toujours virtuelle (sauf pour les privilégiés, les « leaders » qui sont les seuls à pouvoir réaliser une relative unité entre le militantisme et la vie courante), désespérément virtuelle et velléitaire. Cette action-là brasse des tonnes d’idées, parle de changements radicaux, élabore des tas de programmes, de projets, mais n’aboutit jamais, ne débouche jamais sur une concrétisation parce que, avant tout autre chose, l’objectif inspiré, imposé par les « leaders » est la prise d’un pouvoir qui se dérobe. Comment une telle action susciterait-elle l’adhésion des travailleurs sans espoir ? Comment les militants ne se fatigueraient-ils pas de tirer des plans sur la comête, de conjuguer militantisme, renoncement et frustration ?

Des solutions ? Se battre sur tous les fronts contre les inégalités, à l’intérieur des mouvements comme à l’extérieur. Faire des révolutions culturelles (en réduction !) pour déloger ceux qui s’installent et bousculer les habitudes sclérosantes. Se renouveler constamment. Et puis, ne peut-on imaginer une voie moyenne entre la jouissance égoïste et la militance roide ? Une voie permettant la diminution de la perméabilité des groupes aux travers de la société ? Une voie de plus grande cohérence entre les idées et les modalités de l’action, entre la pratique militante et la vie ? Le temps n’est-il pas venu de passer à une nouvelle génération de l’action où les révolutionnaires s’emploieraient à concrétiser les théories, procéderaient à des expériences sur le terrain ; en somme, retrousseraient leurs manches pour faire la démonstration qu’il est possible de reconquérir la maîtrise de ses conditions de vie et pour jeter les bases d’une autre société ? Je gage que, en temps ordinaire, seules des actions positives de ce genre sont capables d’insuffler l’espoir aux désabusés du système et de ranimer l’enthousiasme militant.

Alain-Claude Galtié

 

Avec le recul :
Intéressante la position d’Hervé Hamon sur la rupture entre l’objectif de l’action et son vécu !

Alors, j’ignorais tout des raisons de la présence parmi nous de ces militants « leaders » sortis des familles enrichies par le système.

Une dizaine d’années plus tard, Hervé Hamon allait écrire « Génération », un gros livre qui donne l’impression que seuls les gauchismes ont animé les années soixante et soixante-dix.

Après la publication de la lettre, pas un contact.

 

 

 

Un peu d’espoir

C’était il n’y a pas si longtemps. Les mouvements ouvriers et les mouvements de protection de la nature menaient respectivement le combat contre l’exploitation de l’homme par l’homme et le combat contre la destruction de la vie. Syndicats, partis et associations fragmentaient la crise globale en secteurs distincts, sans soucis des interactions, sans soucis de synthèse. Il y avait les problèmes sociaux d’un côté et les pollutions de l’autre. Cette dichotomie simpliste se traduisait par des luttes menées coup par coup, au risque de s’opposer, sur des effets différents des mêmes causes. Autant dire que les actions de ces formations avaient peu d’influence sur le système d’exploitation : elles l’aiguillonnaient mais ne le menaçaient pas. Faute de se renouveler, les mouvements d’opposition étaient devenus des appareils lourds et rigides, ils avaient perdu leur actualité et leur combativité pour ne plus jouer qu’un rôle régulateur. Ils ne répondaient plus à l’attente d’une partie croissante de la population et décevaient même beaucoup de leurs militants.

C’est à l’écart, en réaction contre les insuffisances et la sclérose des syndicats, partis et associations, qu’entre d’autres tendances, le courant écologique est né sous l’impulsion de militants venant d’horizons différents. En fait, l’action écologique a hérité des élans et des espoirs du mouvement révolutionnaire de 68. Dès ses premiers balbutiements, elle a été le lieu de rencontre de nombreuses luttes, un lieu d’échanges et de confrontation.

Les écologistes se sont opposés d’emblée aux concepts surannés des vieux routiers de la politique et aux avis sécurisants des démagogues au service des pouvoirs. Ils ont commencé un combat difficile qui allait les conduire à dénoncer les nouvelles formes de paupérisation et à annoncer les limites de l’exploitation de la nature.

Le courant écologique a abordé de manière originale des thèmes remettant en cause les structures et les orientations de la société industrielle. D’action en action, les critiques se sont affinées, intégrant de plus en plus d’éléments et révélant des problèmes méconnus. Les écologistes ont contribué à démystifier les dogmes qui servent d’alibis à la course au profit. Ils se sont lancés dans une critique du culte du progrès qui est célébré en toutes occasions pour faire croire que tout ce qui est réalisable est nécessairement bon pour la collectivité. Cette critique du progrès expansionniste, qui est une constante de l’action écologique, s’est concrétisée en des luttes multiples contre le gaspillage, les mécanismes d’exploitation et les outils de pouvoir, tel le nucléaire, qui préfigurent la société centralisée et répressive que les possédants façonnent.

Dans le même temps, presque escamotées par le côté spectaculaire, au sein du courant écologique se produisaient des transformations qui allaient influer sur le cours de l’action. Des groupes vieillissaient. Ils n’échappaient pas au processus de lente dégénérescence qui atteint toutes les formations qui ne remettent pas en cause.

Polarisée sur les grands phénomènes extérieurs, la critique négligeait les affaires internes, et les petites modifications susceptibles d’altérer l’action ne provoquaient guère de réaction. Excepté « Survivre et Vivre », l’autocritique était quasi inexistante. La morale de la paille et de la poutre se vérifiait une fois de plus. Des habitudes anodines se transformaient insensiblement en contraintes. Des formes d’organisation transitoires se prolongeaient. Des militants plus disponibles que les autres, souvent transfuges de milieux bourgeois, investissaient dans l’écologie leur ambition de se forger une petite notoriété. Trustant les responsabilités, s’identifiant à l’action, ils imposaient progressivement leurs idées et des objectifs complexes justifiant une division des tâches et justifiant leur pouvoir virtuel. Ce faisant, ils foulaient aux pieds l’identité de leurs camarades, bafouaient les espoirs qui sont à l’origine de l’action et bloquaient le renouvellement de quelques groupes. Les inégalités de la société se reconstituaient dans le mouvement. Des clivages se dessinaient dans les groupes et entre eux. Des schémas hiérarchiques se précisaient. Les partis anciennes du courant écologiques retombaient dans les mêmes ornières que les syndicats, partis et associations, leurs prédécesseurs. Elles perdaient leur originalité et leur attrait. En elle, l’utopie s’embourgeoisait. La spontanéité et l’enthousiasme faisaient place à un militantisme morose.

C’est alors que se présenta l’occasion de participer à la campagne présidentielle de 1974. Promue par quelques écologistes qui firent plus ou moins mine de jouer le jeu électoral, la candidature de René Dumont était motivée par la volonté de diffuser largement des idées d’ordinaire filtrées et dénaturées par les moyens d’information. Les résultats dépassèrent toute attente : au-delà de l’impact sur l’opinion publique, la campagne secoua la routine militante et fit l’effet d’un catalyseur sur tout ce qui couvait dans les coulisses du mouvement. A la faveur de l’action commune et de l’exitation du moment se révélèrent les incompatibilités entre des conceptions, des pratiques et des dynamismes différents. Les choses se décantèrent si bien que, la campagne achevée, l’affaire tourna à l’affrontement quand, rêvant d’imiter les notables politiques, des militants envisagèrent de structurer le courant écologique à l’image des vieux modèles. Les uns redécouvraient avec incompréhension et une pointe de dépit la vitalité du mouvement, les autres refusaient la récupération et la sclérose.

Malgré quelques rides, nourri de l’expérience des succès et surtout des échecs, le courant écologique poursuit ses combats et étend son audience. Si des groupes vieillissent, beaucoup d’autres naissent et reprennent le flambeau. Cette succession de générations assure le renouvellement de l’ensemble du mouvement qui, comme tout milieu vivant, se perpétue dans la diversité. C’est ce brassage permanent qui lui permet d’échapper aux tentations de la facilité et de s’ouvrir à d’autres préoccupations. Né au carrefour des luttes, après une phase d’afirmation de son identité « écologique », son caractère composite tend à reprendre le dessus. Les écologistes se fondent de plus en plus à d’autres courants d’inspiration libertaire et, pour une partie, s’orientent vers des actions moins spécifiques et plus concrètes que toutes celles menées jusqu’alors.

Après les luttes d’opposition aux réalisations et aux projets nuisibles, qui constituent un premier réflexe de défense, après les campagnes d’information, dans le prolongement des critiques techniques et politiques, les écologistes arrivent à un tournant. Face aux technologies sophistiquées, face au « meilleur des mondes » qui se prépare, ils font des contre-propositions, ils recherchent d’autres orientations de la production et de la consommation, ils imaginent des modèles de société décentralisés et auto-organisés. Cependant, ces solutions sont encore trop incertaines pour convaincre. Aussi séduisantes soient-elles, les idées n’ont pas valeur de démonstration. Hors d’une période de crise pré-révolutionnaire, elles ne sont pas assez fortes pour tirer de l’apathie tous ceux qui, même conscients de leur aliénation, se sont résignés à l’impuissance. Alors, des militants abandonnent à d’autres la ronéo et les manifs pour retourner à la terre, fonder des coopératives ouvrières et des réseaux de distribution, étudier les technologies douces ou créer des communautés expérimentales. Ils retroussent leurs manches pour prouver par des actes que leurs théories sont réalistes. Ce n’est pas leur seule motivation. Ils ont aussi l’ambition de réduire les contradictions qui déchirent toute personne engagée entre les aspirations, la pratique militante et l’expérience vécue dans la société.

C’est l’amorce d’une nouvelle étape de l’action où l’effort portera sur la concrétisation de l’utopie. Du chauffe-eau solaire au village autogéré, les réalisations permettant d’échapper à certains mécanismes d’exploitation illustreront les possibilités de changement à court terme, tout en s’inscrivant dans un projet révolutionnaire basé sur le développement d’un pouvoir populaire. Porteuse d’espoir, cette action répondra à l’attente de tous ceux qui subissent le système d’exploitation capitaliste et les encouragera à reconquérir la maîtrise de leurs conditions de vie.

Alain-Claude Galtié, décembre 1975

 

Avec le recul :

En décembre 1975, je manquais d’information pour comprendre ce qui s’était passé et quelles en seraient les conséquences. Je croyais, je voulais croire que le mouvement alternatif survivrait aux agressions.

Cet article était une commande urgente pour un livre rassemblant les contributions de plusieurs acteurs de l’écologisme. Il devait être intitulé : « Ecologie, crise et révolution« . Il n’est jamais paru. L’article, le livre c’est une autre histoire. Son auteur-coordinateur, Roland de Miller, compagnon des années de la Protection de la Nature, ne s’en est jamais expliqué depuis.

