A l’origine de la complète inadaptation des politiques et des institutions aux urgences écologiques et sociales

 

Comment le capitalisme a effacé la Nouvelle Gauche en France et partout ailleurs, falsifié et détourné la démocratie, et condamné l’avenir

 

 

Avril 2018 – la violente répression des résistants de Notre-Dame-Des-Landes et le saccage du bocage en pleine période de reproduction s’inscrivent dans le prolongement du sabotage de l’alternative à l’exploitation capitaliste et du triomphe des prédateurs quarante ans auparavant. Aussi, l’affaiblissement de la protection déjà théorique des cours d’eau. Et encore le triomphe des lobbies mortifères dans le débat faiblard de la loi alimentation et agriculture (2017), etc. Pas un élément de la crise planétaire qui n’y soit relié.

Avril 2019une nouvelle émergence de mouvements sociaux a percé le blindage des pouvoirs confisqués et stimulé l’éveil d’une conscience comparable à celle qui avait animé les années soixante avec la Nouvelle Gauche. Mais toutes les formations politiques existantes résultent du sabotage de celle-ci par les différentes formes totalitaires de l’idéologie « anti-nature« . En apprendre l’histoire est indispensable pour mieux s’orienter aujourd’hui.

 

sommaire

L’assaut

Le mensonge, c’est la vérité

Dans la nasse

Sous la geste révolutionnaire, la réaction

Quand glisse le masque

L’invisibilisation des alertes et des alternatives

Leur « jeu de la démocratie« 

L’entrave des dynamiques pour détourner le politique

Planification de la ruine profitable

La double substitution

Manipulation dans la manipulation, dans la manipulation…

60 ans après Rachel Carson, les craintes des écologistes se sont concrétisées

notes

index des noms

 

C’était un beau soir de juin 1972…

 

Isaac Hayes chantait Schaft

Pink Floyd jouait The dark side of the Moon

Joan Baez chantait Here’s to you

en hommage à Sacco et Vanzetti

https://www.youtube.com/watch?v=7oday_Fc-Gc

 

et François Béranger

 

J’avais déjà été licencié séance tenante par le mouvement coopératif pour avoir osé proposer que les coopératives agricoles produisent des aliments bio qui seraient commercialisés par les Magasins Coop.

1971 : Les COOP et le mouvement coopératif refusent le bio, par ACG

Angela Davis venait d’être acquittée. Cependant, infiltrée et manipulée, la Nouvelle Gauche américaine (the new left) avait pris un coup fatal. C’était un peu loin pour nous qui étions encore dans l’enthousiasme des débuts et pleins de confiance. Cela n’est que beaucoup plus tard que nous saurons combien nous étions dans l’erreur. D’autant que plusieurs circonstances étonnantes et la multiplication des entraves auraient dû nous mettre en garde.

 

C’était un mois et demi après la première manif à vélo contre la monopolisation de l’espace commun par l’automobile, et pour une civilisation douce, économe et détendue. Une manif remarquable et remarquée qui prolongeait La Semaine de la Terre du printemps de l’année précédente. Son succès avait surpris tout le monde ; trop de monde, sûrement, et trop désagréablement, surtout dans les partis. Cela nous avait été rapporté. L’alarme avait peut-être sonné aussi dans les officines de l’industrie automobile et plus loin. Car, à l’époque, on pouvait rassembler des milliers de personnes contre l’automobile sur une simple distribution de tracts. Cela devait être particulièrement dérangeant pour l’oligarchie d’ici et d’ailleurs. Dérangeants aussi quelques autres coups de pied dans l’inertie des idées et des pratiques, comme la dénonciation de l’économie du profit à n’importe quel prix, et celle de la capitalisation des pouvoirs contre la démocratie. Avec ses lobbies, ses agences, ses services, le système qui imposait « l’expansion » n’avait-il pas fait de l’automobile individuelle l’un des flambeaux de la propagande anti-communiste et un vecteur de la guerre de conquête capitaliste ? Nous étions loin d’imaginer que la réaction était mobilisée depuis beaucoup plus longtemps, bien avant que nous, les petits français, ayons commencé à lever le petit doigt. Depuis l’initiative de La Semaine de la Terre un an et demi auparavant, ses manifestations et le développement du groupe n’avaient fait que confirmer les prévisions et les craintes de ces gens.

1971 – La Semaine de la Terre

A Paris, désormais comme « Amis de la Terre » – un joli nom – depuis l’automne 1971, le groupe de La Semaine de la Terre continuait à se réunir une fois par semaine. Quelques nouvelles têtes étaient apparues, beaucoup passaient pour voir, mais l’esprit était inchangé – enfin, le croyions-nous. Quoique l’interdiction, sous peine d’excommunication, d’une alerte contre les emballages jetables…

1971 : Tir de barrage contre la dénonciation du « tout-jetable », comment l’alerte a été empêchée et par qui ? par ACG

Puis Alain Hervé, créateur de l’association « Amis de la Terre » un an et demi auparavant et censeur de l’action précédente, décida que le temps était venu de réunir une « Assemblée Générale » de ces Amis de la Terre. Cela aussi, il l’avait décidé tout seul. En tout cas, sans nous consulter. Une étrangeté de plus. Une « Assemblée Générale« … C’était exotique. Nous étions totalement étrangers à ce formalisme. Si étrangers que nous n’avions qu’une idée brumeuse de ce que cela impliquait. Et puis, faire une « AG » pour une si modeste association où tout le monde se connaissait et se rencontrait aux réunions hebdomadaires… Car les rangs de ces Amis de la Terre étaient bien moins fournis que ceux de La Semaine de la Terre. En fait, cela semblait être une coquille vide. Huit mois après avoir rejoint cette association, nous avions eu le temps de constater que c’est nous qui lui avions donné chair. Et, seule, notre manif à vélo troquée contre l’alerte contre les emballages jetables avait fait venir d’autres bonnes volontés. Et, justement, le groupe était dynamique, de plus en plus riche en compétences et en idées. Alors, pourquoi cette AG à ce moment-là ?

 

Rendez-vous était pris pour le 23 juin dans la soirée déjà avancée – 21H. A Washington 6 jours auparavant, le 17 juin, cinq agents très spéciaux avaient été arrêtés dans l’immeuble du Watergate. Cette affaire d’espionnage politique allait provoquer la chute de l’administration Nixon. Mais c’était une bluette à côté de ce que les écologistes allaient vivre et qui allait fausser l’histoire sociale et politique pour des décennies.

 

Semaine de la Terre, printemps 1971

photo Igor Muchins

L’extrême rareté des photos disponibles sur les différents courants de la Nouvelle Gauche, tandis qu’il y a pléthore de clichés complaisants sur ses adversaires, parle de l’escamotage des alternatives au profit du système mortifère

 

Pour nous, le seul intérêt de la chose était la possibilité d’échanger avec des personnes qui ne venaient pas aux réunions habituelles, par exemple celles de ce mystérieux comité de parrainage plusieurs fois évoqué mais jamais rencontré – invisible. N’y voyant pas d’autre enjeu, aucun n’avait même pensé à la constitution d’un « bureau » puisque, pour nous écologistes, toute hiérarchie de fonction ou de pouvoir était naturellement exclue. Pris de court par l’annonce de cette « AG« , nous ne nous étions pas intéressés à son organisation. C’est donc avec un peu de surprise que nous nous retrouvâmes au 83 de la rue du Bac, dans les murs de l’ancien Couvent des Récolettes créé en 1637 sur le Pré-aux-Clercs, cette campagne de l’Abbaye de Saint-Germain-des-Prés réputée pour ses duels et ses batailles rangées. Nous aurions dû nous méfier ! Depuis les années cinquante, Yvette Morin avait là ses salles de répétition fréquentés par les danseurs, les chanteurs et les acteurs – le Studio Morin. L’Assemblée Générale allait se tenir dans la grande salle de danse. C’était de plus en plus bizarre. Sur ce plancher uniquement foulé par des pieds nus ou des chaussons, nous entrâmes en chaussures de ville ! Un sacrilège dans toutes les salles de cette sorte. Et puis, pour ce qui devait être une réunion de travail, c’était spartiate.

 

 

Pourquoi un plancher de danse si vaste et si impropre à pareille réunion puisque nous disposions d’une salle où nous pouvions tous tenir assis sur des chaises autour d’une grande table de réunion, nous sentir chez nous, prendre des notes à l’aise… Enfin, où il y avait les meilleures conditions d’une réunion constructive. D’ailleurs une salle assez confortable pour avoir accueilli plusieurs soirées-buffets consacrées à des auteurs américains de passage (Paul Ehrlich, Barry Commoner, etc.). Là, nous nous retrouvions assis par terre dans un espace trop grand, dans la précarité des réunions de La Semaine de la Terre tenues dans les locaux dépouillés prêtés par d’autres associations, rue Raymond Losserand par exemple. Et puis l’heure anormalement tardive de la réunion – 21 H – ajoutait à l’étrangeté de la situation. Elle semblait indiquer qu’il avait fallu tenir compte des cours qui s’y étaient déroulés avant. Ou, peut-être, d’autres contraintes. Mais pas d’un programme très chargé de cette « AG » : il n’y avait même pas de convocation avec liste des points à aborder ! Et puis celui qui avait décidé de cette réunion, Alain Hervé lui-même, brillait par son absence. Incroyable. Cela ne pouvait être une négligence. Les absences de cette sorte trahissent un dessein. Cette absence était une action. Organisateur absent, ordre du jour néant… Le flou était complet. Que faisions-nous là ?

 

 

 

L’assaut

 

Sans doute le plus accoutumé d’entre nous au formalisme d’une AG (il était avocat), Henri Fabre-Luce (le fils d’Alfred) prit les choses en mains. Nous ne l’avions pas vu souvent. Il était l’un des rares à nous avoir précédés dans cette association et il devait être encore plus étonné que nous. Il eut à peine le temps d’esquisser quelque chose que débarquèrent des gens qui n’étaient pas invités à la fête. La porte s’ouvrit sur un commando tonitruant. Rien que des femmes. Et quelles femmes ! Des femmes fortes qui chargeaient dans le couloir d’entrée en faisant balancer leurs seins libres de toute contrainte. A leur tête, et avec une trogne revêche que je ne lui connaissais pas, une égérie du mouvement féministe : Françoise d’Eaubonne.

 

Egalement en 1972, Françoise d’Eaubonne monte à l’abordage de la tribune d’un congrès de psychiatres avec la même détermination qu’elle en a mis dans l’assaut contre les écologistes

 

 

Quel délire s’était emparé d’elle ? Elle était partie en guerre et, c’est sûr, nous allions en faire les frais.

« Françoise, c’est une assemblée générale de l’association, tu peux assister, mais pas participer« … Cela la fit ricaner et elle jeta un regard appuyé à trois des nôtres* qui semblaient particulièrement heureux de la voir là. Bizarre.

  • Jean-Luc Fessard qui avait participé à la Semaine de la Terre, et un couple de nouveaux

 

Le groupe de Françoise d’Eaubonne s’était à peine installé, comme en terrain conquis, que la porte s’ouvrit avec fracas sur des mâles roulant des épaules et se bousculant pour passer le couloir. Un troupeau. Tous étaient très échauffés et s’encourageaient mutuellement, comme s’ils venaient de se battre ou s’étaient préparés à le faire. Comme à la grande époque : des spadassins déboulant sur le Pré-aux-Clercs pour un mauvais coup ! Sans un bonjour, ils s’effondrèrent bruyamment en remplissant l’espace.

 

Comment dire ? C’était incompréhensible. Décidément, « l’Assemblée Générale » préparée par Alain Hervé ne ressemblait à rien de connu ! A ma droite, Henri Fabre-Luce était bouche bée.

 

Qui étaient ces énergumènes ?

 

Ensemble, féministes et spadassins étaient au moins une bonne quarantaine, donc plus nombreux que les membres de l’association. Manifestement, c’était un seul et même assaut, car Françoise d’Eaubonne et ses nonnes de combat n’étaient pas du tout surprises par l’irruption des autres. Au contraire, l’arrivée des seconds avait été saluée par les sourires satisfaits des premières. Par d’autres sourires épanouis, aussi, du côté du couple de nouveaux et de Jean-Luc Fessard. Vu la circonstance, c’était particulièrement choquant. Cela manifestait leur totale désolidarisation devant l’agression et ajoutait à notre confusion.

 

Nous tentâmes de faire réaliser aux envahisseurs l’incongruité de leur présence et de leur comportement. Venaient-ils pour adhérer ? Non, ils n’étaient pas venus pour payer une cotisation. Quel dommage qu’ils ne nous aient laissé ni bulletins d’adhésions tardives ni procès-verbal de séance avec leurs noms ! Ils n’étaient pas non plus venus pour discuter. Cyniques et provocants, ils affichaient sans fard la volonté de nous assujettir ou de nous casser. La morgue des nervis. « Camarades ! » gueulaient-ils, et ils se lançaient dans des discours hors sujet pour tenter de nous faire taire ou de nous impressionner.

 

Depuis 3 ans, Jean Ferrat chantait « camarade« .

C’est un nom terrible Camarade
C’est un nom terrible à dire
Quand, le temps d’une mascarade
Il ne fait plus que frémir
Que venez-vous faire Camarade
Que venez-vous faire ici
Ce fut à cinq heures dans Prague
Que le mois d’août s’obscurcit
Camarade Camarade

 

Exceptée Françoise d’Eaubonne, je ne reconnaissais aucun d’entre eux. Par contre, groupés comme des Inséparables, le couple de nouveaux de quelques mois et Jean-Luc Fessard leur faisaient risette et multipliaient les signes de connivence et d’amabilité. Comme ils étaient contents de se voir ! Ils semblaient avoir passé la dernière soirée ensemble et leur complicité ne devait pas dater d’hier. C’était étrange et monstrueux. Nous nous étions réunis avec l’esprit de sympathie et d’ouverture de ceux qui partagent beaucoup, convaincus de vivre une évolution importante, et c’est une société rancie par le mépris et les partis pris d’un autre âge qui nous tombait dessus ! 

 

Tous s’entendaient comme larrons en foire. La pantomime avait été bien réglée… C’était donc cela : un guet-apens ! Voilà pourquoi la salle de danse avait été choisie de préférence au local de l’association moins pratique pour le mouvement des troupes, et où, assis autour d’une table, nous aurions pu accueillir les importuns dans une meilleure posture… La grande salle de danse remplissait enfin son office : elle était comble. Et voilà pourquoi Alain Hervé avait séché son « AG » : pour faire semblant de n’être pas directement impliqué, pour n’être pas mis dans l’obligation d’au moins simuler une défense de son association, pour laisser l’opération se dérouler tranquillement.

 

Pour nous, tout cela était incompréhensible. Nous manquions de tous les éléments qui auraient pu nous éclairer.

 

 

Le mensonge, c’est la vérité

 

La « camarade » Françoise d’Eaubonne était méconnaissable, hautaine, butée, bornée, hostile. Oui, celle-là même qui, avec Guy Hocquenghem, avait lancé le FHAR, le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire, quand nous préparions La Semaine de la Terre. Elle avait signé l’Appel des 343 pour la légalisation de l’avortement un an avant. Comme beaucoup d’autres, elle venait nous voir, sympa, normale, et nous avions des rapports qui semblaient de bonne intelligence. Nous la tenions donc pour une nouvelle amie, croyions que nous étions sur la même ligne, comme des parties complémentaires de la Nouvelle Gauche (1). C’était probablement la plus fourbe de nos agresseurs, ou la plus manipulée. En effet, peu de temps après, elle se prétendra « libertaire » et se réclamera de… l’écologisme (« écoféministe » osera-t-elle) ! Pourtant, là, ce 23 juin 72, dans le studio de Yvette Morin, elle appuyait de toutes ses forces le « système mâle » qu’elle prétendait dénoncer.

 

Le commando qu’elle dirigeait correspondait à la description d’une action du FHAR menée à la même époque :

 

« En France, les tenants de la libération gaie frappent pour la première fois au début de l’année 1971. Regroupés au sein du burlesque Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR), ils interrompent avec succès une tribune de radio, qui porte en ce 10 mars 1971 sur le thème: « L’homosexualité, ce douloureux problème »… Le gros du commando est alors constitué de lesbiennes, dont parmi elles de nombreuses militantes féministes (…) »

Une histoire courte de la révolution gaie

(http://www.lespantheresroses.org/textes/liberation_gaie.htm).

 

Des gens que nous considérions comme des proches, prenant part à cette embuscade, et avec quelle conviction ! Rien que cela aurait dû nous mettre en garde… si nous avions été éveillés aux magouilles de gauche et de droite. Mais cela n’était pas dans notre culture, évidemment !

 

A l’évidence, les autres étaient des gauchistes. Mais pourquoi ? Que venaient-ils faire chez les écologistes ? Ils n’avaient jamais manifesté le moindre intérêt pour les périls qui nous mobilisaient et ne partageaient pas exactement notre sens de la démocratie : leur obsession était « la prise du pouvoir » – même là où il était refusé. La preuve ! D’ailleurs, Fournier avait déjà prévenu contre « ces connards » qui lui avaient pourri la vie plus d’une fois (2).

 

Pas un qui s’étonne de l’absurdité de la situation, ni de l’outrance des propos. Tous nous crachaient leur mépris au visage. Une meute à la curée ! Ils étaient dans une toute-puissance déconnectée de notre monde, un territoire fantasmé où tout est permis. D’où tenaient-ils cette arrogance ? De qui ?

 

Non, ils ne repartiraient pas. Ils étaient à la bonne place. Qui étions-nous pour oser leur parler ainsi, nous qui ne savions rien et étions dans l’erreur et l’ignorance ? Il était temps que nous découvrions la juste cause et sa « stratégie révolutionnaire« , temps qu’ils nous montrent la voie, bla, bla, bla. Ils débitaient des énormités avec l’aplomb d’une longue pratique. En professionnels de l’exercice, ils nous abreuvèrent d’une logorrhée idéologique sans aucun rapport avec leurs agissements, et moins encore avec la raison de leur présence, un modèle de langue de bois. Ils étaient inaccessibles, définitivement juchés sur un piédestal de certitudes sans fondement. Comme d’autres déjà croisés. Comme toujours.

 

Cela me rappela l’intervention hystérique d’un autre lanceur de « Camarades ! » à tous les échos. C’était dans le Bois de Vincennes, le dernier événement de La Semaine de la Terre en mai de l’année précédente. Il avait surgi comme un diable, en courant, pour s’imposer à côté de celui que nous écoutions et lui couper la parole en criant des slogans. Or, celui qu’il interrompait méritait qu’on lui prête attention ; c’était Lanza del Vasto. L’hystérique n’en avait cure. Il avait débité la même logorrhée, celle que les envahisseurs du Pré-aux-Clercs nous servaient, et sitôt l’éjaculation finie il était parti comme il était venu, toujours courant et secoué.

 

 

 

Tous avançaient sous faux drapeaux, avec des pseudos et des maquillages. Seule la chance et la constance me permettront d’en démasquer plusieurs. C’est dire qu’il faudra de la patience pour en savoir plus. Il faudra d’abord découvrir la complicité des deux nouveaux avec le PSU de Michel Rocard (avec Rocard lui-même) pour enfin reconnaître, un an et demi plus tard, deux ou trois de nos agresseurs dans le CLAS (3). Tous se disaient autogestionnaires (!?). Or, nous avions cru voir dans l’autogestion une convergence avec la philosophie politique écologiste de la libre circulation de l’information pour que tous décident en bonne intelligence. Malheureusement, comme l’avait déjà noté Pierre Fournier, « Mai 68, c’était Marcuse. Ces connards ont cru que c’était Lénine » (ou, pire, Mao !), « Concierges de tous les pays, unissez-vous », Charlie Hebdo n° 28 du 31 mai 1971. Manifestation des mouvements de la Nouvelle Gauche, 68 était un élan vital, tandis que les gauchismes n’ont cessé de démontrer leur aversion pour celui-ci. Quelle aubaine pour les stratèges de la conquête capitaliste ! Et quelle coïncidence !

 

Moins expérimentés que Fournier, retrouver des agresseurs dans le CLAS fit plus que nous étonner. L’un d’eux était Maurice Najman de l’AMR (Alliance Marxiste Révolutionnaire), un groupe trotskyste si proche du PSU qu’il y adhérera deux ans plus tard. Le 14 janvier 1974 à la tribune de la Mutualité, lors d’une soirée mémorable, j’entendrai Najman expliquer doctement quel est « l’axe d’une stratégie révolutionnaire pour l’autogestion socialiste » :

 

 

 

En attendant, sur l’ancien Pré-aux-Clercs, l’heure n’était pas à l’autogestion ! Juste en face de moi, le futur discoureur de la Mutualité – Maurice Najman donc – se déchaînait pour nous démontrer le contraire. Il avait du « Camarades ! » plein la bouche, mais cela sonnait comme une insulte. A ses côtés, Françoise d’Eaubonne gueulait les mêmes compliments. Les autres étaient à l’unisson. Un torrent de tchatche. Ils et elles avaient un sacré entraînement !

 

La diversité, qu’elle soit biologique ou culturelle, ces gens-là s’en foutaient complètement – comme de l’autogestion et de la démocratie. Ils ignoraient tout de la gravité de la crise écologique et sociale planétaire *, n’avaient aucune compréhension de l’alternative écologiste, de la contre-culture, et ils n’avaient aucune envie d’apprendre. Leurs réponses à la salve des questions furent très claires : ils ne voulaient pas que nous existions ! Pour eux, nous n’étions rien. Il était évident que nous n’appartenions pas à la même société. Nous n’avions rien à partager.

* son évocation ne provoqua que des rires.

 

Je ne comprenais qu’une chose : la farce risquait de dégénérer en pugilat à tout moment. Les brutes qui nous faisaient face en avaient manifestement l’habitude et le goût. J’aurais pu leur répondre, l’envie ne manquait pas et j’en avais le niveau. Mais les autres écologistes ne faisaient pas le poids et je me serais sûrement retrouvé bien seul. La bagarre n’était pas dans nos méthodes et nos rangs étaient déjà très clairsemés par les nombreux départs de compagnons écoeurés. Combien d’autres réunions ces énergumènes avaient-ils déjà saccagées ? Sous la conduite de Françoise d’Eaubonne, les féministes ne semblaient pas moins déterminées. Les tentatives de rappel aux valeurs communes se heurtaient à un mur de ricanements. Aucune chance qu’elles reviennent à la raison. Je proposais donc au dernier carré d’écologistes d’abandonner les lieux pour laisser les importuns délirer seuls. Adopté, y compris par Henri Fabre-Luce qui conduisait la réunion (enfin, jusqu’à l’agression). Donc, quant à la forme, nous annulions la mascarade d’Assemblée Générale. Ce que je précisai très clairement, tout en me levant, invitant chaque « Ami de la Terre » à faire de même, y compris le couple et Jean-Luc Fessard. Rigolards, ceux-ci déclinèrent en cherchant l’approbation des envahisseurs qui, décidément, semblaient avoir un grand ascendant sur eux.

 

Je sortis avec les derniers résistants. Nous étions bouleversés et incrédules, abasourdis. Tout cela paraissait tellement irréel ! Nous n’avions aucun moyen de deviner ce qui se cachait derrière tout cela. Evidemment, nous étions trop étrangers aux manoeuvres politiciennes pour réaliser pleinement le péril et pouvoir réagir efficacement. Henri Fabre-Luce, qui jusqu’à présent avait accompagné Alain Hervé dans son entreprise, était véhément. Il ne comprenait pas. Alain Hervé lui avait spécialement demandé d’être présent. Pour cela ! Tiens… donc, Alain Hervé lui avait précisé qu’il ne viendrait pas à l’AG qu’il convoquait. Mais il ne lui avait pas tout dit et Henri venait de réaliser qu’il avait été instrumentalisé. Il bouillait. Il allait se battre contre cette honte, « ce scandale« . Il fallait sauver les Amis de la Terre, organiser la résistance ! Dès demain, il allait appeler Alain Hervé et lui dire sa façon de penser. Les autres approuvaient. Nous nous séparâmes bien décidés à vider l’abcès.

 

Pendant ce temps, que se passait-il dans la salle de danse ? Je ne l’ai jamais su. Aucun témoin n’a parlé. Même Jean-Luc Fessard, pourtant de mots peu avare. Il avait participé à La Semaine de la Terre et je l’avais cru sincèrement engagé. Mais son comportement de ce soir-là… Etait-il un entriste ? Depuis le début* ? Il refusera de s’expliquer, même vingt ans plus tard quand je lui ferai la surprise d’un appel téléphonique. D’ailleurs, quel hasard, il avait justement rendez-vous avec son pote le rigolard qui nous avait poussés sur le trottoir.! Un autre aussi, dont je ne doutais pas, laissa échapper sa trahison et l’attente d’une nomination. La distribution des prix était toujours en cours ! Soudée par les récompenses, l’omerta était de règle. Plusieurs expériences faites depuis montrent que rien n’a bougé.

* c’est ce que, sous le coup de la colère, l’un de mes informateurs très tardifs insinuera.

 

L’annulation formelle de cette « Assemblée Générale » sans queue ni tête et le départ de tous les membres de l’association, sauf trois, n’arrêta pas la mascarade. Elle prit même de l’ampleur.

 

Appelé dès le lendemain matin, Alain Hervé ignora nos indignations et éluda nos questions. Une seule chose lui importait : nous porter l’estocade. Evidemment, après le rejet de l’alerte contre les emballages jetables et cette délicieuse soirée qu’il avait organisée, nous ne pouvions rien attendre de lui, sinon pire encore. Alors, avec gourmandise, il nous annonça sa grande nouvelle : un « président » et une « trésorière » nous avaient été laissés en cadeau par la docte assemblée de la veille. C’était grotesque, mais lui dire que cela ne valait pas tripette ne servait à rien. Il en était l’organisateur et il semblait jouir de notre indignation.

 

Quelques dizaines d’années plus tard, Alain Hervé osera écrire : « Jamais il ne se laissa intimider par les apparatchiks de l’extrême gauche qui considéraient l’écologie comme réactionnaire, avant de se peindre à leur tour en vert pour entreprendre la reconquête d’un électorat qui leur échappait. » (Le sauvage, 16 avril 2010, http://www.lesauvage.org/2010/04/michel-bosquet/), à propos de son excellent ami Michel Bosquet, l’un des meilleurs ennemis des écologistes de la Nouvelle Gauche. La réécriture de l’histoire va bon train. « Les apparatchiks de l’extrême gauche« , c’est lui, lui Alain Hervé, qui leur a tenu la porte ! Quant à Michel Bosquet, il était un protecteur de l’un des plus encombrants infiltrés jouant aux apparatchiks d’extrême gauche.

 

Devant notre refus d’accepter ce viol et la colère qui nous prenait, Alain Hervé baissa prudemment pavillon mais se contenta de minimiser en assurant que ces désignations n’avaient pas d’importance, que cela n’était que formalités administratives imposées par la législation de 1901, etc. Une telle opération pour une banale formalité ! Mensonge dans le mensonge : la loi de 1901 n’impose pas ce formalisme – à moins de recevoir des subventions publiques (jamais vues) ou de s’occuper de mineurs. Mais, au fait, au début de l’année, sans même l’esquisse d’une AG, Alain Hervé ne nous avait-il pas tout à coup présenté un « président » censé lui succéder (Y.B.) ? Nous n’y avions pas prêté attention et l’avions presque oublié. Le garçon était inconnu des écologistes, mais son numéro de téléphone correspondait au standard du Nouvel Observateur, là où travaillait Alain Hervé. Y.B. avait disparu aussi mystérieusement qu’il était venu, à la veille du coup de main du Pré-aux-Clercs.

 

 

 

Dans la nasse

 

Une prise de conscience, une motivation collective, une mobilisation, un mouvement social… sont choses délicates, fragiles. Tout à l’enthousiasme qui soulevait tant de gens durant ces années-là, nous croyions, au contraire, que cela n’était qu’un début.

 

Et voilà que tout semblait s’effondrer autour de nous, révélant des postures et des constructions factices. Un décor ! C’était absurde et abject. Nous ne savions comment esquiver et réagir puisque nous ne comprenions ni à quoi ni à qui nous avions affaire. La fragilisation, la démoralisation et l’inhibition de l’action faisaient partie du programme. Nous imposer l’échec et bien nous faire sentir notre impuissance face à un arbitraire grossier relevait d’une science consommée du harcèlement. Les laboratoires de « la guerre psychologique » mobilisés pour la conquête capitaliste ne devaient pas y être étrangers. Via Denis de Rougemont, un personnage aussi important que discret dont nous ne découvrirons la présence que beaucoup, beaucoup plus tard ?

 

Beaucoup abandonnèrent. On ne les revit plus. Cela nous affaiblit tant que, très vite, je constatai que les forces manquaient pour faire le grand ménage.

 

En matière de harcèlement et de manipulation, nous étions encore vierges. Ou, plus exactement, nous n’étions qu’au début d’une prise de conscience. A vrai dire, tant d’inintelligence et de fourberie nous était incompréhensible. Nous n’étions pas de taille à affronter un monde à ce point perverti qu’il s’attaquait aux défenseurs du bien commun en se glissant à leurs côtés !

 

C’est Henri Fabre-Luce qui acheva de nous affaiblir. Oui, lui qui était fou furieux au sortir de l’embuscade et qui avait juré d’en découdre avec Alain Hervé. Sous prétexte de décider de la façon dont nous devions réagir, il m’invita à le rejoindre chez lui, plus exactement dans son bureau. Pour une rencontre entre militants, le lieu était plutôt inapproprié. Il me fit asseoir sur un gros pouf mou et je dus lutter pour ne pas perdre l’équilibre tandis qu’il prenait place sur un fauteuil confortable de l’autre côté d’un grand bureau, 40 bons centimètres au-dessus de moi. Cela me fit rire et je lui demandai si tout cela était étudié pour mettre mal à l’aise ses clients. Je ris moins quand il entreprit de minimiser le scandale qu’il dénonçait quelques heures auparavant. Son indignation et ses résolutions avaient été gommées… Cela n’était pas si grave. Un président est nécessaire, alors pourquoi pas celui-ci ? Il faut savoir composer pour être efficace. Bla, bla, bla… Comment avait-il été retourné ? Et si vite ?

 

Etait-il contraint ? L’identité du président fantoche l’avait-elle influencé ? En tout cas, nous ne reverrons plus Henri Fabre-Luce aux AT ni ailleurs. Quel dommage.

« Pourra-t-on leur assurer une vie digne d’être vécue? Si l’afflux des hommes devait continuer au rythme présent, un bouleversement de la civilisation serait nécessaire pour y faire face.« 

 

Bien sûr, nous aurions dû dénoncer publiquement et en profiter pour développer une réflexion. Mais comment ? Nous n’avions même pas accès au Courrier de la Baleine, le journal de l’association étroitement contrôlé par Alain Hervé *. La censure complétait la fragilisation. Une censure dont nous ne pouvions avoir aucune idée puisque même les journalistes que nous croyions connaître faisaient également partie des organisateurs de la cabale. Même si nous avions été vraiment alarmés, nous n’aurions pas pu alerter ! Mais nous ne l’étions pas encore. La double contrainte faisait pleinement partie de la manipulation : aux agressions avaient à nouveau succédé les sourires et les caresses. Aussi, malgré les contrariétés, l’image « de gauche » de ces Messieurs-Dames nous rassurait plutôt. Ils s’étaient sûrement trompés, ils avaient agi sans réfléchir, mais ils allaient revenir de leur erreur.

* Par contre, grâce aux bons soins de Michel Bosquet (le futur A. Gorz), la grande distribution allait pouvoir s’y répandre pour, après l’élimination des écologistes, donner le change en manipulant les nouveaux environnementalistes : « Il m’initia au journalisme en sollicitant des contributions pour des revues comme « La Baleine », « La Gueule Ouverte »« … juste avant de lui faire « intégrer la première équipe de rédacteurs de « Que Choisir » » !

(La tribune de Michel-Edouard Leclerc)

www.michel-edouard-leclerc.com/wordpress/archives/2007/10/andré-gorz-la-mort-d’un-philosophe.php)

 

Alors, après quelques discussions animées où tout fut dit, nous nous sommes contentés de considérer la chose comme nulle et non avenue. Bien sûr, avec le recul, il est évident que nous avons été beaucoup trop imprudents. Par exemple, excepté l’APRE/Ecologie, nous n’avons même pas pensé à prévenir de la supercherie les autres groupes écologistes. Car, si cette pantomime galonnée était pour nous ridicule, elle allait impressionner à l’extérieur, là où nous n’aurons bientôt aucun moyen de savoir ce qui se passe, et ses conséquences n’allaient cesser de grandir. De toute façon, les compagnons de l’APRE/Ecologie restèrent sans réaction, comme si une telle escroquerie leur était familière ; une banalité, en quelque sorte. Ou comme s’ils en avaient été informés… Curieux.

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à l’époque du sabotage, c’était encore un spectacle courant

 

Mais qui étaient donc les heureux « élus » des féministes d’Eaubonne, de l’AMR, du PSU, du Nouvel Observateur, etc. ? Le couple. Le couple qui ne pouvait dissimuler son contentement de nous voir mis en difficulté par les gauchistes. Un degré de plus dans le ridicule.

 

Lison de Caunes était nommée « trésorière« . Lison était bourgeoise d’extraction. Nous n’en avions aucun souci, mais c’était très important. Elle était la fille du Georges de la télévision. Maman était Benoîte Groult. Cela aussi nous ne l’avons pas su avant longtemps. Benoîte Groult, féministe des salons parisiens. Un rapport avec l’engagement à contre-courant de Françoise d’Eaubonne ?

 

Lison de Caunes, l’un des acteurs du guet-apens du 23 juin 1972, et l’un de ses bénéficiaires… Quel meilleur témoin ? Une que l’on ne peut soupçonner d’alourdir le trait.

 

8 ans plus tard, elle écrira :

« Nous militions dans une petite association qui venait de se créer, découvrions les maîtres à penser de cette toute nouvelle science, le nucléaire et ses tentacules, la pollution, l’importance des biotopes et les potagers biologiques. Après quelques mois d’apprentissage il est devenu président, moi trésorière, (chacun à sa place, non ?). Lui le grand oeuvre, moi l’organisation souterraine. Lui le général, moi l’intendance« .

 

Tombée d’une autre planète !

 

Ou, plutôt, d’un autre siècle. L’ignorance de l’alerte écologiste, l’ignorance de tout ce qui l’avait déclenchée, l’ignorance de la culture politique de l’écologisme, le niveau d’inconscience qui ne modère pas l’infatuation, l’aveu ingénu de la sujétion à la domination… heureusement que la maman de Lison de Caunes était féministe. Toute l’inculture de son milieu vis à vis du mouvement social et du vivant en général ! Comparable aux délires niaiseux des maoïstes sur « le chef« , style « Number One mythique des maos » (Une génération de Mao à Moïse, Alain Garric, Libération du 21 décembre 1984). Probablement inspiré par cette ambiance, vu les appuis dont Lison et son compagnon bénéficiaient chez les admirateurs du tortionnaire de la Chine, car ces réducteurs de têtes étaient nombreux autour d’eux.

 

Et encore : « Je m’en satisfaisais parfaitement ; j’aime organiser et mettre de l’ordre, il aime être le chef et commander » (« Les jours d’après », Jean-Claude Lattès 1980). « Chef« , toujours la terminologie très en vogue chez les gauchistes qui créaient partout des « petits chefs autoproclamés » (Hocquenghem). 

 

 

Ben voyons, c’est tout naturel. Seuls au monde. N’y avait-il personne d’autre dans cette « petite association » ? Les autres les attendaient-ils pour devenir enfin quelque chose ? Ces autres n’avaient-ils donc pas de consistance, d’ancienneté, d’expérience, de compétence pour que les premiers blancs becs venus les coiffent d’une hiérarchie d’armée d’opérette ? Voulaient-ils, d’ailleurs, d’une hiérarchie pareille ? Rien, Lison de Caunes ne s’interroge pas, ne s’étonne pas. La plèbe n’est-elle pas faite pour être dominée, y compris par des incompétents (pourvu qu’ils soient d’extraction bourgeoise) ?

 

Parlant des maoïstes, c’est peut-être ce que Christophe Bourseiller a résumé en « Ils s’investissent dans ce qu’on pourrait appeler des « révolutions minuscules ». (…) Beaucoup (…) inventent l’écologie, militent dans le mouvement des femmes et des homosexuels (…) » (L’extrémisme, une grande peur contemporaine, CNRS éditions). Que voilà une écriture remarquable. Ô combien révélatrice !

 

S’investissent… Ils ne se sont pas investis en apprenant, en s’adaptant, en changeant de mentalité. Ils ont investi, comme des spéculateurs investissent dans un coup boursier, comme des soudards s’emparent d’une place en la nettoyant de ses occupants !

 

Inventent l’écologie (!)… Des révolutions minuscules (!)… C’est en 2012 que Bourseiller écrit cela. 2O12, c’est l’année de Comment avons-nous pu tomber si bas ? où je m’étonne qu’un analyste renommé – Edgar Morin – semble oublier la Nouvelle Gauche et la façon dont elle a été effacée. Heureusement que, parfois, quelqu’un de plus avisé peut encore témoigner : « Tout était sur la table au moins dans les années 70 (…) En 68, déjà, la question environnementale était centrale dans les débats politiques et cette question a totalement disparu des facultés d’économie pour ne commencer à revenir que ces dernières années. » Gilles Raveaud 2015.

 

Quant à Christophe Bourseiller qui publie avec l’onction du CNRS (!), 40 années de confirmation des alertes écologistes et de régression philosophique ne lui ont pas ouvert les yeux, ni même éveillé une curiosité pour ceux que ses petits amis ont remplacés ! La présomption le dispute au mépris pour autrui, rappelant exactement l’attitude des agresseurs gauchistes des écologistes. Même morgue qui, au moins en partie, explique l’inconscience obtuse à laquelle se sont heurtés les écologistes. Mais cela peut être aussi une façon de minimiser le noyautage qui a détruit des mouvements autrement plus importants que le sujet de Bourseiller. Ancien gauchiste, « maçon franc« , enseignant dans des écoles de « sciences politiques« , chroniqueur radio, Christophe Bourseiller est réputé être un « spécialiste de l’extrême-gauche« . Assurément, il ne l’est pas de la Nouvelle Gauche ! Sa confusion est comparable à celle de Olivier Assayas qui, pour illustrer « la génération 68 » dans le film « Après Mai », montre des jeunes bourgeois désoeuvrés s’imaginant résister au système prédateur pour avoir fait un détour par le petit livre rouge, tout en s’alcoolisant et s’enfumant. Alors, en effet, Edgar Morin a, au moins, raison sur un point : « (…) cette docte ignorance est incapable de percevoir le vide effrayant de la pensée politique« .

 

dessin de Yrrah (Harry Lammertink 1932-1996) https://nl.wikipedia.org/wiki/Yrrah

 

Lison de Caunes ne parait pas avoir davantage conscience de la Nouvelle Gauche et de sa philosophie politique contre laquelle s’époumonaient tous les penseurs du capitalisme, dont le triumvirat Norman Podhoretz, Irving Kristol, Raymond Aron – les lanceurs du néoconservatisme que, pourtant, son chéri avait déjà rejoints. Elle ne connaissait pas, même 8 ans après l’avoir approchée ! Elle est passée au travers et a contribué à lui couper les ailes sans s’en rendre compte.

 

Etonnant que cette histoire digne du magazine Nous Deux ait été accouchée avec la complicité de la farouche « éco-féministe » Françoise d’Eaubonne et sous l’oeil de la féministe Benoîte Groult ! Par rapport à l’émancipation des femmes, l’une des préoccupations du mouvement, le témoignage de Lison de Caunes est riche en confessions intimes stupéfiantes. Il permet de mieux cerner la mentalité de nos gauches agresseurs « gauchistes » (mais vrais bourgeois) de juin 1972. Il achève de démontrer l’absence de motivation et l’incompétence *, l’inconsistance vis à vis de l’alerte écologiste, et la duplicité. Mais, parallèlement, il repose avec force la question de la sélection de ceux qui allaient devenir des « élites » (comme ils disent)… Car le saccage de l’AG écologiste pour imposer un ordre contraire au mouvement était bien une forme de sélection. Alors, pourquoi sélectionner de complets étrangers au sujet ? La réponse vient avec l’identification des sélectionneurs.

* mais une connaissance approfondie de l’enfer des bibliothèques

 

Bien entendu, des gens aussi incultes en matière d’écologie, aussi inconscients des urgences, étaient motivés par autre chose. Par une aversion viscérale, comme Pierre Vernant qui allait se répandre dans Lutte Ouvrière en 1973 (note 2) ? Ou étaient-ils en service commandé, spécialement utilisés pour ce qu’ils savaient faire le mieux : saccager ? Pourquoi, on peut l’imaginer sans peine. Mais pourquoi des « gauchistes » ? Et quel rapport avec Alain Hervé qui avait organisé la sauterie du Pré aux Clercs ? De qui, de quoi était-il le délégué ? Quelle entité avait commandité cette « sélection » ?

 

 

Sous la geste révolutionnaire, la réaction

 

Le compagnon de Lison de Caunes qui découvrait « cette toute nouvelle science« , « le général« , le « président » des gauchistes-féministes-autogestionnaires saboteurs de la démocratie associative s’appelait Brice Lalonde. Lui et Lison nous avaient rejoints six mois auparavant. Entre autres participations, lui venait du PSU (mais il ne l’avait pas quitté et on voyait qu’il y avait été formé). Son père* était un confortable industriel et sa mère appartenait à la richissime famille Forbes, celle de Boston. Là, il ne s’agissait pas seulement d’un peu d’argent et de bourgeoisie autochtone, mais d’une dynastie de la domination, de l’oligarchie capitaliste mondiale, le coeur du système destructeur des sociétés et des écosystèmes, ceux-là mêmes dont l’écologisme dénonçait les agissements criminels. Quelle coïncidence ! Pourtant, combien s’interrogent sur cette extraordinaire série d’improbabilités ?

* Alain-Gauthier Lévy (devenu Lalonde en 1950)

 

La famille Forbes doit une partie de sa fortune aux Guerres de l’Opium qui amorcèrent la ruine culturelle, sociale et écologique de la Chine et de toute la région. Déjà une opération d’entrisme, de déstabilisation et de détournement aux épouvantables conséquences, jusqu’à aujourd’hui et pour longtemps encore. L’une des actions fondatrices de la mondialisation de la spoliation, et l’une des plus sinistres. L’arrière grand-père de Brice Lalonde, également de John Kerry (ils sont cousins), Francis Blackwell Forbes, avait amassé une grande fortune dans le commerce de l’opium et de l’héroïne. C’est ainsi que la civilisation chinoise s’est effondrée, sapée par le trafic organisé par les Occidentaux (https://en.wikipedia.org/wiki/Forbes_family)

 

Tout à notre indignation, nous étions quelques-uns à tout ignorer des forces lancées dans la destruction du vivant. Comment aurions-nous pu deviner que la pire réaction avait poussé ses pseudopodes jusqu’à nous ? Tout juste identifiions-nous le capitalisme et l’appétit de pouvoir et de profit comme foncièrement nuisibles. Les gauchistes nous en faisaient une nouvelle démonstration. Mais qu’en savaient-ils eux-mêmes ? Il faudra des années pour commencer à apprendre un petit quelque chose… La dissimulation dit assez la volonté de nuire. En 1981, Hervé le Nestour, qui avait tout d’abord été sidéré par l’ignorance de Brice Lalonde en matière d’écologie (par rapport à ses prétentions), écrira : « Lalonde était le fanion idéal pour certaines complicités américaines« . Bien entendu, l’article ne sera pas publié par l’APRE/Ecologie (l’internet des écologistes à l’époque), comme à peu près toutes les autres interventions qui auraient pu sauver le mouvement alternatif en démasquant les imposteurs (4).

L’imposture – Ce n’est pas l’écologie qui a choisi Lalonde, c’est Lalonde qui a choisi l’écologie, par Hervé le Nestour 1981

Etre le rejeton d’une famille d’affairistes de haut vol ne conditionne pas forcément à devenir un accro au pouvoir et à l’argent. Cependant, qu’est-ce qui avait attiré ce prince précisément chez les défenseurs de la culture du bien commun ? Et, surtout, pourquoi s’était-il fait gauchiste, ou autogestionnaire, ou libertaire – suivant les publics ! Quand nous commencerons à le deviner, il sera trop tard.

 

Heureusement, quelqu’un a pu témoigner au-devant de la scène. Il a dit combien il avait été abusé par les faux-culs qui abondaient à l’époque du guet-apens du Pré-aux-Clercs. Et ce quelqu’un était peut-être là, là sur le Pré, juste en face de moi ! C’est Guy Hocquenghem. Dans la grande salle du Studio Morin, comme son amie Françoise d’Eaubonne, il était peut-être mêlé à nos vrais ennemis communs pour mieux tuer ce en quoi il espérait.

 

Guy Hocquenghem n’a rien dit du saccage de l’assemblée des écologistes. Pourquoi s’est-il privé d’une aussi belle illustration de la fausseté de ses ex-copains ? Car, même s’il n’est pas venu au Pré-aux-Clercs, il n’a pu ignorer l’exploit : non seulement il animait le FHAR avec Françoise d’Eaubonne, mais il était aussi bon ami du « chef » de Lison de Caunes, Brice Lalonde – avant de prendre conscience – (« mon vieux copain Lalonde » écrira-t-il dans les années 1980 pour souligner sa stupéfaction devant ce qu’il tenait pour un « tournement« , comme a dit Libération). D’ailleurs, j’ai souvenir qu’il est passé dans notre petit local du Quai Voltaire pour saluer ses amis Lison et Brice. Alors pourquoi n’a-t-il rien dit ? Combien de temps lui a-t-il fallu pour réaliser qu’il avait été instrumentalisé ?

 

Donc, ce fameux soir de juin 72, venus tout spécialement pour nous, il y avait une partie du FHAR et des AMR pas encore PSU. Peut-être des jeunes gens de la Ligue Communiste (ils aidaient le PSU dans ce genre d’opérations coup de poing). Des PSU du Bureau National aussi que je reconnaîtrai lors de la soirée « autogestionnaire » à la Mutualité, ainsi Michel Mousel. Sans oublier les maoïstes (des « maoïstes » !) qui allaient particulièrement se distinguer dans l’entrisme anti-écologiste (de la « Gauche Prolétarienne« , parait-il). La grande attention, voire la déférence constamment exprimées par l’attitude du couple et de JL Fessard vis à vis de nos visiteurs du soir signifiaient clairement qu’il y avait là des gens importants dans des hiérarchies dont ils faisaient partie. Nous avions affaire à une sorte d’élite autoproclamée, bouffie de suffisance en proportion de son ignorance des questions écologiques. Ils se prenaient pour des aigles, mais – on le voit mieux avec le recul – ils étaient sérieusement arriérés par rapport au monde de ceux auxquels ils s’attaquaient (un échange avec le Bureau National du PSU et les autres événements de l’année 1974 allaient le confirmer amplement).

Derrière Cohn-Bendit et confrères, Maurice Najman

 

Comme l’indique le parcours de Guy Hocquenghem et comme nous pourrons, nous-mêmes, le déduire, il y avait là une sélection des magouilleurs de la Sorbonne en Mai 68 – ceux qui avaient mission de cacher le mouvement social derrière leur théâtre permanent, et de le détourner vers les impasses personnalistes et partisanes. Donc une partie de ces étudiants vénérant les communismes totalitaires (ou simulant leur culte) et que Brice Lalonde fréquentait depuis plusieurs années déjà ; par exemple, ceux du MAU, Mouvement d’Action Universitaire issu de la FGEL, Fédération des Groupes d’Études de Lettres (de l’UNEF, l’une des nurseries de l’arrivisme politicien). Lalonde y avait été imposé « président » par le PSU (déjà !), après un premier coup de force à l’UNEF en 67 (avec Jacques Sauvageot). Sans doute une partie des vedettes épinglées par Guy Hocquenghem – ou leurs frères en imposture – avait fait le déplacement pour soutenir le « camarade » contre ces réacs d’écologistes.

Cohn-Bendit, Bleibtreu, Lalonde, Bouguereau

 

Face à nous, un échantillonnage de ceux qui allaient bientôt pouvoir se vanter : « Tout m’a profité » (Serge July 1978). Ceux qui allaient se goberger et plastronner dans les salons du pouvoir mitterrandien et toute la suite jusqu’à aujourd’hui : les futurs chargés d’affaires (dans tous les sens), dérégulateurs néo-cons, écocidaires, ministres, sénateurs, abonnés aux media et aux honneurs en proportion des services rendus à la domination. Quelques autres aussi, moins connus mais tout aussi déterminés et efficaces dans la censure du mouvement écologiste jusqu’à aujourd’hui. L’un d’eux, Jean-Pierre Duteuil du Mouvement du 22 mars (à droite sur la photo ci-dessous), toujours très proche de Daniel Cohn-Bendit, a contribué à la censure d’un article sur… Denis de Rougemont, l’agent de l’oligarchie capitaliste exécuteur de la Nouvelle Gauche écologiste. Encore un hasard, probablement.

 

Justement, dans la grande salle de danse du Studio Morin, contre les écologistes, il y avait essentiellement des potes à Cohn Bendit – depuis Nanterre et la Sorbonne 68 où, déjà, ils avaient réussi, à force de magouilles, de réunions prises d’assaut et de folklore pseudo-révolutionnaire, à masquer l’esprit des grèves et de la Nouvelle Gauche. Je n’ai pas vu, ou pas reconnu Cohn Bendit ce soir de juin 1973, Mais il ne pouvait être étranger au merdier ; de même qu’il sert encore aujourd’hui – 45 ans plus tard – à empêcher l’émergence d’une pleine conscience des causes de l’effondrement.

Peut-être même étaient-ils tous là, car les ex-amis de Hocquenghem formaient une coterie dont les liens indéfectibles me seront involontairement révélés une quarantaine d’années plus tard par un « camarade » de l’époque. Sa maladresse me dévoilera d’un coup l’étendue de ce qui sera encore dissimulé (en 2015, 16, 17, etc. !) et me confirmera la permanence des complicités mobilisées pour l’effacement des mouvements critiques.

manifestation du Comité Vietnam en 1967 (photo Gérard-Aimé)

On y voit Jacques Bleibtreu, Henri Maler, Jean-Louis Péninou, Claude Chisserey, Alain Krivine et… Brice Lalonde

Comme dans d’autres photos, comme Hervé le Nestour et Jean Detton l’ont vu faire, Lalonde est mêlé aux trotskystes et futurs (ou déjà) maoïstes qui allaient le soutenir contre les écologistes. Plus précisément, ces curieux « gauchistes » allaient se déchaîner dans les opérations capitalistes d’éviction et de remplacement des écologistes – comme celle du 23 juin 1972, et dans le pseudo « Mouvement Ecologique » apparu dès 1974 et dirigé par les mêmes, avec les mêmes grands bourgeois en coulisse *. Pour des gens qui prétendaient se dresser contre l’impérialisme américain et le capitalisme, c’est original ! Combien ont été bernés et, à la différence de Guy Hocquenghem, n’ont jamais compris (ou voulu comprendre) ? Quoi qu’il en soit, ils ont magnifiquement servi la globalisation capitaliste, surtout à partir de la « Campagne Dumont« . Celle-ci ayant permis l’élimination des écologistes, il fallait un nouveau mirage capable de capter l’attention de tous ceux qui avaient cru dans l’image Nouvelle Gauche habilement transmise par René Dumont en se servant de nous. Donc, après la mystification « Amis de la Terre » qui avait réussi à fixer et à fragiliser une partie des premiers lanceurs d’alerte, il fallait ce « Mouvement Ecologique« , piège de deuxième génération, plus étroitement contrôlé encore, pour réinstaller les hiérarchies, donc réorienter vers la capitalisation et l’électoralisme les novices déjà ignorants des étapes précédentes. Sur ce « ME« , voir la note 16 et le témoignage d’Aline et Raymond Bayard de Maisons Paysannes de France.

  • Jacques Bleibtreu participera même à une campagne électorale de Lalonde dès 1977; une nouvelle opération propagandiste pour détourner du mouvement écologiste opposé à l’électoralisme. Bleibtreu aussi pouvait être là dans la Salle du Studio de Yvette Morin en juin 1972. Nous dûmes plusieurs fois l’affronter. En particulier, quand il tenait le crachoir du groupe essentiellement gauchiste (en façade) « Mouvement Ecologique » (tel quel !).

 

D’autres photos trahissent la proximité de ces « révolutionnaires » qui, pour faire place à la globalisation capitaliste, allaient consacrer beaucoup d’énergie à l’élimination des écologistes. C’est là qu’ils ont gagné leurs galons et leurs carrières.

 

Physiquement, par délégation, par la magie de la cooptation ou de la contamination, on peut considérer que, dans la grande salle de danse du Studio Morin, il y avait toute la ribambelle d’arrivistes et d’illusionnistes à venir, accouchés par les premiers – comme tel grand ami de Lalonde et maoïste militant au point de faire un pèlerinage de plusieurs mois à Pékin avant de se lancer dans les affaires les plus juteuses avec Bernard Tapie et, lui aussi, de devenir « ministre de l’écologie« . D’ailleurs, il était peut-être vraiment là sur le Pré-aux-Clercs. Peut-être aussi celui qui, seulement six ans plus tard, allait se réjouir : A mesure que nous vieillissons, la génération s’impose, occupe des positions de pouvoir, meuble des hiérarchies, tient la scène et les journaux, écrit des livres, les publie, les commente”. Celui-ci c’est Serge July, le « loup gauchiste mal élevé » (Hocquenghem), maoïste devenu patron du journal libéral-libertaire (sic, c’est bien de July) Libération qui, béat, se répandait déjà en révélant les appuis multiples dont lui et ses semblables avaient profité, et, incidemment, la conquête toujours en cours (j’aime beaucoup « meuble des hiérarchies« ).

 

Dès le début, l’ostracisme et la censure se montraient en filigrane. Le guet-apens du Pré-aux-Clercs n’était qu’un amuse-bouche. Il préfigurait tout ce qui allait suivre. Car, depuis Nanterre et la Sorbonne 68, c’est toujours la même coterie d’imposteurs et le même système oligarchique qui, agglomérant des bataillons de nouveaux arrivistes à chaque générations, « enterre tout possible et tout futur » (Guy Hocquenghem).

 

En juin 1972, nous n’avions aucun élément pour étayer les soupçons naissants. Ce n’est qu’en février 1974 qu’une lettre de Michel Rocard et de ses proches du Bureau National du PSU allait nous révéler l’essentiel de la supercherie (5). Tous ces gens avaient été mobilisés spécialement contre les écologistes pour effacer la culture du bien commun qui s’opposait à « la croissance marchande« , donc à la libre entreprise du laisser-faire n’importe quoi sans souci du contexte. La croyance en une croissance démographique bénéfique faisait partie du paquet. Cette « croissance marchande » semblait avoir valeur de dogme. Elle puait le dominateur borné par le mépris de caste et le mercantilisme. Mécanistes, derrière la façade autogestionnaire, ils ne pensaient que subordination de la société à un « haut » (eux sans doute), et distribution des fruits de leur « croissance » calculée sur des bases fausses. Cela annonçait le démantèlement des services publics et toutes les dérives technologiques et commerciales nuisibles (comme les emballages jetables et l’écrasement des prix sous les profits du dumping social et écologique). Cela préfigurait une dégradation générale, à commencer par celle des interrelations constitutives de la société, donc une perte de contrôle de l’environnement, même immédiat. Bientôt, nous n’allions plus pouvoir protéger l’essentiel et nous allions devenir les témoins impuissants des dérives anti-démocratiques et anti-écologiques que nous avions voulu éviter, et de la montée des malversations induites. La plupart des désastres à venir étaient inscrits dans l’aveu et l’attitude du bureau de ce PSU que nous avions cru proche.

 

Des dizaines d’années plus tard, certains se demanderont encore comment se débarrasser de ce schéma et par quoi le remplacer ! De la sorte, ils confirmeront que cette aberration avait valeur de dogme depuis très longtemps. Dans les années soixante-dix et, déjà, dans les années 1960 avec le soutien à la grande distribution (de droite à gauche), ses croyants n’avaient aucun souci du contexte, de son prix pour tous et le vivant. Ils voulaient seulement effacer le retour de l’intelligence du bien commun. Gauchistes et capitalistes, tous voulaient en finir avec ce que nous incarnions – nous : Fournier, Survivre et Vivre, la Semaine de la Terre, Maisons Paysannes de France… La libre circulation de l’information, la régulation de l’activité économique et du « progrès » par le peuple et la nature (et, justement, la dénonciation de l’opposition culturenature), la reconversion industrielle, l’émancipation, la démocratie libérée des névroses dominatrices et des capitalisations qui la détournent et l’anéantissent, la défense du bien commun jusqu’au développement du collectif, etc. Partageant la même culture mécaniste et dominatrice – impérialiste -, gauchistes et capitalistes vomissaient littéralement toute évocation du vivant et de ses dynamiques.

 

 

C’est la gauche qui a procédé à la dévaluation généralisée de l’utopie. J. Baudrillard l’avait expliqué : si le socialisme « s’installe sans coup férir, ce n’est pas tant qu’il vaincu la droite, c’est que tout l’espace a été balayé devant lui par le reflux des forces vives« . Comme disait l’Express : « La victoire de la gauche a bien sonné le glas de la pensée socialiste. Du rêve écologique aussi« . Vous fûtes les opérateurs de cette mise à plat (…)

Guy Hocquenghem, page 14

 

Depuis qu’elles existent, et c’est ainsi qu’elles se sont constituées, les forces du pouvoir et de l’argent utilisent les moyens les plus perfides pour anéantir les alertes, les résistances, les projets alternatifs. C’était notre tour et la tâche fut facile ! « L’écologie et les écologistes étaient une proie facile puisque ceux qui la pensaient ou la vivaient la trouvaient antagoniste à la politique » (Hervé le Nestour 1981 : Ce n’est pas l’écologie qui a choisi Lalonde, c’est Lalonde qui a choisi l’écologie). Hervé le Nestour le savait d’autant mieux qu’il avait eu, en 1971, la surprise d’être littéralement démarché par un Brice Lalonde en quête d’un courant politique à coloniser. Lalonde et ceux qui l’employaient avaient fait un business plan et avaient tenté de circonvenir même une personnalité aussi peu conforme à leur monde ! C’est sans doute ce que, une quarantaine d‘années plus tard, Christophe Bourseiller s’efforcera de décrire en parlant d’investissement : « Ils s’investissent dans ce qu’on pourrait appeler des « révolutions minuscules ».

 

Tout dans le guet-apens du 23 juin 1972 annonçait la suite – l’organisation, l’identité des acteurs et leur proximité troublante, leur double-discours, leur aversion pour la culture écologiste, leur amour des hiérarchies de la capitalisation des pouvoirs confisqués, leurs connexions secrètes avec le monde de l’argent… Toute la suite.

 

A l’attention des historiens penchés sur lui, Brice Lalonde déclarera plus tard : « Les militants gauchistes ont apporté leurs techniques aux hygiénistes de droite qui prêchaient le bio » (« Les Verts sortent du bois » par Roger Cans, un article constellé de fausses informations publié par Le Monde le 10 juin 1992). Comment Lalonde a-t-il fait pour garder son sérieux ?

 

Pour rédiger son « historique« , Roger Cans n’avait communiqué avec aucun des écologistes de ma connaissance. Bien entendu, je lui ai écrit pour lui proposer une meilleure information. Bien entendu, comme les autres contactés pour la même raison, il n’a jamais répondu et a continué à diffuser le récit fabriqué par les saboteurs du mouvement. Comme par hasard, c’était l’époque de l’Appel d’Heidelberg et d’un grand déchaînement médiatique anti-écologiste.

 

Guy Hocquenghem aurait été passionné par la découverte des coulisses. Mort prématurément en 1988, il n’a pas eu le temps de deviner la mégamachine derrière l’épaule de son « vieux copain Lalonde« . Il n’a pas eu assez de temps pour apprendre que, pour la plupart de ses anciens « copains« , la « méthodologie de la manipulation » où ils excellaient n’avait pas « l’excuse d’être au service d’une noble cause« . Il n’a pas eu le temps de se rendre compte que le « reniement » lui-même était une pantomime, car c’est l’engagement premier qui avait été simulé.

 

En observant ces gens-là, des observateurs extérieurs ont pu croire à une dégénérescence ultra-rapide du mouvement social, et, bien entendu, pour boucler la manipulation, la réaction a généreusement exploité le filon en entretenant la confusion entre celui-ci et les aigrefins – ceux que même des anciens des groupes gauchistes désignent depuis longtemps comme des « escrocs« .

 

L’objet de la mobilisation du 23 juin 1972 – porter sur le pavois Brice Lalonde – est hautement révélateur sur les uns et les autres. Cela n’était pas tant la famille qui révélait ce personnage ; tout de même l’une des familles de l’oligarchie capitaliste mondiale. Ce sont les réseaux auxquels il appartenait depuis des années; entre autres, le lobby des supermarchés comme son maître et protecteur Michel Bosquet (futur André Gorz), l’un des patrons du Nouvel Observateur – évidemment. Nous étions presque tous dans l’ignorance. Presque… car certains savaient.

 

 

 

Quand glisse le masque

 

Bernard Charbonneau était l’un de ceux qui savaient ce qui nous était soigneusement caché. Lanceur précoce et longtemps incompris de l’alerte écologiste, son parcours est très révélateur. Il s’est lâché un peu dans La Gueule Ouverte n° 21 :

(…) Tout intellectuel ou militant français engagé dans cette lutte (l’opposition à la société industrielle) ne devrait jamais oublier à quel point l’éveil de l’opinion a été une entreprise préfabriquée.

C’est en 1970, année de la protection de la nature que tout a été brusquement mis en train par la caste dirigeante. On peut parler d’un véritable « feu vert » donné cette année-là à la critique de la pollution et de la destruction de la nature. Jusque-là, aveugles au ravage qui s’étendait depuis au moins dix ans devant leurs yeux, les Français le découvrent sur l’écran de « La France défigurée », la presse prend le relais, du Figaro au Monde, qui inaugurent la rubrique « Environnement », que confirme la création d’un ministère. Chaque grande maison d’édition ou revue a son secteur écologique.

L’« environnement » devient soudain source de notoriété et de places. Les intellectuels (qui sont de gauche comme la banque et l’industrie sont de droite), à la suite de l’Amérique représentée par Ivan Illich, découvrent les problèmes de la société industrielle qu’ils s’étaient obstinément refusés à se poser. Et Morin, Domenach, Dumont, etc. se convertissent à l’écologie.

(…)

Même Georges Pompidou s’est fendu d’un discours environnementaliste le 28 février 1970, à Chicago

 

 

Bernard Charbonneau connaissait la Nouvelle Gauche écologiste. Il s’adressait à elle en écrivant dans l’un de ses journaux et, toujours dans cet article de juillet 1974, il montre qu’il l’appréciait :

« Nouveauté des thèmes, marginalité, spontanéité du mouvement, ce sont là les signes d’une véritable révolution (rupture dans l’évolution) en gestation« .

Et, pourtant, il l’accuse d’ambiguïté, d’être capable de régénérer « le gouvernement, l’économie, la morale, l’armée et la police« , comme d’autres « mouvements d’opposition et même des révolutions » ! Cependant, il dit aussi : « l’éveil de l’opinion a été une entreprise préfabriquée« , montrant qu’il ne fait pas clairement la différence entre le mouvement social et la manipulation de la caste dirigeante. C’est très révélateur des contradictions qui déchiraient un Bernard Charbonneau partagé entre la Nouvelle Gauche écologiste et un « collège invisible de l’écologisme« , authentique société secrète attestée par plusieurs de ses membres et baptisée Ecoropa. Le réseau Ecoropa n’avait pas pour fonction d’organiser des cérémonies bucoliques au clair de Lune. Il réunissait de bons capitalistes de bonne culture élitiste rassemblés par leur crainte des écologistes de cette Nouvelle Gauche des années soixante, laquelle mobilisait contre elle, depuis plusieurs années, le ban et l’arrière-ban de l’appareil de la guerre économique mondiale. Ecoropa était le prolongement d’un réseau tout aussi secret improprement nommé Diogène. C’est au sein de ce Diogène et dans ses coulisses que les opérations d’étouffement et de récupération de l’écologisme (de son image seule) ont été décidées. Ainsi, l’agression du 23 juin 1972. Cela, Charbonneau devait l’ignorer.

 

Charbonneau s’est approché de la Nouvelle Gauche écologiste, mais il n’a pas vraiment communiqué avec ses acteurs. Il n’a transmis aucune information utile aux personnes et aux groupes, et est resté élitiste et distant vis à vis d’eux (sans doute a-t-il été trompé sur leur identité). Il a surtout accordé son attention au grouillement des dominants (« la caste dirigeante » dit-il) alertés par le mouvement mondial de contestation, et organisant fébrilement des contre-feux. Né en 1910 et proche de plusieurs acteurs de l’opération, Charbonneau était beaucoup mieux placé que nous pour voir la mise en place du dispositif de manipulation de l’opinion. Il en était tellement familier qu’il semblait croire que tout le monde était informé comme lui :

« Tout intellectuel ou militant français engagé dans cette lutte (…) ne devrait jamais oublier à quel point l’éveil de l’opinion a été une entreprise préfabriquée« .

 

Oublier… nous ne savions rien ! Il ignorait donc le désarroi de ceux auxquels il s’adressait et lui-même ne savait rien, ou trop peu, des manipulations qui étaient en train d’étouffer « l’opposition à la société industrielle« la Nouvelle Gauche – en lui substituant des ersatz compatibles avec le système destructeur du vivant. Sinon, comment expliquer qu’il attribuait « l’éveil de l’opinion » à cet éteignoir (!) et informait (en regrettant de n’y être pas associé) plus qu’il ne dénonçait ? Il aura pris les manoeuvres de récupération et de substitution (une technique du contre-feu) pour des tentatives de stimulation par le haut ! Mieux encore : cajolé par ses faux amis passés au néo-capitalisme, il n’allait pas tarder à rejoindre l’imposture plutôt que d’aider les écologistes à lui résister. C’était raté pour la « véritable révolution (rupture dans l’évolution) en gestation » !

 

Il semble que Bernard Charbonneau n’ait jamais compris à quel point il avait été manipulé par la caste dirigeante. On peut se poser la même question vis à vis de l’un de ses amis : Jacques Ellul. En effet, quel rapport entre

« Quel dieu veut-on servir ? Celui de la Technique, de l’Économie et de l’État, le Dieu Efficacité qui réduit l’homme au rang des objets qu’il consomme ?« ,

ou : « Plus que jamais, chacun doit choisir entre la puissance et la liberté » (Vivre et penser la liberté)

et sa participation au même « collège invisible de l’écologisme » ? Se peut-il qu’il n’ait pas su, pas même deviné, qu’il avait rejoint le parti de la puissance réificatrice de toute chose ?

 

1974 07 – Le « mouvement écologiste », mise en question ou raison sociale, par Bernard Charbonneau

Le cas de Bernard Charbonneau renseigne sur la fonction de l’agression du 23 juin 1972. Voilà une personne engagée depuis longtemps sur le même terrain que nous, mais avec laquelle nous n’avons jamais pu échanger de façon constructive. Un mur de connivences et de désinformation l’a empêché. Casser les écologistes et les effacer derrière des leurres, tel le « président » adoubé par la troupe gauchiste, faisait partie des méthodes déployées pour séparer les complémentarités, très exactement empêcher qu’elles se reconnaissent, échangent les informations qui leur manquaient et s’assemblent. D’ailleurs, il est fort possible que l’imposteur bombardé par les adversaires des écologistes ait été avantageusement présenté à Charbonneau pour mieux lui dissimuler les militants français engagés dans cette lutte (comme l’a vécu Henri Laborit). C’est plus que probable puisque plusieurs des protecteurs de Lalonde étaient des relations de Bernard Charbonneau (Ellul, Kressmann, Rougemont…).

 

Escamoter des militants derrière des doublures, dissimuler une alerte derrière un message lénifiant, falsifier ou remplacer une association, un parti, un syndicat (comme la CGT vidée par un autre agent du capitalisme pour constituer FO), un mouvement (la Marche pour légalité par « SOS Racisme« ), une identité politique (la gauche des luttes sociales par « la deuxième gauche » de la conversion au capitalisme), etc. est une technique de manipulation classique, si commune même qu’il semble qu’aucun mouvement critique et alternatif n’y ait échappé. Suprême perfidie, pour éviter que la plupart en aient conscience et apprennent à s’en défendre, elle n’a pas de nom aidant à l’identifier, donc à en parler et à la documenter. On pourrait l’appeler : l’escamotage, le détournement, le remplacement… C’est une sorte de lutte biologique où les éléments dangereux pour la monoculture politicienne propice à l’exploitation sont discrètement poussés sur le côté, et remplacés par des leurres. Le remplacement complète l’entrisme, la censure et l’ostracisme pour détourner l’attention afin que les prosélytes soient attirés par le simulacre, et qu’aucune nouvelle émergence ne vienne combler un vide dont la plupart ne s’aperçoivent même pas. En effet, avec les moyens de désinformation mobilisés dès 1970 et même avant, la manipulation est imperceptible pour qui n’a pas, à proprement parler, le nez dessus.

 

L’objectif ultime des manipulations commencées à la fin des années soixante est le contraire exact de ce que proposaient les écologistes. Ceux-ci attiraient l’attention sur les différences complémentaires et tout ce qui relie chacun à la biosphère. Ils voulaient stimuler la sensibilité, invitaient à l’empathie pour le vivant et, donc, ouvraient à la compréhension du bien commun. Très mauvais, cela, pour la croissance marchande et la bourse ! L’élimination des écologistes et de tous les autres courants critiques et alternatifs a permis de créer un appauvrissement des représentations, une réduction de la perception du vivant telles que puisse être imposé le récit capitaliste, sans résistance, sans perspective de changement, comme une évidence à laquelle il faut se résigner. Réduire et focaliser pour que l’individuel et le collectif ne soient plus régulés et gouvernés que par le projet de transformation du vivant en fabrique de profit.

 

 

L’invisibilisation des alertes et des alternatives

 

Il reste encore à préciser un point de grande importance, un point pratique qui explique l’efficacité des blocages et leur stabilité. Il permet de bien comprendre l’ampleur de la manipulation et sa malignité. Un scandale connu de tous – l’amiante en France – l’a révélé de façon spectaculaire, mais peu en ont pris la mesure. Ou, plutôt, nous avons collectivement été empêchés d’en prendre pleinement conscience. Durant quinze ans, un lobby de l’amiante (le CPA, Comité Permanent Amiante) a exercé un contrôle complet de l’information, au point d’anesthésier l’État, les media, les syndicats (sauf FO), etc. Tous « les corps intermédiaires » participaient à la censure des lanceurs d’alerte, à l’omerta et, souvent, à la propagande *. Les corps intermédiaires… Tous ces clercs nourris par la communauté, en position d’arbitrage entre le pouvoir et le peuple, ce peuple qui, bien sûr, a grand besoin d’être guidé, voire contrôlé. Toutes ces structures censées être compétentes, protectrices, impartiales, probes. Donc, avec l’amiante, la presque totalité des « corps intermédiaires » était tombée sous l’influence d’intérêts si particuliers qu’ils étaient ouvertement contraires au bien commun. Les vigilants réduits à l’impuissance, la conscience collective qui s’éveillait dans les années 1970 est retombée. Le résultat est à la mesure de l’organisation de l’omerta : des souffrances inestimables et des centaines de milliers de morts. Cela en toute conscience des « responsables » dûment informés.

* « Le drame de l’amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l’avenir » (rapport d’information n°37, Sénat 2005-2006)

https://www.senat.fr/rap/r05-037-1/r05-037-1.html

1974-2005 : l’AMIANTE à mort – 1ère partie, par ACG

La permanence des complicités tissées à l’époque est démontrée par l’impossibilité de faire, en France, un grand procès de l’amiante. Mais, on le devine, cette alliance contre le bien commun n’a pas seulement été réalisée pour dissimuler la dangerosité de l’amiante et les profits faramineux tirés de sa diffusion dans tous les poumons ! Avant l’unité des « corps intermédiaires » pour l’amiante, les écologistes et toute la Nouvelle Gauche subissaient sans comprendre, depuis 1968, une autre forme de la grande alliance. La constitution d’un « collège invisible de l’écologisme » (le réseau Diogène dès 1969), la démonstration du 23 juin 1972, les censures, les grenouillages sans nombre, la « campagne Dumont« , l’éviction des écologistes et leur remplacement systématique par des capitalistes, des carriéristes et des réformistes mous, ont mis en lumière l’implication du patronat (en particulier, des Henry Hermand et Edouard Leclerc de la grande distribution) et des banques, mais aussi de tous les partis, des journalistes (6) et d’une très large partie de la « fonction publique« . Un « collège invisible » pour rendre invisibles la résistance et l’alternative au système prédateur du bien commun. Imparable !

 

Qui s’intéresse à la préservation de l’eau (captages et distribution, sources, zones humides, têtes de bassin versant, etc.), fait le même constat sur des dizaines d’années (7). Même évidence pour toutes les destructions massives, et ce qui a été imposé en déstructurant, monopolisant, ruinant, polluant les individus, les communautés, les écosystèmes (supermarchés, automobile individuelle, déstructuration de l’espace social et économique, et augmentation des distances, pesticides, plastiques, nucléaire, etc.), sans oublier d’étouffer les alertes, les résistances et les alternatives.

 

La colonisation et le formatage des corps intermédiaires par des conditionnés et des asservis a permis d’inscrire dans le marbre le détournement de l’État et de tous les réseaux complémentaires.

 

Surtout depuis le début des années 1980, tous les personnels des institutions et autres formations de pouvoir ont été changés, ou gagnés à la cause capitaliste. Pour pérenniser les détournements, l’enseignement préparatoire à ces postes a été modifié de façon à conditionner les futures « élites« . Il s’agit de fausser leurs perceptions pour détourner leurs motivations vers le service de l’exploitation à outrance. Comme leurs aînés. C’est pourquoi une histoire des mouvements sociaux profondément révisée est enseignée partout, et pourquoi ses « enseignants » fuient à tire d’aile quand on les aborde aimablement en tentant de leur apporter de l’information.

 

C’est donc un travail profond sur les déterminants de la conscience qui a été mis en oeuvre dès le lancement du Congrès de la Liberté de la Culture et autres structures d’accompagnement de la globalisation capitaliste. Tous les autres – le peuple – n’ont pas été oubliés. La désinformation, le langage orienté qui valorise les fonctionnements nuisibles*, et la propagande omniprésente, n’ont cessé de limiter leur horizon, de réduire leur capacité de compréhension des stratégies et des enjeux, et, donc, leur capacité d’exprimer une critique et des projets, de construire une véritable résistance et une alternative. En voulant éliminer toute opposition à leur entreprise mortifère, les réseaux de la prédation ont provoqué un effondrement de l’intelligence collective et des capacités d’attention de la plupart ; en somme, de la conscience et des capacités d’interagir en bonne intelligence – une dégradation qui deviendra de plus en plus évidente. C’était bien le but : anéantir la principale évolution qui avait accompagné le mouvement de la Nouvelle Gauche, afin de prendre un contrôle total sur tout et à tous les niveaux. Pratiquement : monter en épingle « la libération sexuelle » (jusqu’à l’éloge de la pédophilie !) et la décontraction vestimentaire, pour mieux dissimuler l’enterrement de la conscience écologiste et politique qui avait commencé de revivifier la démocratie en l’étendant au vivant en son entier. Ce faisant, ils ont alimenté le désespoir et les dérives extrémistes, créant un désordre tel qu’il interdit la révolution nécessaire pour réduire le désastre en cours.

* entre autres, « niveau de vie » et, pire, « pouvoir d’achat« , « échelle sociale« , « ascenseur« , « déclassement« , qui réduisent tout à une question d’argent et de pouvoir capitalisé, donc spolié à tous les autres. Sans oublier ces stéréotypes verbaux – tels la nature, l’Homme, l’environnement, la politique, etc. – que les écologistes remettaient déjà en cause parce qu’ils pénètrent les démarches les plus intimes, usurpent les motivations, décident pour nous – en bref, font de nous des choses (d’après Yves Bonnefoy, l’aliénation du langage, « Entretiens sur la poésie 1972-1990 », chapitre « Poésie et liberté »).

Précisément, confirmant la dénonciation faite par Bernard Charbonneau, c’est en 1970 que le terme « environnement«  a été substitué à celui de « milieu«  et qu’un effort remarquable a été produit pour le généraliser :

« On a justement dit que « l’année 1970 vaut plus que sa durée »* dans le sens où, de cette période, date la définition de l’environnement (…) Partout, s’inventent des formes mnémotechniques assurant que ce qui se dit en 1970 pourra être revisité plus tard dans les mêmes termes, provoquant ainsi une chambre d’écho imposante à cette année qui décidément « vaut plus que sa durée ». (…) Les conditions de cette chambre d’écho, qui fait que l’histoire va se répéter à partir de 1970, sont aussi les conditions de la reprise des références, des terminologies, des expériences. On assiste à une véritable herméneutique de l’environnement, des textes en interprétant d’autres qui, eux-mêmes, en interprètent d’autres encore (…)« 

1970 : L’année clef pour la définition de l’environnement en France, Florian Charvolin 2001

https://journals.openedition.org/histoire-cnrs/3022

* Odon Vallet : L’administration de l’environnement, édit. Berger-Levrault 1975

« Milieu » n’était pas un terme satisfaisant pour rendre compte des complémentarités et des interdépendances tissant l’ensemble dont nous sommes des composantes. Sauf quand il est complété par « ambiant« , comme dans les autres langues latines ; et mieux encore quand « ambiente » suffit à exprimer les dynamiques de l’intégration et ds interrelations. Mais comme « nature« , « environnement » est tout autre. Il distingue, il sépare, il dissocie, il bride la pensée, il est un handicap à la compréhension de l’écologie. Cela n’est probablement pas par hasard si la promotion de cet « environnement » est intervenue simultanément avec la récupération et le détournement de l’alerte écologiste par la caste dirigeante.

Notons l’excellente description des techniques du matraquage idéologique, faite par Florian Charvolin. Elle vaut pour les méthodes employées afin d’escamoter l’écologisme derrière l’électoralisme vert.

 

 

Ce sont ces substitutions et ces réductions qui autorisent le changement de « la démocratie représentative » en cooptation contrôlée par l’oligarchie – un simulacre. Car l’important se passe bien avant la pantomime électoraliste. C’est dès leurs premiers frémissements que les alertes et les alternatives sont anéanties, donc la préoccupation du bien commun. Avec cette délicieuse soirée organisée au Pré-aux-Clercs, nous étions en train d’en faire l’expérience. Le témoignage de Guy Hocquenghem, les fanfaronnades de Hervé Hamon et Patrick Rotman (qui étaient sur le terrain, dans les rangs de nos adversaires, avant d’écrire « Génération »), l’aveu de Olivier Rolin (Tigre en papier), les répandages de Serge July, les confessions de Rony Brauman sont complémentaires. Tous montrent à l’envie les procédés de bas étage qui produisent l’élévation des « élites » politiciennes, l’anéantissement des résistances et des projets alternatifs, et leur remplacement par les plans des prédateurs. 

« Vous vous êtes assis sur le seuil de l’avenir, et (…) cet aliment de l’esprit qu’est l’utopie, vous empêchez du moins les autres d’y toucher. Aux pauvres jeunes gens d’aujourd’hui, vous ne laissez même pas l’espérance, ayant discrédité tout idéal, au point de rendre presque vomitive toute évocation de mai 68. (…) votre réseau contrôle toutes les voies d’accès et refoule les nouveaux, le style que vous imprimez au pouvoir intellectuel que vous exercez enterre tout possible et tout futur. Du haut de la pyramide, amoncellement d’escroqueries et d’impudences, vous déclarez froidement, en écartant ceux qui voudraient regarder par eux-mêmes qu’il n’y a rien à voir et que le morne désert s’étend à l’infini » (Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary). Il avait déjà tout vu Hocquenghem.

 

Quel dommage qu’il n’ait pu voir la confirmation de ce qu’il avait déjà dénoncé !

 

Juste la suite du programme décidé dans les années soixante

 

 

 

Leur « jeu de la démocratie« 

 

On peut maintenant compléter le constat fait par Guy Hocquenghem : le spectacle de cette Cour des Miracles de la réussite sociale, où les turpitudes de l’arrivisme et du mercantilisme ont tout naturellement prolongé les méthodes totalitaires, allait ajouter à la perte des repères un effet délétère durable sur les nouvelles générations.

 

Nous n’avons pas compris qu’un écran était interposé entre nous et tous les autres, surtout les proches. A l’extérieur du groupe, même les observateurs attentifs, ceux-là mêmes qui étaient intéressés par nos actions, n’allaient plus avoir connaissance de notre existence. D’ailleurs, l’invitation à rejoindre cette « association » n’était-elle pas un premier acte de ce tour de passe-passe ? Ainsi, ceux qui voudront rencontrer les écologistes ne s’apercevront pas de la dissimulation et, dépités se replieront (tel Henri Laborit), ou finiront par collaborer avec leurs propres adversaires (comme Charbonneau).

L’imposture – Henri Laborit et la nouvelle gauche écologiste

La principale mobilisation de la caste dirigeante, qui avait inspiré à Bernard Charbonneau la critique parue en juillet 1974, était le réseau Diogène qui s’est mué ensuite en Ecoropa. Comme l’ont trahi les participations à l’agression du 23 juin 72, la décision de réduire à l’impuissance la Nouvelle Gauche écologiste a été prise au sein de la nébuleuse composée par ce réseau, la tête du PSU et le staff du Nouvel Observateur (8). Pierre Grémion, un collaborateur des réseaux d’influence du capitalisme, le confirmera vingt ans plus tard :

« Cette résistance partagée à la nouvelle gauche resserre ainsi les réseaux universitaires aroniens et les réseaux mendésistes, qui ont divergé jusqu’alors. » (Intelligence de l’anticommunisme. Le Congrès pour la liberté de la culture à Paris 1950-1975, page 577). Pierre Grémion situe ce « resserrement » dans l’après 68, précisément dans la période de la création du réseau Diogène (fin des années soixante). Figure aronienne s’il en est, Alain Touraine allait, en effet, vanter Brice Lalonde et sa compagnie capitaliste sitôt les écologistes de la Nouvelle Gauche éliminés par la « deuxième gauche » mendésiste conduite par Rocard (sans oublier Michel Bosquet-Gorz dont Touraine était proche). La « culture anti-nature » et la « croissance marchande » les rassemblaient.

 

D’ailleurs, entre autres exploits, le grenouillage de Michel Rocard et de ses proches autour de la Fondation Saint Simon, puis, dans la foulée de Raymond Aron, la collaboration du même Rocard avec Jacques Delors* pour faire connaître les écrits de l’ultra-libéral Friedrich Hayek (fondateur de la Société du Mont Pèlerin en 1947), confirmeront amplement les propos tenus au début de l’année 74.

* membre du « collège invisible de l’écologisme » formé par Denis de Rougemont. On retrouve là la complémentarité avec Rocard dans l’assassinat de la Nouvelle Gauche au profit du capitalisme.

 

Diogène avait été créé par Denis de Rougemont et quelques poids lourds du capitalisme. En plus de la fausse gauche, il agglomérait des protecteurs de la nature particulièrement dociles (10). Sans doute tous ceux qui contrôlaient « la Protection de la Nature« , car nous en avons été exclus en 1971 pour avoir osé lancer une action « politique » (La Semaine de la Terre). Caractère remarquable, plusieurs des membres de ce réseau sont connus pour leur engagement à droite, très très à droite ! Parfaitement en accord avec l’identité ultra-capitaliste de ses initiateurs (entre Dulles brothers et neocons anti-New Left), avec leur fonctionnement et leurs actions. Un nid de réactionnaires en cohérence avec la fonction du réseau.

 

Ce sont ces forces qui ont utilisé les féministes de Françoise d’Eaubonne et les gauchistes comme de vulgaires troufions – casseurs de la critique et des alternatives, « opérateurs de la mise à plat » des forces vives, comme Guy Hocquenghem l’a observé de l’intérieur (9). Au passage, on peut admirer l’union de libertins débridés et de réprimeurs des amours militantes (Rolin), d’anti-machistes et de machos avérés, d’homosexuels en lutte et de ratonneurs de « pédés«  (Rolin page 178). Contre les écologistes, toutes les ligues, toutes les compromissions ont été réalisées. La haine de la nature d’abord. Et la violence avant l’information et la réflexion (jamais de dialogue). La violence les réunissait tous. Confirmant le sentiment de tous les courants de la Nouvelle Gauche pour lesquels l’information et l’humour étaient beaucoup plus pertinents, leur violence décervelée a été absolument contre-productive. Elle n’a réussi qu’à renforcer le système qui les manipulait comme pantins.

 

Diogène-Ecoropa a été qualifié de « collège invisible de l’écologisme » par un connaisseur, l’un de ses dignitaires : Jacques Grinevald. Invisible, en effet ! J’ai eu à mes côtés plusieurs de ses membres dès les années soixante, à Jeunes et Nature, en organisant la Semaine de la Terre, puis aux Amis de la Terre, mais je n’ai jamais pu deviner leur double jeu. Ils ont été parfaits. Je n’ai pu commencer à prendre conscience de l’existence de ce réseau qu’en découvrant le mystérieux Ecoropa à la fin des années… 1990. Or, le comité de parrainage fantôme des Amis de la Terre dont Alain Hervé se disait le représentant devait être ce « collège invisible » ; autrement dit : la première mouture de Ecoropa (1975) et ce qui l’a précédée, Diogène (1969).

 

Quelques années passeront encore avant que je puisse faire le lien entre toute cette histoire et la « bataille pour conquérir l’esprit des hommes » lancée à partir de la Seconde Guerre Mondiale sous prétexte de « Guerre Froide » avec le grand méchant loup communiste. Une « Guerre Froide » bien commode pour masquer la guerre économique et culturelle planétaire (nommée depuis globalization) qui est en train de ruiner la biosphère (11). Ce n’est qu’alors que j’appris le rôle éminent de Denis de Rougemont dans cette « bataille« . Ce même Denis de Rougemont que certains, fortement conseillés par les censeurs et les doublures des écologistes, commençaient à désigner comme un grand inspirateur du mouvement !

 

Denis de Rougemont… Décidément un personnage bien intéressant. Protégé des frères Dulles (12), placé par eux à la tête du CCF, le Congrès pour la Liberté de la Culture (Congress for Cultural Freedom), sorte de centre propagandiste international de la culture impérialiste sous autorité de l’IOD (International Organizations Division) créée, au sein de la CIA, par Tom Braden en 1950 (13). Le coeur même du dispositif de contrôle des oppositions politiques dont le siège avait été installé à Paris. Pourquoi Paris ? Pour mieux contrôler la population française dont les luttes sociales inquiétaient l’oligarchie mondiale ! Rougemont, grand manoeuvrier de la Guerre Froide et de la conquête capitaliste, l’un des meilleurs ennemis de la Nouvelle Gauche. Rougemont dont nous ignorions jusqu’à l’existence, mais qui n’était jamais bien loin puisqu’il tenait la main de nos faux-amis à mi-temps dans son « collège invisible« , avec quelques grandes fortunes inquiètes devant la montée de la culture critique écologiste *. Un tel faisceau de coïncidences fait une certitude. DiogèneEcoropa était un réseau stay-behind dans la grande tradition.

* ainsi Edouard Kressmann, Edward Goldsmith, Armand Petitjean… et une belle brochette d’élitistes

 

Pierre Fournier n’avait pas tort de soupçonner la technostructure « d’oeuvrer sournoisement à la mise en place d’un « totalitarisme », d’un nouveau « fascisme » » (Fournier précurseur de l’écologie, page 92).

 

Comme par hasard, Brice Lalonde, le « président » sorti du chapeau, faisait partie du « collège invisible » avant de pointer son nez chez les écologistes. Très exactement, c’est nous qui n’étions pas à la bonne place ! En acceptant l’invitation des « Amis de la Terre« , nous étions tombés dans l’une des succursales du Congrès de la Liberté de la Culture, un piège, l’une des plus habiles manipulations du système capitaliste qui a multiplié ces fausses associations pour capter les énergies du mouvement social et éteindre les alertes.

 

Une quarantaine d’années plus tard, au début des années 2010, une ancienne compagnonne de Jeunes et Nature me recontactera. Elle était de ceux qui avaient refusé de s’associer à La Semaine de la Terre. « Trop politique« . C’est sans doute pourquoi, entre-temps, elle était devenue responsable régionale des Verts et s’était présentée aux élections. Cependant, après tant d’interrogations et de recherches laborieuses, je croyais pouvoir lui apprendre quelque chose sur ce que nous avions vécu. En réaction à ma description des coulisses du sabotage du mouvement écologiste, elle m’écrira : « Je sais tout. Je voyais Roland presque tous les jours et il me disait tout« . Oups ! Elle en avait déjà trop dit. Elle s’effaça comme elle était venue. Ou on lui conseilla de s’effacer.

 

Elle a « tout » confirmé d’un trait, n’a rien contesté : « le collège invisible de l’écologisme » avec sa collection de tartufes réactionnaires formatés pour remplacer les écologistes, les manipulations de Denis de Rougemont et du Congress for Cultural Freedom (dépendant de l’International Organizations Division (IOD) créé par Tom Braden en 1951), la relation avec la conquête mondiale par le capitalisme, et, pour le détail, l’implication de différents personnages qui, déjà, écrasaient tout sur leur passage, etc.

 

Roland, c’est Roland de Miller, l’un des activistes du « collège invisible » qu’il a, depuis, osé baptiser : « club européen des têtes pensantes de l’écologie » ! Une prétention qui dit, au moins, l’élitisme méprisant de ces personnages. A Jeunes et Nature, Roland parlait beaucoup de Robert Hainard. Une passion. Jamais du collège « Diogène » et de ses autres fréquentations. Même quand, en 1970, il m’accompagna au Club Méditerranée pour quelques conférences-débats sur l’écologie pour lesquelles le Club m’avait fait confiance. Il s’était bizarrement démené pour venir, écartant fébrilement les autres candidats lors d’une séance mémorable tant la situation était pénible. Mais, une fois sur place, il s’ingénia à gâcher les soirées qui nous étaient réservées et à exaspérer tout le monde, en particulier Jean Sendy, autre invité du Forum du Club Med. N’écoutant personne, il se mettait à parler de façon automatique en s’égarant dans des digressions sans fin et sans but. Le premier soir, il tint plus de deux heures sans qu’on puisse l’interrompre. A chaque fois qu’on lui demandait d’abréger, il prétendait qu’il était en train de conclure. Une technique imparable, à moins de lui couper la parole par force ! Curieusement, il n’avait pas fait cela lors des tests devant les responsables du Service Forum du Club à Paris, pas du tout… Au contraire, il avait été concis ; juste ce qu’il faut pour introduire un débat. Mais là, dans le village sicilien, sous les étoiles, il agissait comme s’il avait mission d’étouffer dans l’oeuf les conférences-débats que je projetais de multiplier pour informer et sensibiliser un maximum de monde. Et, en effet, sa prestation calamiteuse provoqua leur perte (14).

 

C’était donc pour cela qu’il s’était imposé comme un furieux ! Il faudra l’aveu de l’ancienne de Jeunes et Nature pour réaliser que Roland de Miller, le protecteur de la nature, n’avait été qu’un fidèle exécutant du sabotage de la Nouvelle Gauche écologisteOr, l’année suivante, en 1971, c’est le même Roland qui allait nous vanter une nouvelle association : les Amis de la Terre. Et avec quelle conviction ! Juste avant de s’effacer, tout en continuant d’informer la compagnonne qui savait tout du sort qui nous était réservé… Mais comment savait-il puisque nous ne le voyions plus ? Clairement, parce que « les Amis de la Terre » (hors les militants de « la Semaine de la Terre« ) et le « collège invisible de l’écologisme » des réseaux stay-behind de Denis de Rougemont ne faisaient qu’un.

 

Combien d’autres savaient également ? Tous les autres de Jeunes et Nature ? Jeunes et Nature était aussi une structure d’accueil de « la jeunesse (qui) réagit au monde invivable que lui fait la croissance, » pour « contrôler ses réactions » (Charbonneau 1974) ?

 

 

L’entrave des dynamiques pour détourner le politique

 

Il faudra beaucoup de temps et la découverte d’au moins une partie des stratégies de la manipulation pour réaliser que l’empêchement des débats ouverts était un premier moyen d’entraver la circulation de l’information et la contagion de la conscience. C’est à cette tactique que Pierre Fournier était lui aussi confronté dans les réunions. Empêcher la tenue des vrais débats, les stériliser avec des interventions polémiques, des déversements loghorréiques, ou les changer en séances propagandistes, est un efficace moyen du sabotage du politique. Car c’est interdire la libre expression et l’échange, donc la reconnaissance des autres réalités, celles vécues par le voisin comme celles des écosystèmes les plus éloignés. C’est empêcher d’accéder à une perception enrichie par l’apport des diversités, donc à la vision relativiste qui permet, à la fois, la reconnaissance du bien commun et l’implication de chacun dans l’élaboration de la conduite politique. Bref, tout le contraire du prétendu « débat démocratique«  qui accompagne l’électoralisme falsifié bien en amont des urnes, dès l’origine. Evidemment, la proposition écologiste était un cauchemar pour les dominants de tous poils !

