Dans les années cinquante et, surtout, dès le début des années soixante, a fleuri une conscience aiguë des dégâts opérés par la civilisation dans laquelle étaient engagés la plupart des « Occidentaux« , d’ailleurs à l’insu de la plupart d’entre eux qui allaient en être victimes. C’était à la mi-temps des « trente glorieuses« . Des « glorieuses » catastrophiques pour la plupart et pour l’avenir car la prospérité d’une minorité ne provenait que d’un renforcement sans précédent de l’exploitation – de l’exploitation des hommes et de la nature (c’est le même phénomène). Alors, la domination se radicalisait en un totalitarisme économique aux ambitions planétaires et organisait ici même, au détriment de la majeure partie des populations et du pays, une économie de guerre pour soutenir son expansionnisme. C’était le premier choc planétaire de l’ultra-capitalisme désigné depuis par le terme équivoque de « mondialisation« . Ses promoteurs se partageaient entre « planificateurs » et « néo-libéraux« . Ils lançaient le dernier né des totalitarismes et le plus ambitieux : la globalisation du capitalisme, une intensification à outrance de toutes les formes d’exploitation (planifiées et libérées des régulations culturelles, sociales, politiques et naturelles).

 

Sous la violence de l’agression, la nuisibilité du productivisme et des technologies dures – celles, boulimiques d’énergies, de matières et de vies, qui cassent les sociétés et les écosystèmes – apparaissait si évidente que, pour les plus attentifs, la poursuite de leur expansion était devenue intolérable (les propagandistes ne disaient pas croissance à l’époque). C’était la révélation que, sous le couvert de l’optimisme martelé par la propagande, il se passait quelque chose d’extraordinairement pervers et dangereux qui était encore amplifié par l’explosion démographique. Toutes les observations concordaient : l’expansion et « l’élévation du niveau de vie« , associées à l’idée de liberté avec le libéralisme détourné, avaient divorcé de la recherche du bien commun, et même du simple respect de la vie, et provoquaient une dégradation profonde et continue. Une décroissance prodigieuse de la vie, du fruit de l’évolution, et du bien vivre s’étendait à toute la planète. Les vies les plus évoluées en étaient menacées et cela ne concernait pas seulement quelques espèces, mais des ensembles vivants complets, des écosystèmes avec tous leurs participants, hommes inclus.

Le plus stupéfiant était l’origine de l’agression. La catastrophe en progression donnait la mesure exacte de la nuisibilité de l’entité qui l’engendrait. Elle était le fait d’une partie de la vie elle-même, mieux encore : d’une toute petite partie prétendument consciente de son existence et savante. Oh, pas l’Homme ou les hommes ! Non… Juste quelques partis d’illuminés, les spéculateurs ayant rompu les relations essentielles avec le monde, en guerre contre tout le reste, y compris les autres hommes – « guerre économique« , selon leurs propres termes. La vie, le phénomène le plus inventif, le summum de l’organisation dans l’univers connu, avait produit une mutation nuisible pour elle-même. Au sein de notre espèce, dans ce que nous croyions être notre propre société, nous observions des fonctionnements de plus en plus aberrants ; la dynamique d’un système qui allait exactement à l’inverse du sens de la vie et de la communauté sociale, puisqu’elle les détruisait.

 

Le diagnostic fut d’autant plus rapide que beaucoup de victimes et d’observateurs avaient déjà fait le plus gros du travail d’analyse : la cause du désastre était et demeure la civilisation matérialiste censée « libérer l’Homme du travail et des contraintes de la Nature« , assurer la paix et la prospérité, tout en exploitant à mort les autres hommes, les autres êtres et l’habitat commun. D’apparence sympathique, les objectifs déclarés apparaissaient clairement comme des leurres destinés à maquiller une escroquerie historique. Enfin, cela n’était pas clair pour tout le monde car, dans le champ syndical et politique, aucune parole critique n’était prononcée. Ceux qui prétendaient représenter l’intérêt commun ne respectaient pas leurs engagements. Au contraire, tous chantaient les hymnes au progrès et à « la croissance« , les idoles inventées par les exploiteurs.

 

Comment cela était-il arrivé ?

 

Traumatisés par la puissance de l’agression, nous étions nombreux à prendre d’autant plus conscience des différences fondamentales entre la culture sensible et ouverte sur la vie, qui est notre culture naturelle, la culture adaptée à notre environnement, et la culture du système qui promettait la désolation à toute la planète.

 

« Quand on nous annonce que les Blancs veulent prendre notre terre, nous ne trouvons pas de réponse parce que notre coeur se glace. Quand nous apprenons qu’ils voudraient faire couler vers le Couchant des rivières qui ont toujours poussé leurs eaux vers le soleil levant, nous ne savons pas quoi dire parce que notre coeur devient lourd comme une pierre. Il pèse sur notre poitrine et empêche les mots de monter à nos lèvres (…) » (1).

