C’est un épisode méconnu mais ô combien révélateur des grandes manoeuvres dont la nouvelle gauche écologiste et tout le mouvement social ont été victimes à partir des années soixante (au moins).

Ce seul événement met en lumière une bonne partie de ceux qui, depuis plusieurs années déjà, s’étaient secrètement réunis afin de casser l’élan du mouvement écologiste et en métamorphoser l’image pour la mettre au service du projet capitaliste.

 

Illustrations pour un tract de la campagne contre les emballages en plastique (1971)

 

En 1971, dans le bagage du collectif de la Semaine de la Terre, il y avait le projet d’une campagne contre un délire industriel en pleine expansion…


« (…) Des déchets, il y en a toujours eu, mais voilà : ils étaient bio-dégradables, pour parler instruit. Les bactéries ambiantes les attaquaient à peine produits, et les transformaient tranquillement en une chose noirâtre, spongieuse, qui sentait la cave et le champignon : l’humus, autrement dit la terre, la bonne terre grasse et nourrissante où toute plante germe, croît et donne son fruit. Toute plante, c’est à dire toute vie.
(…)
Le plastique, lui, on ne peut rien en faire. Non recyclable. Non brûlable. Dans dix mille ans, nos descendants charmés trouveront encore nos bouteilles aplaties et nos étuis tortillés dans les couches géologiques, et la mer inlassablement bavera sa bave de plastique sur les plages.
(…)
Le problème, pourtant, le vrai, il est à l’autre bout. Là où l’on produit ces saloperies. Pourquoi Pourquoi tant d’emballages ? Pourquoi cette débauche de plastique, d’aluminium, de papier cristal et d’encre multicolore autour de nos petits-beurre ? Pourquoi ces millions de bouteilles d’eau minérale, de caisses (en bon bois d’arbre qui ne sert qu’une fois) pour les transporter, d’étiquettes, de clous, de camions, de…, de… (…) »

Cavanna, « La belle fille sur le tas d’ordures« , Ecologie Infos en mai 1987.

Ne l’oublions pas, Cavanna avait permis à Pierre Fournier de s’exprimer. Il l’avait encouragé, puis l’avait aidé à créer La Gueule Ouverte. Cavanna était un de la nouvelle gauche écologiste

 

 

1971, c’est l’année de naissance du navigateur Yvan Bourgnon

https://fr.wikipedia.org/wiki/Yvan_Bourgnon

Entre 1979 et 1983, il a eu la grande chance de faire un tour du monde avec ses parents et de voir les océans en bon état :

« À 8 ans, j’ai fait un tour du monde avec mes parents, nous n’avons vu aucun plastique. Trente-cinq ans plus tard, il y en a partout »

http://www.leparisien.fr/environnement/pollution-le-navigateur-yvan-bourgnon-invente-le-bateau-nettoyeur-des-mers-06-04-2018-7650570.php

 

 

les fonds marins de Taïwan en 2017


16 ans avant l’article de Cavanna, les écologistes de la Semaine de la Terre étaient déjà de son avis.

1971 – La Semaine de la Terre

La consigne des emballages alimentaires ne cessait de régresser, les produits jetables (mais durables comme déchets) se multipliaient et s’accumulaient. Nous les voyions déjà se répandre. Ces emballages jetables manifestaient un mépris absolu pour le vivant ; un mépris poussé jusqu’au déni. Ils illustraient parfaitement le projet de l’industrie et d’un certain commerce de masse en pleine expansion : épuiser la biosphère tout en la changeant en poubelle. C’était donc l’occasion de faire la démonstration de l’absurdité nuisible de la culture façonnée par le profit immédiat, et une possibilité, littéralement à portée de la main, de sensibiliser la plupart. C’était décidé, la prochaine action du groupe de la Semaine de la Terre serait dirigée contre l’industrie et le commerce du jetable, la surconsommation, le gaspillage et la pollution généralisée. La dénonciation de l’obsolescence était un impératif *. Le recyclage nous apparaissait comme une belle solution. Mais, surtout, nous voulions que soient stoppées les fabrications de produits nuisibles et non récupérables (beaucoup plus tard, ils appelleront cela l’éco-conception).