En fait, le livre est paru, mais…

Ce n’est qu’en 2011, au hasard d’une recherche, que j’apprendrai que Pierre Samuel avait patronné la sortie d’un livre qui, initialement, était le fruit du travail de Roland de Miller. Pour cette publication sur l’écologisme rassemblant des acteurs du mouvement, ce dernier m’avait demandé une contribution, puis il m’a dit, plus tard, que le livre ne serait pas publié. Il a été publié, mais sans mon article ni ceux d’autres écologistes, remplacés par ceux de plusieurs de leurs exécuteurs, et, propagande révélatrice, avec une large place faite à la très confidentielle Ecoropa. Le tour de passe passe continuait en se raffinant et la réécriture de l’histoire du mouvement était déjà bien avancée. En 1975, le titre devait être « Ecologie, crise et révolution« . En 1977, après l’intervention de Pierre Samuel, Ecoropa and Co, il est devenu « Les écologistes présentés par eux-mêmes » ! Ce forfait signe la responsabilité de la bande agglomérée dans Ecoropa, et auparavant dans Diogène (dès 1969/70), dans la manipulation et la falsification qui a escamoté la nouvelle gauche écologiste. Le truchement de Denis de Rougemont, Edouard Kressmann, Jacques Delors… souligne lourdement la relation entre ces officines et le Congrès pour la Liberté de la Culture, le Mouvement Européen et, dans la coulisse, le Comité américain pour l’Europe unie, la Division des actions internationales (IOD) de la CIA, le Psychological Strategic Board (PSB) de la même origine, etc.

Entre le soutien militant aux entristes du capitalisme et la censure appliquée aux écologistes alternatifs, Roland de Miller a clairement montré la valeur du « spiritualisme écologiste » dont il se réclame. Cet épisode confirme l’avertissement de Bernard Charbonneau : « Dans la mesure où le matériel humain, notamment la jeunesse, réagit au monde invivable que lui fait la croissance, il importe de contrôler ses réactions en lui fournissant les divers placebos intellectuels qui les détourneront dans l’imaginaire« .
Et : « Tout intellectuel ou militant français engagé dans cette lutte (l’opposition à la société industrielle) ne devrait jamais oublier à quel point l’éveil de l’opinion a été une entreprise préfabriquée » pour substituer des « notables (qui) ne sont pas par hasard à ce rang » aux vrais acteurs du mouvement (« Le mouvement écologiste, mise en question ou raison sociale« , n° 21 du mensuel écologiste La Gueule Ouverte, juillet 1974). Et il devait en savoir beaucoup sur la structure de l’escroquerie puisqu’il allait adhérer à Ecoropa et accepter de figurer dans le livre mentionné plus haut.

Evidemment, le contenu de mon article était irrecevable pour les détourneurs de l’écologisme alternatif à la domination capitaliste auxquels Roland de Miller ne refusait rien depuis longtemps déjà. Sympas ces compagnons de route qui n’ont jamais eu à se plaindre de votre fréquentation, bien au contraire, et qui, en jouant l’amitié, vous plantent le couteau le plus long et le mieux affûté dans le dos ! Ce nouveau coup s’inscrivait dans la progression de la manipulation commencée avec les manoeuvres de séduction de l’association Les Amis de la Terre vis à vis du Groupe de la Semaine de la Terre. Miller y avait joué un rôle déterminant, sans pour autant prendre part à l’événement alternatif.

Il n’est pas inutile de savoir que, parallèlement (1976), Roland de Miller participait à la constitution du très élitiste et très réformiste (tout à fait capitaliste) « collège invisible de l’écologisme » : Ecoropa (détails dans : « Juste une question de civilisation » sur le blog). Il est vrai qu’il avait pris part, dès 1970, à un autre cercle ultra-confidentiel (Diogène) en compagnie de plusieurs personnages originaux, dont Denis de Rougemont, l’homme du Congrès pour la Liberté de la Culture et de la politique européenne atlantiste, et de Jacques Delors ! Forcé de reconnaître l’affaire beaucoup, beaucoup plus tard, il la baptisera « club européen des têtes pensantes de l’écologie » pour maquiller la forfaiture.

Dans « Un peu d’espoir », j’évoquais Survivre et Vivre pour sa qualité critique. Cela seul devait suffire à décider les naufrageurs de l’écologisme, dont, désormais, Pierre Samuel, ex de Survivre rallié au « collège invisible« , à me censurer définitivement (1).

Or, Survivre et Vivre venait justement de mettre fin à sa publication. Voici ce que j’écrivais dans un annuaire de la presse alternative destiné à Ecologie…

Le dernier numéro est paru au printemps 75 :
« A ce point, nous arrêtons la parution de Survivre et Vivre. Lassitude de ce titre qui nous marque de catastrophisme écologique. Mais pas seulement. Ce numéro, on le verra, ne fourmille pas de textes politiques – c’est à dire programmatiques -, la fiction y tient une grande place. C’est en un sens le signe que nous ne pouvons plus parler. La parole politique est critique ou programmatique. En ces deux domaines, nous sommes devenus bien malhabiles parce que nous ne croyons plus beaucoup aux vertus de l’un ou de l’autre discours. (…) L’époque change le statut du discours : ce qui est dit a moins d’importance que par qui c’est dit et pour quoi c’est dit. L’autogestion, par exemple, est un mot qu’utilisent le PS et les réformateurs, gens dont on peut penser qu’ils réprimeraient avec une certaine énergie un mouvement ouvrier qui voudrait réaliser le pouvoir des Conseils. Autre exemple : « Changer la vie », formule vitriolée des surréalistes est devenue une formule des plus plates. De même Illich est moins critiquable pour le contenu de ses livres que par la destination qu’il leur donne : convaincre les élites. De même encore, il convient surtout de se demander ce que défend tel ou tel écologue. Quels rapports sociaux se cachent derrière la « Nature » que défend tel ou tel ? Quel rapport au savoir se cache chez tel prof qui se met au service de la lutte antinucléaire ou anti-agriculture chimique ? Etc. Dans ces conditions, une revue qui n’est pas l’affirmation d’un mouvement, qui fait de la critique ou du programme en quelque sorte « en l’air », ne fait qu’apporter sa contribution à la vaste entreprise de reconstruction idéologique en cours (…) Nous continuerons à écrire par d’autres voies, affiches publiques, textes ronéotés circulant parmi ceux avec qui nous nous sentons des affinités, c’est à dire aussi ceux d’entre vous qui nous en aurons fait la demande. Bien sûr, ceci veut dire aussi que le groupe dit « S et V » continue à se réunir dans les mêmes conditions que par le passé, avec seulement une pratique et une parole qui ne passeront plus par ce journal« 
« S et V », 6, rue Chappe – 75018 Paris

Dommage qu’ils n’en aient pas dit plus car, avec le recul de la connaissance des grandes manoeuvres de l’époque, on devine qu’ils auraient pu aider à y résister. « la vaste entreprise de reconstruction idéologique en cours » et les interrogations feintes sur les rapports sociaux défendus par tel ou tel, trahissent qu’ils en savaient beaucoup plus que moi à l’époque, et qu’ils avaient des révélations à faire sur certaines personnes qui nous donnaient encore le change. A ma connaissance, les alternatifs de Survivre et Vivre n’ont pas dérivé (enfin, pas tous), comme était en train de le faire Bernard Charbonneau séduit par la crème du Congrès pour la Liberté de la Culture – précisément, les organisateurs de « la vaste entreprise de reconstruction idéologique en cours« . Mais…

Pourquoi en rester, comme ce dernier l’avait fait dans La Gueule Ouverte de juillet 1974, à une dénonciation vague sans dire les choses clairement ?

Pourquoi ne pas contacter ceux qui se battaient contre ce qu’ils n’arrivaient pas à identifier et ne pas leur apporter la précieuse information manquante ?

Pourquoi laisser le mouvement, dont ils disaient faire grand cas, démuni face aux manipulations ?

Pourquoi sont-ils rentrés dans leur coquille, muets devant l’imposture et l’effondrement de l’alternative ?

Pourquoi ?

Il me faudra à peu près 30 ans pour découvrir ce que Bernard Charbonneau (c’est sûr), les gens de Survivre et Vivre et quelques autres savaient dès le départ… Pourquoi cette omerta ?

L’entreprise de reconstruction idéologique en cours était-elle trop « vaste« , trop puissante pour que les initiés osent l’affronter ? S’agissant, comme j’ai enfin pu le deviner depuis, de l’offensive idéologique accompagnant la mondialisation de l’ultra-capitalisme, il est sûr que ses commanditaires et ses exécutants étaient influents et dangereux.

 

(1) Pierre Samuel qui n’avait fait mine de nous rejoindre que pour participer au contrôle et à l’élimination des écologistes préparée par Alain Hervé et Brice Lalonde. Il avait été parfait dans son rôle jusqu’à la rédaction du supplément au numéro 6 du Courrier de la Baleine (fin 1973, début 1974) : Centrales nucléaires, introduction au débat. J’étais censé collaborer avec lui à l’écriture de ce texte, mais il avait supprimé une partie de ma proposition, celle où je précisais que l’industrie nucléaire est un outil de pouvoir. C’était trop. Ça sortait du cadre imposé par les surveillants dans la coulisse. Les mêmes, à n’en pas douter, que ceux évoqués par Alain Hervé quand il s’était opposé à l’alerte contre les emballages jetables, trois ans auparavant.

HISTOIRE CONTEMPORAINE – Une mémoire du mouvement écologiste 4 : 1974

Puis il m’avait tourné le dos. Comme son fils Laurent qui n’allait pas tarder à se révéler un adversaire venimeux du projet politique de l’écologisme en soutenant la reproduction des structures du pouvoir capitalisé. Ces deux-là servaient le plan du « collège invisible » Diogène-Ecoropa de Denis de Rougemont/Congrès pour la Liberté de la Culture et autres officines de la globalisation; mais comment l’aurions-nous deviné ?

Comme un aveu, Pierre Samuel allait se comporter bizarrement lors de notre dernière rencontre (probablement en 1979). Un jour où, passant à côté du local des Amis de la Terre de la rue de l’Arbalète (Paris Vème), je rentrais pour regarder les livres exposés, Pierre Samuel rentra le sourire aux lèvres. Me voyant, son visage se décomposa et il fut pris d’un accès de colère violent qu’il déchargea sur un jeune militant qui avait le tort de se trouver à ses côtés, puis il disparut dans l’arrière boutique en hurlant des imprécations. 

 

 

 

1976

Léonard Peltier est jeté en prison. Il y est encore.


http://fr.wikipedia.org/wiki/Leonard_Peltier
http://freepeltier.free.fr/
http://www.lesvoiesdelaliberte.be/spip.php?article492
http://www.leonardpeltier.net/
http://www.allmovie.com/movie/incident-at-oglala-the-leonard-peltier-story-v24692

 

 

 

 

 

 

Billet sur les manoeuvres politiciennes pour s’approprier une image écologiste tout en décriant et frappant l’alternative

Même inquiétante, la vie politique n’est jamais triste. Attention,je ne parle pas de la prise en charge de la vie sociale, culturelle et économique par les citoyens eux-mêmes. Non, cette vie politique là est bien malade : quoique riche encore de potentialités, elle appartient au passé ou à d’autres civilisations ou à l’avenir des optimistes. Je parle de l’agitation superficielle qui lui a été substituée : la pantomime des schizoïdes, paranoïaques, mégalomanes et autres grands délirants fétichistes du micro et de la caméra. En ce moment, la pantomime remplit parfaitement son office. Elle est assez spectaculaire pour distraire les « veaux » – je veux dire nous – des véritables problèmes.