 

Comme les hommes de la terre connus de Bernard Clavel, nous étions frappés de stupeur par la découverte des projets des hommes du profit. Nous n’avions pas couru les forêts tout notre âge. Aucun initié ne nous avait appris le monde et la sagesse des anciens. Mais nous ne nous placions pas au centre du monde comme l’orthodoxie anthropocentriste et capitaliste avait tenté de nous l’inculquer. Instruits par l’étude et le vécu de l’écologie, nous développions des perspectives radicalement décalées par rapport aux croyances et aux structures dominantes. La libération de ces jougs nous permettait d’écouter au dedans de nous, dans nos sensations et nos émotions, et d’interpréter les signes de la vie. Ceux-ci nous disaient que le sens risquait d’être perdu à tout jamais et qu’il y avait grande urgence.

 

Depuis, il est devenu de bon ton de se réclamer de grands auteurs, découvreurs, professeurs. La plupart d’entre nous ne connaissaient même pas leur existence, ou ne les avaient pas lus. Nous n’étions pas les enfants d’une élite intellectuelle, et encore moins de penseurs installés. C’est que, comme le remarquait Guy Debord, les idées qui leur sont maintenant attribuées étaient dans toutes les têtes – enfin presque. C’est en nous que nous puisions l’essentiel. Car, ce qui nous distinguait et constituait justement notre chance, c’est de n’avoir pas, ou peu, été formatés par une éducation fermée, par un conditionnement – surtout un conditionnement à la soumission, par une idéologie. Nous n’avions pas été pollués par la propagande subliminale. Nous n’avions guère de réponses. Nous avions beaucoup de questions. S’il en avait été autrement, il n’y aurait pas eu d’alternatifs ! Bien sûr, nous avions capté l’information transmise par ceux qui nous avaient précédés. Mais de façon choisie. Dans le chaos des messages, nous étions guidés par la sensibilité, par l’émotion, par l’intelligence sensible et ouverte. Par le corps révolté devant les agressions commises sur la vie. Par ce que la vie exprimait en nous et autour de nous.

 

C’est bien cette sensibilité ouverte sur la vie que la machinerie de la propagande s’est ingéniée à encrasser et à refermer.

 

Malgré tout, nous avions encore des années et des années de travail devant nous pour nous débarrasser des restes de cette culture artificielle qui nous avait été inculquée à l’école, mais il était déjà parfaitement clair que les concepts et les pratiques mis en avant par le système dominant (liberté, démocratie, progrès, richesse, expansion, développement, compétence, responsabilité, etc.) étaient totalement faussés.

 

Alors, le seul spectacle des dégâts et des malheurs sans précédents provoqués par l’intensification et l’amplification de la prédation – par ce capitalisme en voie de libéralisation planétaire – suffisait à nous éclairer. En observant les dégradations locales, nous ressentions la progression des destructions planétaires. En écoutant les cris venus des forêts d’Amazonie, d’Afrique, de Papouasie, nous entrevoyions le profil du nouveau totalitarisme. Pierre Fournier dénonçait la technostructure qu’il « soupçonne d’oeuvrer sournoisement à la mise en place d’un « totalitarisme », d’un nouveau « fascisme » » (Fournier précurseur de l’écologie, page 92). L’horreur de la révélation, donc le constat de l’égarement des structures dirigeantes et de leur culture, stimulait l’analyse du mensonge et de la folie des dominants flattant les aspirations au mieux vivre, tout en développant la dépendance, la servitude et la dévastation. Ainsi est né le mouvement – déjà alternatif – au sein même du peuple : ouvriers, employés, paysans, artisans, étudiants, chômeurs, appelés du contingent, retraités, gens d’ici et d’ailleurs, toutes histoires confondues, industrialisés et peuples autochtones… donc parmi les victimes, et non pas parmi les oisifs et les nantis, ou une intelligentsia intégrée au système dominant, comme la désinformation le prétend aujourd’hui. Il s’agissait de révolution, pas de réformisme. J’étais moi-même employé au bas de la fameuse échelle hiérarchique, avec un salaire plus que modeste. Ce premier mouvement social de conscience holiste* et conviviale délivrait un message plus clair et plus complet que celui des lanceurs d’alerte isolés dont les travaux l’avaient inspiré, mais qui étaient restés dans le giron du système et n’avaient pu s’émanciper de sa culture dominatrice, tels Roger Heim et Jean Dorst (pour la France).

 

« (…) Il n’y avait pas de comité organisateur, il n’y avait pas de slogans clairement établis, il y avait la libre parole, la libre-pensée, nous étions tous dans le même groupe, tous unis, une unification qui n’était pas programmée, l’essentiel c’était le mouvement… (…) », Pierre Merejkowsky, film « Il était une fois l’écologie« , 2010.

 

Des gens qui n’ont pas participé à ce mouvement, ou s’y sont opposés, ou qui n’ont pas connu l’époque, prétendent depuis en écrire l’histoire. Toujours, ils s’efforcent de dissimuler la révolte et le mouvement social derrière un brouillard d’intellectuels (comme ils disent) qui ne l’ont pas inspiré, ou qui lui doivent leurs idées, ou mieux encore : qui étaient ses meilleurs ennemis – tel un Denis de Rougemont devenu un « penseur de l’écologie » depuis sa mort ! Evidemment, révélant ainsi son origine, cette réduction falsificatrice est largement distribuée – en proportion inverse de la censure toujours appliquée aux alternatifs. Elle est devenue parole d’évangile dans l’université française.

