1981 – Ce n’est pas l’écologie qui a choisi Lalonde, c’est Lalonde qui a choisi l’écologie

1981 – Ce n’est pas l’écologie qui a choisi Lalonde, c’est Lalonde qui a choisi l’écologie

par Hervé le Nestour

Lalonde voulait faire de la politique, donc l’écologie a dû faire de la politique.

La concurrence était trop forte dans le militantisme étudiant ou le PSU, par lesquels il est passé, pour qu’il puisse y réussir.

Par contre l’écologie et les écologistes étaient une proie facile puisque ceux qui la pensaient ou la vivaient la trouvaient antagoniste à la politique.

Le champ était donc libre avec la complicité de tous les politiques peu soucieux de se voir débordés par un mouvement de foule non dupe, et de tous les transfuges ex-politiques assez conditionnés aux pratiques et ambitions politiques pour se contenter de miettes.

L’illusion et le vide associatif étaient des outils d’autant plus maniables que Lalonde était le fanion idéal pour certaines complicités américaines.

En fait, tout concordait pour un résultat nul sauf pour lui, y compris le besoin d’une tribune pour une écologie ayant quelque chose à dire, et quelques ouvertures à proposer pour sortir la société de l’impasse.

Et le créneau électoral était tentant, si rares sont les créneaux. Un peu d’insistance, facile quand on a le temps et les moyens personnels et relationnels, et « on » se retrouve permanent, délégué, candidat, porte-parole … quitte alors à ne pas « porter la parole » de ceux qui ont quelque chose à dire, mais pour occuper la place pour que des choses ne soient pas dites, et à l’occasion dire que l’on n’a rien à dire.

Il y a de la place en politique pour ce genre de rôle.

Et une fois l’association faite dans l’esprit public (et les médias), Ecologie = Lalonde (par renvoi de l’ascenseur Dumont), peu importe les mécontents, les contestataires, les groupes et les… écologistes.

Le potentiel de l’écologie ainsi soigneusement neutralisé ne peut plus guère déranger puisqu’on a aussi soigneusement découragé des générations successives de volontaires et de compétences. Comme disait Peter, le seuil d’incompétence lalondiste est atteint.

Les écologistes néophytes ou naïfs attirés à l’écologie par le sourire crispé de Brice et sa juvénilité archaïque seront choqués par cette « attaque personnelle« .

En écologie, tout il doit être beau et gentil, et harmonieux et pacifiste, et non violent et petite fleur et tout et tout parce que vive la « Nature » et le respect du chef … naturel.

Or, l’écologie, contrairement à la politique, s’occupe des réalités vivantes et autres, et ça, ça n’est ni beau, ni gentil, ni harmonieux et pacifique, ni non violent, et la « Nature » c’était une vieille notion déjà au XIXème siècle, et l’écologie, en tout cas celle qui ne veut pas reproduire le système qu’elle critique, veut et doit se passer de chef ; les fonctionnements inédits pour cela sont connus.

Cette écologie existe et refuse de se soumettre au conformisme ; on a vu à quoi mène le conformisme, y compris en écologisme.

Cette écologie ne se contente pas de refuser, elle a été dans les origines le moteur, avec d’autres, de la plupart des actions, elle est porteuse de la plupart des idées intéressantes apportées aux changements sociaux, elle défie n’importe qui, chef compris, sur n’importe quel sujet que l’écologie concerne.

Et qu’est-ce que l’écologie ne concerne pas ?

Et surtout les inter-relations et les interactions entre les sujets.

Ces confrontations seraient nécessaires pour amplifier enfin l’envergure de l’écologie qui, jusqu’ici, s’est enfermée dans des monopoles grâce à une absence quasi totale de débats, malgré les apparences.

Vous arrive-t-il d’évaluer quelles idées sont associées à l’écologie ?

Si par exemple on mentionne pacifisme, tiermondisme, démocratisme, naturalisme, politisme, militantisme, associatisme et régionalisme, cela ne choquera personne.

Sans même préciser le contenu, on voit à peu près de quoi il peut s’agir et cela paraît bien compatible avec ce qu’exprime l’écologie, ou plutôt l’idée unique qu’on en a fait se faire l’opinion publique.

Pourtant, cette énumération n’est pas prise au hasard :

Il s’agit de notions qui, parmi d’autres, sont, selon une certaine démarche écologique, incompatibles et antagonistes avec cette écologie qui vaut bien n’importe quelle autre.

Est-ce à dire que l’écologie peut être n’importe quoi ?

Mais reste à démontrer la cohérence et l’éco-logique de chaque « option ».

Ce que nous sommes prêts à faire.

Et de confronter cette cohérence aux autres, défi pour lequel nous sommes aussi prêts.

Ces confrontations menées à fond décanteraient certainement la situation confuse de l’écologie, en obligeant à lever les équivoques et à combler les carences, ne serait-ce qu’en rendant évident qu’il n’y a pas une écologie monopolisante pour qui que ce soit, mais que l’écologie est diverse, donc diversitaire comme l’est la vie ou la société, et c’est cela, surtout cela qui peut en faire un outil d’avenir, de changement.

Hervé le Nestour
novembre 1981 pour la revue Ecologie

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