Un pouvoir monopoliste qui tient conseil en province par souci de décentralisation. Un plan gadget, dont on nous rebat les oreilles, dressé contre un monstre mythique bien pratique pour occulter l’absurdité du système économique. Un rassemblement où le culte de la personnalité, les loggorhées grandiloquentes et l’enthousiasme fantique et maladroit rappellent étrangement les fastes ubuesques de la montée d’une certaine idéologie de l’ordre quelque part il n’y a pas si longtemps… Nous sommes gâtés !

Une farce plus modeste retiendra un instant l’attention des écologistes. Il s’agit des manoeuvres de séduction ébauchées à leur égard par les différents partis. Après le PSU et le Parti Communiste, c’est au tour du flambant neuf RPR dont le duce Jacques Chirac feint de reconnaître que nous sommes « bien loin de poursuivre un rêve fumeux« . Trop aimable ! Et le Parti Socialiste ? Monique Cazaud, qui était chargée des problèmes d’environnement au PS, vient de démissionner en raison du peu d’intérêt porté à l’écologie par la direction du parti. Une décision qui ne surprendra pas l’observateur qui, faute de connaître les coulisses du PS, garde en mémoire les déclarations hostiles aux préoccupations écologiques formulées par quelques-uns de ses membres les plus en vue (1). Pourtant, le Parti Socialiste n’entend pas être plus timoré que ses rivaux dans le domaine de l’imposture. Il appose sur tous les murs une petite affiche qui, sur le dessin d’un oiseau en vol, dénonce : « le capitalisme détruit la nature » et appelle à sauver la vie… Electeur, que ne ferait-on pas pour te séduire ?!

Alain-Claude Galtié
9 décembre 1976 pour l’APRE hebdo

(1) François Mitterrand, février 74, « Sans doute, il faut avoir peur de la pollution, car toute peur est salutaire. Mais il ne faut pas que cette peur dégénère en panique car alors nous retournerions au malthusianisme. On ne reviendra jamais au bon sauvage dont la moyenne de vie ne dépassait pas vingt-cinq ans !« 
Pierre Mauroy, juin 76, « S’opposer à l’énergie nucléaire est un crime contre l’intelligence« 
et… Charles Hernu… Pire encore !

Toute l’arriération des « élites » politiques françaises est condensée là ! Ce niveau d’inculture et d’inconscience dit beaucoup sur le sort qui, déjà, avait été réservé à la nouvelle gauche écologiste.

 

 

 

 

 

1977



après quarante ans de cauchemar,
Franco cède la place et meurt

Mort de Jacques Prévert

 

 

 

Le texte suivant a été écrit par les Amis de la Terre de Caen. Il est paru dans le n° 229 de l’APRE/hebdo le 28 janvier 1977 (5ème année). Bien que la plupart des écologistes de la première heure aient déjà été poussés hors des principales associations, il est caractéristique du sens politique de l’écologie selon le premier mouvement écologiste car il subsistait encore des îlots de résistance :

Il y aurait beaucoup à dire sur la précipitation avec laquelle des écologistes, et non les écologistes, se sont lancés dans les élections municipales à travers la rédaction de la charte de Saint-Omer. A Saint-Omer, faut-il le rappeler, il y avait peu de monde (cf. APRE/hebdo n°223 qui donne un décompte précis) ; peu de groupes locaux Amis de la Terre ou autres étaient là. Et comme la distance n’explique pas tout, l’absence de beaucoup de groupes (la majorité en fait) ne peut marquer qu’une défiance vis à vis de cet engagement dans la bataille électorale. Il ne faudrait pas croire d’ailleurs que l’unanimité régnait (cf. la Gueule Ouverte n°136). Ce qui nous a le plus déçus, c’est la hâte de certains à rédiger le catalogue en 20 points, le refus souvent sectaire d’écouter les objections et l’ironie qui tenait lieu d’argument face à d’autres points de vue.

Ainsi, le référendum, la délégation de pouvoir ne sont pas des choses qui vont de soi. La présentation de candidats choisis par un petit groupe, avec un programme établi à l’avance, est un choix qui n’affronte pas les causes de la passivité de nos concitoyens ni les causes de la dégradation écologique.

En fait, la « Charte de Saint-Omer » passe à côté de l’essentiel, car il y a eu erreur de méthode, et elle est donc irrecevable. Nous avons donc refusé de participer au vote qui a eu lieu.

Alors, où en sommes-nous ?

Ce serait à notre avis très grave que de nombreux groupes s’installent dans un silence (difficile à interpréter), dans une passivité de fait vis à vis d’un problème politique essentiel : celui du pouvoir. C’est pourquoi nous avons rédigé le texte ci-dessous, que nous soumettons dans notre région à tous les groupes et associations susceptibles d’être intéressés (sauf ceux qui vont aux élections bien sûr).

Nous aimerions par ces propositions suscite un débat national, voir s’élaborer des propositions, des critiques et s’engager enfin, et tant qu’il en est encore temps, le vrai débat. Alors, écrivez-nous, écrivez à la presse écologique. Nous sommes prêts, pour notre part, à dépouiller vos réponses et à les répercuter aussitôt. Faites vite !

 

L’écologie et la commune

La période électorale qui s’ouvre met une fois de plus en évidence l’incapacité des appareils politiques traditionnels à comprendre que les problèmes écologiques sont essentiels et à les prendre en compte.

La destruction des ressources naturelles les plus précieuses et de la vie sous toutes ses formes, le désordre généralisé que produit le système capitaliste dans la production et dans la vie sociale, appellent des solutions urgentes.

Ces solutions existent : décentralisation, autogestion, partage égal des tâches et des ressources, respect des différences et des minorités… Elles peuvent être mises en oeuvre, mais nous sommes désormais convaincus qu’elles ne sauraient venir d’états-majors « élus« , des « technocrates compétents« . Elles doivent être imposées par la base, exigées, appliquées et contrôlées par les conseils de quartier.


Notre opposition face au système électoral

Les critiques que nous faisons au système électoral ne sont pas des critiques de militants purs et durs, perdus dans les nuages. Elles visent à clarifier la situation, à guider notre action.

 

Critique de la délégation de pouvoir

Nous luttons contre le système économique qui consiste à capitaliser la plus-value née du travail des salariés, mais son frère jumeau, le système politique qui consiste à capitaliser les bulletins de vote et les délégations de pouvoir, n’est pas clairement démasqué. Celui qui sait, qui a un beau programme, et qui en parle bien, va, grâce à nos bulletins de vote, décider à notre place. Dans un premier temps, c’est reposant, mais le réveil est rude. Et justement l’heure est venue de se réveiller et de réveiller les voisins. Pour que chacun exerce sa part de pouvoir sans en déléguer une partie à un « élu« , il faut que l’instance de décision soit le conseil de quartier ou de village où chacun peut parler en son nom. Devant chaque problème, toutes les exigences et tous les avis pourront s’exprimer sur un pied d’égalité. Comment, dans ces conditions, seront prises les décisions ? La loi de la majorité semble être dictée par le bon sens et le souci de l’égalité. En réalité, il ne s’agit que d’une véritable escroquerie historique.

 

Critique du principe de majorité

Nous pensons que les volontés doivent être égales, donc il suffit d’une seule injustice, d’un seul opprimé, pour que le groupe social concerné doive se mobiliser et rétablir la justice. Au lieu de cela, la loi de la majorité dit : « Les volontés sont égales comme des billes qu’on peut compter, donc 51 volontés pèsent plus que 49 et à plus forte raison 99 volontés rigolent devant une volonté contraire« .

A une notion qualitative et dynamique de l’égalité, la loi de la majorité substitue une notion quantitative et paralysante. Pourtant : 1 000 habitants dans un quartier peuvent refuser d’accueillir des nomades, ceux qui les accueilleront auront raison mêùe s’ils ne sont que 10 ; 1 000 travailleurs peuvent croire le patron indispensable, les autogestionnaires auront raison même s’ils ne sont que 10 ; 1 000 citoyens peuvent accepter la destruction de la nature, les écologistes qui la défendront auront raison même s’ils ne sont que 10.

Ce qui doit emporter la décision, ce n’est pas le nombre des avis mais la qualité des arguments. Autogestion, respects des différences, rapport équilibré avec la nature : toutes ces exigences traduisent le désir que tous prennent également en charge l’intérêt de tous, de tous les hommes et de toute la nature. Entre deux thèses en présence, la plus légitime est celle qui va le plus loin dans ce sens. La loi de la majorité avec son apparence trompeuse de légitimité conduit à des erreurs de plus en plus graves, de plus en plus évidentes. Pour se vendre et pour se faire élire, il faut caresser les clients et les électeurs dans le sens du poil, et cette surenchère démagogique aboutit à la passivité généralisée que nous avons sous les yeux.

Le principe de majorité est un rouleau compresseur aussi implacable que l’absolutisme de droit divin. Aucune « différence » ne résiste. Pourtant, nous sommes tous plus ou moins minoritaires par rapport à un ensemble plus vaste : les hommes sont minoritaires par rapport aux autres espèces vivantes, et la vie par rapport à la matière inerte. Le suffrage universel méritera son nom quand les arbres et les poissons auront le droit de voter. En attendant, vive les minorités qui défendent leur intérêt dans le respect de l’intérêt général ! Nos luttes : refus du nucléaire, sauvegarde de la terre, de l’air, de l’eau, refus de l’aliénation du travail et de la consommation, etc. servent l’intérêt de tous. Nous faisons tout pour que ces luttes soient prises en charge par tous, mais nous tirons la leçon de notre amère expérience minoritaire : quand nous serons enfin très nombreux, nous ne quitterons pas pour autant le terrain qualitatif.

 

Ce que nous proposons

1.Donner la parole à la population, grâce aux cahiers verts (ou rouges ou bleus) où seront inscrites toutes les propositions pour changer de vie dans le sens de la destruction des rapports de domination (sur les hommes et sur la nature) dans la commune. Les porteurs de cahiers les font remplir par leurs voisins, par leurs amis, sur leur lieu de travail, etc.

2.Nous, Amis de la Terre, préparons des fiches de proposition sur l’eau, l’énergie, GANIL. D’autres fiches sont préparées par les groupes, associations, xsur les problèmes qui les intéressent (transports, consommation, loisirs, etc.). Toute participation est donc joyeusement accueillie ! La rédaction des fiches est une occasion de rencontre ; par exemple dans la fiche « défense populaire« , les non-violents devront enir compte des arguments du comité Chili et vice-versa. Les fiches (à la différence d’une plateforme en 20 points) n’apportent pas de réponse toutes faites, elles doivent : faire prendre conscience que les problèmes ne peuvent pas se résoudre en appliquant les règles actuellement en vigueur (autorité, propriété, compétition, majorité) ; montrer qu’autre-chose est possible dès maintenant dans une optique égalitaire ; inviter par des questions à aller plus loin.

