Dans les coulisses du Grand Saccage écologique et social – chapitre 11


Dans les coulisses du Grand Saccage écologique et social

chapitre 11

par ACG

(sans IA)

Les prédateurs des espérances et de l’innocence ont ainsi multiplié les diversions pour mieux dissimuler l’enterrement de la conscience écologiste et politique qui entreprenait de revivifier la démocratie en l’étendant au vivant en son entier. Ce faisant, ils ont alimenté le désespoir et les dérives extrémistes, créant un désordre tel qu’il interdit la révolution nécessaire pour réduire le désastre en cours.

Tous exposent à l’envi une mentalité prédatrice, bornée et méprisante, un goût pour la violence aveugle, et ces procédés de bas étage qui produisent la prodigieuse élévation des « élites » politiciennes, l’anéantissement des résistances et des projets alternatifs, et leur remplacement par les plans des exploiteurs.

sommaire

En arrière toute !

Une Cour des Miracles

Il reste encore à préciser un point de grande importance, un point pratique qui explique l’efficacité des blocages et leur stabilité. Il permet de bien comprendre l’ampleur de la manipulation et sa malignité.

En arrière toute !

Un scandale connu de tous : le drame de l’amiante en France (Sénat 2006) l’a révélé de façon spectaculaire, mais peu en ont pris la mesure. Ou, plutôt, comme souvent, nous avons collectivement été empêchés d’en prendre pleine conscience. De 1981 à 1995, organisé par cabinet de conseil en lobbying créé par un ancien résistant (!), un syndicat de l’amiante (le CPA, Comité Permanent Amiante) a exercé un contrôle complet de l’information, au point d’anesthésier l’État, les media, les syndicats (sauf FO), la Sécurité Sociale elle-même, etc. *. Tous « les corps intermédiaires » participaient à la censure des lanceurs d’alerte, à l’omerta et, souvent, à la propagande. Les corps intermédiaires… Tous ces clercs nourris par la communauté, en position d’arbitrage entre le pouvoir et le peuple, ce peuple qui, bien sûr, a grand besoin d’être encadré, guidé, voire contrôlé et entravé **. Toutes ces structures censées être compétentes, protectrices, impartiales, probes… Avec l’amiante, la presque totalité des « corps intermédiaires » a démontré combien elle était assujettie aux intérêts ennemis du bien commun. Tout cela dans l’ignorance des victimes et de la majeure partie de la population. La permanence des complicités tissées à l’époque rend impossible de faire, en France, un grand procès de l’amiante. C’est la preuve par l’amiante du détournement des institutions par la croissance marchande.

* l’AMIANTE à mort : https://planetaryecology.com/1974-2005-lamiante-a-mort-1ere-partie/

Sur le même modèle a été créé un Comité Permanent Cadmium.

** On l’a encore vérifié avec la Convention Citoyenne pour le Climat étouffée et viandée par ceux-là mêmes qui, naïve imprudence d’élite jugeant les autres incapables, l’avaient convoquée.

L’origine du CPA est aussi très édifiante. Devant la montée en puissance des contestations, les industriels de l’amiante s’étaient réunis en « Conférence internationale des organisations d’information sur l’amiante«  pour réagir aux « graves attaques contre l’amiante et ses utilisations (qui) sont relayées par la presse, la radio et la télévision« . Cela s’est passé à Londres les 24 et 25 novembre 1971. 1971… La motion finale précise :

« je vous invite tous à préparer votre défense dès maintenant. […] avez-vous un comité d’action disposant des fonds nécessaires, mais aussi d’une expertise technique et médicale ? […] êtes-vous en contact avec des consultants en relations publiques capables de vous donner de bons conseils ? […] Vous devez vous préparer à l’avance » *. Ah, les « consultants en relations publiques » !

* La véritable mission du CPA : « ne réveillez pas le chat endormi», dans le rapport du Sénat : Le drame de l’amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l’avenir, chapitre II. L’ÉTAT « ANESTHÉSIÉ » PAR LE LOBBY DE L’AMIANTE.

(rapport d’information n°37, Sénat 2005-2006) https://www.senat.fr/rap/r05-037-1/r05-037-1.html

« Onze ans avant sa création, tous les ingrédients du CPA étaient réunis » commente le rapport du Sénat sur le drame de l’amiante en France en 2005 *. Le CPA, c’est-à-dire le lobby français rassemblant presque toutes les institutions pour protéger les industriels pollueurs. Mais, dès après la réunion de Londres, est créé en France un Comité français d’étude sur les effets biologiques de l’amiante (Cofreba) pour organiser la désinformation.

* L’affaire de l’amiante, Roger Lenglet, La Découverte 1996.

La mortelle efficacité du Comité Permanent Amiante, Erwan Seznec, dans Histoire secrète du Patronat de 1945 à nos jours (op. cit.).

La prescription du recours aux « consultants en relations publiques capables de vous donner de bons conseils » renvoie clairement à Edward Bernays et Walter Lippmann, les créateurs et les développeurs des relations publiques manipulatrices de l’opinion en « société démocratique« . On le voit, un métier en pleine expansion, et depuis longtemps.

1971, année de la mobilisation des industriels de l’amiante, c’est à peu de chose près la période indiquée par Bernard Charbonneau pour le lancement de l’autre opération de relations publiques visant, là aussi, à reprendre la main sur/ et reprendre en mains/ la montée de la contestation écologiste. En tous domaines, les secousses critiques et alternatives des années soixante, et l’acmé de 68, avaient affolé les pollueurs, prédateurs et faiseurs d’effondrements écologiques et sociaux, qui se mobilisaient pour prolonger et aggraver encore les agressions contre la vie. Connaître les méthodes employées pour maintenir le système de l’amiante est très utile pour comprendre ce qui est arrivé au mouvement écologiste. Ayant maintenu une alerte dans le milieu du théâtre pendant plus de 30 ans, je n’ai pas été vraiment dépaysé par rapport à ce que j’avais vécu et continuait à observer avec l’alerte écologiste :

1974-2005 : l’AMIANTE à mort

La nouvelle offensive, façon guerre psychologique, a réduit à l’impuissance les alertes et les alternatives, faisant retomber la conscience collective qui s’éveillait dans les années 1960/70. Libérée, l’industrie de l’amiante a créé des pertes inestimables, des souffrances irréparables et des centaines de milliers de morts. Cela en toute conscience des « responsables » dûment informés. Mais, on le devine, cette alliance contre le bien commun n’a pas seulement été réalisée pour dissimuler la dangerosité de l’amiante et les profits faramineux tirés de sa diffusion dans tous les poumons – au point qu’il fut baptisé « l’or blanc » ! La pathologie du profit n’explique pas tout. Il y a aussi le renforcement de la domination.

Avant l’unité des « corps intermédiaires » pour l’amiante, les écologistes et toute la nouvelle gauche subissaient sans comprendre, depuis 1968, une autre forme de cette grande alliance. La constitution du « collège invisible de l’écologisme » (le réseau Diogène), la démonstration du 23 juin 1972, les censures, les grenouillages sans nombre, la Campagne Dumont, l’éviction des écologistes et leur remplacement systématique par des capitalistes, des carriéristes et des réformistes mous, ont mis en lumière l’implication du patronat (en particulier, des Henry Hermand et Edouard Leclerc de la « grande distribution ») et des banques, mais aussi de tous les partis, des journalistes (1) et d’une très large partie de la « fonction publique« . Un « collège invisible » pour rendre invisibles et inaudibles la résistance et l’alternative au système prédateur du bien commun, et les supplanter. Imparable !

Rendre invisibles et inaudibles… C’est bien là la tactique suivie par Alain Hervé et tous ceux qui se tenaient dans la coulisse des Amis de la Terre. Nous interdire l’expression écrite, même dans le « bulletin de l’association« , visait à effacer le mouvement social spontané en rendant transparents ses acteurs. Comme l’a finalement avoué Alain Hervé, Pierre Samuel avait pris le relais pour parfaire l’opération d’effacement/substitution. Les Amis de la Terre étaient un éteignoir du mouvement alternatif au capitalisme mortifère. Un éteignoir qui a été un tremplin pour tous les imposteurs ; les seuls dont les historiens aux ordres entretiennent la mémoire.

Qui s’intéresse à la préservation de l’eau (captages et distribution, sources, zones humides, têtes de bassin versant, etc.), fait le même constat sur des dizaines d’années; avec les mêmes alertes et les mêmes émergences prometteuses au début, puis leur étouffement méthodique, jusqu’à dévitalisation et oubli du bien commun (2). Même évidence pour toutes les destructions massives, et ce qui a été imposé en déstructurant, monopolisant, ruinant, polluant les individus, les communautés, les écosystèmes (remembrement et « Révolution Verte« , supermarchés, automobile individuelle, déstructuration de l’espace social et économique, et augmentation des distances, biocides, plastiques, nucléaire, etc.).

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2019 – la « grande distribution » de ruine sociale et écologique continue : Le pire, c’est quand la dernière pâtisserie a fermé » : à Villeneuve-sur-Lot, autopsie d’un centre-ville en déshérence

La date butoir, c’est 1970 et l’arrivée des grandes surfaces

« Le 1er novembre 1977, Mammouth est venu écraser les prix sur le Villeneuvois » raconte La Dépêche du Midi. Le premier « hyper » de la vallée du Lot a choisi d’implanter ses 4 000 mètres carrés à l’ouest de la ville. Vingt ans plus tard, à l’est, l’arrivée du magasin Leclerc met « 400 commerçants dans la rue », se souvient Michel Laffargue. « On a tout essayé pour interdire son installation », témoigne Maurice Lang. Mais difficile pour la municipalité de refuser la création de 200 emplois. Quitte à « vider le centre-ville », regrette le commerçant qui rappelle au passage que la ville compte le « double de centres commerciaux par rapport à la moyenne nationale par habitants ».

https://www.francetvinfo.fr/france/villeneuve-sur-lot/grand-format-le-pire-cest-quand-la-derniere-patisserie-a-ferme-a-villeneuve-sur-lot-autopsie-d-un-centre-ville-en-desherence_3541103.html

Les habitants interrogés, et bien d’autres sans doute, analysent très bien la situation. Mais, bien entendu, des « experts » ont été appelés à la rescousse, et ils se sont employés surtout à détourner l’attention de la politique favorable au grand commerce financiarisé – cette « grande distribution » qui poursuit son oeuvre depuis 1960 sur la lancée des « missions de productivité » du Plan Marshall (cf. La grande distribution. Enquête sur une corruption à la française de Jean Bothorel et Philippe Sassier, citée plus haut). Ainsi, pas même un mot sur la circulaire Fontanet encensée de la gauche à la droite.

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La colonisation et le formatage des corps intermédiaires par des conditionnés et des asservis a permis d’inscrire dans le marbre le détournement de l’État et de tous les réseaux complémentaires pour inscrire le capitalisme le plus dur dans le très long terme. Transports, amiante, supermarchés, eau… « En trente ans de marché fou, l’ingénierie républicaine a perdu ses troupes, son savoir-faire et ses talents, son originalité et sa fiabilité morale« , Marc Laimé, Le lobby de l’eau, Éditions François Bourin 2014, page 9.

Surtout depuis le début des années 1980, tous les personnels des institutions et autres formations de pouvoir ont été changés, ou gagnés à la cause capitaliste. Pour pérenniser les détournements, l’enseignement préparatoire à ces postes a été modifié de façon à conditionner les futures « élites« . Il s’agit de fausser leurs perceptions pour détourner leurs motivations vers le service de l’exploitation à outrance. Comme leurs aînés. C’est pourquoi une histoire des mouvements sociaux profondément révisée est enseignée partout, et pourquoi ses « enseignants » fuient à tire d’aile quand on les aborde aimablement pour leur proposer de l’information.

C’est donc un travail profond sur les déterminants de la conscience qui a été mis en oeuvre dès le lancement du Congrès pour la Liberté de la Culture et autres structures d’accompagnement de la globalisation capitaliste. Bien sûr, le peuple et les mouvements de l’intérêt général n’ont pas été oubliés ! La désinformation, le langage orienté qui valorise les fonctionnements nuisibles *, et la propagande omniprésente, n’ont cessé de limiter leur horizon, de réduire leur capacité de compréhension des stratégies et des enjeux, et, donc, d’exprimer une critique et des projets, une véritable résistance et une alternative. Par exemple, l’exaltation de chimères qui égarent plus encore ceux qui souhaitent s’émanciper, telle le récit de la marche glorieuse du grand peuple chinois plus étrillé encore par ses nouveaux maîtres qu’il ne l’était auparavant (en attendant la glorieuse libération du Cambodge par les Kmers Rouges !). Ou telle « la libération sexuelle » dévoyée et instrumentalisée, devenue aubaine pour tous les prédateurs (jusqu’à défendre l’exploitation pédophile !). Les prédateurs des espérances et de l’innocence ont ainsi multiplié les diversions pour mieux dissimuler l’enterrement de la conscience écologiste et politique qui entreprenait de revivifier la démocratie en l’étendant au vivant en son entier**. Ce faisant, ils ont alimenté le désespoir et les dérives extrémistes, créant un désordre tel qu’il interdit la révolution nécessaire pour réduire le désastre en cours.

* entre autres, « niveau de vie » et, pire, « pouvoir d’achat » *, « échelle sociale« , « ascenseur« , « déclassement« , qui réduisent tout à une question d’argent et de pouvoir capitalisé, donc spolié à tous les autres. Sans oublier ces stéréotypes verbaux – tels la nature, l’Homme, l’environnement, la politique, etc. – que les écologistes remettaient déjà en cause parce qu’ils pénètrent les démarches les plus intimes, usurpent les motivations, décident pour nous – en bref, font de nous des choses (d’après Yves Bonnefoy, l’aliénation du langage, Entretiens sur la poésie 1972-1990, chapitre « Poésie et liberté« ).

* Repris même par des « écologistes » en campagne électorale (ceux de « l’écologie politique« ).

** Ainsi avec la récupération et le détournement des mots de la revendication, de l’alerte et de l’alternative (liberté, démocratie, écologie, écologiser, etc.). À peine formulés, ils sont utilisés pour valoriser l’imposture.

Précisément, confirmant les propos de Bernard Charbonneau, c’est en 1970 que le terme « environnement«  a été substitué à celui de « milieu«  et qu’un effort remarquable a été produit pour le généraliser :

« On a justement dit que « l’année 1970 vaut plus que sa durée » * dans le sens où, de cette période, date la définition de l’environnement (…) Partout, s’inventent des formes mnémotechniques assurant que ce qui se dit en 1970 pourra être revisité plus tard dans les mêmes termes, provoquant ainsi une chambre d’écho imposante à cette année qui décidément « vaut plus que sa durée ». (…) Les conditions de cette chambre d’écho, qui fait que l’histoire va se répéter à partir de 1970, sont aussi les conditions de la reprise des références, des terminologies, des expériences. On assiste à une véritable herméneutique de l’environnement, des textes en interprétant d’autres qui, eux-mêmes, en interprètent d’autres encore (…)« , 1970 : L’année clef pour la définition de l’environnement en France, Florian Charvolin 2001 (https://journals.openedition.org/histoire-cnrs/3022).

« L’environnement« , pas l’écologie. « La nature« , pas le vivant…

Avec L’administration de l’environnement, édit. Berger-Levrault 1975, Odon Vallet décrit bien une entreprise d’influence utilisant le langage pour détourner les représentations afin de créer une rupture sensible et conceptuelle. Cet « environnement » puissamment promu vient subrepticement confirmer la coupure Homme-Nature en prétendant prendre le relais de l’alerte écologiste.

« Milieu » n’était pas un terme satisfaisant pour rendre compte des complémentarités et des interdépendances tissant l’ensemble dont nous sommes des composantes. Sauf quand il est complété par « ambiant« , comme dans les autres langues latines ; et mieux encore quand « ambiente » suffit à exprimer les dynamiques de l’intégration et des interrelations. Mais comme « nature« , « environnement » est tout autre. Il distingue, il sépare, il dissocie, il bride la pensée, il est un handicap à la compréhension de l’écologie. Cela n’est probablement pas par hasard si la promotion de cet « environnement » est intervenue simultanément avec le lancement de la récupération de l’alerte écologiste par la caste dirigeante, pour mieux la détourner et l’étouffer.

Notons l’excellente description des techniques du matraquage idéologique faite par Florian Charvolin. Elle vaut pour les méthodes employées afin d’escamoter le mouvement derrière l’électoralisme vert.

Ce sont ces substitutions et ces réductions qui autorisent le changement de « la démocratie représentative » en cooptation contrôlée par l’oligarchie – un simulacre. Car l’important se passe bien avant le carnaval électoraliste, à quelque niveau que ce soit (élections municipales ou présidentielles). C’est dès leurs premiers frémissements que les alertes et les alternatives sont anéanties, donc la préoccupation du bien commun. Avec la délicieuse soirée organisée au Pré-aux-Clercs, et la suite, nous étions en train d’en faire l’expérience. Le témoignage de Guy Hocquenghem, les fanfaronnades de Hervé Hamon et Patrick Rotman (qui étaient sur le terrain, dans les rangs de nos adversaires, avant d’écrire Génération), l’aveu d’Olivier Rolin (Tigre en papier, Le Seuil 2002), les aveux de Rony Brauman sont complémentaires. Tous exposent à l’envi une mentalité prédatrice, bornée et méprisante, un goût pour la violence aveugle, et ces procédés de bas étage qui produisent la prodigieuse élévation des « élites » politiciennes, l’anéantissement des résistances et des projets alternatifs, et leur remplacement par les plans des exploiteurs (3).

