« Nous sommes en pleine action écologique et nous continuons (…) dans le vrai mouvement écologique qui, lui, n’a pas besoin de grand chef.« 

 

Aline Puiguinier-Bayard et Raymond Bayard étaient fondateurs de Maisons Paysannes de France qui, dans les années soixante soixante-dix, était partie prenante du mouvement écologiste, partie de la nouvelle gauche, le mouvement qui déjà s’affaiblissait sous les coups de ses nombreux ennemis.

 

Livre de Aline et Raymond Bayard en 1976, dessin de Raymond Bayard

https://www.eyrolles.com/BTP/Livre/les-maisons-paysannes-de-l-oise-9782212121247

 

 

C’était après la parution, dans le bulletin de l’APRE (Agence de Presse Réhabilitation Ecologique), de Quand j’entends le mot « structure »…

L’imposture – Quand j’entends le mot « structure »… par ACG 1974

Aline me met en garde contre les agissements de celui que – comme par hasard – je connaissais le mieux au sein de cette autre association écologiste, mais trop superficiellement pour un personnage aussi trouble. Très disponible, très présent, il faisait donc le même travail de sape que ceux, prétendument à gauche voire gauchistes, qui avaient rejoint les écologistes et venaient de tomber le masque à l’occasion de la mésaventure électoraliste avec René Dumont. D’ailleurs, ils se connaissaient si bien… comme des amis de longue date – ou des complices. Justement, tous avaient en commun de vouloir dénaturer et réduire le mouvement social en faisant passer tout le monde sous les fourches caudines du système capitaliste.

C’est le courrier d’Aline Bayard qui m’a révélé l’ampleur de la manoeuvre, sa coordination. Ainsi, les mêmes manipulations étaient en cours dans toutes les composantes du mouvement ! Mêmes procédés, dissimulation et mensonge, et coups de force grossiers, pour créer des hiérarchies de pouvoir capitalisé dans une dynamique holistique qui les avaient condamnées et qui, au contraire, était en recherche de plus de démocratie et de plus de mouvement. Et le prétendu « Mouvement Écologique » apparu à l’époque n’était que la résultante de toutes ces escroqueries. Cela n’était que trop évident, mais le témoignage d’Aline et Raymond Bayard révélait une opération plus grande encore que ce que nous avions pu deviner.

 

 

Bernard Charbonneau, justement dans un article où il avertissait contre les manipulations en cours, Le « mouvement écologiste », mise en question ou raison sociale (juillet 1974, La Gueule Ouverte n°21), cite Maisons Paysannes de France comme partie de la nouvelle gauche écologiste :

« (…) Le mouvement d’opposition à l’industrialisation de la société occidentale que l’on qualifie de mouvement écologique (…) il s’agit bien d’une critique et d’une opposition au monde où nous vivons. Ses thèmes (critique de la croissance, de la production, etc.) sont neufs par rapport aux thèmes traditionnels de la droite et de la vieille gauche (n’étaient-ce les oeuvres de quelques isolés sans audience qui ont mis en cause la société industrielle dès avant la guerre). A ses débuts, surtout après Mai 68, ce mouvement a été le fait de personnes marginales, comme Fournier, de groupes de jeunes et de quelques sociétés (Maisons Paysannes de France, Nature et Progrès, etc.), réagissant spontanément à la pression grandissante de la croissance industrielle. Nouveauté des thèmes, marginalité, spontanéité du mouvement, ce sont là les signes d’une véritable révolution (rupture dans l’évolution) en gestation. (…) »

1974 07 – Le « mouvement écologiste », mise en question ou raison sociale, par Bernard Charbonneau

 

La défense du patrimoine menacé par l’expansion capitaliste n’excluait rien : patrimoine naturel, culturel, bâti, etc. Tout nous concernait et nous apprenions avec consternation les destructions précédentes. Il fallait stopper cela en tous domaines et partout pour préserver la diversité, les savoirs et la vie ! Le mouvement écologiste revivifiait l’idée du bien commun et Maisons Paysannes de France en était l’une des expressions depuis 1966 *.

Formant depuis peu la partie militante du groupe des « Amis de la Terre de Paris« , les écologistes de la Semaine de la Terre avaient partagé une exposition avec Maisons Paysannes de France. C’était à la mairie d’Issy-les-Moulineaux. J’avais fait l’essentiel des panneaux écologistes et il est bien possible que Aline et Raymond Bayard aient été les créateurs des panneaux de MPF. Peut-être nous sommes-nous rencontrés en ce début de l’année 1972…

  • depuis 1966 en tant qu’association constituée juridiquement, ce qui implique une mobilisation et beaucoup d’efforts antérieurs.

 

 

16 décembre 1974

 

Cher Monsieur

ou Bonjour Alain-Claude,

 

Votre communiqué dans l’APRE m’a fait plaisir. Je me demandais si les observateurs ou les participants se rendaient compte des anomalies « Mouvement Ecologique »-structures-centralisation, etc. et de la tête pensante qui, à force de forcer, a gâché le mouvement de fond en qui plus de 300 000 personnes avaient eu espoir.

Je suis à l’extérieur de l’association qui a pour nom « Mouv. Ecol. », car je connais trop un des meneurs de jeu dont le nom rime avec Hitler. Cet homme, qui se prétend secrétaire général de « Maisons Paysannes de France », a été désavoué et rejeté de cette association, qu’il avait pourtant mise sur pied (au départ). Pour abus de pouvoir, intransigeance, autoritarisme, et, cela n’empêche pas : diffamation.

Quand j’ai vu le mouvement Dumont se transformer en ce qu’il est devenu, un avorton, je lui en veux de ce crime. J’avais cru, avec beaucoup d’autres, à une vague de fond originale, une formule nouvelle, tolérante, au-dessus de la politicaille. Il en reste d’ailleurs quelque chose, mais justement, ailleurs que dans ce pauvre « Mt Ecologique » réduit à une demi-douzaine d’associations nationales et dont un faux apôtre tisse la cage. Je dis que cet homme est dangereux et qu’il faut travailler comme vous le dites à appliquer des idées de décentralisation et d’auto-organisation. Passer 8 mois à faire des structures, c’est beaucoup trop.

Vous pouvez penser que je fais la « rapporteuse » – c’est vrai. Il faut que d’autres futures victimes de notre ex-secrétaire soient mises en garde. Cet homme ne recule devant rien pour arriver à manipuler. Jusqu’à présent, il s’arrangeait pour que les gêneurs s’en aillent sans bruit, un par un.

Dernièrement, il a voulu démissionner 42 délégués régionaux de MPF qui n’étaient pas de son avis – « se soumettre (à lui) ou se démettre ».

Il fallait entrer au Mt écol. sans consulter les 3000 membres de l’association. Ce fut un peu trop fort – manque de psychologie pour un prof – il y a eu des os.

Ces os se sont remis à vivre sans sa dictature, disons à revivre. Que cette main de fer dans un gant fleuri aille en tordre d’autres que nous.

Nous sommes en pleine action écologique et nous continuons – en dehors du M. E., mais dans le vrai mouvement écologique qui, lui, n’a pas besoin de grand chef.

Toute ma considération

ou bien au revoir Alain-Claude

Aline Bayard

 

 

 

 

PS : une circulaire du 5.9.74 de MPF-Oise

 

 

La lettre d’Aline Bayard est accompagnée d’un « Bulletin spécial de MPF EN PERIL« 

Elle le présente ainsi :

Ces POUVOIRS (très nombreux) que nous avons reçus ont été jugés NULS par R. Fischer – pour « avoir été détachés de circulaires incitant à voter contre«  (ses vues).

 

Délégation de l’Oise R ; Bayard Bulletin spécial MPF en péril

5 septembre 1974

Chers Amis,

ATTENTION ! N’envoyez pas vos pouvoirs à la Chapelle-Montligeon qui est l’adresse de la résidence secondaire de Roger Fischer, secrétaire général de M.P.F. NOUS SOMMES OBLIGÉS DE LUI RETIRER NOTRE CONFIANCE.

Par une succession de manœuvres inqualifiables, il a éliminé, un par un, les collaborateurs qui ne pensaient pas comme lui (dont le Président-fondateur de Maisons Paysannes de France, le docteur A. Cayla)…

Cette fois, c’est par une Assemble générale (illégale et précipitée, avec un seul point de vue, et une seule liste de candidats), qu’il veut rester seul maître du terrain. Il oblige les délégués à approuver d’avance, par écrit, les nouveaux statuts et le nouveau Conseil d’Administration, ou bien à DÉMISSIONNER, avant le 10 septembre !

Nous sommes de ceux qui ne se laissent pas manoeuvrer. Nous défendrons MPF de la dictature politicienne en allant à cette Assemblée générale, pour en finir, sur le terrain choisi et imposé par Fischer et ses inconditionnels.

Nous avons fait, grâce à vos adhésions, un travail considérable dans l’Oise et dans toute la France. Ce travail commençait à porter ses fruits…

AIDEZ-NOUS À POUVOIR CONTINUER, soit en venant à cette Assemblée générale du 14.9.74, soit en nous adressant votre pouvoir par retour du courrier.

Vous abstenir serait dire « oui » à la politisation de MPF au sens le moins noble du terme. En effet, les statuts actuels (art.13) mentionnent « interdiction de toute discussion politique ou religieuse ».

Dans les nouveaux statuts, cette phrase est supprimée. POURQUOI ?

D’autre part, on voit apparaître le terme « thématique », au moins suspect !

L’AVENIR DE M.P.F EST ENTRE VOS MAINS. Je vous fais confiance.

Votre délégué : Raymond BAYARD

membre du Conseil d’Administration actuel,

soutenu par le Dr CAYLA, Président d’Honneur et par 80% des délégués.

(…)

On reconnaît les méthodes employées aux « Amis de la Terre » contre les écologistes. On reconnaît le goût pour les AG manipulées (mais là, à l’inverse de ce que l’on a connu aux « Amis de la Terre« , les escrocs sont très pointilleux avec les bulletins !). Les connaisseurs reconnaîtront l’approbation d’avance comme avec le « MEP » en 1980 – justement celui issu du « ME » pour lequel travaillait Roger Fischer.

On perçoit le désarroi dans les propos de Aline et Raymond Bayard. Un désarroi au moins égal au nôtre devant la malfaisance et la violence – inexplicables pour nous.

Raymond Bayard

 

le fils de Raymond est Jean Piero (Jean-Pierre Bayard) qui, sur son site, présente l’oeuvre de son père :

http://www.jpiero.com/raymond-bayard/571/aquarelles-and-gouaches/

http://www.jpiero.com/raymond-bayard/568/dessin/

 

 

Le « Mouvement Ecologique« , « Mouv. Ecol.« , « Mt éco.« , ou « M.E. » cité par Aline Bayard était un agglomérat dominé par des sectaires qui était apparu depuis l’été 74. A Paris, y figuraient surtout des gauchistes – surtout maoïstes (!) – proches de Brice Lalonde depuis les années 1960. Toujours les mêmes ! Ceux qui avaient agressé les écologistes de la nouvelle gauche à maintes reprises. Pierre Fournier en avait fait l’expérience avant même la brillante démonstration du 23 juin 1972.

Sur les exploits de cette troupe et de ses commanditaires :

23 Juin 1972 – Guet-apens au Pré-aux-Clercs : comment le capitalisme a effacé la nouvelle gauche

 

Aline Bayard résumait bien l’objectif de ce machin : « structurescentralisation, etc.« . L’inverse exact de ce que la nouvelle gauche écologiste avait amorcé et proposait comme programme politique.

 

Quant à l’intrigant contre lequel les Bayard me mettaient en garde, Roger Fisher, il était apparu dans la foulée de Brice Lalonde. Comme les autres entristes, il avait d’abord fait bon visage avant de se révéler en même temps que les clones du « collège invisible » de Denis de Rougemont *. Ce n’est qu’alors, dès le début de la mésaventure Dumont, que nous nous sommes rendu compte de ses accointances avec ceux dont nous apprendrons plus tard l’identité maoïste. Des agents dormants ! Les maoïstes constituaient l’essentiel de la troupe mercenaire chargée de détruire la nouvelle gauche écologiste de l’intérieur. Comme eux et la population hétérogène (en apparence seulement) des coulisses des Amis de la Terre, Fischer a instantanément tourné le dos aux écologistes pour accompagner Lalonde et Dumont dans la falsification de l’identité écologiste. Plus exactement : Fischer et les autres ont tombé le masque sous lequel ils se dissimulaient depuis le début.

  • L’expression est de Jacques Grinevald qui en était membre. Il s’agit du réseau Diogène (créé en 1969) puis Ecoropa (1975). C’était le véritable « Comité de Parrainage » actif des Amis de la Terre, celui qui était invoqué par Alain Hervé quand il s’agissait d’entraver notre action

 

Les méthodes manipulatrices de Roger Fisher décrites par Aline Bayard correspondent exactement à ce que les écologistes ont subi avec les amis gauchistes de Brice Lalonde téléguidés par la deuxième gauche mendésiste (PSU, Nouvel Observateur…), la grande distribution, et, coiffant le tout, le trop méconnu « collège invisible » rassemblant capitalistes et « protecteurs de la nature » sous l’autorité de Denis de Rougemont. Tous les courants de la nouvelle gauche en étaient victimes, et de façon simultanée.

 

Aline et Raymond auraient apprécié l’éclat d’un « directeur d’études » d’une prestigieuse école en « sciences sociales » :

« Magouiller les assemblées générales, les élections, c’est le jeu de la démocratie ! Je l’ai fait moi-même« .

C’était en août 2010. Le bonhomme crachait ses tripes après avoir découvert que la nouvelle gauche écologiste comptait encore, au moins, 1 représentant, là, juste en face de lui ! L’instant d’après, il détalait en grommelant. La nouvelle gauche écologiste, il avait contribué à la naufrager 45 ans auparavant, quand il appartenait à la même compagnie que Roger Fischer (Guet-apens au Pré aux Clercs – chapitre « Leur jeu de la démocratie« ).

 

La reprise en mains s’étendra partout. Par exemple, en Bourgogne Sud des efforts comparables à ceux déployés par les Bayard et leurs amis de Maisons Paysannes seront effacés au prix de pertes considérables :

1960 2018 – Eau, têtes de bassin versant, biodiversité, patrimoine, etc., 50 ans d’une destruction exemplaire du bien commun

Un petit exemple de la dégradation générale perpétrée peu après l’affaiblissement de la nouvelle gauche écologiste et la reprise en mains par les lobbies :

La destruction a été opérée au début des années 1980. Elle illustre les « raisons » du sabotage de la nouvelle gauche écologiste, dans cette cité médiévale (et Renaissance) comme partout ailleurs. Libérés, les lobbies de l’automobile, de la grande distribution, du béton et de toutes les spéculations ont pu simplifier et stériliser l’espace pour mieux conditionner et assujettir.

Comme par hasard, c’est à quelques dizaines de mètres de la nouvelle perspective de banlieue ci-dessus que le « directeur d’études » d’une prestigieuse école a craché le morceau.

 

 

J’ai retrouvé le brouillon de ma réponse à Aline Bayard :

le 4 janvier 1975

Bonjour,

Je vous remercie de m’avoir manifesté votre sympathie suite à mon communiqué paru dans l’APRE. Je comprends parfaitement votre indignation et vos désillusions en ce qui concerne la suite donnée à la campagne électorale de DUMONT. Je les comprends d’autant mieux que je milite depuis 68 pour la préservation (ou l’amélioration) de l’environnement, contre les inégalités et pour les idées de décentralisation, d’auto-organisation, etc. Enfin, c’est moi qui, avec Pierre MEREJKOWSKY de l’ex Comité antinucléaire de Paris, ai pris l’initiative de lancer les écologistes dans la campagne électorale et de présenter René DUMONT.

Ne cherchez pas trace de cet épisode et de ce que (Pierre et moi) avons fait par la suite dans le dernier bouquin de DUMONT, le grand homme nous a oubliés; il n’aime pas ceux qu’il nomme les « désorganisateurs« … Comme c’est bizarre !

Au lendemain de la mort de POMPIDOU, nous n’avions pas l’intention de jouer la carte de l’électoralisme, mais seulement de relancer les idées, d’aborder d’autres thèmes de lutte et de stimuler le mouvement militant (bénévole).

L’expérience semble dégénérer ? A nous de faire une révolution culturelle. Une révolution portant plus sur la cohérence entre les idées et les actes que sur les personnes. Les personnes, les monopolisateurs, on les connaît bien et je crois que le meilleur moyen de leur rabattre le caquet, c’est de susciter une réflexion critique sur le fond et sur la forme. Je vais m’y employer et, pour commencer, 3 critiques paraîtront successivement dans la Gueule Ouverte à partir du n°36 (…)

la suite semble perdue

 

Evidemment, j’étais à des années-lumière de deviner à quoi nous avions affaire !

Quel dommage que nous n’ayons pas poursuivi l’échange. Nous avions beaucoup d’informations à mettre en commun et cela nous aurait sans aucun doute permis de prendre mieux conscience de l’étendue de la manipulation dont nous étions tous victimes.

 

 

 

Aline Puiguinier-Bayard s’est éteinte en 1996. 

Une militante exemplaire

Aline Bayard n’est plus. Elle s’est éteinte le 20 mars dernier à Colombes après avoir lutté contre la maladie avec le courage qui était le sien en toutes circonstances.

C’était une militante authentique, rigoureuse, précise, et d’une compétence rare. Dotée d’une forte personnalité, elle imposait à toutes et à tous le respect.

Elle savait communiquer son enthousiasme, encourager, déceler les qualités de chacun pour enrichir le travail de l’équipe.

Ainsi, pendant près de 30 ans, sans jamais ménager son temps ni ses efforts, Aline a apporté aux membres du bureau, aux délégués, à tous les adhérents – notamment par le canal de la revue qui lui doit tant – toutes les ressources de sa passion, de son dynamisme et de son irremplaçable expérience.

Son action en faveur du patrimoine rural bâti et de son environnement, avec à ses côtés, Raymond, son mari et son complice, restera pour nous en tous points exemplaire.

Elle a su aussi nous transmettre ce qui à ses yeux était essentiel : la revue. Elle nous a fait confiance.

Nous savons tout ce que nous lui devons.

Nous lui dédions ce numéro 120 consacré à la couleur et l’index qu’elle aurait aimé réaliser elle-même. Il est clair que ces réalisations sont pour une large part l’aboutissement de son travail, de son dévouement, de sa passion.

Merci Aline.

Chantal Pontvianne

Dominique Firbal

MPF 2ème trimestre 1996

 

 

Raymond s’est éteint en 2004

 

Raymond Bayard nous a quittés

(…) pendant une trentaine d’années, il a semé le bon grain dans notre association. En un temps où le carcan administrativo-juridique ne nous encadrait pas vraiment, où l’énormité et la complexité des enjeux ne nous contraignaient pas encore à des méthodes de plus en plus professionnelles, il était la liberté amoureuse, désintéressée et passionnée, donc exigeante à l’extrême. Avec son épouse, Aline, ils étaient « l’esprit » de Maisons Paysannes de France. Celui qui reste notre bien précieux.

Michel Fontaine

 

 

Une grande figure s’efface

par Gilles Alglave

Raymond Bayard nous a quittés à l’âge de 92 ans. Il nous laisse un héritage colossal. La délégation de l’Oise, sa délégation, a tenu à lui rendre un ultime hommage. Et c’est avec émotion que, lors de ses obsèques, nous avons reçu les paroles de son fils Jean-Pierre, relatant ses derniers instants. Ainsi, jusqu’au bout, Raymond est resté fidèle à son idéal, à son regard d’homme libre sur le monde, un monde qu’il critiquait mais qu’il aimait et sur lequel il avait un point de vue profondément humaniste.

Pour ma part, c’est dans les années 1976-77 que je fais la connaissance de Raymond Bayard lors d’une exposition qu’il a réalisée à Gerberoy. Mon épouse et moi commencions alors la restauration d’une ferme, et lorsque je lui montre quelques photos de nos réalisations, je sens tout de suite le regard du maître. Nous avons sûrement beaucoup à apprendre à son contact ; nous adhérons tout de suite.

La structure départementale qu’il a mise en place est déjà bien organisée. Raymond a une conception militante de l’action qui nous plaît : sur des affiches d’alors on peut lire « Sauvons les maisons de nos campagnes » ; « Contre le bétonnage de la nature, pour la sauvegarde de l’architecture paysanne et du cadre de vie rural » ; « Permanence le dimanche de 10h à 14h ».

Nous nous rendons à l’une des permanences à la Neuville d’Aumont. Nous découvrons l’univers campagnard des Bayard : une petite maison en briques au toit d’ardoises, blottie derrière une haie vive près d’une mare. A l’intérieur, des meubles paysans, un poêle flamand, une grande cheminée picarde ; ici un tableau d’Aline représentant une église de la vallée de l’Automne et là un autre de Raymond daté de 1956, représentant un hameau campagnard à Saint-Nom-la-Bretèche. La peinture et le dessin ont toujours été une forme d’expression privilégiées chez les Bayard et leur passion pour les maisons ne semble pas dater d’hier.

Nous sentant motivés, Raymond nous invite très vite à participer activement. Nous sommes intégrés au conseil d’administration de Maisons Paysannes de l’Oise. Les réunions se tiennent régulièrement à la Neuville d’Aumont. Chacun des participants doit participer au tour de table et rendre compte de ce qu’il a fait « dans son coin ». Nous ne sommes pas là pour jouer les potiches et nous le savons. Raymond est heureux des efforts de chacun à la cause des maisons paysannes. Le travail en commun, soude et stimule, et les amitiés se lient.

Nous sommes responsables des adhérents de notre région de résidence.

Raymond nous incite à maintenir le contact : « Téléphone, on va rendre visite aux adhérents dans ton coin ; en voici la liste. » La technique s’avère être efficace. Elle nous a permis, une années, de dépasser les six cents adhérents.

La méthode de Raymond, c’était aussi de déléguer. Il partageait, il testait les uns et les autres pour faire émerger des compétences dont la délégation avait besoin et être sûr qu’après lui les choses pourraient continuer.

Il privilégiait le contact avec les artisans car il disait que tout commence par eux : le pire ou le meilleur. Ceux qui aujourd’hui sont encore membres de MP-Oise s’en souviennent : il jugeait sur pièce du travail accompli ; lorsqu’il avait « confié » un chantier à un professionnel, il n’était pas tendre avec celui qui ne s’en montrait pas digne. « Il n’a rien compris », lâchait-il alors, et cela renforçait son désir de transmettre. Stages, visites de chantiers, expérimentations, sorties-découvertes, tout était fait pour que chacun apprenne et mette à profit.

Raymond n’aimait pas les discours théoriques, c’était quelqu’un de pragmatique, un homme de terrain comme on dit. Je revois encore la 205 blanche chargés de panneaux d’exposition et de calicots faits main, en partance pour un stand ici ou là.

Les Bayard ont beaucoup donné et non seulement à l’Oise, mais aussi à MPF dans son entier. Sait-on par exemple que c’est Raymond qui a créé le logo de MPF et une partie du logo de MP-Oise ? Peintre en lettres, c’était d’ailleurs une de ses premières activités professionnelles. Souvent les adhérents le prenaient pour un architecte, ses dossiers étaient d’une telle qualité ! Il les étonnait lorsqu’il leur répondait sans détours ni ambiguïté : « Non, je suis peintre en lettres ».

(…) Ceux qui l’ont bien connu garderont de lui le souvenir d’un homme simple et modeste comme les maisons paysannes qu’il aimait tant. Et auxquelles il a consacré toute son énergie et son talent.

GA

 

 

À Raymond, l’homme, l’ami, le père

par Chantal Pontvianne

L’association et ses nombreux bénévoles ont perdu un homme de qualité, un ami, presque un père. Car, pour un grand nombre d’entre nous, Raymond et Aline étaient nos parents spirituels. Complémentaires, inséparables et généreux, ils sont maintenant à nouveau ensemble. Au-delà des responsabilités qu’il prenait, parfois avec le ton de la révolte, au sein du conseil d’administration du « national », il a été surtout un homme de terrain, de contact. Personne n’a fait autant pour son département. Nous pouvions lui exposer nos problèmes, nos doutes, nos hésitations, nos révoltes aussi, il cherchait à les comprendre et s’efforçait de trouver des issues possibles.

C’était aussi un dessinateur de talent, précis, consciencieux, soucieux de ramener dans ses carnets de voyage toutes les beautés du bâti rural qu’il aimait par-dessus tout. En regardant ses dessins, on devine cette grande sensibilité, ce coup d’oeil magistral, cette sympathie pour la maison paysanne et pour les artisans aussi.

Il avait ce souci constant d’avoir la bonne information et de la transmettre dans les meilleures conditions. Ses croquis et ses notes sont des documents d’une grande richesse. Ils sont une référence pour tous ceux qui cherchent à préserver le patrimoine rural ancien. Nous ne pourrons jamais oublier Raymond e Aline parcourant la France dans le confort modeste de leur camping-car. Raymond avait aménagé une plate-forme sur le toit pour obtenir le meilleur angle de vue pour dessiner les maisons paysannes dans leur environnement. Ils connaissaient tous les délégués et, quand une candidature se présentait, très vite ils étaient là pour donner le coup de pouce du démarrage.

Raymond n’aura pas oeuvré en vain durant toutes ces années, la délégation de l’Oise est toujours un modèle à suivre. Enfin, je voudrais témoigner du rôle important qu’il a tenu auprès des délégations, ce dont nous n’avons pas toujours mesuré l’ampleur. Aujourd’hui encore, pour ce rôle, il n’a pas été remplacé.

Raymond et Aline savaient nous communiquer leur passion, leur enthousiasme. Leur générosité était sans limite pour l’association, qu’ils en soient remerciés.

Au revoir Raymond, nous ne t’oublierons jamais.

CP

 

 

Raymond Bayard, notre patrimoine

par Jean Fouin

Il disait, toujours un peu gentiment provocateur : « C’est bien beau d’emmener les adhérents faire des promenades en car avec un bon repas le midi, mais est-ce bien utile aux idées que l’on défend ? »

Ça c’était le côté toujours un peu « critique » de Raymond qui privilégiait l’action et payait beaucoup de sa personne.

Quand j’ai adhéré à Maisons Paysannes de France en 1972, sur les conseils de mon ami François Calame, – qui doit lui aussi beaucoup à Raymond, grâce auquel il a pu engager une brillante carrière d’ethnologue spécialisé dans la charpente – je ne connaissais rien au patrimoine rural bâti. J’ai alors suivi ave plus ou moins de constance les efforts de Maisons Paysannes de l’Oise, sous l’impulsion de Raymond, pour passer de l’aimable discours sur le patrimoine en péril aux actions de sensibilisation directement sur chantier.

C’était aussi l’époque (avant la loi sur l’architecture en 1977) où l’on pouvait donner aux adhérents des conseils pratiques appuyés par des croquis. Que ce soit René Fontaine, Pierre Moreau dans une moindre mesure, et surtout Raymond Bayard, tous ne se sont pas privés de concevoir des projets remarquables et de facture professionnelle.

(…) Raymond (…) savait concevoir des projets de restauration, voire de construction dans l’esprit patrimonial, sans verser dans le pastiche.

Combien de stages auxquels j’ai participé, sous la houlette de Raymond aussi bien sur le torchis, la charpente, le briquetage, la chaux et bien d’autres, d’abord en direction des adhérents, puis – et c’était nouveau – avec la participation de professionnels convaincus ou à convaincre, recrutés par Raymond sur le terrain.

Je menais alors une carrière d’architecte plutôt axée sur le contemporain et je puis affirmer que j’ai approché au cours de ces stages beaucoup de sujets dont je n’avais jamais entendu parler et qui ont modifié ma vision de l’architecture.

C’est grâce à son enseignement que j’ai pu réaliser beaucoup de chantiers sur le patrimoine et pas seulement sur le bâti rural. Je pense à la réhabilitation d’un hôtel prestigieux de Paris, Place de la Concorde, aux immenses granges d’Aumécourt transportées dans l’enceinte de l’abbaye de Saint Riquier dans la Somme et restaurées en respectant les préceptes de MPF pour le musée des Arts et Traditions Populaires.

Raymond n’était pas seulement un bon pédagogue qui « mouillait sa chemise », c’était aussi un très grand dessinateur.

Tout le monde à MPF connaît son œuvre ; ses dessins au trait sûr et juste ont appris aux adhérents à mieux regarder le bâti paysan. Beaucoup de maisons qu’il a capturé dans son regard ont disparu. Grand témoin de ce désastre de tous les instants, il nous a sensibilisés au-delà des grandes déclarations sur le patrimoine bâti en danger en nous faisant approcher l’esprit qui a prévalu à son élaboration.

C’est notamment à cause de lui ou grâce à lui que j’ai pu enseigner un temps sur le bâti rural à l’école d’architecture de Paris la Villette en appliquant sa pédagogie directe, théorie et chantier notamment, dans le centre de formation PARTIR.

C’est aussi dans cette filiation que le Centre de formation et de perfectionnement de MPF a pu voir le jour. Quad je lui en ai parlé, sur la fin de sa vie, il m’a fait part de sa satisfaction et m’a encouragé à continuer.

Au revoir mon maître, salut mon ami, on continue…

JF

 

 

D’autres que les Bayard s’indigneront et tenteront de résister au détournement de l’écologisme, mais la plupart ne pourront rien faire d’efficace contre la machine bien huilée qui avait été montée dans les années soixante et qui, déjà en 1974, contrôlait presque tout *. Bientôt, même l’APRE et Ecologie, seront contraints de censurer les écologistes n’ayant pas perdu la mémoire. Contraints par… mais oui les mêmes « gauchistes » depuis les années 60, augmentés des bourgeois lobbyistes de Diogène-Ecoropa; ceux qui allaient constituer les Verts.

  • Les Amis de la Terre de Caen dans le n° 229 de l’APRE/hebdo du 28 janvier 1977

 

 

Quel souvenir en a gardé Maisons Paysannes de France ?

« (…) 1966-1975, la phase engagée

Mais le militantisme de Roger Fischer, vice-président, est de plus en plus prégnant dans l’évolution de l’association. De là naît vite une phase d’engagements marqués.

Elle connaîtra un épisode significatif en 1975. La Défense nationale envisageant d’agrandir largement le terrain militaire du Larzac et ses artilleurs prenant pour cible les bâtiments ruraux abandonnés, les choses prennent vite un tour politique. Le ministre de la Défense, qui n’est autre que Michel Debré, étant membre (aussi) de Maisons Paysannes de France, Roger Fischer obtient qu’il soit radié de l’association.

Seulement c’est aussi l’époque où René Dumont vient jouer les trouble-fête dans la classe politique française. Il est suivi par Roger Fischer qui envisage un rapprochement de notre association avec le nouveau parti. Pour ses frères de combat, trop c’est trop. Ils engagent une procédure contre Roger Fischer qui suivra le même chemin que Michel Debré. Un divorce, tout à fait comme dans tant de familles (…)« 

http://maisons-paysannes.org/wp-content/uploads/2013/07/MPF-176-45-ans.pdf

 

Beaucoup d’erreurs en peu de mots ! D’abord, c’est dès le début des années 1970 que le projet d’extension du camp militaire du Larzac a pris forme et stimulé la résistance (a).

 

La mésaventure avec René Dumont, c’est en mai 1974 et c’est aussi un coup fatal porté au mouvement écologiste (avec la contribution de Roger Fischer dans le sillage de Lalonde and C°). Quant au « nouveau parti »… il doit s’agir de ce « Mouvement Ecologique«  dont parlent Aline et Raymond Bayard. Derrière le nom ronflant et racoleur, il n’y a qu’une énième opération des « gauchistes«  (paraît-il), et surtout maoïstes, qui accompagnaient Lalonde, le PSU et beaucoup d’autres depuis les années soixante. Les mêmes qui avaient chassé les écologistes de la nouvelle gauche en s’appuyant sur Lalonde. A moins que cela n’ait été le contraire. Les manipulations gigognes donnaient le tournis et, 45 ans plus tard, l’organigramme de l’imposture est loin d’être complet.

