Moïse Saltiel a souvent utilisé le pseudonyme de Maurice Jacoby.

Il née dans la grande communauté juive de Thessalonique qui allait être décimée par les nazis. Israélien de la première heure, il était anti-sioniste.

Agronome, il était fin connaisseur des destructions écologiques provoquées par la brutalité des colonisateurs qui, loin d’avoir développé l’agriculture en Palestine et « fait verdir le désert« , n’ont cessé de l’étendre.

Sous le pseudonyme de Maurice Jacoby, il publiait ses articles dans Témoignage Chrétien, jusqu’à ce que ce journal commence à le censurer dans les années 1990.

C’est alors que j’ai aidé à la publication de deux de ses articles dans Silence. Cet article date de 1995.

 

L’atout stratégique Israël

 

Israël se présente devant ses thuriféraires occidentaux comme leur base stratégique dans le Moyen Orient pétrolifère arabe, leur permettant d’acheter ce pétrole à un prix dérisoire et de voir les potentats du Golfe investir le prix de ces ventes, non dans le monde arabe sous-développé qui aura bientôt 300 millions d’habitants, mais dans les pays industrialisés. Un économiste palestinien a calculé que ces potentats avaient investi en Occident, jusqu’en décembre 1994, 600 millions de dollars.

 

Dernièrement, les Etats Unis ont fait pression sur la Corée du Nord pour qu’elle ouvre ses sites nucléaires à l’inspection des Nations Unies. Jamais une telle demande n’a été faite à Israël. Israël est devenu le catalyseur qui pousse tous les pays du Moyen Orient à vouloir se doter de l’arme nucléaire. Concernant l’adhésion d’Israël au traité de non-prolifération des armes nucléaires, qui sera renouvelé en 1995, des hauts fonctionnaires américains ont promis qu’aucune pression ne sera exercée sur lui.

 

Ce fut Francis Perrin, alors Haut Commissaire à l’énergie atomique de la France, qui vers la fin des années cinquante aida Israël à s’initier aux secrets de la fabrication de la bombe atomique et à construire sa première centrale nucléaire expérimentale à Nahak Shorek, et son usine de purification du plutonium et de fabrication des bombes nucléaires à Dimona, dans le Néguev. Des dizaines de scientifiques et de techniciens français aidèrent Israël à maîtriser cette fabrication.

 

La crise des missiles soviétiques de Cuba au début des années 60, qui se termina par un accord soviéto-américain les obligeant à retirer leurs missiles de Cuba et de Turquie, convainquit les Etats Unis de donner le feu vert à son satellite Israël pour son développement nucléaire. Un rapport de l’Institut International pour la Paix de Stockholm estimait qu’Israël possédait fin 1991 entre 240 et 415 kilos de plutonium pouvant servir à la fabrication de bombes nucléaires (3 à 5 kilos de plutonium permettent la fabrication d’une bombe atomique). Israël posséderait aujourd’hui 200 engins à base de plutonium, de même que des bombes thermonucléaires.

 

Israël est devenu à la fin de ce siècle la sixième ou septième puissance nucléaire mondiale, mais derrière cette puissance artificielle se retrouvent les Etats Unis et autres pays occidentaux qui financent, nourrissent, arment et soutiennent politiquement Israël dans toutes les instances internationales.

 

Lors d’un symposium tenu en mai 1993 à Tel Aviv, l’ancien commandant de l’armée de l’air, Aviou Ben Noun, a déclaré : « Le meilleur système de défense qu’Israël devrait développer contre des fusées téléguidées ou des missiles nucléaires existe déjà – ce sont les lieux saints de la chrétienneté et de l’islam. Un Etat basé sur le fondamentalisme musulman n’osera jamais souiller ses lieux saints avec des engins nucléaires. C’est peut-être la meilleure garantie que nous ayons concernant l’usage d’armes nucléaires contre Israël » (1).

 

L’ancien ministre de la défense Youval Néeman y a déclaré : « Israël ne doit jamais s’intégrer dans un processus de paix qui aurait pour résultat une diminution de sa force de frappe nucléaire« .

 

Le général député Ephraïm Sneh y a dit : « Le peu d’empressement qu’Israël montre pour dévoiler ses capacités nucléaires est lié à l’équilibre des forces entre Israël et le monde arabe. Nous sommes différents de ce monde. Nous sommes peu nombreux et très vulnérables. Nous équilibrons cette différence grâce à une supériorité militaire générale, dont l’une des composantes est la dissuasion nucléaire« .

 

C’est une erreur d’appréciation de la part d’un Juif ashkénase. En fait, la majorité de la population d’Israël ne diffère pas de celle du monde qui l’entoure. A part une minorité d’Ashkénases créateurs d’Israël, population décroissante et vieillissante, dont des centaines de milliers de ses jeunes ont émigré aux Etats Unis et en Europe Occidentale, cette population fait partie de la population ambiante de la région. C’est Yizhak Shamir qui l’affirme : « Contrairement aux perceptions communes, la plupart des immigrants israëliens n’étaient pas les restes survivants de l’holocauste, mais des juifs de pays arabes, indigènes à la région… Environ 800 000 d’entre eux sont venus en Israël, et actuellement plus de la moitié de la population d’Israël est originaire du Moyen Orient ou d’Afrique du Nord » (2). A ces Juifs, il y a lieu d’ajouter le million de Palestiniens de nationalité israélienne qu’on n’avait pas réussi à déporter. Démographiquement, Israël est un pays dont la population est composée très majoritairement de juifs arabo-orientaux originaires des pays arabes et autres pays musulmans.

 

Politiquement, Israël est une base stratégique financée par l’Occident et gouvernée par des Juifs ashkénases d’Europe et d’Amérique, très fortement minoritaires.

 

La création par l’Occident, par Israël interposé, d’une superpuissance nucléaire au Moyen-Orient, devait amener des réactions de la part de ceux qui s’estiment être en danger.

 

Israël a décidé qu’elle ne laisserait aucun pays du Moyen-Orient briser son monopole nucléaire. Au début des années 80, Israël a bombardé et détruit la centrale nucléaire expérimentale irakienne Osirak. D’autres tentatives moins spectaculaires eurent lieu pour empêcher l’armement atomique d’autres pays au Moyen-Orient. Mais on ne peut arrêter l’histoire.

 

La désagrégation de l’URSS a eu comme effet que des Etats à population musulmane majoritaire, tels que l’Ouzbékistan, le Tadjikistan ou la Kirghisie, sont devenus des puissances nucléaires régionales. On peut s’attendre à ce que, dans un proche avenir, d’autres pays musulmans du Moyen-Orient viennent rejoindre le club plus ou moins fermé des possesseurs de l’arme atomique. L’ex-URSS possédait entre 27 000 et 30 000 têtes nucléaires. Le démantèlement de milliers d’entre elles libère du plutonium dont une partie est vendue sur les marchés noirs internationaux. Des ventes clandestines de plutonium, élément indispensable à la fabrication de la bombe, sont découvertes de temps à autre. Toutes les probabilités existent que des centaines de kilos de plutonium convenant à la fabrication d’engins nucléaires se trouvent actuellement hors des frontières de l’ex-URSS.

 

Environ 15 000 scientifiques soviétiques travaillaient à la production d’engins nucléaires, et parmi eux 3000 connaissaient tous les secrets de la fabrication. Compte tenu de la dégradation de vie de ces scientifiques, il est plus que probable que certains d’entre eux sont allés vendre leur savoir-faire à l’étranger et qu’ils travaillent à la fabrication de bombes nucléaires dans certains pays du Moyen-Orient.

 

 

 

Les révélations de Mordechaï Vanunu

 

La possession par Israël d’un arsenal d’engins nucléaires était un secret de polichinelle. L’hebdomadaire américain « Time » avait révélé au milieu des années 70 qu’Israël avait envisagé l’utilisation de l’arme atomique lors de la guerre du Kippour. Mais ce sont les révélations d’un jeune technicien juif d’origine arabo-orientale, Mordechaï Vanunu, qui ont permis de contredire l’assurance donnée par Israël, vieille de quelques décennies, qu’il ne sera pas le premier pays à introduire des armes nucléaires au Moyen-Orient. La contribution de Mordechaï Vanunu pour l’ouverture d’un débat public sur l’armement nucléaire au Moyen-Orient est considérable. Pour le punir d’avoir révélé des « secrets d’Etat » au « Sunday Times » britannique, qui les publia, Vanunu a été kinappé à Rome le 30 septembre 1986, et amené secrètement en Israël. Il fut inculpé de haute trahison et d’espionnage. Vanunu n’a jamais « vendu » les secrets atomiques d’Israël. Il les a tout simplement dévoilés.

 

Vanunu déclarait en novembre 1987 : « Vous êtes les frères d’un homme qui a sacrifié sa liberté et sa vie afin d’exposer les dangers que représentent les armes nucléaires dans tout le Moyen-Orient… Je ne suis pas un traître. Je suis un homme possédant une conscience, qui a fait ce qu’il aurait dû faire après avoir profondément réfléchi et surmonté des doutes. Mais je savais que j’étais obligé de le faire, car je n’avais pas le choix. Personne d’autres n’aurait pu le faire à ma place. Et il était du devoir de quelqu’un de le faire« . Condamné à 18 ans de prison pour trahison, Vanunu croupit dans une prison israëlienne dans un isolement total. La fin des épreuves de Vanunu tient à la lutte que chacun de nous mènera pour sa libération.

 

Des photos des satellites américains et soviétiques ont permis de localiser la principale base des engins nucléaires israéliens. Elle est située en plein coeur du pays, à proximité des lieux les plus sacrés du christianisme et de l’islam.

 

Le 7 novembre 1993, la revue américaine « Aviation Week » publiait une photo-satellite soviétique sur laquelle on pouvait distinguer une colline à 22 km à l’ouest de Jérusalem, à plus ou moins égale distance de la Méditerranée. Sur ses flancs, des cavernes que des experts américains et soviétiques considèrent être la base d’entrepôt des engins nucléaires israéliens de Tel Nof, qui abrite des avions capables de transporter des bombes nucléaires.

 

D’après « Aviation Week », cette base souterraine comprendrait des bunkers, un réseau de routes et des cavernes où seraient entreposées les fusées nucléaires.

 

En novembre 1994, le mensuel britannique « Janes Intelligence Review » publiait un article de Harold Hough, intitulé « L’assise nucléaire d’Israël », accompagné de photos satellites, donnant plus de détails sur l’armement atomique israélien, et dévoilant la localisation des entreprises travaillant à la production des engins nucléaires.

 

C’est au site de Nahal Shorek, au sud de Tel Aviv, que se font les études en vue de la fabrication des engins nucléaires. A Dimona, au sud de Beer Sheva, on sépare le plutonium nécessaire à la fabrication de ces engins. Ils sont assemblés à Yod Pat, en Galilée. Les fusées de lancement de ces engins sont assemblées à Beer Yaacov, non loin de Tel Aviv. Dans des cavernes creusées à même le roc, près de Kfar Zeharia, à l’ouest de Jérusalem, sont stockées les bombes nucléaires. Près du village palestinien d’Eylaboun, en Galilée, sont stockées les armes nucléaires tactiques.

 

 

 

Un porte-avion insubmersible

 

La plupart des essais des fusées Jericho et autres se font dans un site du kibboutz Palmahin, au sud de Tel-Aviv. Dans la base aérienne militaire de Tel Nof, à quelques dizaines de km plus au sud, sont entreposés des avions de combat F-4 et F-16, qui ont été aménagés pour pouvoir transporter des engins nucléaires. Le Président Clinton a promis à Israël de lui fournir 60 avions de combat F-16, dont chacun coûte 130 millions de dollars. 6 lui ont été déjà remis. Pour qu’Israël puisse les « payer« , Clinton a accru son aide à ce pays de 3 milliards de dollars en 1993 à 4 milliards en 1994. A cette « aide » américaine, s’ajoutent les 10 milliards de garanties américaines réparties sur cinq ans, soit 2 milliards de dollars par an, la vente des Bons Israéliens à la Bourse de New-York qui rapporte tous les ans plus d’1 milliard de dollars, les dons des américains à l’Appel Juif Unifié qui seraient d’environ 1 milliard par an, les dons aux institutions juives orthodoxes d’Israël qui rapporteraient 1 milliard supplémentaire et qui permettent le financement des implantations orthodoxes en Cisjordanie, et bien d’autres dons à des institutions juives d’Israël, non compris les capitaux noirs qui viennent s’y faire blanchir. Ces fonds versés à Israël pour son rôle de porte-avion insubmersible capable de mobiliser, si les Américains l’exigent, plus de 600 000 hommes pour la défense de leurs intérêts dans le Moyen-Orient pétrolifère, peuvent être évalués à environ 10 milliards de dollars annuels, et ce pour une population juive actuelle de 4,3 millions d’habitants.

 

Le plus grand danger qui guette l’avenir de l’humanité est le déclenchement d’une guerre nucléaire. La région où un tel conflit a toutes chances d’éclater est le Moyen-Orient, qui englobe en son sein une puissance nucléaire satellite des Etats-Unis – Israël – qui possède environ 200 têtes nucléaires, et qui pousse tous les pays de la région à vouloir se doter de telles armes.

 

Ceux qui croient qu’Israël pourrait maintenir indéfiniment son monopole atomique s’illusionnent profondément. Israël est devenu le catalyseur qui pousse tous les autres pays du Moyen-Orient à vouloir se doter de cette arme. Tôt ou tard, ce monopole sera rompu. La seule issue au danger apocalyptique d’une guerre nucléaire englobant la ville sainte de Jérusalem est la dénucléarisation de tous les pays du Moyen-Orient, à commencer par Israël. La dénucléarisation du Moyen-Orient sera totale ou ne sera pas.

 

Maurice Jacoby

Silence n°187, février 1995

 

 

(1) Alouf Ben, Haaretz 18 mai 1993.

(2) Yitzak Shamir, « Israël at 40 : looking back, looking ahead« , Foreign Affairs, America and the World 1987/88, page 574.

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