« L’explosion démographique » était l’un des constats les plus alarmants qui motivaient les écologistes de la nouvelle gauche. Comme les autres parties (mais interdépendantes) de la crise planétaire, celle-ci est devenue catastrophique en dépit des alertes. 

Bien plus que des maladresses de l’époque (surtout en ce qui concerne les Lemmings), l’alerte diffusée par Jeunes et Nature en 1970 témoigne de la conscience aiguë de la dangerosité du phénomène et de la nécessité de réagir en limitant les naissances avant qu’il ne soit trop tard.

 

1970 – L’explosion démographique

1975 – L’offensive nataliste

Presque 50 ans plus tard, l’idéologie populationniste modèle toujours les discours

 

 

 

JEUNES ET NATURE

57, rue Cuvier

75 / PARIS Vème                                                           FICHE TECHNIQUE N°

 

L’EXPLOSION DÉMOGRAPHIQUE

La société humaine entre maintenant dans une crise de survivance. Crise elle-même engendrée par la combinaison de deux autres crises étroitement liées : celles de l’environnement et de la population.

Barry COMMONER

 

Depuis environ 200 ans, grâce à des progrès considérables, l’Homme s’est protégé contre la plus grande partie des facteurs qui limitaient la croissance de sa population sans s’adapter à ce nouvel état de choses. Il en résulte le problème le plus important aujourd’hui, celui qui est à l’origine de nombreux autres problèmes : l’explosion démographique.

 

On distingue trois grandes phases dans l’histoire démographique du monde… La première est caractérisée par une FORTE NATALITÉ ÉQUILIBRÉE PAR UNE MORTALITÉ ÉLEVÉE. La mortalité infantile était particulièrement importante ; ainsi, en France à la fin du XVIIème siècle, seuls deux enfants sur sept parvenaient à l’âge adulte. Il était donc nécessaire de multiplier les naissances pour que le remplacement des générations soit assuré. En moyenne, la croissance démographique était négligeable : toute expansion des populations était périodiquement enrayée par des épidémies et des famines.

 

La seconde période commence en Europe au cours du XVIIIème siècle… Grâce aux progrès de la médecine, à l’évolution des règles d’hygiène et à l’amélioration des techniques agricoles, LA MORTALITÉ RÉGRESSE MAIS, PARALLÈLEMENT, LE TAUX DE NATALITÉ RESTE STABLE, d’où un excédent de naissances.

 

Dans la deuxième partie du XVIIIème siècle, environ un siècle avant les autres pays européens, la France s’adapte à cette situation en modérant sa natalité ; ce qui explique que la nation qui fut longtemps la plus peuplée d’Europe se trouvera en quatrième position au début du XXème siècle. Signalons que cette troisième phase, caractérisée par une DIMINUTION DE LA NATALITÉ, n’a pas encore été atteinte par la majeure partie des pays en voie de développement.

 

Ces profondes modifications ont eu pour conséquence générale un accroissement démographique considérable. Le tableau ci-dessous vous permettra d’en juger.

 

Selon une étude publiée par les Nations Unies :

1650 …………. 470 millions d’hommes

1750 …………. 750 ‘’

1800 …………. 960 ‘’

1850 …………. 1240 ‘’

1900 …………. 1650 ‘’

1960 …………. 2990 ‘’

1980 …………. 4300 ‘’

2000 …………. plus de 6 milliards d’Hommes

 

Avant notre ère, la population du globe a doublé en 10 000 ans, elle double maintenant en 40 ans et doublera en 27 ans à la fin de ce siècle… Rappelons que Malthus prévoyait un doublement tous les 25 ans.

 

Cette colossale prolifération dont nous souffrons tous directement ou non, consciemment ou non, crée d’énormes problèmes de tous ordres et n’est pas sans rappeler les phénomènes de pullulation observés en particulier chez les Lemmings. En période de surpopulation, l’agressivité de ces animaux, d’ordinaire pacifiques et sociables, s’exaspère ; ils se battent dans les galeries de leurs grandes « cités » souterraines. Peu à peu, ils abandonnent leurs terriers et, en proie à un profond désarroi, envahissent le sol de la toundra sans même prendre garde aux nombreux prédateurs attirés par l’aubaine. Enfin, un groupe s’ébranle, bientôt d’autres groupes se joignent au premier… Des millions de rongeurs affolés fuient sans jamais se reposer ni se nourrir. Ils franchissent résolument tous les obstacles jusqu’au jour où les survivants parviennent à la mer dans laquelle ils se précipitent et nagent jusqu‘à épuisement.