 

Aline et Raymond Bayard avaient parfaitement compris que les manipulations de Fischer et de ses comparses n’avaient rien à voir avec l’esprit et la philosophie politique de l’écologisme, et que les lanceurs de l’alerte écologiste étaient étrangers à la manipulation. Il est, donc, curieux que leur association n’ait pas conservé la mémoire de cette distinction première.

 

Pourtant, Maisons Paysannes de France a échappé aux prédateurs. L’association était mieux armée que nous. Ses acteurs formaient un véritable réseau d’entraide depuis 1966. En devenant assez tôt indépendants, ils avaient évité le piège des fausses associations alléchantes; piège tendu, à chaque génération, sur le chemin des nouveaux militants du bien commun (Jeunes et Nature puis les Amis de la Terre, pour nous). C’est grâce au réseau de relations tissé en plusieurs années d’échanges constructifs qu’ils ont réussi à résister à l’attaque – de justesse. La plupart des interrelations ont tenu bon. Nous aussi avions voulu chasser les saboteurs, mais nous étions pris dans une gangue de complicités impossibles à identifier et nous n’avons pu trouver un seul appui. Le processus de corruption que Guy Hocquenghem allait dénoncer 10 ans plus tard était déjà trop avancé.

 

La plupart des acteurs de la nouvelle gauche ont été réduits à l’impuissance, rendus invisibles et éliminés comme Aline et Raymond Bayard ont failli l’être. Puis ils ont été censurés et l’histoire a été réécrite, comme en témoigne involontairement Christian Rouaud avec son film sur la lutte du Larzac.

 

J’ai écrit à MPF en juin 2010 pour commenter et rectifier ce même article sur l’histoire de l’association. Je n’ai pas eu de réponse. Ni ma qualité de membre actif, ni celle de témoin de l’époque n’a eu d’influence. De la même façon, la restauration d’une ancienne maison de vigneron et la difficile action de sauvegarde d’une cité médiévale n’ont pas retenu l’attention. Pas même une visite de l’un des délégués locaux ou du délégué national habitant à deux kilomètres ! Tout le contraire de ce que s’appliquaient à faire Aline et Raymond Bayard. Les années d’éveil auxquelles ils ont contribué sont décidément bien loin !

Causes de l’effondrement – 1960-2017 : L’EAU PERDUE de Saint Gengoux le Royal (première partie)

 

 

 

 

Dans l’Oise où s’étaient investis Aline et Raymond Bayard, leur action a été beaucoup mieux appréciée que celle de leurs semblables en Saône et Loire, toujours vilipendés aujourd’hui (b).

La place de La Neuville-d’Aumont (Oise) porte leurs noms :

La place centrale de La Neuville D’Aumont a été baptisée ‘Aline et Raymond Bayard” le 14 juillet dernier.

Les co-fondateurs des Maisons Paysannes de France et de l’Oise étaient déjà incontournables par leur oeuvre et l’intérêt porté à la préservation du patrimoine rural. Cette fois, leur nom passera encore moins inaperçu, depuis l’inauguration, le 14 juillet dernier, de la place de La Neuville D’Aumont baptisée ‘Aline et Raymond Bayard”.
‘Il était le sage de notre conseil”
C’est en présence de Christian Chorier, maire de La Neuville D’Aumont, ainsi que de Gilles Alglave, président des Maisons Paysannes de l’Oise que l’inauguration s’est tenue dans l’enceinte de l’église de la commune, la faute au mauvais temps ce jour-là. ‘Aline et Raymond Bayard séduits par la Picardie et sans doute par la richesse du patrimoine rural de cette région, mais aussi par le charme de notre village, se sont installés en 1996 à La Neuville D’Aumont. Cette place portera désormais votre nom, cette place que Raymond avait encore dessiné peu avant de nous quitter, c’était un dimanche matin, je m’en souviens bien, cette place dont Raymond aimait dire qu’elle était encore vierge de bacs à fleurs et de pavés autobloquants et qui avait su conserver son caractère rural,” a raconté Christian Chorier dans son discours.
Il faut dire que les anecdotes concernant le couple ne manquent pas parmi les souvenirs des habitants du village. ‘Il était attaché à des valeurs humaines. Raymond Bayard (1912-2004) est un homme qui a marqué les esprits car rares sont les personnes qui vont sur le terrain comme il l’a fait. Il exercait son métier avec passion. Longtemps conseiller municipal dans notre village, il était aussi le sage de notre conseil qui savait toujours défendre ses idées dans le respect des autres et la courtoisie,” a insisté Christian Chorier.
Si aujourd’hui, les Maisons Paysannes rayonnent à travers la France, le couple fondateur restera également gravé dans les esprits, et peut-être que les générations à venir auront elle aussi le souci de découvrir l’histoire des ‘Bayard” en découvrant le nom que porte la place du village.

L’Observateur de Beauvais

6 août 2010

 

 

 

 

 

 

(a) La lutte du Larzac fait aussi l’objet d’une active réécriture de l’histoire des luttes écologistes par d’anciens amis de Roger Fischer. Ainsi un film sorti en 2011…

Révisionnisme

La lutte du Larzac, le film Tous au Larzac, Christian Rouaud (le réalisateur), et les hippies

 

France Inter, lundi 21 novembre 2011, 18H45 :
« (…) tous les gens qui ont vécu ça ont été extrêmement émus parce que le Larzac, c’est vrai, réduire ça aux hippies qui rigolent, c’est tout petit« , dit l’animateur France Inter.

