Est-il besoin de souligner que la bonne santé des têtes de bassin est déterminante pour les eaux de l’aval ? 

(…) Les milieux aquatiques sont directement concernés par la suppression des accès aux zones de reproduction, de croissance et de nourrissage (risquant d’entraîner la disparition d’espèces) et la modification/dégradation de la qualité physico-chimique des eaux.(…)


Dans la tête de bassin versant de Saint Gengoux, l’altération est générale. Les pâturages naturels, les cultures maraîchères, le couvert forestier des bassins versants a été réduit pour faire place à des cultures polluantes (maïs et vignes industrielles), le bocage (dont on voit encore les traces) a beaucoup régressé, plusieurs sources ont été saccagées, le chevelu des cours d’eau est exposé à toutes les agressions, la végétation des bords de l’eau (la ripisylve) n’existe presque plus, etc. Cette dégradation n’a pas seulement abîmé les paysages et produit une pénurie là où la ressource en eau était abondante. Directement et par une succession d’effets, elle affecte l’ensemble du réseau hydrographique et compromet les chances de succès des tentatives de régénération qui seraient tentées en aval – jusqu’à la
Méditerranée.

 

Après le Ruisseau de Nolange,

les autres cours d’eau de la tête de bassin versant de Saint Gengoux le National

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Comment en sommes-nous arrivés à la pollution de toutes les eaux et de tous les sols (et à leur désertification), à l’effondrement des populations d’insectes, d’oiseaux et de mammifères, à la dérive climatique et aux sécheresses*, à l’eau rare et chère… bref à l’effondrement généralisé du vivant que même les plus distraits peuvent maintenant constater (mais sans vraiment prendre conscience) ?

* les responsables de la situation sont les premiers à se plaindre

 

Comment… et quand ? Très exactement, quand avons-nous vraiment basculé dans l’engrenage des destructions ? Quand les résistances et les dynamiques restauratrices du bien commun ont-elles été vaincues ?

 

Pour bien le comprendre, se pencher sur les dérives locales, même à petite échelle, est tout aussi édifiant que l’étude des dérives planétaires.

 

carte de Cassini XVIIIème siècle

le 30 octobre 1968, le bourg de Saint-Gengoux-le-National et ses abords ont été inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

 

«Dans nos pays de l’Europe civilisée où l’homme intervient partout pour modifier la nature à son gré, le petit cours d’eau cesse d’être libre et devient la chose de ses riverains. Ils (…) l’emprisonnent entre des murailles mal construites que le courant démolit; ils en dérivent les eaux vers des bas-fonds où elles séjournent en flaques pestilentielles; ils l’emplissent d’ordures qui devraient servir d’engrais à leurs champs; ils transforment le gai ruisseau en un immonde égout
Histoire d’un ruisseau, Elisée Reclus, 1869

 

1 siècle après Elisée Reclus, en 1970, la Terre était encore en assez bon état. Il y avait encore place pour l’espoir et l’action. De nouvelles agressions massives et les projets d’exploitation mondialisée avaient soulevé l’inquiétude et fait se lever partout le mouvement écologiste et d’autres mouvements critiques et alternatifs à la civilisation imposée par la globalisation capitaliste. Les mouvements d’alerte et de proposition des années soixante constituaient la nouvelle gauche (New Left).

1950 1970 – Mouvement écologiste ? Nouvelle gauche ? Contre-culture ? Culture écologiste ?

 

Une cinquantaine d’années plus tard encore, la situation est dramatique.

Pourquoi les alertes n’ont-elles pas été écoutées ?

Comment les propositions ont-elles été éliminées – y compris celles qui, nombreuses, sont aujourd’hui reprises avec tambours et trompettes ?

Pourquoi l’aveuglement n’a-t-il cessé de progresser ? Comment ?

Comment les profiteurs-pollueurs-destructeurs ont-ils pu s’affranchir de toute régulation ?

 

L’exemple d’une petite cité, mais de longue et belle histoire et qui avant d’être dégradée a, elle aussi, connu un éveil remarquable il y a 50 ans, révèle un développement des influences néfastes, l’écrasement des alertes et des alternatives, la corruption et le dévoiement des mécanismes de représentation. Il démontre que les mêmes processus délétères ont, à tous les niveaux et de façon concomitante, pris le pas sur la conscience du bien commun, sur la convivialité et l’amour du vivant.

 

 

« Un récit partant du grand Elisée Reclus qui raconte par le menu les atteintes portées aux milieux humides via le développement d’une urbanisation non maîtrisée. Un village construit en lien avec l’eau finit par voir disparaître zones humides et tête de bassin sans que les politiques de protection des milieux soient en capacité de faire quoi que ce soit. L’article est remarquable, clinique dans la démonstration de notre incapacité à agir malgré les discours.

Le cas n’est malheureusement pas isolé, il manque ailleurs les plumes pour le raconter.« 

Sylvain Rotillon, spécialiste de l’eau et de ses milieux

 

« Quel travail! Je crois que les successeurs d’Elisée Reclus devraient tous en prendre connaissance. (…) nous allons partager vos liens avec nos adhérents et sympathisants, de même avec l’Académie de l’eau pour alerter cet organisme et valoriser ce boulot. »

Bernard Le Sueur, fondateur de l’association européenne de recherche et de valorisation de la culture fluviale « Hommes et cours d’eau« 

 

« Cet historique est remarquable et il pourrait être fait dans tous les villages de France à quelques exceptions près. (…) Merci pour cette remarquable leçon d’écologie et comment ne pas être curieux d’un texte qui cite en exergue Elisé Reclus. Les têtes de bassin versant n’intéressent décidément personne. »

Jean-Yves Renouf

Terres et Rivières sud Loire

 

« Une extraordinaire enquête de terrain qui retrace l’histoire des destructions »

Marc Laimé

Les eaux glacées du calcul égoïste  http://www.eauxglacees.com/

 

« J’ai découvert et lu votre blog. C’est remarquable. Un gros travail pertinent. Cette analyse et cette continuité écologique là, j’y souscris à 100%. »

Philippe Benoist

OCE : Observatoire de la Continuité  Écologique et des usages de l’eau  https://continuite-ecologique.fr/

 

 

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Plusieurs années durant, en Bourgogne, un homme remue ciel et terre pour alerter administrations, politiques et ONG sur la destruction programmée d’une rivière. Il se heurte à un mur. A l’image des premiers chrétiens abritant leur foi dans l’église des catacombes, son carnet de bord nous révèle crûment l’état de l’écologie en 2014. Le bilan du difficile travail « associatif » (!) pour tenter de sauver l’eau d’une tête de bassin de Saône et Loire, au terme d’innombrables tentatives de communication avec des fonctionnaires, des représentants politiques, des associatifs…, est terrifiant. Ecologie année zéro.

 

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