3.Les rédacteurs de propositions, réunis autour des cahiers, forment le conseil de quartier, base du contrepouvoir. Dans ces conseils, toutes les objections, même de détail, sont prise en compte. Si ce sont des erreurs ou des exigences injustes, il faut le démontrer clairement. Le conflit s’exprime au grand jour au lieu d’être magiquement réglé par un vote. Toutes les objections qui ne contredisent pas l’exigence de justice sont retenues. Une synthèse est élaborée, qui parfois tient à des nuances importantes (« un emploi utile pour tous » et non simplement « un emploi pour tous« ). Si la synthèse ne peut être faite, on établit un ordre d’urgence dans la satisfaction des différentes exigences, en considérant non seulement le nombre de ceux qui les avancent, mais aussi la qualité de ces exigences : est-ce plus important que les automobilistes gagnent 5 minutes ou que les enfants et les personnes âgées puissent se promener en sécurité ?

4.Le conseil de quartier choisit des délégués qui rencontrent les délégués d’autres quartiers, avec des mandats précis. Par ce moyen, toutes les exigences se trouvent portées à l’échelon communal (par exemple la coordination d’opérations d’auto-réduction des loyers, de l’électricité). Les délégués restent soumis en permanence au contrôle du conseil du quartier.

5.Si les conseils de quartier le décident, une liste de délégués peut être présentée aux élections.

6.Que les élections soient ou non favorables, cette structure reste en place. Ce pouvoir, issu de la base, est le seul légitime, quelle que soit son ampleur numérique. En cas de succès aux élections, les commissions municipales sont ouvertes aux non élus qui ont le même pouvoir de décision que les élus. Le conflit avec le pouvoir central est inévitable…

Cette hypothèse d’un succès électoral est bien improbable à Caen et ne présente pas d’intérêt stratégique. Par contre, à Flamanville par exemple, une municipalité antinucléaire pourrait efficacement prendre en charge le combat contre la construction de la centrale.

Nous continuons nos campagnes d’information sur le marché, dans les MJC, etc. au moyen d’expositions, débats, films et autres.

Il est bien évident que le texte ci-dessus n’est qu’un schéma dont beaucoup de points restent à préciser. A chacun d’y réfléchir !

En résumé, ce que nous proposons n’exclut pas la présentation d’une liste, mais préserve des nuances qui sont pour nous capitales :
le programme est ouvert puisqu’il passe par les cahiers ;
les candidats ne sont pas « nos candidats », ils sont choisis par les conseils de quartier et mandatés par eux ;
nous pouvons nous soumettre à la loi de la majorité le temps du cirque électoral, mais nous fonctionnons en dehors d’elle ;
que les listes des cahiers passent ou non, le contre-pouvoir continuera à s’exercer et la lutte de se poursuivre jusqu’à disparition complète des rapports de domination.

Les Amis de la Terre
15 rue Pémagnie
14 000 Caen

 

« Toute participation est donc joyeusement accueillie !« . Cela seul résume l’esprit du mouvement écologiste, en tout cas celui du premier mouvement, et marque une différence fondamentale avec l’imposture capitaliste et électoraliste montée par une gauche déjà coiffée par la réaction et éprise de capitalisation des pouvoirs volés.

– Refus de toute structure incitant à l’abandon ou spoliant les pouvoirs pour les capitaliser,
– donc, opposition au système électoraliste et à l’ordre majoritaire propices aux manipulations,
démocratie directe,
– soucis constant du bien commun, etc.

L’exigence démocratique ancrée dans la préoccupation première de l’intérêt général témoigne aussi d’une ouverture sur la complexité qui est loin des objectifs rudimentaires et égocentriques de ceux qui, pourtant, allaient remporter les suffrages.

C’est cette expression politique menaçante pour le productivisme capitaliste, alors en pleine stratégie de renforcement planétaire, que les imposteurs infiltrés dans les mouvements autogestionnaire, féministe, écologiste, et d’autres sans doute, se sont évertués à faire taire et à évacuer dans l’oubli. Saupoudrés partout, ces entristes étaient au service de la longue préparation de la mondialisation de l’exploitation et de la marchandisation dirigée par la nouvelle caste technocratique.

Cette réaction d’un groupe écologiste confronté, dans ce qu’ils croyaient encore être le mouvement écologiste, à ces gens étrangers à la culture du mouvement qui s’étaient imposés comme dirigeants depuis la manipulation Dumont, est clairement révélatrice de l’incompréhension et du mécontentement qui régnaient. Malheureusement, comme beaucoup d’autres, la tentative de rebond ne trouvait pas le moyen de s’exprimer efficacement parce que l’imposture n’était pas clairement identifiée comme telle. Eloignés du champ de bataille parisien, coupés de ceux qui, par la presse écologiste, tentaient de les prévenir, les Amis de la Terre de Caen voyaient bien que quelque chose n’allait plus, mais ils ignoraient pourquoi et prenaient encore les imposteurs pour des militants authentiques et sincères, quoique, comme ils l’ont noté, dominateurs, sectaires et méprisants (la même attitude observée chez les dirigeants du PSU en 1974… et pour cause !).

En dépit de leurs appels à l’échange, en dépit de nos complémentarités, mes courriers resteront sans réponse et je n’arriverai pas à établir le contact avec ce groupe, comme avec tant d’autres. L’imposture avait déjà trop détruit pour qu’il soit possible de reconstruire un mouvement.

 

 

 

1977

Billet de mars 1977 sur l’écologie politique
pour l’APRE hebdo

Je ne suis pas suspect d’être hostile à l’utilisation des pantomimes électorales puisque, après avoir réalisé un sondage auprès des candidats aux législatives de 73, j’ai été l’un des premiers artisans de la campagne de René Dumont conçue comme un détournement des élections présidentielles. Pourtant, je n’ai pas voté pour la liste écologiste qui se présentait dans une commune de la région parisienne. Je ne précise pas le lieu car, si j’avais eu à me prononcer à Paris ou ailleurs en banlieue, dans les secteurs où je connais les candidats et leur programme, il est probable que j’aurais agi de même.

Pour qu’un écologiste militant depuis neuf ans se refuse à ajouter sa voix aux résultats favorables aux écologistes, il faut qu’il ait de bonnes raisons ! J’en ai en effet quelques-unes plus que suffisantes pour mettre mal à l’aise quiconque a vu dans l’engagement écologiste plus qu’un baroud réformiste.

Sans doute, l’idée de participer aux municipales était-elle bonne mais, pour faire le poids (quantitativement), des écologistes que la rumeur désigne parmi les plus engagés n’ont pas hésité à battre le rappel (1) et à s’allier à d’autres écologistes dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne sont pas révolutionnaires. Les uns et les autres ont fait des concessions et il faut croire que la balance n’était pas favorable aux gens de gauche pour que l’accord ait été conclu sur la pire des solutions : la neutralité. Il en est résulté un cocktail des plus curieux dont le catalyseur est une conception étroite de l’écologie politique.

Je ne me reconnais pas dans cette écologie « politique » sans odeur ni saveur qui se contrefout de contribuer au maintien des premiers responsables de la crise écologique. Je ne me reconnais pas dans le goût pour l’électoralisme dont les candidats les plus progressistes ont fait preuve en taisant leurs idées sous prétexte d’efficacité et en sacrifiant un peu trop au vedettariat. Je ne me reconnais pas davantage dans cette écologie militante confuse où se côtoient des gens aux intérêts incompatibles. Mais sans doute suis-je plus qu’écologiste.

Dès le premier tour, j’ai donc voté pour la liste la moins mauvaise : celle de l’Union de la Gauche. Non pas que je crois que la Gauche au pouvoir instaurera un socialisme autogestionnaire et « écologique » mais c’est la seule force capable d’amorcer un processus de changement. Il faut parfois faire des infidélités à ses convictions pour pouvoir les servir plus tard avec quelques chances de succès.

Alain-Claude Galtié mars 1977

(1) …un rappel sélectif éliminant les plus radicaux.

 

 

 

 

article écrit dans une complète ignorance des coulisses de la grande manipulation dont je ne voyais alors que quelques effets

Le vers dans le fruit

« Les exploiteurs se sont toujours considérés comme l’avant-garde des exploités« 
Anton Ciliga (Lénine et la révolution)

Quand, enfin, on prend conscience du changement, on est un peu surpris. On se dit « Tiens, ils ont attrapé la grosse tête, c’est sans doute qu’ils l’avaient fragile, ça leur passera« . Puis, comme ça ne passe pas, on trouve qu’ils prennent goût à jouer les importants mais que « Bah, c’est pas trop gênant du moment qu’ils ne déconnent pas trop et abattent leur part de boulot« . Le bobo à la tête faisant des progrès, on pense bien qu’ils exagèrent, pourtant on supporte :
– parce que ce sont des camarades et qu’on va tout de même pas se bagarrer pour une attitude qui n’est peut-être que passagère,
– parce que ce n’est pas le moment de se distraire de l’action pour régler des différents internes,
– parce qu’on a peur de passer pour un mauvais coucheur, etc.
On se trouve des bonnes raisons pour ne pas s’opposer à ce qui, on le pressent, deviendra bientôt intolérable. A force de bonnes raisons et de passivité, on tend à devenir complice malgré soi de la malhonnêteté qui se trame. Et, un jour, on n’en peut plus ; on le dit, on l’explique et on s’aperçoit que la « grosse tête » était mépris et qu’on a été bafoué. Ca fait mal mais on s’en remet fort bien. On en vient même à penser que l’expérience a été bénéfique, car éducative, et que ses enseignements doivent profiter aux autres, à toi, à lui, à elle… pour les aider à déjouer les menées de ces nuisibles d’entre les nuisibles : les arrivistes.

Choeur des arrivistes :
Certains disent que nous sommes des égoïstes à la vue basse, des imprévoyants qui se foutent pas mal des autres, de leurs proches mêmes, parce qu’ils ont trop peu d’intelligence pour voir leur intérêt dans des relations d’entraide et d’égalité. Ils ne comprennent pas que nous n’avons de passion que pour les plaisirs solitaires… Pourvu que nous soyons entourés de voyeurs, d’un maximum de voyeurs dont les yeux humides de bons chiens-chiens nous renvoient notre image magnifiée et multipliée !

Vous ne pouvez pas savoir combien notre petite fantaisie nous coûte d’efforts. Elle exige une maîtrise de tous les instants pour interpréter avec conviction les rôles de composition que nous nous assignons afin de subjuguer la foule des gogos. Comme une drogue, l’ivresse de la notoriété et de l’exercice d’un pouvoir sur autrui nous pousse à tenter des bancos de plus en plus gros : elle nous accapare totalement, c’est notre raison de vivre.

Vous vous étonnez que nous parvenions à nous jouer de presque tout le monde ? Eh, c’est que vous êtes naïf ou que vois connaissez mal votre histoire. Pour vous édifier, écoutez donc une recette parmi tant d’autres…

Vous êtes torturé par l’ambition de devenir « quelqu’un » et vous vous morfondez dans votre milieu car toutes les bonnes places sont prises, et bien prises. Que faire ?

Cherchez ailleurs un endroit où il vous sera facile d’affûter vos dents et de sortir de l’anonymat. Faites une étude de marché.

Jetez de préférence votre dévolu sur un mouvement jeune mais promis à un bel avenir et qui manque singulièrement de « cadres » (selon vous).

Ne foncez pas tête baissée. Commencez par visiter quelques personnes choisies gravitant autour de ce mouvement pour les sonder sans en avoir l’air et déceler les failles par où vous pourrez vous insinuer.

