Henri à l’usine Amisol dans les années 1970

 

 

Henri m’avait spontanément aidé à diagnostiquer les pollutions par amiantes d’une institution bien de chez nous. C’était à la fin de l’année 1978. C’était le début d’une longue histoire au cours de laquelle il m’a souvent aidé.

 

Henri Pézerat était ouvert et sensible. Capable d’empathie et d’indignation, il n’avait pas suivi les chemins carriéristes de la facilité et de la soumission au système mortifère. Il s’était mis tout entier au service du bien commun. Il était un homme debout, dressé contre l’abomination des profits réalisés au détriment de la vie, dressé contre le laisser-faire et le j’m’enfoutisme. Il était de ceux qui élèvent le débat et la pratique. Disponible et sympathique, il offrait son temps et sa compétence pour féconder les consciences et mobiliser les volontés. Attentif, avec l’intelligence de la solidarité, Henri Pézerat allait au devant des victimes et de leurs familles pour les aider et recueillir l’information. Il travaillait en complémentarité et en réciprocité avec tous les acteurs de la lutte contre les polluants. Il tentait de les mettre en relation, entre eux et avec d’autres. Il a ainsi beaucoup contribué au développement d’un mouvement pour la prévention des atteintes à la santé par les conditions de travail, mouvement fait des volontés et des savoirs associés, qui avait réussi à changer les règles en bousculant les lobbies criminels.

 

Malheureusement, il a aussi assisté à l’étouffement des dynamiques holistiques constitutives du mouvement sous le poids de hiérarchies de pouvoir reconstituées jusque dans les associations de victimes (son propre constat). Une régression fréquente qui fait sombrer les mouvements les plus prometteurs – ce qui est arrivé au mouvement alternatif. Malgré son autorité (de compétence) et ses efforts, Henri Pézerat n’avait rien pu y changer, et cela avait assombri ses dernières années. Capitalisation des pouvoirs d’être et d’agir confisqués aux acteurs de la lutte, détournements d’informations et d’idées, rupture des interrelations, non-communication, perte d’expériences et de compétences, invention de cloisonnements hiérarchiques et de concurrences là-même où avaient foisonné les interrelations, etc. Cette dérive vers l’échec collectif est mal identifiée, donc peu dénoncée et encore moins combattue au pays des droits de… la hiérarchie, de l’élitisme et de la poudre aux yeux.

 

Après plus de trente-cinq ans de travail sur les pollutions de l’amiante et tant de victimes effacées dans l’indifférence et les compromissions, Henri Pézerat n’aura même pas eu la satisfaction de voir s’esquisser le procès collectif tant attendu pour établir les responsabilités d’hier et d’aujourd’hui, et prévenir de nouveaux malheurs.

 

ACG 2009

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