Il y a 46 ANS, LE MOUVEMENT ÉCOLOGISTE

avant son étouffement et son remplacement par des ersatz fabriqués par le système capitaliste.

Tel qu’il serait utile de le réinventer pour répondre à l’effondrement en cours.

Pierre FOURNIER en était :
A un lecteur qui écrivait : « Je veux vivre et que ça leur fasse envie », il répondait : « C’est dangereux, tu sais. Ta joie de vivre ils te la feront rentrer dans la gueule. Ya peut-être plus de contagion possible. On a coupé toutes leurs racines, la volonté de vivre ne passe plus. Ya plus que la destruction, l’auto-destruction qui les fascinent. On perd son temps à leur expliquer qu’ils vont crever, s’en foutent pas mal de crever, au contraire, ils rêvent que de ça, ils veulent que ça (…) Tuer, être tué, ya plus que ça qui peut les faire jouir. Sadisme et masochisme. Tas d’impuissants » (« Concierges de tous les pays, unissez-vous« , Charlie Hebdo n° 28, 31 mai 1971). Il avait bien vu. Notre défaite fut totale. Dans une parfaite symbiose, gauchistes et capitalistes ultras (futurs néo-conservateurs, mais probablement l’étaient-ils déjà), tous avides de pouvoir, préparaient les tours de passe passe qui allaient leur permettre de faire disparaître les alternatifs et la culture du bien commun pour leur substituer les pièges à gogos qui fonctionnent encore aujourd’hui.
http://planetaryecology.com/fournier-precurseur-de-lecolog…/

http://planetaryecology.com/1971-la-semaine-de-la-terre/

 

 

 

PROVOS, BEATNIKS, SITUATIONNISTES, HIPPIES, MILITANTS DES DROITS CIVIQUES, PACIFISTES, FÉMINISTES, HOMOSEXUELS, RÉGIONALISTES, AUTOCHTONES, ÉCOLOGISTES… Juste avant l’extinction

Bien commun, l’assaut final

150 MACAQUES MASSACRÉS

Globalisation du capitalisme : le saccage jusqu’au bout – Les peuples autochtones descendent dans la rue

Le néo-libéralisme est un fascisme

Tiens ! Une mobilisation pour la liberté d’expression… (Il fallait y penser hier, « camarades » !)

Quand les coulisses d’Emmanuel Macron nous rappellent de bien mauvais souvenirs

Un nouveau rideau de fumée

Le film Let’s Pollute nous rajeunit

AFRIQUE :à l’origine de la ruine, sociale, économique, écologique… les armées nationales et la lutte pour le pouvoir

L’Empereur, le film

1971 – 2017, de pire en pire

« Pourquoi nous choisissons Macron ?« 

Falsification de l’histoire sociale

Edgar Morin révisionniste ? Ou victime de celui-ci ?

 

 

 

 

UNE CINQUANTAINE D’ANNÉES APRÈS L’ESSOR MONDIAL DE LA NOUVELLE GAUCHE (NEW LEFT)

Comme l’illustre le récent massacre des macaques de la pinède de Labenne, dans les Landes (ci-dessous), une cinquantaine d’années après l’essor mondial du mouvement qui voulait restaurer la culture du bien commun et stimuler l’intelligence sensible, c’est tout le contraire qui a prévalu.

Depuis les années 80, l’incompréhension et la haine de la diversité du vivant s’affichent partout et conduisent la politique mondiale. Comment cela est-il arrivé ?

Dès ses premiers pas, avant même La SEMAINE DE LA TERRE, le mouvement écologiste a été l’objet de multiples actions visant à le calomnier et à le couler pour le remplacer par des faux-semblants dociles. Pierre Fournier en a témoigné dès 1971 dans Charlie Hebdo et, 3 ans plus tard, Bernard Charbonneau* dans La Gueule Ouverte.

  • Charbonneau était particulièrement bien informé car, depuis plusieurs années, il était en relation avec plusieurs des principaux organisateurs de l’effacement de la nouvelle gauche écologiste.

 

 

Voici l’une des rares attaques à visage découvert qui révèle la mentalité simpliste dont les organisateurs de la globalisation capitaliste ont profité pour se débarrasser de l’écologisme…

La multiplication des revues écologiques
UN POINT DE VUE REACTIONNAIRE

Reprenant les théories devenues à la mode des partisans d’une limitation et même de la suppression de toute croissance économique, seule manière selon eux d’épargner à l’humanité de périr victime de la pollution, toute une presse est apparue ces derniers mois. Assaisonnant leur dénonciation des ravages accomplis par la pollution à la sauce de théories pseudo-scientifiques, toutes ces publications, telles La Gueule Ouverte, soeur écologique de Charlie Hebdo, Mieux Vivre, organe de l’association Les Amis de la Terre, Le Sauvage, production de l’équipe du Nouvel Observateur, se retrouvent pour dénoncer le progrès technique et prôner plus ou moins un nécessaire retour à la nature.

La première caractéristique de toute cette presse est de dénoncer la menace que représente pour l’avenir de l’humanité une prétendue surpopulation, ce qui n’a d’ailleurs rien d’étonnant car toutes les « solutions » préconisées par ces prophètes d’un nouveau genre ne pourraient avoir une ombre de sens que pour une population mondiale au bas mot dix fois inférieure à ce qu’elle est actuellement. Quant à cette diminution radicale du nombre des représentants de l’espèce humaine que notre planète pourrait selon eux raisonnablement supporter, ces adeptes du « naturel », réfractaires à toute utilisation du progrès technique, ne se prononcent pas : limitation artificielle du nombre des naissances ou retour aux bonnes vieilles épidémies et famines du Moyen-Age, le débat reste ouvert.

Et il ne s’agit là nullement d’une exagération, qu’on en juge. Le premier numéro du Sauvage consacre une large place à « l’agriculture biologique » qui proclame, entre autres inepties, ce dogme « qu’il ne faut jamais travailler la terre quand elle est humide » (l’arrêt du repiquage du riz et la mise en jachère de toutes les rizières sont sans doute les solutions à envisager…) et affirme d’autre part qu’il faut n’utiliser que « la bêche à dents pour ne pas couper les vers de terre ». Le même Sauvage conseille d’ailleurs à ses lecteurs, dans un article consacré au pain, de choisir entre trois solutions : acheter du « pain biologique » de la maison X (si la publicité rend c…, il ne s’agit pas toujours des lecteurs) ou participer aux circuits d’alimentation sauvage mis en place par les groupes écologiques ou encore faire soi-même son pain avec du blé cultivé biologiquement. Quant au commun des pollués, qu’il ne se croit pas sauvé en supprimant le pain de son alimentation car le problème se reposera à lui pour tout ce qu’il se met sous la dent.

De la même manière, La Gueule Ouverte, revue également très friande d’agriculture biologique, a mené toute une campagne auprès de ses lecteurs sur la nécessité de refuser les vaccinations et les radios au nom des risques qu’elles comportent. Ces risques, bien évidemment existent car tout traitement ou examen médical n’est jamais totalement dépourvu d’inconvénients ; mais, outre qu’il s’agit de les limiter au maximum par un emploi judicieux, la seule manière correcte d’envisager la question serait de les mettre en balance avec les dangers auxquels permettent de faire face la vaccination, les radios et tous les médicaments. Qu’à cela ne tienne : la même attitude égoïste du petit-bourgeois adepte d’une prétendue agriculture biologique, qui lui fait rechercher le moyen de se nourrir naturellement pendant que les deux tiers de l’humanité se débattent dans la famine, le conduit à revendiquer le droit de ne pas se soumettre aux vaccinations et aux contrôles radiologiques qui, appliqués au restant de la collectivité, lui assureront, de toute façon, une relative sécurité.

une affiche de La Semaine de la Terre 1971

Mais la question qui agite actuellement le plus tous ces milieux et les fait se lancer dans les théories les plus abracadabrantes est celle de l’énergie, et plus particulièrement de l’électricité nucléaire. Une véritable croisade contre l’électricité se développe (alors que l’électricité est actuellement, de toutes les formes d’énergie, la plus rationnelle parce que la plus dépourvue de risque d’utilisation et la plus facilement transportable), qui donne à nos écologistes l’occasion d’entamer témoignages et prédictions apocalyptiques de la manière la plus malhonnête et la plus anti-scientifique qui soit.