Maintenant, vous pouvez paraître aux réunions en faisant bonne figure pour amadouer les militants et gagner leur confiance.

Après quelques semaines d’observation, faites-vous bombarder président lors d’une assemblée générale bidon. Comment ? Mais en vous faisant « élire » par des comparses rameutés pour l’occasion quand, à l’issue de la réunion, la plupart des militants seront partis. Pas d’inquiétude, ces derniers accepteront sans trop y prêter attention ce nouveau président surgit de nulle part (comme le précédent, d’ailleurs !).

Laissez ces braves militants à leurs chimères et entrez dans votre peau toute neuve de président en vous imposant partout et en donnant votre avis sur tout : identifiez-vous au mouvement, installez-vous.

Exploitez chaque action pour vous mettre en avant.

Ne vous souciez pas de redistribuer les informations collectées en « représentant » vos « camarades« . Gardez au moins les plus intéressantes pour vous.

Des militants prennent-ils la décision de détourner le système électoral en faisant mine de participer dans les formes à une consultation nationale ? Réalisez que – à perversion, perversion et demie – c’est le moment ou jamais de vous faire mousser et de préparer le terrain pour des entreprises personnelles ultérieures. Participez au jeu de la promotion d’idées mais évitez que l’action se radicalise.

Profitez des remous causés par la participation du mouvement aux élections pour vous débarrasser de la vieille garde des empêcheurs de magouiller et de dominer tranquille. Pour cela, procédez par étapes en vous appuyant sur des néophytes faciles à circonvenir, des militants serviles et des opportunistes (vos frères par la psychologie) dont vous avez su vous faire des alliés grâce à quelques douceurs.

Sous prétexte que cela réduira les frais, faites de votre domicile le PC du mouvement pour être en permanence au centre de l’action et gouverner sans contrôle.

Fermez votre porte (la porte du mouvement, par conséquent) aux « réunions bordéliques » où les militants et les autres se rencontrent, échangent des informations, sympathisent, prennent des initiatives et, quelquefois, critiquent.

Orientez tout doucettement le mouvement vers des actions de longue haleine, des « affaires de spécialistes« , des objectifs mirages représentatifs si possible (ce n’est indispensable qu’au début) de quelques préoccupation de la « base » correspondant à votre intérêt. Empruntée aux gouvernements, aux partis et aux syndicats, cette manoeuvre permet, en invoquant l’importance de certains buts et la sacro-sainte efficacité, de refouler aux calendes grecques toute velléité de traduire les idées dans la pratique militante, de « changer la vie« , etc. Ce subterfuge a aussi pour objet de justifier l’installation d’une caste de militants professionnels à la tête desquels vous vous placerez tout naturellement.

Entreprenez de concilier la voie contestataire et la voie du bon vieil électoralisme pour amener les inexpérimentés, et les ventres mous dont vous avez l’oreille, au réformisme, et gagnez une clientèle conservatrice.

Cultivez avec soin vos contacts au sein de l’Union de la Gauche et, dans le même temps, n’hésitez pas à menacer celle-ci de lui mettre des bâtons dans les roues. Pourquoi ? Mais pour que l’état-major des exploiteurs de gauche, vos aînés, vous achète en vous invitant à siéger dans ses rangs, pardi !

Rassurez l’opinion peureuse (et vos confrères de la gauche) en n’empruntant au mouvement écologique que les idées qui n’impliquent pas un bouleversement de la vie politique et sociale (dont vous seriez l’une des premières victimes !). Châtrez l’idéologie, usez de démagogie. Dites bien haut que « l’écologie n’a rien à voir avec le gauchisme » *. Demain, quand vous serez confortablement vautré dans un recoin du Pouvoir social-démocrate, vous pourrez expliquer doctement que l’écologie de survie, ou « écologie scientifique« , ne peut admettre une « libération des masses par le moyen d’une émancipation des individus« , par exemple, ou une autre hérésie menaçante pour vos privilèges.

Vous croyez avoir tout prévu, tout calculé, et, pourtant, votre rêve de devenir un homme providentiel, une sorte de Chirac de l’écologie est bien près de s’effondrer car vous voici démasqué…

La « vieille garde » des écologistes a reconnu les grands traits de ta cuisine et de tes desseins avant même que je te nomme : « camarade » Brice Lalonde. Hé oui, le temps des critiques et des avertissements courtois, le temps des « je ne veux pas mettre des camarades dans l’embarras » et des scrupules juvéniles est révolu ! Ce qui m’a enfin (après 3 ans de patience) décidé à sortir de ma réserve ? C’est, bien sûr, ton obstination à poursuivre tes agissements d’exploiteur de la sincérité d’autrui (bravo, tu as bien profité des leçons du maître Rocard au PSU). Ce sont aussi les bobards de ces journalistes qui ont l’art de fabriquer des « héros » et des hiérarchies même à partir d’un mouvement de masse, car dans leur monde triste il n’y a que les potiches qui comptent. Ce sont surtout – tu vas sourire – les complexes vis à vis de toi et des Amis de la Terre de Paris que j’ai constatés chez beaucoup trop de nouveaux militants, complexes qui les handicapent et les prédisposent à écouter d’une oreille attentive les chants racoleurs des sirènes de la rue de l’Université ; complexes, enfin, qui précisent le danger de voir réussir l’OPA lancée sur le mouvement écologique par le politburo des AT.

Ma démarche peut, Brice, te paraître un peu injuste car, en présentant ton cas comme illustration de mon propos, je te charge et te sacrifie seul. Or, d’autres que toi, dont les initiatives fleurent bon le dirigisme, d’autres qui confondent volontiers organisation et structure pyramidale, d’autres qui complotent sans jamais se mouiller, mériteraient aussi leur paquet. Ils ne perdent rien pour attendre ! Il se trouvera bien quelque libertaire pour faire oeuvre de salubrité publique en les neutralisant.

Inutile, d’ailleurs, de s’appesantir sur un exemple car les arrivistes sont nombreux à rôder dans tous les milieux actifs en tirant des plans sur le pouvoir à réinventer là même où on veut le détruire. Ils hantent l’histoire façon Jours de France, mais aussi l’histoire des courants révolutionnaires dont ils se sont souvent emparés et qu’ils ont étouffés bien plus sûrement que les forces de la réaction. Ces personnages sont en effet plus redoutables que tous les argousins, les préfets et les ministres de l’intérieur car leurs armes sont le charme et la dissimulation. L’essence de leur tactique est de provoquer une démobilisation des militants et des masses en prenant en charge les activités, les idées, les aspirations jusqu’à personnifier le mouvement. Ensuite, en se présentant comme l’avant-garde éclairée, ils agitent des perspectives souriantes qui se dérobent comme l’horizon et instituent le mensonge en système d’information pour achever d’anesthésier leurs victimes. Traître aux « camarades« , traître à la cause, cette engeance n’a qu’un souci : imposer sa loi à la place de l’intérêt général, substituer à l’ordre ancien sa « légitimité« .

Que faire pour ne pas connaître le réveil ô combien douloureux des révolutionnaires mystifiés ? Suffirait-il de laisser éclater son rire devant le spectacle des pantalonnades politiciennes ? Suffirait-il d’annihiler quelques parasites ? Hélas non car, inlassablement, d’autres truands apparaîtront plus retors encore que les précédents. Alors, il faut combattre le mal avant qu’il se développe et commence à corrompre son entourage. Il faut rejeter les professionnels de l’action politique, casser les organigrammes permanents, faire en sorte que délégation de pouvoir et précarité deviennent synonymes, briser l’isolement et le sectarisme pour établir des échanges entre personnes et entre groupes… Il faut surtout refouler le goût morbide de la passivité auquel nous sommes tous tentés de succomber car ce sont nos faiblesses qui font une couche douillette au parasitisme. Il est donc vital de mener contre l’envie de se démettre de ses fonctions, contre l’envie de se laisser aller, contre le ramollissement en somme, une lutte de tous les instants, lutte sans cesse à recommencer sous peine de glisser vers l’irresponsabilité et l’assistance.

Que la paresse nous soit agréable ne signifie nullement que le désir infantile de mener une vie passionnante aux dépends d’autrui ne nous effleure jamais. Nous vivons en minables et nous faisons des rêves de gloire qui trahissent notre frustration de ne pas être tout simplement des individus autonomes sans fureur ni crainte. Les exploiteurs peuvent être satisfaits de leur oeuvre, eux qui nous ont inculqué la dualité dominateur-dominant, actif-passif… au point de nous faire oublier voire redouter ou mépriser tout ce qui se rapporte à la troisième voie (tiens tiens !) : l’individu libre et l’anarchie (celle-ci grossièrement défigurée par les esclavagistes de toutes couleurs). Bien entendu, ce n’est pas par fantaisie que les exploiteurs font tout pour laminer notre personnalité et que les aspirants « leaders » cultivent le comportement moutonnier de leurs futurs sujets. Ils savent que seuls le réveil des individus autonomes et solidaires peut les envoyer aux oubliettes avec leur panoplie hiérarchique et étatique. Pourquoi donc les priver de cette croisière ? Commençons par entraîner toutes les forces refoulées que nous sentons en nous afin qu’elles deviennent assez puissantes pour défoncer la chape des inhibitions et des interdits. Prenons notre part de vie à bras le corps sans en céder une miette et sans rechigner devant l’effort. L’émancipation et la liberté sont à ce prix !

Alain-Claude Galtié, été 1977
pour Ecologie

* « l’écologie n’a rien à voir avec le gauchisme« … Très drôle de la part de qui en vient, même si cela n’était qu’un simulacre de plus, et qui a été porté et défendu par des gauchistes label rouge.

Une génération après cet avertissement, on voit que l’imposture réussit à gommer durablement l’authenticité, même quand la vie est en jeu.

 

 

 

Les bolcheviks sont encore là !