 

Mais, au contraire des clichés mal intentionnés qui mettent une personne seule en scène, et surtout quelques « intellectuels » estampillés par le système dominant, l’histoire du mouvement écologiste et de sa philosophie politique est, comme toute manifestation du vivant, une œuvre collective de longue haleine. Rien que pour la période contemporaine, elle a d’abord été marquée par plusieurs mouvements qui, depuis le début des années soixante et même avant, nous avaient ouvert la voie. Provos, Situationnistes, Kabouters, Beatniks, Hippies, le 68 libertaire et déjà écologiste, etc., les luttes contre les discriminations, la nouvelle émergence des révoltes autochtones (par exemple : l’American Indian Movement), les courants les plus originaux des sixties et des seventies – que l’on rassemble commodément sous l’appellation « nouvelle gauche » (2) – s’étaient soulevés contre l’intensification du capitalisme. La plupart d’entre nous ignoraient comment cela était arrivé et ne réagissaient qu’aux destructions déjà patentes, mais nous percevions une menace immense et ressentions une urgence qui nous poussait à nous engager totalement. L’opération était parfaitement construite et menée par les familles de la domination et les technocraties nationales. A défaut de plus d’information sur ce qui a précédé, on peut donner la conférence de Bretton Wood en 1944 comme point de départ. Là, pour ouvrir de nouveaux marchés aux industries de l’armement avides de poursuivre leurs juteuses affaires après la guerre, ont été créés des organismes internationaux de conquête : la Banque Mondiale, le FMI, l’OCDE et toute la kyrielle des institutions internationales de « développement« ), sans omettre le fameux « Plan Marshall » et ses nombreuses succursales occultes. Entre beaucoup d’autres déstructurations, l’industrialisation à outrance de l’agriculture, la conduite à la faillite de la plupart des paysans, des artisans et des petits commerçants, l’expansion des banlieues sordides et le chômage de masse aussi, viennent de là. Et c’est de là que venait notre colère.

 

Pour autant, je n’oublie pas l’immense contribution d’une Rachel Louise Carson (Printemps silencieux, 1962), ni ne minimise Marcuse et les autres critiques de l’Ecole de Francfort (mais je ne les avais pas encore lus). Je n’oublie pas non plus le décryptage du technocratisme, d’autant plus efficace qu’il était traité avec humour, par Jacques Rouxel avec ses Shadoks (1968).

 

Dans les années soixante, la guerre du Vietnam semblait concentrer toutes les horreurs du nouveau système d’exploitation en expansion. On dénonçait la société de consommation copiée sur l’American Way of Life vanté par la propagande capitaliste, les faux besoins, l’aliénation, les gaspillages, les pollutions, les destructions, les ethnocides, le massacre généralisé, et les mythes qui les font prospérer. Et l’on proposait d’autres modes de vie, ou plutôt : contre l’assujettissement à l’avoir et la politique tombée d’en haut comme une pollution poisseuse sur la démocratie, des façons d’être créatives, sociales et plaisantes, et la restauration du politique impliquant chacun en coopération avec tous. Les courants alternatifs étaient l’expression d’une prise de conscience des limites personnelles, sociales et écologiques, que les fables du progrès et de la croissance avaient niées. Ils étaient inspirés par la culture écologiste qui, à la différence de la culture du matérialisme capitaliste, remonte à la nuit des temps. Nous étions loin d’exprimer clairement la philosophie politique qui nous était inspirée par la vie, par la connexion avec la Terre Mère, par le vivant, mais nous savions que le paradigme écologiste est fondamentalement différent – contraire, comme dans contre-culture – du paradigme du système destructeur des personnes, des sociétés et de la biosphère. Il s’agit d’une lecture du monde et de notre vie qui n’est pas polluée par les névroses et les stratégies de pouvoir, une lecture fondamentalement différente. Nous soulignions déjà l’importance de la reconnaissance de la diversité, de l’interdépendance et de la complémentarité ; par conséquent, de la faculté d’auto-création et d’auto-régulation, cela à tous les niveaux d’organisation, de la bactérie à la biosphère. Nous dénoncions, donc, la domination et toute capitalisation et hiérarchisation de pouvoir comme une agression contre la vie. En cela, nous exprimions une révolte et des projets comparables à ceux des indignés d’Espagne qui, en 2011, se réclament toujours de la contre-culture. Nous étions de purs dissidents. Nous savions donc très bien dans quel sens nous voulions aller ; d’autant que, comme tout le monde, nous avions depuis longtemps beaucoup d’indicateurs du désastre planétaire sous le nez.

 

Joan Baez We shall overcome
 

 

The Moody Blues Nights of white satin

 

Cat Steven Where Do The Children Play

 

Neil Young Heart of gold

 

« On ne tombe pas amoureux d’un taux de croissance » est resté un des slogans les plus connus de 68.

 

Evidemment, la culture écologiste et le projet alternatif étaient beaucoup trop pour le système dominant. Trop ancré dans la vie, trop renversant, trop révolutionnaire. Il fallait faire taire les rossignols (Aragon) et empoisonner les lucioles (Pasolini), tous ces lanceurs d’alerte, ces veilleurs critiques avancés en éclaireurs, ces poètes (3) ! Alors, le nouveau système totalitaire organisa l’étouffement des différents courants du mouvement en noyant leurs acteurs sous les infiltrés ; et leurs analyses, leurs informations et propositions sous un redoublement de la propagande et quelques autres manipulations encore méconnues aujourd’hui.

 

La vague de conscience déclenchée au début des années soixante n’a duré qu’une quinzaine d’années. Nous avions légèrement sous-estimé la réactivité et la capacité d’adaptation du monstre. A dire vrai, nous ignorions surtout la majeure partie de ses stratégies. Et pour cause, nous ne savions rien des réseaux mondiaux du capitalisme, de la poussée néo-libérale, des manoeuvres d’infiltration, de contournement, d’étouffement des expressions non conformes à la règle de la domination, de substitution aux expressions sociales et politiques, etc. D’ailleurs, une quarantaine d’années plus tard, nous en sommes encore au stade de la découverte de l’étendue de cette machine de guerre et de ses stratégies. C’est donc dans une complète ignorance que nous allions expérimenter leur efficacité.

 

Au total, si le flot des contestations a vraiment fait évoluer quelque chose, ce sont surtout les techniques de la récupération/manipulation, du détournement des mouvements sociaux, de l’asservissement et de l’exploitation – d’ailleurs avec l’aide très professionnelle de simili-révoltés n’ayant, quoiqu’il ait pu en sembler aux inattentifs, jamais rompu avec la domination, ni avec ses intérêts (4). Une fois étouffés les grands mouvements de la révolte, de la critique et de la proposition, le système n’a retenu que la stimulation de la menace. Il y a bien eu quelques aménagements, et même de récentes évolutions sympathiques exhumées de ces années-là (5), mais rien n’a changé quant aux orientations essentielles. Strictement rien.

 

Aujourd’hui, après un défilé de gouvernements au service de tous mais pratiquant consciencieusement la politique du pire, la situation est à la hauteur de ce que redoutaient les écologistes d’hier. Partout, des fanatiques avides, purs rejetons de la culture dominante, s’attaquent à la complexité du vivant avec les moyens surpuissants procurés par la concentration capitaliste du pouvoir et de l’argent, les produits de la spoliation des biens communs. Du fait de l’augmentation en nombre et en étendue des agressions, et de leur synergie, encore amplifiée par la poursuite de la croissance démographique, avec pour effet symétrique l’affaiblissement de la biosphère, l’espérance de vie des formes les plus évoluées est menacée à très court terme par l’emballement des processus mortifères.

 

Le tournant des années soixante-dix/quatre-vingt a été marqué par un événement dramatique d’ampleur planétaire : les capacités de régénération de la vie terrestre ont été dépassées à ce moment. Autrement dit, à bout de résistance, la biosphère a basculé vers la mort. C’est dans une inconscience grandissante que le point de rupture a été franchi. Pourtant, les manifestations annonciatrices du phénomène étaient visibles partout depuis longtemps, ne serait-ce que l’explosion de la laideur – celle-ci étant proportionnelle à la destruction écologique et sociale. C’est, d’ailleurs, la perception du phénomène qui a fait, partout, lever le mouvement écologiste et l’ensemble de la nouvelle gauche alternative. Sans que nous comprenions bien d’où venait le péril, c’est la mutation qui commençait à produire les destructions massives, que nous avons peine à dénombrer aujourd’hui, qui nous a poussés à donner l’alarme et à chercher les explications et les alternatives. Malheureusement… On estime couramment que la crise biosphérique créée par la civilisation industrielle et le capitalisme de « conquête des marchés«  fait actuellement disparaître 100 espèces par jour, sans aucune compensation à la mesure du phénomène. Même dans nos campagnes, la biodiversité a été laminée. Quand on réalise que la planète d’il y a 50 ans seulement pourrait presque passer pour un paradis en comparaison avec le désastre écologique et social actuel…

Tracking the ecological overshoot of the human economy

http://www.globalrestorationnetwork.org/degredation/</a>

 

Fin des années soixante-dix, début des années quatre-vingt… Pour comble, le basculement s’est opéré au moment même où les mouvements proposant les adaptations indispensables pour sauver la planète étaient étouffés par la réaction, dans la confusion des valeurs et des identités. Depuis, l’humanité a perdu le temps de deux générations. Beaucoup plus, en fait, car si la dynamique alternative lancée dans les années soixante avait pu faire espérer un changement et l’amorce d’une restauration sociale et écologique, c’est son effondrement qui a permis le développement d’une dynamique de destruction plus puissante que tout ce qui avait précédé ; une dynamique d’autant plus puissante, justement, que l’espoir et l’enthousiasme, donc la capacité de résistance et de création, ont été assassinés avec les mouvements alternatifs. Le seuil critique a été franchi d’un coeur léger en plein essor de « l’ultra-libéralisme« , ou « mondialisation« , exactement quand les technologies les plus dures ont été lourdement subventionnées par le détournement des fonds publics (par exemple la grande pêche industrielle). Depuis, l’accélération des processus de destruction est continue. Nous sommes en chute libre, tout bonnement.