La Gueule Ouverte publie dans son numéro 6 un rapport américain qui semble tout à fait sérieux, où il est fait état d’un nombre anormalement élevé de diverses maladies enregistrées dans une ville de Pennsylvanie depuis que des produits radioactifs sont déversés dans la rivière d’où provient l’alimentation en eau potable des habitants. Cela, qui ne prouve rien contre l’électricité d’origine nucléaire et le progrès technique en général – allez donc installer une fosse à purin sur une source et y puiser votre eau -, montre par contre tout à fait le mépris de la sécurité des habitants qui caractérise les responsables de l’économie capitaliste. Mais, précisément, au lieu de réclamer que des précautions suffisantes soient prises, notamment au niveau du stockage des produits radioactifs et de la sécurité en général, ces curieux défenseurs de l’humanité s’insurgent, au nom d’un raisonnement tout à fait curieux, devant les mesures de sécurité déjà existantes. Le numéro 5 de la revue Mieux Vivre publie les dispositions prévues par le plan ORSEC en cas d’accident survenu dans une centrale nucléaire et conclut en substance : si l’on prend toutes ces précautions, c’est donc bien qu’il y a quelque danger !

Quant à La Gueule Ouverte, elle propose de remplacer toute forme d’énergie « artificielle » par l’utilisation de l’énergie solaire qui, elle, ne pollue pas. Suggestion intéressante mais aussi du plus haut comique venant de gens qui dénoncent les radiations de toute sorte comme un des dangers les plus grands menaçant la vie et qui semblent ou veulent ignorer qu’à haute dose les radiations solaires sont également très néfastes (c’est ainsi que la fréquence des cancers de la peau est beaucoup plus grande chez les individus exerçant une profession au grand air, tels les marins pêcheurs).

Aussi ne leur reste-t-il qu’une solution : s’enfermer dans une caverne, non sans s’être assurés, à l’aide d’un compteur Geiger – petite concession à la technique -, que les roches n’y sont pas trop radioactives, et méditer dans l’obscurité sur cette grave question de savoir comment l’espèce humaine a réussi à survivre au mépris de toutes les règles « écologiques ».

En attendant cette décision extrême, les soldats de la croisade anti-électricité nucléaire ont cependant choisi le risque de mener la lutte sous le feu croisé de tous les rayonnements et, plus concrètement, ils réclament un moratoire de dix ans pour la construction de centrales électriques nucléaires (bien que certains affirment par ailleurs que, dans un siècle, aucune décision ne pourra être encore prise…).

Que les deux tiers de l’humanité se débattent actuellement dans la misère ne semble, soit dit en passant, nullement les concerner ; mais là n’est peut-être pas la question. Ca n’est pas le progrès technique qui est dangereux, c’est l’usage qu’en fait l’ordre social. Que le capitalisme se soucis peu des ravages qu’il commet et de l’avenir qu’il prépare à l’humanité, la pollution n’est pas seulement là pour le prouver : les guerres, les crises économiques font, elles aussi, partie des calamités inhérentes à ce système dépassé et pourrissant et c’est l’évidence même que le progrès technique utilisé exclusivement en vue du profit individuel pose plus de problèmes qu’il n’en résout.

Mais, justement, mettre le progrès technique au service du genre humain est la seule perspective qui puisse éviter un retour à la barbarie sous quelque forme que ce soit. Cela, seul le socialisme le pourra et, non seulement il permettra l’utilisation exclusive du progrès en fonction des intérêts généraux de l’humanité, mais encore, en mettant en commun toutes les ressources mondiales matérielles et humaines, il fera franchir rapidement des pas de géant aux connaissances et aux réalisations humaines auprès desquelles celles dont dispose aujourd’hui la société capitaliste apparaîtront comme dérisoires.

Pierre VERNANT
Lutte Ouvrière n°247, mai 1973

 

Curieusement, les calomnies de Pierre Vernant étaient illustrées par cette photo d’une manifestation de la nouvelle gauche

 

En s’attaquant à la nouvelle gauche écologiste, il est vraisemblable que Pierre Vernant (Jean-Pierre Vernant ?) ne comprenait pas qu’il faisait le sale boulot que ne pouvaient faire ouvertement les véritables réactionnaires – ceux qu’il n’avait même pas vus, ceux qui travaillaient à l’installation de la globalisation capitaliste. Ceux-là avançaient masqués et préparaient méthodiquement le remplacement de tous les militants de la nouvelle gauche par leurs hommes de paille. En aidant à l’élimination des nouveaux mouvements critiques qui réagissaient au renforcement de l’impérialisme capitaliste, Vernant et ses « camarades« , en particulier maoïstes (!), ont été les bons petits soldats du système de pure prédation qui ravage toute la planète.

 

 

 

 

 

 

 

 

150 MACAQUES MASSACRÉS À LABENNE (LANDES) simplement parce qu’ils étaient porteurs d’un virus. Ils le sont presque toujours (porteurs sains) et le risque est infime.

Répondant à l’inculture de l’administration, la docilité des médias répercutant sans analyse la communication officielle montre à quel point la réification du vivant choque peu en France. Cela confirme une nouvelle fois l’arriération de ce pays en matière d’écologie et, plus généralement, d’intelligence sensible :
« Il est nécessaire, peut-être plus encore en France que dans tout autre pays, de repenser (et de re-théoriser) le problème de la nature, et de remettre en cause encore une fois l’opposition culture/nature. Une vision mécaniste de la nature et une subjectivité solipsiste aliénée par rapport à la Terre font partie du lourd tribut que fait payer le dualisme cartésien« 
John Clark

…et l’anthropocentrisme qui est encore comme incrusté chez beaucoup !

L’agence nationale de sécurité sanitaire qui a décidé du massacre a vraiment l’air d’être au top de… la culture anti-nature ! Le mépris pour la vie des autres est total. Avec sa diversité qui déborde des normes technocratiques, le vivant est l’ennemi à éradiquer. Ce fameux virus est commun chez ces macaques. Tous ceux qui travaillent avec eux le savent. Combien de contaminations depuis l’existence de cette « pinède des singes » ?

Behaviouralist Frans de Waal works with macaques, many of which are infected, at Emory University’s Yerkes National Primate Research Center in Atlanta, Georgia. He says he is « shocked that the deed has been done ». He believes that « the risk, if managed properly, is not great enough to justify euthanizing these beautiful and interesting animals ».

Frans de Waal avait travaillé au Centre de Primatologie de Strasbourg avec un autre groupe de macaques pendant plusieurs années, autre groupe qui a été récompensé de sa longue contribution à la recherche par une autre exécution collective en 2008 (ci-dessous).

Il serait intéressant que la fameuse agence nationale de sécurité applique la même méthode expéditive à tous les facteurs de vrais risques… par exemple aux auteurs des pollutions qui font des victimes – des morts et des handicapés – par centaines de milliers.

 

A Strasbourg, les singes quittent le centre d’études sans remerciements et les pieds devant (sept 2008)

Un groupe social d’une quinzaine de Macaques de Tonkéan vivait au Centre de Primatologie de l’université Louis Pasteur de Strasbourg depuis de longues années. Suite à la décision unilatérale du conseil scientifique, il vient d’être exterminé.

Originaires de l’Indonésie, et plus précisément de Sulawesi, les macaques de Tonkéan sont une espèce internationalement protégée. Ils sont connus et particulièrement étudiés pour leur culture de l’organisation démocratique et de la résolution des conflits, et ceux du centre de primatologie de Strasbourg avaient presque atteints à la célébrité grâce aux travaux qui leur étaient consacrés (a).

La raison invoquée : les chercheurs avaient découvert qu’ils étaient porteurs d’un virus d’herpès (B) et il fallait protéger le personnel. Misérable prétexte. Les macaques de Tonkéan sont majoritairement porteurs sains de ce virus, et nul ne songe à les tuer pour cela dans les parcs zoologiques. Il suffit de quelques précautions basiques pour se protéger de la contamination. D’ailleurs, on savait, dès leur arrivée dans les années 1980, que les macaques de l’université de Strasbourg étaient porteurs du virus.

