Depuis le dix-huitième siècle, la pensée occidentale s’est trouvée confrontée à un choix contradictoire entre deux façons de raisonner, deux positions, deux écoles différentes. La première préconise de libérer l’esprit humain du carcan mental dans lequel il s’est lui-même emprisonné, dans l’espoir de parvenir aux valeurs intrinsèques de l’ordre, aux fins dernières, au but ultime de la vie. C’est le côté critique des Lumières : la raison consacrée à la libération, à la transcendance…

Theodor Adorno et Max Horkheimer avaient bien compris que la dichotomie Homme/Nature et la lutte contre le vivant symbolisé par « la Nature » fondent l’impérialisme et ses avatars (extrait de « La dialectique de la raison« , 1944)

 

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La dénonciation de la domination, en tant que plus important polluant des rapports sociaux comme des relations avec les écosystèmes, était l’une des caractéristiques majeures du mouvement écologiste et des autres courants de l’alternative. Elle est maintenant bloquée par la conspiration du silence des très nombreux pratiquants de la spoliation et de la concentration – de la capitalisation – des pouvoirs de penser et d’agir des personnes et des communautés. C’est particulièrement remarquable dans les rangs prétendument anti-capitalistes, voire alternatifs où cette critique est devenue quasi confidentielle. Un sujet tabou, désormais.

Hiérarchies de pouvoir ou coordinations des compétences ?

Depuis longtemps, en dépit de la belle tentative d’il y a déjà trente à quarante ans, l’économie de la nature, ou – si vous préférez – l’organisation du vivant, ou encore l’écologie, n’est plus l’inspiratrice de la philosophie politique et de l’économie des sociétés. Bien au contraire, beaucoup se sont échinés à déformer sa représentation afin d’en faire un repoussoir, voire l’ennemi à vaincre. On peut deviner dans quel but… Dominer et exploiter.

Or, depuis l’extinction des grands feux alternatifs suivie de l’installation du capitalisme ultra-libéral durant les années 1980, c’est à dire du renforcement de tout ce contre quoi nous mettions en garde, on ne peut condamner le principe même de la domination sans alarmer les victimes reconditionnées et les profiteurs mêlés.


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« Aucun homme n’est une île, un tout, complet en soi ; tout homme est un fragment du continent, une partie de l’ensemble (…) la mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain« 

John Donne, 1572 – 1631

Phénomène suscité et entretenu par la production des étoiles et leur flux d’énergie, la vie n’a cessé d’engendrer de l’organisation par association des éléments de base, puis par combinaison et recombinaison de ses créations. Plutôt que la mutation aléatoire et la lutte éliminatoire chères à ceux qui ne peuvent être sans se croire supérieurs, la coopération, l’association et la symbiose sont les principales dynamiques créatrices de la diversité des êtres et des niveaux d’organisation. Les microbes et la biosphère – le microcosme et le macrocosme – sont nés en même temps et ont évolué de concert. La vie est un foisonnement de relations, d’actions et de rétroactions en boucles, en tourbillons, en spirales, en spirales de tourbillons… Toutes et tous se stimulent pour créer des formes toujours plus complexes dont les capacités, les qualités surpassent la somme de celles de leurs constituants (c’est la caractéristique des dynamiques holistiques). Elle est un mouvement synergique dont le sens est celui de l’augmentation de l’information (celle-ci est proche de l’esprit des Anciens), de l’intelligence et de la sensibilité. Du plus modeste au plus grand niveau d’organisation constitué de tous les autres, la vie maintient un équilibre dynamique interne, donc sa forme, par l’interaction de multiples régulations. La vie se crée et s’organise elle-même. Elle se complexifie et s’adapte aux changements. Elle est autopoïétique (8).

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