« C’est le discours de l’ennemi, ça !« , coupe Christian Rouaud presque colère. Et d’enchaîner : « Les hippies, les chèvres, les communautés, tout ça, c’était des conneries. (…) On a fabriqué une image négative qui fonctionne encore aujourd’hui (…) Ya des gens qui croient encore aujourd’hui que c’était des histoires de hippies !« 

Emission Down Town de Philippe Collin et Xavier Mauduit, avec Christian Rouaud et Léon Maillé (qui approuvait).

On a aussi entendu : « Il n’y avait pas de communauté sur le Larzac« … Par exemple ! Il y a trois communautés de l’Arche depuis les années soixante.

Lanza del Vasto, citoyen du monde, non-violent, alternatif, fondateur des communautés de l’Arche, l’une des figures de la lutte du Larzac et de la Nouvelle Gauche. Ici, lors du jeûne de 1972.

Une « image négative » ?
Des « hippies« , quelle incongruité, quelle horreur ! Peut-on imaginer plus négatif, plus petit ?!

Mais quelle conscience a Christian Rouaud des hippies ? Ne sait-il pas que le mouvement Hippie était l’un des courants révolutionnaires des sixties, l’un des premiers courants du mouvement alternatif ? Comment le réalisateur d’un film sur l’une des luttes exemplaires de la Nouvelle Gauche peut-il dénigrer l’une des composantes de la Nouvelle Gauche alternative ? Je crois l’entendre demander : « C’est quoi la Nouvelle Gauche ? »

Washington 21 octobre 1967

Et, de ce côté de l’Atlantique, ces « hippies« , qui semblent considérés comme une pollution par Môsieur Christian Rouaud (comme les communautaires), qui étaient-ils ? Des écologistes, des anarchistes, des pacifistes, des autogestionnaires, des féministes, des régionalistes occitans et d’autres régions, des communautaires (le combat de Lanza del Vasto et de ses amis, d’ailleurs implantés en deux endroits dans la région, aurait-il été oublié ?)… peut-être même quelques purs hippies du déjà vieux mouvement, d’ailleurs. Et alors ? N’ont-ils pas pesé dans la lutte hautement symbolique du Larzac – une lutte qui dépassait de très loin les limites du Plateau ?

Tous étaient unis dans un même mouvement : la Nouvelle Gauche façon Murray Bookchin, comme l’évoquait Fournier avant même l’ouverture des hostilités au Larzac. Ce que nous allions bientôt appeler le mouvement alternatif. Sans cet élan général de l’alternative au système dominant, ici méprisé au travers des hippies, la résistance du Larzac serait restée confidentielle.

On reconnaît là la bêtise, souvent instrumentalisée, qui consiste à stigmatiser les autres, les différents, ceux que l’on ne comprend pas, que l’on ne comprend plus. Pour se rassurer contre ce qui, désormais, inquiète, et s’éviter de penser ?

Quarante ans après, tous des notaires ?

Dans quelle mesure est-ce involontaire ?

Ne s’agirait-il pas encore d’un remugle de la manipulation de l’histoire du grand mouvement alternatif qui a secoué les années soixante et soixante-dix, et que beaucoup s’emploient fébrilement à effacer des mémoires et des compréhensions ? Car cela fait beaucoup. Pas une occasion n’est manquée de gommer les acteurs et les identités du premier mouvement révolutionnaire mondial alternatif au système anti-nature, la Nouvelle Gauche des années soixante et soixante-dix qui avait tant effrayé les néo-capitalistes lancés dans la mondialisation. Pas une occasion n’est manquée de les remplacer par des égarés ou des simulacres, en particulier les gauchistes qui ont, très tôt, confortablement pantouflé dans les hiérarchies et l’argent. Pas une occasion n’est manquée de réécrire l’histoire du mouvement social pour censurer et détourner de l’essentiel les nouvelles générations. Pas une occasion n’est manquée de nier ou de souiller la culture première, la culture inspirée par le vivant, pour faire croire que seule existe la culture impérialiste qui nous mène au chaos.

Et l’animateur France Inter, avec des trémolos dans la voix, de dire que tout cela – la lutte pour le Larzac – a pris un sens très politique parce qu’elle se termine par une élection en 81 : l’élection de Mitterrand ! Caca final en direct. Ils n’ont pas pu se retenir.

Culture politique : zéro.

San Francisco april 1967

 

J’ai participé à la lutte du Larzac. Comme tant d’autres, j’ai même acheté un mètre carré du Plateau pour faire obstacle aux expropriations.
Mais je n’irai pas voir ce film.

 

Le parcours de Christian Rouaud éclaire ses propos d’aujourd’hui et ses intentions. Etudiant à la Sorbonne en 68, il y a connu les acteurs « gauchistes » qui allaient se distinguer dans le sabotage de l’écologisme (par exemple, avec l’agglomérat réactionnaire baptisé « Mouvement Ecologiste » dont parle Aline Bayard). Il ne fait pas non plus mystère de son appartenance au « PSU tendance maoïste« . Tout est dit ! Et, s’il en était besoin, cela vient encore souligner le mépris inextinguible de cette catégorie à l’égard de la nouvelle gauche écologiste.

 

Pour en savoir un peu plus sur l’importance politique du mouvement Hippie :
http://legacy-hippie-movement.e-monsite.com/blog

 

 

 

 

(b) Même le travail de Michel Bouillot y est encore l’objet de médisances – il est vrai, de la part de ceux qui ont passé leur vie à défaire et à entraver les actions de sauvegarde !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Bouillot

http://www.fappah.org/t18-les-amis-de-michel-bouillot

 

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