 

Pour l’Homme comme pour le Lemming et d’autres animaux placés en conditions artificielles, l’inflation démographique provoque l’exaspération de l’agressivité qui mène à la violence. Cela n’empêche pas les populationnistes de prôner l’accroissement de la natalité au nom d’un certain dynamisme économique et social ! Pour notre part, espérons que l’humanité saura éviter la catastrophe en arrêtant à temps sa formidable expansion démographique.

 

Enfin, ainsi que l’affirme le Professeur Jean DORST, « La surpopulation est un des facteurs fondamentaux du grand problème de la conservation de la nature au XXème siècle. » En effet, il est évident que le volume et l’importance des pollutions, l’étendue de la destruction de la faune et de la flore sauvages, l’amenuisement des ressources naturelles, etc. sont fonction de la densité de la population humaine.

 

Bibliographie sommaire :

Le monde est-il surpeuplé ?

Edouard BONNEFOUS, Hachette

 

La surpopulation

Gaston BOUTHOUL, Payot

 

Le phénomène guerre

Gaston BOUTHOUL, Payot

 

Avant que Nature meure

Jean DORST, Delachaux & Niestlé

 

L’agression

Konrad LORENZ, Flammarion

 

Le zoo humain

Desmond MORRIS, Grasset

 

Les migrations animales

Mathieu RICARD, Laffont

 

 

Réalisation Alain-Claude GALTIÉ – avril 1970

 

Reproduction autorisée à condition de porter la mention :

JEUNES ET NATURE

57, rue Cuvier

75 / PARIS Vème

 

 

 

 

 

Un article paru dans Ecologie n°8, 1976 :

L’offensive nataliste

Au moment où la population mondiale vient de franchir allègrement le cap des quatre milliards, la propagande nataliste connaît un regain de vogue. Comme à la veille de la dernière guerre, à l’époque du « Code de la famille », ou au bon vieux temps de Paul Déroulède, les moyens d’information (?) donnent la parole aux populationnistes qui s’inquiètent de la baisse de la natalité en France. J’ai relevé, en l’espace d’une semaine à la fin juillet, une chronique matinale d’André Arnaud sur Europe 1, une enquête présentée lors du Journal de 13H sur RTL et une interview de Michel Debré par Jean Carlier dans Parents. Sauf cette dernière interview un peu tempérée par l’orientation de certaines questions de Jean Carlier, les autres distillaient sans nuance les arguments natalistes. Pour que la liste soit plus complète, il faut ajouter un article, sous la signature d’un ancien ministre, dans un canard majoritairement distribué aux habitants du XVème arrondissement de Paris et des déclarations de Pierre Chaunu (professeur d’histoire à la Sorbonne) (1), des articles dans l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, le dernier ayant été publié dans le numéro du 9 août. Même François Mitterrand à la Chambre et Michel Jobert, qui dans Le Monde parle d’« auto-génocide », y sont allés de leurs quatrains ! Bien que l’on m’ait affirmé (à RTL) qu’il n’y avait aucune campagne à l’origine de tout ce bruit, il est rare qu’une série d’articles et de chroniques sur un sujet qui n’est pas d’une brûlante actualité soit le fruit du hasard.

 

Dans le fatras du discours populationniste, il n’y a guère d’arguments nouveaux, mais prêtons tout de même attention aux idées remarquables de Michel Debré notamment, car nous n’avons pas fini de les entendre.

 

En prenant garde de ne point trop isoler les phrases de leur contexte, je relève : « Nous pouvons être très sévères à l’égard des gouvernants du XIXème siècle qui ont laissé la France dans un état de dépopulation latente. Si la France avait eu des enfants au cours du XIXème siècle, la guerre de 1914 n’aurait pas eu lieu, et si vous voyez tant d’hommes de ma génération attachés à ce problème, c’est que nous avons vu les fautes des hommes politiques, des journalistes et des professeurs qui, sous la IIIème République, n’ont pas vu la gravité du phénomène de dénatalité au moment où Hitler poussait les Allemands à avoir beaucoup d’enfants. » Et plus loin : « Je suis le seul à le dire – et personne n’ose me contredire – que si les chrétiens libanais avaient fait autant d’enfants que les musulmans, le Liban serait encore debout aujourd’hui. En 1930, ils représentaient 52 % de la population. Aujourd’hui probablement 30 % au maximum. Il ne leur reste plus qu’à partir ».