Le Matin – « de Paris » il y a peu – vient de publier en une semaine un « document spécial » signé Pierre Feydel et David King sur l’histoire de la révolution russe. « Spécial« , le document l’est en effet, mais peut-être pas pour les raisons qui ont inspiré ce vocable aux rédacteurs. L’histoire de la révolution russe a toujours été maquillée par les zélateurs du socialisme autoritaire. Allait-on connaître enfin la vérité grâce au Matin, journal-de-gauche-qui-garde-son-indépendance-vis-à-vis-des-appareils-de-la-Gauche ? Allons donc ! Et les mêmes fables rabâchées depuis 60 ans de ressortir…

Ainsi, les grands, les authentiques animateurs de la révolution russe étaient… vous l’avez deviné : les bolcheviks ! Dans l’histoire selon Le Matin, les bolcheviks sont partout, ils font tout, ils sont les seuls détenteurs de la vérité révolutionnaire ou presque et pas un mot n’est dit de la révolution populaire qui, à partir de février 17, transforma la vie économique et sociale jusqu’à la prise de pouvoir des socialistes étatistes. Pourtant, chose curieuse et un peu déconcertante, quelques traits de lumière traversent le texte de P. Feydel. Incidemment, les anarchistes ukrainiens, en la personne de Nestor Makhno, sont reconnus révolutionnaires, mais, des 3 ans de socialisme libertaire et de guerre menée à la fois contre les armées blanches et l’armée rouge de Trotski, point de trace. De même, j’ai failli tomber de ma chaise en lisant une présentation très sommaire mais honnête des événements de Pétrograd et de Kronstadt en février-mars 1921. Il est question aussi de l’arrestation des révolutionnaires non bolcheviks, mais, de leur élimination physique (le « coup de balai » organisé par Trotski contre les milieux anarchistes dès avril 1918 par exemple), de leur déportation dans les camps d’extermination du Turkestan et de Sibérie, point de trace. Des traitements drastiques (exécutions et tortures en tous genres) de la Tchéka, la police politique constituée après octobre 1917 sur l’ordre de Lénine (une préfiguration de la Gestapo), point de trace. Peu de chose sur le centralisme étouffant, l’interdiction d’initiative, le blocage de tout échange économique spontané entre les villes et les campagnes, qui contribuèrent fortement à la récession et au développement de la misère et des famines. Rien sur le rançonnement brutal des paysans par l’armée et la police. Rien sur le « stakhanovisme » et l’asservissement de la classe ouvrière encadrée par des gardes-chiourmes communistes. Rien – les bribes d’information sur Kronstadt exceptées – sur les vagues de répression, souvent plus implacable et aveugle que sous le régime tsariste lui-même. Au total, trois fois rien sur la dégénérescence éclair du bolchevisme qui, en quelques mois après octobre 17, se mua en une dictature infernale sur le prolétariat. Beaucoup de détails en revanche sur des exploits imaginaires de Trotski qui, à la tête de son armée d’esclaves, triompha, nous dit-on, de Youdenitch, de Koltchak, de Denikine, de Krasnov, de Wrangel, de Tchaïkovsky, alors que les offensives de ces chefs contre-révolutionnaires furent, pour l’essentiel, brisées par des partisans paysans et ouvriers, des détachements de kronstadiens et les anarchistes ukrainiens. Parallèlement, le silence est complet en ce qui concerne les nombreuses oppositions à la tyrannie bolchevique qui mobilisèrent des centaines de milliers d’insurgés jusqu’en 1921.

Le « dossier exceptionnel du Matin » vient à point nommé réveiller notre vigilance engourdie par moult caresses démagogiques. Il nous laisse entrevoir la véritable nature d’une certaine « Gauche » qui éprouve toujours le besoin de falsifier l’histoire. Il nous indique que les disciples des Big Brother Lénine et Trotski sont là, tapis dans les états-majors et les rédactions des journaux démocroâtiques.

Alain-Claude Galtié, 24 octobre 77

Quelques bouquins disponibles en librairie pour ceux qui ne veulent pas mourir idiots :

« Kronstadt, prolétariat contre bolchevisme« , Alexandre Skirda aux éditions de la Tête de feuilles
« Les anarchistes dans la révolution russe« , même auteur et même éditeur
« La revanche de Bakounine« , Philippe Oyhamburu aux éditions Entente
« Makhno, une épopée« , Malcolm Menzies chez Belfond

 

Avec le recul :

Cet article est paru dans le bulletin de l’APRE n°264 du 4 novembre 1977.

Alors, j’ignorais encore l’essentiel sur les coulisses de ce que j’avais vécu au sein du mouvement alternatif. Je ne croyais, donc, pas si bien dire en écrivant : les bolcheviks sont encore là ! Les bolcheviks… et les autres, les trotskystes, les maoïstes, qui – je l’ignorais encore – étaient très nombreux dans les rangs serrés de ceux qui venaient de tuer la Nouvelle Gauche et de se substituer à nous. C’était donc une habitude ! Une nouvelle fois, à plusieurs générations d’intervalle, les totalitaires communistes s’étaient fait les meilleurs alliés des totalitaires capitalistes contre les révolutionnaires aspirant à vivre simplement en bonne intelligence. Trotsky contre Makno. Entre totalitaires partageant la culture impérialiste et vomissant la culture alternative inspirée par le vivant, on se rassemble toujours pour le pire.

 

 

 

 

1978

Assassinat d’Aldo Moro


sur l’histoire italienne manipulée (qui ressemble beaucoup à celle de la France) :
« Dolce Vita 1959 – 1979« , Simonetta Greggio, Stock

 

 

En octobre, Brel

meurt à l’hôpital de Bobigny

http://www.youtube.com/watch?v=i2wmKcBm4Ik

Création de Bérurier Noir
http://www.youtube.com/watch?v=OJ-RjokL3TQ
http://www.youtube.com/watch?v=ce1RseAVOog
http://www.youtube.com/watch?v=X75ce-CAorU
http://www.youtube.com/watch?v=5dAA5AWiuN0

 

 

Jean-Patrick Capdevielle chante Solitude
http://www.youtube.com/watch?v=MjC6wFnudUc

 

 

 

 

1979

Jose Reyes disparaît cette année-là. Déjà !


http://www.youtube.com/watch?v=5-eRtuLDnLs
http://fleurdecorailpassiongitane.blogspot.fr/2008/05/1-lme-de-la-camargue.html

 

Sniff ‘n the tears – Driver’s seat

http://www.youtube.com/watch?v=PykVUnlTqXE« >http://www.youtube.com/watch?v=PykVUnlTqXE

 

 

Le 30 octobre, assassinat de Robert Boulin


Robert Boulin a été très tôt résistant et engagé volontaire. Il était resté quinze ans au gouvernement et était réputé intègre – en France comme en Italie, cela ne pardonne pas. Il est retrouvé mort dans un sale état en octobre 1979. A l’évidence, il est mort ailleurs que dans la mare de la forêt de Rambouillet. Depuis, la thèse du suicide est défendue par la majeure partie de la caste politicienne et les institutions, et tout est fait pour étouffer le scandale qui se répand et intimider la famille de Robert Boulin. En septembre 1991, neuf jours seulement après avoir été chargée d’étudier l’énorme dossier de l’affaire, la juge d’instruction Laurence Vichnievsky prononce un non lieu.

Depuis trente ans, l’affaire Boulin permet, à elle seule, de deviner combien la « démocratie française » est falsifiée et corrompt tout alentour (la Françafrique semble en cause), et ce qu’il peut en coûter de vouloir y introduire l’intérêt général. Même quand on fait partie de la classe dominante ! Est-ce abusif ? Je pense à Aldo Moro

Un peu de documentation pour s’éclaicir les idées :
La fille de Robert Boulin, dernière survivante d’une famille harcelée, témoigne dans :
Le dormeur du val, Fabienne Boulin Burgeat, Don Quichotte éditions

Voir le site de l’association Robert Boulin pour la vérité :
http://www.robertboulin.net/
Le dossier de Benoît Collombat de France Inter :
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/ev/fiche.php?ev_id=1004
Un dossier de Rue89 et un document France2 :
http://www.rue89.com/tele89/2010/03/20/affaire-boulin-les-errements-de-lenquete-dans-un-docu-de-france-2-143396
Le témoignage de Jean Mauriac :
http://www.rue89.com/2007/05/11/jean-mauriac-le-pouvoir-a-menti-dans-laffaire-boulin
Pourquoi il faut rouvrir le dossier Boulin ?
http://www.rue89.com/2007/05/12/pourquoi-il-faut-rouvrir-le-dossier-boulin

autres livres :
« Un homme à abattre. Contre-enquête sur la mort de Robert Boulin« , enquête de Benoît Collombat, Fayard
« La mort d’un ministre« , Patrick Rambaud, Grasset

 

 

Sortir du panier de crabes…

En prenant brièvement connaissance de la constitution d’une coordination entre les écologistes, j’ai tout d’abord eu le sentiment qu’un second souffle de l’écologie militante était peut-être en train de s’ébaucher. Presque séduit par l’initiative, je me suis surpris à projeter mes aspirations sur un « M.E.P. » capable de ranimer l’enthousiasme.

Ce « M.E.P. » pourrait répondre à l’attente muette de tous ceux qui ne se sont pas encore résignés et tirer quelques autres de leur léthargie. Pour cela, il suffirait qu’il occupe le créneau énorme qui creuse l’univers politique. Il suffirait que, rompant avec les modèles qui ont fait la preuve de leur aptitude à la corruption, il ne gomme pas les individus au profit d’une hiérarchie immobile qui paralyse tout. Le « M.E.P. » deviendrait alors le premier mouvement depuis bien longtemps à exprimer des refus et des projets tout en cultivant la liberté et l’émancipation individuelles. Un mouvement sincère qui applique ce qu’il dit ! Nul doute qu’un tel mouvement rencontrerait le succès auprès de la multitude que n’impressionnent plus les paroles creuses. Les gens – moi, mes amis, mes collègues et beaucoup, beaucoup d’autres – en ont ras le bol des associations et des partis où l’on adhère (pouah !) pour devenir une cotisation, un numéro sur une carte dans le fichier et… rien de plus ? Ah mais si : une caution pour les guignols du devant de la scène ! Et même si nous nous contentons souvent de sourire et de tourner le dos, le carnaval des politicards et des militants professionnels en quête de notoriété nous fait toujours sortir de nos gonds un jour ou l’autre. On n’a pas besoin de doctrines toutes faites, d’ordres de mobilisation, de paternalisme, de messes offertes au troupeau docile par les bons pasteurs en vitrine, pas besoin de pourcentages clignotants sur le flipper électoral, ni d’idoles ni de strass… Tout ça, on s’en passe parce que cela nous soulève la tripe jusqu’au bord des lèvres. Nous, on a besoin de casser les soumissions et les convenances, besoin de tordre le coup aux certitudes et de botter les culs du pouvoir. On a envie de libérer notre imagination, de se laisser aller à la fantaisie d’où renaîtra la sagesse, d’explorer d’autres équilibres et de gueuler dans les couloirs qu’il y a du soleil dehors. Nous avons besoin de rêver beaucoup, et même de délirer, pour faire un peu. Nous avons besoin d’un rêve chaud qui nous arrache à l’amertume et nous fasse sourire et aimer. Ce rêve, le « M.E.P. » pourrait l’incarner si, après des années de salivation démagogique, les professions de foi libertaires se traduisaient en actes. Ce serait facile…

Trop facile ! Je me suis réveillé en lisant les comptes rendus de la réunion de Dijon : mon rêve n’est, à l’évidence, pas celui de tout le monde. Je ne suis pas représentatif des écologistes, ni moi ni personne d’autre, d’ailleurs. Certains rêvent en relief et en couleur, d’autres pensent laborieusement aux schémas usagés et, entre ces extrêmes, prospèrent d’innombrables imaginations. Certes, on peut aisément distinguer dans cet échantillonnage politique la plupart des familles d’affinités et – pourquoi pas ? – les regrouper en 3 catégories dont 2 ont plus que l’écologie en commun : ceux qui à droite et à gauche révèlent par leurs méthodes le goût des choses plus ou moins structurées et hiérarchisées, le sens du pouvoir et de l’élitisme… Je nomme les jacobins libéraux et marxisants. Enfin, il y a les plus sympas et les plus nombreux (l’objectivité n’est pas mon fort !), ceux qui furent écologistes les premiers : les libertaires. Trois familles, trois amalgames en elles-mêmes, qui, au dire des commentateurs, se trouveraient associées au sein du « Mouvement d’écologie politique ». Mais de quelle politique peut-il s’agir ?