En fait, il semble que ces singes aient été éliminés pour faire place à d’autres et à un programme de recherche en pharmacologie (très rentable). Pourquoi se fatiguer pour leur trouver un lieu d’accueil pour leur retraite quand on peut résoudre « le problème » sans rien dépenser ni même éprouver une émotion ? Donc, après avoir imposé d’interminables années de privation de liberté à ces travailleurs bénévoles, après qu’ils aient inspiré maintes études valorisantes pour les chercheurs et les étudiants, c’est une vulgaire question de gros sous qui aurait décidé de leur vie et de leur mort comme s’il s’était agi de vulgaires déchets. Vingt cinq années de proximité n’ont ouvert aucune brèche dans la muraille d’insensibilité (en l’occurrence, on ne pourrait pas dire inhumanité…) des décideurs. Aussi sympathiques que les autres, les hiérarchies scientifiques !

On voit là, au cœur de l’université française, une manifestation spectaculaire de la culture de la domination du vivant, la culture qui se réfère à Descartes le mécaniste tortionnaire, culture « anti-nature » comme elle se définit, cette culture du mépris qui préside à la destruction de la biosphère.

Si ces macaques de Tonkéan ont pu prouver aux chercheurs perspicaces qu’ils savaient vivre en société démocratique, les responsables de l’université de Strasbourg viennent, eux, de nous convaincre qu’ils sont incapables de constituer une société et de vivre en accord avec la biosphère.

Avec des « élites  » aussi sensibles et intelligentes, comment s’étonner que rien n’évolue et que l’on continue droit au récif ?

(a) L’observation de ce groupe a inspiré Frans de Waal et Bernard Thierry pour écrire « Les antécédents de la morale chez les singes » qui est paru dans « Les origines de l’humanité », tome II (chez Arthème Fayard).

Voir « Le singe, un animal moral« , un article qui figure sur le site

www.scienceshumaines.com

Au-delà du titre toujours chargé de conditionnements, le traitement du sujet marque un tournant dans la prise de conscience des qualités des autres êtres.

voir également, sur le site du Nouvel Obs, un article de Fabien Gruhier paru en mai 1995 : « Des casques bleus chez les primates. La grande leçon qui nous vient du singe »

Et la vidéo présentée par le site www.dailymotion.com/video

http://www.dailymotion.com/video/x6qvmv_macaques-euthanasie-enquete-sur-int_news

http://www.dailymotion.com/video/x6q7mr_14-primates-euthanasies-a-strasbour_news

Voilà, ce sont ces êtres très sympathiques qui viennent d’être éliminés.

http://www.cerimes.fr/le-catalogue/lunivers-social-des-macaques.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

avril 2017

 

globalisation du capitalisme : le saccage jusqu’au bout

Les peuples autochtones descendent dans la rue

« Des représentants des églises évangéliques se sont unis au lobby de l’agrobusiness pour tenter de détruire nos droits et en finir avec notre biodiversité pour pouvoir transformer le Brésil en grenier du monde. Ces cercueils représentent les Indiens de 305 ethnies qui sont morts ces dernières années, conséquences de ces influences politiques« , 

Marize de Oliveira, professeure d’histoire de la communauté Guarani.

De la nation autochtone, qui a été la première contactée par les colons européens, il ne reste plus que 50.000 individus répartis dans sept Etats du Brésil. D’autres communautés vivent au Paraguay, en Argentine et en Bolivie.

Le territoire des Guarani s’est réduit comme peau de chagrin, sous le coup de la colonisation d’abord, puis de la mondialisation. A vrai dire, arcs et flèches font partie du folklore depuis longtemps. Aujourd’hui, ils vivent bien loin de la forêt primaire, dans des zones souvent déboisées pour satisfaire l’appétit de l’agro-business. Selon Survival, le mouvement mondial pour les droits des peuples indigènes, les Guarani sont regroupés dans de petites réserves surpeuplées. (…)

https://www.youtube.com/watch?

 

 

 

 

 

Bien commun, l’assaut final

le film

https://www.youtube.com/watch?v=WZCybRa55V4

Voilà plus de 70 ans que les prédateurs fourbissent des machines de guerre de plus en plus puissantes et perfides. Cette fois, ils sont très au point.

L’eau, la santé, les gènes humains et végétaux, les connaissances anciennes et nouvelles, plus rien aujourd’hui ne semble pouvoir échapper au destin de marchandise. Face à la voracité des marchand, qu’adviendra-t-il de la notion de bien commun qui est à la base de toute vie en société ? Le marché peut-il être le garant de bien commun ? Différentes histoires, tournées au Canada, aux États-Unis, au Mexique, en France, au Brésil, en Inde, et racontées à la manière de la Genèse, témoignent des conséquences de la soumission du monde aux intérêts privés.

 

C’est pour dénoncer cela que les écologistes se sont partout levés dans les années soixante. C’est parce qu’ils le dénonçaient qu’ils ont été infiltrés et remplacés par des hommes de paille.

« (…) le système des brevets ne peut pas s’implanter dans une culture du bien commun (…) » dit l’une des intervenantes (sans doute Vandana Shiva). C’est exactement pour cela que la nouvelle gauche écologiste a été méthodiquement étouffée. Pour que la conscience et la culture du bien commun n’entravent pas la globalisation de la prédation et la marchandisation en marche.

 

 

 

 

 

 

 

Le néolibéralisme est un fascisme

Le néolibéralisme est cet économisme total qui frappe chaque sphère de nos sociétés et chaque instant de notre époque. C’est un extrémisme.

Le fascisme se définit comme l’assujettissement de toutes les composantes de l’État à une idéologie totalitaire et nihiliste.

Je prétends que le néolibéralisme est un fascisme car l’économie a proprement assujetti les gouvernements des pays démocratiques mais aussi chaque parcelle de notre réflexion. L’État est maintenant au service de l’économie et de la finance qui le traitent en subordonné et lui commandent jusqu’à la mise en péril du bien commun. (…)

Manuela Cadelli, présidente de l’Association syndicale des magistrats (Belgique)

http://mobile.lesoir.be/1137303/article/debats/cartes-blanches/2016-03-01/neoliberalisme-est-un-fascisme

 

« Fascisme » est historiquement un peu lourd. Mais, en effet, le capitalisme néolibéral, vite devenu ultra et néo-con, est un TOTALITARISME. Il l’est par sa culture et ses objectifs qui, comme Manuella Cadelli et tant d’autres le soulignent, n’empruntent au libéralisme ancien que pour mieux en trahir l’esprit et le sens, et il l’est par les moyens utilisés pour l’imposer.

Les écologistes et quelques autres le soupçonnaient déjà dans les années soixante. La suite de l’histoire a achevé de les convaincre. L’étude des méthodes utilisées pour imposer l’ultra capitalisme en commençant par effacer systématiquement tous les lanceurs d’alerte, les résistants et les alternatifs le confirme amplement. Et nous ne cessons d’en apprendre davantage sur la perfidie des stratégies et la négation de toute démocratie.

Et puis, nous n’oublions pas l’Iran, le Congo, le Vietnam, la Papouasie Occidentale, l’Indonésie, le Chili, l’Argentine, Timor, etc. où le même système de prédation extrême s’est lâché. Et puis les peuples autochtones et leurs écosystèmes précieux passés à la moulinette de la loi mortifère du marché. Le broyage a été systématique pour écraser les résistances et extraire le maximum de profits, d’où la réalisation du pire cauchemar des écologistes d’hier : la disparition massive d’espèces et d’écosystèmes précieux pour la dynamique de la biosphère, et l’une des plus importantes extinctions biologique de l’histoire de la Terre – et la plus rapide.

En quelques mots, le complet renversement de sens représenté par l’ultra capitalisme et la globalisation de la prédation n’est évidemment pas une création démocratique. Hum, pas vraiment ! Ici même, cela a été imposé avec violence, mais une violence assourdie, indirecte, parfaitement perfide. La pire car la plus efficace et la plus destructrice.

La ruine de la paysannerie et des campagnes sous les planifications technocratiques hors-sol, les industries et les banques, la ruine des artisans et des commerçants sous les supermarchés, la déstructuration de la classe ouvrière par les externalisations et les délocalisations, la financiarisation partout, le démantèlement de tout ce qui faisait société et économie maîtrisée, etc., ont été programmées. Pour faire passer toutes ces condamnations au déracinement, au salariat, au chômage, à l’exclusion, au suicide, tout ce qui était « à gauche » a été soigneusement infiltré et coiffé, les acteurs non corruptibles poussés sur le côté et remplacés par des hommes de paille. C’est justement là que se sont distingués plusieurs des producteurs du candidat Macron à l’élection présidentielle 2017. Ainsi le super-prédateur Henry Hermand et l’ineffable Michel Rocard.