 

En pleine délitescence des systèmes vivants, les dominants nous emportent, pied au plancher, vers le bouquet final.

 

Et en face ? Pour faire front et repartir sur d’autres bases… Qu’y a-t-il ? Une faiblesse insigne dans tous les domaines de ce que l’on ose à peine nommer l’action. De la défense d’une mare, d’une source, d’un biotope, à la philosophie politique, le spectacle est souvent affligeant tant la désinformation et le conditionnement hiérarchique ont frappé fort. Une vraie déculturation. Car, derrière un Himalaya d’effets d’annonce et de bla-bla propagandiste, on cherche presque toujours la traduction concrète et la cohérence avec le chaos régnant sur le terrain.

 

Contrairement à ce qui s’était dessiné dans les années soixante et soixante-dix, beaucoup se sont abandonnés aux facilités, aux consommations et aux comportements les plus destructeurs, stimulant à leur tour l’emballement de la mégamachine infernale.

 

Après une trentaine d’années de régression de la pensée critique, de la philosophie politique et des perspectives d’évolution, nous voilà très loin de la conscience des problèmes planétaires qui réduisent les possibilités de survie décente, très loin de la conscience de la finitude de la biosphère, très loin de la conscience du dépassement des limites (pourtant déjà loin derrière nous). Il semble même que la plupart ne se soient pas rendus compte de l’énormité des destructions commises depuis l’étouffement du mouvement révolutionnaire mondial qui voulait éviter ce désastre. Pour ceux, nombreux dans la société médiatisée, qui ont aidé à ce crime historique, c’est compréhensible. Mais, les autres… C’est d’autant plus curieux que l’information disponible sur tous ces phénomènes est, maintenant, incomparablement plus accessible qu’au temps de l’essor du mouvement écologiste. Quoique… Quand, par exemple, il s’agit de la perception de l’automobile et de l’avion, deux des moyens les plus efficaces de destruction de la biosphère (quand bien même seraient-ils « propres« ), on a souvent le sentiment que toutes les informations et les analyses ont été oubliées. Le même constat peut être fait pour d’autres consommations et fonctionnements courants dont la nuisibilité n’est plus à démontrer. Comme si, cette fois, l’information ne pouvait réveiller une sensibilité éteinte et engendrer la conscience.

 

On s’étonne parfois que les nouvelles générations semblent si peu critiques. Mais peuvent-elles avoir le même recul par rapport à la destruction de ce qu’elles ont peu ou pas connu ? En France particulièrement, elles n’ont pas vécu la phase la plus dure des grands bouleversements économiques et sociaux, sans aucun doute les années soixante où nous avons vu s’esquisser le monde immonde taillé à grands coups par les partis de la guerre contre la vie directement inspirés par la culture anti-nature. Peut-être sont-elles moins indifférentes qu’accablées par le cauchemar qu’elles découvrent et démoralisées par la certitude de son aggravation. Comme la plupart d’entre nous, d’ailleurs. Mais, fi des détournements d’attention sur ceux qui n’en peuvent mais, les premiers responsables ne sont pas les derniers venus !

 

Une meilleure piste s’ouvre quand on se demande si, en dépit de son abondance, l’information sur les crises planétaires est vraiment connue de tous ? Etrangement, non. Beaucoup ne la connaissent pas. Ils sont vides d’information ayant du sens au milieu d’un brouhaha d’informations sans queue ni tête et refusent de la connaître quand on la leur présente. Surtout ceux qui se pensent autorisés à dominer les autres et à « gérer » leurs affaires. Le choc est trop fort. L’information leur fait peur. Elle dérange trop leurs habitudes pour provoquer chez eux autre chose qu’une plus grande fermeture.

 

Entre toutes, une chose a beaucoup changée par rapport aux années soixante et soixante-dix. Cette chose, c’est le développement du sentiment d’impuissance devant le monstre. Les mouvements d’hier étaient pénétrés de la conviction qu’ils allaient réussir à changer la civilisation. Leur effondrement a été suivi d’une dépression collective dont l’onde de choc nous parcoure encore. Trop d’efforts gâchés, trop de déceptions, trop de trahisons. Autant le peuple des années soixante et soixante-dix était encore assez fort, assez libre et capable de s’exprimer pour croire en ses capacités d’influer sur la marche de la civilisation, autant les masses d’aujourd’hui, plus entravées et dépendantes que jamais dans les rets du capitalisme ultra, ne croient plus en rien, surtout plus en elles-mêmes. C’est ce qui fait la force du système destructeur. Le seul à garder le moral !