Cent cinquante écologistes semblent avoir fait là un grand vers le parti (sic) unique qui, comme chacun sait, est le meilleur garant du respect des différences et de la liberté. Un parti unique qui a eu d’emblée le souci de lever les équivoques en se signalant à l’attention du troupeau par la menace d’excommunier toutes les têtes qui oseraient briser l’alignement réglementaire. Décidément, il ne devait pas y avoir beaucoup de libertaires les 24 et 25 novembre à Dijon !

Donc, voici au mieux de sa forme l’illusion – ou l’escroquerie – qui consiste à croire – ou à faire croire que l’écologie peut suffire à réaliser un consensus sans exemple des fachos aux anars. Gagesque ! Cela impliquerait que l’écologie, ou du moins ce qu’en savent la plupart des « écolos« , puisse inspirer les choix politiques importants. Prétendre cela, et même moins, c’est prêter beaucoup à la pauvre écologie qui n’en peut mais… Partisans sincères d’un mouvement unique, sans vouloir vous peiner, ce n’est pas l’écologie qui réussira là où ont échoué des grandes espérances comme le christianisme, le socialisme étatiste et même – jusqu’à présent – l’anarchie ! D’abord, l’écologie n’est même pas une philosophie politique : elle n’est riche que des apports des écologistes. En effet, il ne faudrait pas oublier que l’écologisme a été le refuge de ceux qui, imprégnés de l’esprit de 68, fuyaient les pratiques politicardes en vigueur ailleurs et projetaient leurs aspirations sur le mouvement qu’ils façonnaient. L’écologie – la science et son extension contestataire – n’est autre chose qu’une partie du savoir et l’on ne saurait donc en tirer des conséquences valables pour le tout sans opérer des réductions assez peu convaincantes. Si elle s’impose peu à peu dans la réflexion sur les orientations technologiques voire économiques, elle est impuissante à effacer les incompatibilités entre les sensibilités, les pratiques et les désirs des uns et des autres ; elle ne peut se substituer ni à l’expérience personnelle ni à l’histoire sociale et aux philosophies pour aider l’individu à se déterminer politiquement.

Alors ? Alors, le « M.E.P. » de toutes les couleurs vivra le temps d’un feu de paille, comme toutes les tentatives de ce genre. Mais, plutôt que de disparaître physiquement, il se muera en un « M.E.P. » unicolore aux mains de militants de la même famille qui, bien entendu, prétendront représenter l’orthodoxie. Nous avons donc des chances de voir une fois de plus les jacobins de droite et de gauche ligués pour éliminer les libertaires – tout en conservant l’apparence de leurs idées pour amuser la galerie – avant de s’entre-déchirer. C’est le schéma désormais classique de la dérive jacobine des mouvements…

Au début, la révolte exprime tous les désirs, toutes les générosités. Il n’est question que de libération, que d’épanouissement, mais cette fantastique explosion d’énergies refoulées est aussi une mine de crédulité qui exaspère tous les appétits. Bousculés les premiers temps, les fossoyeurs de tous les espoirs se ressaisissent bientôt pour récupérer le plus possible de cette manne et chacun, de l’extrême droite à l’extrême gauche de se tailler une part… Et les anarchistes, ceux qui ont fait rêver tout le monde, de se retrouver Gros-Jean comme devant ! Oublions un peu les fossoyeurs de droite pour débusquer les faux-frères de gauche qui savent si bien utiliser le langage de la révolte pour mieux la castrer et la mettre au service de leurs intérêts étriqués. Voyons l’exemple de 68 où l’enthousiasme libertaire est mort dans les griffes des bureaucrates marxistes qui prêchaient que l’explication et l’avenir de la révolte se trouvent dans les idéologies en béton armé. Quant au mouvement écologique d’inspiration libertaire, par aveuglement, pour de petits impératifs tactiques, il a perdu l’initiative au profit des autres ; les mouvements jacobins qui métamorphosent les désirs en moyens et les pourcentages en désirs. Au fait, qu’y a-t-il derrière l’idée du « M.E.P. » ? De la naïveté ou du machiavélisme pré-électoral ?

Jouer à l’amalgame et risquer l’affadissement de l’identité libertaire (sinon sa perte) à force de concessions ne doit tenter personne d’entre nous. Libertaires écologistes, nous ne sommes pas encore exsangues au point de brader le pouvoir attractif de notre idéal pour obtenir un misérable sursis. Au contraire, nous avons trop négligé le potentiel de notre radicalité en croyant nous rendre plus accessibles et plus convainquants, alors que cette radicalité est notre séduction. Il est urgent de sortir de la confusion où seuls prospèrent les parasites de l’idéalisme. Il est urgent que nous nous reprenions pour empêcher les petits copains de continuer à faire du gâchis en manipulant les espérances populaires. Il est surtout urgent de redonner chair et vie à ces espérances bafouées, en renouant avec les pratiques qu’imposent nos convictions. Par nécessité… et pour le plaisir ! Je suis d’avis de braver les anathèmes en commençant par réaliser une coordination libertaire écologiste. Vous savez ? L’un de ces mouvements incrédibles où la préoccupation première n’est pas le pouvoir, même sous une forme adoucie, mais son contraire : l’émancipation.

Alain-Claude Galtié, décembre 1979

 

Avec le recul:

Le passage où je mettais en doute la capacité de l’écologie à inspirer une philosophie politique rassembleuse peut paraître surprenant. C’était un temps où, ignorant tout des origines et des motivations des vagues entristes qui avaient déstructuré le mouvement, j’étais impressionné par la confusion régnante là où, quelques années auparavant, presque tous réussissaient à s’entendre sur l’essentiel. J’en étais donc arrivé à douter du fondement de mes convictions. A défaut de comprendre l’offensive que nous subissions, je crois que c’était aussi une réplique maladroite à cette « écologie politique » contradictoire avec la philosophie politique alternative promue par les écologistes.

Par contre, je ne m’étais pas trompé en parlant d’une « coordination« , d’un « rassemblement » ne durant que le temps d’un feu de paille. Avant même que ce fameux « M.E.P. » n’existe, ses initiateurs, manipulateurs et manipulés mêlés, avaient déjà rejeté ceux que j’appelais alors les écologistes libertaires, pour les distinguer des écologistes d’emprunt, tous également partisans de la capitalisation des pouvoirs spoliés aux autres. Ainsi, les lanceurs de l’alternative écologiste, tels Hervé le Nestour et moi qui allions être priés de sortir lors de la mémorable assemblée de Versailles du 16 février 1980 (ci-dessous). L’exclusion des écologistes, le refus de la diversité, la focalisation sur les règles politiciennes imposées par le système capitaliste, démontraient que l’organisation du « M.E.P. » n’était qu’une manipulation de plus pour en finir avec le mouvement alternatif. Comme toujours, sous prétexte de rassemblement, cette réunion constitutive du M.E.P. parachevait, donc, le travail d’étouffement commencé 7 ans auparavant avec le coup de force contre l’assemblée des Amis de la Terre, le 23 juin 1972, pour porter au pouvoir l’héritier-entriste des lobbies de l’ultra-capitalisme.

Sitôt la parution de « Sortir du panier de crabes », les réducteurs de l’écologisme qui organisaient ce « M.E.P. » ont instamment demandé à Jean-Luc Burgunder, de l’APRE et d’Ecologie, de ne plus rien publier de moi. A l’opposé de l’esprit d’ouverture de l’écologisme, tel qu’il s’était épanoui 10 années auparavant seulement, les réactionnaires qui avaient récupéré son image ne voulaient qu’une chose : rester seuls en lice pour effacer définitivement la culture holistique, le réveil du collectif, le désir d’autogestion et toutes alternatives à la capitalisation du pouvoir et de l’avoir, et restaurer la politique politicienne. Ils y réussiront. Après un court moment de surprise, Jean-Luc Burgunder et l’équipe d’Ecologie et de l’APRE hebdo s’exécuteront sans barguigner. Il avait été estimé que l’avenir des publications et de l’agence dépendait du conformisme au nouvel ordre anti-alternatif. L’estomac avait pris le pas sur la cervelle.

Je crois que « Sortir du panier de crabes » est le dernier article que j’ai pu faire publier jusqu’en 1989. L’année suivante, puis en 1982, je réagirai aux énormités déballées par Jean-Paul Sorg et Raymond C., deux des censeurs du « M.E.P. », bientôt fondateurs des Verts, mais mes interventions seront jetées à la corbeille. Comme Hervé le Nestour, je m’opposerai à la candidature Lalonde portée par la trahison de l’alternative écologiste : nos articles suivront le même chemin. Je finirai par ne plus rien présenter à ces « médias alternatifs » qui ne voulaient plus rien médiatiser d’alternatif.

 

 

1980

Sortir du panier de crabes…
rectificatif et suite

Versailles, samedi 16 février 1980
Mû par une curiosité tout à fait saine, je me suis rendu à la réunion constitutive du « M.E.P. » pour voir si le plumage se rapporte au ramage, si je ne m’étais pas montré trop sévère en critiquant ce parti écologiste dès avant sa naissance. Las, avec d’autres curieux, je me suis heurté à un appareil (déjà !) hostile à toute ouverture aux observateurs « étrangers » ! Pour entrer dans les lieux, il fallait adhérer d’abord… Que l’on demande une participation aux frais, soit, mais n’est-ce pas chose curieuse de vouloir faire prendre carte à quelque chose qui n’est pas encore défini ? Adhère-t-on à ce qu’on ne connaît pas ? Et comment connaître sinon en jugeant sur pièces, en voyant à l’oeuvre les gens impliqués dans l’affaire ?

Je ne suis pas resté longtemps à Versailles. Faire antichambre, s’immiscer subrepticement puis refaire antichambre l’oreille collée à la porte est drôle mais peu commode. Enfin, c’était bien assez pour reconnaître une vieille rengaine. Un huis clos en contradiction avec les professions de foi sur la « démocratie quotidienne« , la « circulation des idées et des personnes« , la « communication« , une « cordiale invitation à travailler les uns avec les autres« , etc., des menaces d’excommunication à l’égard des écolos dissidents et une exclusion prononcée par un bureau provisoire, voilà qui éclaire sur les pratiques et, donc, sur la nature des parrains du « M.E.P. ».

Ce qui est surtout gênant dans ce « M.E.P. » , c’est l’obstination – désormais classique dans les milieux politiques – à inverser le cours logique des choses. En l’occurence, à faire une structure avant d’avoir précisé l’identité. Pour les instigateurs du « M.E.P. », c’est limpide : il faut une « organisation efficace » pour approfondir la réflexion et élaborer un « projet politique cohérent » ! En dépit d’une mise en garde contre « l’oecuménisme écologiste« , l’idée d’un unique mouvement d’écologie politique est bel et bien inspirée par l’escroquerie (pour les uns) et l’illusion (pour les autres) qu’il existe une « identité du courant écologiste« . Une identité, un mouvement, un projet, un candidat, puisque électoralisme il y a… tout est simple. Diable ! Mais quelle place est donc faite à la diversité ?