 

L’essentiel de la Nouvelle Gauche était dans la dynamique évoquée par Max Horkheimer et Theodor Adorno quand ils dénonçaient l’illusion de la compétence de la domination : « (…) la gestion a besoin de tout le monde. Le pouvoir des choses apprendra à tous à se passer finalement du pouvoir » (« La dialectique de la raison »).

 

En complément de l’empêchement des débats ouverts, l’ambiance chaleureuse du mouvement fut aussi la cible de manoeuvres de détournement et d’extinction. La dégradation fut spectaculaire. Les entristes n’avaient pas seulement tout leur temps, ils avaient de l’argent et accès à des consommations attrayantes que les plus malléables étaient invités à partager. Ainsi, ce sont eux qui ont fait circuler le haschich. Excellent pour ramollir les convictions et distendre les liens militants ! Dès l’arrivée aux Amis de la Terre, je notais le changement. Le reste m’échappa et, évidemment, on me le cacha. Entre le travail dès 6H du matin et la pratique assidue d’un sport, j’allais à l’essentiel. C’est le livre de Lison de Caunes qui confirma les soupçons sur l’habitude de la fumette et m’apprit la sexualité obsessionnelle de son héros et son incapacité à entretenir une relation. Qui ? Mais ce « lui qui baisait les filles comme un bûcheron » (p. 87). Tout en finesse (et quel mépris de classe pour les bûcherons et, sûrement, pour tous les métiers « manuels » !). Comparable aux méthodes pour prendre le pouvoir sur un mouvement qui n’en veut pas.

 

Avec la fêlure révélée par l’idée fixe de « devenir le premier« , cela faisait trois précieuses qualités pour les organisateurs de la désorganisation réunis autour de Denis de Rougemont. Machiste et compulsif, générateur de désordres sentimentaux sans fin, de dissensions, de ruptures de l’engagement militant, ce « sexe » de coq satyriaque dans le poulailler a fait beaucoup de dégâts. La confession de Lison de Caunes en témoigne. Mais combien d’autres ont été mortifiées ? Combien ont tout laissé tomber ? Et combien d’hommes en ont subi les conséquences ? C’est toute la communauté qui est victime de ces comportements ; et, dans un mouvement social en recherche d’émancipation, c’est un désastre – d’où l’intérêt des oligarques pour ceux qui dont le pénis tient lieu de cerveau (15).

 

Sous couvert de « libération sexuelle« , utilisant les ressorts de la culpabilisation, il faisait partie de la panoplie des techniques manipulatrices qui ont eu raison du mouvement. Avec le machisme gauchiste (dont on a vu qu’il avait été appuyé par des « féministes » au comble de l’égarement), l’engagement des femmes dans le mouvement a été pollué et gâché. Juste la moitié des forces, tout de même ! Avec la circulation des joints sous le manteau et les connivences tissées dans la dissimulation des petits trafics et autres « arrangements« , la corruption a fait son entrée. Le parti de la dissociation avait gagné avant que nous commencions à prendre conscience de la supercherie.

 

Toujours au début des années 2010, la chance m’offrira un nouveau témoignage sur les manipulations gigognes dont nous avions été victimes ; nous et beaucoup, beaucoup d’autres – sur les manipulations et sur la structure mentale de leurs auteurs.

 

C’est arrivé à la terrasse ensoleillée d’un bistrot de campagne… Il est venu tout droit à notre table et mon compagnon de café nous a présentés. Apprenant mon identité écologiste, tout fier, il dit combien, en 1974, il avait été séduit par « la campagne Dumont » (sic) ; séduit au point d’organiser un comité de soutien… J’évoquai mon rôle dans l’aventure et tempérai son enthousiasme en disant que le projet des écologistes était un peu différent de ce qu’il avait apprécié, que nous voulions une dynamique collective, conviviale, démocratique, etc. comme nous l’inspire l’organisation holistique du vivant… Il fut soudain tout agité : « Mais c’est la culture contre la nature qui inspire la démocratie. La nature est totalitaire, fasciste ! Faut demander à la gazelle mangée par le lion« . Sûr qu’il n’avait pas lu Theodor Adorno et Max Horkheimer :

« Aujourd’hui, au moment où l’Utopie de Bacon, la « domination de la nature dans la pratique« , est réalisée à une échelle tellurique, l’essence de la contrainte qu’il attribuait à la nature non dominée apparaît clairement. C’était la domination elle-même. Et le savoir, dans lequel Bacon voyait la « supériorité de l’homme », peut désormais entreprendre de la détruire. Mais en regard d’une telle possibilité, la Raison, au service du présent, devient une imposture totale pour les masses » car « Toute tentative ayant pour but de briser la contrainte exercée par la nature en brisant cette nature n’aboutit qu’à une soumission plus grande au joug de celle-ci » (« La dialectique de la raison »).

 

Interloqué d’entendre pareil discours dans la bouche d’un ancien compagnon, je lui glissai que ce qu’il venait de cracher est justement ce qui est inculqué pour nous détourner de nous-mêmes et nous livrer en pâture aux exploiteurs, et que c’est parce que les écologistes représentaient le plus grand danger pour l’exploitation que nous avions été escamotés. Son sourire s’était effacé. Il avait perdu sa belle assurance. Je lui contai succinctement l’AG sabotée du Pré-aux-Clercs. Il explosa : « Magouiller les assemblées générales, les élections, c’est le jeu de la démocratie ! Je l’ai fait moi-même« . Il n’avait pas pu dissimuler ! Trop d’émotion. Tout agité, il s’éloignait déjà à grandes enjambées. Dommage. Pourquoi s’était-il troublé à ce point et fuyait-il ?

 

Vertige. Sa proclamation faisait écho aux agressions que j’avais vécues. Elle faisait écho à la confession de Lison de Caunes, dans Les jours d’après. Aussi au témoignage de Christophe Bourseiller sur les maoïstes qui investissaient les « révolutions minuscules » de l’écologisme et de l’émancipation.

 

Et, en effet, le démocrate saboteur de la démocratie avait été militant gauchiste dans les années soixante-dix (maoïste chrétien !). A peine engagé en politique, il avait été embrigadé et formaté. Extraordinaire cocktail : anti-nature et magouilleur, il avait soutenu René Dumont en se croyant devenu écologiste ! Un profil assez proche de celui de cet autre saboteur de la démocratie qui, au même moment, tentait de prendre le contrôle de Maisons Paysannes de France (note 16). Ressemblant aussi avec celui de Brice Lalonde qui trompait tout le monde (enfin, presque) depuis ses années de syndicalisme étudiant. Dans tous les cas, accointances communes et mêmes méthodes.

 

Evidemment, avec de pareils énergumènes se mêlant à elle, la Nouvelle Gauche, qui voulait restaurer le politique et sauver la démocratie en faisant ce qu’elle disait et disant ce qu’elle faisait, n’avait aucune chance.

 

C’est probablement pour ne pas se dévoiler davantage et en entendre plus sur ses incohérences qu’il s’enfuyait. Sans doute aussi pour qu’on ne l’interroge pas sur ce qu’il avait fait précisément. S’était-il reconnu dans ma description ? En tout cas, plus de quarante ans après, il n’avait pas encore appris la différence entre gauchisme et Nouvelle Gauche ! Comme à des tas d’autres rencontrés auparavant, la relation entre la démocratie et l’organisation du vivant et, plus encore, l’intégration de l’écologie dans tout acte politique lui donnaient des boutons. C’est avant tout parce qu’il n’y connaissait rien et qu’il refusait de remettre en cause ses croyances.

 

Sous le coup de l’émotion, ce témoin a livré une information précieuse : il n’a pu dissimuler que la « magouille » la plus abjecte avait été une pratique courante et perçue comme positive chez les gauchistes (y compris chrétiens) (16) ! En quelques instants de perte de contrôle, il a confirmé le rôle déterminant des tartufes qui ont trompé jusqu’à leurs amis (tel Hocquenghem), dans l’effondrement de la conscience écologiste et la dégradation de la pratique démocratique.

 

Comme Serge July le claironnait dès 1978 (« Tout s’est filé sans heurts, sans débat intérieur. Et, à chaque fois, l’expérience a été formidable« ), l’amour de la magouille lui avait beaucoup profité : il avait fait carrière. Comme July, il avait occupé des positions de pouvoir, meublé des hiérarchies, tenu la scène et les journaux, écrit des livres, les avait publiés et commentés. Entre autres titres, il était directeur d’études dans une école de haute réputation. Il enseignait, était publié et donnait des conférences. Comme beaucoup d’autres ennemis de la Nouvelle Gauche, l’ex-gauchiste était devenu l’un de ceux qui ont charge de conditionner les jeunes esprits, futurs « cadres des corps intermédiaires« , pour les mettre au service de l’exploitation à outrance, précisément avec les sottises qu’il venait de nous jeter à la figure.

 

Admirable boucle de rétroaction entre militantisme juvénile manipulé et renforcement du système prétendument honni ! En applaudissant rétrospectivement le sabotage de l’AG des écologistes et de leur mouvement, le désormais directeur de « hautes études » nous confirmait plus de 40 ans d’observations de terrain sur l’élimination des adversaires politiques et la falsification de la représentation. Un pur exemple du cynisme qui, en tous domaines, justifie la sélection par la fascination pour les luttes de pouvoir et l’aptitude aux coups bas. C’est bien cette boue qui a pris le pas sur l’intégrité, le souci du bien commun et la compétence, bref sur ce qui fonde la démocratie, depuis… depuis combien de temps ?

 

Son cri du coeur sur l’idée et la pratique de la démocratie dit tout de la qualité de la « représentation » qui a installé et, chaque jour, renforce le capitalisme : une capitalisation des impostures où les titres et la « réussite sociale » sont les marques de la trahison du vivant.

« Amoncellement d’escroqueries et d’impudences » avait diagnostiqué Guy Hocquenghem. Sur fond de ruine écologique.

 

Détail piquant, l’enseignant de haut vol convaincu que la voie de la démocratie passe par la magouille des assemblées générales et des élections a pour collègue Bernard Manin dont les écrits sur l’hypothétique valeur de la démocratie représentative connaissent un grand succès. Même école et même charge. L’ex-gauchiste a-t-il exposé ses certitudes à Bernard Manin ?

 

Mieux encore, au moment de son esclandre, l’ex-gauchiste devenu enseignant de haut-vol préparait une élection. Il allait se faire élire « président » de l’école. Elu « président » dans une école prestigieuse de la République… Il fait donc partie des « élites » ! Toujours avec les mêmes méthodes ? Bernard Manin a-t-il voté pour lui (17) ?

 

 

 

 

Planification de la ruine profitable

 

Pour nous consacrer tant d’attention, les dynasties de la jet set et leurs suivistes de la bourgeoisie française devaient estimer que notre mouvement était une menace pour leurs affaires. Evidemment, les familles du grand capitalisme n’étaient pas sorties de leurs réserves dorées seulement pour s’occuper de deux ou trois groupes de petits français. Elles étaient depuis longtemps sur le pied de guerre, depuis qu’un mouvement d’alerte écologiste mondial avait émergé en réaction aux destructions massives causées par l’offensive néo-libérale. Depuis les Beatniks et les Hippies. Depuis les Provos. Depuis les Situationnistes. Des gens aussi puissamment organisés ne pouvaient manquer la moindre manifestation d’opposition, et la laisser grandir. Notre contestation de la société hiérarchisée et, en général, du processus capitaliste, avait-elle surpris leurs observateurs ? Les saigneurs du monde avaient-ils anticipé la révolte que leurs destructions allaient soulever, et, plus encore, celles qu’ils avaient d’ores et déjà programmées ? La dénonciation de la domination et de ses bases idéologiques, la remise en cause de l’électoralisme et de tous les processus de décision, cela ne s’était pas vu depuis longtemps. Le nouveau mouvement était donc beaucoup plus dangereux que le partenaire communiste et ses gauchismes partageant tous la même culture impérialiste. Qu’ils l’aient anticipé ou pas, les saigneurs se sont vite adaptés à ce qui risquait de devenir leur meilleur ennemi. Il était vital pour eux de le noyauter, de le coiffer, pour l’émasculer et lui substituer une nouvelle illusion; mais de la façon la plus dissimulée. Excepté pour les acteurs les plus impliqués, l’opération a été indolore. La plupart n’ont rien vu. Le tour de passe-passe n’a même pas éveillé l’attention des sympathisants endormis par les légendes fabriquées pour accompagner la substitution. On a là une illustration en creux de l’erreur fondamentale des partisans de la violence : une répression plus visible du mouvement n’aurait pas manqué d’éveiller les consciences et de stimuler la résistance.

 

Mai 68 avait sans doute précipité l’organisation de la réaction. Pas l’agitation des groupes gauchistes, d’ailleurs contrôlée et orientée par des familles argentées – sinon télécommandée. Le Mai 68 profond, celui de la Nouvelle Gauche mondiale, le mouvement des consciences avec son élan libertaire, écologiste, empathique. Celui qui portait loin la critique, mais aussi l’ouverture sur d’autres perspectives. Celui-ci avait effrayé les familles axées sur l’argent, les réseaux mafieux, les banques, les bourses… Toute l’oligarchie qui tremblait pour son capital de pouvoirs et d’avoirs confisqués s’était organisée pour chasser, réprimer et isoler les lanceurs d’alerte. En réduisant à l’impuissance les lanceurs d’alerte et les porteurs d’alternatives, les dominants déstructuraient le mouvement social pour mieux déstructurer les sociétés et les écosystèmes.

 

C’est ce que Bernard Charbonneau avait vu : « Dans la mesure où le matériel humain, notamment la jeunesse, réagit au monde invivable que lui fait la croissance, il importe de contrôler ses réactions en lui fournissant les divers placebos intellectuels qui les détourneront dans l’imaginaire« . Dans l’imaginaire… et, surtout, dans l’illusion électoraliste en suivant les faussaires promus par le « collège invisible« .

 

Charbonneau pressentait donc ce que décrit Frances Stonor Saunders à propos de la stratégie des agences dont dépendait Denis de Rougemont  : « Le soutien des groupes de gauche n’avait pas pour but leur destruction ni même leur contrôle, mais plutôt le maintien d’une discrète proximité afin de contrôler la pensée de tels groupes, de leur fournir une soupape de sécurité et, in extremis, d’exercer un veto final sur leur publicité et peut-être leurs actions, si jamais ils devenaient trop radicaux« , Qui mène la danse ? La CIA et la guerre froide culturelle, page 109, à propos de la fonction de la Division des actions internationales (IOD) créée, au sein de la CIA, par Tom Braden en 1950.

 

La réduction à l’impuissance des individus les plus sensibles, les plus ouverts sur l’ensemble vivant et les mieux informés (les lanceurs d’alerte), puis de ceux qu’ils éveillent à la conscience, ou qui, successivement, se déclenchent aux autres niveaux de risque, annihile les dynamiques de la régulation collective – c’est à dire, fondamentalement, de la démocratie. En procédant systématiquement ainsi, les prédateurs peuvent augmenter le seuil de déclenchement de l’alerte, et retarder longtemps la prise de conscience. Très longtemps. Au moins jusqu’à ce que le niveau de dégradation devienne évident pour tous. Mais, alors, il est déjà trop tard pour sauver l’essentiel, car la plupart ne s’éveillent que quand les signes révèlent des effondrements en série (biodiversité, climat, pandémies…) ! C’est ce que nous vivons depuis une soixantaine d’années.

 

En France, exceptée la grossière agression du Pré aux Clercs (mais confidentielle), l’opération fut finement jouée. Ainsi, revenons un peu sur ce joli mois de juin 1972 et sur notre étonnement à l’annonce surprise de la tenue d’une Assemblée Générale. Pourquoi une AG nous étions-nous demandé, et pourquoi en plein élan du groupe, avant d’être confrontés à un acte de piraterie démocratique cautionné par le « papa » de l’association, Alain Hervé ? Or, ce même mois de juin 1972 paraissait un numéro spécial du Nouvel Observateur consacré à… l’écologie : « La dernière chance de la Terre« . Et qui en avait dirigé la réalisation ? Alain Hervé. Oui, l’organisateur du sac de la pseudo AG des Amis de la Terre pour faire coiffer le mouvement par des doublures. Il signait même un éditorial en forme d’appel à la mobilisation – donc en complète contradiction avec la déstructuration du mouvement écologiste à laquelle il se livrait consciencieusement. Quelle simultanéité pour deux actions apparemment opposées, mais provenant du même endroit ! Le Nouvel Observateur… Décidemment, l’une des mauvaises fées penchées sur le berceau écologiste. Encore une de ces extraordinaires coïncidences dont la répétition et la convergence démontrent l’intention première. Bien sûr, aucun écologiste du mouvement ne participait à ce numéro « écologiste« , et, même, n’en avait été informé. Participaient à ce numéro quelques belles figures en lien étroit avec le « comité de parrainage » fantôme qui servait de justification à Alain Hervé pour chaque répression du mouvement (ainsi l’alerte contre les emballages jetables). Complices ou otages, les contributeurs (dont Bosquet et Morin) ont servi à récupérer l’alerte écologiste en prenant bien soin de l’édulcorer de sa dimension révolutionnaire étendue à l’ensemble vivant (culture du bien commun, condamnation du capitalisme, changement de civilisation…). Complément indispensable de l’imposture politique et sociale, avec les doublures imposées au forceps grâce à l’aide des gauchistes et des féministes, l’imposture intellectuelle était lancée. Il ne devait subsister aucune faille laissant paraître les ficelles de l’escamotage.

 

 

La double substitution

 

L’invisibilisation des acteurs et leur remplacement par des agents du capitalisme ne pouvait suffire à éliminer le péril. Il fallait encore personnaliser pour effacer l’émergence du collectif et de ses dynamiques de la démocratie. Tandis que les écologistes allaient rencontrer de plus en plus de difficultés, les journalistes (qui nous connaissaient parfaitement) et les éditeurs allaient se mettre en quatre pour permettre aux Morin, Moscovici, Bosquet (futur Gorz), Dumont… de reprendre à leur compte une partie de l’alerte écologiste. Ces doublures allaient se démultiplier, sortir des bouquins, faire des conférences, comme Bernard Charbonneau le dénoncera deux ans après le numéro spécial du Nouvel Observateur, dans La Gueule Ouverte n°21. Cette soudaine occupation du terrain médiatique par des personnages qui nous observaient attentivement, mais que nous ne connaissions pas, allait non seulement permettre de mieux effacer les écologistes, mais, surtout, détourner l’attention de la dynamique collective – le mouvement – en personnalisant à l’extrême. C’est la stratégie des heroes que Edward Goldsmith allait me dévoiler en octobre 2001 : « Every movement needs a heroes » argumentera-t-il pour me dissuader de rappeler la véritable histoire du mouvement social. Très efficace stratégie qui, des dizaines d’années plus tard, cachera encore l’intelligence collective du mouvement derrière quelques individus ayant activement participé à son effacement. Plus fort que la simple censure. Parole retirée, identité volée… entre doublures et discours récupéré était constituée une couche écran derrière laquelle les acteurs premiers de l’écologisme allaient disparaître aux yeux de la plupart. Ainsi, en effaçant les écologistes, les agents de la domination capitaliste pouvaient, à la fois, se faire passer pour eux tout en entravant le développement du mouvement. Contrôle parfait ! Nous avons déjà vu que Henri Laborit allait être trompé par ce mirage et, en témoignant de son étonnement, démontrer l’efficacité du dispositif. Cela n’était que le début. Depuis, les abusés sont innombrables.

 

Anciennes alternatives (comme les coopératives au service des producteurs et des consommateurs), nouvelles alternatives, nouvelles alertes (comme les emballages jetables, l’amiante, les forêts primaires…), etc., comme les communistes orthodoxes alignés sur Moscou, nous étions devenus des « ennemis intérieurs« . Tout fut étouffé ou détourné. L’utilisation de nombreux révolutionnaires auto-proclamés détourna nos soupçons et sema habilement la confusion la plus totale. Plusieurs dizaines d’années après, nous y sommes toujours plongés.

 

Le viol de l’Assemblée Générale des Amis de la Terre n’était sûrement pas une première. A l’évidence, l’opération était rodée. Et, comme l’anti-nature – mais soutien de Dumont – rencontré au café l’a révélé, les sabotages de la démocratie ont été multipliés.

 

Nous, écologistes, n’étions pas les seuls visés. Tout le monde y a eu droit, enfin tous les courants de la Nouvelle Gauche, en France, aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, en Allemagne, en Italie, partout. Comme en France, l’information sur l’étouffement des mouvements d’ailleurs a été largement censurée. On sait à peine que la New Left nord-américaine a été systématiquement infiltrée, réprimée et coulée. Par contre, l’étendue des ramifications des organisations réactionnaires, tel le Congress for Cultural Freedom, et le triomphe général du système anti-nature parlent d’eux-mêmes.

 

Les mouvements hippie et beatnik, le féminisme, les régionalismes, les mouvements autochtones (tel l‘AIM, l’American Indian Movement), le pacifisme, les homosexuels, l’écologisme bien sûr, etc., toute la Nouvelle Gauche a été frappée (après la purge et la récupération des gauches issues des luttes sociales, laquelle était déjà réalisée). Le déploiement réactionnaire visait à éliminer toute pensée critique et toute résistance à la globalisation capitaliste. D’où qu’elle vienne, la réaction visait surtout à gommer la pensée positive, les projets, l’enthousiasme, la distanciation vis à vis des « biens de consommation » au profit des biens communs. C’est pourquoi tant de compétences et d’efforts ont été spécialement consacrés à l’effacement de l’ouverture écologiste (culture du bien commun inspirée par le vivant). Parce que la restauration de la conscience de l’interdépendance de toutes les parties de la biosphère venait contrarier plusieurs siècles de réductionnisme mécaniste, parce qu’elle stimulait la mise en cause des innombrables pratiques destructrices de la société et de la biosphère, parce qu’elle menaçait les fondements mêmes du système destructeur qui s’ingénie à dissocier et à réifier le vivant pour le marchandiser et capitaliser afin de pouvoir détruire davantage. Et parce que la sensibilité, la convivialité et la disposition d’esprit positive ensemencées par les différents courants critiques et alternatifs, redonnaient confiance en ouvrant une voie autrement plus sympathique que celle promise par le capitalisme et son pouvoir absolu réalisé par la réduction de tous à l’impuissance : une restauration holistique du politique – une écologisation.

 

Après des années d’une censure unanimement décidée par le MEP au moment même de sa constitution en février 1980, nous ferons encore une expérience des capacités de nuisance de la réaction au début des années 1990, avec une nouvelle mobilisation spectaculaire pour étouffer le sursaut du mouvement commencé vers la fin des années 1980. Un exemple, le numéro spécial d’ACTUEL d’octobre 1991 concocté par d’ex-gauchistes devenus Verts, en particulier Jean-Luc Bennahmias, comme par hasard un ancien du PSU (confidence de proches du journal). Sans oublier Jean-François Bizot, « le patron » mais aussi complice des campagnes électorales de Brice Lalonde, bien sûr. Quand sortira son vomi d’infamies, Bizot se vantera du « bon coup » porté aux écologistes.

 

ANTI-ÉCOLOGISME – 1991 : La deuxième manche – droit de réponse aux calomnies d’Actuel et du PS, par ACG

http://planetaryecology.com/1991-la-deuxieme-manche/

 

ANTI-ÉCOLOGISME – 1991 12 : Le PS contre les Verts, par l’OCL (Organisation Communiste Libertaire)

 

et, plus généralement :

2011 – L’ANTI-ÉCOLOGISME, depuis les débuts du néo-conservatisme

 

C’est ainsi qu’a été anéanti le mouvement planétaire alternatif à l’impérialisme capitaliste, le seul qui pouvait sauver la situation.

