Lalonde voulait faire de la politique, donc l’écologie a dû faire de la politique.

La concurrence était trop forte dans le militantisme étudiant ou le PSU, par lesquels il est passé, pour qu’il puisse y réussir.

Par contre l’écologie et les écologistes étaient une proie facile puisque ceux qui la pensaient ou la vivaient la trouvaient antagoniste à la politique.

Le champ était donc libre avec la complicité de tous les politiques peu soucieux de se voir débordés par un mouvement de foule non dupe, et de tous les transfuges ex-politiques assez conditionnés aux pratiques et ambitions politiques pour se contenter de miettes.

L’illusion et le vide associatif étaient des outils d’autant plus maniables que Lalonde était le fanion idéal pour certaines complicités américaines.

En fait, tout concordait pour un résultat nul sauf pour lui, y compris le besoin d’une tribune pour une écologie ayant quelque chose à dire, et quelques ouvertures à proposer pour sortir la société de l’impasse.

Et le créneau électoral était tentant, si rares sont les créneaux. Un peu d’insistance, facile quand on a le temps et les moyens personnels et relationnels, et « on » se retrouve permanent, délégué, candidat, porte-parole … quitte alors à ne pas « porter la parole » de ceux qui ont quelque chose à dire, mais pour occuper la place pour que des choses ne soient pas dites, et à l’occasion dire que l’on n’a rien à dire.

Il y a de la place en politique pour ce genre de rôle.

Et une fois l’association faite dans l’esprit public (et les médias), Ecologie = Lalonde (par renvoi de l’ascenseur Dumont), peu importe les mécontents, les contestataires, les groupes et les… écologistes.

Le potentiel de l’écologie ainsi soigneusement neutralisé ne peut plus guère déranger puisqu’on a aussi soigneusement découragé des générations successives de volontaires et de compétences. Comme disait Peter, le seuil d’incompétence lalondiste est atteint.

Les écologistes néophytes ou naïfs attirés à l’écologie par le sourire crispé de Brice et sa juvénilité archaïque seront choqués par cette « attaque personnelle« .

En écologie, tout il doit être beau et gentil, et harmonieux et pacifiste, et non violent et petite fleur et tout et tout parce que vive la « Nature » et le respect du chef … naturel.

Or, l’écologie, contrairement à la politique, s’occupe des réalités vivantes et autres, et ça, ça n’est ni beau, ni gentil, ni harmonieux et pacifique, ni non violent, et la « Nature » c’était une vieille notion déjà au XIXème siècle, et l’écologie, en tout cas celle qui ne veut pas reproduire le système qu’elle critique, veut et doit se passer de chef ; les fonctionnements inédits pour cela sont connus.

Cette écologie existe et refuse de se soumettre au conformisme ; on a vu à quoi mène le conformisme, y compris en écologisme.

Cette écologie ne se contente pas de refuser, elle a été dans les origines le moteur, avec d’autres, de la plupart des actions, elle est porteuse de la plupart des idées intéressantes apportées aux changements sociaux, elle défie n’importe qui, chef compris, sur n’importe quel sujet que l’écologie concerne.

Et qu’est-ce que l’écologie ne concerne pas ?

Et surtout les inter-relations et les interactions entre les sujets.

Ces confrontations seraient nécessaires pour amplifier enfin l’envergure de l’écologie qui, jusqu’ici, s’est enfermée dans des monopoles grâce à une absence quasi totale de débats, malgré les apparences.

Vous arrive-t-il d’évaluer quelles idées sont associées à l’écologie ?

Si par exemple on mentionne pacifisme, tiers-mondisme, démocratisme, naturalisme, politisme, militantisme, associatisme et régionalisme, cela ne choquera personne.

Sans même préciser le contenu, on voit à peu près de quoi il peut s’agir et cela paraît bien compatible avec ce qu’exprime l’écologie, ou plutôt l’idée unique qu’on en a fait se faire l’opinion publique.

Pourtant, cette énumération n’est pas prise au hasard :

Il s’agit de notions qui, parmi d’autres, sont, selon une certaine démarche écologique, incompatibles et antagonistes avec cette écologie qui vaut bien n’importe quelle autre.

Est-ce à dire que l’écologie peut être n’importe quoi ?

Mais reste à démontrer la cohérence et l’éco-logique de chaque « option« .

Ce que nous sommes prêts à faire.

Et de confronter cette cohérence aux autres, défi pour lequel nous sommes aussi prêts.