Seulement 6 ans après l’expédition organisée par Alain Hervé, Brice Lalonde et confrères contre la nouvelle gauche, un autre de la même « bande », un maoïste, allait dévoiler le mécanisme de la supercherie en célébrant les 10 ans de Mai 68 d’une bien curieuse façon :

Cet anniversaire débandé a ses cruautés : désormais, comme les taureaux de n’importe quel élevage, nous portons une marque indélébile : nous faisons partie d’une génération. Et à mesure que le temps s’éloigne, bref que nous vieillissons, la génération s’impose, occupe des positions de pouvoir, meuble des hiérarchies, tient la scène et les journaux, écrit des livres, les publie, les commente (…)”. ”La génération s’impose”… Extraordinaire ! Bel amalgame entre « la bande » des arrivistes mangeant à tous les râteliers et toute une classe d’âge sous la censure ! Celui qui se répandait ainsi en découvrant les appuis multiples dont lui et ses semblables avaient profité pour détourner la représentation et spolier à volonté, nous l’avons déjà croisé, c’est Serge July (Libération du 18 mai 1978, page 18, La mise en livre : libérez Mai 68). Il révèle ainsi, non pas un chapelet de ”réussites” distinctes, mais une promotion coordonnée des imposteurs de déjà longtemps. C’était 6 ans seulement après le meurtre de Bruay-en-Artois qui lui avait servi de prétexte pour sortir de l’anonymat en s’illustrant tristement. « Tout m’a profité » claironnait le même en 85. Il est vrai que Bizot désignait déjà les membres de la joyeuse « bande » comme ”jeunes notables” en juin 1975 !

Mariage parfait avec la présomption et la corruption accompagnant l’ultra-capitalisme. Ces imposteurs de « la génération » ne « s’imposaient » pas. Ils étaient imposés comme nouveaux notables par le système de la marchandise qui, pour effacer définitivement les alertes et les alternatives, les menaient par le bout de l’ego. Cette altération et cet effacement, on les lit en filigrane dans le reste de l’article qui est entièrement consacré aux doctrinaires secoués par les fantasmes d’une révolution violente pour « prendre le pouvoir« .

Le plus remarquable dans le mouvement venu des années soixante n’était pas dans les simulations de révolution violente pour passer l’âge ingrat en amusant la galerie, mais dans la rupture culturelle avec l’univers de la domination. Et l’on se souvient de la formule de Pierre Fournier : « Mai 68, c’était Marcuse. Ces connards ont cru que c’était Lénine » (cité page 45). Même en leur accordant le doute, en les regardant sous l’angle le plus favorable, ils resteront les plus malléables des manipulés. En 2008 et 2009, sur le forum de leur site internet, les « marxistes révolutionnaires » diront leur intérêt pour mon témoignage et se désoleront que le mouvement écologiste ne soit pas resté fidèle aux analyses et aux aspirations de son premier élan. La faute à qui, camarades, qui étiez partagés entre totale incompréhension, mépris et velléités récupératrices ? Cette réaction tardive témoigne de l’ignorance de la véritable histoire de la gauche et de l’extrême gauche qui, l’une et l’autre, ont bien servi l’installation de l’ultra-capitalisme en évacuant les aspirations d’hier. Elle témoigne donc de l’efficacité de l’omerta qui la dissimule depuis. À propos, chose curieuse, ce commentaire a disparu du site en question. Même après si longtemps, les révolutionnaires auraient-ils été obligés de se taire ?

Ceux qui ne savent pas certains évènements toujours soigneusement cachés pourraient encore croire que « la génération » n’a pas fait exprès d’en écraser tant d’autres autour d‘elle – par exemple, chaque composante de la nouvelle gauche. La suite du constat de July pourrait les conforter dans cette idée : « C’est comme cela que naissent les élites, les petites oligarchies, les groupes de pressions, que se cristallisent des habitudes de confrérie et d’exclusion. » C’est bien vu, mais cela ressemble plus à une feinte – une dissidence feinte – qu’à un mea-culpa ou une dénonciation. Car la formation en factions datait déjà de longtemps. La démonstration en avait été faite maintes fois, et les écologistes parisiens n’étaient pas près d’oublier les agressions commises par la petite oligarchie de la « génération 68« , sous la houlette des « invisibles » du Nouvel Observateur et, surtout, du fameux « collège Diogène« .

Cela n’était encore que le début de la conquête. Dans le déballage de July, j’aime beaucoup les livres écrits, publiés, commentés. Auto-commentés ! On se demande bien comment des gens qui n’étaient capables que de nous débiter des éléments du langage démago et leurs bibles totalitaires, d’insulter et d’agresser tout ce qui bougeait dans le sens du temps, ont pu, tout à coup, se poser et produire une prose capable d’intéresser des éditeurs. Les écologistes s’étonnent encore davantage, eux dont, à l’époque du cocorico de July, les contributions sollicitées pour un livre collectif* avaient déjà été jetées à la poubelle par Pierre Samuel, Jean Carlier et les autres superviseurs de la pensée agglomérés dans le « collège invisible« .

* « Écologie, crise et révolution » devenu « Les écologistes présentés par eux-mêmes » après le passage des censeurs.

Les traducteurs et divulgateurs de Murray Bookchin au début des années 1970, Helen Arnold et Daniel Blanchard, rapportent aussi quel accueil était réservé à la culture écologiste :

« Depuis 1971, nous avons proposé le livre dont le titre des articles dit assez de quoi il parle (« Écologie et pensée révolutionnaire », « L’anarchisme par-delà l’ère de la pénurie », «  Les formes de la liberté », etc.), à toutes les maisons d’édition, petites ou grandes, qui cultivent une clientèle d’ »extrême gauche » en France – sans aucun succès. (…) À une époque où le gauchisme se vend particulièrement bien, ça a de quoi surprendre. Il faut croire que ce n’était pas un placement assez sûr, pour qui spécule sur la brillance creuse et le gauchisme bon teint. N’étant ni l’un ni l’autre, ne venant pas d‘une vedette, parlant simplement, mais abordant des problèmes profondément politiques, il n’avait pas de place ni de clientèle attitrée. (…) », préface de Vers une technologie libératrice de Murray Bookchin, éditions Parallèles 1974. 1974, l’année même où la nouvelle gauche écologiste française était étouffée sans même qu’Helen Arnold, Daniel Blanchard, Bookchin et leurs amis le sachent. Ils resteront même dans l’ignorance de l’histoire de celle-ci, et quelques-unes de leurs connaissances gauchistes n’épargneront rien pour leur en éviter la découverte.

Entre souvenir des refus et de la censure, et stupéfaction devant les facilités offertes à nos adversaires, on se souvient des révélations de Claude Julien sur la production massive de livres de connivence par les services de la propagande capitaliste… Dans la confession de July, j’aime aussi la description de la suite : « la génération meuble des hiérarchies« . Cela révèle aussi bien les références contraires à l’esprit des sixties que l’intentionnalité. Et cela va si bien avec l’hypothèse sur l’origine de la production des livres. July donne lui-même un exemple de la récupération continue à tous les niveaux : « Jean-Marc Salmon m’a raconté que la plupart des ouvriers actifs en Mai 68, ces leaders naturels des mouvements d’occupation d’usines en Normandie, sont aujourd’hui, qui permanent syndical, qui maire (…) ». Vraiment, « La génération » de July n’a strictement rien de commun avec la nouvelle gauche. Elle ressemble bien davantage à la nuée des mercenaires nourris et publiés par les agences propagandistes américaines. Les « taureaux » n’étaient que caniches. Une imposture poussée par le système dominant. Pas avare de démonstrations, July parle encore d’occupation… Spoliation et colonisation conviennent aussi.

Une Cour des Miracles

Bien avant que Mitterrand accède à l’Élysée, même ceux qui n’en étaient pas dès le départ avaient déjà rejoint la confrérie de toutes les dépravations : prédateurs repus assurant l’avenir de leur caste, et arrivistes tout remués d’avoir été distingués pour leurs vilenies. Une cour. Une Cour des Miracles où l’ennemi de la bourgeoisie devient une caricature de bourgeois, où le révolutionnaire devient exploiteur sexuel des groupies abêties – voire des enfants, où l’autogestionnaire devient patron pontifiant, où l’environnementaliste réduit la diversité qui lui résiste en recourant aux pires expédients, etc. Une cour défendue par l’armée des assujettis à la domination, serviteurs inépuisables dans la censure de tous ceux qui ne se soumettent pas – futurs chargés d’affaires (dans tous les sens), dérégulateurs néocons, écocidaires, ministres, sénateurs, académiciens, universitaires bien en chaires, abonnés aux media et aux honneurs en proportion des services rendus à l’exploitation… Ils étaient déjà certains de leur avenir. C’était déjà les gagneurs ! Avec plus de 10 ans d’avance sur le cynisme du tandem Tapie-Borloo, le réseau de « la génération 68 » plastronnait en affichant les acquits de sa participation à l’élimination de la pensée critique, des alternatives et des espoirs.

Déjà en 1978, seuls les activistes des réseaux d’influence – et encore, ceux du premier niveau – pouvaient deviner ce qui se tramait et à quel point tout était verrouillé.

Louis Janover constatant l’émiettement et la décomposition des mouvements radicaux : « On peut lire la courbe de cette involution dans le destin des barricadiers de Mai 68. «Abandonnant les pavés, ils se sont glissés dans les partis, les syndicats, les associations, les médias, les agences de publicité, les professions libérales et salariées, modifiant subrepticement nos façons de voir et de penser, de travailler ou de vivre en famille. (…) On aurait bien étonné les révoltés de Mai 68 en leur prédisant qu’ils se retrouveraient dans la peau de notables sociaux-démocrates.» Le diagnostic de Frédéric Gaussen date de 1983, et l’eau qui est passée depuis sous le pont a fait déborder le grand déversoir de la feinte-dissidence. Un seul point mérite d’être précisé. Beaucoup de dissidents occupaient déjà des postes clefs de contrôle et d’animation sociale, et s’ils se sont installés aux leviers de commande, c’est qu’ils n’avaient qu’un pas à faire pour se retrouver du bon côté » (Voyage en feinte-dissidence, Paris Méditerranée, page 163). En effet, d’assez nombreux n’auraient pas du tout été étonnés de se voir prédire un avenir de notables et d’auteurs-censeurs, voire d’élites. Nous l’avons vu, ils s’y croyaient déjà dès le début ! Ils avaient les connexions ad hoc, étaient programmés pour cela, et téléguidés. Particulièrement pour prendre le contrôle des mouvements dissidents et alternatifs et les rendre inoffensifs. Ils ont été et sont encore les meilleurs auxiliaires de la conquête capitaliste.

En se répandant de la sorte, July renseigne sur le sort réservé aux autres, à ceux qui ne jouissent pas des mêmes protections, qui ne sont pas de la coterie, qui ont des idées différentes, les idées qui dérangent les protecteurs de July ; ceux qui n’ont pas retourné chemises et sous-vêtements – surtout les témoins des frasques de « la génération ».

« Vous vous êtes assis sur le seuil de l’avenir, et (…) cet aliment de l’esprit qu’est l’utopie, vous empêchez du moins les autres d’y toucher. Aux pauvres jeunes gens d’aujourd’hui, vous ne laissez même pas l’espérance, ayant discrédité tout idéal, au point de rendre presque vomitive toute évocation de mai 68. (…) votre réseau contrôle toutes les voies d’accès et refoule les nouveaux, le style que vous imprimez au pouvoir intellectuel que vous exercez enterre tout possible et tout futur. Du haut de la pyramide, amoncellement d’escroqueries et d’impudences, vous déclarez froidement, en écartant ceux qui voudraient regarder par eux-mêmes qu’il n’y a rien à voir et que le morne désert s’étend à l’infini » (Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary : S. July, A. Glucksmann, R. Debray, J-F. Bizot, B. Lalonde, B. Kouchner, P. Chéreau, B.-H.L., J.-H. Hallier, R. Castro, J. Lang, Coluche et autres de ma génération). Il avait déjà tout vu Hocquenghem. Et donné les noms de quelques-uns des saboteurs de la nouvelle gauche. S’il avait été un tant soit peu familier du vivant, il aurait pu ajouter que la présomption de ses anciens amis devait beaucoup à leur indigence désarmante en matière de culture écologiste.

Quel dommage qu’il n’ait pu voir la confirmation de ce qu’il avait déjà dénoncé !

(…) Les grandes entreprises sont désormais très actives dans la protection de l’environnement. Il y a vingt ans, l’écologie était l’affaire de minoritaires marginaux. Aujourd’hui, elle est un atout dans la compétition mondiale. Il y a de plus en plus de fonds de pension pilotés par des écolos. Le retour de l’actionnaire dans l’économie moderne est formidable quand l’actionnaire est vertueux.

Brice Lalonde, président de Génération écologie, dans « Le Figaro » du 17 janvier 1998, sur les raisons son engagement aux côtés d’Alain Madelin.

Où l’on reconnaît l’empreinte de « la croissance marchande » rocardienne.

https://www.vie-publique.fr/discours/251173-brice-lalonde-17011998-elections-regionales-listes-electorales

Bien qu’ayant été, comme Hocquenghem, par le maoïsme séduit (?), Jacques Rancière allait lui aussi se pencher sur les manifestations de la fureur antidémocratique, et rejoindre le constat de ceux que ses camarades avaient maintes fois agressés :

« Cette fureur est particulièrement vive en France où existe un parti intellectuel déclaré comme tel, auquel sa place dans les médias donne un pouvoir inconnu ailleurs dans l’interprétation au jour le jour des phénomènes contemporains et la formation de l’opinion dominante. On sait comment ce pouvoir s’est affirmé dans l’après 68, quand les milieux dirigeants de l’opinion, ébranlés par un mouvement dont la compréhension défiait les outils intellectuels dont ils disposaient, se mirent fébrilement en quête d’interprètes de ce qui se passait dans la nouveauté déroutante des temps et des profondeurs obscures de la société (…) », La haine de la démocratie, page 93 (ouvrage cité, chapitre 8). Et, la censure soutenant la conquête de « la génération« , son occupation des positions de pouvoir, sa colonisation des hiérarchies, sa monopolisation de la scène, des journaux et de l’édition (jusqu’aux commentaires de ses propres livres !), les interprètes providentiels sont devenus les représentants de ce qu’ils avaient prétendument combattu.

Avec sa description de la stratégie de l’occupation des lieux de l’expression, July donne une clé pour mieux comprendre en quoi la censure des véritables acteurs du mouvement social permet de remplir des articles, des conférences et des livres avec leurs idées, mais signées par d’autres pour mieux les détourner et les rendre inopérantes. Et nous nous souvenons du « Et Morin, Domenach, Dumont, etc. se convertissent à l’écologie » de Charbonneau dévoilant le rôle de la « caste dirigeante » dans cette soudaine conversion avec emprunt des idées à ceux qu’elle voulait effacer. Voilà pourquoi le Cerbère Alain Hervé interdisait même l’accès d’un bulletin d’association aux écologistes, mais allait l’ouvrir en grand, et tant d’autres portes, à un représentant de la « grande distribution« .

Charbonneau n’avait pas encore collecté assez d’information pour tout deviner ; et, ignorant la « mise en train par la caste dirigeante« , j’ai longuement ruminé sur l’incohérence du soudain engagement écologiste du maoïste Dumont en 1973. L’expérience nous a vite montré que cela n’était qu’un simulacre, mais de là à imaginer qu’il s’agissait d’une stratégie pré-établie… La découverte des exploits d’Edward Bernays et des dessous du Earth Day qui nous avait remplis d’admiration permet maintenant de mettre un nom sur l’ensemble de ces opérations qui visent à séduire et attirer les lanceurs d’alertes, de critiques, d’alternatives au moyen de conversions et de récupérations médiatisées : filouterie. C’est l’équivalent de l’hameçonnage, lequel qualifie parfaitement ce dont toute la nouvelle gauche a été la cible depuis la fin des années 1970, depuis le détournement lancé par la caste dirigeante.

Longtemps après, en 2022, des héritiers de la prétendue Génération paraîtront s’offusquer de l’existence d’une « agence d’intelligence économique » vendant des articles de journalistes rompus à l’exercice de la propagande et travaillant à la pige. Manipulation de l’information, crieront-ils. Ignorance et ingénuité, ou nouvelle posture pour se démarquer de l’oeuvre de leurs anciens ?

Quand July étalait son contentement, la conversion du Libération maoïste était pour bientôt, et allait suivre la campagne propagandiste Vive la Crise de février 1984 pour faire passer la potion ultra-capitaliste. Une campagne exemplaire entre télévision et numéro spécial de Libération. Une campagne digne d’Edward Bernays orchestrée par la Fondation Saint-Simon où se courtisaient les ex-autogestionnaires de la « Deuxième Gauche » mendésiste-rocardienne, les néocons aroniens et toutes sortes de capitalistes affirmés. La fine fleur de l’anti-nouvelle gauche écologiste était là, officiellement réunie. Sous la houlette de Jean-Claude Guillebaud, Laurent Joffrin et Serge July, avec Yves Montand en Monsieur Loyal assisté de Christine Ockrent, les bouches d’or de la déstructuration sociale et écologique, Alain Minc, Pierre Rosanvallon, Michel Albert *, Denis Kessler **.

En 84, année des déstructurations industrielles et des mises au chômage, les louanges de Reagan et Thatcher sont chantées sans fard. Entre discours doctrinal et culpabilisation, « Vive la Crise » est une opération de conditionnement. Mais, contrairement à ce qui est prétendu, la gauche ne se plie pas à contrecoeur au réalisme économique. Ceux qui conservent la mémoire de l’opération, tels Pierre Rimbert et Serge Halimi, soulignent que l’avènement de l’ultra-libéralisme « exigeait comme condition préalable la liquidation, en tout cas l’affaiblissement du syndicalisme, l’affaiblissement du monde ouvrier« . Pas seulement les syndicats et « le monde ouvrier« , et depuis plus longtemps que ne le croient Rimbert et Halimi, beaucoup plus longtemps ! La fausse gauche ne se préparait pas depuis les arrivées triomphantes de Thatcher et Reagan quelques années avant. Elle préparait sa conversion depuis très longtemps, comme nous l’avait révélé l’ode rocardienne à la croissance marchande sans souci du contexte, exactement 10 ans auparavant. D’ailleurs, les participants à ce numéro ultra-libéral qui était passé par l’autogestion et le gauchisme n’avaient pas fait volte-face. Ils étaient restés bien tels que les écologistes les avaient connus : des prédateurs avides, des ultra-libéraux ennemis de toute régulation (surtout écologique). Comme l’avait observé Jean Baudrillard dans La Gauche divine (Grasset 1985), ici cité par Guy Hocquenghem, l’élimination des écologistes, l’effacement de toute la nouvelle gauche, faisaient partie de cette préparation : « Si le socialisme « s’installe sans coup férir, ce n’est pas tant qu’il a vaincu la droite, c’est que tout l’espace a été balayé devant lui par le reflux des forces vives ». Car pour pouvoir porter à son paroxysme l’exploitation des hommes et de la biosphère, il fallait d’abord étouffer la contestation la plus pertinente du système, celle qui réveillait la culture holiste soulignant l’interdépendance de toute chose, justement celle qui permet de penser l’interdépendance, et qui ouvrait sur les perspectives sympathiques de l’économie du bien commun. Et il fallait faire oublier toute l’information qu’elle avait diffusée. Mais tout en bernant, domestiquant et réorientant à son profit l’élan de la mobilisation. Cela n’est pas la qualité de l’attention, la créativité et la compétence qui font le pouvoir, mais la capacité de nuisance. Les derniers grognards de la nouvelle gauche en faisaient l’expérience chaque jour, entre « rencontres » nationales soumises aux imposteurs et contacts éteints. Un expert en la matière a vendu la mèche : la “grandeur de Mitterrand fut de réussir à aligner la démocratie hexagonale sur le modèle anglo-saxon et de soumettre l’économie nationale à toutes les contraintes du marché mondial“, Serge July, Les Années Mitterrand. Histoire baroque d’une normalisation inachevée, Grasset, 1986, p. 13.

* Michel Albert était l’auteur de Le pari français (le Seuil 1982) qui avait fortement inspiré Vive la Crise !. Promoteur de la croissance marchande pour l’exportation, il avait été secrétaire du comité Rueff-Armand de sinistre mémoire (1959). Toute une vie au service de la déstructuration néocapitaliste. Sa présence sur la scène du spectacle Vive la Crise ! révèle la continuité avec la planification catastrophique commencée avec le lancement de la Cinquième République.

** Kessler est un autre ex-maoïste bientôt « établi » à la tête du patronat. Peut-être l’un des agresseurs de juin 1972, ou (et) l’un de ceux qui s’étaient subrepticement « investis » (Bourseiller) dans l’écologisme pour tout foutre en l’air.

Chacun comprend que le socialisme désigné par Jean Baudrillard est la fausse gauche de la « compétitivité internationale de la France« … Celle des lobbies destructeurs des campagnes, des cités, des productions et du commerce familial et coopératif, etc. Celle qui a relancé la croissance des inégalités sociales et le saccage écologique. Celle de la conversion au néocapitalisme sous la houlette de Jacques Delors, lequel n’allait pas manquer de faire son coming out capitaliste en applaudissant l’opération propagandiste Vive la Crise en 1984. Installé dès l’année suivante Président de la Commission Européenne, l’ex-invisible du cabinet noir de l’écologisme allait ouvrir les vannes à la spéculation avec la libre circulation des capitaux, des biens, des services et de la main-d’oeuvre (concrétisée en 1986 avec l’Acte unique européen). Un nouveau franchissement de seuil pour favoriser la croissance marchande. Puis, à Londres le 17 juillet 1991 [ou le 10 ?], ultime démonstration de compétence politique, Delors allait être l’un des « Sept Grands« * qui humilieront Mikhaïl Gorbatchev, pourtant invité, en lui faisant faire antichambre pour, enfin, lui refuser le prêt nécessaire à ses réformes ! Tournant le dos à la démarche raisonnée et à la probité, à toute intelligence aussi, ces Génies des Carpates avaient misé sur Boris Eltsine, sur sa malléabilité alcoolisée, et, comme avec le sabotage de l’alerte écologiste, semblent n’avoir pas mesuré la cascade d’effondrements qu’ils provoquaient… Ou pire, l’ont voulu en imaginant que cela leur serait encore profitable ! C’est donc grâce à ce dernier coup bas que les biens communs de l’URSS allaient être dépecés par des apparatchiks devenus oligarques, que les capitalistes les plus fous allaient être encouragés, et que le monde allait obtenir le système Poutine.

* En particulier, George H W Busch, Giulio Andreotti, John Major, Helmut Kohl, François Mitterrand, et… l’inévitable Droopy Jacques Delors. À propos de ce dernier, ex-chef de file de la Deuxième Gauche, on ne peut que remarquer la constance dans l’opposition au bien commun.

L’évolution des inégalités de revenus dans les pays riches depuis les années 1980

(…) le coefficient de Gini moyen des pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) est passé de 0,29 à 0,32 en 25 ans (…)

https://www.inegalites.fr/L-evolution-des-inegalites-de-revenus-dans-les-pays-riches-depuis-les-annees

Les alertes, les résistances et les alternatives ayant été mises hors de combat, l’amoncellement d’escroqueries et d’impudences déjà constaté in situ par Hocquenghem a produit une décomposition générale.

Emmanuel Macron, l’héritier de Henry Hermand et Michel Rocard (la « Deuxième Gauche« ), et… Daniel Cohn-Bendit

Aussi le plein accord de Lalonde et de Waechter sur le soutien au Traité de Maastricht, bien sûr et entre autres.

…Juste la suite du programme décidé dans les années soixante

ACG

Notes du chapitre 11

(1) Presque tous ! C’est pourquoi en 1970, dans le cadre de l’opération qui allait être dévoilée par Bernard Charbonneau, a été constituée l’association JNE, Journalistes pour la Nature et l’Environnement. Une simple extension du réseau développé par les agents du contrôle culturel et politique, tel Denis de Rougemont. Parfaitement logique puisque, nous l’avons vu, le contrôle des media est l’un des premiers objectifs de qui veut dominer et exploiter – contrôle des media et de tout ce qui peut influencer un large public…

Depuis, les plus récentes expériences le démontrent, le contrôle ne s’est jamais relâché. De censure en omerta et en désinformation, nous ne cessons d’en mesurer l’efficacité.

L’association Les Amis de la Terre a également été juridiquement créée en 1970.

(2) …le même constat à tous les niveaux et dans tous les domaines, du village bourguignon aux écosystèmes complexes de toute la planète, au climat bouleversé, aux extinctions massives, etc.

Eau, têtes de bassin versant, patrimoine, etc., 50 ans d’une destruction exemplaire du bien commun

https://planetaryecology.com/50-ans-de-destructions/

Le site Les eaux glacées du calcul égoïste est une mine d‘information sur l’étendue des complicités

http://www.eauxglacees.com/

(3) page 195

Un exemple rare de confession d’un exécutant gauchiste :

« (…) Il y a eu des passages à tabac où on s’est mis à trois ou quatre pour casser la gueule à un contremaître. Généralement, ces petits cadres étaient eux-mêmes assez violents et loin d’être recommandables. Si on s’en prenait à eux, c’est qu’ils étaient détestés dans l’endroit où ils travaillaient. Il n’empêche que tabasser un type à coups de manche de pioche à la sortie d’une usine, à un moment où il ne s’y attend pas, ne règle rien ! En aucun cas cela ne peut devenir une méthode. J’ai participé à plusieurs de ces attaques et vraiment, c’est l’une des choses dont j’ai vraiment honte. C’est révoltant !« 

Comme les écologistes l’ont plusieurs fois expérimenté, par exemple lors de l’AG de juin 1972, des petits gars plein d’allant, et pas freinés par l’empathie ou la réflexion, comme celui-ci (peut-être était-il là, lui aussi…). Ils étaient si gravement aliénés qu’ils pouvaient s’attaquer furieusement à n’importe qui, sans savoir, sans rien comprendre, sans même demander pourquoi, juste sur ordre de leurs « chefs » (souvent manipulés eux-mêmes, sinon complices des marionnettistes d’en haut). Pleinement soumis à l’autorité. Et quelle autorité ! Impossible, alors, de les distinguer de leurs alter egos d‘extrême droite. Le phénomène est d’autant plus stupéfiant que celui qui témoigne ici a ensuite démontré qu’il était capable de faire mieux :

Rony Brauman : Je faisais partie de la piétaille du maoïsme français

(https://asialyst.com/fr/2016/05/16/rony-brauman-je-faisais-partie-de-pietaille-maoisme-francais/)

C’est cette plasticité servile qui a été exploitée à fond par les stratèges de la conquête capitaliste, à l’époque et depuis.

Remarquons encore que les égarements gauchistes sont objets de beaucoup de récits complaisants, voire d’études, mais pas les alertes et les projets portés par les écologistes de la nouvelle gauche dont on voit, pourtant, aujourd’hui combien ils étaient justifiés. C’est extrêmement stupide à l’aune de la santé des sociétés humaines et de la biosphère. Mais c’est malheureusement logique puisque la soldatesque de l’installation de la globalisation capitaliste a été promue « intelligentsia » en proportion de ses égarements passés – celle que certains ont baptisé « la génération« . Elle fut accueillie dans les cercles de l’auto-congratulation entre prédateurs, invitée à la table des écocidaires, installée dans les fauteuils les plus convoités (ce que Serge July a appelé « meubler des hiérarchies« ), y compris dans l’université pour polluer des générations d’étudiants et censurer encore et encore tous ceux qu’ils ont spoliés. La conquête n’a jamais ralenti son effort.