Dans les années soixante, après la gauche, est venu le tour de la nouvelle gauche (les mouvements nés dans les années 1960 qui dénonçaient l’intensification de l’exploitation et proposaient une autre civilisation). Contre les nouvelles résistances et les alternatives au capitalisme, des cris de guerre furent promptement lancés par les néo-cons (Norman Podhoretz, lui-même, dès 1967). Raymond Aron lui emboîta le pas en 1969 en invitant à vider la nouvelle gauche de ses forces vives pour n’en laisser que le réformisme récupérable : une coquille vide pour berner les distraits et les nouvelles générations. Et… là encore, nous avons vu à l’oeuvre les mêmes : encore Hermand, et puis Rocard et beaucoup d’autres qui se faisaient passer pour les héritiers de 68. Pour mieux tromper et installer la globalisation de la prédation, ils se disaient « deuxième gauche« . Les différents effondrements culturels, sociaux, écologiques, etc. leur doivent beaucoup. D’ailleurs, ceux-ci ne sont pas des sortes de dégâts collatéraux commis par inadvertance. Ils sont des étapes parfaitement planifiées de la déstructuration nécessaire à la systématisation de la prédation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tiens ! Une mobilisation pour la liberté d’expression…

Présidentielle : 34 sociétés de journalistes dénoncent « l’entrave à la liberté » d’informer par le FN

Après une série de cas où des journalistes se sont vu interdire l’accès à des événements où se rendait la candidate du Front national à la présidentielle, Marine Le Pen, les sociétés de journalistes de plusieurs médias ont signé le texte suivant :

« A l’occasion de la campagne pour le second tour de l’élection présidentielle, le Front national a décidé de choisir les médias qui sont autorisés à suivre Marine Le Pen. Plusieurs titres de presse ont ainsi vu leur représentant tenu à l’écart de toute information et de toute possibilité de suivi sur le terrain de la candidate du Front national. Ainsi, après Mediapart et Quotidien (et avant lui Le Petit Journal), l’AFP, Radio France, RFI, France 24, Le Monde, Libération et Marianne, notamment ont été à un moment ou à un autre victimes de ces exclusives. Il ne s’agit donc en rien d’un recours à la pratique du “pool” de journalistes où les informations et images sont partagées.

 

Nous protestons de la manière la plus ferme qui soit contre cette entrave à la liberté de faire notre métier et de remplir notre devoir d’informer. (…)

http://mobile.lemonde.fr/politique/article/2017/04/27/presidentielle-28-societes-de-journalistes-denoncent-l-entrave-a-la-liberte-d-informer-par-le-fn_5118951_823448.html?xtref=https://t.co/ECtwg6voNt

Ah, c’est affreux ! Et Oh combien révélateur ! « Des journalistes se sont vus interdire l’accès à des événements où se rendait la candidate du Front national à la présidentielle ». « Entrave à la liberté » clament-ils tous en coeur. Quel scandale, en effet. Mais que diraient-ils d’une bonne, d’une vraie censure, de celles qui empêchent toute expression, qui condamne à l’impuissance et à subir sans pouvoir faire savoir ce que vous savez, sans pouvoir répondre au déluge de falsifications et de calomnies déversé dans les media, qui fait de l’acteur un spectateur éternellement refoulé, qui capte et détourne les jeunes esprits vers les vessies flatulentes du capitalisme ? Hum ?

D’autant que cela a été réalisé ici. Oui ici, dans « le pays des droits de l’Homme et de la liberté d’expression ». Tous les lanceurs d’alerte y ont eu droit, amplifiant les crises sanitaires et les drames écologiques, multipliant les victimes. Tous les gueux dépenaillés brandissant leur fourches contre le château l’ont connu. Surtout la nouvelle gauche écologiste qui s’était dressée contre la globalisation capitaliste avant même d’avoir confirmation de son existence. Presque 60 ans de censure et de falsifications !

J’ai rencontré, pour la première fois, cette censure en… 1972. Pour empêcher une campagne contre les emballages jetables – ceux qui, aujourd’hui, forment des « continents » dans les océans.

Connaissez-vous la meilleure ? Des journalistes y ont participé. Peut-être pas ceux qui dénoncent aujourd’hui (je n’ai pas vérifié). Mais ils ont été nombreux, très nombreux. Et depuis ? Cela n’a pas cessé. La nouvelle gauche écologiste, ses alertes et ses propositions alternatives au capitalisme ont été exécutées de cette façon. La dénonciation du système de l’amiante et la défense de ses victimes aussi. Et la dénonciation des insecticides, etc. Même la prévention de la légionellose !

C’est ce travail de sape – toujours en oeuvre – qui, à force d’éliminer toutes les alertes et les alternatives, a produit la décomposition du système lui-même.

A la lumière de cette histoire, il est presque drôle d’entendre les auteurs du sabotage culturel et social depuis si longtemps en appeler, aujourd’hui, à la mobilisation pour… sauver la démocratie. Il fallait y penser hier, « camarades » !

 

l’un des dessins qui devaient illustrer la campagne contre les emballages jetables censurée par… des journalistes qui prétendaient nous soutenir

 

45 ans plus tard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand les coulisses d’Emmanuel Macron nous rappellent de bien mauvais souvenirs

Macron est une créature de Michel Rocard et Henry Hermand. Entre autres.

 

Henry Hermand, l’homme qui veut faire de Macron un président

Il a côtoyé Pierre Mendès France et soutenu Michel Rocard pendant des décennies. Il se tient désormais à la disposition d’Emmanuel Macron. Evoquer le ministre de l’Economie suscite immanquablement un éclair de malice dans les yeux bleus d’Henry Hermand. Immédiatement suivi d’un pincement de lèvres chez cet homme de quatre-vingt-onze ans : « Ne me faites pas trop parler de lui. « La dernière fois qu’il l’a fait, à l’automne, dans « Le Monde », il a dévoilé le projet de constitution imminente d’une association de soutien avec appel de personnalités et site Internet. L’idée : créer un mouvement d’opinion et mettre le ministre de trente-huit ans sur orbite pour « la présidentielle »de 2017 ! (…)

Henry Hermand fait partie des nombreux parrains du ministre de l’Economie – il y a aussi Jacques Attali, Alain Minc, Jean-Pierre Jouyet… Mais lui (Henry Hermand) est crédité d’une double originalité au sein de ce club sélect : il fut sans doute le premier et il était, jusqu’à présent, le plus discret. Emmanuel Macron n’a pas vingt-cinq ans lorsqu’ils font connaissance en 2002 lors d’un déjeuner donné par le préfet de l’Oise : l’énarque est en stage à la préfecture, et Henry Hermand, natif du département, y a créé la plus grande zone commerciale de Picardie à Saint-Maximin. (…)

https://www.lesechos.fr/17/01/2016/lesechos.fr/021626180217_henry-hermand–l-homme-qui-veut-faire-de-macron-un-president.htm#TGqlml7I55OVpziE.01

L’un des protecteurs-producteurs d’E. Macron*, Henry Hermand a été l’un des principaux promoteurs de cette « grande distribution » qui a ruiné la plupart des artisans et des commerçants, désertifié les villages et les rues commerçantes des villes, fait perdre quantité d’emplois et de savoir-faire, de produits diversifiés et de qualité aussi, fait gonfler le chômage et les banlieues, etc. Comme les autres opérations d’exclusion des « petits », cette financiarisation du commerce a été l’un des programmes de la globalisation capitaliste pour déstructurer l’économie familiale, les petites entreprises et, plus largement, casser les dernières capacités d’autonomie économique. C’est le pendant exact de la ruine de la paysannerie qui était organisée parallèlement pour faire place à l’industrialisation/financiarisation des campagnes.

* Comme Michel Rocard qui, lui aussi, avait été un poussin de Henri Hermand. C’est le même élevage industriel.

