Dès 1967 et 1968, Norman Podhoretz et Irving Kristol, deux pointures du CCF, le Congrès pour la Liberté de la Culture, bientôt co-fondateurs du néo-conservatisme *, appellent à porter le fer contre the new left américaine et les autres développements internationaux du mouvement alternatif au capitalisme.

*  les désormais célèbres neocons dont on ne compte plus les méfaits

 

En 1969, Raymond Aron, autre poids lourd du CCF, leur emboîte le pas en souhaitant très fort que la nouvelle gauche soit vidée de sa substance révolutionnaire pour n’en garder que le résidu réformiste d’après épuration de la critique et des alternatives au capitalisme. Une amputation comparable à celle qui a produit le néo-libéralisme à partir de… l’aspiration à l’émancipation (l’extinction des « Lumières » comme l’ont montré Max Horkheimer et Théodor Adorno).

 

S’il en était besoin, la focalisation des meneurs de l’offensive néo-capitaliste (bientôt « globalisation« , « mondialisation« , « ultralibéralisme« …) contre la nouvelle gauche inspirée par la prise de conscience écologiste révèle la valeur de celle-ci à ceux qui ne l’ont pas connue.

En France, le plus gros de l’amputation sera achevé dès l’été 1974. A la faveur de « la campagne Dumont« , la nouvelle gauche écologiste est vidée de ses acteurs par des agents de la « Troisième Voie » pro-capitaliste, eux-mêmes chapeautés par les organisateurs de la conquête capitaliste. Il sera bientôt remplacé par une nébuleuse de réformismes « verts » convenant au système dominant.

C’est par rapport à cette histoire qu’il fallait apprécier les émissions « Là-bas si j’y suis » (France Inter) du 21 et du 22 décembre 2011 consacrées à Michel Bosquet, alias André Gorz… ces émissions et quelques livres sur cet étonnant personnage.

 

après l’article :

une réaction à une émission de France Inter diffusée le 2 mai 2013

un commentaire à propos de la sortie d’un nouveau livre de louanges en novembre 2016

 

 

Falsification de l’histoire du mouvement social



En novembre 2012, deux émissions spéciales de « Là-bas si j’y suis » (sur France Inter) m’ont alarmé. Elles présentaient André Gorz comme un anticapitaliste radical et un penseur de l’écologisme, « une figure de cette radicalité contestataire où les luttes du présent viennent chercher grain à moudre et boussole« , etc. Et de dire des petits bouts de la vie d’André Gorz-Michel Bosquet qui semblent coller à peu près à cette image. Et de diffuser des interviews complaisantes, made in France Culture, où nul ne lui demande d’explication sur d’autres actes qui l’ont beaucoup occupé mais qui cadrent mal avec la contestation du système. Et, sur le site de France Inter, cette belle photo professionnelle de Gorz, alors Bosquet, en compagnie de sa femme, jeunes, souriant à l’avenir, devant l’usine Renault de l’Ile Seguin. Pas un faux pas. Pas un doute sur l’exemplarité du héros. Toute une vie droite comme le bras tendu d’un combattant bolchevique. Un modèle pour les Indignés d’aujourd’hui. Une légende, une pure image d’Epinal, pour anéantir toute analyse critique.

 

Tout d’abord, on peut se demander pourquoi Michel Bosquet a changé de pseudo (car Bosquet n’était pas non plus son nom) ? Quelle nécessité l’y a poussé ?

 

« Every movement needs a heroes » m’écrivait Edward Goldsmith en octobre 2001. Il révélait sa part de culture impérialiste sous le vernis écologiste et me donnait là une indication révélatrice de la stratégie d’étouffement de la pensée critique nécessaire à la colonisation de l’esprit des hommes, un domaine qu’il avait approché de très près. Au nom de ce principe précisément contraire à la dynamique holiste de tout mouvement social, il m’invitait à ne pas dire la vérité d’un autre personnage trouble, et surtout pas ce que je sais de l’histoire de l’écologisme. Je n’ai pas suivi ce conseil intéressé : Goldsmith est l’un des oligarques qui ont présidé à la création de ces falsifications pour cacher le sabotage de la Nouvelle Gauche écologiste et interdire une nouvelle émergence de celle-ci.