 

Là, une petite mise au point s’impose. Tout d’abord, le XIXème siècle n’a pas du tout été pour la France une période de « dépopulation » puisque les Français sont passé de 27,5 millions en 1800 à 39 millions en 1900, soit une progression de 41 %. N’oublions pas que c’est l’époque de la plus grande expansion coloniale, l’époque de la conquête d’immenses régions de l’Afrique à l’Asie orientale. Il faut remonter au néolithique (en France, dans une période comprise entre 2500 et 1500 avant J.C.) qui vit l’introduction et le développement des techniques agricoles, d’élevage, de poterie, de tissage, etc. pour trouver une croissance démographique comparable ! Ce qui s’est déroulé au XIXème siècle et qui inspire d’amères réflexions à Michel Debré, c’est que les Français ont, avec 50 à 100 ans d’avance sur leurs voisins, commencé à adapter leur natalité à la chute de la mortalité (provoquée essentiellement par l’amélioration des conditions d’hygiène) alors que les autres peuples européens connaissaient un impressionnant « boum démographique ».

 

Ainsi, malgré une très importante émigration, l’Allemagne passait de 23 millions à 56,4 millions (l’Alsace et une partie de la Lorraine incluses), ce qui explique pour une bonne part les tentatives expansionnistes de ce pays. En effet, lorsque le nombre d’individus croît sur un même territoire, que les jeunes forment une proportion importante de la population et surtout que l’espace vital de chacun est progressivement rogné par celui des autres (surtout quand ces autres disposent de techniques qui multiplient leur impact sur l’environnement), la compétition pour la répartition des ressources devient plus âpre et l’agressivité grandit tandis que les structures sociales se détériorent. Mais, comme tous les natalistes, Michel Debré fait fi des apports des sciences naturelles aux sciences sociales, apport qui ont permis de dénoncer non la stabilisation démographique mais la croissance des populations comme cause de conflits. Ce n’est certainement pas en suivant l’Allemagne sur le terrain de la démesure que la France aurait évité les affrontements de 1914-18 et 1939-45.

 

Et maintenant, oyez, braves gens, la belle histoire du bon Petit Père des peuples qui faisait la charité à ses sous-développés favoris d’une miette des grandes richesses qu’il leur avait volées… Il était une fois un puissant seigneur qui, à la tête de ses soudards aux « attachés cases » rutilants, avait à force de massacres, de traites d’esclaves et de pillages, constitué le plus grand trésor que l’on puisse imaginer. Un jour, au crépuscule de sa vie, ce puissant seigneur réunit les riches de son royaume et leur dit :

« Le drame du monde actuel est que les habitants des pays pauvres pullulent tandis que la population des pays riches diminue et, en même temps, leur production, donc leur richesse, donc leur générosité. Récemment, les Suisses ont refusé massivement, par référendum, un léger effort fiscal supplémentaire en faveur des affamés du tiers monde. Si l’on veut éviter l’éclosion parallèle chez les pauvres de tendances de plus en plus subversives et révolutionnaires, les riches doivent se donner les moyens d’une générosité accrue par l’augmentation de leur richesse, donc de leur production, donc du nombre de producteurs, donc du taux de natalité. »

 

Mais oui, vous avez deviné, c’est encore Michel Debré ! L’histoire du pouvoir ne change guère : hier, Hitler, les dirigeants japonais à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, et bien d’autres conquérants de triste mémoire exigeaient de la chair à canon, les capitalistes dominants d’aujourd’hui, maîtres du « monde occidental censé représenter l’intelligence humaine » (sic) demandent des esclaves pour soutenir leur mégalomanie.

 

Alain-Claude Galtié

 

(1) Chaunu qui n’allait pas tarder à s’illustrer dans la Fondation Saint Simon

 

 

 

 

 

Presque 50 ans plus tard, l’idéologie populationniste modèle toujours les discours de ceux qui ont la liberté de s’exprimer publiquement (« économistes« , politiciens, la plupart des journalistes…). Au point que les personnes responsables qui choisissent en toute conscience de ne pas avoir d’enfants sont encore stigmatisées.