La ruine de la paysannerie et des campagnes et l’opération de substitution d’une « grande distribution » lourdement financiarisée au commerce intégré aux sociétés ont été lancées par les commissions de planification de la déstructuration économique de la République gaullienne commençante : Plan de stabilisation Pinay-Rueff, Comité d’experts Rueff-Armand pour la suppression des obstacles à l’expansion économique, septembre/décembre 1958, et la suite *. Une planification générale de la spoliation de la majeure partie de la population pour réaliser une concentration capitaliste maximale.

* ancêtres de la récente « Commission pour la libération de la croissance« , dite « Commission Attali » (2008), à laquelle a participé E. Macron.

En matière de commerce, la déstructuration a été fortement stimulée par la circulaire gouvernementale Fontanet de 1960. Le Nouvel Observateur et Le Monde, médias de la gauche en conversion capitaliste (la « troisième voie » de Mendès France, Rocard, Delors…), ont pris le relais pour casser les petits commerçants et artisans et encenser le commerce financiarisé. C’est alors que Michel Bosquet (futur André Gorz, le prétendu « philosophe de l’écologie » !) a mené campagne pour exiger l’application de la circulaire Fontanet et obtenir la suppression des derniers garde-fous qui protégeaient encore les producteurs et les petits commerçants *. Etc.

* « (…) A la maison, les parents et lui discutaient beaucoup de l’émergence du PSU, des thèses de Serge Mallet ou de Michel Rocard, et des implications de l’évolution du capitalisme industriel vers une consommation de masse« , témoignage de Michel-Edouard Leclerc.

Là ne s’arrêtent pas les méfaits commis par ces gens. Soutenus, et probablement dirigés, par de puissants réseaux, tels ceux de Denis de Rougemont (1), les capitalistes des supermarchés ont pénétré et généreusement arrosé une gauche rapidement dévitalisée et ses médias, tels Le Monde et Le Nouvel Observateur – ceux qui leur ont renvoyé l’ascenseur dès le milieu des années soixante en favorisant leur expression médiatique et en faisant campagne pour la dérégulation maximale du commerce (2).

Aujourd’hui, on observe que Le Monde et le Nouvel Observateur sont restés parfaitement fidèles à la même ligne en menant campagne pour la candidature Macron (en 2 ans, une dizaine de couvertures du Nouvel Observateur consacrées au nouveau poussin !).

Après la gauche, ce fut le tour de la nouvelle gauche… Tous les courants critiques et alternatifs des années 1960 qui faisaient cauchemarder néo-capitalistes et néo-cons, surtout à partir de mai 68, devinrent des objectifs pour les réseaux de la guerre froide. Ainsi, le mouvement écologiste fut promptement infiltré, coiffé, vidé de ses acteurs remplacés par des faux-semblants, abusé et détourné, sa culture critique étouffée. Exactement comme cela avait été fait, quelques années auparavant, avec toutes les formations, associations, revues, de la gauche héritière de 36, de la Résistance, des luttes d’après-guerre. Les leurres qui remplacèrent la nouvelle gauche écologiste servirent à récupérer la révolte des nouvelles générations pour la canaliser et l’étouffer à son tour. C’est grâce à cette opération d’escamotage-substitution et de détournement que, sur les décombres des résistances et des alternatives au capitalisme, le capitalisme ultra a pu être imposé sans coup férir dans les années 1980… par « la gauche » dévitalisée, précisément « la deuxième gauche » de Rocard et Delors (et Mitterrand). Le programme de sabotage culturel et social avait parfaitement fonctionné.

 

La décomposition qui, depuis, n’a cessé de croître en est le résultat. Elle a été voulue pour piéger tous ceux qui n’ont pas eu la force de réagir quand il était temps, c’est à dire la plupart.

 

S’il en était besoin, le vote unanime des spéculateurs boursiers, dès lundi 24 avril, confirme que « en marche » s’inscrit toujours dans le même projet.

 

 

(1) Denis de Rougemont qui, une génération auparavant, avait été formé par les frères Dulles, célèbres duettistes de la guerre froide :

John Foster-Dulles, secrétaire d’Etat du président Eisenhower 1953 – 1959

Allen Dulles, était à la tête de la mission de l’OSS (Office of Strategic Services, les services secrets étasuniens d’avant la CIA) en Suisse. C’est là qu’il a recruté Rougemont. Il a été le premier directeur civil (26.02.1953, 29.11.1961) de la Central Intelligence Agency créée en 1947 pour servir l’expansion mondiale du capitalisme – la globalisation.

(2) « Il ne s’agit pas d’attaquer la boulangerie, mais l’ensemble des fabrications artisanales et qui veulent le rester à tout prix… Quant aux 40 000 boulangers, pourquoi voulez-vous les retenir dans un travail qui peut être mieux fait à l’échelle industrielle, mieux vaut libérer les énergies humaines pour d’autres conquêtes… Le bâtiment et la route manquent d’hommes. Je crois qu’on sortirait les boulangers de leur pétrin en leur apprenant, par exemple, à conduire un bulldozer » Edouard Leclerc, Nouvel Observateur 1966.

 

 

 

 

 

 

 

Un nouveau rideau de fumée

Capté dans un billet publié par le quotidien Libération du 12 avril 17 :
« Ancien militant associatif, j’ai bien connu le discours catastrophiste de certains écologistes convaincus qu’il faut faire peur pour que l’opinion publique tienne enfin compte du changement climatique ou de l’effondrement de la biodiversité. »

Revoilà le « catastrophisme » brandit pour décrédibiliser les lanceurs d’alerte et gommer leurs propositions. Pourquoi cette caricature empruntée aux ennemis déclarés du vivant ? Nous n’avons pas encore tout oublié ! D’habitude, depuis une petite quarantaine d’années, les propagateurs du dénigrement sont des lobbyistes de telle ou telle branche du capitalisme qui s’attaquent aux alternatifs en proportion de ce que leurs commanditaires ont à cacher (a). Suivant la technique du contre-feu, les pires faiseurs de catastrophes ont entonné cette ritournelle pour mieux étouffer le mouvement social (la nouvelle gauche écologiste) qui s’opposait à leurs entreprises mortifères. La réussite de cette propagande et des manoeuvres qui l’accompagnaient a grandement facilité l’installation de la globalisation capitaliste et le développement des destructions de tous ordres.

Cette fois, c’est différent et, d’une certaine manière, plus inquiétant. Bien qu’il se voit comme un « ancien« , l’auteur est nettement plus jeune que ses prédécesseurs. Plus original encore, c’est après avoir fait « une thèse sur le principe de précaution » qu’il s’attaque aux lanceurs d’alerte en les accusant de tenir « le discours du déclin« . Au-delà du paradoxe, il semble surtout ne pas avoir une grande connaissance de l’histoire et de la culture de l’écologisme. En effet, en plus de donner l’alerte, ce mouvement a fait maintes propositions philosophiques, démocratiques et techniques, ouvrant la voie à un changement de civilisation (b). Et c’est justement pour polluer ces perspectives constructives qui soulevaient l’enthousiasme de beaucoup que les propagandistes du capitalisme ont retourné ce « catastrophisme » qui leur allait si bien.

Pourquoi Libération* publie-t-il ce genre de désinformation ?
* qui ne manque pas de mouliner sur les fausses informations !  

Le billet est signé Arnaud Gossement. Il est intitulé « En Marche ou en courant ?« . Tiens tiens… Si cet « en courant » correspondait à cet « en marche« , il se confirmerait que l’auteur n’a aucune relation positive avec l’écologisme. Par ses parrains, « en marche » est directement connecté aux personnes et aux forces qui ont étouffé toute la nouvelle gauche pour faire place à la globalisation de la prédation. L’effondrement de la culture du bien commun, la confusion et les destructions sans nombre sont leur production.  

Après le 1er tour de cette élection catastrophe :

Le vote unanime des spéculateurs boursiers, dès lundi 24 avril, a pleinement confirmé ce que montrait l’histoire.

 

(a) biodiversité, climat, peuples autochtones et diversité culturelle, démocratie, justice, pesticides, amiante et tous autres polluants, etc., nous en avons vu de toutes les couleurs et de toutes les lâchetés (comme ci-dessous).

