avril/mai 2021
Il y a 50 ans, préparation des tracts et des affiches de la Semaine de la Terre
Dégradation des sols, effondrement biologique, pollutions, surpopulation, écocides, ethnocides…
Agriculture biologique, énergie solaire, économies d’énergie, réduction des moteurs thermiques, régulation de l’urbanisation…
50 ans après les alertes écologistes et les propositions alternatives avec la Semaine de la Terre:
«Voir un lien entre la biodiversité et le Covid-19 relève du surréalisme »,
Luc Ferry dans L’Express mars 2020
Ferry qui peut encore débiter sa culture anti-nature primaire dans tous les médias est un propagandiste du capitalisme depuis les années 70…
Comme tant d’autres qui, déjà, entouraient les écologistes pour les étouffer et les remplacer par des figurants accommodants avec le système.
une affiche de la Semaine de la Terre (mai 1971)
On entend dans les media : « Comment on en est arrivé là ? »
Pourtant, il y a cinquante ans, l’un des tracts de la Semaine de la Terre :
QUELQUES BALLONS À DÉGONFLER
Le mythe que la nature sauvage n’est nécessaire qu’à quelques rustres originaux.
Le mythe que les ingénieurs peuvent calculer, planifier et imposer le bien-être de chacun à tout le monde.
Le mythe que la nature est faite pour être dominée, maîtrisée, conquise et asservie par l’Homme et pour l’Homme.
Le mythe que la nature est inépuisable et infiniment prodigue pour les caprices d’une exploitation économique forcenée.
Le mythe que la nature pourra être protégée efficacement dans un système économique basé sur le profit, l’expansion et la concurrence.
Le mythe que l’homme sera plus heureux et plus libre dans un monde entièrement gadgétisé, robotisé et artificiel.
Le mythe que les mesures anodines et timorées des gouvernements contre les pollutions suffiront à enrayer la crise mondiale de la dégradation de la biosphère.
Le mythe que la France avec ses 50 millions d’habitants est sous-peuplée alors que la saturation des zones urbaines est déjà cause de maladies mentales.
Le mythe que la réalisation d’un couloir urbain continu dans toute la Basse Vallée de la Seine, de Paris au Havre, sera un progrès réel dans nos conditions de vie.
Le mythe que la construction de logements et de moyens de transports résoudra la crise urbaine dans un monde déjà surpeuplé.
Le mythe que la solution miracle des problèmes énergétiques est dans le développement des centrales nucléaires, et l’utilisation « pacifique » de l’énergie nucléaire (pollution radioactive de l’air, de l’eau, du sol et des chaînes alimentaires).
Le mythe que l’individu ne peut rien faire contre les pollutions et contre les destructions du milieu naturel.
Le mythe que la Planète Terre peut supporter une croissance démographique illimitée sans le saccage et l’épuisement définitif de ses ressources naturelles.
Le mythe que la gloire suprême pour une nation et le secret du bonheur sont dans la prospérité économique, dans les autoroutes à 24 voies, les métro express régionaux, les steppes culturales de la Beauce, les aérotrains et le confort-air-conditionné de tout un peuple d’automates en complets-vestons.
Le mythe que la lutte contre les pollutions et pour la protection de l’environnement est une réforme du système capitaliste alors qu’elle exige, bien au-delà, une transformation radicale de la civilisation industrielle sur des bases de non-expansion et de survie.
(…)
l’appel à l’aide

 