* Nous avions lu L’art du gaspillage (publié en français en 1962) de l’excellent Vance Packard

 

L’action était déjà esquissée : tracts sur le gaspillage et la pollution qui allait en résulter, manifestations « retour à l’envoyeur » avec amoncellement d’emballages jetables devant les sièges des entreprises et des magasins *, diffusion des noms des responsables et de leurs adresses, etc. L’invitation à manifester était choisie : « Venez polluer les pollueurs !« 

* il faudra attendre Act-Up pour voir pareilles manifestations

 

Le rapprochement entre la Semaine de la Terre et les Amis de la Terre ne changeait rien à l’affaire. Enfin, pour nous. Cependant, pour ces « Amis de la Terre » qui nous avaient invités, mais que nous ne connaissions pas encore, il en allait tout autrement. Un refus sans appel, passionné, véhément, sera opposé au projet et le fera capoter.

 

Le refus était prononcé par Alain Hervé en sa qualité de président des Amis de la Terre (1), l’association à laquelle nous venions de donner chair (avant notre arrivée, curieusement, il n’y avait pas de militants). Lui si pondéré d’habitude, si détendu qu’il ne semblait pas habité par la conscience de l’urgence écologiste *, était transfiguré par l’alarme. Un comble : c’est notre indignation et l’alerte nécessaire qui l’alarmaient !

* d’ailleurs, selon un aveu tardif, c’était un converti de fraîche date. Ce qui ne l’empêchait pas de nous traiter comme s’il avait beaucoup plus d’expérience que nous (un mensonge de plus).

 

C’était stupéfiant. Pour lui et pour ceux qu’il évoquait à mots couverts (« le comité n’acceptera pas« ), la dénonciation du gaspillage porté à un niveau jamais atteint – industriel – ne devait pas voir le jour. Le comité… quel comité ? Il ne nous avait pas été présenté et il ne le sera jamais. Dès l’abord, en contradiction complète avec les assurances qui nous avaient été données, se révélaient une différence profonde entre les écologistes et ces énigmatiques « Amis de la Terre« , bien moins amis qu’ils le prétendaient.

 

Nous ne comprenions rien et une foule d’interrogations et de soupçons commençait à se lever.

 

Pourquoi, au sein d’une association écologiste, une opposition à une action écologiste, et si forte, sur un sujet de cette importance ? Comment cela était-il possible ? Ce coup d’éclat inattendu révélait quelque chose de profondément anormal. Qu’avions-nous transgressé ? Entre quelles mains étions-nous tombés ? Nous aurions dû prendre le temps d’y réfléchir.

 

« Il est clair qu’on ne nettoiera pas les océans d’une pollution à grande échelle qui a démarré il y a cinquante ans, poursuit Catherine Chabaud. On a retrouvé du plastique au-delà du cercle polaire et dans des failles océaniques profondes. Mais on peut agir, en réduisant de façon drastique tout ce qui part à la mer. »

https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences-et-ethique/faire-face-pollution-oceans-plastiques-2017-12-19-1200900537

 

 

A peine chez ces Amis de la Terre confidentiels, nous fûmes sur le point de rompre. Nous aurions dû.



une plage du Pacifique aujourd’hui

 

L’histoire prend son temps. Il me faudra attendre 35 ans pour avoir la preuve d’une relation entre l’opposant à l’alerte contre les emballages jetables et un système qui était particulièrement intéressé au développement de ce que nous pressentions comme une nouvelle catastrophe : « la grande distribution« , c’est à dire le commerce métamorphosé par la finance pour supplanter la diversité des artisans et des commerçants, les exclure et les réduire au chômage et au salariat, contrôler tous les marchés et les productions, concentrer et extraire les plus grands profits au détriment du plus grand nombre… L’exact contraire de la voie écologiste, le modèle même de nos cauchemars ! Et nous étions encore très loin de savoir à quel point nous avions raison.