(b) Heureusement qu’il y a eu les « catastrophistes » Pierre Kropotkine, Alfred North Whitehead, William Morton Wheeler, Max Horkheimer et Theodor Adorno, Aldo Leopold, Rachel Carson, Claude Lévi Strauss, Jean Dorst, Murray Bookchin, Paul-Emile Victor, Henri laborit, Henri Pézerat… !

 

une affiche des « catastrophistes » de la nouvelle gauche écologiste en 1971

 

 

 

 

 

 

mars 2017

 

Let’s Pollute nous rajeunit

Ce court métrage saisissant expose toute l’hypocrisie de la société de consommation

C’est étonnant que nous en soyons toujours là ! L’esprit de ce court-métrage est celui d’un tract de la SEMAINE DE LA TERRE du printemps 1971 (on se demande bien pourquoi…) :

C’EST BIEN,
C’EST TRES BIEN…
VOUS ETES DANS LA BONNE VOIE !
IL FAUT PERSEVERER
Continuez à couvrir la Terre de votre progéniture, il y a encore de la place et quand, demain, il n’y en aura plus, on en fera…

Continuez à multiplier les tas d’ordures, êtes-vous sûr d’avoir tout souillé ?

Continuez à détruire, il reste des animaux libres, des plantes non piétinées, des hommes « primitifs », des paysages intacts…

Continuez à polluer, peut-être y a-t-il encore des ruisseaux, de lopins de terre, des aliments non corrompus…

Continuez à vous abrutir dans les mille joies de la « vie moderne »

ENCORE UN PETIT EFFORT

Consommez le plus possible
Encouragez le gaspillage des ressources naturelles
Construisez, construisez n’importe quoi : des clapiers à citadins, des résidences secondaires, des autoroutes, par exemple
Arrachez la végétation, détruisez les tourbières, recouvrez la mer de pétrole, il y a trop d’oxygène
Déboisez, comblez les marécages, stabilisez les berges des rivières, il n’y a pas assez d’inondations
etc.

http://planetaryecology.com/histoire-contemporaine-une…/    (c’est sur ce site)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AFRIQUE : à l’origine de la ruine, sociale, économique, écologique… les armées nationales et la lutte pour le pouvoir

Autour du LAC TCHAD, LES POPULATIONS PLUS ENCORE VICTIMES DE LA COALITION ANTITERRORISTE QUE DE BOKO HARAM !

(…) Les troupes engagées sur le terrain font pourtant plus qu’entretenir la crise humanitaire en entravant la résilience des populations. Les opérations militaires, pour commencer, ont provoqué d’énormes dégâts parmi les civils. La région la plus touchée à cet égard est le nord-est du Nigeria, où l’insurrection de Boko Haram a démarré suite à des bavures policières en juin 2009. Sur les 33 000 morts comptabilisés en dix ans de conflit par la base de données NigeriaWatch à l’université d’Ibadan, la moitié a été tuée par les jihadistes, l’autre par les forces de sécurité et les milices paragouvernementales, entre autres du fait de mauvais traitements en prison (1). D’après des fonctionnaires du Borno qui souhaitent évidemment rester anonymes, il est même possible que l’armée ait tué les deux tiers des victimes, dont le nombre est sous-estimé au vu des difficultés à savoir ce qui se passe réellement dans les zones rurales.

(…) Autre procédé qui entretient la crise humanitaire, les autorités militaires ont mis en place des sanctions économiques afin de tarir les sources de financement des combattants de Boko Haram, qui vivent du pillage et de la prédation à défaut d’être subventionnés par Daech ou Al-Qaeda. Résultat, les paysans n’ont plus le droit de cultiver leurs terres dans la région de Diffa au Niger, les pêcheurs sont interdits sur le lac Tchad, les éleveurs ne peuvent plus vendre leur bétail sur les marchés qui ont été fermés au Nigeria et les commerçants ne sont plus autorisés à traverser des frontières qui ont été transformées en zones tampons et évacuées de leurs habitants. Conjuguées aux restrictions de transports et d’acheminement de l’aide, les conditions sont réunies pour empêcher la population de subvenir à ses besoins. (…)

Marc-Antoine Pérouse de Montclos

Une vision tronquée de la crise humanitaire autour du lac Tchad

http://www.liberation.fr/debats/2017/03/09/une-vision-tronquee-de-la-crise-humanitaire-autour-du-lac-tchad_1554562

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Empereur

film de Luc Jacquet

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=247548.html

Superbe aperçu de l’intelligence de la vie et de ses capacités d’adaptation. Il est très émouvant – et c’est captivant – de se retrouver dans l’intimité de ces êtres extraordinaires. Une belle leçon d’écologie.

 

 

 

 

 

 

 

 

1971 – 2017, de pire en pire

 

https://mrmondialisation.org/let-s-pollute/ 

 

Nominé aux Oscars du court-métrage d’animation 2011, Let’s Pollute nous plonge dans l’incohérence qu’est notre réalité moderne avec un second degré critique effrayant. « Pourquoi se voiler la face ? Nos actes détruisent la planète, alors encourageons les ! »

 

Traiter l’écologie avec ironie, quoi de plus efficace ? Ce petit film d’animation indépendant, nominé aux Oscars, propose une critique moderne acerbe du consumérisme et de la pollution qui en découle. Quelles sont nos valeurs aujourd’hui ? Pourquoi consommons-nous sans vraiment nous soucier (ou rarement) de l’impact de nos choix ? Qu’est-ce qui justifie une telle hypocrisie généralisée ? Notre confort perpétuel en vaut-il le prix ? Animé tel un film des années 50’s, Let’s Pollute risque de vous convaincre qu’il est temps d’adopter un nouveau mode de vie avant qu’il ne soit trop tard…

 

N’est-il pas étonnant que nous en soyons toujours là ?

 

L’esprit de ce court-métrage est celui d’un tract de La SEMAINE DE LA TERRE du printemps 1971 (on se demande bien pourquoi…) :

C’EST BIEN,
C’EST TRES BIEN…
VOUS ETES DANS LA BONNE VOIE !
IL FAUT PERSEVERER


Continuez à couvrir la Terre de votre progéniture, il y a encore de la place et quand, demain, il n’y en aura plus, on en fera…

Continuez à multiplier les tas d’ordures, êtes-vous sûr d’avoir tout souillé ?

Continuez à détruire, il reste des animaux libres, des plantes non piétinées, des hommes « primitifs », des paysages intacts…

Continuez à polluer, peut-être y a-t-il encore des ruisseaux, des lopins de terre, des aliments non corrompus…

Continuez à vous abrutir dans les mille joies de la « vie moderne »

 

ENCORE UN PETIT EFFORT

Consommez le plus possible
Encouragez le gaspillage des ressources naturelles
Construisez, construisez n’importe quoi : des clapiers à citadins, des résidences secondaires, des autoroutes, par exemple
Arrachez la végétation, détruisez les tourbières, recouvrez la mer de pétrole, il y a trop d’oxygène
Déboisez, comblez les marécages, stabilisez les berges des rivières, il n’y a pas assez d’inondations

etc.

 

sur ce site :

HISTOIRE contemporaine – Une mémoire du mouvement écologiste 1

http://planetaryecology.com/histoire-contemporaine-une…/ 

 

 

 

 

 

 

le sujet ci-dessous est étroitement relié au sujet ci-dessus

 

 

 

 

 

 

La suite logique de ce qui a précédé

« POURQUOI NOUS CHOISISSONS MACRON »

Les « écologistes » Daniel Cohn-Bendit, Jean-Paul Besset et Matthieu Orphelin expliquent dans une tribune les raisons pour lesquelles ils appellent à voter en faveur du candidat d’En Marche !