Il y a 50 ans, j’allais trouver Paul-Emile Victor et Alain Bombard à la sortie de la Salle Pleyel.
Enthousiaste, PE Victor accepta de participer à la Semaine de la Terre. A Bombard ne pourrait pas, mais il prodigua des encouragements.
« Je suis un optimiste (…) Rien n’est perdu. Pour l’instant. A condition que chacun fasse passer son intérêt personnel immédiat après l’intérêt général. Ce qui est une autre façon de défendre son propre intérêt. A condition, donc, que chacun soit foncièrement égoïste… De façon intelligente, raisonnée, concertée. Et non pas, comme c’est le cas aujourd’hui, égoïste comme un imbécile« .
« Il faut former des commandos et faire la guerre, je dis bien la guerre, une vraie guerre avec tout ce que cela implique…« .
Paul-Emile Victor
A l’époque de la Semaine de la Terre (mai 1971),
il y avait quelque 2 500 000 Éléphants en Afrique, et 65 000 Rhinocéros. Aujourd’hui, il reste 500 000 Éléphants et moins de 3000 Rhinocéros.
Depuis, le saccage de la forêt primaire et les massacres ont réduit la population des Orangs-outangs d’au moins 120 000 intelligences sensibles.
A l’époque, il y avait encore des commerçants et des artisans dans les villages. Et des cinémas ! Et les jardins n’étaient pas encore transformés en lotissements.
A l’époque, des fermes traditionnelles, avec des productions diversifiées, résistaient encore.
A l’époque, il y avait encore des Moineaux et des Hirondelles à Paris. Et des enfants jouaient encore dans les rues.
A l’époque, Arne Naess ruminait the deep ecology.
A l’époque, il était déjà grand temps de changer de civilisation pour sauver l’essentiel. Aujourd’hui…
Il y 50 ans, les alertes écologistes de la Semaine de la Terre
Dans les années cinquante et, surtout, dès le début des années soixante, avait commencé à fleurir une conscience aiguë des dégâts opérés par la civilisation dans laquelle étaient engagés la plupart des « Occidentaux« , d’ailleurs à l’insu de la plupart d’entre eux.
C’était à la mi-temps des « trente glorieuses ». Des « glorieuses » catastrophiques pour la plupart et pour l’avenir car la prospérité d’une minorité ne provenait que d’un renforcement sans précédent de l’exploitation – de l’exploitation des hommes et de « la nature » (c’est le même processus). Alors, sous un mauvais maquillage « démocratique« , la domination s’était déjà radicalisée en un système aux ambitions planétaires et organisait ici même, au détriment de la majeure partie des populations et du pays, une économie de guerre pour soutenir son expansionnisme. C’était le premier choc planétaire de l’ultra-capitalisme désigné depuis par le terme équivoque de « mondialisation« .
Dans la rue et les réunions publiques depuis 68, les écologistes tentaient d’alerter pour stimuler une prise de conscience des impasses où nous engageait le projet de « la caste dirigeante » (l’expression est de Charbonneau).
Une affiche de la Semaine de la Terre
il y a 50 ans, la Semaine de la Terre distribuait ce tract :
C’EST BIEN,
C’EST TRÈS BIEN…
VOUS ÊTES DANS LA BONNE VOIE !
IL FAUT PERSÉVÉRER :
Continuez à couvrir la Terre de votre progéniture, il y a encore de la place et quand, demain, il n’y en aura plus, on en fera…
Continuez à multiplier les tas d’ordures, êtes-vous sûr d’avoir tout souillé ?
Continuez à détruire, il reste des animaux libres, des plantes non piétinées, des hommes « primitifs« , des paysages intacts…
Continuez à polluer, peut-être y a-t-il encore des ruisseaux, de lopins de terre, des aliments non corrompus…
Continuez à vous abrutir dans les mille joies de la « vie moderne« 
ENCORE UN PETIT EFFORT
Consommez le plus possible
Encouragez le gaspillage des ressources naturelles
Construisez, construisez n’importe quoi : des clapiers à citadins, des résidences secondaires, des autoroutes, par exemple
Arrachez la végétation, détruisez les tourbières, recouvrez la mer de pétrole, il y a trop d’oxygène
Déboisez, comblez les marécages, stabilisez les berges des rivières, il n’y a pas assez d’inondations
etc.
Travaillez à la PROSPÉRITÉ et à l’AVENIR
bientôt la suite…
Il y a 50 ans, la Semaine de la Terre à Paris…
Êtes-vous fous ?
Tout croule autour de nous : le raz de marée démographique dévore l’espace et charrie la violence, l’économie de la civilisation industrielle dilapide les ressources naturelles, les pollutions se multiplient et leurs effets se conjuguent, les mauvaises pratiques agricoles dégradent les sols, la Vie sauvage s’éteint, les régions les plus lointaines sont bouffées par le béton et le macadam, les rivages de vos vacances se couvrent de pétrole et d’emballages en plastique, vos villes deviennent des centres d’élevage industriel, la « vie moderne » abrutit les âmes et broie les corps…
Sortez de votre torpeur
Citadins, regardez le ciel quand aucun nuage ne le trouble, il est crasseux, tout gris de poussières et de fumées, c’est le ciel que vous trouverez bientôt à la campagne et même au bord de mer…
Refusez le cauchemar
IL N’Y A PAS DE PLANETE DE RECHANGE
ce que nous voulons :
– une population stable
– une économie de recyclage des produits usés
– le développement de l’exploitation de l’énergie solaire
– le remplacement des pesticides chimiques par les moyens biologiques de lutte contre les parasites
– des produits agricoles de qualité
– la protection intégrale des espèces animales et végétales
– la disparition des moteurs à combustion
– l’arrêt de l’urbanisation désordonnée
– une architecture de qualité et un urbanisme à la mesure de l’homme
du 2 au 9 mai 1971
SEMAINE DE LA TERRE
Joignez-vous au Comité d’Organisation de La Semaine de la Terre
Venez le mardi soir 19H : 63, rue de Sèvres – Paris VIème – métro Sèvres Babylone
Adresse postale : 63, rue de Sèvres – Paris Vième (Etudes et Chantiers)
POUR MENER A BIEN CETTE ENTREPRISE, VOS DONS SERONT LES BIENVENUS, MERCI
46 ans plus tard, en 2017, Let’s Pollute nous a rajeuni :
Ce court métrage saisissant expose toute l’hypocrisie de la société de consommation
mrmondialisation.org
Ce court métrage saisissant expose toute l’hypocrisie de la société de consommation

 

En avril 1971, c’est avec des moyens très modestes (zéro franc de trésorerie, intégralement bénévole) que la SEMAINE DE LA TERRE a été préparée et réalisée à Paris.
Un an auparavant, dans la plupart des grandes villes américaines, the EARTH DAY. Tout à coup, des dizaines de manifestations, des centaines de milliers de participants ! Incroyable…
Comment ne pas repenser à l’avertissement donné par Bernard Charbonneau : « C’est en 1970, année de la protection de la nature que tout a été brusquement mis en train par la caste dirigeante. » (la Gueule Ouverte, juillet 1974)
En effet, la genèse de ce Earth Day révèle une forte implication de réseaux politiques et économiques très éloignés des militants de la nouvelle gauche écologiste…
Sans avoir accès aux excellentes sources d’information de Charbonneau, Fournier y avait pensé :
« Il était grand temps de créer un service officiel de récupération pour canaliser la prise de conscience »
« C’est la lutte finale », Charlie Hebdo n°12, 8 février 1971

 

Il y a 50 ans, la Semaine de la Terre et les alertes écologiques qui, si elles n’avaient pas été étouffées, auraient permis d’éviter le désastre général.
C’était un temps d’éclosion des initiatives alternatives. Le temps des innovations qui pouvaient se développer indépendamment, de façon complémentaire, sans même se connaître. Un temps d’ouverture et de curiosité attentive pour l’autre, aussi, où il était encore facile de communiquer et de rassembler. Ce point mérite que l’on s’attarde un peu… Alors, tout nous intéressait et nous étions en recherche, en découverte permanentes. C’était une chose banale pour tous ceux de ma connaissance, engagés dans tel ou tel courant critique, ou simplement témoins intéressés. Nous étions à l’écoute – à l’écoute des expériences, donc des différents et des anciens, à l’écoute du monde qui paraissait encore inépuisable. On échangeait beaucoup et les conversations tournaient sur tous les sujets avec passion. Il y avait un grand besoin d’information et de compréhension. Comme disent depuis, avec condescendance, ceux qui ne s’aperçoivent pas de l’effondrement, on pouvait « refaire le monde » au coin de la rue.
Béranger chantait Tranche de vie
François Béranger - Tranche de vie
youtube.com
François Béranger – Tranche de vie
Même Johnny en était
1970 – Poème sur la septième…
poème sur la 7ème
YOUTUBE.COM
poème sur la 7ème

poème sur la 7ème

Avril 1971, les alertes écologistes lancées par la Semaine de la Terre
Dans les années soixante, après différentes tentatives d’actions, après 68 où, à Paris, je parlais de la crise écologique mondiale dans la Sorbonne occupée, dans les manifs et dans les jardins, je m’étais rallié à Jeunes et Nature qui venait d’être créé. La principale activité de Jeunes et Nature – guider, par correspondance, des scolaires dans la découverte de la protection de la nature – ne contentait pas tout le monde. Nous étions plusieurs à comprendre de mieux en mieux qu’en poursuivant ainsi, sans développer d’autres actions, il n’était pas possible de produire une alerte à la mesure des dégradations planétaires en plein essor, et que nous resterions impuissants à contempler le désastre.
Alors, j’avais proposé de développer des conférences-débats pour diffuser l’information, susciter un éveil et rencontrer d’autres énergies. L’idée avait plu, et j’avais été jusqu’à la proposer au Club Méditerranée qui développait un service culturel organisant des présentations et des débats dans ses villages. Alors, l’esprit « nouvelle gauche » de son fondateur, Gérard Blitz *, survivait encore au Club. C’est, donc, dans le cadre des activités « Forum » du Club Méditerranée que, dès 1970, ont été tenues les premières conférences-débats écologistes.
* « casser les barrières sociales » pour faciliter « les relations humaines »

 

« Boomers » et grands « boomers » lanceurs des alertes écologistes :

Il y 50 ans la Semaine de la Terre portait toutes les alertes

l’un des tracts :

NE VOUS LAISSEZ PAS ABUSER PAR LES RÉTROGRADES

Les pollutions existent, c’est vrai, mais il ne faut pas exagérer leur importance. En fait, ce n’est pas un problème grave, on s’en accommode fort bien, mais si ! Et puis ce sont des signes de prospérité, les sous-développés voudraient bien vivre dans un environnement pollué !

La surpopulation est un faux problème : il y a assez de sols inexploités pour nourrir 20 à 30 milliards d’hommes, peut-être plus… Les guerres ? Tout le monde sait qu’elles ont des origines exclusivement idéologiques.

Le massacre des indiens, la clochardisation des peuples primitifs, la disparition des animaux et végétaux sauvages sont des signes du recul de la barbarie devant la civilisation.

Ne vous inquiétez pas si les matières premières s’épuisent, on les remplacera par d’autres produits.

Qui ne se réjouirait de voir les mal-logés dans de luxueux appartements HLM grâce à « l’urbanisation désordonnée » ?

Toutes ces histoires autour de la qualité des aliments, des résidus de produits chimiques, ne sont que billevesées… La preuve : on vit plus vieux que jamais.

Aliénation ? Contraintes ? Angoisse ? Peuh !

Croyez-moi, il n’y a pas lieu de s’inquiéter, l’opulence est pour demain

… à suivre

le dessin est de François Feer

 

 

