Nous découvrons une révolution douce et réfléchie infiniment plus efficace que tous les courants réformistes et revendicatifs qui demeurent soumis au paradigme impérialiste au point de le reproduire fidèlement, ou que les partis violents qui offrent le flanc à la manipulation et à la répression, quand ils ne les stimulent pas. Elles nous montrent que même des situations qui semblaient désespérées peuvent être rétablies, mais à la condition de s’émanciper complètement de toute domination…

 

before

Avec la sécheresse et la désertification, revient le temps des retenues d’eau. Mais…

 

critique des « retenues collinaires » et contribution à la lutte de Sivens :

Sivens, le Gers et le Rajasthan

Depuis le Clunisois, un regard sur Sivens

 

 

Modèle « occidental« , destruction des communaux et ruine totale

 

La région de Alwar dans le Rajasthan nous offre un exemple édifiant. Tout le pays souffrait de la pénurie en eau aggravée par des sécheresses toujours plus « exceptionnelles« … de plus en plus « exceptionnelles » au fur et à mesure de la régression de la végétation. Pourtant, le pays avait été plutôt prospère. Durant des siècles, les populations avaient entretenu différents dispositifs de conservation de l’eau de pluie, en particulier de petites retenues d’eau en terre (les johads). Particulièrement sous ces climats aux précipitations rares, ces ouvrages captent l’eau qui ruisselle sur les sols trop secs pour faciliter son infiltration dans le sol, réapprovisionnant ainsi les nappes phréatiques. C’est l’une des grandes différences avec les techniques industrielles d’irrigation superficielle, laquelle entraîne une forte évaporation au détriment de l’alimentation des nappes phréatiques. En outre, utilisant des eaux déjà chargées en sels minéraux, celles-ci provoquent trop souvent la salinisation des sols.

 

Suivant les techniques de spoliation éprouvées depuis longtemps en Europe, le système colonial organisa la fin des communaux et la déstructuration culturelle, sociale et écologique. Entre autres, les britanniques entreprirent de dévaster les forêts des populations – leurs communaux – après avoir décrété que, désormais, elles étaient « nationales« . Puis, avec l’indépendance, les structures de l’administration coloniale furent occupées par des enfants de l’oligarchie formés spécialement dans les écoles des occidentaux. Ce processus soigneusement préparé par les colonisateurs allait avoir les plus graves conséquences, tant localement qu’à l’échelle de la planète. Conditionnés autant par la culture de leur classe que par le modèle occidental de spoliation de la petite propriété paysanne et de suppression des communaux, façonnés par la religion du progrès industriel contre « la nature« , ils avaient été préparés à admirer les technologies les plus onéreuses et les plus destructrices. Ils étaient donc disposés à écouter d’une oreille bienveillante les conseils pressants des affairistes industriels. Pour ces individus coupés des connaissances accumulées par toutes les générations précédentes, comme pour les physiocrates d’antan, la nature n’était plus qu’une unité de production. Quant aux populations… Ils avaient pour elles autant d’empathie que les dominants des assemblées révolutionnaires françaises. Pour les nouveaux maîtres, les communaux et les techniques ancestrales n’appartenaient plus qu’à un passé dédaigné et jugé dangereux pour leur pouvoir et leurs intérêts. Donc, ils se gardèrent bien de remettre en cause les structures hiérarchiques et, sous leur domination, la situation écologique et sociale se dégrada plus encore : renforcement de la centralisation étatique, de la bureaucratie, de la corruption et du pillage des ressources. Avec la très célébrée « révolution verte« , les cultures d’exportation grosses consommatrices d’eau et des pesticides qui imbibent désormais toute l’Inde furent favorisées au détriment de la diversité des cultures vivrières. Le saccage des forêts par les industriels et les plantations d’exportation redoubla. De plus en plus sous la coupe du pouvoir central, divisés et déstructurés en interne par les joutes pour la domination de la « démocratie représentative » imposée contre la démocratie directe, les villes et les villages perdirent le contrôle et la conscience de la gestion de leur environnement, des causes mêmes de leur propre vie. L’Etat, s’ingérant de plus en plus dans les affaires locales, imposa l’idéologie du développement avec ses systèmes de prélèvement, d’administration, de distribution échappant aux populations jusque dans leur finalité, puisque contrôlés par des hiérarchies nationales et internationales. Peu à peu, avec le découragement des initiatives et des énergies, avec la résignation et la déresponsabilisation, les nuages, le vent, la pluie, les autres êtres et toute la vie furent comme oubliés ; avec eux l’importance de la récupération de l’eau du ciel pour alimenter la terre. Les johads furent abandonnés, et avec eux l’essentiel de la culture et de la pratique des communaux s’évanouit – un exemple typique de la décomposition induite par les monopoles radicaux de « la modernité » prétexte aux nouvelles colonisations. L’ensemble de l’écosystème s’appauvrit jusqu’à un stade quasi désertique, une régression drastique de la communauté biologique. Toute la région s’enfonça dans la désolation. La plupart des gens – les hommes surtout – partirent vers les villes pour y chercher des boulots de misère (jusqu’à plus de 80% de la population). Comme dans tant d’autres régions, comme dans l’Andra Pradesh, le nord du Kerala, le Maharashtra désormais célèbres pour les suicides de paysans, la faillite du progrès contre « la nature » et les populations fut complète (29).

 

before-after

Observons que le phénomène est semblable à celui qui a frappé les populations et les écosystèmes des pays « développés » et que les révolutions n’ont jamais réussi à régler : ce que j’appelle la colonisation intérieure. La perte de la communauté planifiée par celle-ci s’accompagne toujours d’une multiplication des situations de détresse, détresses économiques et détresses psychologiques.

 

Cette désolation écologique et sociale résultant des différentes colonisations et de la déstructuration communautaire par le modèle dominant est complètement dissimulée. Son ignorance permet aux promoteurs du système impérialiste responsable du désastre de faire croire que la révolution verte avait résolu un problème structurel ancestral (l’incapacité de ces populations arriérées), voire écologique (la fameuse ingratitude de la nature), en augmentant la production agricole. Silence sur l’aggravation consécutive de la crise sociale et écologique. Ce succès en trompe-l’oeil leur permet de prétendre que la sécurité alimentaire pour demain passe par une nouvelle intensification de l’industrialisation ; c’est à dire par l’augmentation de leurs pouvoirs et de leurs profits. Les mêmes observations sont évidemment valables pour la plupart des autres situations de « sous-développement« .

 

Depuis une vingtaine d’années, guidée par des anciens, inspirée par le bon sens des gens encore en intelligence avec « la nature« , une association locale (« Tarun Bharat Sangh« ) a relancé la restauration des johads (les bassins de retenue) et leur construction par milliers (8 600 en 2006). Les débuts furent difficiles. Le plus difficile étant de convaincre les gens de revenir à la notion de bien commun, aux pratiques communautaires et aux techniques ayant fait leurs preuves autrefois. Sans surprise, l’administration ne trouva rien de mieux que d’interdire l’opération décrétée illégale et d’exiger la destruction des johads reconstruits et des arbres replantés sur les terres étatisées. Les habitants ont, heureusement, passé outre. Récompensés par des résultats dépassant les espérances, la confiance et la motivation n’ont cessé de grandir et les réticents de la première heure ont retroussé leurs manches à leur tour.

 

DSC00992.JPG

 

La restauration, la réalisation et l’entretien de ces équipements communautaires ont créé une dynamique productrice d’autres bienfaits sur les terres de plus de 1000 villages à ce jour (près de 7 000 km2 et 700 000 bénéficiaires). Chaque réussite stimulant d’autres actions et prises de responsabilité, les solidarités communautaires ont été réactivées et les résultats ont suivi. Entre autres :

• Plantation des collines déboisées, protection et restauration des forêts qui, en se densifiant, retiennent davantage les précipitations, réduisent l’érosion et alimentent à nouveau les eaux souterraines. Evidemment, cette nouvelle initiative communautaire fut encore attaquée par l’administration.

• Extension des surfaces cultivées et augmentation spectaculaire des rendements, mais avec des méthodes biologiques pour ne pas polluer les eaux, le bien commun.

• Retour des émigrés que le dénuement avait chassés vers les bidonvilles.

• Reprise de confiance des gens en eux-mêmes, en leurs capacités collectives, et restauration des identités.

• Renaissance culturelle et revitalisation de la démocratie directe avec des assemblées villageoises et des coordinations correspondant aux bassins des rivières principales (précisément ce qui, en France, a été interdit par l’Assemblée Constituante dès décembre 1789).

• Sauvegarde et restauration d’une grande réserve boisée en y appliquant les mêmes techniques. Preuve de la renaissance de l’écosystème, les tigres et les léopards prospèrent à nouveau, ce qui suscite la fierté des populations. L’enthousiasme a même conduit deux villages à créer une nouvelle réserve naturelle (30).

 

Malgré les sécheresses causées par la dégradation générale du climat, la nappe phréatique est remontée et alimente à nouveau les cours d’eau qui s’étaient asséchés, ainsi que des centaines de nouveaux puits. Cinq rivières qui ne coulaient plus que pendant la mousson ont ressuscité. Elles coulent à nouveau toute l’année et la vie aquatique s’y est redéveloppée. Les paysages désertifiés par la déforestation, le surpâturage et la sécheresse ont reverdi et redonné vie aux villages qui osent même le luxe de la production de légumes plus gourmands en eau que les céréales traditionnelles.

Dans la même région, en même temps que le redéveloppement des johads, un autre système de captage et de distribution de l’eau de pluie inspiré des premiers a été créé. Il s’agit de petites digues de terre plantées d’arbres formant des successions de compartiments ouverts vers le haut de la pente (les chaukas). Disposés parallèlement aux courbes de niveaux, ces chaukas recueillent l’eau des pluies de mousson. Quand un chauka est rempli, le trop plein s’évacue dans le chauka suivant, et ainsi de suite. L’excédent est dirigé vers un bassin réservoir comparable à un johad. L’ensemble du système a redonné vie aux pâturages et aux cultures. Il favorise aussi la recharge des nappes phréatiques et l’on constate les mêmes bénéfices spectaculaires qu’avec les johads voisins.

 

Probablement inspiré par ces exemples, l’idée a germé de redonner vie aux nombreux autres systèmes hydrauliques de captage. Par exemple les bawris qui sont de beaux réservoirs et collecteurs urbains des eaux de pluie construits en pierre et entretenus depuis des siècles… jusqu’à l’imposition des techniques « modernes« . Là comme ailleurs, en prélevant massivement et incitant au gaspillage sans jamais réalimenter les nappes phréatiques, celles-ci n’ont conduit qu’à épuiser les ressources. Les prises de pouvoir par les entreprises et l’Etat ont fait le reste en défaisant les interrelations et désamorçant les pratiques communautaires. C’est un journal, le Rajasthan Patrika, qui a pris l’initiative d’inviter ses lecteurs à s’organiser pour nettoyer et restaurer les bawris. 146 000 personnes ont répondu à cette invitation, montrant là encore que tout n’est pas perdu.

 

De l’Afrique aussi nous viennent des nouvelles encourageantes qui parlent du redéveloppement de techniques comparables. Au Burkina Faso, sous l’impulsion d’une association de paysans regroupant désormais plusieurs villages, un système de retenue des eaux de pluie constitué de cordons pierreux épousant les courbes de niveau, de multiples petites fosses et de retenues d’eau en demi-lune, est reconstitué depuis une vingtaine d’années. Comme en Inde, pour protéger la qualité de l’eau et stimuler la reconstitution de la faune du sol qui restaure la fertilité, les villageois produisent leur compost pour remplacer les engrais chimiques. Ils en tapissent les fosses (zaï) pour faire les semis. Associées au paillage et au recouvrement des sols en jachère avec des cultures peu exigeantes mais protectrices et productrices (fourragères, légumineuses), ces techniques ont produit des résultats spectaculaires : des terres désertiques il y a quinze ans sont plantées d’arbres aujourd’hui et l’autosuffisance alimentaire des communautés est presque réalisée. Inspiré par l’exemple burkinabé, les mêmes méthodes sont développées au Niger avec succès (31). Des techniques équivalentes commencent à être mises en œuvre en Ethiopie pour récupérer des sols dégradés par le productivisme (31 bis).

 

Johads, chaukas et leurs équivalents africains réalisent plus qu’une « révolution verte », authentique celle-ci (d’ailleurs, baptisée « révolution bleue »), mais sans « experts« , sans semences torturées par les laborantins des multinationales, sans pesticides, sans engrais chimiques, sans béton ni bitume. Bien plus, en reprenant en mains la gestion de leur environnement et de toutes leurs affaires, ces populations font une révolution qui aurait plu à Ghandi – il préconisait les « républiques villageoises« . Ernst Friedrich Schumacher en aurait été tout aussi ravi, lui qui condamnait la production « de masse » intrinsèquement violente et destructrice. Avec « Small is beautiful« , en plein accord avec la philosophie de Ghandi, il en était arrivé à la conclusion qu’il est vital de se tourner vers la production « par les masses » avec des outils et des objectifs maîtrisés par les communautés. Ces gens montrent que la marche forcée vers le gouffre n’est pas inéluctable.

 

Nous découvrons donc une révolution douce et réfléchie infiniment plus efficace que tous les courants réformistes et revendicatifs qui demeurent soumis à la domination au point de la reproduire fidèlement et d’y participer, ou que les partis violents qui offrent le flanc à la manipulation et à la répression, quand ils ne les stimulent pas. Elles nous montrent que même des situations qui semblaient désespérées peuvent être rétablies, mais à la condition de s’émanciper complètement de toute domination… ce que, dans les sociétés de consommation conditionnées à l’arbitraire, nous sommes fort peu nombreux à savoir encore.

 

Evidemment, quelques-uns diront que tout cela est bien joli, mais… Mais que les automobiles ont été oubliées, ainsi que les autoroutes, les zones industrielles pour les fabriques délocalisées ailleurs, les parkings, les hypermarchés et les parcs de loisirs, que la région n’a pas été désenclavée, etc. Donc que cela n’est pas du développement. Il n’est que temps de balayer ces conditionnements dictés par le projet de la domination absolue pour permettre le développement des modes de vie et des techniques diversifiés adaptés à la vie.

 

 

Décroissance : la langue est la pire et la meilleure des choses.