Beaucoup peuvent être surpris. C’est qu’ils ne savent pas ce qui a précédé; car l’histoire du mouvement social, en particulier celle du mouvement écologiste, éclaire le présent. Cela peut sembler banal de le dire, mais en ces temps de falsification cultivée, il faut rappeler et rappeler encore que les impostures n’ont pas levé toutes seules. Ce qui s’est passé entre les années soixante et les années soixante-dix explique beaucoup du triste spectacle qui nous est offert.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/…/ecologistes-nous-choisissons-emmanu…

 

et, même, de ce qui précède (ci-dessous)

 

 

 

 

 

 

 

 

Couche après couche, la falsification de l’histoire sociale efface l’histoire de l’alternative à la globalisation capitaliste et conforte le pire système de prédation de tous les temps
« (…) en matière intellectuelle, leur tour de passe-passe préféré consiste à gommer l’histoire. Le refus de l’histoire ou sa distorsion participent au processus désocialisant indispensable pour générer une lecture hégémonique des événements et de leurs causes. Le révisionnisme rudimentaire, qui consiste à nier purement et simplement l’existence d’un événement, reste possible mais n’est ni très persuasif ni très efficace dans les allées du pouvoir. Gommer l’histoire est une opération subtile qui avance à petits pas : il s’agit d’effacer des liens de cause à effet à travers l’espace et le temps. Elle a dans son camp l’oubli, processus naturel, biologique (…)« .
Paul Farmer,
La violence structurelle

 

Seulement ces derniers jours :
L’écologie est devenu un débris flottant dans la décomposition générale
« Ce devait être le mouvement politique de demain. Il a fini dévoré par le Parti socialiste.« 

« Le socialisme, à l’épuisement, a enfin accompli son programme: il a dominé et conquis ce rival, l’écologie politique, qui prétendait le remplacer.« 
« Il s’agit (…) d’une espèce éphémère qui atteint son terme quand elle aurait du être le chaînon suivant de l’évolution.« 
« Dans un monde dévolu à la croissance, horizon radieux de la répartition des biens, quelques prophètes démentent le paradigme. Qui les entend?« 
http://www.slate.fr/story/138680/ecologie-decomposition-generale

Le titre et quelques phrases sont prometteuses. Hélas… même en voulant dénoncer, Claude Askolovitch semble avoir été abusé sur l’histoire de l’écologisme. Certes, le PS a activement contribué à l’étouffement de l’écologisme (1), mais cela a commencé bien avant la mésaventure avec René Dumont, quand Pierre Fournier était des nôtres. A l’époque, en France comme partout ailleurs, l’écologisme était « la nouvelle gauche écologiste », une composante du mouvement d’émancipation des années 60/70 (new left). Alors, l’objectif n’était pas la conquête d’un pouvoir capitalisé sur la dépossession et la démobilisation de la plupart. Au contraire d’espérer se couler dans le moule, les écologistes voulaient restaurer la culture du bien commun et la démocratie (sans l’électoralisme, cela s’entend) par la libre circulation de l’information, la prise de conscience et la remobilisation de tous, pour produire l’évolution nécessaire à tous les niveaux. Cela a fortement déplu aux promoteurs de la mondialisation du capitalisme ultra qui ont fait coiffer le mouvement par leurs disciples et beaucoup d’autres qui ne devaient pas y comprendre grand-chose. A peu près tous les personnages convoqués par Claude Askolovitch ont participé activement à ce naufrage. Quelques-uns en étaient à l’origine.

 

Et encore… Jeudi 2 mars 17 sur ARTE, un petit film de Jacques Malaterre et Jean-Yves le Naour, deux auteurs à l’évidence abusés qui nous ont habitués à beaucoup mieux. Des images d’archives soigneusement sélectionnées et des intervenants qui chantent le même storytelling (2)

Les oubliés de l’histoire
René Dumont, l’homme qui voulait nourrir le monde

« René Dumont, l’un des fondateurs de l’écologie politique en France, se présente en 1974 à l’élection présidentielle, quand la décroissance n’est pas encore à l’honneur. »
http://www.arte.tv/guide/fr/05

Tant d’erreurs en si peu de mots ! Rien que cette petite phrase révèle le degré de falsification. René Dumont avait été un promoteur zélé de « la révolution verte« , belle expression qui maquillait l’industrialisation à outrance de l’agriculture (3), avec bombardements chimiques et engins lourds issus des industries recyclées de la Seconde Guerre Mondiale. C’est à cette « révolution » que nous devons l’expropriation de la plupart des paysans, la désertification des campagnes et l’explosion des banlieues, des destructions innombrables et l’effondrement de la biodiversité. Initiateur de cette malheureuse action, j’ai compris beaucoup trop tard que la conversion soudaine de Dumont à l’écologisme avait été pensée pour séduire un mouvement encore très inexpérimenté. « L’écologie politique » n’a été lancée que pour effacer la philosophie politique de la nouvelle gauche écologiste qui proposait déjà « la décroissance » et un changement de culture et de structures – en particulier politiques. Dumont a justement servi à étouffer cette alternative politique sous une couche d’impostures électoralistes reproductrices de la capitalisation des pouvoirs.

 

(1) Le PS n’était pas le seul, d’ailleurs. Il y avait foule pour empêcher l’éclosion de la nouvelle conscience

 

(2) Storytelling
La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits

Christian Salmon, La Découverte

Depuis qu’elle existe, l’humanité a su cultiver l’art de raconter des histoires, un art partout au cœur du lien social. Mais depuis les années 1990, aux États-Unis puis en Europe, il a été investi par les logiques de la communication et du capitalisme triomphant, sous l’appellation anodine de « storytelling ». Derrière les campagnes publicitaires, mais aussi dans l’ombre des campagnes électorales victorieuses, de Bush à Sarkozy, se cachent les techniciens sophistiqués du storytelling management ou du digital storytelling, pour mieux formater les esprits des consommateurs et des citoyens.
C’est cet incroyable hold-up sur l’imagination des humains que révèle Christian Salmon dans ce livre, au terme d’une longue enquête consacrée aux applications toujours plus nombreuses du storytelling : le marketing s’appuie plus sur l’histoire des marques que sur leur image, les managers doivent raconter des histoires pour motiver les salariés, les militaires en Irak s’entraînent sur des jeux vidéos conçus à Hollywood et les spins doctor construisent la vie politique comme un récit… Christian Salmon dévoile ici les rouages d’une « machine à raconter » qui remplace le raisonnement rationnel, bien plus efficace que toutes les imageries orwelliennes de la société totalitaire.

 

extrait de Critiques Libres :

http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/29267

L’existence entière est en passe de subir sa mise en forme sous l’aspect d’un conte, dont il apparaît au fil des analyses de C. Salmon, que sa structure obéit à des canons assez ordinaires, pour ne pas dire infantiles, tout à fait adaptés à l’espèce de réceptivité ahurie que cultivent la radio, la presse, la télévision, la « musique », la « culture » en général, et la « culture powerpoint » en particulier.

Chacun se voit traité comme le bambin qui se pelotonne contre ses parents, avant d’aller se coucher, et auquel ceux-ci racontent une belle histoire à dormir debout, afin justement de l’endormir une fois rassuré sur le fait que tout va bien et qu’il vit dans le meilleur des mondes possibles.

Bien sûr l’évidence, la légitimité hors de tout soupçon, que tous ces récits semblent véhiculer reposent sur des simplifications, des omissions, des sophismes, des déformations, habilement disposés dans le corps de l’histoire, comme un faux-nez malencontreusement oublié sur le masque de l’acteur peut passer pour un artifice anodin négligeable quant au signifié qu’il véhicule.

Qui plus est, la Loi (le conte) tombe d’en-haut, des Maîtres, de « ceux-qui-savent », avec l’autorité prêtée aux choses sacrées ou vis à vis desquelles la pensée critique est affaiblie ; en outre le processus narcissique allié au désir de protection et d’intégration à l’affût en chacun de nous, portent le sujet à s’identifier facilement à tel ou tel protagoniste, dans les schémas imaginaires que des rapports sociaux schématisés à l’extrême lui proposent, surtout si ces derniers déroulent leur trame avec la fluidité des situations où nul effort d’analyse ou de négation ne s’impose en apparence. La réduction des conflits ou des antagonismes essentiels, loin de se développer librement, est recouverte et dissimulée par le masque d’évidences cousues de câbles blancs, chez lesquelles règnent le lieu commun, le ragot de café du commerce, la bonne grosse logique de trottoir, en somme le logos de la commère et de la concierge.
Plus c’est gros, mieux ça passe, plus le propos se rapproche du caniveau, mieux il se fond dans le brouillard des ignorances ordinaires, des candeurs calculées, des roublardises du stéréotype.