L’alerte écologiste il y a 50 ans :
IL N’Y A PAS DE PLANETE DE RECHANGE
Depuis quelques décennies, par son goût pour le jeu de l’apprenti sorcier, l’Homme prépare l’Apocalypse selon Saint Jean :
« Et il y eut de la grêle et du feu mêlés de sang, qui furent jetés sur la Terre ; et le tiers de laTerre fut brûlé, et le tiers des arbres fut brûlé, et toute herbe verte fut brûlée (…) le tiers des créatures qui étaient dans la mer et qui avaient vie mourut (…) le tiers des eaux fut changé en absinthe, et beaucoup d’hommes moururent par les eaux, parce qu’elles étaient devenues amères (…) le jour perdit un tiers de sa clarté, et la nuit de même (…) En ces jours-là, les hommes chercheront la mort, et ils la trouveront pas ; ils désireront mourir, et la mort fuira loin d’eux.« 
Exagération ?
Non, les recherches scientifiques les plus récentes prouvent le bien-fondé des craintes que nous exprimons. Nous ne sommes qu’au B-A BA de l’étude de la Terre mais notre petit savoir nous permet de condamner la civilisation industrielle actuelle et la croissance démographique.
IL FAUT :
Enrayer la croissance de la population
Supprimer les déchets grâce à une économie de recyclage
Tendre vers la stabilité économique
Réduire la consommation d’énergie
Utiliser l’énergie solaire en remplacement de l’énergie atomique
Organiser l’urbanisation et opter pour une architecture de qualité
Une agriculture de qualité adaptée au milieu naturel
Substituer aux pesticides chimiques les méthodes biologiques de lutte contre les animaux et les végétaux indésirables en forts peuplements
Reboiser et, d’une manière générale, reconstituer les milieux naturels détruits et abandonnés
Encourager les agriculteurs à entretenir le patrimoine campagnard, les conseiller et les rémunérer en conséquence
Veiller à la conservation de toutes les formes animales et végétales
Respecter les peuples de civilisations « primitives » et leurs traditions. Ne pas chercher à tout prix à les « intégrer »
Parce que vous êtes conscient de vos responsabilités et que vous n’avez ni l’intention de vous suicider ni le désir de croupir sur un tas d’ordures, vous participerez à l’action de la Semaine de la Terre
du 2 au 9 mai 1971
SEMAINE DE LA TERRE
Joignez-vous au comité d’organisation de la Semaine de la Terre
Venez 33, rue Linné, Paris Vème – métro Jussieu – le mercredi soir 19 H
2 mai 2021
Il y a exactement 50 ans* commençait la Semaine de la Terre qui portait les alertes écologistes
* 2 mai 1971, également un dimanche
Jusqu’à cette époque, la spontanéité, l’ouverture d’esprit et la disponibilité étaient communes. Les différences étaient sources d’enrichissement. Les divergences étaient mises de côté. Ne comptaient vraiment que les complémentarités. Nous étions curieux de toutes les expériences et, excepté avec les gauchistes, c’était réciproque. On se reconnaissait comme parties d’un même ensemble et cela suffisait.
Une quarantaine d’années plus tard, la comparaison est saisissante avec l’extrême difficulté qui marque la moindre action. Et cela ne date pas de la veille ! Pour chaque point du constat précédent, nous expérimentons aujourd’hui le contraire. Sans compter une faiblesse critique et une proximité déconcertantes avec la domination, ou une soumission à n’importe quelle autorité. Sans parler de l’inconstance dans la pensée et l’action : ceux qui s’investissent plus de quelques mois semblent devenus une denrée rare. Il est même devenu commun d’être sollicité par des personnes ou des groupes impatients de passer à l’action, puis de ne plus jamais en entendre parler (sans réponse aux relances faites par curiosité) ! C’est d’autant plus étonnant dans un temps où les cauchemars que nous voulions éviter sont devenus réalité et ne cessent de s’aggraver.
La responsabilité de ceux qui ont initié ou contribué à l’élimination des lanceurs d’alerte et à l’étouffement du mouvement social est acquise. Ils ont même réussi à provoquer un effondrement général de la conscience et des capacités de réaction. Cela faisait-il partie du plan ? Probablement, car cela correspond bien à l’objectif affiché dès la fin des années quarante : la « conquête de l’esprit des hommes » (directives de la « guerre psychologique »). Sans doute un hasard.
photo de Igor Muchins

En mai 1971, la Semaine de la Terre a été comme un moment suspendu où nous avons pu croire dans la paix des biens communs enfin reconnus, et qu’une évolution était encore possible. Cela n’était qu’une déchirure dans la toile du contrôle social…
« La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays. Nous sommes gouvernés, nos esprits sont modelés, nos goûts sont formés et nos idées sont suggérées, en grande partie par des hommes dont nous n’avons jamais entendu parler. Ce sont eux qui tirent les fils qui contrôlent l’esprit public.« .
Edward Bernays, neveu de Freud, a vendu la mèche en 1928 dans « Propaganda ».
Bernays n’a fait que dévoiler des méthodes développées par tous les totalitarismes depuis l’Antiquité. Il aurait pu préciser que cette opération est réalisée dès l’amorce même d’un mouvement. Pour l’écologisme, tout était prêt depuis plusieurs années. Tout occupés à lancer alertes et propositions, nous n’avons pas vu se matérialiser le contrôle social et sa panoplie de manipulations, là, juste à nos côtés ; ni nous ni les autres composantes du mouvement d’émancipation (féminisme compris qui a eu sa part).
Même Fournier en a – involontairement – témoigné en rapportant naïvement ce qu’une bonne âme lui avait susurré à l’oreille à propos de la Semaine de la Terre :
« Tu peux dire qu’on est un groupe informel de jeunes en liaison avec la Fédération Internationale de la Jeunesse pour l’Etude et la Conservation de l’Environnement. On a voulu profiter de la Quinzaine de l’Environnement pour gueuler, avec un mois d’avance contre la technocratie, la connerie, le profit. Essayer surtout de faire comprendre que, sans remise en cause des structures, toute protection de l’environnement est condamnée à l’échec à long terme. Tu peux dire qu’on bosse avec Jeunes et Nature et les Amis de la terre. »
« On me paye pour que je m’exprime, alors je m’exprime », Charlie Hebdo n°26, 17 mai 1971. Fournier avait tout gobé et l’avait fidèlement retranscrit !
Pur storytelling. Nous étions totalement indépendants – l’un des groupes « marginaux » évoqués plus tard par Charbonneau. Nous ignorions tout de cette « fédération internationale », n’avions aucun contact avec les AT et, pour comble, venions d’être jetés par Jeunes et Nature et la fédération des sociétés de « protection de la nature ». La récupération était commencée, et la recolonisation des esprits dévoyés par le vent d’émancipation qui avait balayé les années soixante. Le « gouvernement invisible » allait presque tout reprendre à son compte pour en détourner le sens, même notre langage (« écologiser », par exemple). Tout sauf, bien sûr, les alertes, les analyses, les propositions, les pratiques gênantes pour le système mortifère. Mais la plupart n’y ont vu que du feu.
Pierre Fournier était des nôtres
En mai 1971, avec la Semaine de la Terre, nous avions réussi à rassembler des personnalités et des tendances diverses. Et toutes étaient disposées à collaborer pour alerter et construire un projet alternatif.
Les deux conférences-débats avaient réuni :
René Barjavel, Jean Carlier, Henri Charnay, Jean Detton, François Feer, Jean-Luc Fessard, Pierre Fournier, Alain-Claude Galtié, Georges Krassovsky, Daniel Louradour, Yann et Isabelle Messiez, Chantal Messiez, Michel Mahulot, Jean Meningand, Jean et Hélène Monteil, Aguigui Mouna, Igor Muchins, André Naegelen, Hervé le Nestour, Pierre Pellerin, Michel Séné, Max Tourtois, Lanza del Vasto, Paul-Emile Victor.
Alain Bombard, Vincent Ménager et Jean Rostand n’avaient pu venir et s’étaient excusés (c’était une autre époque !).
Les agents du « gouvernement invisible » (E. Bernays) s’étaient fait discrets. Seul un korrigan maoïste avait troublé la réunion avec Lanza del Vasto. Les autres avaient agi en sous-main, surtout dans les media pour réduire, censurer ou orienter les infos sur l’évènement.
C’était une première et ce fut une dernière. Jamais plus il ne sera possible de réaliser l’équivalent. En s’interposant entre nous et nos nouvelles relations, les lobbyistes du capitalisme allaient s’employer à dresser un écran infranchissable entre nous et les autres. Même le contact avec Fournier fut instantanément perdu ! Et d’autres qui recherchaient le contact avec les écologistes et auraient pu nous rejoindre, comme Henri Laborit, allaient être interceptés (et dégoûtés par les imposteurs qu’ils allaient rencontrer). Le « service officiel de récupération pour canaliser la prise de conscience » redouté par Pierre Fournier était déjà pleinement opérationnel, et lui-même (Fournier) en était victime avant même de créer la Gueule Ouverte.
Lanza del Vasto

70 ans après « Destruction et protection de la nature » de Roger Heim,

60 ans après « Printemps silencieux » de Rachel Carson,

56 ans après « Avant que nature meure » de Jean Dorst,

50 ans après la Semaine de la Terre réalisée par des « citoyens lambda« ,

le bien commun des biens communs, le vivant dans son ensemble, est plus que jamais pollué et saccagé par des bourreaux plus nombreux que jamais. Et pour cause, l’explosion démographique n’a pas cessé ! Du petit village de « notre douce France » aux forêts primaires terrestres et maritimes, tout est inondé de poisons, arraché, écartelé, écrasé, exterminé. Les pires cauchemars des écologistes des années soixante sont devenus réalités.

Si l’on pouvait aisément imaginer un changement radical il y a 50 ans, avec des réseaux financiers, productifs et commerciaux habilement déstructurées pour rendre presque impossible toute régulation, et des masses de consommateurs aux déplacements et aux gadgets les plus coûteux pour le vivant, on ne voit plus comment s’en sortir.

Entre autres illustrations de l’abaissement de la conscience du vivant où nous sommes tombés, cela par rapport à l’évolution minimum que promettait le mouvement d’éveil et d’émancipation des années 1960, l’épisode de la « Convention Citoyenne sur le Climat » est exemplaire…

Miraculeusement tombée des volutes de la manipulation politicienne de l’opinion, façon Bernays, l’assemblée choisie au hasard en misant sur l’incompétence supposée des « citoyens lambda » (selon les lois de la « science politique »), s’est révélée infiniment plus compétente que ses géniteurs et leur tapis de technocrates formatés. Et la loi (!) censée résulter de ses travaux a été réduite à un avorton.