Les exemples concrets éclairent le débat théorique et les fourvoiements du vocabulaire qui égarent la pensée. Les populations indiennes et africaines ont réalisé quelque chose qui rompt radicalement avec le modèle industriel destructeur, parce que dominateur, mais peut-on parler de décroissance comme quelques-uns le proposent en prenant pour référence le point de vue falsifié par la propagande impérialiste ? A moins de torturer la langue jusqu’à tout rendre abscons, pas vraiment. Prendre une manipulation du langage comme point de départ d’une réflexion critique est une curiosité juste révélatrice de la confusion ambiante, et qui ajoute à cette confusion. Pas plus que la croissance, la décroissance n’a de valeur intrinsèque. Tout dépend de quoi il s’agit.

 

Au contraire d’une décroissance, les communautés indiennes et africaines ont réalisé une sacrée croissance en redéveloppant ce que le développement avait fait décroître jusqu’à produire le dénuement et la mort. Mais une croissance positive, une croissance de vie qui profite à chacun et à l’ensemble. Une croissance de choses bonnes pour chaque personne, pour les populations – toutes les populations, même pour les tigres et les léopards – et pour l’ensemble de l’écosystème, donc pour toute la biosphère.

« La décroissance ? Dans quel contexte ? » sites : refractions.plusloin.org et ecolib.free.fr

 

On peut rapprocher les méthodes efficaces maîtrisées par les communautés du cas tout aussi remarquable de la Terra Preta do Indio, cette terre vivante à l’extraordinaire fertilité léguée par une civilisation amazonienne d’il y a deux millénaires. Même des terrains abandonnés durant des siècles n’ont rien perdu de leurs qualités. Entre une extraordinaire conservation des éléments nutritifs et la faculté de se régénérer entièrement, la Terra Preta do Indio, ce « cadeau du passé« , supplante en tous points les techniques industrielles de fertilisation et rejoint les méthodes biologiques de régénération des écosystèmes.

 

Ces réalisations de sociétés intégrées à leurs écosystèmes illustrent ce que l’on constate à tous les autres niveaux d’organisation du vivant : la valeur incomparable des dynamiques associatives – du faire ensemble – par rapport aux résultats calamiteux de la compétition, de la domination et de la tricherie.

za%C3%AF1.JPG

Associées à une renaissance de la compréhension des flux naturels, en particulier ceux de l’eau, ces méthodes communautaires pourraient être adaptées ou redéveloppées avec profit partout, surtout là où les écosystèmes et le climat sont très dégradés plus encore par l’exploitation impérialiste directe que par le réchauffement climatique. Par exemple :

• dans l’ensemble du bassin du Niger ravagé par les déforestations et toutes les plaies du développement,

• dans l’Atlas marocain aux forêts dévastées par le pompage dans les nappes phréatiques, l’industrie du charbon de bois, les nombreux troupeaux de chèvres et de moutons, etc. et où, bien sûr, ce sont les singes qui sont accusés du désastre,

• d’une manière générale, sur tout le pourtour méditerranéen,

• dans la Libye en quête d’eau fossile à épuiser,

• en Afrique de l’Est partagée entre inondations brutales et longues sécheresses,

• à Haïti où l’on vient de voir, en mai et en septembre 2004, les conséquences de la déforestation quand tombent des pluies abondantes,

• en Indonésie, aux Philippines, en Thaïlande, etc.

Elles pourraient être appliquées tout autant dans les provinces des pays « développés » desséchées par les mauvaises pratiques forestières et agricoles, par les puisages excessifs dans les nappes phréatiques aussi, depuis le sud-ouest des Etats-Unis à l’Australie et aux campagnes françaises de plus en plus asséchées par un productivisme sans cervelle. D’autant qu’elles permettraient de limiter les inondations automnales.

 

Ces exemples pourraient inspirer toute la planète en cours de réchauffement et de désertification, mais, bizarement, ils ne passionnent pas grand-monde en France. Peut-être la restauration de la démocratie directe et sa libération des énergies paraissent-elles trop dangereuses…

Alain-Claude Burgevin-Galtié

 

 

Notes :

(29) L’exemple de l’abandon des johads et des pratiques communautaires évoque la destruction des bocages gérés de manière communautaire chez nous – les bocages, c’est à dire l’association de la culture, de l’élevage et de la forêt ; ce que l’on peine aujourd’hui à réinventer en l’appelant « agroforesterie« … Ce que font les peuples des forêts, tels les amazoniens, depuis des millénaires. Outre leur très important rôle biologique, chemins creux, haies, talus, espaces boisés et marécageux conservaient également l’eau des pluies en alimentant les nappes phréatiques. Leur suppression programmée par les bureaucraties politiques au service des industriels, relayée par des « exploitants » déconnectés de leur propre campagne, a aidé à casser les relations de solidarité et permis le développement du recours aux systèmes mécaniques d’irrigation et de drainage (et aux banques) qui, ici aussi, ne cessent de créer des problèmes de plus en plus graves : dessèchement, érosion, innombrables inondations brutales (de Morlaix, au début des années 1960, à Vaison la Romaine, en passant par celle de Florence), coulées de boues, désertification… pour ne parler que de l’eau et des sols.

(30) On mesure là la très grande différence de culture avec certains de nos « exploitants agricoles » qui s’emparent du fusil sitôt qu’ils apprennent qu’un loup aurait été entr’aperçu dans la région, prétextant qu’il est responsable de tous les méfaits et, donc, qu’il n’a pas le droit de vivre sur ce qu’ils considèrent être leur propriété. Que feraient-ils s’ils étaient confrontés à des tigres et à des léopards ? ! Le vécu des populations ayant récupéré la connaissance de leur environnement, avec la maîtrise de leur conditions de vie, ne ressemble guère à la vision anthropocentrique, donc dissociée, qui est la plus commune dans les pays du divorce imposé puis consenti avec « la nature ». Un bel exemple de ce type de regard sur la vie est donné par Xavier de Planhol dans « Le paysage animal. L’homme et la grande faune : une zoogéographie historique« .

Pour une information plus objective sur l’état de la biosphère :

« La 6ème extinction » de Richard Leakey et Roger Lewin,

et le récent « Vers l’ultime extinction ? La biodiversité en danger » de Philippe Dubois.

(31) « Conservation de l’eau et réhabilitation des sols en Inde et en Afrique : potentiel et pratique » par Agarwal et Mascaretti.

(http://www.fao.org)

A propos de l’Afrique, le Burundi redécouvre l’intérêt de collecter l’eau de pluie, mais, semble-t-il, seulement à l’échelle domestique :

http://www.syfia-grands-lacs.info/index.php?view=articles&action=voir&idArticle=2384

 

La collecte des eaux de pluie lancée depuis deux ans dans le nord du Burundi facilite la vie des habitants confrontés à une pénurie d’eau croissante. Le reboisement et la construction d’impluvium sont les moyens mis en œuvre par le programme Eau potable pour tous.

Et pourquoi pas de Johads  et la réalimentation des nappes phréatiques ?