 

Exaspérées par une société qui les stigmatise, des femmes revendiquent leur choix de ne pas avoir d’enfants, jamais. Elles témoignent.

(…) Non, elles ne sont pas malheureuses ; non, elles ne changeront pas d’avis ; non, elles n’ont pas peur de se retrouver seules quand elles seront vieilles. Mais oui, elles aimeraient que la société change de regard sur elles, les femmes qui ont choisi de ne pas avoir d’enfants. « Je ne suis pas un monstre », lance Cyrielle, 30 ans, une jeune femme sans enfants qui entend bien le rester, en réponse à un appel à témoignages lancé sur Lemonde.fr. Le dernier bilan démographique de l’Insee l’a montré : si la natalité reste élevée en France par rapport aux autres pays européens, les Françaises, en particulier celles âgées de 25 à 34 ans, font de moins en moins d’enfants. L’indicateur de fécondité s’établit à 1,88 enfant par femme (contre 2 en 2012).

Je m’inquiète plus pour les générations futures que ceux qui font des enfants sans réfléchir

https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/02/24/elles-ont-decide-de-ne-pas-avoir-d-enfant-et-l-assument_5261898_3224.html

 

 

un article tendancieux qui dévoile ses préjugés archaïques :

Renoncer à faire des enfants pour sauver la planète

On les appelle les Ginks, pour Green Inclination No Kids (engagement vert, pas d’enfant). Ce sont des femmes qui, par conviction écologique, ont décidé de renoncer à la maternité.

Selon les Ginks, les problèmes environnementaux proviennent de la surpopulation. En effet, notre planète ne serait pas capable de subvenir aux besoins d’un nombre illimité d’individus et face aux quelques 7 milliards d’être humains, il serait temps de freiner la natalité. De plus, avoir un enfant augmenterait les émissions de gaz à effet de serre. Une raison écologique de ne pas faire d’enfant donc… mais pas seulement. (…)

https://www.marieclaire.fr/,ginks-ne-pas-avoir-d-enfant,20258,432573.asp

 

 

 

 

toujours dans le style des découvreurs de l’eau chaude, un autre sujet qui montre à quel point l’alerte écologiste a été étouffée depuis les années de la nouvelle gauche :

Les Ginks refusent la maternité au nom de l’écologie

On les surnomme les « Croisées de la dénatalité ». Leurs slogans : « Si tu aimes tes enfants ne les mets pas au monde, c’est une poubelle » ou « Faites l’amour, mais pas de bébé. C’est mauvais pour la planète ! ». La Terre, cette bonne vieille Mère Nature, elles l’aiment tellement que pour la soulager d’un poids humain devenu trop lourd à porter, les GINKS (« Green Inclination ; No Kids » – Engagement vert, pas d’enfants) ont renoncé à la fécondité. « La reproduction est sensée perpétuer l’espèce. Or, aujourd’hui, le fait même de procréer menace l’humanité, les animaux sauvages, et la biodiversité dans son ensemble, s’alarme Lucy Wild, française et Gink de 22 ans et fervente militante écologiste depuis sa plus tendre enfance. L’homme est le cancer de la Terre et j’aime bien trop Gaïa (déesse terre, ndlr) pour lui infliger un parasite de plus. »

 

D’où vient ce nouveau mouvement écologiste pour le moins inattendu ? L’Américaine Lisa Hymas, éditorialiste au Huffington Post et co-fondatrice du site politico-écolo https://grist.org/,  en est son instigatrice. Selon elle, « la maternité devrait être mieux réfléchie. Il s’agit d’un choix qui va au-delà d’un besoin personnel, voire égoïste, mais qui doit aussi prendre en compte l’intérêt de tous. » (…)

https://information.tv5monde.com/terriennes/que-veulent-les-ginks-non-la-maternite-au-nom-de-l-ecologie-72490

« nouveau mouvement » ? On voit là l’inculture due à la censure qui s’est abattue sur l’écologisme depuis les années 1970 pour faire place, toute la place, la la globalisation capitaliste et à sa « croissance » des destructions.

 

 

 

Une étude d’une sociologue qui semble complètement ignorer la dimension écologiste et l’engagement responsable pour préserver l’avenir, ou limiter les dégâts :

« Le mouvement “childfree” contient l’idée d’un vrai choix »

https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/02/24/le-mouvement-childfree-contient-l-idee-d-un-vrai-choix_5261967_3224.html

 

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *