45 ans après l’empêchement de l’alerte contre les emballages plastiques

 

les fonds marins de Taïwan en 2017

 

 

Une baleine est morte de faim avec 40 kilogrammes de déchets en plastique dans l’estomac après s’être échouée aux Philippines. Les écologistes dénoncent l’un des pires cas de ce type survenu ces dernières années

https://www.youtube.com/watch?v=-7pITJ2By28

Une jeune baleine s’est échouée aux Philippines après avoir craché du sang. Dans ses entrailles, 40 kg de déchets plastique dont 16 sacs de riz et des dizaines de sacs de course. Chaque année, 1,5 millions d’animaux meurent à cause du plastique

https://www.novethic.fr/actualite/environnement/dechets/isr-rse/video-une-baleine-retrouvee-morte-avec-40-kg-de-plastique-dans-l-estomac-147060.html

 

vidéo de Chris Jordan

 

sommaire

 

En 1971, l’essor du « tout jetable » et l’alerte empêchée

Derrière l’opposant à l’alerte

« La grande distribution » en embuscade

« La grande distribution« , élément fort de la stratégie néo-capitaliste

 

notes

En partance pour la Seine et l’océan, les déchets imputrescibles aujourd’hui à Paris

Les résultats planétaires de la politique suivie depuis plus de 45 ans

 

index des personnes

index des noms et organisations

 

 

Des associations, l’ADEME, des journalistes… s’indignent, posent les mêmes questions, font les mêmes recommandations que les écologistes de 1971… 1971 ? Oui, 1971.

Ce que révèle, à lui seul, le fait rapporté ici explique pourquoi et comment nous en sommes à déplorer les retards accumulés dans la « gestion » (!) des déchets (en commençant par la suppression des productions nuisibles), et, généralement, la prévention des pollutions et de l’effondrement biologique.

Quelles forces se sont opposées aux transformations indispensables quand il en était temps ?

Quels réseaux ?

 

 

C’est un épisode méconnu mais ô combien révélateur des grandes manoeuvres dont la nouvelle gauche écologiste et tout le mouvement social ont été victimes à partir des années soixante (au moins).

Ce seul événement révèle l’étendue de la tromperie qui a abusé un grand nombre de personnes sincères. Il met en lumière une bonne partie de ceux qui, depuis plusieurs années déjà, s’étaient secrètement réunis afin de casser l’élan du mouvement écologiste et en métamorphoser l’image pour la mettre au service du projet capitaliste.

 

 

En 1971, l’essor du « tout jetable » et l’alerte empêchée

 

Au printemps 1971, la Semaine de la Terre avait alerté : « les rivages de vos vacances se couvrent de pétrole et d’emballages en plastique » (tract C’EST BIEN, C’EST TRES BIEN… VOUS ETES DANS LA BONNE VOIE !
IL FAUT PERSEVERER). Fin 1971, dans les priorités du collectif de la Semaine de la Terre, il y avait le projet d’une campagne contre un délire industriel en pleine expansion…

 

1964, le plastique jetable est révolutionnaire

le début de la grande vague des « emballages perdus »

https://www.ina.fr/video/AFE86000121

« La vie moderne est la grande ennemie du temps perdu et le jour n’est peut-être pas si loin où, le repas terminé, le couvert au même titre que la bouteille retournera aussitôt au néant. Expéditif et tellement reposant !« 

 

1970 – Tout plastique, tout jetable

https://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/quand-le-plastique-c-etait-fantastique/

 

 

 

1971, c’est l’année de naissance du navigateur Yvan Bourgnon

https://fr.wikipedia.org/wiki/Yvan_Bourgnon

Entre 1979 et 1983, il a eu la grande chance de faire un tour du monde avec ses parents et de voir les océans en bon état :

« À 8 ans, j’ai fait un tour du monde avec mes parents, nous n’avons vu aucun plastique. Trente-cinq ans plus tard, il y en a partout »

http://www.leparisien.fr/environnement/pollution-le-navigateur-yvan-bourgnon-invente-le-bateau-nettoyeur-des-mers-06-04-2018-7650570.php

 

 


« (…) Des déchets, il y en a toujours eu, mais voilà : ils étaient bio-dégradables, pour parler instruit. Les bactéries ambiantes les attaquaient à peine produits, et les transformaient tranquillement en une chose noirâtre, spongieuse, qui sentait la cave et le champignon : l’humus, autrement dit la terre, la bonne terre grasse et nourrissante où toute plante germe, croît et donne son fruit. Toute plante, c’est-à-dire toute vie.
(…)
Le plastique, lui, on ne peut rien en faire. Non recyclable. Non brûlable. Dans dix mille ans, nos descendants charmés trouveront encore nos bouteilles aplaties et nos étuis tortillés dans les couches géologiques, et la mer inlassablement bavera sa bave de plastique sur les plages.
(…)
Le problème, pourtant, le vrai, il est à l’autre bout. Là où l’on produit ces saloperies. Pourquoi Pourquoi tant d’emballages ? Pourquoi cette débauche de plastique, d’aluminium, de papier cristal et d’encre multicolore autour de nos petits-beurre ? Pourquoi ces millions de bouteilles d’eau minérale, de caisses (en bon bois d’arbre qui ne sert qu’une fois) pour les transporter, d’étiquettes, de clous, de camions, de…, de… (…) »

Cavanna, « La belle fille sur le tas d’ordures« , Ecologie Infos en mai 1987.

http://vegane.blogspot.com/2009/03/belle-fille-tas-ordures-cavanna.html

 

Ne l’oublions pas, Cavanna avait permis à Pierre Fournier de s’exprimer. Il l’avait encouragé, puis l’avait aidé à créer La Gueule Ouverte. Cavanna était un de la nouvelle gauche écologiste

 


16 ans avant l’article de Cavanna, les écologistes de la Semaine de la Terre étaient déjà de son avis.

« les rivages de vos vacances se couvrent de pétrole et d’emballages en plastique » constatait l’un des tracts de l’action (C’EST BIEN, C’EST TRES BIEN… VOUS ETES DANS LA BONNE VOIE ! IL FAUT PERSEVERER)

1971 – La Semaine de la Terre

La consigne des emballages alimentaires ne cessait de régresser, les produits jetables (mais durables comme déchets) se multipliaient et s’accumulaient. Nous les voyions déjà se répandre. Ces emballages jetables manifestaient un mépris absolu pour le vivant ; un mépris poussé jusqu’au déni. Ils illustraient parfaitement le projet de l’industrie et d’un certain commerce de masse en pleine expansion : épuiser la biosphère tout en la changeant en poubelle. C’était donc l’occasion de faire la démonstration de l’absurdité nuisible de la culture façonnée par le profit immédiat, et une possibilité, littéralement à portée de la main, de sensibiliser la plupart. C’était décidé, la prochaine action du groupe de la Semaine de la Terre serait dirigée contre l’industrie et le commerce du jetable, la surconsommation, le gaspillage et la pollution généralisée. La dénonciation de l’obsolescence était un impératif *. Le recyclage nous apparaissait comme une belle solution. Mais, surtout, nous voulions que soient stoppées les fabrications de produits nuisibles et non récupérables (beaucoup plus tard, ils appelleront cela l’éco-conception).

* Nous avions lu L’art du gaspillage (publié en français en 1962) de l’excellent Vance Packard

 

L’action était déjà esquissée :

– tracts sur le gaspillage et la pollution qui allait en résulter,

– manifestations « retour à l’envoyeur » avec amoncellement d’emballages jetables devant les sièges des entreprises et des magasins *,

– diffusion des noms des responsables et de leurs adresses, etc.

L’invitation à manifester était choisie : « Venez polluer les pollueurs !« 

* il faudra attendre Act-Up pour voir pareilles manifestations

 

Le rapprochement entre la Semaine de la Terre et les Amis de la Terre ne changeait rien à l’affaire. Enfin, pour nous. Cependant, pour ces « Amis de la Terre » qui nous avaient invités, mais que nous ne connaissions pas encore, il en allait tout autrement…

 

Un refus sans appel, passionné, véhément, allait être opposé au projet et le fera capoter.

 

Le refus était prononcé par Alain Hervé en sa qualité de président des Amis de la Terre (1), l’association à laquelle nous venions de donner chair (avant notre arrivée, curieusement, il n’y avait pas de militants). Lui si pondéré d’habitude, si détendu qu’il ne semblait pas habité par la conscience de l’urgence écologiste, mais plutôt par le souvenir de sa dernière croisière, était transfiguré par l’alarme. Un comble : c’est notre indignation et l’alerte nécessaire qui l’alarmaient !

 

Que se passait-il ? C’était la deuxième fois en six mois que mes propositions étaient violemment rejetées. Un licenciement express en juin pour avoir simplement suggéré le développement des produits bio (2). Et maintenant la menace d’une rupture à moins de taire l’alerte contre le « tout jetable » ! Et, dans les deux cas, les condamnations étaient prononcées dans les environnements à priori les plus favorables…

 

Selon un aveu tardif, Alain Hervé était un converti de fraîche date. Ce qui ne l’empêchait pas de nous traiter comme s’il avait beaucoup plus d’expérience que nous (un mensonge de plus). J’évoque sa dernière croisière, car nous apprendrons plus tard sa passion pour la voile et la mer. Pourtant, la perspective de la pollution par les plastiques ne fera rien vibrer en lui.

 

 

L’un de mes dessins pour les tracts de la campagne contre les emballages en plastique (1971)

 

Explicites, mes dessins ne feront qu’exaspérer Alain Hervé. Curieux. Pourquoi vouloir étouffer l’alerte ? Pourquoi refuser les évolutions inéluctables ? Jusqu’où ? Alain Hervé et ses très nombreux et très influents amis n’ont pas fait que retarder la prise de conscience et l’arrêt des pratiques suicidaires, ils nous ont fait incroyablement régresser*. C’est au point qu’il faudra attendre les années 2000 – presque 40 ans – déjà bien avancées avant que les revendications et propositions écologistes ne réémergent (non-production des substances nuisibles, recyclage, économie circulaire…) !

* C’est aussi l’époque où Robert Poujade, ministre délégué auprès du premier ministre, chargé de la protection de la nature et de l’environnement, se mettra à dos l’industrie automobile pour avoir osé l’inviter à se préparer à construire des véhicules propres.

 

 

 

Derrière l’opposant à l’alerte

 

Beaucoup plus tard, nous apprendrons aussi son amitié avec Hélène et Philippe Viannay, les fondateurs du centre des Glénans (et soutiens financiers du Nouvel Observateur). Décidemment, quelle indifférence pour la mer chez ce voyageur aux amours maritimes ! Et quelle incapacité à anticiper, même avec l’aide des écologistes dont il avait sollicité la compagnie !

 

Philippe Viannay était le mystérieux propriétaire des locaux de l’association « Amis de la Terre » au très chic Quai Voltaire. Cela aussi, nous l’ignorions. L’ombre de ce personnage indique une première piste pour expliquer le comportement d’Alain Hervé. Viannay était un acteur du courant politicien personnifié par Pierre Mendès France. Comme il se doit, il était membre du Club Jean Moulin – comme Jacques Delors*. Il était donc un acteur de ce qui est, depuis, nommé la « deuxième gauche » mendésiste acquise au capitalisme (comme Michel Rocard qui nous en fera une démonstration en 1974)… Or c’était là l’une des composantes du front secret anti-nouvelle gauche ! Nous verrons plus loin que Pierre Grémion en a témoigné.

  • cet autre qui traînait dans le dos des écologistes et qui, d’ailleurs, allait faire un gros cadeau à « la grande distribution« , dès 1983, et amorçant la liberté des prix

 

Pour nous qui ne savions rien des coulisses, la violente sortie d’Alain Hervé était stupéfiante. D’autant qu’il refusait de justifier son attitude – ou ne pouvait pas. Genre : « C’est comme ça. C’est à prendre ou à laisser !« . Il évoqua seulement un mystérieux comité, sorte d’instance supérieure : « le comité n’acceptera pas« . Le comité… quel comité ? Cet aréopage ne nous avait pas été présenté et il ne le sera jamais. Dès l’abord, en contradiction complète avec les assurances qui nous avaient été données, se révélait une différence profonde entre les écologistes et ces « Amis de la Terre » aussi confidentiels qu’énigmatiques. Bien moins amis qu’ils le prétendaient, plutôt qu’à nos côtés, ils semblaient plutôt se tenir dans notre dos. Mais, alors, pourquoi nous avaient-ils invités ?

 

Pour Alain Hervé et ceux qu’il évoquait à mots couverts, cela n’est pas le gaspillage porté à un niveau jamais atteint – industriel et planétaire – qui ne devait pas voir le jour, mais sa dénonciation.

 

Bien plus tard, en 2001, c’est Edward Goldsmith qui lèvera involontairement un coin du rideau de coulisse en employant presque la même formule. Répondant à la demande de L’Écologiste, la version française de son The Ecologist, je présenterai un texte sur l’histoire du mouvement français ne dissimulant pas plusieurs des épisodes qui allaient provoquer sa perte. Dans un dernier échange, avant que les portes de The Ecologist et de L’Ecologiste ne se ferment, Edward Goldsmith lâchera : « Alain Hervé ne permettra jamais la publication de ton article« . Encore Alain Hervé ! Alain Hervé pesait-il aussi lourd dans les décisions du début des années 1970 ?

 

Nous ne comprenions rien et une foule d’interrogations et de soupçons commençait à se lever.

 

Pourquoi, au sein d’une association écologiste, une opposition à une action écologiste, et si forte, sur un sujet de cette importance ? Comment cela était-il possible ? Ce coup d’éclat inattendu révélait quelque chose de profondément anormal. Qu’avions-nous transgressé ? Entre quelles mains étions-nous tombés ? Nous aurions dû prendre le temps d’y réfléchir.

 

« Il est clair qu’on ne nettoiera pas les océans d’une pollution à grande échelle qui a démarré il y a cinquante ans, poursuit Catherine Chabaud. On a retrouvé du plastique au-delà du cercle polaire et dans des failles océaniques profondes. Mais on peut agir, en réduisant de façon drastique tout ce qui part à la mer. »

https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences-et-ethique/faire-face-pollution-oceans-plastiques-2017-12-19-1200900537

 

 

A peine chez ces Amis de la Terre confidentiels, nous fûmes sur le point de rompre. Nous aurions dû.



une plage du Pacifique aujourd’hui

45 ans plus tard, le déversement des emballages en plastique dans les mers et les océans sera estimé à près de 9 millions de tonnes par an

 

 

Océans, Hervé le Nestour, Chants à mers

Nul doute que Hervé aurait ajouté une strophe sur la conquête des océans par le plastique !

Hervé le Nestour, l’un des lanceurs de l’alerte écologiste

 

 

 

« La grande distribution » en embuscade

 

En pays de connivences, de censure et d’omerta, l’histoire prend son temps. Il me faudra attendre 35 ans pour avoir la preuve d’une relation entre l’opposant à l’alerte contre les emballages jetables et un système qui était particulièrement intéressé au développement de ce que nous pressentions comme une nouvelle catastrophe : « la grande distribution« , c’est-à-dire le commerce métamorphosé par la finance pour supplanter la diversité des artisans et des commerçants, les exclure et les réduire au chômage et au salariat, supprimer ou pervertir les coopératives, contrôler tous les marchés et les productions, concentrer et extraire les plus grands profits au détriment du plus grand nombre… Aucun secteur d’activité, pas une forme d’organisation ne devait lui échapper. Bref, au pied de la lettre, un programme totalitaire. Pour l’époque (avant le « commerce en ligne« ), cette « grande distribution » était une sorte d’accomplissement des efforts multipliés depuis l’entre-deux-guerres pour réduire les hommes à l’état de consommateurs. Walter Lippmann (La fabrique du consentement 1922) et Edward Bernays (Propaganda 1928) avaient clairement théorisé sur l’art et la manière d’aliéner par la consommation de masse…

« La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays« , Edward Bernays.

« Manipulation intelligente (…) dans une société démocratique » pour décrire des actions dirigées contre le bien commun !

 

Outil surpuissant au service de l’aliénation de masse, « la grande distribution » était portée en avant par toutes les forces mobilisées pour imposer le néo-capitalisme, bientôt ultra-capitalisme globalisé. Difficile d’imaginer une organisation plus contraire à la voie écologiste. C’était le modèle même de nos cauchemars ! Et nous étions encore très loin de savoir à quel point nous avions raison et combien le système de la marchandise étendait son emprise. L’année suivante, « en 1973, deux cent vingt sept hypermarchés sortent de terre » dans « une joyeuse anarchie » (La grande distribution, enquête sur une corruption à la française », Bourin éditeur, page 38).

 

Dans le crime comme en politique, les coïncidences sont rares. Cela n’était pas un malencontreux hasard si nous nous retrouvions coiffés par des seconds couteaux du système que nous dénoncions. Evidemment. Ils avaient pour mission d’effacer l’alerte et les propositions alternatives, mais aussi d’anéantir la dynamique militante, donc l’amorce de toute évolution menaçante pour le système de la marchandise alors au comble de l’ivresse.

 

Ceux qui ne verraient pas encore le lien entre les emballages jetables et « la grande distribution » doivent imaginer l’économie réalisée par les distributeurs avec la suppression de la consigne au bénéfice du jetable. Le sujet du JT de 13H du 21 novembre 1972 leur apprendra aussi que « le passage de l’un à l’autre correspond, selon les formes de commerce, à une augmentation de 25%… et même un peu plus, de 25% du prix » (François Custot du Laboratoire Coopératif d’Analyse et de Recherche) !

https://www.ina.fr/video/CAF94072652

Une prodigieuse augmentation habilement dissimulée jointe à une substantielle économie, d’énormes profits réalisés grâce à l’externalisation des coûts sur la biosphère et sur l’avenir… on perçoit de mieux en mieux les enjeux qui ont inspiré la virulente répression appliquée aux écologistes.

 

Combien Alain Hervé et ses amis ont-ils touché pour leurs bons et loyaux services ?

 

Quant à François Custot et au Laboratoire Coopératif, ce sont les mêmes que j’avais invités à soutenir les produits bio un an et demi auparavant. Sans succès (2). Ce fut un grand ratage. Un double ratage ! Entre les écologistes et les coopérateurs toujours engagés dans la défense du bien commun, il n’y avait que des complémentarités propres à stimuler une dynamique collective, un nouvel essor.

 

Mais comment aurions-nous pu imaginer que cette « gauche socialiste » qui mimait déjà l’alternative depuis 68* était étroitement connectée au système de la marchandise et dissimulait dans ses cartons l’expansion forcenée de « la grande distribution » (entre autres projets destructeurs) ?! D’ailleurs, nous ignorions même à quel point l’opposant à l’alerte contre les emballages jetables était en intimité avec ladite « gauche socialiste« . En effet, juste derrière cet opposant surprise se tenait, entre autres personnages remarquables, Michel Bosquet (qui, plus tard, choisira un autre pseudo : André Gorz), l’autre patron du Nouvel Observateur. Oui, celui que les mêmes réseaux tentent maintenant de faire passer pour un grand inspirateur du mouvement écologiste… En réalité, Bosquet, alias Gorz, était un soutien militant du commerce de masse perfusé par la finance contre le commerce familial ou coopératif – donc, de la maximisation du profit au détriment de la qualité des productions, du travail, etc. Il suivait donc une ligne politique conforme à la « suppression des obstacles à l’expansion économique » (Pinay, Rueff…) et à la « libération radicale des échanges » (Alain Peyrefitte) planifiées depuis le tout début de la 5ème République par un « gouvernement invisible » à la Edward Bernays.

* par exemple, bientôt, avec la revue FAIRE créée en 1975 : le « mensuel pour le socialisme et l’autogestion »… mais une des « revues intégrées au système partisan » (Les revues du PS de 1971 à 1981, Contribution | par Emeric Brehier le 23 avril 2013, http://www.mitterrand.org/Les-revues-du-PS-de-1971-a-1981.html)
L’autogestion n’y était qu’une simulation, un appât agité sous le nez des résistants au capitalisme pour, subrepticement, les abuser et les conduire loin de leurs aspirations. FAIRE prétendait s’inscrire dans la continuité de 68, mais elle regroupait plusieurs des ennemis de la nouvelle gauche écologiste !

1960-1975 : la légende André Gorz, par ACG

 

Tout naturellement, Michel Bosquet était particulièrement proche du groupe Leclerc depuis le début des années soixante : « (…) Il s’impliqua aussi aux côtés de mon père en signant avec d’autres grands journalistes (François Henri de Virieu, Alain Murcier et Alain Vernholes du Monde) des tracts pour dénoncer les refus de vente des fournisseurs* (…) André Gorz, alias Michel Bosquet reporter au Nouvel Observateur, alias Gérard Horst, de son vrai nom… m’a offert son affection toute paternelle lorsque, jeune étudiant, je vins à Paris. Chez eux, dans le XIIIème arrondissement d’abord, Gérard et Dorine me firent rencontrer les intellectuels avec lesquels il entretenait les relations les plus denses : Edgar Morin, Ivan Illich, bien sûr, son quasi frère, Virilio, Herbert Marcuse, David Cooper (l’anti-psychiatre), Alain Touraine. Et aussi des syndicalistes italiens, des économistes (Mattick, Brunhoff…), tous plus ou moins en phase avec la théorie critique de l’Ecole de Francfort. (…) » Michel Edouard Leclerc, « André Gorz, la mort d’un philosophe ».

  • l’interdiction du « refus de vente » par la Circulaire Fontanet de 1960, c’est à dire l’interdiction du libre arbitre des producteurs et fournisseurs, sera reconduite par la Loi Galland en 1996. C’est ce qui permet encore aux distributeurs d’étrangler et de réduire les producteurs d’ici et d’ailleurs.

 

Michel Edouard Leclerc qui sera introduit aux Amis de la Terre par Michel Bosquet/André Gorz, sitôt les écologistes de la nouvelle gauche éliminés (dès 1975).

 

Illich, Marcuse et, hop !, toute l’Ecole de Francfort… mélangés avec l’aronien Alain Touraine – et bientôt Saint Simonien (la Fondation, comme François Furet et Luc Ferry pour toutes ces qualités), et les apôtres de « la grande distribution« . Voilà qui fleure bon la grande manip.

 

Il faudra encore attendre 10 ans pour apprendre l’existence de Henry Hermand, Pape des supermarchés construits sur la campagne et dans les bois depuis le début des années soixante (donc depuis le tout début), tuteur financier du PSU, du Nouvel Observateur, du PS, ami et protecteur de Michel Rocard comme il l’avait été de Pierre Mendès France, donc partie prenante des réseaux de « la résistance partagée à la nouvelle gauche » et particulièrement à l’écologisme (Pierre Grémion : « Intelligence de l’anti-communisme – Le Congrès pour la liberté de la culture à Paris 1950-1975 » page 577). Ce conglomérat préparant depuis longtemps la conversion de la gauche au capitalisme, donc anti-alternatif, sera bientôt baptisé « deuxième gauche« , probablement pour créer la confusion avec la nouvelle gauche et l’exploiter en détournant les nouvelles générations.

 

Cela n’est donc qu’après la publication du témoignage de Pierre Grémion, bien après, que nous pourrons trouver un début d’explication au rôle paradoxal de l’ami d’Alain Hervé, Philippe Viannay, cet autre acteur des réseaux mendésistes travaillant à la conversion de la gauche au capitalisme.

 

À l’égal des Leclerc, Hermand personnifie « la grande distribution » en guerre contre les écologistes, une « grande distribution » qui télécommandait déjà nos censeurs « de gauche ». Hors, comme mère-poule de Michel Rocard qu’il a abrité dans ses bureaux sa vie durant, Rocard lui-même protecteur de Brice Lalonde, que Michel Bosquet/Gorz « aimait comme un fils » (témoignage de Michel Leclerc, lui même protégé de Bosquet/Gorz), se précisent des complaisances et des complicités croisées qui sont autant de réponses à nos étonnements de l’époque (3). Hermand devait donc être aussi l’une des nombreuses bonnes âmes qui, dans des coulisses insoupçonnées, quelque part aux côtés de Michel Rocard (l’amoureux de « la croissance marchande« ), surveillaient les écologistes – adversaires premiers de la société de consommation – comme le lait sur le feu. Son rôle dans la revue FAIRE évoquée plus haut démontre qu’il était là, dans les coulisses où se décidait le sort réservé aux écologistes (mécène, il participait au comité de rédaction avec Gilles Martinet, Pierre Rosanvallon et Patrick Viveret). C’est seulement son action déterminante dans la carrière d’Emmanuel Macron (où l’on retrouvera encore Michel Rocard sous les ordres de Hermand !) qui nous révélera son existence. C’est alors, à quelques mois de sa mort, que l’on apprendra enfin son grand rôle dans cette deuxième gauche adversaire des écologistes, confirmant une fois de plus que les mêmes forces sont à l’oeuvre depuis plusieurs générations pour étouffer toute émergence alternative au capitalisme. Si quelqu’un doute encore, un résultat direct de « la croissance marchande » et de l’élimination des alternatives, l’effondrement quasi généralisé du vivant, devrait l’en convaincre !

 

Après l’élimination des écologistes, Edouard Leclerc, Michel Rocard et Michel-Edouard Leclerc

sur cette photo de famille, il ne manque que Henry Hermand et Michel Bosquet/Gorz

 

 

En voulant diriger nos traits contre l’essor du tout jetable, nous ne pouvions donc – s’il en était encore besoin – mieux nous signaler à l’attention des prédateurs en alerte maximale ! Car, quelques années plus tard, on retrouvera bon nombre de ces gens du PSU, du Nouvel Obs, de la Ligue et autres maos, dans les petits papiers des capitalistes ultra-libéraux (et, même, néo-cons). En attendant cette révélation, peu après le niet catégorique à l’alerte contre les plastiques, nous allions découvrir tous ces braves gens dressés sur leurs ergots pour arrêter et coiffer les écologistes :  

L’objectif ultime des manipulations commencées à la fin des années soixante est le contraire exact de ce que proposaient les écologistes. Ceux-ci attiraient l’attention sur les différences complémentaires et tout ce qui relie chacun à la biosphère. Ils voulaient stimuler la sensibilité, invitaient à l’empathie pour le vivant et, donc, ouvraient à la compréhension du bien commun.Très mauvais, cela, pour la croissance marchande et la bourse ! C’est bien pourquoi les agents du capitalisme se sont ingéniés à substituer à cette ambition du bien commun « l’ambition«  racornie, dérégulée, déstructuratrice, de la capitalisation des pouvoirs et des avoirs…

La Grande Mystification. Des années 60 à aujourd’hui : comment le capitalisme a effacé l’alerte écologiste, la pensée critique et les alternatives

 

Voyons ce qu’en disent des connaisseurs des arcanes de la capitalisation (des pouvoirs et de l’argent)…

« (…) La gauche (au pouvoir) va se rallier à la grande distribution et lui apporter un solide soutien qui se manifeste notamment dans les débats parlementaires jusqu’à une période récente. Les députés socialistes, en particulier Julien Dray (ancien de la Ligue Communiste), se sont faits les avocats des hypermarchés. Les chiffres reflètent cette lune de miel.

Entre 1981 et 1988, le nombre des hypermarchés va doubler. Les socialistes vont très vite comprendre que la grande distribution est leur meilleur allié pour enrayer l’inflation. Ils savaient, de surcroît, que les commerçants, les artisans, les petits producteurs, dans leur immense majorité, ne leur apportaient pas leurs suffrages (…) Il y avait, pour reprendre le vocabulaire marxiste, une « alliance objective » entre la gauche et la grande distribution.

Fort de ce constat, le pouvoir mitterrandien va mesurer ce qu’il peut tirer des enseignes pour remplir les caisses de ses formations partisanes, PS, PCF, Radicaux de gauche. Certes, la grande distribution n’a pas mis tous ses oeufs dans le même panier – Michel-Edouard Leclerc apportera son soutien à Idées-Actions du libéral Alain Madelin – mais le PS fit preuve d’un activisme débridé (…) » *.

Suivent des détails croustillants sur la grande corruption des années 1980…

* Bien plus que « libéral« , Madelin, l’ancien militant d’Occident (pour les jeunes : un groupuscule d’extrême-droite), était devenu le néoconservateur dont Lalonde, protégé d’André Gorz comme Michel-Edouard Leclerc, s’était rapproché au point de s’afficher sur la même ligne (depuis quand ?). Les auteurs de cette dénonciation de l’intimité entre « la grande distribution » et la caste politicienne installée par l’élimination de la nouvelle gauche des années 1960/70 dévoilent les mêmes accointances que celles qui tissaient l’anti-nouvelle gauche écologiste dès le tout début des années 1970.

Brice Lalonde et Alain Madelin

 

 

« La grande distribution« , élément fort de la stratégie néo-capitaliste

 

« (…) Aujourd’hui 20 000 communes n’ont plus aucun commerce de proximité, plus aucun pompiste. Les maires sont souvent obligés de subventionner avec l’argent des contribuables, les derniers commerçants qui résistent ou les candidats à l’installation. Ce que le consommateur gagne d’une main, le contribuable le perd de l’autre. Certes, on ne peut pas rendre la grande distribution responsable de la grande migration des campagnes vers les villes, mais la brutalité de ses méthodes couplées au laxisme des Pouvoirs Publics, des maires, a grandement contribué à ce qu’on appelle la désertification de la France (…) ».

« La grande distribution. Enquête sur une corruption à la française« , Jean Bothorel et Philippe Sassier, Bourin éditeur 2005, page 54.

 

 

 

 

 

Ainsi, après l’organisation de la ruine des artisans et commerçants locaux, la déstructuration des villages, des centres bourgs, des rues commerçantes jusque dans les villes, la mise en coupe réglée des producteurs, la destruction de terres agricoles, de bois, de paysages, etc. « la grande distribution » affirmait sa volonté de poursuivre sa course aux profits, quelles qu’en soient les conséquences, en devenant un gaspilleur-pollueur global. Rien d’étonnant. Cette « grande distribution » a une fonction stratégique. Elle était déjà une machine de guerre de la déstructuration culturelle, économique, sociale et écologique indispensable à la domination capitaliste. Un outil de la mondialisation néo-libérale.

 

 

Quel dommage que nous n’ayons rien su de tout cela, en particulier de la filiation avec une « gauche » qui n’était plus qu’un leurre ! D’ailleurs, tout près s’étendait un réseau occulte, là, jusqu’à nos côtés : Diogène, celui qui a été baptisé « collège invisible de l’écologisme » par l’un de ses acteurs. Diogène avait été constitué par le « Président » de quinze ans du Congrès pour la Liberté de la Culture (CCF), Denis de Rougemont. L’importance des fonctions qu’il occupait et de ceux qui l’y avaient installé (the Dulles Brothers) traduit l’attention qui était portée aux écologistes par les hautes sphères du capitalisme.

Infiltrer, surveiller et contrôler le moindre des faits et gestes des écologistes, ces anticapitalistes si gênants pour la globalisation en marche. C’est ce que nous avons subi et c’est ce que nous découvrons encore. Notre premier censeur, Alain Hervé, y était également connecté (et, entre autres, plusieurs que je côtoyais depuis Jeunes et Nature sans rien deviner de leur double jeu).

 

L’omerta était parfaite. Pourtant, il y avait du monde dans la confidence, et du monde que nous connaissions ! Tous ont réussi à nous donner le change pendant plusieurs années de fréquentation – certains pendant des décennies. Si cela n’est pas du professionnalisme…

 

Cela n’est qu’à partir de la fin du siècle, peu après la diffusion d’informations sur l’étendue de la pollution des océans par les plastiques jetables, que des témoignages et des documents viendront étayer les soupçons et les hypothèses nés dans les années 1970.

 

L’opposition à l’alerte contre les emballages jetables, c’était 35 ans avant de commencer à découvrir le pot aux roses, et encore 3 ou 4 ans avant d’avoir confirmation de la manipulation en lisant le témoignage de Pierre Grémion publié en 1995.

 

les Aron, Michael Josselson (CIA) et Denis de Rougemont

 

A propos de la contribution d’un syndicaliste CFDT à Contrepoint, la revue néoconservatrice créée en 1969 par Patrick Devedjan (ex du groupuscule d’extrême-droite Occident – comme Alain Madelin) sous le patronage de Raymond Aron, Pierre Grémion écrit :

« Cette résistance partagée à la nouvelle gauche resserre ainsi les réseaux universitaires aroniens et les réseaux mendésistes, qui ont divergé jusqu’alors. » (page 577).

 

 

On peut croire Pierre Grémion qui a été impliqué dans les réseaux d’influence du capitalisme (particulièrement le Congrès pour la Liberté de la Culture) aux côtés de Michel Crozier. Il évoque encore cette collaboration « de libéraux de toujours, d’anciens intellectuels communistes attirés par Aron, d’hommes venus de l’Action française et de mendésistes atterrés par la démagogie sans limite de Mai 68 » (sic) à propos de la naissance de la revue Contrepoint (page 602). On le croit d’autant mieux que son témoignage éclaire la coalition apparemment improbable des ennemis de la nouvelle gauche écologiste qui rassemblait les néo-cons et les maoïstes, avec les « socialistes » au milieu. Nous pouvions aller d’étonnement en étonnement en découvrant la diversité de nos ennemis ! Toute la réaction « anti-nature » avait rassemblé ses forces pour faire taire l’alerte contre les conséquences de sa fermeture au monde et de sa rapacité. Fermée au monde et rapace, elle l’est toujours. Entre-temps, ce beau monde s’est ouvertement réuni au sein de la Fondation Saint Simon et a activement contribué à installer la globalisation capitaliste.

 

Parlant de la fonction de la Division des organisations internationales (IOD) créée, au sein de la CIA, par Tom Braden en 1950, Frances Stonor Saunders décrira la stratégie appliquée contre la nouvelle gauche dans « Qui mène la danse ? La CIA et la guerre froide culturelle » (2003) :
« Le soutien des groupes de gauche n’avait pas pour but leur destruction ni même leur contrôle, mais plutôt le maintien d’une discrète proximité afin de contrôler la pensée de tels groupes, de leur fournir une soupape de sécurité et, in extremis, d’exercer un veto final sur leur publicité et peut-être leurs actions, si jamais ils devenaient trop radicaux » (page 109).

 

C’est exactement ce qui nous a été appliqué. Comme le trahi Jacques Lopion en 1974, alors au Ministère de l’Environnement (!) *, il était hors de question de réduire la production de plastique, y compris des plastiques jetables. Cette seule idée faisait des écologistes, et depuis longtemps déjà, un mouvement dangereux pour le système de « la croissance marchande« .

* futur industriel : président directeur général de la SNPE, Société nationale des poudres et explosifs implantée sur le pôle chimique de Toulouse.

 

De toutes façons, d’où qu’elles viennent, les alertes et les propositions alternatives ont été étouffées, censurées, sabotées. Toutes.

 

Alain-Claude Galtié

 

 

notes

 

(1)  Il deviendra rédacteur en chef du Sauvage, un magazine environnementaliste créé par le Nouvel Observateur dont nous ne savions encore rien (Claude Perdriel, Philippe Viannay, Michel Bosquet…). On y trouvera des signatures aussi étonnantes que celles du maoïste Alain Finkielkraut (?!), déjà néo-con et futur anti-écologiste primaire, et, comme un aveu, de Michel Edouard Leclerc (!), l’autre protégé de Michel Bosquet, alias André Gorz, avec Brice Lalonde (alias Oliver Forbes, du nom de sa richissime famille maternelle). Tiens, mais pourquoi donc un pseudo ?

