Depuis le dix-huitième siècle, la pensée occidentale s’est trouvée confrontée à un choix contradictoire entre deux façons de raisonner, deux positions, deux écoles différentes. La première préconise de libérer l’esprit humain du carcan mental dans lequel il s’est lui-même emprisonné, dans l’espoir de parvenir aux valeurs intrinsèques de l’ordre, aux fins dernières, au but ultime de la vie. C’est le côté critique des Lumières : la raison consacrée à la libération, à la transcendance…

Theodor Adorno et Max Horkheimer avaient bien compris que la dichotomie Homme/Nature et la lutte contre le vivant symbolisé par « la Nature » fondent l’impérialisme et ses avatars (extrait de « La dialectique de la raison« , 1944)

 

 

 

 

 

 

 

Les Situationnistes,

La protection des animaux et l’affirmation de leur intelligence,

Les Provos,

Les Hippies,

Les Diggers,

Les Kabouters,

Les Beatniks,

Les résistances des Peuples Autochtones (comme l’American Indian Movement),

Études et Chantiers,

L’Union Rempart,

Maisons Paysannes de France,

Nature et Progrès,

Les Féministes et les homosexuels,

Les Régionalistes,

Le Charlie Hebdo de Cavanna et Choron,

La Semaine de la Terre,

Le Courpatier,

Survivre et Vivre,

L’Agence de Presse Réhabilitation Écologique (APRE)

La Gueule Ouverte de Pierre Fournier,

etc.

Tous les éveils à la diversité, toutes les luttes complémentaires dressées contre la violence prédatrice et dominatrice

 

 

La mémoire du plus important mouvement social et culturel contemporain semble avoir été effacée. En France, bien sûr. D’autant que la confusion la plus complète est entretenue avec un fugitif et confidentiel courant politicien des années cinquante, voire avec la deuxième gauche réformiste qui, pour comble, lui était viscéralement hostile. C’est au point que ceux qui connaissent son nom le plus commun – la nouvelle gauche (new left) – sont devenus rares. Il n’est pas inutile de se demander combien il a fallu consacrer d’argent, de temps et d’ingéniosité pernicieuse pour réussir cet escamotage.

 

La nouvelle gauche vue par Politique Hebdo (en mai 1973), un journal entièrement fait par des gauchistes (surtout maoïstes) qui agressaient grossièrement ou infiltraient toutes les réunions des écologistes et qui, un an plus tard, allaient aider de manière spectaculaire à leur élimination. L’auteur, Louis-Jean Calvet, était un ex de la Sorbonne en 68. Il devait, donc, parfaitement connaître tous ceux qui, précisément, ont tout fait pour couper les ailes de la nouvelle gauche et l’effacer. C’est pourquoi il pouvait publier dans Politique Hebdo (il faisait même partie de la rédaction).

Louis-Jean Calvet ne fait pas exception. Il entretient la confusion entre la nouvelle gauche et les gauchistes (en particulier avec les maoïstes) :

« (…) cette nouvelle gauche (ou ces gauchistes, comme on dit plus volontiers en France) dans laquelle Marcuse voit l’avenir de la révolution (…) »

Embrouillement d’un militant égaré ou malhonnêteté manipulatrice visant à parfaire le remplacement des uns par les autres ? Entre autres mauvaises actions de ses amis, Calvet ne devait pas ignorer la très spectaculaire agression des écologistes le 22 juin 1972. En tout cas, Politique Hebdo était parfaitement au courant (donc, il ne pouvait pas ne pas l’être).

La suite du texte entretient la confusion la plus profonde en attribuant aux « radicaux » (donc à la nouvelle gauche) des dérèglements spécifiques aux gauchistes (la « pétrification du marxisme« ) et aux super-machos qui abondaient dans ce courant, tel « l’abaissement » (plutôt l’avilissement) de la sexualité – Hocquenghem en a su quelque chose.   

23 Juin 1972 – Guet-apens au Pré-aux-Clercs : comment le capitalisme a effacé la nouvelle gauche

Suprême habileté, les photos qui illustrent l’article montrent des manifestations inspirées par le mouvement hippie, une composante de la nouvelle gauche. L’inverse – en tout – du gauchisme !

