Raymond est l’auteur de « Ecologistes : parti pris« , paru dans Ecologie n° 347, novembre 1982

L’écologisme a pu longtemps donner l’impression d’être un mouvement désordonné, une « mouvance » disait-on, c’est à dire un lieu… même pas… un ensemble de lieux traversés par des tas de désirs et de révoltes se traduisant par des fonctionnements et des actions différents. N’importe qui pouvait dire ce qu’il avait sur le coeur et prendre une initiative, même si cela n’était pas apprécié par d’autres ; cela n’engageait que les participants. D’expériences en expériences, le mouvement développait des adaptations nouvelles. L’écologisme était alors, il faut bien le dire, un peu anarchisant !

Heureusement, certains, séduits par l’activité politique et les avantages annexes, transformèrent l’action – à peine esquissée – de détournement critique et rigolard des élections (« piège à cons » disaient-ils) en une volonté électoraliste beaucoup plus digne et sérieuse. Il y eu bien quelques réactions intolérantes à ce nouveau développement. De mauvais esprits soulignaient que la fascination pour les pourcentages électoraux est l’aboutissement logique, dans le système démocratique, du comportement arriviste. Il allaient même jusqu’à prétendre que la compétition pour la dominance, à l’intérieur comme à l’extérieur d’un environnement (d’un mouvement, en l’occurrence), se traduit par une réduction de la production de tous les individus, une sorte d’appauvrissement en quelque sorte. On se demande bien où ils allaient chercher tout ça ! Pourtant, l’écologisme existe encore et produit des pensées novatrices…

 

Un exemple « évident » nous en est donné par Raymond X dans Ecologie de novembre. Raymond, tu dis les choses avec assurance et cela nous change de ces pinailleurs, éternels critiqueurs et questionneurs, qui passent leur temps à relativiser chaque chose à d’autres auxquelles on n’aime pas forcément penser. Toi, au moins, tu tiens un langage qui rassure ; un langage qui ne fait presque (il y a encore des failles, mais si insignifiantes qu’on les oublie) pas place au doute générateur de malaise et, en effet, d' »inefficacité« . Enfin, se dit-on, voici un écolo qui sort de la confusion pour tenir un vrai langage politique.

 

Pourtant, j’aimerais que tu argumentes certaines chose que tu dis un peu rapidement, sans doute par manque de place…

 

Par exemple, tu parles des « erreurs du mouvement libertaire » : il serait bon que tu précises pour mieux asseoir ta démonstration.

 

Tu dis aussi accepter « de participer à ce mode (…) tant qu’il n’est pas remis en cause par ceux qui s’en réclament« . C’est pas très clair ; a-t-on déjà vu des gens se réclamer de ce qu’ils contestent ?

 

Tu affirmes récuser le « choix volontaire délibéré » (et intentionnel ?) « de la force pour obtenir un changement de société et de pouvoir« . Là, par contre, tu m’inquiètes… Vu l’importance du potentiel subversif de l' »écologisme politique« , j’espère qu’il ne s’agit que d’une manoeuvre d’intimidation ! Mais n’est-ce pas un peu dangereux de jouer ainsi avec le feu ?

 

Je passe sur quelques expressions frappantes telles que « critique passive« , « le front où vit la base« , « il faut sortir de Yalta« , « une société où les lois soient humaines« , « pouvoirs contrôlables« , « la juste place (de l’homme) dans l’équilibre des espèces« … Expressions qui mériteraient que l’on s’attarde.

 

Raymond, tu soulignes que la diversité écologiste est « spontanément opposée » au « Monde qui de toutes parts nous assiège » et tu es sûrement dans le vrai. Je n’en veux pour preuve que le développement « spontané » de la réflexion et de la pratique politiques. Quoi de plus original, en effet, que de clamer à la face de ce monde perclus de politique, stérilisé par l’idée et la réalité du pouvoir, que « le mouvement écologiste a une fonction politique dont le domaine est le pouvoir politique » ? Voici l’alternative écologiste : l’impuissance ou le pouvoir ! Cela réconfortera ceux qui désespèrent de vivre un changement de comportements sociaux.

 

Et ces formules : « nation« , « il faut une direction et un centre » (tiens, pourquoi un centre… est-ce à cause du milieu ?), « il faut une hiérarchie et une discipline« , « institution« , « démocratie« , « gaâarde à vous« … Ah non, là je me prends à rêver. N’empêche, même si tu n’oses pas encore tout dévoiler de tes idées visionnaires, quelle différence avec le langage et les schémas de fonctionnement des partis traditionnels !

 

La logique de la démarche de « l’écologisme politique » saute aux yeux quand on associe les structures d’organisation que tu recommandes, Raymond, à la promesse implicite que « tout » montera de « la base » au « sommet« . Nul doute que cette philosophie new look aura cloué le bec des farfelus qui prétendent puiser dans l’écologie pour dire que « la politique et toute sa quincaillerie (démocratie, parti, pouvoir, majorité, minorité…) est un étouffoir de la diversité, une chape de bêtise armée jetée sur la relativité des êtres et des circonstances, un très bon moyen de saboter la spontanéité des relations complémentaires ; en somme, un instrument au service exclusif de la tentation de domination« . Ils vont même jusqu’à ajouter que « la tentation de domination (dominance, pouvoir, hiérarchie) n’est plus guère explicable – surtout par chez nous – par des pénuries matérielles ; à fortiori quand on a à portée de la main l’abondance infinie du potentiel relationnel« . Ouf ! Ces farfelus sont vraiment de drôles de bonshommes. Pour rigoler un peu, on devrait les laisser s’exprimer plus souvent. Qu’en penses-tu Raymond ?

 

J’appuie entièrement ton appel au regroupement de tous et toutes celles « pour qui les droits de l’homme ne sont pas de vains mots » pour résister à « toute oppression » et refuser « tous totalitarismes étatiques » et « idéologiques« .

 

Avant de te saluer, autorise-moi à donner, à toi comme à tes semblables, un petit conseil : politiques, continuez votre chemin !

 

Alain-Claude Galtié

Fin 1982/ début 83 pour Ecologie

 

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Raymond, sa pensée nourrie de l’ignorance de l’histoire du mouvement écologiste et de sa culture, ses préventions, ses propositions en forme de couperets, sont représentatifs de ce qui couvait depuis l’entrisme des différents partisans de la spoliation/capitalisation du pouvoir d’être et d’agir, de l’extrême-gauche aux capitalistes néo-cons – ce qui allait bientôt donner les Verts.

Le contraste est saisissant entre les anciens du mouvement écologiste, représentant toujours les bienfaits de l’ouverture et du brassage d’informations et d’idées, en dépit du traitement qui leur avait été réservé, et les prétendants à la succession blindés de certitudes et de rêves de pouvoir. Autant de raisons d’enfoncer encore d’avantage les anciens. Je sais que les ordres furent donnés.

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