Incroyablement, on y trouve aussi Guy Hocquenghem qui, plus tard, dira la vérité sur la fausseté de Lalonde* et dénoncera l’imposture gauchiste, principalement maoïste, qui avait contribué à étouffer et effacer la nouvelle gauche écologiste pour le plus grand profit du néo-capitalisme. D’ailleurs, parmi les auteurs et les collaborateurs, figurent plusieurs maoïstes artistiquement mêlés à des néo-cons bon teint sortis des « collèges invisibles » de Denis de Rougemont (Congress for Cultural Freedom) et des cercles aroniens réunis autour de la revue Commentaire, la fille de l’étasunienne et ultra-réactionnaire Commentary **. Autant dire que l’appareil de la mondialisation capitaliste plane au-dessus de la revue.

* 5 ans après Lison de Caunes dont le témoignage est édifiant (« Les jours d’après », Jean-Claude Lattès 1980)

** qui avait mené une campagne furieuse contre la nouvelle gauche

 

Mais pas l’ombre d’une contribution d’un écologiste du mouvement. Et pour cause, nous ne pouvions même pas publier une ligne dans Le Courrier de la Baleine, le bulletin de l’association, jusqu’au numéro 6 du début de l’année 1974 réalisé par les militants.

Plus tard encore, Alain Hervé fera partie de l’équipe de L’Ecologiste créé par son ami Edward Goldsmith, frère de James, le spéculateur sans frontières. Une quarantaine d’années après, à l’heure où ces lignes sont écrites, il y signe encore un billet gentillet. Pas un mot, bien sûr, sur les manipulations sordides qui ont entraîné la mort de l’alerte écologiste et de son projet alternatif au capitalisme.

 

 

(2

1971 : Les COOP et le Mouvement Coopératif rejettent le bio, en s’effondrant sous l’entrisme capitaliste – par ACG

 

 

(3) On a également appris très tard (en fait, il y a peu) que Michel Bosquet, alias André Gorz, tenait table ouverte où se pressaient quelques remarquables ennemis de la nouvelle gauche écologiste, tels les Leclerc, les Lalonde, des PSU, des Nouvel Observateur et des maoïstes mêlés (des Lip aussi). Et tout ce beau monde pouvait trinquer avec Illich, Marcuse, Morin, Touraine… sur le dos des écologistes soumis à une censure et à un harcèlement constants, et bientôt poussés dans le vide.

Pas seulement sur le dos des écologistes, d’ailleurs. C’est encore une rencontre fortuite avec un journaliste des débuts de la revue « Que Choisir ? » qui m’apprit que Michel Bosquet/Gorz y avait introduit Michel-Edouard Leclerc ! Le loup dans la bergerie, comme avec les écologistes.

 

 

 

 

 

En partance pour la Seine et l’océan, les déchets imputrescibles aujourd’hui à Paris

un spectacle presque quotidien inconnu il y a quelques années encore. La saleté et, surtout, la pollution croissantes ne révèlent pas le laisser-aller des services d’entretien, mais la malpropreté et l’insociabilité des nouvelles générations d’habitants.

Sacs en plastique et polystyrène expansé. Ah, le polystyrène ! On le voit utilisé partout, chez les commerçants, dans le bâtiment, l’isolation (!), on en trouve encore en « chips » dans des emballages, et il ne se passe plus un jour sans que l’on en découvre, réduit en pièces, dans les caniveaux, sur la chaussée, sur les trottoirs… Plus l’on connaît le désastre mondial de la pollution par les plastiques, et plus cette engeance semble répandue ! Cela se casse et se délite, cela se pulvérise en petits morceaux qui, nombreux, vont partir à l’égout. Et après ? 

Haro sur les sacs en plastique entend-on, enfin, un peu partout. Pourquoi pas sur le polystyrène ?

 

 

 

 

 

le résultat de la politique suivie depuis plus de 45 ans

 

Le rejet dans les océans de déchets plastique cause des dégâts estimés à au moins 13 milliards de dollars et menacent la vie marine, le tourisme et la pêche, a averti l’ONU à l’ouverture de sa première assemblée sur l’environnement, lundi 23 juin 14 à Nairobi

« Les matières plastiques jouent un rôle crucial dans la vie moderne mais les impacts environnementaux de la façon dont nous les utilisons ne peuvent être ignorés », a estimé dans un communiqué Achim Steiner, le chef du Programme de l’ONU pour l’environnement (PNUE) dont le siège est à Nairobi. « Il faut prendre les mesures appropriées pour empêcher dès le début les déchets plastique de se retrouver dans l’environnement, ce qui se traduit par un seul objectif fort : réduire, réutiliser, recycler », a-t-il ajouté.

Les déchets plastique tuent la vie marine, soit parce qu’ils sont ingérés par des animaux tels que tortues ou baleines, soit parce qu’ils « endommagent les habitats naturels essentiels tels que les récifs coralliens », explique le PNUE dans un rapport, ajoutant que de petits fragments de plastique avaient été retrouvés jusque dans les glaces polaires.

(…)

 

Des photographies inquiétantes des Caraïbes montrent une mer de plastique et de polystyrène

 

Les gigantesques continents de déchets plastiques des océans

 

 

La goélette Tara en mission sur 10 fleuves d’Europe aux origines de la pollution plastique

Devant l’impossibilité de collecter le stock de microplastiques en mer, la solution la plus efficace revient à enrayer les flux de déchets depuis les continents. « Identifier les sources de ces flux est incontournable pour la mise en place de politiques publiques efficaces. Cette mission de la Fondation Tara Océan et du CNRS, bien que succincte, apportera quelques indices pour affiner les approches futures et modéliser les flux », explique Jean-François Ghiglione (CNRS) et directeur scientifique de la mission. Mieux évaluer les sources des microplastiques et leur devenir en mer est un enjeu scientifique et politique qui permettra de lutter plus efficacement contre cette pollution – tout en avançant dans le recyclage, la réduction, le réemploi et la réparation – et de contribuer au débat et aux actions de l’économie circulaire.