(31 bis) Evoqué dans un article publié par Le Monde en novembre 2011 :

« Un vaste programme de réhabilitation des sols lancé en Ethiopie« 

scamm.dyn.wichita.edu/Bill/LeMondeBU/20111126_QUO.pdf

Dommage que, comme si souvent, l’information soit coupée de son contexte ; que l’expérience indienne ne soit même pas évoquée ! D’autant que dans l’article annexe (« La clé, c’est la mobilisation des communautés villageoises« ), Tekaling Mamo, conseiller gouvernemental éthiopien livre une description qui correspond fidèlement à la situation et aux restaurations réalisées au Rajasthan.

Egalement :

http://www.wfp.org/disaster-risk-reduction/meret

Plus d’info :

« Quand reverdiront les villages« , Anil Agarwal et Sunita Narain, publié par le CRISLA (1, av. de la Marne, 56 000 Lorient) 1992.

« Le sol, la terre et les champs. Pour retrouver une agriculture saine« , Claude et Lydia Bourguignon, Sang de la Terre.

des sites :

www.lesjardinsdebrf.com

www.comitejeanpain.be

www.permaculturefrancophone.org

www.prommata.orgqui est le site de Promotion d’un Matériel Moderne Agricole à Traction Animale (elle assure la poursuite du travail de Jean Nolle)

Dans wikipedia.org/wiki/terra_preta il y a un très bel article en français sur la terra preta

Voir encore :

www.worldchanging.com

Autres sources d’information indiquées dans Relations pratiques et constructives (c’est sur le blog)

En complément, la note (36) de La Vie à reconstruire, chapitre Les mythes d’une escroquerie en voie de mondialisation :

Pour plus d’information :

« Silence Rivers » de Patrick Mac Cully, Zed Books, London 1996.

« Le coût de la vie » de Arundhati Roy, Gallimard Coll Arcades 1999.

« Traditions de l’eau dans le désert indien : les gouttes de lumière du Rajasthan » par Anupam Mishra, chez l’Harmattan.

Et sur internet :

Une étude sur le livre précédent : « Le Rajasthan de Anupam Mishra : désert ou culture de l’eau » (recherche Google)

freeindiamedia.com

planetebleue.info

World Rainforest Movement (WRM)

www.irha-h2o.org

l’IRHA, l’Alliance internationale pour la gestion de l’eau de pluie, est en train de recenser les techniques traditionnelles de récupération et de distribution de l’eau de pluie)

 

 

 

Avec la sécheresse et la désertification, revient le temps des retenues d’eau
et l’occasion d’un nouveau chantage pour détourner le bien commun

Mais…

Il y a des années et des années que je tente vainement de susciter un intérêt pour la spectaculaire restauration écologique et sociale menée au Rajasthan, dans la région de Alwar. Jusqu’à aujourd’hui, aucune des personnes ou associations se disant concernées ne m’a répondu. Comme presque toujours dans la France d’aujourd’hui.
Pourtant, l’exemple est passionnant…
http://www.youtube.com/watch?v=QfJEJxDRt1g

http://www.youtube.com/watch?v=rkslXYl8Fic&feature=related

http://www.dailymotion.com/video/xfpx5e_building-johads-to-revive-dead-rivers-in-rajashtan_tech

http://v.youku.com/v_show/id_XMTgwMTM2ODA0.html

Récemment, tout à fait par hasard, j’ai ouï parler de « retenues collinaires« , et c’est ainsi que j’ai appris le regain d’intérêt pour la solution que, sur la base de l’exemple indien, je proposais moi-même pour toutes les régions où l’eau est rare – ici même désormais. Mais s’agissait-il bien de l’équivalent des johads indiens ?

Intrigué, j’ai cherché plus d’informations sur ces « retenues collinaires« , ou « lacs collinaires« , et ce que j’ai vu est désolant. Est-ce la malchance, je n’ai vu que des informations trop partielles qui ne précisaient pas si les retenues présentées (en Tunisie, à Haïti…) réalimentaient bien les nappes phréatiques. Car les retenues indiennes, les johads permettent l’infiltration des eaux dans le sol. Rappelons que c’est le principal intérêt de la chose. C’est ainsi que des rivières indiennes asséchées ont recommencé à couler et que les campagnes ont repris vie. Accessoirement, cette remise en eau du sol permet d’éviter la salinisation des terres par l’irrigation de surface avec une eau puisée dans un bassin soumis à l’évaporation.

Par dessus tout, avant même de penser réaliser des retenues, et même des retenues qui servent à réalimenter les nappes phréatiques, il serait intelligent de réviser complètement les « aménagements agricoles » – traduire : les destructions écologiques – faits ces cinquante dernières années, au moins : les asséchements de zones humides, les canalisations de rivières, les détournements dans des fossés anti-chars, les drainages (!), les destructions de bocages et de petits bois, etc. Toutes les conneries accompagnées d’une corruption galopante et du détournement des subventions pour les diriger contre le bien commun.

De Charybde en Scylla, la recherche, avec « retenues collinaires » pour mots clés, révèle l’existence de grands travaux destructeurs réalisés par des entreprises de travaux publics avec gros engins de chantier. Ainsi, la bonne idée des anciens et des indiens d’aujourd’hui a déjà été détournée par le capitalisme – sans doute avec, à la clé, privatisation de l’eau collectée. Car, le comble est que ces « retenues collinaires » industrielles, sans doute payées avec l’argent public, sont étanches ! Et l’on voit des bassins, aux pentes assez vertigineuses pour piéger tout animal venu boire, soigneusement recouvertes de « nappes géotextiles » pour que les nappes phréatiques ne profitent pas de la retenue.

Voilà peut-être la raison du silence profond qui a partout accueilli l’information que je propose…

Après les éoliennes disproportionnées du monopole énergétique, les retenues collinaires industrielles étanches pour le contrôle capitalistique de l’eau ?

Il est très clair qu’il ne s’agit pas là d’un travail de restauration écologique correspondant aux besoins de l’écosystème et des populations puisque les chantiers que j’ai vus sont très destructeurs, que l’eau est captée et que la réalimentation des sols est empêchée. C’est tout le contraire de ce que les indiens réalisent. C’est une nouvelle extension de la privatisation du bien commun qui commence.

Comme avec l’éolien détourné par les banques, l’Etat capitaliste et l’industrie, pour concentrer, monopoliser et augmenter le contrôle énergétique sur chacun et tous, voilà une autre technique douce en passe d’être sabotée et détournée au point de provoquer de nouvelles destructions.

Un combat pour éviter les destructions locales et la privatisation du bien commun

En complément voir et revoir Même la pluie, le film de Iciar Bollain présenté ci-dessous en janvier 2011
extrait :
Commencée à Cochabamba, la « guerra del agua » s’est poursuivie dans tout le pays et s’est étendue à d’autres menaces sur les biens communs. A La Paz, la population a éjecté les groupes Suez et Lyonnaise des Eaux, avant de faire de même avec le Président de la République Gonzàlo Sànchez de Lozada. « Même la pluie » est servi par d’excellents interprètes de personnages complexes, en particulier par Carlos Aduviri, alias Daniel, le figurant qui tout en jouant Hatuey, un héros de la résistance autochtone, se bat pour garder la maîtrise de l’eau. C’est le film qu’il fallait pour rappeler l’exemplarité de la lutte des amérindiens, une lutte exemplaire par sa force, son succès et son objet. Spoliation, privatisation, et détournement des communaux sont partout au coeur des stratégies du néo-libéralisme financier. De leur défense et de leur restauration dépend l’avenir de toute la planète.

Car, compagneros, la conquista continue.
 

 

 

Sivens, le Gers et le Rajasthan

14 novembre 2014

en collaboration avec Marc Laimé (http://www.eauxglacees.com/Sivens-le-Gers-et-le-Rajasthan)

L’affaire du barrage, contesté, de Sivens entre dans une nouvelle phase dans laquelle le combat va aussi porter sur l’appropriation, l’instrumentalisation, voire le détournement de concepts et données scientifiques complexes, parfois controversées. Qu’est-ce que l’irrigation, qu’est-ce qu’un barrage, une zone humide, une retenue collinaire ? Une gouvernance de l’eau dévoyée, un modèle d’aménagement du territoire dévastateur, l’emprise du lobby agricole productiviste dans le Sud Ouest, et l’effondrement du politique concourent à interdire tout débat démocratique autour d’enjeux de société majeurs. Bref éclairage sur le débat qui n’a pas lieu.

En une décennie, Rajendra Singh, qui incarne désormais cette révolution silencieuse, a transformé un désert en une oasis verdoyante, créant un véritable modèle mondial de préservation des ressources en eau, qui a permis de faire revivre plus d’un millier de villages, abritant près de 700 000 personnes.

Tout a commencé en 1987 dans le district d’Alwar dans l’état du Rajasthan, au nord-ouest de l’Inde. La plupart des villageois avaient abandonné des terres devenues arides et rejoint les villes.

C’est en construisant à la main des milliers de réservoirs en terre, permettant de récupérer les eaux de pluie, que le processus de désertification découlant d’une surexploitation des eaux souterraines a pu être enrayé.

Les habitants ont parallèlement lancé un programme de reforestation. Les arbres regagnent du terrain, les surfaces cultivables ont été multipliées par trois, les rendements agricoles par dix.

Lancé en 1987 par la petite ONG Tarun Bharat Sangh, le projet a mobilisé les villageois qui ont creusé des centaines de « johads », réservoirs en terre installés au bas des collines. Ils permettent non seulement de récupérer la pluie, mais aussi les eaux de ruissellement qui sinon se perdent en surface.

Dans un premier temps les puits se sont remplis, puis, après plusieurs années, les cours d’eau ont commencé à se reformer.

Dans chaque village un comité a été constitué pour veiller à la préservation des ressources. Dans la région d’Arvari, ils ont été fédérés au sein d’un « Parlement de la rivière », qui légifère sur l’utilisation de l’eau.

Il a décidé d’interdire la plantation du riz ou de la canne à sucre, qui exigent trop d’eau, de prohiber les pesticides, d’interdire d’utiliser l’eau à des fins industrielles, ou de vendre son terrain à une industrie.

En dix ans les paysans, autrefois condamnés à l’exode rural, ont vu le prix de leurs terres multiplié par 150. Ils produisent suffisamment pour exporter légumes et céréales dans toute la région. Asséchée depuis plus de soixante ans, la rivière Arvari est ressortie de terre en 1996, avant que quatre autres cours d’eau ne renaissent à leur tour, redonnant vie à des villages condamnés à l’abandon.

En quinze ans le projet s’est chiffré à 1,5 million d’euros. Le montant a minima des indemnités de licenciement que perçoit un capitaine d’industrie dans un pays développé.

Lire :

– “Restauration des écosystêmes, restauration des sociétés”.

par Alain Claude Burgevin Galtié

En Terre étrangère : les paroles et les actes

Le 20 novembre 2012, l’Agence régionale pour la protection de l’environnement (ARPE), outil du conseil régional Midi-Pyrénées, organisait un petit déjeuner à Toulouse. Sujet : la valeur économique de l’eau, autrement dit les “services” que rend la nature, par exemple, avec les zones humides, à la gestion quantitative et qualitative de l’eau.

Mr Marc Abadie, alors Directeur de l’Agence de l’eau Adour Garonne introduisait les festivités en évoquant l’article paru le jour même dans le quotidien régional “La Dépêche”, propriété de M. Jean-Michel Baylet, qui se félicitait de l’avis favorable rendu par la commission d’enquête publique sur le projet de « retenue “ de Sivens.

Souriante schizophrénie : d’un côté un discours sur la protection des zones humides, de l’autre le rapport de la commission d’enquête publique favorable à la “retenue” de Sivens, qui détruira la zone humide du Testet.

Les mêmes applaudissaient bien évidemment sans retenue (même collinaire), l’ode au retour à une « agriculture agronomique » qui permet aux sols de stocker de l’eau, comme le rappelait la Lettre de la SCOP Sagnes…

Monsieur Abadie, interpellé par ce que l’on ne stigmatisait pas encore à l’époque comme un “djihadiste vert”, avouait sans barguigner assumer cette schizophrènie : “On peut détruire une zone humide sans regrets s’il y a des compensations.”

Ceci au nom du réchauffement climatique et de l’augmentation de la démographie dans le Sud-ouest, de l’économie, avec le maïs irrigué, la production électronucléaire etc. “C’est la société qui veut ça.”

Le site de l’Agence de l’eau Adour Garonne présentait d’ailleurs fort opportunément à l’occasion l’exercice de prospective « Garonne 2050 » tout droit issu des cogitations des brillants cerveaux de la CACG.

Il présentait cinq scénarios. Quatre privilégiaient le stockage dans des retenues collinaires, plus ou moins selon l’évolution politique, et… selon la possibilité de recours à des financement publics…

Le cinquième, le scénario « Sobriété », entendre l’austérité, horresco referens, agitait le spectre de la crise subie.

Cette prospective était soumise à une consultation publique et devait servir à établir la revision du SDAGE, pour la période 2015-2018.

Du matraquage idéologique “mainstream” avec, à Toulouse, dans le gratuit du métro 20’, des articles de M. Abadie insistant sur l’obligation de s’adapter au réchauffement climatique, et d’augmenter pour ce faire… le stockage des hautes eaux d’hiver dans des retenues collinaires.

Peu avant un colloque “Eau et avenir durable des territoires” avait déjà martelé le même message les 26 et 27 novembre de la meme année.

Noir Périgord

Dans le Gers, la retenue de La Barne, près de Ju-Belloc, est très similaire à celle de Sivens dans le Tarn. Elle a aussi ses détracteurs, et ses partisans, qui soulignent son importance pour la bonne santé du milieu aquatique.

Bien vivre dans le Gers, et d’autres associations, qui manifestaient fin octobre à Auch contre le barrage de Sivens, en profitaient pour souligner leur opposition au futur barrage de La Barne.

Placée sur un ruisseau, la Barne, qui se jette dans l’Arros, affluent de l’Adour, le projet, en voie d’achèvement, va s’étendre sur 20 hectares et permettre la retenue de près d’un million de m3 d’eau, derrière une digue de 15 mètres de hauteur tout juste achevée un mois plus tôt.

« Ce barrage doit coûter 2,7 millions d’euros, tempêtait Sylviane Baudois, la secrétaire de Bien Vivre dans le Gers, et fait partie de la dizaine de barrages prévus dans le département ! Ces projets vont coûter dans les 100 millions d’euros au contribuable, et ne tiennent pas la route. Nous demandons avant leur poursuite qu’une commission indépendante juge leur utilité. »

Cible des opposants, l’Institution Adour et l’Établissement public territorial de bassin de l’Adour (Eptb) dirigé par 20 conseillers généraux qui ont la maîtrise d’ouvrage.