On peut TOUT faire avaler à quiconque, à condition de donner aux instructions, injonctions, directives, des plus arbitraires aux plus monstrueuses ou aux plus stupides, la forme d’un récit plus ou moins habilement troussé, où les protagonistes seront choisis non pas en fonction d’une cohérence liée à la légitimité dialectiquement définie d’une fin et des moyens pour l’obtenir, mais en établissant un réseau de signes susceptibles de marquer la sensibilité, de convoquer (d’embrigader peut-on dire) les affects de l’auditeur, de la « cible », afin d’obtenir de la part de cette dernière et le consentement et les comportements utiles et profitables aux organisateurs du discours.

Vendre un produit, légitimer l’action des dirigeants d’une entreprise (séduire l’actionnaire, l’investisseur, licencier, faire avaler au personnel n’importe quelle mesure injustifiée ou scandaleuse, déposer un bilan, etc.), faire passer pour une évidence politique l’arbitraire d’une mesure économique provoquée par l’erreur ou la malhonnêteté, entraîner des soldats à aborder des situations de stress, de danger, de guerre, à abattre sans état d’âme le « méchant » de la fable, ou encore permettre à un parasite de la classe politique de convaincre, d’embobiner son auditoire par une belle histoire personnelle (totalement insignifiante au besoin) où il apparaîtra avec l’évidence magique du conte comme porteur d’une communauté de sentiments et de destins avec son public : les possibilités sont infinies des manipulations que permet cette technique tout particulièrement utilisée depuis une vingtaine d’années. Qu’on songe aux campagnes électorales, tant en France que chez les Etatsuniens, ces derniers temps.

N’importe quel aspect de la réalité peut se trouver parasité de cette manière, le zèle des cuistres de la communication n’ayant pas de limite. Même les sciences sont progressivement polluées par l’intrusion d’historiettes destinées à séduire bien plus qu’à expliquer : comme la stupidité définitivement installée des documentaires animaliers, où le lion, la marmotte ou le raton laveur sont affublés de noms, enrôlés dans des scénarios abracadabrants, invités à l’élaboration d’un dessein, sinon d’un destin…

La raison n’est plus convoquée (si tant est qu’elle le fut jamais) dans le discours (éducatif, économique, politique, militaire…), la thèse qu’affronte l’antithèse, vieilles lunes que cela ! L’interpellation sur l’Agora, la prise à témoin de l’orateur, la faculté de conspuer le menteur ou le démagogue, c’est fini !

Je me rappelle la réflexion d’un officier républicain pendant la guerre civile d’Espagne, rapportée par André Malraux dans « l’Espoir » : « …un chef ne doit pas séduire… » .
Pour une raison bien simple (c’est moi qui souligne) : par respect pour celui à qui il va ordonner d’aller se battre, par respect pour la cause qu’il défend, par respect pour la personne humaine qui ne saurait viser par l’artifice la sujétion d’une autre personne humaine.

Celui qui vous embobine ne fait pas que vous abuser : il vous méprise !

Radetsky

 

(3) l’une des machines de guerre de la globalisation capitaliste qui, justement, s’est avancée camouflée sous le prétexte de « nourrir l’humanité« .

 

 

 

 

 

janvier 2017

 

Edgar Morin révisionniste ? Ou victime de celui-ci ?

Vendredi 27 janvier 2017, Edgar Morin est invité de Une semaine en France, France Inter (18H10 – 20H). Et voilà que la journaliste (Claire Servajean généralement mieux inspirée) l’engage à parler d’écologisme :

« (…) Vous, ça fait un p’tit moment que vous vous préoccupez de l’environnement, depuis le début des années 70. Vous n’étiez pas très nombreux à l’époque ?« 

 

« Non, on était 2 ou 3. Mais il faut dire qu’on était alertés par ce fameux rapport Meadows qui était le premier rapport qui disait que c’était l’ensemble de la planète qui était menacé de dégradation, et il a fallu des catastrophes pour secouer un peu l’opinion, pour créer un début de conscience écologique (sic), mais c’était très faible. Il y a eu Tchernobyl, il y a eu plein d’exemples…« 

https://www.franceinter.fr/emissions/une-semaine-en-france/une-semaine-en-france-27-janvier-2017

(à partir de la 16ème minute)

 

« 2 ou 3« … On aurait aimé entendre le nom (les noms) de l’autre (des autres) militant(s) de ce grand mouvement. C’est proprement stupéfiant ! Même qui connaît mal l’histoire contemporaine ne peut ignorer que dès les années soixante un mouvement protestataire et alternatif largement inspiré par la prise de conscience écologiste a soufflé sur presque toute la planète.

 

Le rapport Meadows ! Cette seule référence décrédibilise tout le propos, car beaucoup d’autres études avaient précédé et les écologistes n’avaient pas attendu ce curieux document pour lancer l’alerte. Le rapport Meadows a été publié en 1972. Edgar Morin était donc déjà en retard et bien distrait pour ne pas savoir qu’il existait un mouvement écologiste (d’ailleurs, nous ne l’avons jamais vu à nos côtés) ! Car il y avait un bon bout de temps que les écologistes s’agitaient dans le monde entier pour prévenir les « catastrophes » qui n’ont pas éveillé la conscience, mais confirmé les avertissements. Sans même parler des précurseurs, l’écologisme était devenu un mouvement, depuis une bonne dizaine d’années. Edgar Morin vivait-il sur un petit nuage, sans voir la société s’agiter – « en bas » ?

 

En outre, dire que le Rapport Meadows a amorcé le début de la conscience écologiste, c’est révéler que l’on est tombé dans le piège dévoilé par Bernard Charbonneau en juillet 1974 :

« Tout intellectuel ou militant français engagé dans cette lutte (l’opposition à la société industrielle) ne devrait jamais oublier à quel point l’éveil de l’opinion a été une entreprise préfabriquée.

C’est en 1970, année de la protection de la nature que tout a été brusquement mis en train par la caste dirigeante. (…) »,

« Le « mouvement écologiste« , mise en question ou raison sociale » (La Gueule Ouverte n° 21).

 

En effet. Le Rapport Meadows était produit par le Club de Rome, lequel rassemblait la crème du capitalisme mondial délicatement saupoudrée de quelques scientifiques richement dotés. Au contraire d’une stimulation de l’éveil écologiste, il s’agissait d’une opération internationale, style guerre froide culturelle, destinée à étouffer l’alerte entretenue partout et depuis des années par la nouvelle gauche écologiste (new left), en la récupérant pour mieux lui substituer un discours trompeur et des représentations abâtardies.

 

C’est affligeant qu’un Edgar Morin tienne de tels propos, et sur un grand media ! Affligeant et suspect puisque cela conforte l’effacement de la nouvelle gauche écologiste, une censure toujours conduite par ceux qui l’ont étouffée.

Plus pervers encore, en effaçant de l’histoire le mouvement social pour le remplacer par le faux-semblant créé par l’élite du capitalisme afin, justement, de tuer le mouvement social et sa culture, Edgar Morin accrédite une rumeur grandissante : « l’écologie est une préoccupation de nantis« , « c’est l’affaire des bobos« , etc. Surtout avec l’audience dont il bénéficie, on ne saurait mieux contribuer à la falsification de l’histoire sociale.

 

Tout aussi surprenant, Edgar Morin a annoncé la récente publication d’un « Ecologiser l’Homme » (encore « l’Homme« , au singulier, de l’anthropocentrisme !). Ecologiser est une expression que j’avais créée au début de l’année 1974 : « Ecologiser la politique ? » (Le Courrier de la Baleine n°6, Amis de la Terre mars 74) ; un article qui avait rencontré un certain succès. Curieusement, sitôt après était apparue l’expression « écologie politique » pour mieux gommer la dénonciation écologiste de toute capitalisation, donc le refus de la conquête d’un pouvoir dominant et de l’électoralisme.

 

Rocard, un ennemi historique de la nouvelle gauche écologiste, avait lui aussi réemployé « écologiser« . Le mot n’a pas été déposé et chacun peut le recréer en croyant l’inventer. Mais, vu le contexte, tout cela est bien curieux.

Alors, Edgar Morin est-il volontairement au service de l’imposture, ou a-t-il toujours été abusé par l’entreprise d’effacement de la culture du vivant et du bien commun par les dominants ? Il est possible que, comme tant d’autres piégés par des réseaux de fausse connivence, immergés dans des bulles de désinformation, il ne sache vraiment rien de ce qui s’est tramé.

ACG

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *