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El Niño et le développement de la terre brûlée

Qui n’est pas prisonnier de la culture dominante et comprend que la vie règle toute l’économie de la planète observe avec intérêt la corrélation qui se dessine entre la destruction croissante des forêts denses, les apparitions d’El Niño et des perturbations qui lui sont attribuées.

Destruction des forêts primaires, El Niño, et autres bascules écologiques et climatiques

Inondations au Venezuela, tempêtes sur l’Europe occidentale, sécheresses et inondations en Afrique, canicule et incendies aux Etats Unis, sécheresses et incendies en Australie, sécheresse en Asie centrale, en Chine et en Mongolie, sécheresses en Méditerranée, pluies torrentielles, incendies, cyclones… Tous phénomènes records, d’ampleur « exceptionnelle ». mais qui se produisent de plus en plus souvent. L’effet de serre, hier encore largement contesté, fournit maintenant l’explication de toutes les anomalies climatiques. Le goût dominant pour les relations simples et linéaires ne serait-il pas en passe de masquer d’autres phénomènes, d’autres causes ?

On peut, par exemple, s’interroger sur les effets à grande échelle des processus de désertification causés plus encore par les politiques de « développement » que par une population humaine déjà pléthorique.

 

fig.1-                                                                                                                                                                                        dessin ACG

LES RAVAGES DU DEVELOPPEMENT CONTRE NATURE

Après les forêts primaires d’Europe et d’Amérique du nord, les forêts tropicales et équatoriales tombent massivement sous les coups des cupides et de prétendus « progressistes » qui ne voient en elles que fouillis sans ordre ni signification. Partout, les prosélytes de l’économisme dérégulé assassinent la vie, les intelligences innombrables s’éteignent, l’histoire des vivants s’efface sous les chenilles des bulldozers et des scrapers.

Un exemple entre mille : le Central Kalimantan Project, un chantier lancé en 1995 par la dictature indonésienne avec la bénédiction financière de la Banque Mondiale, du F.M.I., de la Banque Asiatique de Développement, de l’Union Européenne, etc. Il était envisagé de cultiver du riz industriel sur une surface assez grande pour récupérer l’autosuffisance alimentaire perdue à Java, Madura et Bali du fait de l’ensevelissement d’excellentes terres agricoles, travaillées par des dizaines de générations, sous le bitume et le béton (300 km2 par an, soit 10.000 km2 en 35 ans).

Ce sont donc 14.500 km2 des forêts marécageuses du centre de Bornéo-Kalimantan qui ont été livrés aux engins, en dépit d’une législation qui reconnaissait l’intérêt écologique de la région. Il s’agit d’un écosystème foisonnant de vie, l’un des derniers refuges pour les primates, dont les Orang Outangs. Régulant les flux de l’eau entre saison sèche et saison des moussons, ces forêts marécageuses accueillent une abondante faune aquatique qui constitue une importante ressource alimentaire pour les autochtones. Elles sont aussi le lieu de la production de matières organiques qui fécondent les rivières et les eaux côtières.

Dès les quatre premières années, des centaines de km2 de forêts ont été rasés. La flore subsistante – rare et très diversifiée – totalement brûlée, avec le sol, sa vie microbienne et ses stocks de semences. De même les biens communautaires des autochtones : plantations de rotins, d’arbres fruitiers, d’arbres et de plantes pour la construction, rizières plantées de variétés locales, jardins de plantes vivrières et médicinales, bassins de pisciculture, zones de chasse aménagées, etc. Les machines ont commencé à creuser plus de 20.000 km de fossés de drainage et de canaux et de dégager les aires d’accueil des colons importés de Java, Madura et Bali. 63.000 d’entre eux ont déjà été introduits. Ils survivent maintenant dans des conditions misérables. Car – la chose était parfaitement connue et n’a en rien freiné le chantier – les sols tourbeux de la région sont impropres à la culture des riz industriels.