« Ces barrages ne servent qu’à une agriculture intensive, et tous les contribuables vont payer pour elle. »

Les barrages gersois ne sont en réalité pas… des barrages, mais des « retenues » : les barrages « barrent » un cours d’eau, quand la retenue est creusée non loin de celui-ci pour être remplie par les pluies.

Ces retenues, clament leurs promoteurs, ne servent pas qu’à l’agriculture. Et celle de la Barne ne fait pas exception.

« Elle fait partie des projets prioritaires de l’Institution Adour d’ici 2021, précisait à la Dépêche Bernard Malabirade, président de la FDSEA 32. Et son but premier, c’est l’étiage de l’Adour. »

L’étiage correspond au point le plus bas atteint par un cours d’eau. « 30 % au minimum des capacités de la Barne sont destinés à la salubrité. Et ça peut monter à 80 %, lorsque la sécheresse frappe. On ne rajoutera pas un hectare de surface irriguée autour de ce lac. Il est faux de dire qu’il ne va servir qu’à l’agriculture. »

Même son de cloche du côté de la chambre d’agriculture du Gers. Celle-ci, en lien avec l’Institution Adour, gère pour l’État les volumes prélevables du bassin de l’Adour. Une véritable délégation de service public, qui impose la construction de retenues !

« Un tel ouvrage a toujours plusieurs rôles, expliquait Henri-Bernard Cartier, président de la Chambre d’agriculture. Celui d’irriguer, mais c’est loin d’être le seul, et dans le futur, ce sera peut-être bien secondaire ! Une retenue régule l’étiage, permet d’assurer la salubrité en aval. Actuellement, avec l’arrière-saison sèche, sans les lacs de retenue, l’alimentation en eau du Gers poserait un problème. Le contrôle de l’étiage, c’est aussi l’assurance de préserver le débit biologique des cours d’eau. Sans cela, plus de vie aquatique. »

Un étiage faible entraîne la concentration de tous les toxiques contenus dans les cours d’eau. L’eau réchauffe également plus vite, au détriment des espèces aquatiques.

Francis Daguzan, le vice-président du conseil général en charge des questions hydrauliques, le reconnaissait sans détours : « Il manque 10 millions de m3 pour sécuriser l’étiage. Et il faut pour cela 10 retenues de plus. C’est le fruit des études déjà menées ». Et d’évoquer les problèmes récurrents concernant l’alimentation en eau potable, jusqu’à l’année 1989, où un accord avait pu être établi.

« Depuis, on a corrigé. L’économie – et sur ce plan, dans le Gers, l’eau ne concerne que l’agriculture – passe après le milieu naturel et la salubrité. »

Invention remarquable du Parti du maïs, qui préside à tout ce qui peut se présider dans le Sud-Ouest, la « salubrité », concept hors-sol gravé dans le marbre des murs (en brique rouge) de l’Agence Adour-Garonne exprime une notion qui dépasse la seule hygiène.

La « salubrité » pour un bassin, c’est en premier lieu la régularité des débits. Ainsi le SDAGE lancé en 2000 et approuvé en 2009, en fixe les contraintes. Un bassin comme l’Adour, qui dépend de la fonte des neiges pyrénéennes, serait régulièrement à sec, sans les lacs artificiels.

Ils ont pour rôle de maintenir l’étiage des différents cours d’eau, pour permettre d’alimenter les urbanisations en eau potable, mais aussi pour préserver le milieu.

Et cela bien au-delà des frontières du Gers : le département a ainsi obligation d’assurer un débit minimum dans la Garonne.

Et c’est ainsi qu’Allah, et Maïsadour, et la CACG… sont grands !

Retour à Sivens

Dans ce contexte, on ne sera dès lors pas surpris d’apprendre, en consultant le désormais fameux « Rapport d’expertise du CGEDD », qu’il y a eu étude d’impact, enfin une étude allant jusqu’à identifier les différentes espèces et reconnaître « la présence d’espèces protégées et d’habitats protégés ». Il a même été envisagé une « compensation » avec un coefficient autour de 2, et la restauration de certains tronçons aval. Il y a eu consultation de la fameuse Autorité Environnementale, etc.

Avec pour résultat, pour finir, comme on le sait, l’anéantissement.

Second enseignement, qui prend forme très vite : cette histoire de « compensation » relève d’une culture impérialiste qui a supprimé toute l’intelligence sensible (Donald Worster « Les pionniers de l’écologie », titre originel : “Nature’s Economy »).

Ici, on détruit des habitats originaux et une quantité indéterminée de vies, donc tout un ensemble si complexe que l’on ne peut le comprendre tout à fait, et sûrement pas le déplacer ou le reproduire. Cependant, les technos prétendent bien évidemment en reconstituer l’essentiel… Aussi simple que les vases communicants. Vision de pure réduction mécaniste ! Ecologie Potemkine.

Puis, une interrogation. Le rapport du CGEDD ne précise nulle part si l’ouvrage (le « réservoir de stockage d’eau ») est seulement conçu pour l’irrigation classique, ou s’il a été pensé aussi pour réalimenter la nappe phréatique, donc si son fond devait être étanche ou non.

Aucune trace de ce distinguo dans l’expertise rendue publique en octobre dernier. C’est, pourtant, une caractéristique extrêmement importante.

On découvre en effet aisément, à l’occasion, que les « retenues collinaires » sont réalisées avec un fond étanche…

Or le grand intérêt des « retenues collinaires » et autres « Johads », comme nous l’avons vu au Rajasthan, c’est de retenir l’eau pour alimenter les nappes phréatiques, afin que cette régulation de l’eau bénéficie à tout l’environnement, pas de permettre de faire de l’irrigation avec des pertes colossales par évaporation et salinisation…

En cherchant encore un peu, nul besoin pour ce faire d’être Ingénieur des Ponts et des Eaux et forêts, on vérifie qu’il était prévu une étanchéité avec lit d’argile déposé à Sivens, d’où le grattage et le dessouchage intégral du fond de la retenue, brutalement ordonné par le Conseil général du Tarn, sous la protection des forces de l’ordre, et qui s’est terminé comme on sait.

Ici on oublie que la nature se satisfait à elle-même, et que l’intervention de l’homme ne fera, dans le cas présent, qu’accroître les problèmes à venir.

Car la mise en place d’un fond argileux va limiter les échanges avec la nappe existante et, à terme, risque de faire disparaître la dite nappe.

Ici tout le monde semble avoir oublié de s’interroger : quels seront les impacts de l’imperméabilisation sur les écosystèmes proches qui en dépendent, notamment forestiers ? Comme sur les autres usages à partir de la nappe « en bon état » ?

L’aménagement projeté risque bien à terme d’être plus préjudiciable que le non aménagement vis à vis de la ressource en eau, lors même qu’il existe d’autres moyens pour compenser le manque d’eau, comme le maintien, et le développement d’un couvert forestier, ce qu’on appelle l’agroforesterie, qui est désormais officiellement soutenue par le ministère de l’Agriculture de M. Stéphane Le Foll…

Le rapport d’expertise précité précise en effet l’importance d’un décapage soigné du fond, et que 43 000 m3 de matériaux devront être importés…

Un schéma voisin donc pour le « barrage » de Sivens, que celui des « retenues collinaires », qui sont installées dans des talweg. Ainsi pour les retenues de substitution, appelées « bassines » que la CACG, encore elle, a massivement implantées en Poitou Charentes, c’est avec des géomembranes, genre Bidim, posées entre deux géotextiles, qu’est assurée l’étanchéité.

Sivens c’est plus qu’un talweg, mais un vallon déjà « formé » géomorphologiquement, et vu sa taille le coût du Bidim semble difficile à justifier.

Au final, la dimension du projet et, surtout, sa substitution à une zone humide le trahissaient. L’étanchéification du fond achève le tableau. Ces retenues n’ont aucun rapport avec la restauration écologique qui est l’objectif des « johads » indiens et autres techniques de réalimentation des nappes phréatiques et de régulation des étiages par infiltration et non par lâchages ! Affligeant.

L’objectif est ici clairement le détournement du bien commun. L’eau de pluie qui doit profiter à toutes les vies, à « l’économie de la nature », est détournée et privatisée par une forme d’économie si réductionniste qu’elle vit au détriment du bien commun de l’écosystème.

Que deviendrait la nappe phréatique avec ce projet ? La zone humide qui contribuait à l’alimentation de celle-ci une fois supprimée, l’eau détournée et largement évaporée… Le niveau de la nappe ne risquerait-il pas de baisser, rendant (pour les mécanistes), plus nécessaire encore les retenues étanches et l’irrigation ? Etc.

Cela a-t-il été étudié ? La « compensation » prévoit-elle l’alimentation de la nappe ?

Le fameux rapport d’expertise n’évoque même pas la nappe phréatique, mais seulement « l’aquifère » pour dire que l’existence des zones humides résulte de la présence d’un aquifère temporaire (?), etc. (page 8).

Cet « aquifère » n’aurait-il pas de rapport avec la nappe phréatique qui dépend beaucoup des zones humides ? L’alimentation de la nappe phréatique par les zones humides n’a ainsi été envisagée que très légèrement…

Ainsi le rapport d’expertise semble-il oublier la nappe phréatique, n’établissant de rapport qu’entre l’agriculture et l’irrigation. De même, le « soutien d’étiage » semble ne dépendre que des lâchages superficiels…

L’ensemble de l’approche apparaît dès lors de plus en plus superficielle, ne se préoccupant que des eaux de surface, un peu comme si une étude botanique oubliait les racines…

Si l’on s’intéresse par exemple aux systèmes d’épandage de crues (« spate irrigation » en anglais), comme alternative à l’irrigation par pompage au Sahel, on affronte un contexte difficile où, avec les villageois et les nomades, on raisonne l’inféro-flux, la nappe alluviale, la ripisylve et les berges, lit mineur et lit majeur, les débits solides, le colmatage et la construction des sols alluviaux et des dépôts limoneux cultivables… la nappe phréatique et l’aquifère étant toutes autres choses.

Mais les ingénieurs, la DREAL, le CGEDD, la CACG… raisonnent le milieu en termes de tuyaux.

Quant à Manuel Valls, il a déclaré à la télévision que le barrage de Sivens servirait, aussi, à alimenter Montauban en eau potable !

Sortir de l’impasse de Sivens ? Stage obligatoire de 12 mois au Mali et au Rajasthan pour Ségolène Royal, Manuel Valls, Thierry Carcenac, le Préfet du Tarn, et tous les IGREF !

 

réactions

Sivens, le Gers et le Rajasthan

Cher monsieur, vous faites référence ici au dogme central (breveté SGDG) de la doctrine CACG (Compagnie d’Aménagement des Côteaux de Gascogne) qu’elle n’a pas pu revendre à d’autres jusqu’à présent en raison de son caractère hydropolitique local-régional : à savoir le DOE -Débit Objectif d’Etiage-. Je vous suggère de vous reporter à la théorisation de cette notion qu’en ont fait les « experts-maison » (donc auto-proclamés) de la CACG. Il serait temps de clarifier cette affaire si une quelconque académie de l’eau existait en ce pays. Salutations distinguées.

poste par Luigi_34 – 2014-11-14@23:40 – Répondre à ce message

 

Sivens, le Gers et le Rajasthan

Merci pour ton texte, toujours très stimulant. Il y a une critique des « technos » qui peut faire débat. On est 65 millions dans une France industrielle et urbanisée, donc à un certain degré tout est « techno » dans la gestion de ce monde-là par la norme et la réglementation. Même quand il se pique de se pencher sur le vivant et la nature, ce monde sécrète une biopolitique, une hydropolitique, une climatopolitique, etc. qui n’a plus rien à voir (et qui a de toute façon oublié) avec des expériences d’un monde ancien disparu, monde ayant moins d’impacts car pas la même démographie ni la même économie ni la même technologie. Tout cela se présente grosso modo sous les atours d’une rationalité instrumentale travaillant par optimisation de l’atteinte de ses objectifs (ici objectif supposé = équilibre des reproductions du grand cycle et des usages du petit cycle). Donc, du surdiplomé de la DEB au Ministère au technicien de syndicat de rivière, l’hydrocratie fait en effet de la « gestion de tuyau »… sans qu’on sache trop ce qu’elle pourrait faire d’autre (c’est d’ailleurs une tuyocratie). Ah si, elle fait aussi de la gestion de lobbies, ce que ton livre a décrit très efficacement, vu que les tuyaux deviennent un enjeu de propriété, même dans le grand cycle. Des concepts comme l’ »ingénierie écologique » ou la « renaturation » sont assez symptomatique de ce nouvel horizon, y compris de ses aspects borderline (le système forme aux mêmes écoles des experts qui dénaturent et des experts qui renaturent, au bout d’un moment c’est comme un film de Lynch, on ne sait plus trop si ce ne sont pas les mêmes qui mènent des vies parallèles !).

poste par CF21 – 2014-11-15@07:36 – Répondre à ce message

3 Sivens, le Gers et le Rajasthan

Bonjour,

Hier soir, j’ai pris part à une soirée-débat organisée par Alternatiba/ATTAC/France Libertés. J’ai pu y découvrir l’expérience du Rajasthan que vous présentez dans votre billet [où le lien vers l’article d’Alain Claude Burgevin Galtié n’est pas opérant]. Lors de cette même réunion, il fut question d’une expérience slovaque inspirée par le même esprit et dont il est fait état là : http://www.waterparadigm.org/indexe… . Je n’ai pas encore eu le temps d’explorer ce site : le connaissiez-vous ? Qu’en pensez-vous ? Cordialement.

poste par loulou – 2014-12-3@11:32 – Répondre à ce message

4 Sivens, le Gers et le Rajasthan

Bonjour,

Je vais réparer le lien devenu inactif, et pour le reste il y en a effectivement un autre avec la manifestation que vous évoquez.