 

 

 

 

Manipulation dans la manipulation, dans la manipulation…

 

On peut se demander si nos agresseurs étaient tous bien conscients de ce qu’ils faisaient – de ce qu’on leur faisait faire ? Françoise d’Eaubonne, par exemple. Complètement à contre-emploi. Quand on considère son parcours et ce qu’elle a prétendu être ensuite (écoféministe), on est sidéré qu’elle ait pu nous traiter ainsi. Qui plus est, pour aider les agents du capitalisme à coiffer le mouvement ! Françoise et plusieurs autres, dont Guy Hocquenghem, étaient peut-être encore plus manipulés que nous qui ne comprenions rien mais qui, au moins, étions allergiques aux prises de pouvoir et aux hiérarchies sans compétence – et ne manquions pas une occasion de l’affirmer ! En effet, vu le déploiement de la réaction en coulisses et la parfaite perfidie de ses méthodes, rien n’interdit de penser que le guet-apens du Pré aux Clercs visait aussi une partie de nos agresseurs. Quel long travail d’approche, de séduction et de désinformation pour les amener à nous agresser aussi brutalement (voir l’exemple de Rony Brauman, note 9) ! Et, pour la suite, quels moyens de pression développés dans cette complicité ! Le « collège invisible de l’écologisme » (ou un autre) était fait pour eux aussi. Ah, comme ils ont dû rire les satrapes planqués dans cette officine du capitalisme !

 

Bien sûr, avec Denis de Rougemont, ils étaient tombés entre des mains expertes :

« La propagande la plus efficace est celle où le sujet va dans la direction que vous désirez pour des raisons qu’il croit être siennes » (directives du Conseil de sécurité nationale des Etats Unis sur « la guerre psychologique« , 10 juillet 1950).

 

Mais cela ne peut effacer ce que Françoise d’Eaubonne et ses comparses nous ont montré de leur véritable nature. Comme les sujets de l’expérience menée par Stanley Milgram, ils ont exercé, parfois sur leurs « camarades« , une violence croissante, sans hésiter, et sans jamais douter. Leur silence le prouve ; quand ils ne se vantent pas, comme le « directeur des  hautes études » et grand magouilleur d’AG, tant ils sont habitués à trouver un auditoire complaisant sinon admiratif. Ils se sont contentés d’empocher les faveurs et de profiter des notoriétés usurpées. Ensuite, la honte et la dissimulation des forfaitures ont pris le relais.

http://atheles.org/doc/agone/hocquenghem/generationrepentie.pdf

 

Combien d’autres Eaubonne, Charbonneau et Hocquenghem, avec qui nous aurions pu construire, nous ont ignorés, ont rejoint nos ennemis communs, ont été trompés au point d’être durablement utilisés contre nous ; c’est à dire contre eux-mêmes ? Y compris dans les réseaux qui oeuvraient contre nous (PSU, Gauche Prolétarienne, Ligue Communiste…) ?

 

Il est possible que plusieurs des saboteurs de la Nouvelle Gauche, des élitistes parfaitement intégrés au système capitaliste, aient pu croire que celui-ci pouvait être régulé et réorienté. Peut-être même ont-ils cru pouvoir échanger la mort du mouvement social contre quelques concessions. Aujourd’hui, en comparaison de la dérive continue de l’exploitation et des destructions, leurs proclamations réformistes pourraient presque passer pour révolutionnaires ! Mais leurs efforts ont été vains. Au contraire, leur action a été extrêmement contre-productive, plus encore qu’on ne l’apprécie dès l’abord : l’écrasement des résistances et des projets alternatifs a désinhibé et même encouragé les plus abrutis, les plus cupides et les plus fanatiques. Il semble même que ceux-là se soient multipliés en proportion de la perte de la culture du bien commun !

 

Pour tous les alternatifs au totalitarisme capitaliste, le guet-apens du Pré-aux-Clercs annonçait une interminable série de coups bas. Ici comme ailleurs, à peine rassemblés, les résistants à la destruction généralisée par la mondialisation avaient été entourés par des patriciens du système dénoncé et leurs coupe-jarrets. Les lanceurs des différentes alertes allaient être soit récupérés soit censurés, isolés, harcelés, poursuivis. A vie. Dans de nombreux pays, des milliers seront assassinés.

https://www.globalwitness.org/en/press-releases/2015-sees-unprecedented-killings-environmental-activists/

https://www.globalwitness.org/en/blog/new-data-reveals-197-land-and-environmental-defenders-murdered-2017/

 

Nous étions devenus les dindons d’une farce qui sera toujours à l’affiche des dizaines d’années plus tard. Rien de ce qui s’est passé depuis, et de ce qui se déroule aujourd’hui, ne peut être parfaitement compris si l’on ignore cette histoire – cette histoire et celle, plus ancienne, dans laquelle elle s’inscrit : le sabotage des mouvements sociaux et leur remplacement par des faux-semblants. Car la grande imposture commence avec la sélection de la représentation qui, dès l’origine, avant même que l’on puisse deviner qu’il puisse y avoir un enjeu, élimine les lanceurs d’alerte, les résistants et tous les défenseurs du bien commun. C’est bien pourquoi un Ministère de la Vérité orwellien tourne toujours à plein régime pour dissimuler en maquillant l’histoire.

 

Cela aussi, les écologistes ont mis du temps à le comprendre et, surtout à réaliser l’ampleur de la manipulation. Ce sont les écrits fantaisistes de plusieurs jeunes historiens cautionnés par leurs pairs qui le leur ont révélé (18). Nous n’avions pas prêté attention aux mensonges des manipulateurs (tel Pierre Samuel sur l’histoire des « Amis de la Terre« ) parce que nous pensions naïvement que les faits parlaient d’eux-mêmes, les faits de l’époque, les faits de la collusion de ces gens avec le système mortifère, et les résultats catastrophiques de leurs engagements politiques. Mais l’extension du réseau des connivences, la corruption et le matraquage du récit inventé par les imposteurs ont fini par dissimuler la vérité des faits. L’oubli et la soumission à l’autorité des nouveaux maîtres ont fait le reste.

 

Paul Farmer a clairement analysé cette stratégie des architectes de ce qu’il nomme la violence structurelle :

« (…) en matière intellectuelle, leur tour de passe-passe préféré consiste à gommer l’histoire. Le refus de l’histoire ou sa distorsion participent au processus désocialisant indispensable pour générer une lecture hégémonique des événements et de leurs causes. Le révisionnisme rudimentaire, qui consiste à nier purement et simplement l’existence d’un événement, reste possible mais n’est ni très persuasif ni très efficace dans les allées du pouvoir. Gommer l’histoire est une opération subtile qui avance à petits pas : il s’agit d’effacer des liens de cause à effet à travers l’espace et le temps. (…) ».

 

Et cela continue ! Comme je l’ai évoqué plus haut, toute honte bue, les survivants continuent de traduire en actes leur aversion pour les écologistes résistants. D’autant que les remplacés d’hier, ceux auxquels la joie de vivre et l’espoir ont été volés, sont devenus des lanceurs d’alerte dénonçant l’imposture. Tout rappel de ce qui s’est passé est soigneusement étouffé. On peut comprendre que plusieurs, toujours influents, ne veulent pas que leurs errements et leurs turpitudes remontent à la surface. L’esprit de chapelle et l’exemplaire soumission française à la hiérarchie fait le reste : les jeunes suivent et font du zèle pour flatter les vieux censeurs. L’ennui c’est que ces nouveaux méfaits frappent également les actions d’alerte et de défense quand un des acteurs est un ancien témoin jugé dangereux pour la tranquillité des carrières (mais est-ce la seule raison ?). Tout y passe : l’amiante, l’eau et les têtes de bassin versant, le patrimoine, le respect des autres êtres et du vivant en général, etc. (19). Et, comme il y a quarante ans, tant pis pour le bien commun ! La petitesse de la motivation et l’aveuglement – ou l’insensibilité – révélés laissent pantois. Il faut faire taire le témoin lanceur d’alerte, quitte à sacrifier le bien commun. Comme si nous n’étions pas encore tombés assez bas !

 

Cela rappelle, évidemment, l’appréciation portée sur eux par Pierre Fournier : « Ta joie de vivre ils te la feront rentrer dans la gueule. Ya peut-être plus de contagion possible. On a coupé toutes leurs racines, la volonté de vivre ne passe plus. Ya plus que la destruction, l’auto-destruction qui les fascinent. (…) », note (2). En effet, tenter de plaider auprès d’eux la cause de la vie ne leur inspirait que sarcasmes et envie de faire disparaître l’importun dans leurs oubliettes. En plus de quarante ans, ils n’ont pas fait mentir Fournier une seule fois !

 

Deux caractères frappent depuis les premières agressions. C’est la constance et l’unanimité. Depuis les expériences rapportées par Fournier et le guet-apens au Pré aux Clercs, la plupart de ces gens n’ont pas évolué. Excepté Guy Hocquenghem, aucun autre ne semble avoir pris conscience au point de comprendre la nécessité de témoigner. A moins que la pression qu’ils subissent ne le leur interdise… L’extraordinaire rapidité avec laquelle disparaissent ceux qui commencent à communiquer sincèrement semble le trahir. Bien sûr, les lobbies derrière le rideau *. Bien sûr, nous avons pu retracer les liens de beaucoup, y compris des « associations » et des journaux, avec le CCF, the Congress for Cultural Freedom de l’offensive capitaliste mondiale. Bien sûr, plusieurs familles comptant des grands prédateurs. Mais les gauchistes… « Gauchistes » ?

* en particulier la grande distribution dès le début (avec la famille Leclerc derrière Michel Bosquet et Alain Hervé), et le lobby nucléaire (en la personne de Georges le Guelte dissimulé en « Bernard Jaumont« ) dans le Bureau du PSU qui nous influençait via Brice Lalonde.

 

 

Une seule explication m’a été donnée en quarante ans de recherches, mais quelle explication : « Alain-Claude, tu ne comprendras jamais la solidarité de la bourgeoisie !« . Jusqu’à cet éclat, j’avais cru que la plupart des adversaires de l’éveil écologiste et du mouvement émancipateur des années 1960 étaient dans l’ignorance des conséquences de leur action. J’avais tout déballé à mon interlocuteur, mais, comme l’ex-compagnonne de Jeunes et Nature, il savait tout et n’a rien nié. Et, même, il en savait beaucoup plus que moi sur les réseaux impliqués et leurs objectifs nuisibles au bien commun. Les falsifications sans nombre et les effondrements consécutifs aux surexploitations ? Il n’en avait cure. La seule chose qui l’alarmait, c’était que je puisse en découvrir davantage.

 

La bourgeoisie… comme une famille unie, comme un clan, comme l’armée d’un régime totalitaire où, quelles qu’en soient les conséquences, tous sont tournés vers le même but. La bourgeoisie solidaire contre tous les autres, contre le bien commun, contre la vie. Comment un écologiste de l’alerte initiale aurait-il pu « comprendre » qu’une catégorie, une classe, sacrifie le bien commun à quelques misérables intérêts particuliers à courte vue ?! C’est, pourtant, un ancien militant antinucléaire et, auparavant, probablement maoïste qui est ainsi sorti de ses gonds devant mon insistance à comprendre pourquoi il absolvait systématiquement les escrocs qui avaient trompé tout le monde et contribué à l’effondrement dont ses propres enfants commençaient à souffrir. Il regardait avec un amusement approbateur toutes leurs malhonnêtetés. Sous le coup de l’émotion, il m’a avoué sa filiation « bourgeoise » et le lien indéfectible entre des familles dont la proximité est insoupçonnable pour la plupart – justement, les familles dont les rejetons jouaient aux « gauchistes« . Même révélation sur la médiocrité de vue de tous ces gens. Il les connaissait tous et savait beaucoup de coups fourrés que j’ignorais mais ne voulait rien me révéler. En effet, s’il voulait bien être solidaire, c’était avec les naufrageurs bourgeois, pas avec le compagnon de quarante ans ! C’était d’autant plus curieux que, peu avant, il m’avait affirmé « ce sont des bourgeois qui font les révolutions« . Tout dépend de quel type de révolution on parle ! Fait remarquable, il est proche d’un autre dont les déclarations coïncident étrangement : Christophe Bourseiller (« Ils inventent l’écologie… »). Entre le folklore des agressions contre les écologistes et les tentatives de justification tardives, on a surtout l’impression que « ce sont des bourgeois qui font« … la bêtise.

 

Ainsi, contrairement à ce que beaucoup se plaisent un peu trop à affirmer sans démonstration, la ségrégation sociale et la répression de la représentation du bien commun ne sont pas involontaires, des sortes de dégâts collatéraux du carriérisme et de la cupidité – style : les prédateurs, ils ne le font pas fait exprès d’écraser le peuple et les écosystèmes ! C’est une politique réfléchie et planifiée. Une guerre sociale à bas bruit permanente. Le seul déchaînement des enfants de la bourgeoisie et des représentants des lobbies lors de la réunion du 23 juin 1972 l’a démontré jusqu’à la caricature. La confession de Lison de Caunes dans « Les jours d’après« , l’a confirmé. Et l’attitude de tant d’autres depuis la bagatelle de cinquante années… Seul lien identifiable entre les actes de tous ces gens voulant se faire passer pour différents : leur appartenance à la caste des prédateurs. La lutte des classes bourgeoises contre tous a joué un rôle encore plus déterminant que nous ne l’avions déjà soupçonné dans l’étouffement de la Nouvelle Gauche écologiste. C’est pourquoi les stratèges de la conquête capitaliste* ont disposé d’autant de petits soldats zélés, y compris dans la protection de la nature. Parfaitement rodée par la guerre sociale, la solidarité de la dominance et de l’argent a été plus forte que celle du bien commun et, donc, de la survie. Bien entendu, depuis que les organisations de protection de la nature font le compte des effondrements biologiques, pas un, pas une n’a encore reconnu la petite « erreur » stratégique commise entre les années 1960 et 1970 – « erreur » aggravée depuis par la collaboration avec les naufrageurs de l’écologisme ! Le déni irait-il jusqu’à l’inconscience ?

* avec Denis de Rougemont à la manoeuvre en France

 

Exaspéré par mes découvertes, l’ex-militant antinucléaire alla jusqu’à m’enjoindre de cesser les recherches en prétendant que vouloir apprendre qui et comment avait trompé tout le monde était totalitaire. Autant dire qu’il y a beaucoup à découvrir ! Après en avoir trop dit et ajouté quelques invectives, il disparut, comme tous les autres de son genre. Tous mutiques et tous furieux que l’on se penche sur ce passé si important pour comprendre ce qui nous est arrivé.

 

Le témoignage involontaire de l’ex-militant confirme celui de Bernard Charbonneau. Charbonneau avait bien choisi son vocabulaire : une « caste« . Mais une caste qui – comme avec le « collège invisible de l’écologisme » – n’agit qu’en sous-main et pousse ses entristes clandestins jusque dans les résistances à sa prédation pour mieux berner la multitude de ses victimes.

 

Les conséquences sont inestimables. Comme le démontrent les témoignages involontaires, la dégénérescence du mouvement social a été précipitée par une habituation aux magouilles les plus infectes de la domination et un assujettissement aux plus escrocs devenus des modèles. Comment s’étonner de l’extinction de l’intelligence sensible critique, de l’effacement de la culture immémoriale du bien commun, de leur remplacement par des leurres et le paradigme impérialiste (la pensée unique et le tout économisme libéral), etc. ? Les objectifs de la guerre froide culturelle, ont été atteints. L’anéantissement du sursaut de défense du vivant, surtout incarné par le mouvement écologiste, a été complet. En l’absence de la référence première au vivant, les dérives les plus aberrantes ont pu s’épanouir. Ainsi « la croissance marchande » si chère à Rocard et aux autres caïds du PSU, et leurs complices de la bientôt « deuxième gauche » – en attendant l’apothéose : la Fondation Saint Simon de la pensée unique capitaliste où se sont retrouvés tous les anti-écologistes (1982-1999)… Nous aurions été moins surpris si nous avions su que Henry Hermand, de la grande distribution, était un soutien financier du PSU, du Nouvel Observateur, du PS, et un « ami » et très généreux protecteur de Rocard – après l’avoir été de Pierre Mendès France (tiens donc, n’est-ce pas le lien avec les mendésistes ennemis de la Nouvelle Gauche écologiste ?). Mais il nous faudra attendre 35 ans pour l’apprendre ! La responsabilité première de Henry Hermand dans l’opération Macron souligne l’importance de ce qui s’est passé il y a une quarantaine d’années, et plus, avec le même personnage et les mêmes forces réactionnaires (20). Concrètement, cela a permis la libération de « la croissance marchande » et la multiplication des productions, des infrastructures et des destructions nuisibles. C’est au point, même, qu’ont été produites à grande échelle des consommations et des pollutions qui, en affectant le développement cérébral, ajoutent aux effets délétères de la coupure croissante avec le vivant. Mais qu’importe ! Cela ne gêne pas les arrivistes verts qui, 45 ans plus tard, s’inscrivent toujours dans la continuité de Rocard, du PSU, de la deuxième gauche en proclamant la compatibilité de « l’écologie » avec le capitalisme (à peine tempérée par la découverte de son incompatibilité par Nicolas Hulot peu après l’écriture de cet article).

 

 

On peut maintenant apprécier l’ensemble de la stratégie. Elle a surtout visé à nous engager dans l’engrenage des monopoles radicaux (21) comme l’automobile individuelle et les supermarchés avec lesquels les tueurs de l’alternative écologiste ont fait leur beurre, beaucoup de beurre (de 1981 à 1988, le nombre des hypermarchés double et les emballages jetables explosent). Comme les « dettes » créées en remplaçant la logique du service public par celle de l’entreprise privée repliée sur elle-même, ou en imposant des dépenses pharaoniques – style nucléaire et TGV.  Une stratégie de l’obligation progressive développée en une succession d’effets de cliquets pour faire paraître inéluctable les privatisations, les délocalisations, la densification et l’intensification de l’exploitation et de l’extraction du profit; et par-dessus tout : la réification de chaque vie et de la biosphère. La conscience du caractère mortifère du projet capitaliste permet de bien comprendre pourquoi il a fallu gommer la culture écologiste et faire taire sa critique !

 

Dès les années 1980, on a commencé à constater les effets et les effets des effets. L’effacement des alertes et des résistances, leur remplacement par des leurres et le spectacle des dégradations réalisées comme naturellement, ont également dégradé les consciences. Nous sommes entrés, depuis trop longtemps déjà, dans une spirale d’habituations à l’intolérable; d’autant que celui-ci n’est plus considéré comme tel par tous ceux qui sont conditionnés par un environnement de plus en plus dégradé (22). L’intensification des saccages économiques, culturels, sociaux, écologiques, atteste maintenant de la faiblesse insigne des alertes et des résistances censurées, broyées, remplacées par des tartuferies, effacées de l’histoire. Le révisionnisme historique, le détournement des représentations et des motivations, la falsification de la démocratie, ont permis un renforcement de l’individualisme le plus étriqué*, la dissociation sociale et une déstructuration générale des régulations. La désocialisation, la déstructuration de tout ce qui tenait ensemble, c’était l’objectif premier. Sans ce délitement, sans la spectaculaire perte du sens commun – du bien commun – qui l’a accompagnée, tout l’espace n’aurait pas été libéré devant la globalisation capitaliste.

* loin de Stirner !

 

 

Saluons au passage l’habileté des experts du chaos qui ont su concrétiser l’effet papillon : en captant et détournant l’énergie des groupes s’affichant comme les plus révolutionnaires, en sabotant et falsifiant les assemblées de 68, des écologistes et de beaucoup d’autres encore, ils ont réussi à imposer partout et sans coup férir l’ultra-capitalisme ! Bien sûr, à chaque fois, l’escroquerie a été amplifiée par de nombreux relais zélés. Au premier rang, les journalistes. Depuis la préparation de La Semaine de la Terre, j’en connaissais plusieurs. Tous allaient aider à l’élimination des écologistes puis à la diffusion du storytelling tendant à camoufler le crime et à légitimer l’imposture. Et pour cause, ils batifolaient ensemble dans « le collège invisible » sous l’oeil humide de Denis de Rougemont (23) !

 

Combien d’efforts perdus ? Quelle conscience éteinte ? Combien de vies ? Combien ?

 

 

https://nantes.maville.com/actu/actudet_-notre-dame-des-landes.-des-centaines-de-grenades-devant-la-prefecture_dep-3427230_actu.Htm

Ce dépôt de grenades récupérées, matériel polluant s’il en est, me rappelle le projet de faire de même devant les magasins et les sièges sociaux des producteurs et distributeurs d’emballages en plastique, en 1971. Projet bloqué par ceux qui n’allaient pas tarder à se faire passer pour écologistes afin de mieux tuer le mouvement.

 

En avril 2018, après le Testet en 2014, Standing Rock en 2017, la violente répression des résistants de Notre-Dame-Des-Landes découlera encore du saccage de l’alternative à l’exploitation capitaliste et du triomphe des prédateurs une bonne quarantaine d’années auparavant. Elle confirmera l’ignorance du bien commun et le mépris – le mépris ! – pour les autres, tous les autres, pour le vivant et la démocratie, des « élites » produites par la grande mystification.

 

Le recul et l’expérience permettent de percevoir ce qui est caché. La falsification de l’histoire sociale et la censure qui l’accompagne fidèlement, la synchronisation et l’efficacité du contrôle des alertes et de l’étouffement des actions de simple sauvegarde, disent assez que les « congrès pour la liberté de la culture » (de la culture capitaliste) et autres « collèges invisibles » existent toujours. En tout cas, les fonctions de contrôle, de censure, de falsification, de sabotage des actions, etc. sont assurées. Comme hier, ils sont parfaitement dissimulés mais ne sont pas discrets. Comme les corps célestes invisibles, leur existence, leur importance, leur étendue sont trahies par leur influence mesurable sur le terrain.

 

La vision d’ensemble, entre l’histoire du saccage des alertes et des alternatives, et celle des saccages locaux, révèle un considérable gâchis de savoirs, de sensibilités, de compétences, de conscience. On est pris de vertige en tentant d’appréhender la dynamique de l’effondrement à partir des espoirs initiaux. Une question revient, lancinante : pourquoi la dégradation a-t-elle été particulièrement grave en France ? Pourquoi la réaction à l’écologisme et à toute la Nouvelle Gauche y a-t-elle été plus forte ? L’Italie aussi a été très durement frappée par la réaction capitaliste et ses manœuvres en sous-main (24). Là aussi des courants extrémistes largement manipulés ont semé une confusion extrême. Là aussi l’Etat et les systèmes de représentation ont été captés par des intérêts très particuliers constitués en réseaux occultes. Mais il ne s’y est pas produit un tel effondrement des liens sociaux et il y a même eu émergence d’autres mouvements encore ignorés en France.

 

La mise à mort programmée des mouvements de la critique et de la proposition, sources de toute évolution, est l’un des faits politiques majeurs de l’époque. Probablement le plus important, car cette déstructuration des esprits et de la société s’est évidemment traduite par une stérilisation globale (des relations, du patrimoine, des écosystèmes…). Cela a autorisé tous les relâchements, tous les excès, toutes les dérives, en tous domaines. Aucun des effondrements aujourd’hui constatés n’y est étranger (25).

 

Enivrés par leurs réussites sans combats, les prédateurs n’ont cessé de se déconnecter davantage des réalités du vivant, lequel a subi une offensive pire que ne l’avaient cauchemardé les lanceurs de l’alerte écologiste toujours taxés de « catastrophistes« . Conséquence particulièrement pernicieuse : une dépression collective a suivi les désillusions, le constat de l’impossibilité d’éviter même les dégradations les plus grossières (note 7), et la perte de tous les repères. Depuis les années 1980 qui ont révélé le triomphe des prédateurs et de leurs troupes d’imposteurs, au KO debout a succédé l’hébétude du désarroi le plus complet. Ce que Jacques Rancière appelle le grand ressentiment de gauche né des grands espoirs des années 1960-1970, puis de la liquidation de ces espoirs par le parti dit « socialiste » (et quelques autres) (26).

 

La catastrophe est là et nous n’avons plus la capacité de réagir.

 

Alain-Claude Galtié

printemps été 2018

 

 

 

60 ans après Rachel Carson, les craintes des écologistes se sont concrétisées

 

 

Le silence des oiseaux

Le grand orchestre de la nature est peu à peu réduit au silence

Selon le bioacousticien Bernie Krause, la moitié des sons de la nature a disparu depuis les années 1960. En raison des activités humaines, les bruits sont inaudibles, les animaux se taisent.
http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/30/l-orchestre-de-la-nature-se-tait-peu-a-peu_3150765_3244.html

 

Il y a plus de trente ans, Hervé le Nestour chantait « l’orchestre »

 

 

 

les anticipations les plus pessimistes de la Nouvelle Gauche écologiste sont maintenant réalisées

 

 

affiches de la Semaine de la Terre

 

 

 

notes

 

(1) Mais il semble que Françoise d’Eaubonne ait eu des sympathies pour le maoïsme, ce dernier avatar de la grande famille totalitaire qui allait bientôt appuyer frénétiquement le noyautage et l’élimination de la Nouvelle Gauche. Ceci expliquerait-il partiellement cela ?

Mouvement écologiste ? Nouvelle gauche ? Contre-culture ? Culture écologiste ?

 

 

(2) « Ta joie de vivre ils te la feront rentrer dans la gueule. Ya peut-être plus de contagion possible. On a coupé toutes leurs racines, la volonté de vivre ne passe plus. Ya plus que la destruction, l’auto-destruction qui les fascinent. On perd son temps à leur expliquer qu’ils vont crever, s’en foutent pas mal de crever, au contraire, ils rêvent que de ça, ils veulent que ça (…) Tuer, être tué, ya plus que ça qui peut les faire jouir. Sadisme et masochisme. Tas d’impuissants » (« Concierges de tous les pays, unissez-vous« , Charlie Hebdo n° 28, 31 mai 1971).

 

Aux anathèmes lancés contre les écologistes lors de cette assemblée générale bidonnée correspondra bientôt une nouvelle attaque en règle lancée par des frères d’armes des premiers : La multiplication des revues écologiques – UN POINT DE VUE REACTIONNAIRE, Pierre Vernant, Lutte Ouvrière n°247, mai 1973

1973 – L’anti-écologisme primaire de l’extrême-gauche et des « socialistes »

Bizarrement, cet article précieux semble avoir disparu des mémoires (?). Heureusement, j’ai conservé avec soin ce témoignage de l’anti-écologisme primaire qui baignait toute la fausse gauche, et au-delà. Je le découvris, ahuri, en fouinant dans la librairie Maspero, à Saint Michel. J’y allais de temps en temps pour tenter de me documenter sur ces étranges gauchistes. Ce jour-là, je fus particulièrement gâté. Combien d’autres torchons m’ont échappés qui ont, depuis, été soigneusement effacés ?

 

Mais d’où parlait ce Pierre Vernant ? Qui l’avait inspiré ? Les ex-bolcheviques passés à la réaction néo-conservatiste avaient-ils aussi leurs entrées à Lutte Ouvrière ?

 

 

 

(3) Comité de Liaison pour l’Autogestion Socialiste sous contrôle du PSU rocardien. Juste une coquille vide de toute substance. Il était impossible de s’y faire entendre – surtout comme écologistes !

 

 

(4) Les connaître est devenu facile : ce sont à peu près les seuls à avoir été publiés et, encore aujourd’hui, à être cités comme des références ; grosso modo en proportion de leur nuisibilité, donc de leur utilité pour le système capitaliste. La méthode est élémentaire. Probablement accompagnés par l’omniprésent Congrès pour la Liberté de la Culture ou l’un de ses pseudopodes, les premiers se sont attribués l’action, la pensée et l’image (récupérables) de la Nouvelle Gauche, en particulier de l’écologisme. Puis les propagandistes ont suivi en gommant tout ce qui ne cadre pas avec la mythologie à l’usage du maintien de l’ordre dominant. L’imposture produit à gros bouillons. Des dizaines d’années après, élevés dans l’ignorance des fourberies parentales, même les enfants des illusionnistes d’hier et d’avant-hier entretiennent la mythologie ! Guy Hocquenghem aurait bu du petit lait.

Un exemple parmi les moins graves :

« Ce qu’on appellera la nouvelle culture ou la nouvelle gauche dans la France des années soixante-dix regroupait les adeptes de ce « gauchisme existentiel », plus culturel que politique, aux contours mal définis. Les écologistes (les Amis de la Terre), les antinucléaires, les militants pour une alternative non-violente (1974), une fraction du PSU, en constituaient les éléments les plus actifs et les plus organisés. Cette gauche, dite encore « alternative », anti-autoritaire et anti-étatiste, hostile au « capitalisme des monopoles » comme au capitalisme d’Etat, ayant cessé de croire au rôle privilégié de la classe ouvrière, rappelle étrangement la nouvelle gauche américaine des années 1960-1968 (avant la brève poussée ouvriériste et tiers-mondiste en 1969-1970) et son prolongement, l’activisme protestataire des années 1970 et 1980 ».

« Gauchisme existentiel » (sic) ! Comment peut-on concentrer tant de contresens ? Etonnamment, l’auteure, Marie-Christine Granjon, écrit sur la Nouvelle Gauche américaine (Révolte des campus et nouvelle gauche américaine (1960-1988). Elle a le mérite, assez rare, de reconnaître un mouvement équivalent en France. Mais, probablement abusée, elle mêle les acteurs de celui-ci à ses ennemis, allant jusqu’à inverser les rôles entre les écologistes et leurs censeurs-naufrageurs.

 

 

(5) Ce même Bureau National, avec son Secrétaire Michel Rocard, dont nous découvrirons le vrai visage au début de l’année 1974. Ennemis de l’expression de l’intelligence collective, donc de tout vrai mouvement social, pro-nucléaires, partisans d’une « perspective commune utile à la croissance marchande« … Marchandise, croissance, puissance, tous ceux que l’on nous a fait croire proches étaient l’inverse exact de la Nouvelle Gauche écologiste. Faux révolutionnaires, faux autogestionnaires, faux démocrates, faux en tout : de la même famille que les vociférateurs du Pré aux Clercs.

Une mémoire du mouvement écologiste 3 : 1974, des « camarades » ouvertement réactionnaires

 

 

(6) Sans exception ! C’est pourquoi en 1970, dans le cadre de l’opération qui allait être dévoilée par Bernard Charbonneau, a été constituée l’association JNE, Journalistes pour la Nature et l’Environnement. Une simple extension du réseau développé par les agents du contrôle culturel et politique, tel Denis de Rougemont. Parfaitement logique puisque le contrôle des media est l’un des premiers objectifs de qui veut dominer et exploiter. Depuis, les plus récentes expériences le démontrent, le contrôle ne s’est jamais relâché. De censure en omerta et en désinformation, nous ne cessons d’en mesurer l’efficacité.

L’association Les Amis de la Terre a également été juridiquement créée en 1970.

 

 

(7) …le même constat à tous les niveaux et dans tous les domaines, du village bourguignon aux écosystèmes complexes de toute la planète, au climat bouleversé, aux extinctions massives, etc.

1960 2018 – Eau, têtes de bassin versant, biodiversité, patrimoine, etc., plus de 50 ans d’une destruction exemplaire du bien commun

Le site Les eaux glacées du calcul égoïste est une mine d‘information sur l’étendue des complicités

http://www.eauxglacees.com/

 

 

 

(8) AMR, PSU, réseau d’une autogestion appât, Nouvel Observateur, etc., ils n’allaient pas tarder à se réclamer d’une « deuxième gauche » tout aussi trompeuse qui annonçait la Fondation Saint Simon (1981). Il est probable que le nom a été choisi pour introduire une confusion supplémentaire avec la Nouvelle Gauche afin de mieux dissimuler son effacement. Quoi qu’il en soit, beaucoup confondent, en effet, la « deuxième gauche » partidaire et capitaliste avec le mouvement social, culturel, alternatif de la Nouvelle Gauche, allant jusqu’à attribuer à « la deuxième gauche » politicienne, exécutrice de la Nouvelle Gauche, les idées prises au mouvement. C’est confondre la vessie et la lanterne, mais tout semble possible à force de désinformation et de propagande. Une quarantaine d’années après l’escamotage de la Nouvelle Gauche, son remplacement par l’imposture organisée pour imposer le néo-capitalisme est devenu presque banal et fausse totalement la plupart des analyses.

 

 

(9) Un exemple rare de confession d’un exécutant gauchiste :

« (…) Il y a eu des passages à tabac où on s’est mis à trois ou quatre pour casser la gueule à un contremaître. Généralement, ces petits cadres étaient eux mêmes assez violents et loin d’être recommandables. Si on s’en prenait à eux, c’est qu’ils étaient détestés dans l’endroit où ils travaillaient. Il n’empêche que tabasser un type à coups de manche de pioche à la sortie d’une usine, à un moment où il ne s’y attend pas, ne règle rien ! En aucun cas cela ne peut devenir une méthode. J’ai participé à plusieurs de ces attaques et vraiment, c’est l’une des choses dont j’ai vraiment honte. C’est révoltant !« 

 

Comme les écologistes l’ont plusieurs fois expérimenté, par exemple lors de l’AG de juin 1972, des petits gars plein d’allant, comme celui-ci (peut-être était-il là, lui aussi…), étaient si gravement aliénés qu’ils pouvaient s’attaquer furieusement à n’importe qui, sans savoir, sans rien comprendre, sans même demander pourquoi, juste sur ordre de leurs « chefs » (souvent manipulés eux-mêmes, sinon complices des marionnettistes). Pleinement soumis à l’autorité. Et quelle autorité ! Le phénomène est d’autant plus stupéfiant que celui qui témoigne ici a ensuite démontré qu’il était capable de faire beaucoup mieux :

Rony Brauman : « Je faisais partie de la piétaille du maoïsme français« 

(https://asialyst.com/fr/2016/05/16/rony-brauman-je-faisais-partie-de-pietaille-maoisme-francais/)

C‘est cette plasticité servile qui a été exploitée à fond par les stratèges de la conquête capitaliste.

 

Remarquons encore que les égarements gauchistes sont objets de beaucoup d’études, mais pas les alertes et les projets portés par les écologistes de la Nouvelle Gauche dont on voit, pourtant, aujourd’hui combien ils étaient justifiés.

 

 

(10) « collège invisible de l’écologisme« , entre héritiers et carriéristes :

Jean Carlier,

Jacques Delors,

Jacques Ellul,

Solange Fernex,

Edward Goldsmith,

Jacques Grinevald,

Robert Hainard,

Edouard Kressmann,

Alain Hervé,

Brice Lalonde,

Philippe Lebreton *,

Roland de Miller

Serge Moscovici

Armand Petitjean,

Philippe Saint Marc

Denis de Rougemont,

Antoine Waechter,

etc.

Après maintes expériences avec la plupart d’entre eux, force est de reconnaître qu’il y avait là les plus perfides ennemis de la Nouvelle Gauche écologiste. Mais comment avaient-ils été sélectionnés par Rougemont et ses services ? Par quoi étaient-ils tenus (…qui, pour les survivants, les tient encore) ? Bernard Charbonneau, qui les connaissait personnellement, parlait de « caste dirigeante« , de « notabilités » et de « société industrielle » récupératrice du mouvement. Dans cette seule liste très incomplète, plusieurs en étaient; une concentration significative de grandes fortunes et d’appartenances à des familles entretenant une culture du pouvoir confisqué à tous et capitalisé. Maîtres ou valets avides, ils ont constitué un bloc parfaitement uni, inaccessible, immuable.  

 

* Pierre Fournier lui-même, dès le début de La Gueule Ouverte et peut-être même avant, n’avait pu leur échapper : un poisson-pilote lui avait été adjoint. Lebreton figurait dans l’équipe ! Il signait « professeur Mollo-Mollo« .

 

Un haut cadre de l’appareil capitaliste mondial, des auteurs respectés, apparemment tous les journalistes intéressés par l’environnement… L’importance de la mobilisation laisse rêveur. Tout ce monde et cet investissement pour la Nouvelle Gauche écologiste française qui n’en était qu’aux balbutiements ! Cela autorise à penser que d’autres « collèges invisibles » avaient été constitués pour coiffer les autres courants de la Nouvelle Gauche. Un pour les défenseurs du patrimoine paysan, un pour les peuples autochtones sous domination française, un pour les homosexuels en lutte, un pour les libertaires et les communautés qui se multipliaient, un pour les pacifistes et les internationalistes, un pour les féministes, un pour les paysans critiques du modèle dominant, etc. ? Ou le même grand « collège« , mais avec différents départements ? Vu la dérive spectaculaire de tous les courants de la Nouvelle Gauche, on ne peut en douter.

 

 

 

 

(11) Psychological Strategy Board (une filiale de la CIA, elle-même montée pour la conquête capitaliste).

Qui mène la danse. La CIA et la guerre froide culturelle, Frances Stonor Saunders, Denoël 2003.

 

 

(12) Allen Dulles, responsable de l’OSS (les services secrets US) en Suisse durant la guerre, bientôt premier directeur de la CIA.

John Foster Dulles, le secrétaire d’Etat du Président Eisenhower.

 

 

(13) Toujours dans le livre témoignage de Pierre Grémion : Intelligence de l’anticommunisme. Le Congrès pour la liberté de la culture à Paris 1950-1975, Fayard 1995.

Un livre indispensable, avec celui de Frances Stonor Saunders, pour mieux comprendre l’élaboration et le développement du contrôle culturel et politique. Acculturation et substitution de paradigme, falsification, manipulations de la mondialisation du capitalisme…

 

 

(14) C’est l’échec provoqué de ces conférences-débats qui m’a convaincu de la nécessité d’initier des actions plus ambitieuses, par exemple une Semaine de la Terre.

 

 

(15) Les luttes incessantes à tous les étages des hiérarchies de pouvoir (ou de fonctions) ne sélectionnent que des anomalies psychologiques et sociales ; en particulier les plus dangereuses pour la vie, celles qui détruisent les relations de bonne vie en communauté. La capitalisation des pouvoirs confisqués attire irrésistiblement les inaccomplis, les handicapés de l’intelligence sensible et de la sociabilité, ceux qui n’ont rien à donner mais une revanche à prendre, quelque chose à se prouver à eux-mêmes, ou qui recherchent des émotions toujours plus fortes pour répondre à leur soif inextinguible de jouissance narcissique et sadique. Mieux encore : elle encourage ces dérangements là où ils seraient restés embryonnaires et discrets. Elle les cultive. Elle les multiplie. C’est là leur milieu d’élection, là où ils se révèlent, s’agglomèrent, s’épanouissent et rivalisent pour éjecter et réduire tous ceux qui aspirent à vivre en bonne intelligence entre eux et avec l’environnement – en démocratie. C’est pourquoi, afin d’amorcer la dégradation de tous les mouvements sociaux qui les inquiètent, et jusqu’au moindre groupe, ceux qui n’ont aucun intérêt à laisser vivre cette démocratie – la caste dirigeante – leur facilitent la tâche en les sélectionnant loin en amont pour les y infiltrer. Cela n’est sûrement pas un hasard si Michel Rocard, le mentor de Brice Lalonde, avait été sélectionné par Henry Hermand, l’homme de l’ombre de la grande distribution qui, dans ses bureaux, l’a gardé sous son aile toute sa vie : il était bâti sur le même modèle.

D’autres exemples révélés tardivement :

2001 – La liberté démasquée

2001 – La liberté démasquée, par ACG

 

(16) Sept mois après Dumont et la grande manoeuvre anti-Nouvelle Gauche, Aline et Raymond Bayard (fondateurs de Maisons Paysannes de France) témoigneront de la violence de la magouille et de sa simultanéité dans toutes les parties du mouvement :

1974 12 – Aline et Raymond Bayard, de Maisons Paysannes, alertent contre les manoeuvres anti-écologistes

A la différence des « Amis de la Terre » (l’un des leurres spécialement créés pour piéger les acteurs de la Nouvelle Gauche et détourner l’attention des sympathisants), Maisons Paysannes était une association constituée. Cependant, l’opération entriste qui y a été réalisée – sous le même commandement – a failli réussir. Malgré le réseau de sympathies et de solidarités tissé au long d’une dizaine d’années de recherches sur le patrimoine et les chantiers de restauration, la manipulation a été si difficile à déjouer que l’association en a été profondément blessée.

 

Deux ans après le soutien du magouilleur maoïste chrétien à René Dumont, les écologistes de Caen témoigneront de leur incompréhension devant le dévoiement du mouvement :

1976 – Notre opposition face au système électoral, par les Amis de la Terre de Caen

http://planetaryecology.com/1976-notre-opposition-face-au-systeme-electoral/

 

 

(17) Quatre ans plus tard, un collègue du témoin involontaire – même école, même niveau de responsabilité – publiera un article stupéfiant dans Libération (Les impasses d’un couple obscène, 28 mai 2014). Michel Wierviorka y invoque la Nouvelle Gauche écologiste, mais sans jamais l’identifier, pour souligner le ratage complet de la restauration du politique qu’elle voulait inspirer (entre autres, en témoigne mon article paru dans Le Courrier de la Baleine au début de l’année 1974 : Ecologiser la politique ?). Problème, il ne dit pas pourquoi et comment. Et pour cause, Michel Wierviorka commet un anachronisme étonnant en situant la création du parti « Vert » au début des années 1970 (c’est 1984) *, confondant les acteurs de la Nouvelle Gauche avec ses ennemis ! Ainsi, il réalise l’exploit de réveiller le souvenir de la mutation du politique proposée par la Nouvelle Gauche, et de l’enterrer aussitôt en l’attribuant à ceux qui l’ont exécutée !

* une erreur d’autant plus troublante qu’elle coïncide avec la création du « collège invisible de l’écologisme » qui est, en effet, à l’origine de la substitution des politiciens Verts au mouvement écologiste. Voilà qui rappelle encore l’avertissement de Bernard Charbonneau dans La Gueule Ouverte de juillet 1974…

 

Le « Bip Bip » de la terrasse de café ensoleillée aurait-il contribué à désinformer son collègue Wierviorka ?

Wierviorka ignore-t-il tout de l’effacement de la Nouvelle Gauche dont, pourtant, il invoque l’esprit ?

S’agit-il seulement d’une erreur due à l’ignorance et à de mauvaises influences ?

Où commence le gommage de l’histoire, cette « opération subtile qui avance à petits pas : il s’agit d’effacer des liens de cause à effet à travers l’espace et le temps« , Paul Farmer (chapitre Manipulation dans la manipulation…)

 

à propos de l’article de Michel Wierviorka :

2012 : Comment avons-nous pu tomber si bas ?

en complément :

1974 – Ecologiser la politique ?, par ACG

 

(18) La réécriture de l’histoire de l’écologisme va bon train (celle des autres mouvements sociaux aussi). Ses collaborateurs se multiplient en se pompant les uns les autres. Comme des Shadoks. Pourtant, des écologistes n’ont cessé de témoigner, de dénoncer de toutes les façons possibles. Malgré la censure, des écrits sont restés. Mais ils ont été systématiquement ignorés, même par des chercheurs à priori sans lien avec l’imposture première – à priori. Ainsi, tel auteur estimable qui voulut se faire historien et auquel je disais les erreurs qui constellaient son texte me confia qu’il avait essentiellement puisé chez un historien labellisé par l’université. Cela me fit rire car j’avais déjà écrit à ce dernier pour lui proposer de meilleures informations que les légendes qui lui avaient été susurrées par les naufrageurs de la Nouvelle Gauche.

Estomaqué, avant de rompre cet échange passionnant, l’historien universitaire cité par mon interlocuteur avait lâché que c’est grâce à ce travail qu’il avait obtenu son doctorat et ses deux chaires (il s’agit de Jean Jacob).

L’auteur abusé ne souhaita pas non plus poursuivre l’échange pour pouvoir corriger ses erreurs. Après tout, peut-être n’avait-il pas été abusé… Lui qui, par ailleurs (mais pas devant moi), prétend avoir connu Fournier et Cavanna n’était pas du tout heureux de retrouver d’anciens compagnons (je n’étais pas seul). Au contraire ! C’est curieux un historien mécontent de rencontrer son sujet. Pourquoi était-il gêné par notre ancienneté ? Sa dérobade devant les autres témoins de l’époque parle d’elle-même. Car, à cette soirée consacrée à Fournier *, nous étions trois anciens de la Nouvelle Gauche. Si anciens qu’il ne sut dire que : « Oh, c’est vieux tout ça !« . Bah oui, vieux comme Fournier pour lequel il était là ! Il est remarquable qu’il n’ait trouvé à dire que ça qui est la facilité habituellement employée par les responsables d’actes aux longues conséquences pour esquiver les confrontations révélatrices. Mais que faisait là Yves Frémion, car il s’agit de lui ? Voulait-il passer pour un proche de Fournier, lui qui avait participé à tous les détournements qui ont produit « l’écologie politique » (sic), l’ersatz insignifiant qui a été substitué à la Nouvelle Gauche ? Il l’avait fait avec tant d’enthousiasme qu’il s’était fait élire chez les Verts. Incompréhension complète du mouvement et de ses perspectives, ou retournement de veste ? Sans doute avait-il oublié depuis très longtemps (ou ne l’avait-il jamais compris) que Fournier, comme tous de la Nouvelle Gauche, dénonçait la falsification de la démocratie par l’électoralisme (surtout celui fondé sur l’élimination préalable des alertes, des mouvements sociaux et des alternatives !) :

« La révolution écologique doit-elle se désintéresser du pouvoir ? Trois fois oui, répond Fournier. Il ne s’agit pas de prendre le pouvoir, mais de le « laisser ». Fournier prône le « désengagement » : participer, c’est encore être complice. La révolution écologique, communautaire, ruraliste, non-violente, doit se faire hors de la politique, qui vise par essence à l’accommodement » (Fournier précurseur de l’écologie, page 133).

* présentation du livre sur Pierre Fournier sorti en 2011,

 

La plaisanterie s’éleva au niveau de l’oeuvre d’art quand l’universitaire aux deux chaires publia des citations de celui qui disait puiser son information chez lui…

 

Cependant, le même Yves Frémion a fait un remarquable travail de recherche sur le mouvement Provo. Etrange qu’il n’ait pas été capable de produire l’équivalent pour la Nouvelle Gauche écologiste d’ici.

 

Deux perles parmi tant d’autres. Elles mettent en scène un ancien de la manipulation politicienne et un nouvel universitaire qui récitent le même storytelling :

« (…) c’est un des leaders de 68, Brice Lalonde, ancien président de l’UNEF, qui va prendre à ma demande et à ma suite la présidence des Amis de la Terre en 1972« .

C’est du Alain Hervé dans le texte : « L’écologie est-elle née en 1968 ? », l’Ecologiste n° 25, printemps 2008.

« à ma demande et à ma suite la présidence« … On voit que toute prudence est oubliée au point de vanter ses perfidies et ses turpitudes. Que disais-je ? La cooptation. La cooptation imposée en force, avec l’aide de nervis dirigés contre les écologistes, puis la falsification pour produire un récit qui semble légitimer la domination. De la culture démocratique de l’écologisme qui veillait à prévenir toute reproduction des hiérarchies de pouvoir, il ne reste rien. Evidemment.

 

Quant au « leader de 68« , falsification encore ! Hervé le Nestour avait été témoin d’un coup de force pareil à celui du Pré-aux-Clercs, pareillement organisé par le PSU et confrères, pour – nous l’avons vu plus haut – installer le même non pas à la tête de l’UNEF Sorbonne mais, exactement, au bureau de la FGEL, la Fédération des Groupes d’Études de Lettres de l’UNEF. Constance de la magouille… Alain Hervé confirme la relation avec les naufrageurs de 68, avec ceux dont il avait organisé la visite surprise dans la grande salle du Studio Morin. C’est bien ainsi que tous ces gens conçoivent la démocratie : en falsifiant la représentation dès le départ, puis en montrant à tous des collections d’images d’Epinal.

 

« (les Amis de la Terre) Association à vocation nationale, ses statuts sont conformes à la loi de 1901 et c’est tout naturellement que Brice Lalonde est élu président de l’ensemble du groupe français en 1972 lors d’une assemblée générale qui ne rassemble guère que les membres parisiens« 

Les mouvements écologistes en France de la fin des années soixante au milieu des années quatre-vingt

thèse de Alexis Vrignon, page 338, archives de l’Université de Nantes

C’est directement pompé dans l’antienne fredonnée à tous les échos par Alain Hervé, l’exécuteur des basses œuvres du « collège invisible« . « Tout naturellement« … En oubliant seulement le saccage de l’assemblée générale par les gauchistes (commandités par Alain Hervé et ses amis du « collège invisible« ), et l’annulation de celle-ci par « les membres » de l’association présents.

 

« Une assemblée générale qui ne rassemble guère que les membres parisiens« … Et pour cause ! Manipulation oblige : il n’était évidemment pas question de faire venir d’autres écologistes qui auraient entravé l’intervention des spadassins et seraient devenus des témoins gênants.

 

Pourtant, Alexis Vrignon était venu m’interroger et, entre autres, je lui avais conté cette histoire édifiante et donné accès à la documentation. Mais il est vrai qu’il avait cru bon prendre rendez-vous avec plusieurs falsificateurs de plus de quarante ans qui maintenant contrôlent des réseaux influents. Il a donc préféré leurs incohérences, sans même s’enquérir d’un hypothétique compte-rendu en bonne et due forme, avec pointage des adhérents et des présents, etc. ! Un exemple de la prompte génuflexion des nouveaux devant les hiérarchies du mensonge. Passé la surprise et, parfois, l’indignation, tous se sont courbés, pliés, aplatis. Ils forment déjà une longue cohorte sur plusieurs générations. Tous ont été récompensés par des carrières confortables dans l’université, le journalisme, les « associations » subventionnées, etc. Ils prolongent et amplifie la réécriture de l’histoire, bloquant d’autant toute possibilité d’évolution.

 

Intéressante la continuité entre les manipulations antisociales dirigées par l’état-major du capitalisme et le travail universitaire, à des dizaines d’années d’écart ! Où l’on voit une nouvelle fois l’université cautionner l’imposture. Comme avec Jean Jacob que j’avais dûment informé des erreurs de son « Histoire de l’écologie politique » (Albin Michel 1999), erreurs si nombreuses qu’elles l’ont entraîné loin de l’écologisme ; précisément vers le système qui, sous couvert d' »écologie politique« , l’a ruiné pour le remplacer. Que croyez-vous qu’il fit ? Ben, il a continué à désinformer comme si de rien n’était. Avant de rompre le contact dès le premier échange téléphonique (alors que j’offrais de l’aider), il m’a dit que cette publication était une reprise de la thèse qui avait été récompensée par un doctorat en histoire et deux chaires universitaires (!). Sans doute aurait-il perdu sa position avantageuse s’il avait eu le courage de corriger et de relancer la recherche *. Comme le gauchiste chrétien et directeur d’études d’une grande école brièvement apparu à la terrasse d’un bistrot de campagne.

* Cependant, il faut lui reconnaître le mérite d’avoir dénoncé l’appartenance à l’extrême-droite d’au moins un acteur du « collège invisible de l’écologisme » : Robert Hainard.

 

Même des auteurs encensés semblent entièrement contaminés. Par exemple, Jean-Pierre le Goff avec Mai 68, l’héritage impossible. Manifestement, Jean-Pierre le Goff a bien connu le gauchisme, mais pas du tout l’écologisme – et pas plus la Nouvelle Gauche. Et pour cause, lui aussi était maoïste (!) et il n’a donc pas été étranger au saccage de la Nouvelle Gauche (au moins devait-il savoir) ! Sur 480 pages, il n’en consacre qu’une dizaine à l’écologisme. Cette portion congrue renseigne sur la prépondérance qu’il accorde au gauchisme *, tout en saupoudrant celui-ci d’un peu de culture alternative (empruntée à cette Nouvelle Gauche que, pourtant, il paraît ignorer). La confusion est complète. La Nouvelle Gauche se trouve remplacée par son contraire. Mieux encore, si le Goff effleure à peine l’écologisme presque tout ce qu’il en dit le réduit et le défigure. Il ne s’est pas fatigué : c’est juste un copié-collé du récit fabriqué par les falsificateurs; toujours les mêmes, ceux qui ont cassé le mouvement avec l’aide des… maoïstes. Certes, Pierre Fournier est cité, mais hors contexte. Lanza del Vasto fait une apparition à propos de la lutte pour le Larzac. C’est tout. Les autres personnages cités sont ceux-là mêmes qui ont exécuté le mouvement et débitent depuis le récit qui vise à enterrer définitivement la culture alternative au capitalisme – comme par hasard, celui que rapportent Jacob et Vrignon. Jean-Pierre le Goff aurait-il été abusé ? En tout cas, la réputation de JP le Goff fait maintenant référence pour les légendes qu’on lui a fait répéter.

* comme Hervé Hamon et Patrick Rotman dans leur « Génération » (sic) qui, généralisant la dérive totalitaire de la minorité dont ils faisaient partie, s’approprient les mouvements des années 1960 et 70 pour en gommer les alertes, les alternatives pratiques et, surtout, la culture alternative à celle qui fonde le capitalisme. Le Goff, Hamon et Rotman étaient maoïstes… C’est sûrement un hasard.

 

Jean-Pierre le Goff, Jean Jacob, Alexis Vrignon, etc., autant de cautionnements de la défiguration du politique par la falsification de la démocratie.

 

Les mêmes tripotages ayant frappé tous les mouvements, toutes les alertes, toutes les actions non conformes à l’ordre dominant, que personne ne s’étonne du succès des « populismes » (encore une grossièreté méprisante) et du retour des sectarismes haineux. En effet, même s’ils manquent d’information, la plupart des « gens d’en bas » (ceux qui ne sont rien) ont vécu ou ont été témoins d’une escroquerie comparable. Les lourds parfums de la réécriture de l’histoire et de la propagande ne suffisent pas à masquer complètement les remugles de l’imposture.

Parmi les probables victimes de toute cette falsification, Michel Wierviorka qui prend les tueurs de l’écologisme pour des acteurs de celui-ci :

2012 : Comment avons-nous pu tomber si bas ?

 

Quelques autres exemples de pertes de mémoire des « historiens » de l’écologisme :

Jeunes et Nature,

La Semaine de la Terre,

l’alerte contre les emballages jetables et son sabotage,

l’AG écologiste submergée par les gauchistes dépêchés par les ennemis de la Nouvelle Gauche,

le sondage écologiste auprès des candidats aux législatives de 1973,

l’illusionnisme autogestionnaire du PSU, de la CFDT, etc.

le n°6 (mars 1974) du Courrier de la Baleine (avec Ecologiser la politique?),

les débats autour de la participation – même non-conventionnelle – aux élections,

le pugilat avec Michel Rocard et le PSU à propos du nucléaire (1974),

la trahison de René Dumont s’imposant comme candidat jusqu’au boutiste pour conforter l’électoralisme auquel s’opposaient les écologistes (justement pour ne pas mêler la préoccupation première – le vivant – et les objectifs de moindre importance),

la censure des écologistes de la Nouvelle Gauche,

la nouvelle vague de la réaction anti-écologiste qui s’est déchaînée au début des années 1990,

etc.

 

 

 

(19) Un exemple spectaculaire de cette omerta étendue aux actions actuelles m’a été donné à l’occasion de la lutte contre l’amiante (voir la note 22).

 

Tout aussi exemplaire que le reste, et également inscrit dans la longue durée, est le traitement réservé au bien commun autour de la grande maison de Bretagne évoquée par Lison de Caunes dans Les Jours d’après :

36 ans de bataille judiciaire pour un sentier en bord de mer

http://www.leparisien.fr/faits-divers/saint-briac-sur-mer-36-ans-de-bataille-judiciaire-pour-un-sentier-en-bord-de-mer-29-12-2018-7978044.php

Le sentier côtier au cœur d’une bataille judiciaire

https://www.breizh-info.com/2019/01/16/109952/saint-briac-sur-mer-le-sentier-cotier-au-coeur-dune-bataille-judiciaire

http://amisdescheminsderonde35.fr/index.php/la-presse/

 

 

(20) Et cela met en lumière l’étrange négligence de ceux qui prétendent décrire l’histoire contemporaine en oubliant l’action de ces réseaux qui a été déterminante dans la suite des événements !

Par exemple cet article paru dans Le Monde en mai 2018 : Emmanuel Macron et la deuxième gauche, le malentendu (https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/05/18/emmanuel-macron-et-la-deuxieme-gauche-le-malentendu_5300940_823448.html). Et revoici la deuxième gauche maquillée comme dans les années 1970, quand elle servait à assassiner la Nouvelle Gauche ! La légende fonctionne encore. Pourtant, Henry Hermand, son sponsor du grand capitalisme commercial, n’est pas ignoré des auteurs, mais cela ne les a pas éclairés.

 

 

(21) « (…) depuis trente ans, presque partout dans le monde, de puissants moyens ont été mis en œuvre pour violer l’art d’habiter des communautés locales et créer de la sorte le sentiment de plus en plus aigu que l’espace vital est rare » Ivan Illich, Dans le miroir du passé. Conférences et discours, 1978-1990, éditions Descartes & Cie 1994.

 

Les instruments de torture technologiques, politiques et financiers qui agressent le vivant sur l’ensemble de la planète constituent des monopoles radicaux, comme les appelait Ivan Illich. Produits technologiques ou administratifs des lobbies de l’industrie et de la banque, ou d’organisations coopératives dévoyées, les monopoles radicaux se présentent toujours en promettant de nous faciliter et améliorer la vie. Mais, le confort et les commodités qu’ils semblent pouvoir procurer ne sont qu’apparences. Derrière l’illusion, ils colonisent et s’approprient les fonctions et les espaces auparavant appréciés, protégés, partagés et gérés en commun ; l’espace mental surtout. Ils s’affirment en opposition à la communauté des biens. Précisément, leur pesanteur bureaucratique, technologique, économique, écologique et sociale servent à réduire à l’impuissance et à la dépendance en cassant les relations communautaires, le ferment de la démocratie. Ils désorganisent, supplantent, envahissent, imposent leur suprématie, éloignent et coupent de plus en plus de la société et du vivant. Ils déresponsabilisent et font perdre les compétences de l’autonomie, asservissent, spolient, excluent, écrasent tout ce qui ne se plie pas à leur loi, refoulant et supprimant les autres façons d’être et de faire, incorporant leurs utilisateurs au mécanisme en faisant d’eux les petits soldats de plus graves déstructurations. Même des technologies apparemment accessibles, mais qui dégradent tous les lieux où elles sont développées, dissocient les liens sociaux, dépossèdent de la maîtrise de l’environnement, de la maîtrise de la vie. Elles nourrissent un système tentaculaire qui prend le pouvoir sur la vie de tous, partout sur la planète. Les technologies dures qui substituent aux solutions simples des moyens compliqués, de plus en plus coûteux, fragiles et générateurs de rendements décroissants, sont au service de politiques dures, totalitaires.

 

 

 

(22) Par exemple l’étouffement de l’alerte amiante sous le lobby qui contrôlait tout, le CPA :

1974-2005 : l’AMIANTE à mort – 1ère partie, par ACG

Même cette lutte vitale dans le milieu du théâtre me fournira un exemple de la malfaisance toujours active des réseaux qui ont étouffé la Nouvelle Gauche écologiste. Réalisant que je suis l’un de acteurs de celle-ci, un journaliste envoyé par Henri Pézerat, lequel me l’avait chaudement recommandé, ne donnera aucune suite à l’interview et à la communication du dossier, puis refusera tout nouveau contact. La trahison de l’engagement auprès de Henri Pézerat, qui comptait beaucoup sur la médiatisation de cette affaire, illustre la force des pressions toujours exercées quarante ans après les premiers coups portés aux lanceurs de l’alerte écologiste.

 

L’effacement des alternatives pratiques tout autant ; de tout ce qui fait exemple en contradiction avec les monopoles capitalistes, productivistes, nuisibles et destructifs. Je l’ai vécu en 1972 avec les produit biologiques. Comme beaucoup d’autres qui s’étaient engagés dans cette voie, je l’ai vécu en 1975 avec l’énergie solaire et les autres solutions énergétiques. Les jardiniers-constructeurs de Notre-Dame-des-Landes sont en train d’en faire l’expérience. Combien d’actions et de créations remarquables et dont tout le monde aurait profité ont été effacées ?

 

 

 

(23) Ainsi Jean Carlier, directeur de l’information à RTL… Comment comprendre ? Il avait aidé à faire connaître La Semaine de la Terre, mais il ne cessera ensuite de nous tromper. Environ six mois après l’embuscade de la fausse AG, son association des Journalistes pour la Nature et l’Environnement (JNE) organisa une rencontre avec des politiques. J’y fus convié pour présenter les résultats du sondage écologiste des candidats aux législatives de 1973. Dès l’arrivée, Carlier, qui présidait la soirée, fit mine de s’étonner que ce soit moi qui prenne la parole et pas « le président des Amis de la Terre« … Très élégant ! Etonné qu’il se préoccupe de cette histoire de « président« , je lui dit que ce titre n’avait pas d’importance pour nous et que chaque action était présentée par la personne qui, pour l’avoir créée et en être responsable, connaissait le mieux le sujet. Il insista en me demandant si, cependant, « le président » allait venir… C’était un peu gros. Brice Lalonde qui m’accompagnait, avec sa dévouée Lison, se tenait à quelques pas après m’avoir enjoint de ne surtout pas révéler sa présence (?). En réalité, pour user leurs fonds de culottes dans le salon de Rougemont – le très dissimulé réseau Diogène – depuis trois ans, Carlier et Lalonde se connaissaient parfaitement. Ils nous jouaient des saynètes de cette sorte pour mieux nous sonder, sans doute pour mesurer notre degré d’éveil et de dangerosité.

Autre curiosité de cette soirée très particulière, quand viendra le temps de la collation, le seul écologiste invité aura tout le temps de se restaurer (bon le buffet !), de s’ennuyer, d’observer et de ruminer quelques interrogations. Sur plus de 150 journalistes, un seul manifestera un intérêt pour l’action qu’il représentait ; plus la secrétaire de Carlier (rapidement rappelée à l’ordre par celui-ci !). Les autres intervenants conviés à la tribune seront très entourés. Y compris… le visiteur « incognito » : Brice Lalonde.

L’ombre du « collège invisible » hantait cette charmante soirée.

Beaucoup plus tard, un ancien compagnon d’action s’étonnera que j’ignore encore la fidélité de Jean Carlier à l’oligarchie, justement celle qui avait été horrifiée par l’essor de la Nouvelle Gauche, celle où les stratèges de la conquête capitaliste mondiale avaient aisément levé des troupes pour étouffer le mouvement.

 

(24) Ancien des réseaux du CCF (Congrès pour la Liberté de la Culture), Pierre Grémion en a témoigné sans fard (note 13).

Simonetta Greggio est de ceux qui lèvent le voile sur l’histoire manipulée de l’Italie (Dolce Vita 1959 – 1979, Stock 2010)

(…) La romancière italienne (…) le souligne avec force, persuadée que, sans « ces vieilles histoires », comme le dit un des personnages, « il serait impossible de comprendre ce qui se passe ». D’ailleurs l’Italie de Berlusconi, avec son cortège d’affaires et de scandales, ne serait que le produit de cette période trouble qui a affaibli la démocratie italienne : « Après les années de plomb, celles de la boue. (…) Quand avons-nous commencé à être aveugles, et sourds ? » Une question que se pose également Simonetta Greggio, car, au-delà des responsabilités des uns et des autres, il y a tout un pays qui a préféré fermer les yeux face au cauchemar. (https://www.lemonde.fr/livres/article/2010/12/08/dolce-vita-1959-1979-de-simonetta-greggio_1450636_3260.html)

(…) C’est dire combien ce livre me paraît courageux et dénonce toutes les dérives italiennes qui nous obligent nolens volens à nous poser aussi des questions sur notre propre pays, et sur l’état du monde. On se sent de plus en plus seuls vis-à-vis de ces forces plus ou moins occultes qui, de par le vaste monde, et à commencer par le Vatican et certains cénacles bien fermés, se chargent de mener le bal et de bien pourrir la vie des citoyens. Nombre de livres, nombre de films se sont attaqués aux Brigades rouges, mais qui osera montrer aussi les collusions que les forces politiques d’alors avaient créées avec elles, notamment en ce qui concerne l’assassinat d’Aldo Moro. (…) Jean-Max Méjean (http://livres-et-cinema.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/01/06/est-ce-ainsi-que-les-italiens-vivent.html)

 

(25) Il semble que se dessine enfin une prise de conscience de ce sabotage politique et social. Par exemple, ce livre sorti après l’écriture de cet article :

La société ingouvernable – Une généalogie du libéralisme autoritaire, par Grégoire Chamayou

Partout, ça se rebiffait. Les années 1970, a-t-on dit à droite et à gauche, du côté de Samuel Huntington comme de Michel Foucault, ont été ébranlées par une gigantesque « crise de gouvernabilité ».

Dire « les années 1960 » serait plus juste.

Aux États-Unis, le phénomène inquiétait au plus haut point un monde des affaires confronté simultanément à des indisciplines ouvrières massives, à une prétendue « révolution managériale », à des mobilisations écologistes inédites, à l’essor de nouvelles régulations sociales et environnementales, et – racine de tous les maux – à une « crise de la démocratie » qui, rendant l’État ingouvernable, menaçait de tout emporter.

C’est à cette occasion que furent élaborés, amorçant un contre-mouvement dont nous ne sommes pas sortis, de nouveaux arts de gouverner dont ce livre retrace, par le récit des conflits qui furent à leurs sources, l’histoire philosophique.

On y apprendra comment fut menée la guerre aux syndicats, imposé le « primat de la valeur actionnariale », conçu un contre-activisme d’entreprise ainsi qu’un management stratégique des « parties prenantes », imaginés, enfin, divers procédés invasifs de « détrônement de la politique ».

http://lafabrique.fr/la-societe-ingouvernable/

 

(26) (…) Tous les idéaux républicains, socialistes, révolutionnaires, progressistes ont été retournés contre eux-mêmes. Ils sont devenus le contraire de ce qu’ils étaient censés être : non plus des armes de combat pour l’égalité, mais des armes de discrimination, de méfiance et de mépris à l’égard d’un peuple posé comme abruti ou arriéré (…) « Où est la gauche ? » demandent les socialistes. La réponse est simple : elle est là où ils l’ont conduite. Le rôle historique du Parti socialiste a été de tuer la gauche. Mission accomplie. (…) Jacques Rancière qui rejoint l’analyse de Jean Baudrillard dans La Gauche divine (chronique des années 1977 – 1984), L’Obs N°2630-02/04/2015

 

Curieusement, en dépit en cette analyse, Jacques Rancière semble totalement méconnaître le saccage de la Nouvelle Gauche et son remplacement par des faux-semblants concoctés entre « gauchisme » bourgeois et système capitaliste organisant la globalisation. D’ailleurs, il semble avoir complètement raté la Nouvelle Gauche (?). En particulier, le mouvement écologiste et, donc, son sabotage ; même si des amis à lui y ont ardemment participé. Car, incroyablement, simple conséquence des fréquentations fortuites peut-être, Jacques Rancière s’était laissé happer par le courant maoïste qui a fourni une bonne part des naufrageurs de l’écologisme… pour la plus grande satisfaction des forces qui cornaquaient le Parti Socialiste , lequel n’était, donc, qu’un intermédiaire ! Hasard des rencontres et des rendez-vous manqués ?

 

 

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Alfred Fabre-Luce

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Jean Ferrat

Guy Hocquenghem (Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary)

Pierre Fournier

Lanza del Vasto

Michel Rocard

Maurice Najman

Michel Bosquet (futur André Gorz)

Y.B.

Denis de Rougemont

Michel-Edouard Leclerc

Lison de Caunes

Georges de Caunes

Benoîte Groult

Christophe Bourseiller

Edgar Morin

Gilles Raveaud

Yrrah

Norman Podhoretz, Irving Kristol, Raymond Aron

Pierre Vernant

Brice Lalonde

famille Forbes (de Boston)

Alain-Gauthier Lévy

Guerres de l’Opium

John Kerry

Francis Blackwell Forbes

Hervé le Nestour

Michel Mousel

Jacques Sauvageot

Jacques Bleibtreu

Jean-Michel Bouguereau

Jean-Pierre Duteuil

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Henri Maler

Jean-Louis Péninou

Claude Chisserey

Alain Krivine

Bernard Tapie

Serge July

Jean Detton

René Dumont

Aline et Raymond Bayard

Jean Baudrillard

Roger Cans

Appel d’Heidelberg

Bernard Charbonneau

Domenach

Georges Pompidou

Jacques Ellul

Henri Laborit

Edouard Kressmann

Henry Hermand

Edouard Leclerc

Yves Bonnefoy (Entretiens sur la poésie 1972-1990)

Florian Charvolin

Odon Vallet

Hervé Hamon

Patrick Rotman

Olivier Rolin

Rony Brauman

Pierre Grémion (Intelligence de l’anticommunisme. Le Congrès pour la liberté de la culture à Paris 1950-1975)

Friedrich Hayek

Alain Touraine

the Dulles brothers (Allen and John Foster)

Jacques Grinevald

Roland de Miller

Robert Hainard

Edward Goldsmith

Armand Petitjean

Jean Sendy

Max Horkheimer, Theodor Adorno (La dialectique de la raison)

Bernard Manin

Frances Stonor Saunders (Qui mène la danse. La CIA et la guerre froide culturelle)

Tom Braden

Serge Moscovici

Jean-Luc Bennahmias

Jean-François Bizot

Stanley Milgram

Pierre Samuel

Paul Farmer

Georges le Guelte (alias Bernard Jaumont)

Pierre Mendès France

Emmanuel Macron

Jacques Rancière

Bernie Krause

Marie-Christine Granjon

Jean Carlier

Jacques Delors

Solange Fernex

Philippe Lebreton

Philippe Saint Marc

Antoine Waechter

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Michel Wierviorka

Jean Jacob

Cavanna

Yves Frémion

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Rachel Carson (Printemps silencieux)

Simonetta Greggio (Dolce Vita 1959 – 1979)

 

 

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Une réponse à 23 Juin 1972 – Guet-apens au Pré-aux-Clercs : comment le capitalisme a effacé la Nouvelle Gauche écologiste

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