La diversité était pourtant traduite à Versailles par la présence de gens très différents. Malheureusement, ils ne parlaient ni de leurs convergences ni de leurs différences. L’heure était à la structuration. Ils se chamaillaient donc sur la forme à défaut d’aborder les problèmes de fond, chaque tendance voulant modeler la future organisation à sa mesure. Les jacobins du bureau provisoire ayant concocté un organigramme inspiré des principes du centralisme démocratique, les amateurs de coordinations souples se bagarraient avec énergie pour défendre leurs espérances. Toujours le même gâchis ! Des années et des années à voir le même spectacle démoralisant : des gens de bonne volonté à la recherche d’autres gens dans un mouvement à leur image s’embarquant dans n’importe quelle galère. A Versailles, j’ai même vu quelques libertaires… fort déconfis d’ailleurs.

Y en a marre ! Libertaires et autres, vous qui n’avez pas la fibre arriviste, qui imaginez la coexistence de différences nettement affirmées, mouillez vos plumes et desserrez les dents. Le besoin d’une clarification est plus grand que jamais. Alors, définissons nos identités et mettons-nous en rapport.

Alain-Claude Galtié

 

Avec le recul :

Où l’on a vu confondre efficacité et hiérarchisation.

Où l’on a vu exclure les anciens du mouvement devenus gêneurs. Car je n’étais pas seul à Versailles. Hervé le Nestour avait également fait le déplacement. Hervé, l’un des tout premiers écologistes en France et l’un des plus actifs. Comme moi, il a été prié de prendre la porte de cette assemblée à prétention écologiste.

Il y avait là quelques belles figures que nous connaissions depuis longtemps (Carlier, Burgunder, Waechter, Fernex…) et d’autres qui n’allaient pas gagner davantage à être connues. Seul Jean-Luc Burgunder est sorti de la salle pour s’excuser. Pour continuer à vendre son journal, il était obligé de s’accommoder de l’imposture : elle était devenue le courant majoritaire, la règle sur laquelle il fallait s’aligner pour exister ; un courant totalitaire, puisqu’il ne tolérait aucune expression différente, même de la part des premiers écologistes. Ce qui montre qu’il ne s’agissait plus d’écologisme, par essence alternatif.

Où l’on a vu la pluralité écologiste définitivement réduite aux amateurs de hiérarchies de pouvoir et d’électoralisme, tous capitalistes par définition. Protecteurs de la nature, gauchistes trotsko-maos, agents du grand capitalisme et anciens camarades aux vestes retournées, les participants à cette réunion étaient essentiellement unis par le conformisme à la capitalisation et à la hiérarchisation du pouvoir, et par des rêves de « réussite sociale » au sein du système exploiteur des hommes et de la biosphère. Cela leur suffisait pour vouloir en finir avec le mouvement alternatif, sa culture inspirée par le vivant et son projet de civilisation conviviale.

Destiné à l’APRE hebdo, je crois que ce billet a inauguré la censure de 10 ans commandée par les apparatchiks du M.E.P., les futurs Verts.

 

 

Ecologie politique, c’est fait
ce billet signé jean-Luc Burgunder, directeur de la publication, est paru dans le n° 326 d’Ecologie (mars/avril 1980)

Les 16 et 17 février 1980 à Versailles, les membres adhérents du Mouvement d’Ecologie Politique dont la création avait été annoncée durant les assises de Dijon (nov. 79) se sont réunis pour doter le Mouvement de statuts, d’un bureau, ainsi que pour arrêter un certain nombre d’orientations.

La naissance du M.E.P. est l’aboutissement de 10 années d’un engagement écologique qui, exception faite des Amis de la Terre, n’a pas su – ou voulu – durant ce temps, s’organiser durablement. « Organisez-vous » déclara Brice Lalonde à Dijon, s’adressant aux écologistes non Amis de la Terre. Ces derniers ont patiemment au fil des ans construit le cadre de leur action, de leur fonctionnement et appris comme se plaît à le dire Pierre Radanne « La Démocratie interne« .

De 1970 à 1975, le Mouvement Pollution Non jetait ses forces dans ce qu’il appelait déjà « l’écologie politique ». D’une certaine façon le relais était pris dès 1974 par la campagne des élections présidentielles menée par René Dumont et la nébulleuse écologique qui s’en suivit. Le Mouvement Ecologique issu de cette campagne fit de l’écologie politique un de ses fondements. En fait la pratique de l’écologie politique s’est matérialisée ailleurs et sous d’autres sigles. Les deux plus importants étant Ecologie 78 et Europe Ecologie. En dehors des luttes de terrain, l’écologie politique s’est manifestée principalement durant les périodes électorales – municipales, législatives, européennes -. Pour ces deux dernières élections, il a fallu recréer à chaque fois la structure de l’opération (Ecologie 78, Europe Ecologie). Les sigles et organisations n’ayant vocation uniquement électorale se trouvaient donc biodégradables au lendemain de chaque scrutin. C’est par ce comportement que l’écologie politique n’apparaissait aux yeux de beaucoup qu’uniquement électoraliste. Autour d’Ecologie 78 et d’Europa Ecologie s’est également fait jour une pratique entre les participants et c’est ainsi que la nécessité d’un cadre style M.E.P. est apparue à beaucoup nécessaire compte tenu d’expériences et de pratiques communes.

L’importance du fait que l’écologie ait voix au chapitre tous les jours dans la vie politique, sociale, économique, culturelle et ce en dehors des élections et même des lieux de lutte, n’échappe à personne. Le M.E.P. Pour sa part a choisi le terrain politique. Affirmer la présence des écologistes dans la vie publique et ce quotidiennement.

Le M.E.P. n’a pas la prétention de regrouper tous les écologistes, ni toutes les familles d’écologistes. Ses adhérents font un choix qui, bien évidemment, ne limite pas leur action par ailleurs, mais peut donner à celle-ci une dimension nouvelle. Le M.E.P. est complémentaire à ce qui existe déjà (R.A.T. et coordinations régionales par exemple). Le M.E.P. Est un outil supplémentaire au service de l’écologie.

Jean-Luc Burgunder

 

 

Avec le recul :

Où étaient passés la critique mordante de la capitalisation du pouvoir, l’esprit de relativité, d’interdépendance et de complémentarité, le souffle et la créativité désinhibée ?

Ni mon commentaire, ni celui d’Hervé le Nestour ne sont parus. Après avoir été chassés de cette fameuse réunion de Versailles où même les observateurs n’étaient pas admis, les premiers acteurs du mouvement alternatif étaient censurés. Comme tous ceux qui présentaient une critique politique alternative (les Amis de la Terre de Caen, par exemple). Par qui ? Essentiellement par des protecteurs de la nature (ceux que nous avions dû quitter pour lancer l’écologisme !), par d’ex-gauchistes (de culture mécaniste) et par les entristes du capitalisme. C’en était fini du mouvement alternatif. Avec ses acteurs, la « démocratie interne » du mouvement social avait été ostracisée en proportion de son affichage par les naufrageurs. La révolte, l’espoir, les projets étaient foulés aux pieds par des gens qui utilisaient nos mots. A Versailles, Burgunder, le compagnon de 8 ans d’actions communes, a participé à notre éviction, avec Jean Carlier, qui avait soutenu la Semaine de la Terre, et quelques autres qui nous connaissaient tout aussi bien pour avoir applaudi à nos initiatives quelques années auparavant. Qu’est-ce que cela révélait ?

Grande originalité du billet de Burgunder, la structure partisane hiérarchisée à l’image des formations politiciennes classiques est désignée comme « Mouvement« , avec un M majuscule. Deux possibilités :
une totale ignorance de ce qu’est un mouvement social, ignorance aggravée par le retour en force de l’idéologie dominante ;
la volonté d’effacer ce qui restait du mouvement alternatif derrière un affichage propagandiste destiné à capter les nouvelles énergies ignorantes de la supercherie…
Beaucoup des deux, sans doute.
Plus pas mal d’insuffisance critique.

L’analyse de Jean-Luc Burgunder est tissée d’omissions, de mensonges et de cautionnements des différentes impostures qui avaient déjà, à cette heure, liquidé le mouvement en censurant et ostracisant ses acteurs. D’ignorance de ce qu’était le sens de l’alternative, aussi. Le petit questionnement sur l’organisation, qui reprend au premier degré le slogan manipulateur de l’un des naufrageurs du mouvement, révèle justement l’ignorance de la dynamique holistique du mouvement et la rupture avec l’alternative. Ignorance ou prédisposition à l’incohérence ?

En fait, le même Burgunder pensait « lutte de chacun contre tous« . Il jouait sur la lutte d’un certain Brice Lalonde contre les alternatifs, cela quasiment depuis l’infiltration de celui-ci chez les écologistes – et peut-être même avant puisque Lalonde avait prospecté plusieurs personnalités faibles, ou supposées récupérables par la réaction pour quelque obscure raison, avant de s’introduire… Hervé le Nestour avait eu ce privilège et en a ri longtemps. Burgunder en était-il ? Toujours est-il qu’il avait écouté l’offre de Brice Lalonde de le seconder dans une magouille PSU aux élections législatives du début de l’année 1973 à Dijon, pour faire obstacle à Robert Poujade, le maire de Dijon. Tout, dans cette opération, était anti-alternatif, destiné à reconstruire les illusions et les hiérarchies utiles à la déconnexion de l’esprit critique. Pourtant, Jean-Luc Burgunder s’y est, en effet, prêté car il s’est gardé d’avertir les alternatifs afin de rester un allié de Lalonde dont, pourtant, il savait le putsch, avec le PSU, aux Amis de la Terre en juin 1972. On peut se demander combien d’autres machinations il a tues. Ce n’est qu’après avoir vaguement pris conscience de la nuisibilité de son attitude passée, parce qu’il avait été à son tour lâché par ses camarades de trahison de l’écologisme, qu’il se confiera… 18 ou 20 ans plus tard ! Tout en lui reconnaissant – ainsi qu’à Sylvie, sa compagne, et aux autres de Pollution NON – un rôle important dans la nouvelle gauche écologiste, force est de constater aussi que son « engagement écologique » de dix ans était fait d’une surprenante matière. Tantôt complémentaire de celle des alternatifs, tantôt si incompatible qu’elle était prête à servir aux menées politiciennes dirigées contre le mouvement. Mais, à leur décharge, il faut encore rappeler la contrainte économique de la vente de journaux qui, surtout, ne devaient surtout pas déplaire aux apparatchiks du nouveau pouvoir, sous peine de faillite immédiate. Une contrainte d’autant plus forte qu’en cette fin des années 1970 il n’y avait déjà plus de mouvement alternatif pour soutenir des journaux indépendants. La manipulation et la désinformation avaient fait leur oeuvre et nous étions dans une spirale régressive, ne pouvant que mener des combats d’arrière garde.

Le vers était dans le fruit dès le départ. Familiers des coups tordus, les ennemis du mouvement alternatif le savaient bien, eux qui ont su exploiter et développer ces défaillances, et ne nous ont laissé ni l’information ni le temps pour éclaircir la situation.

Le soucis du vivant s’était rétréci aux dimensions d’un bulletin de vote.

Les différents clans du capitalisme du pouvoir avaient achevé de spolier la société française de son mouvement alternatif. Une spoliation collective. Le socialisme néo-libéral allait pouvoir s’installer à l’aise et déréguler jusqu’à faire tomber les dernières résistances à la loi des marchés.

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