 

En même temps, il y a, à nouveau, beaucoup de projets et de développements alternatifs. Beaucoup de bonnes volontés sont mobilisées. Mais tout est dispersé, donc extrêmement vulnérable aux manipulations qui se poursuivent. Surtout du fait de l’ignorance de celles-ci. Il manque une cohérence et une solidarité. Ce sont celles de la contre-culture et du projet partagés que développent ensemble la connaissance non-mécaniste du vivant et la connaissance de l’histoire de la domination contemporaine. C’est l’objet principal de ma recherche.

Alain-Claude Galtié

 

Notes

(1) Toute cette malveillance, ces projets diaboliques remuent notre passé au fond de nous et font renaître les visages disparus. Ils tirent des profondeurs de la nuit éternelle des êtres de notre sang morts depuis des éternités et qui se lèvent pour crier de douleur. Leur souvenir s’est perpétué jusqu’à nous par la volonté des gens de notre race qui ont admiré leur savoir et se sont transmis leur histoire de génération en génération.

Nos pères qui les tenaient de leurs pères nous ont appris l’essentiel de ce que notre peuple ne doit jamais oublier, s’il ne veut pas mourir. Ils nous ont appris que la terre est notre mère et que nous n’avons aucun droit sur elle. Si le maître de la vie nous a fait naître sur cette terre, personne n’est en droit de nous en chasser. Lui seul le pourrait mais ne le veut pas. Notre mère est immense et notre amour pour elle est à la mesure de son immensité. Et nous serions condamné à mourir de honte jusqu’au dernier si nous acceptions l’idée de vendre notre mère (…)« 

Maudits sauvages (6ème partie du Royaume du Nord), Bernard Clavel, J’ai Lu.

 

Certains professent doctement que nous ne sommes plus de « la Nature« , voire que nous ne l’avons jamais été. George Perkins Marsh était de ceux-là : « he (the man) is not of her, that he is of more exalted parentage and belongs to a higher order of existences than those born of her womb and submissive to her dictats. » (Man and nature). Que Marsh ait été un oligarque du XIXème n’explique pas grand chose. Bien que contemporain, il était très éloigné de Pierre Kropotkine, le prince anarchiste écologiste ! Un bon siècle plus tard, d’autres – surtout en France – creusent encore la même ornière en réensemençant toujours l’opposition « nature« – »culture » et la figure majestueuse de « l’Homme« . Projetant sur les autres leur déficience sensible, mais n’oubliant pas de perpétuer le conditionnement à la dissociation du vivant en parties incompatibles, certains prétendent que « la nature«  est devenue une abstraction pour nous, qu’elle ne serait « plus de l’ordre du sensible« , que « nous sommes en effet incapables de percevoir par nos sens les grandes dégradations que nous lui infligeons« , que « nous n’y accédons qu’à travers la médiation scientifique, des équations ou des rapports d’experts » (Dominique Bourg)

Exactement au contraire de ces analyses élitistes, le mouvement écologiste est né d’une violente émotion et la « médiation scientifique » n’a servi qu’à confirmer ce que nous ressentions intimement en observant notre environnement. Car n’en déplaise aux révisionnistes, l’écologisme était un mouvement social.

 

 

(2) « New left : nouvelle gauche« … Hors du contexte de l’époque, où gauche pouvait avoir encore une signification, cette appellation peut sembler bizarre, voire complètement déplacée, tant la gauche a été falsifiée. C’est pourquoi je la précise en ajoutant « alternative« , pour éviter toute ambiguïté avec les appellations partisanes et les tentatives de récupération, toutes viscéralement hostiles à l’alternative ; et souvent à l’esprit même de la gauche d’autrefois.

Cette nouvelle gauche alternative n’a évidemment aucun rapport avec un courant socialiste français de la fin des années cinquante : la « deuxième gauche« , d’ailleurs précédée par un « Mouvement Uni de la Nouvelle Gauche » (MUNG) en 1957 qui n’était en rien un précurseur de l’alternative. Même mise en garde vis à vis de la réapparition d’une « deuxième gauche » à partir de 1977, comme pour combler, avec un objet publicitaire jouant faussement – encore une fois – sur la liberté, le vide laissé par l’escamotage de la nouvelle gauche alternative. Les participants à cette « deuxième gauche » renseignent sur sa valeur et son origine. On y trouvait Michel Rocard encore en vedette, Jacques Julliard l’anti-écologiste primaire, Edmond Maire, François Furet, Pierre Rosanvallon, Jacques Delors, des productivistes socialistes et communistes déjà assouplis par la tentation néo-libérale, etc. Tout cela était ardemment soutenu par le Nouvel Observateur. Cette « deuxième gauche » réunissait donc une bonne partie de ceux qui venaient d’estourbir la nouvelle gauche, en particulier ceux qui ne juraient que par le nucléaire et le développement de « la croissance marchande » (les rocardiens). Rien d’étonnant à cela puisque la plupart de ces messieurs allaient accoucher la Fondation Saint Simon ! Cette « deuxième gauche » n’était qu’une préparation à l’offensive des années 1980. Plus caricaturale encore la « nouvelle gauche libérale et sociale » (sic) conduite par Pierre Nora, Marcel Gauchet, Alain Finkielkraut, Luc Ferry et Alain Minc (évidemment), qui incarne la continuité entre le Congrès pour la Liberté de la Culture, l’engagement néoconservateur de Raymond Aron depuis 1969 au moins, les cercles des revues Contrepoint, Commentaire et Le Débat, la Fondation Saint Simon, etc. « Nouvelle gauche libérale et sociale« … Vu le pedigree des créateurs de l’appellation et leur implication, de bout en bout, dans le sabotage de la véritable nouvelle gauche – l’alternative -, c’est ne pas s’aventurer beaucoup que de penser que celle-ci a été mise sur le marché pour semer plus encore la confusion tout en enfonçant définitivement l’original dans l’oubli.