Presque ce que les écologistes réclamaient au début des années 1970 :

  • coup d’arrêt au développement du « tout jetable« ,
  • développement du recyclage pour tout le reste (ce qui aujourd’hui est nommé « économie circulaire« ,
  • bannissement de la production de toutes les substances dangereuses et leur remplacement… 

 

en moins exigeant !

https://oceans.taraexpeditions.lamaientorg/m/science/les-actualites/cp-mission-microplastiques-2019/

 

 

 

L’ampleur planétaire du saccage permet de se faire une idée des profits réalisés et de l’importance de l’enjeu il y a 40 ans.

 

83% des eaux
Plastic fibres found in tap water around the world, study reveals
83% of the samples were contaminated with plastic fibres.
https://www.theguardian.com/environment/2017/sep/06/plastic-fibres-found-tap-water-around-world-study-reveals

 

 

« Il est clair qu’on ne nettoiera pas les océans d’une pollution à grande échelle qui a démarré il y a cinquante ans, poursuit Catherine Chabaud. On a retrouvé du plastique au-delà du cercle polaire et dans des failles océaniques profondes. Mais on peut agir, en réduisant de façon drastique tout ce qui part à la mer. »

Si rien n’est fait, la mer comptera en 2050 plus de plastiques que de poissons… Le défi est vaste mais des solutions se dessinent, exigeant l’implication de tous.

8,3 milliards de tonnes de plastiques ont été produites dans le monde entre 1950 et 2015, d’après la revue scientifique Science Advances.

Une étude de 2014 parue dans Plos One évalue la pollution à la surface des océans à 5 250 milliards de particules, soit 269 000 tonnes de plastiques. Les déchets se retrouvent piégés, pour un temps au moins, au sein des cinq gyres océaniques, énormes tourbillons d’eau formés par les courants marins (Pacifique Nord et Sud, Atlantique Nord et Sud, océan Indien).

https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences-et-ethique/faire-face-pollution-oceans-plastiques-2017-12-19-1200900537

 

 

Depuis 1972…

https://vimeo.com/25563376

https://www.youtube.com/watch?v=-M9t2fm__K0

  

photo de Chris Jordan

 

 

 

 

 

La décharge flottante fait trois fois la France

Le magma de déchets qui dérive à mi-chemin entre Hawaï et la Californie avait été sous-estimé.

https://www.lematin.ch/monde/decharge-flottante-trois-fois-france/story/16671007

 

La décharge flottante du Pacifique fait trois fois la taille de la France

Des milliards de morceaux de plastique, 80 000 tonnes de déchets… La gigantesque décharge qui flotte dans le Pacifique est bien plus importante qu’estimé précédemment par les scientifiques. Elle s’étend sur une surface de trois fois la France, selon une étude publiée ce jeudi.

http://www.leparisien.fr/environnement/la-decharge-flottante-du-pacifique-fait-trois-fois-la-taille-de-la-france-22-03-2018-7623366.php#xtor=AD-1481423652

 

 

Après le Bangladesh, l’interdiction gagne l’Afrique :

Kenya. Le sac plastique à la poubelle

Depuis quelques semaines, le sac en plastique est interdit au Kenya. Une victoire pour les défenseurs de l’environnement. Ceux qui importent ou utilisent des sacs plastique risquent jusqu’à 4 ans de prison et 32 000 euros d’amende. Cette interdiction existe déjà dans plusieurs pays africains.

https://www.courrierinternational.com/article/kenya-le-sac-plastique-la-poubelle

 

 

index des personnes

 

Raymond Aron

Edward Bernays

Michel Bosquet

Jean Bothorel et Philippe Sassier

Yvan Bourgnon

Emeric Brehier

Tom Braden

Brunhoff

Lison de Caunes

Cavanna

Catherine Chabaud

David Cooper

Michel Crozier

François Custot

Jacques Delors

Patrick Devedjan

Julien Dray

Luc Ferry

Alain Finkielkraut

Pierre Fournier

François Furet

Edward Goldsmith (frère de James)

André Gorz

Pierre Grémion

Henry Hermand

Alain Hervé

Guy Hocquenghem

Gérard Horst

Ivan Illich

Chris Jordan

Michael Josselson (CIA)

Brice Lalonde (alias Oliver Forbes)

Michel Edouard Leclerc

Walter Lippmann

Jacques Lopion

Alain Madelin

Pierre Mendès France

Herbert Marcuse

Mattick

Pierre Mendès France

Emmanuel Macron

Gilles Martinet

Edgar Morin

Alain Murcier

Hervé le Nestour

Vance Packard

Claude Perdriel

Alain Peyrefitte

Antoine Pinay

Michel Rocard

Pierre Rosanvallon

Denis de Rougemont

Jacques Rueff

Frances Stonor Saunders

Alain Touraine

Alain Vernholes

Hélène et Philippe Viannay

François Henri de Virieu

Virilio

Patrick Viveret

 

 

index des noms et organisations

 

l’alerte contre les emballages plastiques

le « tout jetable« 

Ecologie Infos

« La grande distribution« 

la nouvelle gauche écologiste

la Semaine de la Terre

La Gueule Ouverte

Act-Up

les Amis de la Terre

Nouvel Observateur

Quai Voltaire

Club Jean Moulin

la « deuxième gauche »

mendésisme

L’Écologiste

The Ecologist

« commerce en ligne »

La fabrique du consentement

Propaganda

Laboratoire Coopératif d’Analyse et de Recherche

néo-capitalisme

« gauche socialiste »

« suppression des obstacles à l’expansion économique »

« libération radicale des échanges »

« gouvernement invisible »

la revue FAIRE

« refus de vente »

Circulaire Fontanet de 1960

Loi Galland

la Fondation Saint Simon

PSU

Congrès pour la liberté de la culture (CCF)

« la croissance marchande »

la Ligue

les maos

Occident (le groupuscule d’extrême-droite)

« le collège invisible de l’écologisme »

Diogène

the Dulles Brothers

CFDT

Revue Contrepoint

aroniens et réseaux mendésistes

l’Action française

Division des organisations internationales (IOD)

CIA

la guerre froide culturelle

revue Commentaire (la fille de Commentary)

Le Courrier de la Baleine

Lip

Que Choisir ?

 

 

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