Bien cordialement.

poste par Marc Laimé – 2014-12-3@17:32 – Répondre à ce message

5 Sivens, le Gers et le Rajasthan

Encouragé par votre réponse, je reproduis ici un extrait de ce travail afin de montrer son ambition : « This work is not founded on new, revolutionary knowledge ; its newness arises more from thinking through existing knowledge to its logical consequences. Despite this fact, we are convinced that it is a pioneering work, that it fundamentally changes water-management practice and may be a great inspiration for further research and for the scientific community… If the alternative view presented in this publication is correct, it opens the possibility of a constructive solution to many of the problems associated with climatic changes. The plan for saturating the small water cycle through the conservation of rainwater on land is, from the point of view of the authors of this publication, a revolutionary solution to the given problems. »

poste par Loulou – 2014-12-5@12:

 

 

Depuis le Clunisois, un regard sur Sivens

Références : l’étude d’impact du « Projet de la création de la retenue d’eau de Sivens, commune de l’Isle-sur-Tarn » (Préfet de la Région Midi-Pyrénées – juillet 2012)
et l' »Expertise du projet de barrage de Sivens » (Conseil Général de l’Environnement – octobre 2014)

 

Dès le préambule de l’étude d’impact (p. 2), l’évocation de l’autorité environnementale nous rappelle qu’à Saint Gengoux le National (1) le collectif de sauvegarde de l’eau et de l’environnement vient tout juste d’apprendre l’existence de cette entité régionale en découvrant qu’elle s’était penchée amoureusement sur un petit ruisseau à 5 kilomètres de la tête de bassin versant oubliée de tous.
 
1ère constatation :
Au moins, pour Sivens, il y a eu étude d’impact, enfin une étude allant jusqu’à identifier les différentes espèces et reconnaître « la présence d’espèces protégées et d’habitats protégés« . Il a même été envisagé une compensation avec un coefficient autour de 2 et la restauration de certains tronçons aval. Il y a eu consultation de la fameuse Autorité Environnementale. Etc.
A Saint Gengoux le National, pas l’ombre d’une étude. Que des mensonges et des dissimulations. L’histoire de la cité médiévale et ses plans ? Effacés. L’histoire des crues ? Effacée. La mémoire des vivants ? Anéantie. L’existence historique du ruisseau ? Niée. La nappe phréatique ? N’existe pas. La Loi sur l’Eau et le Code de l’Environnement ? Le préfet a déclaré qu’ils n’étaient pas compétents en l’affaire.
 
Deux méthodes que tout semble opposer, un même résultat : l’anéantissement. Nous sommes bien dans en France où, depuis pas mal d’années déjà, on se demande de plus en plus ce qui peut bien servir à quelque chose.
 
2ème constatation qui prend forme très vite :
Cette histoire de compensation relève vraiment d’une culture impérialiste qui a supprimé toute l’ouverture sensible indispensable à la compréhension du vivant.
Ici, on détruit des habitats originaux et une quantité indéterminée de vies, donc tout un ensemble si complexe que l’on ne peut le comprendre tout à fait, et sûrement pas le déplacer ou le reproduire. Cependant, les technos prétendent reconstituer l’essentiel là… Aussi simple que les vases communicants. Vision de pure réduction mécaniste ! Ecologie quantitative de papier.
 

3ème observation : nous n’avons vu nulle part si l’ouvrage (« réservoir de stockage d’eau« ) est seulement conçu pour l’irrigation classique ou s’il a été pensé aussi pour réalimenter la nappe phréatique, donc si son fond devait être étanche ou non. Même pas vu dans l’expertise d’octobre. C’est, pourtant, une caractéristique extrêmement importante.

 

Nous avons, en effet, eu la surprise de découvrir que des « retenues collinaires » sont réalisées avec un fond étanche… mais peut-être ne s’agit-il que de celles destinées aux stations de sports d’hiver ou à la lutte contre l’incendie ?
http://photostp.free.fr/phpbb/viewtopic.php?f=56&t=12995&start=60
Car le grand intérêt des « retenues collinaires » et autres johads (en Inde, ci-joint), c’est de retenir l’eau pour alimenter les nappes phréatiques par infiltration, afin que cette régulation de l’eau bénéficie à tout l’environnement, pas de permettre de faire de l’irrigation avec pertes par évaporation, et salinisation (et, sans doute, privatisation de l’eau).

 

Mais, pour Sivens, la contre-expertise précise le décapage soigné du fond et que 43 000 m3 de matériaux « devront » (!) être importés.

C’est ce que nous redoutions ! La dimension du projet et, surtout, sa substitution à une zone humide (!) le trahissaient. L’étanchéification du fond achève le tableau. Ces retenues n’ont aucun rapport avec la restauration écologique qui est l’objectif des johads indiens et autres techniques de réalimentation des nappes phréatiques et de régulation des étiages (par infiltration et non par lâchages !). C’est affligeant.
Là, clairement, l’objectif est le détournement du bien commun. L’eau de pluie qui doit profiter à toutes les vies, à « l’économie de la nature« , est détournée et privatisée par une forme d’économie si coupée des autres, de la biosphère, et si réductionniste qu’elle vit au détriment du bien commun (de l’écosystème).
 
Que deviendrait la nappe phréatique avec ce projet ? La zone humide qui contribuait à l’alimentation de celle-ci une fois supprimée, l’eau détournée (loin ?) et largement évaporée… le niveau de la nappe ne risquerait-il pas de baisser, rendant (pour les mécanistes) plus nécessaire encore les retenues étanches et l’irrigation ? Etc.
 

Cela a-t-il été étudié (pas vu) ? La « compensation » prévoit-elle l’alimentation de la nappe (pas vu) ?

 

Nous n’avons même pas vu évoquer la nappe phréatique, seulement « l’aquifère » pour dire que l’existence des zones humides résulte de la présence d’un aquifère temporaire (?), etc. (page 8). Cet « aquifère » n’aurait-il pas de rapport avec la nappe phréatique qui dépend beaucoup des zones humides ?

Il semble que l’alimentation de la nappe phréatique par les zones humides n’a pas été bien envisagée.

 

Même la contre-expertise semble oublier la nappe phréatique, n’établissant de rapport qu’entre l’agriculture et l’irrigation. De même, le « soutien d’étiage » semble ne dépendre que des lâchages superficiels. Rien sur l’infiltration-percolation.


L’ensemble de l’approche apparaît de plus en plus superficielle, ne se préoccupant que des eaux de surface, un peu comme si une étude botanique oubliait les racines…

Aurions-nous raté quelque chose ?

 

ACG pour le Collectif de sauvegarde de l’eau et de l’environnement de Saint Gengoux le National

 

(1) L’eau perdue de Saint Gengoux le Royal – l’engrenage exemplaire de la dégradation du bien commun

 

première partie : le Ruisseau de Nolange

http://renaissancerurale71.wordpress.com/2014/10/18/leau-perdue-de-saint-gengoux-le-royal-lengrenage-exemplaire-de-la-degradation-du-bien-commun/

 

L’eau perdue de Saint Gengoux le Royal – seconde partie

http://renaissancerurale71.wordpress.com/2014/10/18/leau-perdue-de-saint-gengoux-le-royal-seconde-partie/

 

 

Un nouveau concept à St Gengoux : le johad-terrain à bâtir

 

« le terrain n’est pas traversé par un ruisseau » (le permis de construire signé par tous),
« pas de surfaces relevant de la problématique zones humides » (la DDT et le préfet)…