 

Dans le crime comme en politique, les coïncidences sont rares. Cela n’était pas un malencontreux hasard si nous nous retrouvions coiffés par des seconds couteaux du système que nous dénoncions. Evidemment.

 

Mais comment aurions-nous pu imaginer que cette « gauche socialiste » qui mimait l’alternative depuis 68* dissimulait dans ses cartons l’essor de « la grande distribution » (entre autres projets destructeurs) ?! D’ailleurs, nous ignorions même à quel point l’opposant à l’alerte contre les emballages jetables était en intimité avec ladite « gauche socialiste« . En effet, juste derrière cet opposant surprise se tenait, entre autres personnages remarquables, Michel Bosquet, alias André Gorz, l’autre patron du Nouvel Observateur. Oui, celui que les mêmes réseaux tentent maintenant de faire passer pour un grand inspirateur du mouvement écologiste… En réalité, Bosquet, alias Gorz, était un soutien militant du commerce financiarisé contre le commerce familial ou coopératif. Il suivait donc une ligne politique conforme à la « suppression des obstacles à l’expansion économique » (Pinay, Rueff…) et à la « libération radicale des échanges » (Alain Peyrefitte) planifiées depuis le tout début de la 5ème République.

* par exemple, avec la revue FAIRE crée en 1975 : le « mensuel pour le socialisme et l’autogestion »… mais une des « revues intégrées au système partisan » (Les revues du PS de 1971 à 1981, Contribution | par Emeric Brehier le 23 avril 2013, http://www.mitterrand.org/Les-revues-du-PS-de-1971-a-1981.html)
Une revue qui regroupait plusieurs des ennemis de la nouvelle gauche écologiste mais prétendait s’inscrire dans la continuité de 68 !

 

Tout naturellement, Michel Bosquet était particulièrement proche du groupe Leclerc depuis le début des années soixante : « (…) Il s’impliqua aussi aux côtés de mon père en signant avec d’autres grands journalistes (François Henri de Virieu, Alain Murcier et Alain Vergnholes du Monde) des tracts pour dénoncer les refus de vente des fournisseurs(…) André Gorz, alias Michel Bosquet reporter au Nouvel Observateur, alias Gérard Horst, de son vrai nom… m’a offert son affection toute paternelle lorsque, jeune étudiant, je vins à Paris. Chez eux, dans le XIIIème arrondissement d’abord, Gérard et Dorine me firent rencontrer les intellectuels avec lesquels il entretenait les relations les plus denses : Edgar Morin, Ivan Illich, bien sûr, son quasi frère, Virilio, Herbert Marcuse, David Cooper (l’anti-psychiatre), Alain Touraine. Et aussi des syndicalistes italiens, des économistes (Mattick, Brunhoff…), tous plus ou moins en phase avec la théorie critique de l’Ecole de Francfort. (…) » Michel Edouard Leclerc, « André Gorz, la mort d’un philosophe ».

 

Michel Edouard Leclerc qui sera introduit aux Amis de la Terre par Michel Bosquet/André Gorz, sitôt les écologistes de la nouvelle gauche éliminés.

 

Illich, Marcuse et, hop !, toute l’Ecole de Francfort… mélangés avec l’aronien Alain Touraine – et bientôt Saint Simonien (la Fondation, comme Furet et Ferry pour toutes ces qualités), et les apôtres de « la grande distribution« . Voilà qui fleure bon la grande manip.

 

Il faudra encore attendre 10 ans pour apprendre l’existence de Henry Hermand, Pape des supermarchés construits sur la campagne et dans les bois depuis le début des années soixante (donc depuis le tout début), tuteur financier du PSU, du Nouvel Observateur, du PS, ami et protecteur de Michel Rocard comme il l’avait été de Pierre Mendès France, donc partie prenante des réseaux de « la résistance partagée à la nouvelle gauche » et particulièrement à l’écologisme (Pierre Grémion : « Intelligence de l’anti-communisme – Le Congrès pour la liberté de la culture à Paris 1950-1975 » page 577). Hermand personnifie à l’égal des Leclerc la grande distribution hostile aux écologistes qui télécommandait déjà nos censeurs « de gauche ». Hermand devait donc être aussi l’une des nombreuses bonnes âmes qui, dans des coulisses insoupçonnées, quelque part aux côtés de Michel Rocard (l’amoureux de « la croissance marchande« ), surveillaient les écologistes – adversaires premiers de la société de consommation – comme le lait sur le feu. Son rôle dans la revue FAIRE évoquée plus haut démontre qu’il était là, dans les coulisses où se décidait le sort réservé aux écologistes (mécène, il participait au comité de rédaction avec Gilles Martinet, Pierre Rosanvallon et Patrick Viveret) ! C’est seulement son action déterminante dans la carrière d’Emmanuel Macron qui nous le révélera (où l’on retrouvera Michel Rocard !), confirmant une fois de plus que les mêmes forces sont à l’oeuvre depuis plusieurs générations pour étouffer toute émergence alternative au capitalisme (si quelqu’un doute encore, l’effondrement quasi généralisé devrait l’en convaincre !).

 

 

En voulant diriger nos traits contre l’essor du tout jetable, nous ne pouvions donc – s’il en était encore besoin – mieux nous signaler à l’attention des prédateurs en alerte maximale ! Car, quelques années plus tard, on retrouvera bon nombre de ces gens du PSU, du Nouvel Obs, de la Ligue et autres maos, dans les petits papiers des capitalistes ultra-libéraux (et, même, néo-cons). En attendant cette révélation, peu après le niet catégorique à l’alerte contre les plastiques, nous allions découvrir tous ces braves gens dressés sur leurs ergots pour arrêter et coiffer les écologistes :  

23 Juin 1972 – Guet-apens au Pré-aux-Clercs : comment le capitalisme a effacé la nouvelle gauche

 

Voyons ce qu’en disent des connaisseurs des arcanes de la capitalisation (des pouvoirs et de l’argent)…

« (…) La gauche (au pouvoir) va se rallier à la grande distribution et lui apporter un solide soutien qui se manifeste notamment dans les débats parlementaires jusqu’à une période récente. Les députés socialistes, en particulier Julien Dray (ancien de la Ligue Communiste), se sont faits les avocats des hypermarchés. Les chiffres reflètent cette lune de miel.

Entre 1981 et 1988, le nombre des hypermarchés va doubler. Les socialistes vont très vite comprendre que la grande distribution est leur meilleur allié pour enrayer l’inflation. Ils savaient, de surcroît, que les commerçants, les artisans, les petits producteurs, dans leur immense majorité, ne leur apportaient pas leurs suffrages (…) Il y avait, pour reprendre le vocabulaire marxiste, une « alliance objective » entre la gauche et la grande distribution.

Fort de ce constat, le pouvoir mitterrandien va mesurer ce qu’il peut tirer des enseignes pour remplir les caisses de ses formations partisanes, PS, PCF, Radicaux de gauche. Certes, la grande distribution n’a pas mis tous ses oeufs dans le même panier – Michel-Edouard Leclerc apportera son soutien à Idées-Actions du libéral Alain Madelin – mais le PS fit preuve d’un activisme débridé (…) » *.

Suivent des détails croustillants sur la grande corruption des années 1980…

* Bien plus que « libéral« , Madelin, l’ancien militant d’Occident (pour les jeunes : un groupuscule d’extrême-droite), était devenu le néoconservateur dont Lalonde, protégé d’André Gorz comme Michel-Edouard Leclerc, s’était rapproché au point de s’afficher sur la même ligne (depuis quand ?). Les auteurs de cette dénonciation de l’intimité entre la grande distribution et la caste politicienne installée par l’élimination de la nouvelle gauche des années 1960/70 dévoilent les mêmes accointances que celles qui tissaient l’anti-nouvelle gauche écologiste dès le tout début des années 1970.

 

« (…) Aujourd’hui 20 000 communes n’ont plus aucun commerce de proximité, plus aucun pompiste. Les maires sont souvent obligés de subventionner avec l’argent des contribuables, les derniers commerçants qui résistent ou les candidats à l’installation. Ce que le consommateur perd d’une main, le contribuable le perd de l’autre. Certes, on ne peut pas rendre la grande distribution responsable de la grande migration des campagnes vers les villes, mais la brutalité de ses méthodes couplées au laxisme des Pouvoirs Publics, des maires, a grandement contribué à ce qu’on appelle la désertification de la France (…) ».

« La grande distribution. Enquête sur une corruption à la française« , Jean Bothorel et Philippe Sassier, Bourin éditeur 2005.



Ainsi, après l’organisation de la ruine des artisans et commerçants locaux, la déstructuration des villages, des centres bourgs, des rues commerçantes jusque dans les villes, la mise en coupe réglée des producteurs, la destruction de terres agricoles, de bois, de paysages, etc. « la grande distribution » affirmait sa volonté de poursuivre sa course aux profits, quelles qu’en soient les conséquences, en devenant un gaspilleur-pollueur global. Rien d’étonnant. Cette « grande distribution » a une fonction stratégique. Elle était déjà une machine de guerre de la déstructuration culturelle, économique, sociale et écologique indispensable à la domination capitaliste. Un outil de la mondialisation néo-libérale.

 

 

Quel dommage que nous n’ayons rien su de tout cela, en particulier de la filiation avec une « gauche » qui n’était plus qu’un leurre ! D’ailleurs, nous ne savions pas non plus l’existence – là, juste derrière notre épaule – d’un réseau mis en place par l’homme du Congrès pour la Liberté de la Culture Denis de Rougemont pour infiltrer, surveiller et contrôler les écologistes, ces anticapitalistes si gênants pour la globalisation en marche : Diogène. Notre premier censeur, Alain Hervé, y était également connecté (et plusieurs autres que je côtoyais depuis Jeunes et Nature sans rien deviner de leur double jeu).

 

L’omerta était parfaite. Pourtant, il y avait du monde dans la confidence, et du monde que nous connaissions ! Tous ont réussi à nous donner le change pendant plusieurs années de fréquentation – certains pendant des décennies. Si cela n’est pas du professionnalisme…

 

Cela n’est qu’à partir de la fin du siècle, peu après la diffusion d’informations sur l’étendue de la pollution des océans par les plastiques jetables, que des témoignages et des documents viendront étayer les soupçons et les hypothèses nés dans les années 1970.

 

L’opposition à l’alerte contre les emballages jetables, c’était 35 ans avant de commencer à découvrir le pot aux roses, et encore 3 ou 4 ans avant d’avoir confirmation de la manipulation en lisant le témoignage de Pierre Grémion publié en 1995.

 

les Aron, Michael Josselson (CIA) et Denis de Rougemont

 

A propos de la contribution d’un syndicaliste CFDT à Contrepoint, la revue néoconservatrice créée en 1969 par Patrick Devedjan (ex du groupuscule d’extrême-droite Occident – comme Alain Madelin) sous le patronage de Raymond Aron, Pierre Grémion écrit :

« Cette résistance partagée à la nouvelle gauche resserre ainsi les réseaux universitaires aroniens et les réseaux mendésistes, qui ont divergé jusqu’alors. » (page 577).

 

 

On peut croire Pierre Grémion qui a été impliqué dans les réseaux d’influence du capitalisme (particulièrement le Congrès pour la Liberté de la Culture) aux côtés de Michel Crozier. Il évoque encore cette collaboration « de libéraux de toujours, d’anciens intellectuels communistes attirés par Aron, d’hommes venus de l’Action française et de mendésistes atterrés par la démagogie sans limite de Mai 68 » (sic) à propos de la naissance de la revue Contrepoint (page 602). On le croit d’autant mieux que son témoignage éclaire la coalition apparemment improbable des ennemis de la nouvelle gauche écologiste qui rassemblait les néo-cons et les maoïstes, avec les « socialistes » au milieu. Nous pouvions aller d’étonnement en étonnement en découvrant la diversité de nos ennemis ! Toute la réaction « anti-nature » avait rassemblé ses forces pour faire taire l’alerte contre les conséquences de sa fermeture au monde et de sa rapacité. Elle l’est toujours. Entre-temps, ce beau monde s’est ouvertement réuni au sein de la Fondation Saint Simon et a activement contribué à installer la globalisation capitaliste.

 

Parlant de la fonction de la Division des organisations internationales (IOD) créée, au sein de la CIA, par Tom Braden en 1950, Frances Stonor Saunders décrira la stratégie appliquée contre la nouvelle gauche dans « Qui mène la danse ? La CIA et la guerre froide culturelle » (2003) :
« Le soutien des groupes de gauche n’avait pas pour but leur destruction ni même leur contrôle, mais plutôt le maintien d’une discrète proximité afin de contrôler la pensée de tels groupes, de leur fournir une soupape de sécurité et, in extremis, d’exercer un veto final sur leur publicité et peut-être leurs actions, si jamais ils devenaient trop radicaux » (page 109).

Exactement ce qui nous a été appliqué.

 

Alain-Claude Galtié

 

 

(1)  Il deviendra rédacteur en chef du Sauvage, un magazine environnementaliste créé par le Nouvel Observateur dont nous ne savions encore rien (Claude Perdriel, Philippe Viannay*, Michel Bosquet…). On y trouve des signatures aussi étonnantes que celles d’Alain Finkielkraut (?!), déjà néo-con et futur anti-écologiste primaire, et, comme un aveu, de Michel Edouard Leclerc (!), l’autre protégé de Michel Bosquet, alias André Gorz, avec Brice Lalonde (alias Oliver Forbes, du nom de sa richissime famille maternelle).

* Le mystérieux Philippe Viannay qui était le propriétaire secret des locaux de l’association « Amis de la Terre » au très chic Quai Voltaire.

Incroyablement, on y trouve aussi Guy Hocquenghem qui, plus tard, dira la vérité de la fausseté de Lalonde et dénoncera l’imposture gauchiste, principalement maoïste, qui avait contribué à étouffer et effacer la nouvelle gauche écologiste pour le plus grand profit du néo-capitalisme. D’ailleurs, parmi les auteurs et les collaborateurs, figurent plusieurs maoïstes artistiquement mêlés à des néo-cons bon teint sortis des « collèges invisibles » de Denis de Rougemont (Congress for Cultural Freedom) et des cercles aroniens réunis autour de la revue Commentaire, la fille de l’étasunienne et ultra-réactionnaire Commentary *. Autant dire que l’appareil de la mondialisation capitaliste plane au-dessus de la revue.

* qui avait mené une campagne furieuse contre la nouvelle gauche

 

Mais pas l’ombre d’une contribution d’un écologiste du mouvement. Et pour cause, nous ne pouvions même pas publier une ligne dans Le Courrier de la Baleine, le bulletin de l’association, jusqu’au numéro 6 du début de l’année 1974 réalisé par les militants.

Plus tard encore, Alain Hervé fera partie de l’équipe de L’Ecologiste créé par son ami Edward Goldsmith, frère de James, le spéculateur sans frontières. Une quarantaine d’années après, à l’heure où ces lignes sont écrites, il y signe encore un billet gentillet. Pas un mot, bien sûr, sur les manipulations sordides qui ont entraîné la mort de l’alerte écologiste.

 

 

 

 

Aujourd’hui à Paris,

un spectacle presque quotidien inconnu il y a quelques années encore. La saleté et, surtout, la pollution croissantes ne révèlent pas le laisser-aller des services d’entretien, mais la malpropreté et l’insociabilité des nouvelles générations d’habitants.

Sacs en plastique et polystyrène expansé. Ah, le polystyrène ! On le voit utilisé partout, chez les commerçants, dans le bâtiment, l’isolation (!), on en trouve encore en « chips » dans des emballages, et il ne se passe plus un jour sans que l’on en découvre, réduit en pièces, dans les caniveaux, sur la chaussée, sur les trottoirs… Plus l’on connaît le désastre mondial de la pollution par les plastiques, et plus cette engeance semble répandue ! Cela se casse et se délite, cela se pulvérise en petits morceaux qui, nombreux, vont partir à l’égout. Et après ? 

Haro sur les sacs en plastique entend-on, enfin, un peu partout. Pourquoi pas sur le polystyrène ?

 

 

 

 

 

le résultat de la politique suivie depuis plus de 45 ans

Des photographies inquiétantes des Caraïbes montrent une mer de plastique et de polystyrène

 

Les gigantesques continents de déchets plastiques des océans

 

 

L’ampleur planétaire du saccage permet de se faire une idée des profits réalisés et de l’importance de l’enjeu il y a 40 ans.

 

83% des eaux
Plastic fibres found in tap water around the world, study reveals
83% of the samples were contaminated with plastic fibres.
https://www.theguardian.com/environment/2017/sep/06/plastic-fibres-found-tap-water-around-world-study-reveals

 

 

« Il est clair qu’on ne nettoiera pas les océans d’une pollution à grande échelle qui a démarré il y a cinquante ans, poursuit Catherine Chabaud. On a retrouvé du plastique au-delà du cercle polaire et dans des failles océaniques profondes. Mais on peut agir, en réduisant de façon drastique tout ce qui part à la mer. »

Si rien n’est fait, la mer comptera en 2050 plus de plastiques que de poissons… Le défi est vaste mais des solutions se dessinent, exigeant l’implication de tous.

8,3 milliards de tonnes de plastiques ont été produites dans le monde entre 1950 et 2015, d’après la revue scientifique Science Advances.

Une étude de 2014 parue dans Plos One évalue la pollution à la surface des océans à 5 250 milliards de particules, soit 269 000 tonnes de plastiques. Les déchets se retrouvent piégés, pour un temps au moins, au sein des cinq gyres océaniques, énormes tourbillons d’eau formés par les courants marins (Pacifique Nord et Sud, Atlantique Nord et Sud, océan Indien).

https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences-et-ethique/faire-face-pollution-oceans-plastiques-2017-12-19-1200900537

 

 

Depuis 1972…

https://vimeo.com/25563376

https://www.youtube.com/watch?v=-M9t2fm__K0

  

photo de Chris Jordan

 

 

 

 

 

La décharge flottante fait trois fois la France

Le magma de déchets qui dérive à mi-chemin entre Hawaï et la Californie avait été sous-estimé.

https://www.lematin.ch/monde/decharge-flottante-trois-fois-france/story/16671007

 

La décharge flottante du Pacifique fait trois fois la taille de la France

Des milliards de morceaux de plastique, 80 000 tonnes de déchets… La gigantesque décharge qui flotte dans le Pacifique est bien plus importante qu’estimé précédemment par les scientifiques. Elle s’étend sur une surface de trois fois la France, selon une étude publiée ce jeudi.

http://www.leparisien.fr/environnement/la-decharge-flottante-du-pacifique-fait-trois-fois-la-taille-de-la-france-22-03-2018-7623366.php#xtor=AD-1481423652

 

 

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