 

Alors, puisqu’il le faut encore, rappelons quelques petites choses passées sous silence par les récits à l’eau de rose où n’apparaît qu’une pincée de héros repeints de frais qui tient lieu de mouvement social… Tandis que les détails sur la vie de Gorz-Bosquet nous sont généreusement livrés par une litanie de complaisants biographes, le silence qui couvre plusieurs de ses actions remarquables dit leur importance.

 

Gorz-Bosquet n’était pas un journaliste ordinaire. Il partageait la direction du Nouvel Observateur avec Jean Daniel. Un Nouvel Observateur qui est issu de la cassure de la gauche, autour de 1960, entre la tradition révolutionnaire et une « Troisième Voie » très accommodante avec le capitalisme – le Nouvel Obs étant l’un des principaux vecteurs de celle-ci, avec le PSU de Rocard d’après les ruptures de 1963 et 1964 qui virent partir beaucoup de militants. En attendant la Fondation Saint-Simon : la fondation « est née avec le présupposé que le déblocage de la société française passait par un capitalisme réel, assumé, mais régulé et moralisé par des gens de gauche« , Jean Daniel, le Nouvel Observateur juillet 1999… Enfin, toute cette histoire sur laquelle « Là-bas si j’y suis » porte d’ordinaire un regard plus critique.

 

Au moins dès le début des années 1960, époque de la dénonciation de la société de consommation qui avait été imposée à force de perfidies et de finances illimitées, Gorz-Bosquet s’est engagé avec ardeur dans le soutien au développement de… « la grande distribution » en appuyant Edouard Leclerc – l’homme dont la Résistance bretonne garde encore un souvenir très vif – puis son fils.

 

Le futur André Gorz soutien militant de l’un des principaux moteurs de l’aliénation pensé et développé, depuis les années vingt, par les stratèges du capitalisme – le consumérisme ! Evidemment, cette action d’éclat est soigneusement dissimulée par les marionnettistes qui ont fabriqué son image de « heroe » pour falsifier plus encore l’histoire de l’écologisme.

 

Michel Bosquet (André Gorz) avait été jusqu’à battre le rappel des notables pour défendre cette noble cause, « signant avec d’autres grands journalistes (François Henri de Virieu, Alain Murcier et Alain Vergnholes du Monde) des tracts pour dénoncer les refus de vente des fournisseurs » (Michel-Edouard Leclerc). En cela, Michel Bosquet-Gorz était en plein accord avec l’Elysée : « fils de séminariste et frère de curé (il) avait un soutien inconditionnel à l’Elysée auprès de madame de Gaulle. Il s’agit d’Edouard Leclerc.« , Maurice Vignaud (http://www.fnde.com/syndicats-de-la-fndecb/syndicats-nationaux)

 

L’enjeu de toute cette agitation ? Mettre les riches acheteurs en position de fixer les prix. Eux seuls. Pourquoi ? Pour drainer dans un minimum de poches les bénéfices du travail de toutes les populations impliquées entre productions et commerces traditionnels. Pour concentrer, pour capitaliser les butins et construire des puissances financières contrôlées par l’oligarchie capitaliste afin de servir aux autres conquêtes. Et aussi pour vider les campagnes de la multitude des niches professionnelles complémentaires et interdépendantes (comme, d’ailleurs, les rues de l’artisanat et du commerce); donc, avec perte d’innombrables « emplois« . Car l’une des grandes affaires des planificateurs et des profiteurs était de changer les campagnes en ateliers industriels de production aussi uniformisés qu’intensifs pour mettre la main, à la fois, sur les biens communs matériels (eau, terre, bois…) et sur les échanges (les « marchés« ). C’est la stratégie destructrice de la diversité économique, sociale, écologique à laquelle nous devons tant de saccages irréparables : par exemple la planification du remembrement « condition essentielle de l’augmentation de la productivité » sans la moindre prise en compte de l’écologie. Cela n’était pas seulement une guerre économique… si l’on peut parler de « guerre » puisque ses victimes n’en ont pas été prévenues et n’ont pas pu se défendre ! C’est cette guerre au vivant qui a fait se lever le mouvement écologiste.

 

Nous ne cessons de constater une aggravation constante en parallèle d’un acharnement à détruire croissant. Les conséquences du bouleversement décidé dans les années cinquante sont dramatiques. Elles correspondent en tous points à ce que les écologistes redoutaient. L’industrialisation des campagnes a détruit jusqu’aux sols…

 

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Grande distribution prospère, misère paysanne

https://www.ouest-france.fr/economie/agriculture/les-migrants-sont-d-abord-des-paysans-pauvres-5944110

 

 

Le cancer, un fléau en progression « alarmante » dans le monde

https://www.europe1.fr/sante/le-cancer-un-fleau-en-progression-alarmante-dans-le-monde-3754139

1960 2018 – Eau, têtes de bassin versant, biodiversité, patrimoine, etc., plus de 50 ans d’une destruction exemplaire du bien commun

 

Rachel Carson, biologiste marine et écrivaine (1907-1964)

http://www.rachelcarson.org/

En 20 ans, 40% des espèces d’oiseaux ont disparu en zone agricole

https://www.rts.ch/info/sciences-tech/10009883-en-20-ans-40-des-especes-d-oiseaux-ont-disparu-en-zone-agricole.html

 

Le grand orchestre de la nature est peu à peu réduit au silence

https://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/30/l-orchestre-de-la-nature-se-tait-peu-a-peu_3150765_3244.html

 

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L’action menée par Bosquet, futur Gorz, ne répondait pas seulement au désir des Leclerc. Elle venait opportunément soutenir un programme qui allait bouleverser tout le pays et bien au-delà. Précisément, Bosquet et ses amis se sont faits les défenseurs de la circulaire Fontanet qui a interdit aux producteurs de choisir leurs distributeurs ! Celle-ci faisait partie du train des mesures de la déstructuration culturelle, économique, sociale et écologique néo-libérale, instaurées dès le début de la 5ème République : « respect intégral des prescriptions réglementaires et notamment de la circulaire interministérielle du 31 mars 1960 sur les refus de vente, afin de ne pas paralyser l’intervention de nouveaux distributeurs pratiquant des méthodes commerciales susceptibles d’accroître la tension concurrentielle à l’intérieur du circuit de distribution« , recommandation du Comité Rueff-Armand sur les obstacles à l’expansion économique (21 juillet 1960). C’est la politique qui a littéralement livré les producteurs, cultivateurs, artisans et petits industriels au bon vouloir des riches distributeurs, en leur interdisant de négocier en position de force. C’est ce qui a favorisé la financiarisation du commerce en libérant les spéculateurs de tout contrôle.

 

J’aime beaucoup : « accroître la tension concurrentielle à l’intérieur du circuit de distribution » pour dire que l’on va casser le commerce, l’artisanat, toutes les productions, à l’échelle des familles, des villages, des quartiers… et bouleverser la vie de la majeure partie de la population. C’est typique de la double stratégie capitaliste de captation des biens communs : dépossession-déstructuration et concentration.

 

Cette seule action dément la légende construite autour de Michel Bosquet-André Gorz. Ce curieux « philosophe écologiste » a donc été un fervent partisan de la multiplication de grands comptoirs de traite hors de toute mesure, hors de tout contrôle. Comme au temps de la colonisation la plus brutale, ces lieux gorgés de marchandises tentantes et toujours renouvelées étaient conçus pour piéger les nouveaux indiens – les Français avant beaucoup d’autres. Cette machine de guerre du capitalisme de conquête est vite devenue une ennemie farouche des écologistes et de l’ensemble de la nouvelle gauche qui portaient la dénonciation de la société de consommation. Et, une fois encore, cela a marché ! La « grande distribution » a contribué à briser la prise de conscience de la diversité agricole et patrimoniale, et à arrêter le mouvement des alternatives qui se multipliaient (a). Aveuglés par l’abondance apparente de l’offre, la plupart allaient céder aux mirages de la consommation en oubliant tout de la sagesse immémoriale et de la critique écologiste qui commençait à les effleurer. Nourriture toute prête stimulant les addictions, mal-bouffe et obsolescence généralisée stimulées par les prix bas obtenus en rognant tous les coûts (ou en les externalisant), téléviseurs pour regarder les pubs, bagnoles à gogos, gadgets pour meubler l’ennui, fausses facilités, « services » en tous genres pour soulager les portefeuilles, etc. Et sont venus les crédits à la consommation accompagnant le surendettement. Grisés par les tentations, oubliant la préservation de leurs savoirs et de leur environnement, reniant les biens communs (communaux), rompant les interrelations qui font la société, la plupart se sont mis à courir de plus en plus vite dans la grande cage d’écureuil du capitalisme, en s’enchaînant de plus en plus au crédit et au salariat sans condition, s’assujettissant définitivement au système du profit.

 

A l’époque de l’essor de la nouvelle gauche écologiste, Michel Bosquet-André Gorz avait donc volé au secours de cette rationalisation de la cupidité commerciale qui allait, avec la complicité bancaire, prendre le pouvoir sur tous les secteurs de la production, dévaloriser le travail et dégrader spectaculairement la qualité en tous domaines.

 

Typique de la dérégulation néo-libérale, l’action de Michel Bosquet-Gorz et de ses collègues journalistes contribuera au succès du système Leclerc et au développement tentaculaire de la grande distribution (la concentration et la financiarisation du commerce), en permettant le renversement de la priorité entre producteur et distributeur. Cette inversion, qui allait voir l’assujettissement des producteurs – paysans, artisans, industriels – à une distribution de plus en plus puissante, a autorisé le développement de la recherche des plus bas prix à la production, au détriment de tout le reste.

 

Donner tout pouvoir aux distributeurs de pressurer les producteurs pour diminuer les prix, et, ainsi, augmenter le « pouvoir d’achat » (b) des consommateurs en soulageant d’autant le budget salarial des entreprises et de l’Etat (le budget des retraites aussi) a énormément plu dans « la gauche » qui n’était plus à gauche. On en reste pantois, ne sachant si cette croyance était jouée ou l’effet d’un simplisme confondant ! De la mal bouffe et des mauvais produits pour soi-disant aider les victimes de ce même processus, les déclassés et les exclus (par exemple, les paysans et les artisans jetés hors de chez eux)… Cependant, indication précieuse s’il en est, cette brillante idée correspondait en tous points à l’une des principales recommandations du « Rapport Rueff-Armand ». « Dans ce rapport, un passage consacré à l’agriculture recommande avec un cynisme non dissimulé, qui est resté en travers de la gorge de nombreux paysans, le sacrifice de l’agriculture à la puissance industrielle.

En résumé, ce plan était d’une simplicité désarmante : il fallait maintenir les prix agricoles en dessous des prix industriels, et provoquer de telles disparités sociales que les paysans soient contraints de quitter la terre pour constituer une main d’oeuvre abondante dans le secteur industriel.

Ainsi, dit le rapport « Rueff-Armand » : « …le mécanisme des prix ne remplira son office dans le secteur agricole, qu’en infligeant aux agriculteurs presque en permanence, un niveau de vie sensiblement inférieur à celui des autres catégories de travailleurs… »« 

Philippe Desbrosses, Le krack alimentaire, Le Rocher 1988, pages 60 et 61 : J’ai vu naître la Révolution « verte »

« La Révolution Verte« , c’est à dire la campagne de conquête des marchés, à partir de la déstructuration des campagnes, à laquelle a participé René Dumont.

 

Une des premières mesures pratiques « soumises à la diligence du nouveau gouvernement, fut l’abolition de l’indexation des prix agricoles, mesure prise en violation du Traité de Rome du 25 mars 1957 (le Traité de Rome exige qu’il y ait parité entre les prix agricoles et les prix industriels), contre laquelle personne n’a osé s’élever (…) » surtout pas le syndicalisme agricole qui « a laissé faire et même un peu contribué à la réussite de cette politique en faveur des puissances industrielles.« 

 

Ce « Rapport Rueff-Armand », comme le  « plan Pinay-Rueff » qui l’a précédé dès l’avènement de la Cinquième République, est un Plan typique de la planification autoritaire imposée par la nouvelle conquête capitaliste, avec aux postes de commande : Antoine Pinay (Bilderberg Group et Cercle Pinay en lien étroit avec le précédent, au top de l’ultra-capitalisme), Roger Goetze (ex-inspecteur des finances, sous-directeur du Crédit Foncier) et Georges Pompidou (alors directeur de la banque Rothschild, d’après Alain Peyrefitte qui suivait très attentivement cette planification de la dérégulation).

 

Cette politique de libéralisation capitaliste avait l’heur de plaire à toute « la gauche » jacobine et productiviste hostile aux paysans, aux petits commerçants, aux artisans, hostile enfin à toute société non planifiée – non soumise à une hiérarchie dirigiste. Elle a été déterminante dans les processus destructeurs déplorés depuis : financiarisation du secteur afin de créer une différence de potentiel insurmontable pour « les petits » et les conduire à la ruine, dégradation de la qualité des produits et du service au client (qui, auparavant, étaient des préoccupations premières), survie difficile et faillites des producteurs étranglés par les centrales d’achat, suicides de paysans et d’artisans, désertification des campagnes, spéculation sans frontière et délocalisation des productions, chômage de masse, développement de productions nuisibles à tous les stades (par exemple : l’huile de palme), accroissement des transports longue distance et des pollutions, etc. Il s’agit là de l’une des déstructurations les plus importantes que la nouvelle gauche alternative voulait éviter.

 

Ruine des fermiers et des fermières qui nous vendaient leur lait, leurs oeufs, leur beurre, leurs fromages…, faillites sans nombre, chômage et déracinement pour quantité de paysans, de commerçants et d’artisans, désertification des campagnes et de nombreux quartiers commerçants, réduction drastique des diversités, augmentation de l’usage de l’automobile individuelle, extension des banlieues, délocalisations, et démultiplication de la puissance financière… Et extension de la même ruine sur toute la planète. Que de « progrès » !

 

 

Du service de la grande distribution à l’élimination des lanceurs de l’alerte écologiste

 

Enfin, et cela n’est pas le moindre, Gorz-Bosquet, que j’ai pu observer dans ses oeuvres, est l’un de ceux qui ont savamment manipulé pour éliminer les acteurs du mouvement écologiste d’origine, partie de la nouvelle gauche. A l’automne 1971, les écologistes de la Semaine de la Terre avaient à peine accepté de rejoindre l’association les Amis de la Terre (où il n’y avait à peu près personne de visible !) que leur projet de campagne contre l’essor des emballages jetables fut littéralement interdite par Alain Hervé et un mystérieux « comité de parrainage » dont faisait partie Michel Bosquet.

1971 : Tir de barrage contre la dénonciation du « tout-jetable », comment l’alerte a été empêchée et par qui ? par ACG

 

 

Déjà Michel Bosquet/Gorz était de ceux qui préparaient le remplacement des écologistes par Brice Lalonde et sa bande dépêchés par les réseaux du capitalisme atlantiste. En effet, au moins par sa présence dans la coulisse de ces « Amis de la Terre » qui n’étaient qu’une couverture, par ses proches amis et sa présence à leurs côtés pour entraver les écologistes et les remplacer par des agents du capitalisme, Bosquet était, au moins, en très bonne intelligence avec l’un des réseaux d’influence organisés par la réaction capitaliste à la nouvelle gauche – le « collège invisible de l’écologisme » DiogèneEcoropa :

La Grande Mystification. Des années 60 à aujourd’hui : comment le capitalisme a effacé l’alerte écologiste, la pensée critique et les alternatives

 

Tout cela se traduisait par des mélanges étonnants (mais sans l’ombre d’un écologiste du mouvement d’origine) :
« Chez lui [chez Gorz] ou dans les locaux de l’association « Les amis de la terre » (anciennement, rue de la Bûcherie, juste en dessous de Greenpeace), nous étions quelques dizaines à vouloir refaire le monde. Autour de Brice Lalonde qu’il aimait comme un fils, Yves Lenoir, Dominique Simonet (aujourd’hui reporter scientifique à l’Express) et occasionnellement du Commandant Cousteau, de Teddy Goldsmith, de Puiseux, directeur des études économiques d’EDF…et tant d’autres. »

C’est Michel-Edouard Leclerc qui témoigne (« André Gorz, la mort d’un philosophe ») sur ces réunions d’après l’étouffement de la nouvelle gauche écologiste, avec des membres du « collège invisible » monté par l’homme de la propagande capitalisme (Denis de Rougemont), qui avaient beaucoup contribué à l’élimination des écologistes, des délégués du grand capitalisme, des technocrates soucieux de plaire pour la carrière, des arrivistes par l’odeur de tant d’argent alléchés… tous tissés ensemble depuis plusieurs années déjà.

 

Un Michel-Edouard qui témoigne encore de la superposition des supercheries tissées autour des écologistes : « Il m’initia au journalisme en sollicitant des contributions pour des revues comme « La Baleine », « La Gueule Ouverte »« . « Il« , c’est Michel Bosquet, le futur André Gorz, qui ouvrait toutes les portes au représentant de la grande distribution, tandis que les écologistes ne pouvaient publier dans La Baleine , soi-disant le bulletin de leur « association » (excepté le n°6 de mars 74 que nous avons réalisé), et guère plus dans La Gueule Ouverte d’après la mort de Fournier (celle d’une Isabelle Cabu entourée d’une floppée de gauchistes exécuteurs d’écologistes).

 

Ca, on le devine, c’était après l’élimination des écologistes de la nouvelle gauche. A partir de 1975. Le travail de sape du mouvement critique et alternatif continuait par ailleurs. C’est ainsi que l’on retrouvera encore Michel Bosquet dans ses oeuvres favorites dès la naissance de « Que Choisir ?« , la revue critique de l’association des consommateurs. Et qui y introduira-t-il ? Michel-Edouard Leclerc : « C’est lui encore qui, découvreur de l’Américain Ralph Nader, l’avocat des consommateurs » (!) « me fit intégrer la première équipe de rédacteurs de « Que Choisir »« . La technique du Cheval de Troie…

 

Les écologistes, les protecteurs du patrimoine, les consommateurs avaient été mis KO. La supercherie avait si bien réussi que l’imposture ne se connaissait aucune limite.

 

Fruit de l’épanouissement de l’empathie entraîné par l’ouverture écologiste au monde, le principal message politique du mouvement alternatif – la nécessité de la régulation sociale et écologique, en commençant par la déconstruction de la culture et du système impérialistes pour les remplacer par une civilisation en phase avec le vivant – fut la première victime de la manipulation. Il fut perdu avec l’élimination des membres du premier mouvement alternatif et, plus de trois décennies après, je ne l’ai pas encore vu reparaître. Et pour cause, devenus censeurs, les exécuteurs d’hier ont scrupuleusement veillé à ce que les acteurs du mouvement (ceux qui n’ont pas renoncé), désormais des témoins gênants, ne puissent se relever, témoigner et s’unir aux nouveaux alternatifs. La voie de la dérégulation néo-libérale était libérée.
« Désamorcer les mouvements politiques de gauche et susciter l’acceptation d’un socialisme modéré (…) infiltrer les syndicats européens (…) extirper les éléments douteux (…) favoriser l’ascension des leaders convenant à Washington« , (Frances Stonor Saunders, « Qui mène la danse ? La CIA et la guerre froide culturelle » page 334). Telles étaient les méthodes définies pour la « campagne de propagande et de pénétration » lancée à la fin des années quarante à destination de l’Europe politique et syndicale.

 

Sans ce puissant outil de la déstructuration des personnes et de la société, et de casse de la maîtrise de la vie individuelle et collective, le capitalisme ultra-libéral aurait été beaucoup plus difficile à installer. Bravo André Gorz !

 

André Gorz – Michel Bosquet n’est donc pas exactement une « figure de cette radicalité contestataire où les luttes du présent viennent chercher grain à moudre et boussole » (Daniel Mermet sur France Inter) ! C’est même le contraire puisqu’il a servi à faire disparaître toute l’alternative – le mouvement et la culture – pour la remplacer par les vaguelettes réformistes vertes, et que, avec l’appui à la grande distribution, il a aidé à installer la dérégulation néo-capitaliste. André Gorz – Michel Bosquet est l’un des responsables de la situation que l’émission « Là-bas si j’y suis » semble vouloir dénoncer chaque jour.

 

Reste à deviner à quoi servent ces contes imposés à l’admiration des foules – à part effacer et censurer plus encore les acteurs des mouvements dangereux pour la domination, donc ces mouvements et leur pensée critique… Une réponse se dessine quand on se demande ce que ces « héros« , dont on aurait un si grand besoin, ont réussi. Ils ont incontestablement réussi de confortables carrières. Ils ont réussi à acquérir la reconnaissance d’une certaine société installée. Leur postérité est assurée. Mais, en filigrane, même le non-initié voit surtout qu’ils n’ont réussi à prévenir et à parer aucune des dégradations contre lesquelles leur enseignement est invoqué. Ce sont des héros de l’échec. Il est vrai que seuls, sans connexion avec un mouvement social… La focalisation sur quelques individus supposés exceptionnels sert aussi à refouler la compréhension du sens des interrelations, et à détourner des dynamiques de l’intelligence collective et de la démocratie (le mouvement social). L’exemple de l’impuissance des « héros » sert à démotiver et à démobiliser les nouvelles générations : puisque de tels personnages n’ont rien pu faire, que pouvons-nous en partant de rien ?! Guy Hocquenghem avait bien vu : « Vous vous êtes assis sur le seuil de l’avenir, et (…) cet aliment de l’esprit qu’est l’utopie, vous empêchez du moins les autres d’y toucher. Aux pauvres jeunes gens d’aujourd’hui, vous ne laissez même pas l’espérance, ayant discrédité tout idéal, au point de rendre presque vomitive toute évocation de mai 68. (…) votre réseau contrôle toutes les voies d’accès et refoule les nouveaux, le style que vous imprimez au pouvoir intellectuel que vous exercez enterre tout possible et tout futur. Du haut de la pyramide, amoncellement d’escroqueries et d’impudences, vous déclarez froidement, en écartant ceux qui voudraient regarder par eux-mêmes qu’il n’y a rien à voir et que le morne désert s’étend à l’infini » (« Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary » 1985).

 

C’est à cause de manipulations comme celles auxquelles les héros factices ont participé, et de récits menteurs (storytelling) comme ces deux émissions, que nous en sommes arrivés là, à supporter, impuissants au milieu des ruines, la dictature de la finance dérégulée.

 

Quelle mouche a piqué Daniel Mermet et l’équipe de « Là-bas si j’y suis » ? Ignorent-ils tout ? Pourquoi ramènent-ils André Gorz en tête de gondole aujourd’hui ?

 

Et si Bosquet-Gorz avait compté positivement dans le mouvement alternatif, le mettre en avant serait-il utile ? Non plus. Le goût immodéré pour les vedettes n’est pas une simple mode. Il appartient à la stratégie du système dominant. Par l’élitisme, version sophistiquée du capitalisme de pouvoir, la domination contamine ses oppositions de façon à dissimuler et effacer le mouvement social où sont nées les volontés et les idées.

 

Alain-Claude Galtié décembre 2011

 

(a) Moi-même en ai fait une expérience inoubliable. Au printemps 1972, ayant invité les fédérations des coopératives agricoles et des coopératives de consommation (les COOP) à produire et distribuer des produits bio, j’ai été foutu à la porte séance tenante de l’Institut des Etudes Coopératives.

1971 : Les COOP et le mouvement coopératif refusent le bio, par ACG

 

(b) « Pouvoir d’achat » est une idée insinuée pour fragiliser la conscience de la communauté – communauté sociale et communauté des biens. Cela fait partie de la stratégie déstructuratrice pour dissocier les sociétés en réduisant leurs membres à l’état de consommateurs individualistes sans soucis des conséquences de leurs actions quotidiennes, et faire place, ainsi, aux stratégies de la concentration du profit.

 

Post-scriptum :

Mon très court billet signalant que l’histoire de Bosquet-Gorz est beaucoup, beaucoup plus dissonante que la jolie berceuse susurrée par Daniel Mermet et son invité n’a pas passé le cap de la censure du site de l’émission. Seuls y ont été publiés les commentaires des naïfs anonymes – ou de la claque – qui applaudissent des pieds et des mains.

Quelle surprise !

 

 

 

Nouvelle falsification sur France Inter en mai 2013 : 

Réaction à une émission élogieuse sur André Gorz, France Inter

La marche de l’histoire du 2 mai 2013 

Bonjour,

Lanceur de l’alerte écologiste depuis les années soixante avec la nouvelle gauche alternative, lanceur du mouvement écologiste, j’ai connu André Gorz, alors Michel Bosquet, et j’ai eu tout loisir d’apprécier le sens de son action. Las, cela ne cadre pas du tout avec le panégyrique que je viens d’entendre. C’est même exactement le contraire. Pour la nouvelle gauche écologiste, Gorz a été un véritable objecteur d’alternative particulièrement efficace dans l’étouffement du mouvement et son détournement en une pauvre chose réformiste intégrée au capitalisme triomphant. D’autant plus efficace qu’il s’était coulé près de nous pour mieux pomper les idées tout en soutenant des personnes et des entreprises opposées au changement de civilisation que nous proposions – telles les Leclerc et le développement de la grande distribution, et Brice Lalonde. Des personnes et des entreprises très impliquées dans la conquête capitaliste néo-libérale lancée au lendemain de la seconde guerre mondiale. J’ai, par exemple, évoqué cette histoire tordue dans « La légende André Gorz » sur Planetaryecology. Comme pour toute histoire de manipulation, il reste des zones d’ombre, même pour les témoins directs. Aussi, je n’exclue pas que Gorz lui-même ait été berné. Mais il est peu plausible qu’il ait été inconscient des actions de sabotage dirigées contre les alternatifs, actions qu’il a cautionnées.

Meilleures salutations

 

Pas davantage de réaction. Pas même l’amorce d’une curiosité. De toute évidence, la parole des témoins compte moins que l’écriture de la légende. Qui a dit « storytelling » ?

Mais pourquoi l’écriture de la légende si ce n’est pour poursuivre le travail de sape auquel Bosquet-Gorz, etc. a ardemment participé ?

C’est curieux, ce révisionnisme s’est aussi emparé de Denis de Rougemont pour en faire une figure de l’écologisme. Encore un héros fabriqué pour asphyxier le mouvement social. Et quel héros… Denis de Rougemont ! 

L’imposture – 1940-1985 : Denis de Rougemont, ou le personnalisme détourné contre la nouvelle gauche écologiste, par ACG

 

 

 

novembre 2016

Légende André Gorz : vous reprendrez bien une dose de bourrage de crâne ?

Libération s’est fendu d’une double page pour présenter un bouquin consacré à André Gorz (alias Michel Bosquet dans les années 1960/70). Même chose dans l’Obs, dans une rubrique comiquement nommée « débats ». Pareil sur France Culture (faut pas lésiner). Même l’Humanité a glissé dans le fétichisme Gorzien (1). Et, pour ne pas être en reste, Le Monde Diplomatique y est allé de sa contribution.

Difficile de croire que tous ces braves journalistes sont à ce point abusés.

L’étoile de celui qui, maintenant, est présenté comme « père de l’écologie politique » (sic) devait, probablement, pâlir un peu. Aussi, ce livre vient relancer le récit propagandiste pour occuper le terrain médiatique, et refouler encore et encore les témoignages sur le véritable rôle de ce monsieur. Car, loin de l’image fabriquée, quand il était Michel Bosquet, Gorz a été un soutien indéfectible du développement de la grande distribution. Comme le mentor de Brice Lalonde (« qu’il aimait comme un fils« ), Michel Rocard dont le protecteur de toujours n’était autre que Henri Hermand (tout se tient). Voilà qui, déjà, cadre mal avec l’identité écologiste que certains veulent attribuer à Bosquet/Gorz ! Mais il y a mieux. D’extinction d’un projet de campagne contre les emballages jetables (en 1971), en censure des écologistes de la nouvelle gauche, et en promotion de Brice Lalonde et de quelques autres imposteurs pleinement capitalistes (encore comme Rocard) pour remplacer les écologistes poussés hors de leurs propres actions, il a été l’un des plus efficaces – parce que l’un des plus dissimulés – éteigneurs du mouvement écologiste. 

 

Une phrase de ce dernier laudateur de Gorz-Bosquet a été reprise en boucle, y compris par L’Humanité qui en a fait son titre :

« une théorie n’est jamais dissociable de l’existence de celui qui l’élabore« 
On ne peut mieux dire. Sauf que, justement, la vie de Bosquet-Gorz illustre la fausseté du bonhomme. C’est sans doute pourquoi ses exploits dans la défense de la croissance de la grande distribution marchande et dans le sabotage des écologistes de la Nouvelle Gauche ont été dissimulés.

 

(1) André Gorz, « Pensée autonome« , Willy Gianinazzi, La Découverte

 

 

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