Ces confrontations menées à fond décanteraient certainement la situation confuse de l’écologie, en obligeant à lever les équivoques et à combler les carences, ne serait-ce qu’en rendant évident qu’il n’y a pas une écologie monopolisante pour qui que ce soit, mais que l’écologie est diverse, donc diversitaire comme l’est la vie ou la société, et c’est cela, surtout cela qui peut en faire un outil d’avenir, de changement.

Hervé le Nestour

novembre 1981 pour Ecologie

 

 

Avec le recul :

Le témoignage d’Hervé le Nestour, qui avait vu Brice Lalonde et le PSU à la magouille dans l’UNEF Sorbonne en 68, concorde lui aussi avec les révélations faites en toute bonne foi par Lison de Caunes, ex-compagne de Brice Lalonde, dans « Les jours d’après », Jean-Claude Lattès 1980 (à ne pas manquer !).

Hervé le Nestour a travaillé au Laboratoire d’Anthropologie Sociale de Claude Levy Strauss. Bourlingueur des forêts profondes, connaisseur d’autres civilisations, il a mis son grain de sel à peu près partout dans les différents courants de la contestation et de l’alternative, en France et ailleurs, depuis le temps des situationnistes. Il a été l’un des compagnons de la Semaine de la Terre et, avec son ami Jean Detton (a), l’un des principaux remueurs d’idées et stimuli du mouvement alternatif français – ou Nouvelle Gauche, en référence à l’appellation américaine. Entre autre chose, Jean était de ceux qui proposaient de restaurer la démocratie en développant les capacités d’interconnexion de l’informatique (c’était avant internet).

En guise de débats, de confrontations et d’éclaircissements, les peurs des capitalistes infiltrés et les appétits des carriéristes d’extrême gauche, et autres, n’ont cessé de durcir les fermetures, les verrouillages, les censures. Et les acteurs de l’écologisme, qui avaient déjà été écartés de ce qu’ils avaient créés mais trouvaient encore le moyen de s’exprimer quelquefois, ont, en guise de reconnaissance, été systématiquement condamnés au silence pour laisser s’épanouir les différentes impostures et dérives du retour au capitalisme (MEP, Verts verts, Verts roses d’après 92, Génération Ecologie, etc.).

Après « Sortir du panier de crabes« , un article de l’automne 1979 sur le projet de constitution du MEP, paru dans le bulletin de l’APRE, j’ai été complètement censuré jusqu’en février 1989, date à laquelle Ecologie Infos a consenti à me redonner la parole avec « L’instinct et la connerie », une réponse à un article de Cavanna : « Le crocodile et les mégatonnes » qui était paru dans le n° 386 (publié dans le livre : « La belle fille sur le tas d’ordures« . Mais l’intelligence des interrelations était depuis longtemps si dégradée, et si faible la curiosité pour les causes de la situation, que je n’ai même pas pu avoir un échange avec Cavanna ! Il y eut une éclaircie d’une dizaine d’années, et, depuis 2002/2003, la censure à nouveau, plus étendue encore.

Hervé le Nestour et tous les autres, anciens et nouveaux acteurs du mouvement alternatif, ont subi le même sort. Hors mon travail, on trouve trois traces de Hervé le Nestour sur le web. L’une dans un document de la Bibliothèque du Laboratoire d’anthropologie sociale sur les chercheurs « qui ont été amenés à travailler sous la direction de Claude Lévi-Strauss« , ou à son contact. Une autre dans un mémoire de Francisco Màrques Yàñez sur les Actividades del Instituto Colombiano de Antropologia (1960-1962). La dernière est une infamie dans un historique des Amis de la Terre falsifié par Pierre Samuel *. Celui-ci, que j’ai eu tout le temps d’observer dans l’exercice de ses mensonges et de ses trahisons présente Hervé le Nestour comme « ethnologue libertaire, critiquant tout le monde, original, souvent irritant. Physiquement, il est le type de l’ « écolo barbu, chevelu et crado » assez répandu à l’époque« . Que voilà un commentaire réducteur et méprisant sur l’un de ceux qui, après avoir beaucoup aidé à l’accoucher, ont le plus apporté au mouvement alternatif français ! Il témoigne bien de la petitesse de Pierre Samuel et de son rôle dans la machine propagandiste. Curieux que cette attaque aussi faible que vile n’ait pas suscité des réactions indignées. Des années de magouilles de bas étage, de renoncement aux idéaux, de trahisons, de fréquentations douteuses et prétentieuses, lui avaient fait perdre même le sens de la retenue.

* Nulle trace de Jean Detton dans « l’historique » de Pierre Samuel. Pourtant, cela n’est pas faute de l’avoir côtoyé aux AT et, auparavant à Survivre et Vivre.

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