« La gauche » ayant dérivé loin du bien commun depuis longtemps – si longtemps ! – avoir baptisé « nouvelle gauche » le nouveau mouvement d’essence écologiste et libertaire n’est pas seulement un peu équivoque, c’est très insuffisant pour exprimer le soucis du bien commun planétaire propre à la nouvelle gauche alternative. planétaire propre à la nouvelle gauche alternative, son inspiration écologiste et son ambition de restaurer la démocratie.

La nouvelle gauche alternative correspond à la « new left » anglo-saxonne (c’est la même émergence écologiste, la même révolte profonde devant la même agression).

Depuis, les propagandistes de telle ou telle tendance du système dominant se sont déchaînés pour décrédibiliser le mouvement alternatif des années soixante soixante-dix. Les caricatures folkloriques, aisées avec un mouvement si imaginatif et haut en couleur, sont toutes destinées à masquer la pensée critique radicale et le projet d’une autre civilisation sous la fumée des joints. Hypocrisie, d’ailleurs, car les falsificateurs ne sont pas les derniers à s’emplir de celle-ci, tandis que les alternatifs étaient bien davantage portés sur la philosophie politique et la résistance au nouveau totalitarisme mondial.

Quelques sources :
sur le mouvement PROVO
http://www.rock6070.com/forum/viewtopic.php?f=5&t=8371
http://fr.wikipedia.org/wiki/Provo_(mouvement)

Gary Snyder

https://www.poetryfoundation.org/poets/gary-snyder

 

Snyder, Ginsberg et le boudhisme

<a href= »http://www.shambhalasun.com/index.php?option=com_content&task=view&id=3254&Itemid=244« >http://www.shambhalasun.com/index.php?option=com_content&task=view&id=3254&Itemid=244</a>

 

L’écologie profonde

<a href= »http://en.wikipedia.org/wiki/Deep_ecology »>http://en.wikipedia.org/wiki/Deep_ecology</a>

 

Beat Generation

<a href= »http://www.scoop.it/t/la-beat-generation?page=3« >http://www.scoop.it/t/la-beat-generation?page=3</a>

 

Beatnik

<a href= »http://www.online-literature.com/periods/beat.php« >http://www.online-literature.com/periods/beat.php</a>

<a href= »http://paris70.free.fr/beatniks.htm« >http://paris70.free.fr/beatniks.htm</a>

 

Hippie

<a href= »http://en.wikipedia.org/wiki/Hippie« >http://en.wikipedia.org/wiki/Hippie</a>

 

American Indian Movement

https://www.youtube.com/watch?v=BlKc19OUR54

https://en.wikipedia.org/wiki/Occupation_of_Alcatraz

https://www.youtube.com/watch?v=sfnJ8mHUQNY

 

 

(3)

Tout le ciel cette nuit proclame
L’hécatombe des rossignols
Mais que sait l’univers du drame

Louis Aragon, Les poètes

(…) Au début des années 60, à cause de la pollution atmosphérique et, surtout, à la campagne, à cause de la pollution des eaux (fleuves d’azur et canaux transparents), les lucioles ont commencé à disparaître.

Le phénomène a été fulminant, foudroyant. Au bout de quelques années, c’en était fini des lucioles. (Elles sont aujourd’hui un souvenir quelque peu poignant du passé : qu’un vieil homme s’en souvienne, il ne peut se retrouver tel qu’en sa jeunesse dans les jeunes d’aujourd’hui, et ne peut donc plus avoir les beaux regrets d’autrefois).

Ce «quelque chose» survenu il y a une dizaine d’années, je l’appellerai donc «disparition des lucioles». (…)

Le vide du pouvoir en Italie, Pier Paolo Pasolini 1975 (peu avant qu’il soit assassiné dans l’Italie entièrement sous contrôle entre Gladio, Mafia et Congresso per la libertà della cultura).

http://www.franceinter.fr/em/rendezvousavecx/101679

Empoisonnées, écrasées, les lucioles autrefois si nombreuses ont été reléguées aux confins du perceptible par les projecteurs du totalitarisme anti-nature. Comme les résistants et les alternatifs l’ont été par les capitalistes néo-cons et leurs prédécesseurs.

 

Les Poètes (Jean Ferrat)

 

(4) Précisément ceux-là auxquels leurs alter ego en reniement et carriérisme émollient nichés dans les media attribuent tout le mouvement social de l’époque, ce qui s’en est suivi, et – allez, ne soyons pas avares ! – tout ce qui a précédé. Pour ce faire, le 68 français est couramment utilisé pour dissimuler l’étendue, la profondeur et la durée de la remise en cause en France comme ailleurs. Mais ce 68-là est si défiguré qu’on ne reconnaît pas le mouvement qui a commencé à parcourir le monde dans les années soixante. Et pour cause : il est couramment réduit à des courants estudiantins dirigés par les admirateurs des communismes totalitaires, mais souvent parfumés d’un zeste de cette liberté libérale* qui allait faire carrière. En guise de mouvement alternatif, on fait mieux ! Même un esprit aussi fin que Pierre Bourdieu a réduit 68 et la nouvelle gauche au gauchisme d’étudiants en revendication de statut liée à une origine sociale élevée. D’où vient un tel aveuglement ? Bourdieu n’a pas été le seul à ne prêter attention qu’aux étudiants gauchistes, les innombrables thuriféraires des dictateurs rouges de sang aussi. Ainsi, voit-on partout prospérer cette déformation. Par exemple : « (…) l’émergence de mouvements dénommés New Left (Nouvelle Gauche) dans les pays anglo-saxons, et désignés sous le terme de gauchisme ou extrême gauche en France et dans les pays européens. » Et hop, tout le mouvement profondément révolutionnaire et sa contre-culture alternative, qui voulaient un changement de civilisation, sont gommés d’un coup ! Cette affirmation originale figure dès le début (page 20) d’un livre de Yaïr Auron : « Les juifs d’extrême gauche en Mai 68 ». Confusion ou manipulation ?

*surtout chez les maoïstes qui étaient aussi omniprésents que dissimulés.

Et les autres ? Ceux qui n’étaient ni étudiants ni sortis de la cuisse de Jupiter ? Ceux qui n’étaient pas des gauchistes, des mécanistes obnubilés par le pouvoir ? Ne comptent pas. Sont invisibles. Censurés. N’ont même pas droit à une existence intellectuelle (peut-être encore moins que politique). Surtout s’ils ne sont pas gauchistes d’opérette mais alternatifs, c’est à dire le coeur même de ce mouvement qui était bien écologiste et libertaire, libertaire parce qu’écologiste, n’est-ce pas ? Voilà qui est bien pratique pour occulter la culture qui ne doit rien aux origines sociales, au contraire : la culture induite par la reconnaissance du vivant. Cette omission du sujet principal est-elle une simple étourderie ? Due au même conditionnement que celui des étudiants ciblés par Bourdieu ? Doit-on l’attribuer à autre chose ? Des intérêts partagés ? Une solidarité de classe ? Un projet ?

Toujours est-il qu’en effet ces gauchistes vedettarisés étaient vraiment très fermés vis à vis de la crise écologique et des deux grandes contestations portées par le mouvement de ces années-là : l’analyse de la civilisation de consommation et de pollution, et la critique de la société hiérarchique qui accompagnait l’aspiration à la restauration de la démocratie. L’essentiel de leur modèle de civilisation ne différait guère de celui des capitalistes obnubilés par l’expansion : technologies dures, productivisme et domination. Ce qu’ils ont soutenu avec enthousiasme sitôt vautrés sur les strapontins du système.

 

 

(5) Par exemple, les bicyclettes en accès libre dans les villes. C’est une idée du mouvement Provo mise en pratique dès 1965 à Amsterdam : les « vélos blancs« . Suivant le même principe, les provos avaient aussi créé un réseau de véhicules électriques libres d’accès dans la ville. J’ai connu les derniers moments de cet excellent système à la fin des années 1970.

Provo a beaucoup inspiré le mouvement écologiste français. Les « manifs à vélo » des premières années 1970 en sont un effet, de même que les vélos de La Rochelle un peu plus tard.

 

 

(6) On veillera à distinguer ce premier mouvement d’essence libertaire, holiste et communautaire, d’autres courants qui, depuis, se disent alternatifs tout en plagiant avec application les pires pratiques de la domination.

Sur le dépassement des capacités de régénération de la biosphère, voir sur Internet ou auprès du WWF le Rapport Planète Vivante 2004,

et Tracking the ecological overshoot of the human economy

<a href= »http://www.globalrestorationnetwork.org/degredation/« >http://www.globalrestorationnetwork.org/degredation/</a>

Juste une illustration : sur toute la planète, c’est une superficie de forêts primaires parfois équivalente à la moitié de la France qui disparaît maintenant chaque année, et une surface à peine moindre pour les terres cultivables, du fait de l’urbanisation, de la construction des réseaux pour automobiles et camions, et de la désertification résultant des mauvaises pratiques.

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