Accablé par les critiques, le Central Kalimantan Project qui était une fierté du régime du général Suharto a été abandonné en 1999. Mais il a été remplacé par un projet intitulé Zone de Développement Economique Intégré qui est assez peu différent de son prédécesseur. Comme l’autre, il dénie toujours les droits des populations autochtones et menace de destruction écologique totale une superficie encore plus grande : 27.000 km2.

Dans toutes les régions administrées par Djakarta, ce type d’opération « de mise en valeur » avait déjà changé 24.000 km2 de riches écosystèmes en monoculture de palmiers à huile en 1998. Entre ces palmiers à huile, les autres plantations (hévéas, caféiers, théiers, ananas…) et les ravages de la prétendue « coupe sélective » des bois, ce sont 15.000 km2 de forêts denses qui sont perdus chaque année (1). La Banque Mondiale, qui commence à prendre conscience du désastre, estime que 170.000 km2 ont été détruits ces douze dernières années ; ce qui fait environ 700.000 km2 depuis 1950. Un exemple peut donner une idée de l’ampleur du massacre des vies et de la réduction de la diversité : la suppression de 1000 km2 de forêts primaires en Indonésie extermine 100 à 200.000 primates. Quant à la biomasse, elle chute d’environ 500 tonnes par hectares à moins de 30 en moyenne. Entre autres conséquences en chaîne, là où la température et l’hygrométrie étaient toujours régulées respectivement entre 24/27°C et 95%HR sous la canopée, la température s’élève de 7 à 15°C, selon l’importance de la destruction, et le climat s’assèche, ce qui favorise la prolifération des plantes de savane et l’extension d’incendies de plus en plus nombreux. En 1982/83, plus de 36.000 km2 de forêts endommagées et de plantations avaient brûlés à l’occasion d’une sécheresse record. D’autres feux importants ont eu lieu en 1987 et 1991. En 1997/98/99, ce sont 100.000 km2 qui sont partis en fumée entre Sumatra et la Papouasie Nouvelle Guinée occidentale. En particulier, des milliers de km2 ont brûlés dans la zone dégradée du Central Kalimantan Project. Et, dès le mois de mars 2000, en dépit d’une saison des pluies plus longue, les feux de 100 hectares et plus se comptaient déjà par centaines à Sumatra et Bornéo-Kalimantan (2).

En Indonésie, comme dans toutes les régions de l’Inde à l’Australie, les sécheresses « exceptionnelles » ont accompagné la progression des déforestations. Et les incendies n’ont cessé de prendre de l’ampleur.

L’ENFANT JÉSUS DIABOLISÉ

Pendant que les forêts indonésiennes et mélanésiennes brûlent, il pleut abondamment là où il devrait faire sec, au centre du Pacifique équatorial et les cyclones y sont plus nombreux et plus dévastateurs. A chaque fois, c’est El Niño qui est mis en avant comme origine de la sécheresse à l’ouest et, donc, des incendies. Il y a eu, en effet, des El Niño d’amplitude remarquable en parallèle des grandes sécheresses mais est-il raisonnable de focaliser toute l’attention sur « le petit » ?

fig. 2

                                                                                                                                                                             dessin ACG

En dépit de son nom, El Niño n’est pas un nouveau-né, d’ailleurs El Niño signifie plutôt l’enfant Jésus car, normalement, c’est à l’époque de Noël qu’il se manifeste. Il a été observé aussi en 1972/73, en 1964/65, en 1957/58, 1953, 1941, etc… Le climatologue Ken Trenberth, qui a le premier mis en évidence la périodicité de l’apparition de El Niño tous les 4 à 7 ans, pour une durée de 1 an, affirme que cette régularité peut se vérifier sur 2000 ans jusqu’à récemment. Depuis les années soixante-dix, on observe au contraire une augmentation de la fréquence et de la durée du phénomène. Cherchant une cause aux changements climatiques et, surtout, à celui du comportement de l’océan Pacifique, Trenberth désigne l’élévation de la température due à l’effet de serre. D’autres s’intéressent aux correspondances entre les fluctuations d’El Niño et d’importantes éruptions volcaniques. Mais ces hypothèses n’évacuent pas le soupçon sur le rôle des déforestations massives. Comme les grands incendies qui les accompagnent, celles-ci sont récentes et coïncident avec la montée en puissance des bouleversements climatiques.

El Niño est une résultante des pulsations d’un phénomène à l’échelle du Pacifique (fig. 1). Entre la côte sud-américaine et les côtes mélanésiennes et indonésiennes, les alizés poussent vers l’ouest la couche supérieure de l’océan. D’énormes masses d’eau voyagent d’un bord à l’autre du Pacifique et rencontrent, principalement entre les îles de la Sonde et l’Australie, les masses d’eau des courants de l’Océan indien (zone d’influence d’une autre dynamique océanique et atmosphérique) qui tendent à s’opposer à leur mouvement. En profondeur du Pacifique se développe un mouvement complémentaire : libérées d’une partie de l’eau chaude de surface partie vers l’ouest, les masses d’eau froide de plus forte densité s’élèvent près de la surface le long des côtes équatoriennes et péruviennes, et des eaux froides de l’Antarctique remontent le long de la côte américaine, c’est le courant de Humbolt. Dans cette configuration, il fait sec sur le versant pacifique de la Cordillère des Andes, et les forêts de l’Australie, de la Mélanésie, des Philippines, de l’Indonésie et de tout le Sud Est asiatique sont arrosées. C’est la position d’équilibre la plus commune. On l’appelle la Niña.

Mais il arrive que les alizés faiblissent. Alors, la considérable énergie potentielle des masses d’eau chaude accumulées à l’ouest du Pacifique est libérée. Une onde parcourt l’océan vers l’Est ; elle peut mettre 6 mois pour atteindre la côte américaine. Entre les courants Est-Ouest créés par les alizés, comme un courant de décharge équilibrant le tout, ce contre-courant équatorial parcourt le Pacifique d’Ouest en Est. Il peut enfler au point de remonter vers le Nord du continent jusqu’à la Californie et de descendre vers le sud jusqu’au Chili, refoulant le courant de Humbolt. Les couches d’eau chaude de surface et d’eau froide profonde tendent à se rééquilibrer. Parallèlement, à l’Ouest, la couche supérieure d’eau chaude s’amenuise tant que le niveau de l’océan peut descendre de 30 à 40 centimètres sur les rivages de la Micronésie et de la Mélanésie. De l’autre coté du Pacifique, le long des côtes américaines, le niveau s’élève légèrement et, surtout, les remontées (upwellings) d’eaux froides riches en éléments nutritifs, en face de l’Equateur et du Pérou, diminuent puis disparaissent. Cette raréfaction provoque la migration ou la mort de dizaines de milliers d’oiseaux, de mammifères marins et d’innombrables poissons – pour ceux-ci, la pêche industrielle s’exprime en millions de tonnes (entre douze et deux millions de tonnes suivant le comportement des dynamiques atmosphériques et océaniques). Le basculement des eaux chaudes vers l’Est peut refouler les eaux froides jusqu’à 200 m. de la surface (dans le même temps, la limite des eaux froides peut s’élever d’une vingtaine de mètres à l’Ouest). C’est cette inversion des eaux chaudes et des eaux froides qui a été baptisée El Niño et aussi ENSO (pour El Niño Southern Oscillation).

fig. 3

                                                                                                                                                             dessin ACG


TRANSFORMATION ET REDISTRIBUTION PLANÉTAIRE DE L’ENERGIE SOLAIRE

C’est dès le premier quart du XXème siècle que G.T. WALKER mit en évidence les brassages atmosphériques dans l’espace intertropical, d’Ouest en Est en haute altitude, d’Est en Ouest au-dessous, cela dans la zone Pacifique. Il existe quatre cellules de la circulation de Walker : l’une entre l’Amazonie et la côte africaine, une sur l’Afrique, une entre l’Indonésie occidentale et la côte est-africaine, et la plus grande, celle du Pacifique, entre la majeure partie de l’Indonésie et l’Amérique du Sud.


Les alizés sont donc une composante de la circulation de Walker ; sa partie basse d’Est en Ouest. Dans le Pacifique, en courant sur l’océan depuis les côtes américaines, ils entraînent l’eau de surface, créant un courant équatorial sud et un courant équatorial nord, tout en se chargeant de la vapeur d’eau levée par la chaleur du rayonnement solaire et leur propre action mécanique (3). Quand ils parviennent en Mélanésie, en Australie, aux Philippines, en Indonésie, les forêts denses récupèrent l’humidité collectée. Elles le font en émettant des molécules, tels des hydrocarbures volatiles, et probablement des micro-organismes et des spores. Certains constituent des noyaux de condensation autour desquels s’agglomèrent les molécules d’eau, formant gouttelettes et nuages. D’autres particules d’origine biologique provoquent les précipitations. La condensation de la vapeur d’eau et les pluies libèrent l’énorme chaleur latente accumulée – l’équivalent du travail d’évaporation réalisé durant la traversée du Pacifique. L’énergie libérée soulève les masses d’air au-dessus des forêts et met en mouvement de puissants courants aériens.


Comme tous les êtres vivants, les forêts transpirent pour réguler leur température tout au long de l’année. Cette évapotranspiration recycle dans l’atmosphère 50 à 75% de l’eau des pluies. C’est cette vapeur d’eau restituée qui, avec l’action des catalyseurs chimiques, des bactéries, des spores émis par les écosystèmes, se condensera plus loin en nouveaux nuages et nouvelles pluies, et ainsi de suite… Ce recyclage permanent alimente les régions boisées les plus éloignées de l’océan avec l’eau apportée par les alizés. Il est aussi le moyen du contrôle climatique qui, on le voit, est exercé par l’ensemble des êtres vivants composant la forêt. C’est encore ainsi, en suscitant les brumes et les nuages, que la forêt régule l’albédo, donc l’apport d’énergie solaire.

On peut dire que plus un écosystème terrestre est dense, plus la biomasse est importante, et plus les échanges avec l’atmosphère sont importants.

L’action des forêts denses s’étend bien au-delà de leurs limites terrestres puisque la libération de la chaleur latente de la vapeur d’eau collectée par les alizés est la principale force motrice de la circulation de Walker (4). Dans le cas des forêts de l’Asie du Sud-Est, de l’Indonésie, de la Mélanésie, de l’Australie, les masses d’air chauffé s’élèvent au-dessus des forêts et deviennent des fleuves aériens qui traversent le Pacifique d’Ouest en Est en haute altitude (fig. 2). Ceux-ci se refroidissent et retombent jusqu’aux côtes occidentales de l’Amérique, alimentant les alizés. En observant ces « cellules », ces « boucles de Walker », on réalise combien les forêts agissent sur l’ensemble : en provoquant la dissipation de l’énergie dont est chargée l’eau à l’état de vapeur, elles créent la puissante dépression qui aspire les alizés, lesquels les réapprovisionnent en eau, etc. En redistribuant dans toute la biosphère une partie de l’énergie solaire captée dans l’espace intertropical, les forêts denses sont, à la fois, les moteurs et les régulateurs des systèmes atmosphériques et océaniques (5). Elles contrôlent les climats pour réaliser les conditions de leur vie. Et l’on pressent que ces forêts denses, associations fortement intégrées d’une immense diversité, sont bien plus que des « machines » thermiques, bien plus que la simple totalité des êtres qui les constituent. .

Ce regard d’ensemble révèle l’étrangeté de la mise en accusation d’El Niño. Pourquoi focaliser sur une partie et ignorer le système en son entier ? Pourquoi ne rien dire du rôle des forêts ? Pourquoi ne rien sembler comprendre à la parole des peuples de ces régions et s’entêter à rechercher des explications purement mécaniques à l’autre bout du Pacifique ?

LE PROJET DE LA VIE ET SON ANÉANTISSEMENT

Qui n’est pas prisonnier de la culture impérialiste (6), et comprend que la vie règle toute l’économie de la planète, observe avec intérêt la corrélation qui se dessine entre la destruction croissante des forêts denses, les apparitions d’El Niño et des perturbations qui lui sont attribuées. El Niño qui existait avant les grandes déforestations perpétrées depuis une quarantaine d’années, et même avant les destructions de la colonisation européenne, pourrait être la manifestation d’une nécessaire phase de décharge de l’énergie après une longue accumulation. Un phénomène commun chez les systèmes vivants qui a sans doute des équivalents dans les autres cellules de Walker. La destruction des écosystèmes complexes dans tout le Sud-est asiatique, l’Indonésie bien sûr, la Mélanésie et l’Australie également, ne serait donc pas, à proprement parler, à l’origine des oscillations, mais elle pourrait être la cause de leur amplification, donc de l’aggravation des désordres induits. Ainsi, l’oscillation de 1982/83 a été la plus importante de toutes celles connues, au point qu’à l’ouest du Pacifique les alizés ont tourné, se dirigeant vers l’Est, comme si se créait une nouvelle cellule de Walker entre le milieu du Pacifique et l’Indonésie devenue zone de pressions plus hautes. L’oscillation commencée en 1986 a été plus longue que toutes les précédentes, et celle de 1997/98/99 paraît avoir battu les records des oscillations de 1982/83 et de 1986 (fig. 3).


Du seul point de vue climatique, détruire les forêts primaires à forte biomasse, c’est changer l’albédo de ces régions et les condamner à des températures excessives (peut-être aggravées encore par l’effet de serre), c’est tuer les grands organismes complexes qui engendrent les circulations de Walker et de Hadley et contribuent à réguler non seulement les climats de la zone intertropicale, mais aussi tous ceux de la planète. Car il est vraisemblable que les sécheresses et les grands incendies sont, à la fois, les résultats locaux et immédiats de la dévastation des écosystèmes complexes, et leurs conséquences à grande échelle, en retour, déphasées d’un cycle climatique complet. De destructions locales en conséquences catastrophiques étendues et différées, qui induisent des destructions plus grandes encore, jusqu’où allons-nous dériver ? Jusqu’à l’effondrement des cycles atmosphériques et océaniques régulateurs, comme se tarissent les sources avec les déforestations ? Jusqu’à produire un El Nino permanent, un désordre climatique permanent à l’échelle planétaire, avec une accélération, une amplification et une multiplication des évènements les plus destructeurs (cyclones, pluies diluviennes, sécheresses et incendies) ? Et pour quoi ? Pour élever de la viande de fast-food ? Pour cultiver du soja destiné à gaver de pauvres animaux torturés dans les usines de la malbouffe ? Pour planter des palmiers producteurs d’une huile mauvaise pour la santé (7), une huile dont les plus fous et les plus cupides commencent à faire du carburant – « carburant vert » ou « biodiesel », disent-ils. Pourquoi cette huile et ces destructions massives ? Parce que, dit-on, le coût de production de cette huile est très faible. Très faible ? En détruisant les tissus les plus denses de la vie pour la produire ? Ce sont des biens communs parmi les plus précieux ! On voit là toute l’absurdité criminelle de l’économisme capitaliste qui externalise la plupart des véritables coûts de ses activités. Coûts toujours exorbitants en regard des profits dérisoires. L’aboutissement de cette politique stupide est en vue : la mort de la biosphère pour plus d’argent facile dans la poche de quelques-uns.

A force de crimes et d’aberrations économiques historiques, les corrompus et les développeurs associés auraient-ils réussi, tel l’apprenti sorcier, à amorcer une spirale de destructions de plus en plus importantes, capable de parachever localement leur oeuvre de mort et de bouleverser toute la planète ? Comme en matière de finances virtuelles dont les effets frappent jusqu’aux plus pauvres ? Certainement. D’ailleurs, c’est la même culture dominante anti-nature, mécaniste et dissociative qui a généré « l’économie réelle » destructrice et les bulles spéculatives.

Première parution en 1998 dans le mensuel Silence
Autre version réalisée en collaboration avec Peter Bunyard parue dans The Ecologist, march/april 1999

Alain-Claude Burgevin-Galtié

Notes :

(1) Sans compter les effets induits par la fragmentation des écosystèmes. Celle-ci fragilise à mort les parties de forêt primaire encore épargnées, elle fragilise toutes les espèces végétales et animales qui concourent à la vie de l’ensemble, en particulier les plus grands arbres qui, bien que peu nombreux (environ 2%) totalisent près du quart de la biomasse végétale et abritent beaucoup d’espèces animales. Elle casse aussi le cycle de l’eau transférée de proche en proche sur l’ensemble des grandes forêts (pluies, évapotranspiration, condensation, pluies…).

Résultat annexe à l’étude des causes du déclin Maya, des chercheurs tels que Benjamin Cook (Lamont-Doherty Earth Observatory) ont estimé à 20% la diminution pluviométrique causée par la réduction de la forêt dense en Amérique Centrale.

(2) A noter que ces incendies contribuent à l’effet de serre en libérant autant de dioxyde de carbone que l’agriculture et l’industrie ouest-européennes en un an. En libérant les combustibles fossiles et en détruisant simultanément les forêts diversifiées à forte biomasse, le développement industriel actuel est en train d’annuler le travail de la vie depuis la colonisation des terres émergées par les végétaux, il y 480 millions d’années.

(3) L’océan est un bon capteur solaire: son albédo (ou fraction du rayonnement réfléchi) est faible. L’évaporation y est donc importante.

(4) Cornejo-Garrido and P.H. Stone, 1977: « On the heat balance of the Walker circulation ». Les transferts verticaux de la chaleur latente de condensation représentent 80% des échanges qui équilibrent le bilan énergétique de l’atmosphère (Malkus). Uniquement au-dessus de l’Amazonie, cette libération d’énergie équivaut à celle de l’explosion de cinq à six millions de bombes atomiques par jour (Eneas Salati, « The forest and the hydrological cycle in the geophysiology of Amazonia », édit. Robert Dickinson, Wiley, 1987).

(5) Les forêts tropicales jouent un rôle moteur tout aussi important dans le fonctionnement de l’autre grand système atmosphérique: la circulation de Hadley qui irrigue les deux hémisphères, depuis l’équateur jusqu’aux pôles.

(6) Sur la culture impérialiste et sur son contraire, la culture écologiste ou l’extension de la nature dans la conscience: « Les pionniers de l’écologie », Donald Worster, édit. Sang de la terre.

(7) L’huile de palme est riche en acides gras saturés, et, pire encore, elle est souvent hydrogénée. Excellent pour préparer des accidents vasculaires ; coeur ou cerveau, au choix. Autant dire que l’industrie de l’huile de palme est nuisible de bout en bout, mais, gros problème, les industriels de l’agro-alimentaire en mettent partout, jusque dans les laits pour bébés et des produits « bio » !
Beaucoup d’information sur internet en consultant huile de palme, huile de coprah, cholestérol, acides gras, hydrogénation, accidents vasculaires…

Sur la catastrophe de l’huile de palme industrielle :
Un crime contre le vivant : l’huile de palme industrielle
Sur le site planetaryecology
http://www.planetaryecology.com/index.php/component/content/article/92-un-crime-contre-le-vivant-lhuile-de-palme

Pour plus d’informations :

En complément du chapitre « Les ravages du développement contre nature », il faut voir la vidéo « Indonésie : le coût des biocarburants » (en français et en allemand).
Reportage de Dominique Hennequin, Emmanuelle Grundmann, Thierry Simonet, sur le site d’ARTE (www.arte.tv/fr).

Le Vol. N° 2/3 1986 de The Ecologist (« Banking on disaster: international support for Transmigration ») a été consacré au programme colonialiste défendu par les différents pouvoirs indonésiens – même l’actuel.

« Des paradis dans l’enfer du développement : révoltes en Indonésie », Silence n°251, décembre 1999, consultable sur ce blog.

http://dte.gn.apc.org
International Campaign for Ecological Justice in Indonesia
Down to Earth

www.orangutan.com
www.orangutanprotection.com

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