Comme nous, Pierre Fournier et ses amis avaient été agressés maintes fois par des gauchistes. Fournier avait prévenu : « Mai 68, c’était Marcuse. Ces connards ont cru que c’était Lénine » (Concierges de tous les pays, unissez-vous, Charlie Hebdo n° 28, 31 mai 1971).

 

 

Le grand mouvement foisonnant des années 1950/60 et 70 est maintenant si peu connu que beaucoup y mêlent les gauchismes et croient que le mouvement s’est éteint naturellement. La nouvelle gauche, puisque c’est l’appellation que l’on utilisait à l’époque en englobant l’ensemble des courants, n’est pas morte d’épuisement. La nouvelle gauche ne s’est pas éteinte parce que sa culture, la « contre-culture« , était dépassée (elle avait malheureusement raison quant à la puissance destructrice du néo-capitalisme, raison aussi sur la nécessité vitale de changer de civilisation). Son effondrement n’a pas été l’aboutissement d’un processus naturel, comme une extinction faute de militants, d’inspiration, d’enthousiasmes, d’idées et de révoltes. Et rien, dans ce mouvement, comme d’autres affectent de le croire, ne prédisposait aux dégénérescences déplorées depuis. Bien au contraire. D’autant que tout va de mal en pis et que les pires cauchemars des écologistes ont été réalisés – plus un paquet d’autres horreurs que nous n’avions pas osé imaginer – par ceux qui les ont éliminés, et que rien n’annonce un sursaut salvateur.

 

L’extinction de la nouvelle gauche ne doit rien à la prétendue force du capitalisme qui aurait été capable, par son seul dynamisme adaptatif, de phagocyter les oppositions les plus radicales par « endogénéisation » (thèse de Boltanski-Chiapello dans Le nouvel esprit du capitalisme) ! Tout dépend évidemment de ce que l’on entend par « oppositions radicales« … Pour penser ainsi, il faut s’être arrêté aux syndicats et aux gauchismes, qui relèvent en effet de la même culture impérialiste que le capitalisme. Car, quant à endogénéiser la culture écologiste et conviviale, ou culture du vivant, alternative au capitalisme par essence, celle qui inspirait la counter-culture et animait la nouvelle gauche alternative, impossible, elle est l’exact contraire de l’esprit du capitalisme… à moins de confondre avec les faux-semblants électoralistes verts* produits par l’oligarchie pour, justement, créer l’illusion d’une continuité et de cette fameuse endogénéisation afin de mystifier, capter et démotiver les nouvelles énergies.

  • En France, l’électoralisme réintroduit par un chantage initial de René Dumont a porté le coup de grâce à un mouvement déjà affaibli (en 1974) par d’incessantes manipulations.

 

S’agit-il d’une nouvelle démonstration d’ignorance de la nouvelle gauche écologiste, ou d’un nouvel effort pour mieux l’effacer ?

« (…) On attribue à Tacite cet aphorisme : « Ils créèrent un désert qu’ils baptisèrent la Paix. » Cette phrase convient bien aux architectes de la violence structurelle : en matière intellectuelle, leur tour de passe-passe préféré consiste à gommer l’histoire. Le refus de l’histoire ou sa distorsion participent au processus désocialisant indispensable pour générer une lecture hégémonique des événements et de leurs causes. Le révisionnisme rudimentaire, qui consiste à nier purement et simplement l’existence d’un événement, reste possible mais n’est ni très persuasif ni très efficace dans les allées du pouvoir. Gommer l’histoire est une opération subtile qui avance à petits pas : il s’agit d’effacer des liens de cause à effet à travers l’espace et le temps. Elle a dans son camp l’oubli, processus naturel, biologique (…)« .

Paul Farmer la violence structurelle.

 

Philadelphia, Earth Day 1970

 

« Depuis le dix-huitième siècle, la pensée occidentale s’est trouvée confrontée à un choix contradictoire entre deux façons de raisonner, deux positions, deux écoles différentes. La première préconise de libérer l’esprit humain du carcan mental dans lequel il s’est lui-même emprisonné, dans l’espoir de parvenir aux valeurs intrinsèques de l’ordre, aux fins dernières, au but ultime de la vie. C’est le côté critique des Lumières : la raison consacrée à la libération, à la transcendance. Sur le rivage opposé de cette dialectique, on trouve la deuxième école, qui propose une domination de la nature. Cette dernière position, devenue la branche la plus active de l’héritage des Lumières, présuppose une désacralisation du monde, une réduction quantitative et mécaniste de l’univers en une masse informe d’objets hétéroclites. La raison devient un simple instrument au service des moyens et non des fins. Cette façon de voir conduit à l’aliénation spirituelle de l’homme, à sa coupure d’avec la nature, puis à l’industrialisation et à la mercantilisation du monde vivant. Toute l’histoire de la science ainsi que toutes les autres dimensions de la vie intellectuelle depuis le dix-huitième siècle sont empreintes de cette dialectique« 

« Aujourd’hui, au moment où l’Utopie de Bacon, la « domination de la nature dans la pratique », est réalisée à une échelle tellurique, l’essence de la contrainte qu’il attribuait à la nature non dominée apparaît clairement. C’était la domination elle-même. Et le savoir, dans lequel Bacon voyait la « supériorité de l’homme », peut désormais entreprendre de la détruire. Mais en regard d’une telle possibilité, la Raison, au service du présent, devient une imposture totale pour les masses » car « Toute tentative ayant pour but de briser la contrainte exercée par la nature en brisant cette nature n’aboutit qu’à une soumission plus grande au joug de celle-ci »
« La dialectique de la raison » (page 54 de l’édition Gallimard 1974).

 

 

La culture que portait le mouvement écologiste – ou nouvelle gauche -, celle souvent désignée comme contre-culture qui a parcouru le monde dans les années soixante et soixante-dix, est celle esquissée par les philosophes de l’Ecole de Francfort : celle du « côté critique des Lumières : la raison consacrée à la libération, à la transcendance« . Elle est la culture (l’ensemble des références) exactement contraire à la culture dominante. Cette dernière, qui est plus précisément la culture spécifique de la domination, est mécaniste, productiviste et purement impérialiste. C’est une culture de conquête, une culture de guerre qui soumet les hommes à toutes les formes de domination, la culture du chaos et de la mise à mort de la biosphère. Elle se définit elle-même comme anti-nature, ce qui dit tout.

 

affiche de la Semaine de la Terre – Paris mai 1971

 

Sur l’autre rive, la culture écologiste est essentiellement holistique, comme le vivant, comme toute chose. Elle ouvre à la compréhension des complémentarités et des interdépendances. Elle est la culture du collectif – de l’intelligence collective -, parce que la culture des interrelations, du sens des interrelations, quand la culture dominante les minimise ou les instrumentalise pour réduire au maximum l’intelligence collective et la démocratie.

 

Avant de lire Piotr Kropotkine, Michel Bakounine, Theodor Adorno et Max Horkheimer, Henri Laborit, Lynn Margulis et Dorion Sagan, etc., bien avant, nous voyions bien la finalité du dogme de la compétition qui nous était imposé sous prétexte de « loi de la nature » : conforter les dominations coupables des destructions écologiques et sociales. Et nous comprenions que la coopération est une dynamique essentielle du vivant; sans doute la plus importante. L’ouverture sur les autres, l’écoute et l’observation avaient suffi à nous apprendre. Sans le savoir, nous étions dans les pas de celui qui parlait de « l’instinct communautaire » étendu à toutes les créatures, Aldo Leopold (1887 – 1948), et de beaucoup d’autres prédécesseurs. Mais nous savions que nous n’étions pas en phase avec la version quantitative de l’écologie privilégiée par le système capitaliste et son économie productiviste. A la différence des conditionnés par l’enseignement de la culture dominante, nous n’identifiions pas « loi de la jungle » et « nature« . Dans le vivant, nous admirions surtout la construction associative et symbiotique. Arcadienne, ou écologiste et conviviale, cette culture s’était épanouie avec la prise de conscience et l’alerte écologistes. Elle a été fondatrice de la plupart des courants de la nouvelle gauche (Provo, Beatnik, Hippie, féminisme, régionalisme, mouvements des Peuples Autochtones, pacifisme, écologisme bien sûr, etc.). La culture écologiste arcadienne a été baptisée contre-culture (Theodore Roszak 1969), mais, à la différence de la culture dominante, elle n’est pas une culture d’opposition, une culture anti, une culture fondée sur ce à quoi elle s’oppose. Au contraire, elle est la culture de l’empathie.

Cette intelligence sensible nous est naturelle. Elle est développée par le vivant (par « la nature« ), sans rupture d’aucune sorte entre « nature » et « culture » – comme Darwin lui-même le concevait. Elle est le guide de l’ouverture au monde, de la bonne intelligence et de la paix. C’est donc elle qui structurait la philosophie politique des écologistes, se traduisant par la compréhension de la complémentarité et de l’interdépendance entre tous dans la biosphère, le besoin de la libre circulation de l’information, le refus des hiérarchies du pouvoir capitalisé au détriment des individus et de la communauté, et… une nouvelle lecture de la démocratie.

Cela faisait la différence avec les autres, tous les autres ! Même avec les « protecteurs de la nature » qui nous entouraient. Curieusement, ceux-là étaient restés très attachés aux conformismes dominants et les reproduisaient sans gêne aucune. De même avec les méthodes ! Ils seront les premiers à entraver l’essor de l’écologisme et pactiseront avec tous ses ennemis, y compris avec les « maoïstes » (bons bourgeois avant tout). Car, nous tous de la nouvelle gauche qui croyions pouvoir entraîner, convaincre de changer, stimuler… c’est nous qui avons été balayés. Et de quelle façon !

 

 

 

Hervé le Nestour

 

Que croyez-vous que vous raconte

 

 

Quand nous avons enfin réussi à lancer un mouvement écologiste en France – bien après les courants de même sensibilité aux Pays-Bas et en Amérique du Nord -, nous n’avions pas lu Adorno et Horkheimer. Nous n’avions pas lu Marcuse non plus. Ni beaucoup d’autres auxquels les fantaisistes de l’exégèse attribuent la paternité de la nouvelle gauche écologiste. Soutenu par l’observation des écosystèmes et l’amour du vivant, notre engagement venait du plus profond. Il venait du choc et de la révolte devant les destructions perpétrées par le système capitaliste dont nous ne savions pas encore qu’il était lancé dans une nouvelle conquête mondiale (la mondialisation, ou globalisation). Tout juste comprenions-nous qu’une spirale infernale avait été amorcée et, d’ailleurs, qu’elle ne se limitait pas au capitalisme, tel qu’il est généralement compris. Ainsi, le peu d’information qui nous était venu de la Chine sous les maoïstes, en particulier la guerre contre les oiseaux, nous avait appris la folie et la nuisibilité de cet autre système. Comme de tout système totalitaire.

 

Guerre contre les « nuisibles » en Chine à la fin des années cinquante. Ici, le massacre des moineaux

 

Quant à la voie philosophico-politique que nous proposions en même temps que nous la découvrions, elle n’était dictée par aucun gourou. Elle était simplement inspirée par notre être ouvert au monde, par notre sensibilité en interaction avec les autres vivants et l’ensemble qu’ils constituent. Elle était inspirée par la compréhension et le sens des interrelations. Ce que chacun peut ressentir et comprendre s’il n’est pas bouché à l’émeri par une idéologie totalitaire ou un appétit de puissance.

 

Murray Bookchin, un de la nouvelle gauche écologiste

 

A propos de la nouvelle gauche écologiste, Bernard Charbonneau écrivait : 

« (…) il s’agit bien d’une critique et d’une opposition au monde où nous vivons. Ses thèmes (critique de la croissance, de la production, etc.) sont neufs par rapport aux thèmes traditionnels de la droite et de la vieille gauche (n’étaient-ce les oeuvres de quelques isolés sans audience qui ont mis en cause la société industrielle dès avant la guerre). A ses débuts, surtout après Mai 68, ce mouvement a été le fait de personnes marginales, comme Fournier, de groupes de jeunes et de quelques sociétés (Maisons Paysannes de France, Nature et Progrès, etc.), réagissant spontanément à la pression grandissante de la croissance industrielle. Nouveauté des thèmes, marginalité, spontanéité du mouvement, ce sont là les signes d’une véritable révolution (rupture dans l’évolution) en gestation.« 

1974 07 – Le « mouvement écologiste », mise en question ou raison sociale, par Bernard Charbonneau

 

Charbonneau citait Maisons Paysannes de France qui, en tant qu’association, s’inscrivait dans le même mouvement depuis 1966 :

« Nous sommes en pleine action écologique et nous continuons (…) dans le vrai mouvement écologique qui, lui, n’a pas besoin de grand chef. » Aline Bayard, décembre 1974.

Justement, MPF était, elle aussi, menacée par l’offensive récupératrice dirigée par « la caste dirigeante » (Charbonneau dans le même article) :

1974 12 – Aline et Raymond Bayard, de Maisons Paysannes, alertent contre les manoeuvres anti-écologistes

 

Depuis l’immédiat « après 68« , en réaction à l’émergence des années soixante, la propagande nous abreuve de culture impérialiste (croissance, compétition, capitalisation des pouvoirs d’être et d’agir confisqués, performance, productivité, mépris des autres hommes et des autres êtres, ignorance des interrelations et des ensembles, des écosystèmes, instrumentalisations multiples, réification, etc.) avec encore plus de force qu’auparavant, au point que beaucoup en sont complètement désorientés. D’autant que l’étiquette « écologie » a été récupérée par le système dominant et est souvent utilisée dans un cadre impérialiste. Et, parallèlement, la censure – surtout en France – est complète sur la « contre-culture » arcadienne, culture commune du bien commun, sur le mouvement écologiste de la nouvelle gauche, et leur histoire.

 

sur l’écologisme et la culture arcadienne :

« Les pionniers de l’écologie » (titre originel : Nature’s Economy),
Donald Worster, éditions Sang de la Terre 1992.

Diggers : un courant de la New Left américaine trente ans après

le « Hun » écolo de San Francisco

« Peter Berg, tête pensante du groupe, a évolué vers la défense de l’environnement. En 1966-67, à la différence des hippies de San Francisco, ils étaient des contestataires révolutionnaires. Ils ont disparu dans la nature quand plus rien n’y était possible, fondé des communautés, pris un nouveau départ dans l’écologie radicale. Trente ans plus tard, les Diggers n’ont pas abandonné leurs rêves américains… (…) » Edouard Waintrop,

http://www.liberation.fr/culture/2000/12/27/le-hun-ecolo-de-san-francisco_349166

… »à la différence des hippies« . Voilà bien un commentaire typique de l’ignorance crasse répandue en France – ignorance soigneusement entretenue – sur l’essence révolutionnaire du mouvement hippie (comme des Provos, des Kabouters, des Beatniks, des Ecologistes, même celui des Peuples Autochtones*, etc.), enfin de tous les courants qui ont constitué la nouvelle gauche des années 1960/70. Un caractère authentique, en rupture totale avec la culture impérialiste (domination sur les hommes comme sur « la nature« ), à la différence de la revendication « révolutionnaire » des gauchismes ancrés dans cette culture dominatrice. 

* Pour avoir osé souligner le grand intérêt des cultures des peuples autochtones, cultures immémoriales inspirées par le vivant, un faux anarchiste (à l’évidence !) et faux écologiste (il en faisait la démonstration), mais vrai gauchiste de bonne tradition totalitaire m’a intimé l’ordre de retirer « ça » sous peine de censure et d’exclusion. Il ne blaguait pas, j’ai pu le vérifier sitôt après : le texte d’introduction à un livre en projet a été jeté à la poubelle. La censure et l’exclusion sont, en effet, des pratiques habituelles des structures auxquelles participe ce censeur. Involontairement, il révélait son inculture et son extériorité au mouvement dont il se réclamait : les mouvements des peuples autochtones enrichissaient la nouvelle gauche mondiale des années 1960/70. L’incident date des années 2000. Depuis, d’autres expériences tout aussi heureuses sont venues confirmer le constat. Aspect positif de ces aventures : elles ont démontré la permanence de la falsification culturelle commencée il y a quelques dizaines d’années.

 

Il est vrai que la réduction de l’écologisme à la « défense de l’environnement » est déjà révélatrice d’une certaine insuffisance !

Ce jugement à l’emporte-pièce sur le mouvement Hippie ressemble beaucoup à l’exclamation aussi méprisante que mensongère du réalisateur du film « Tous au Larzac » lors d’une interview sur France Inter :

« Les hippies, les chèvres, les communautés, tout ça, c’était des conneries. (…) On a fabriqué une image négative qui fonctionne encore aujourd’hui (…) Ya des gens qui croient encore aujourd’hui que c’était des histoires de hippies !« 

http://www.planetaryecology.com/index.php/93-a-propos-de-la-lutte-pour-la-sauvegarde-du-larzac

On se croirait encore au bon temps de l’agression de Pierre Vernant en 1973 : « La multiplication des revues écologiques – UN POINT DE VUE REACTIONNAIRE« . Ben oui, on y est toujours, et avec les mêmes qui, en plus, ont fait des petits !

 

Un autre film exemplaire du confusionnisme entretenu entre la nouvelle gauche des années soixante et le gauchisme nous a été fourni par Olivier Assayas avec « Après mai » (en 2013 !) :

Le film est long, long, long et on s’en rend compte en cherchant à comprendre ce qui rattache les juvéniles héros à Mai et aux grands mouvements des années soixante et soixante-dix.

Certes, les filles sont nombreuses à porter des robes longues inspirées de la culture hippie, on voit des journaux et des affiches gauchistes, on entend parler de Max Stirner mais on n’a pas le temps de se réveiller et d’en comprendre le sens, on voit une caricature de manif, on capte quelques bribes alternatives perdues au milieu de slogans simplistes, il y a même un zeste d’antinucléaire, une timide évocation du féminisme, et le livre de Simon Leys, « Les habits neufs du président Mao », qui, heureusement, captive un peu le personnage principal… Mais, comme ces jeunes qui ne savent que faire et grappillent de tous côtés en se laissant porter par le premier courant d’air, on flotte on ne sait où en ne trouvant rien de consistant à se mettre sous la dent.

Il y a de la violence aussi soudaine que gratuite qui succède à des longueurs apathiques, sans transition, des filles et des garçons qui se jettent les uns sur les autres, sans motivation, sans gaîté, des fumées et des cocktails bizarres qui circulent pour meubler le temps, jusqu’à la déglingue, de l’ennui, beaucoup beaucoup d’ennui dans cette petite société triste, et guère de cet enthousiasme militant pourtant courant à l’époque. Et puis, il y a la remarquable aisance économique où tous ces jeunes semblent évoluer. A contempler les intérieurs luxueux où gîtent les uns et les autres, on devine vite qu’ils sont tous très éloignés des prolétaires dont ils parlent beaucoup en s’extasiant.

Durant les années évoquées par le film, j’ai croisé quelques garçons et filles comme ceux-là. Aussi inconsistants, aussi fluctuants, aussi adeptes de la fumette avec gros dégâts apparents. Effectuant un salto complet par rapport à leur chère lutte des classes, presque tous sont retournés en courant vers l’argent de la famille, la carrière et le pouvoir servis sur un plateau (par exemple : Jean-François Bizot, Brice Lalonde, Jean-Louis Borloo…). Non sans avoir trahi et planté des couteaux dans le dos de ceux qui les avaient accueillis dans un mouvement ou un autre. Ce sont des jeunes mous de ce modèle qui ont servi de troupe manipulable à volonté aux tueurs de la nouvelle gauche alternative. A cet égard, le livre de Lison de Caunes, Les jours d’après (1980), complète parfaitement le film de Assayas.

Apparemment, ils servent encore à cela.

A la réflexion, ce film est beaucoup plus important qu’il n’y paraît au premier abord : il fournit des explications sur les causes de la déliquescence continue que nous vivons depuis. Oui, en fait, comme documentaire, le film est bon et, s’il paraît profondément ennuyeux, c’est parce qu’il est fidèle à l’histoire de beaucoup de ces révolutionnaires d’opérette qui, après avoir, par intérêt ou par ignorance, étouffé le mouvement de ces années-là, encombrent encore aujourd’hui.

Toujours à lire et à relire :
Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, Guy Hocquenghem, Albin Michel, 1985

« votre réseau contrôle toutes les voies d’accès et refoule les nouveaux, le style que vous imprimez au pouvoir intellectuel que vous exercez enterre tout possible et tout futur. Du haut de la pyramide, amoncellement d’escroqueries et d’impudences, vous déclarez froidement, en écartant ceux qui voudraient regarder par eux-mêmes qu’il n’y a rien à voir et que le morne désert s’étend à l’infini« 

« Par le reniement au carré, au cube, vous avez édifié une pyramide d’abjurations, sur laquelle vous vous êtes haussés vers le pouvoir et l’argent« 

un autre bouquin qui n’est pas mal non plus, dans le genre document au premier degré :
Les jours d’après, Lison de Caunes, Jean-Claude Lattès 1980
Lalonde, le héros sombre qui hante tout le livre pourrait figurer dans le film, comme Borloo dont il est ami d’ailleurs, et comme lui il encombre encore avec la bénédiction de la mégamachine capitaliste. Mais, à la différence de Borloo qui était inconnu de Guy Hocquenghem, celui-ci est épinglé sur le tableau de déshonneur de ceux qui sont passés du col Mao au Rotary

 

On comprend parfaitement les mauvaises raisons de la falsification culturelle et historique, à savoir la censure continue et tous les procédés d’exclusion appliqués à la culture écologiste arcadienne et à ses représentants. D’ailleurs, les fondateurs du néo-conservatisme et beaucoup d’anti-écologistes (désormais reconnus comme néo-cons) l’ont expliqué et répété : cette façon de voir le monde est très dangereuse pour le système capitaliste. Cela venait contrarier la conquête de l’esprit des hommes pour les assujettir aux lois de l’ordre anti-nature en plein effort de globalisation. En effet ! Max Horkheimer et Theodor Adorno l’ont démontré, et les faits le prouvent chaque jour par l’absurde, c’est cette ouverture au monde – évidemment ! – qui, en restaurant la conscience de l’organisation (l’économie) du vivant dans chaque tête, peut nous sauver du désastre ultra-capitaliste auxquels tous les impérialistes – fussent-ils « de gauche » et tout petits petits – contribuent.

 

Claude Levi-Strauss

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le conglomérat des ennemis de l’ouverture culturelle permettant d’approcher les « valeurs intrinsèques de l’ordre, (les) fins dernières, (le) but ultime de la vie » joue depuis trop longtemps aux apprentis sorciers (1). D’innombrables extinctions de vies plus tard, directes ou indirectes, on ne compte plus les conséquences de leurs mauvaises actions. Elles sont si nombreuses et si graves qu’eux-mêmes en sont venus à les déplorer, mais toujours sans reconnaître qu’ils en sont à l’origine. 

(1) Parmi eux, les plus surprenants, les plus compliqués, les plus efficaces supplétifs du système parce que nous avons mis trop longtemps à comprendre qu’ils n’étaient que des Tartuffe, sont ceux que Guy Hocquenghem a épinglés dans Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary

 

 

CHRONOLOGIE  DIGGERS

http://www.google.fr/imgres?client=ubuntu&hs=rWv&sa=X&channel=fs&biw=1920&bih=821&tbm=isch&tbnid=7PgLZ0lnUov9cM:&imgrefurl=http://www.freakencesixties.yi.org/Diggers/chronologie.html&docid=xB9MyZoXKgg5yM&imgurl=http://www.freakencesixties.yi.org/Emmett%252520Grogan.bmp&w=280&h=361&ei=CCZUUrnMHoaU0AW5jIGYBQ&zoom=1&iact=hc&vpx=1607&vpy=150&dur=1231&hovh=255&hovw=198&tx=104&ty=161&page=1&tbnh=145&tbnw=112&start=0&ndsp=57&ved=1t:429,r:10,s:0,i:112

 

 

Hervé le Nestour

 

 

René Barjavel

 

 

Jean Detton

 

 

Henri Laborit

 

 

La Semaine de la Terre

 

 

 

 

 

 

Alexandre Grothendiek

 

 

Murray Bookchin

 

 

American Indian Movement

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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