Il est vrai que, incidemment, ladite convention a fait la démonstration de l’incomparable supériorité du tirage au sort athénien sur les méandres falsifiés de la « démocratie représentative ».

Démonstration impardonnable : l’évolution rapide de personnes généralement ignorantes du sujet en arbitres motivés et compétents, et leur mise en pratique spontanée de l’intelligence collective, éclairent crûment l’adhésion des autres – les élus – aux logiques des lobbies mortifères*. Donc leur sélection initiale, bien avant le « processus électoral« .

* ce que nous avons commencé à deviner en 1974 quand Rocard et ses amis du bureau National du PSU m’ont curieusement révélé leur fascination pour « la croissance marchande« , la cause principale de l’effondrement général. Un programme qu’ils allaient mettre en oeuvre avec application après avoir étouffé les alertes et les alternatives.

 

La suite donnée à « la convention citoyenne » fait une autre démonstration : même quand le système dominant prend une initiative relative au bien commun, si celle-ci se développe en dehors des règles qui détruisent celui-ci, elle est avortée. Cet exemple permet à ceux qui n’ont pas l’expérience du mouvement social de se faire une petite idée de ce qui se passe quand l’initiative naît parmi les dominés (les « citoyens »)… Comme avec l’écologisme.

5 à 6 décennies plus tard, le bilan apocalyptique témoigne du triomphe de ceux qui ont étouffé alertes et alternatives pour ouvrir tout l’espace à la mondialisation de la marchandise.

 

 

 

En mai 1971, la Semaine de la Terre a été l’opération de lancement de l’un des tout premiers groupes écologistes français – avec Survivre et Vivre, et Pollution-Non.
Il y a 50 ans, « la caste dirigeante » qui allait être dénoncée par le très bien informé Bernard Charbonneau n’était pour rien dans cette initiative :
« C’est en 1970, année de la protection de la nature que tout a été brusquement mis en train par la caste dirigeante. On peut parler d’un véritable « feu vert » donné cette année-là à la critique de la pollution et de la destruction de la nature » (« Le « mouvement écologiste », mise en question ou raison sociale », La Gueule Ouverte, juillet 1974). Ce que Charbonneau décrit, c’est exactement le développement d’un contre-feu destiné à contrôler la montée en puissance de la contestation écologiste. Une technique classique de la manipulation de masse.
Alertée par l’intolérable initiative du monde d’en bas constituée par notre Semaine de la Terre, ladite caste réagit aussitôt pour circonvenir ces écologistes qu’elle redoutait le plus parce qu’elle n’avait pas encore prise sur eux. Elle réagit d’autant efficacement qu’elle s’y préparait depuis plusieurs années et avait déjà rodé ses techniques en dévoyant la majeure partie de la gauche.
Dès l’année 1970, alors qu’il était autonome, le groupe de la Semaine de la Terre a été l’objet de manipulations constantes. Plus encore à partir de l’automne 1971 quand il commença à donner vie aux « Amis de la Terre » qui, auparavant, n’était qu’une structure juridique : manifs à vélo, sondage écologiste des candidats aux législatives 73, alerte antinucléaire, Larzac, sensibilisations aux pollutions (plastiques), etc. La caste dirigeante avait besoin de nous pour donner chair à ses fausses associations destinées à attirer les nouveaux révoltés. Par l’intermédiaire de ses agents glissés à nos côtés et des journalistes complices, la caste dirigeante nous utilisait comme appâts et cautions, tout en nous contrôlant et nous censurant. Cela jusqu’au printemps 1974 où j’eus une très mauvaise idée (avec Pierre Merejkowsky du Comité Antinucléaire de Paris) : celle d’utiliser – mais utiliser seulement – la campagne électorale suivant le décès de Georges Pompidou pour diffuser largement les alertes et les propositions alternatives.
C’est cette « campagne des écologistes » rebaptisée « campagne Dumont » qui allait permettre à la caste dirigeante d’organiser notre éviction et l’effacement de toute la nouvelle gauche écologiste. Les PSU et une horde de maoïstes (des « maoïstes »… et Dumont en était un, et des plus fanatiques !) allaient être les troupiers de cette opération de passe-passe.
N’y voyant que du feu, les nombreux néophytes séduits par l’apparence trompeuse de « la campagne Dumont » allaient être immédiatement instrumentalisés. En suivant comme des toutous les infiltrés de la caste dirigeante se faisant passer pour nous, les néophytes allaient être embrigadés et conduits sur des chemins gentiment réformistes sans danger pour le système de la marchandise – en particulier la reproduction de la capitalisation des pouvoirs spoliés, avec l’électoralisme, et la constitution de partis. Mieux encore, concentrés sur l’image de l’écologisme, celle qu’ils souhaitaient, les néophytes allaient être utilisés contre les écologistes qu’ils voulaient rejoindre.
Finie la Semaine de la Terre. Et fini le mouvement écologiste. Tout allait être effacé.
« celui qui a le contrôle du passé a le contrôle de l’avenir ; et celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé »

 

 

 

 

Il y a 50 ans, la Semaine de la Terre portait les alertes et les propositions écologistes.

Puis…

 

« Un échec absolument terrible de la « science » économique, c’est l’environnement. (…)

Tout était sur la table au moins dans les années 70 (…)

En 68, déjà, la question environnementale était centrale dans les débats politiques et cette question a totalement disparu des facultés d’économie pour ne commencer à revenir que ces dernières années. Mais le problème, c’est que c’est trop tard !

On a perdu 40 ans absolument cruciaux dans la préservation de l’environnement, dans la préparation du futur, dans l’organisation de la transition écologique absolument nécessaire de nos sociétés.« , Gilles Raveaud (économiste).

Tout était déjà sur la table, en effet, et la table a été prestement débarrassée, les lanceurs d’alerte évacués, leurs alertes éteintes (démographie, forêts primaires, plastiques jetables, automobiles individuelles, relations nocives aux autres êtres et à l’ensemble vivant, etc.), et leurs propositions effacées (agriculture bio, démocratie directe, économies d’énergies, technologies douces…).

Car « l’échec » dont parle Gilles Raveaud a été soigneusement organisé.

Depuis 68 au moins, nous pressentions que la forme d‘une action peut être plus déterminante que le discours qui est tenu. Nous nous efforcions d‘éviter cet écueil et d’inventer des actions décontractées où chacun avait une liberté d’action (et d’interaction) *, mais nous sommes tombés dans le piège qui nous était tendu. Quant aux écologistes néophytes…

* comme les manifs à vélo

 

En ne comprenant pas que le message essentiel n’est pas le message apparent (ce qui est exprimé) mais l’action *, son sens et ses effets sur eux, ils se sont faits rouler en beauté et détourner de ce à quoi ils aspiraient. Prenant les manières de séduction et les belles paroles des agents infiltrés (Dumont le premier) pour argent comptant, l’illusion de prendre part à une action les a entraînés loin de l’esprit de l’écologisme, et ils n’ont pas voulu entendre les avertissements des écologistes qui les avaient précédés et qu’ils avaient voulu rejoindre. L’électoralisme a joué un rôle déterminant dans cette manipulation. Puis la constitution de partis politiciens. C’était cela le message de la « campagne Dumont » : l’électoralisme, la voie partisane et tout ce qu’ils impliquent. C’est pourquoi Dumont et ses conseillers très spéciaux ont, d’emblée **, imposé de participer réellement à l’élection de 1974 ; et non pas de se contenter d’utiliser celle-ci pour augmenter l’audience des alertes, comme le voulaient les écologistes. A l’instant même, la tentative des écologistes devenait une simulation, un piège pour tous ceux que la nouvelle gauche séduisait. Effacé le message de l’écologisme derrière le retour de la capitalisation du pouvoir et de la hiérarchie socialele contraire de ce que nous voulions porter !

* et, même, « le medium », comme l’a analysé Marshall McLuhan (à relire).

** dès le lendemain de « l’accueil » simulé de Dumont à Orly

 

La plupart des néophytes ne sont jamais redescendus de ce trip cocaïné. Beaucoup ont même aidé à l’éviction des anciens tout en faisant allégeance aux imposteurs soigneusement choisis et préparés depuis la fin des années 1960 par Denis de Rougemont et son réseau Diogène (le coeur même du système de la globalisation en marche) !

La mystification fut si bien menée, avec de tels moyens, qu’elle se prolonge aujourd’hui. Ses conséquences se mesurent maintenant à l’échelle mondiale.

Et, en effet, « c’est trop tard ».

 

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