HISTOIRE CONTEMPORAINE

La nouvelle gauche écologiste en France – Ecology movement – Social ecology – French ecologist new left movement

Nous sommes je crois chers camarades d’accord sur l’essentiel d’une perspective commune utile à la croissance marchande, mais nous ne pouvons espérer le succès qu’en étant cohérent et en ayant des réponses globales à tous les problèmes se posant. Ce n’est pas l’impression que votre argumentation donne.

D’autre part, vous savez sans doute que j’ai repris des activités professionnelles à plein temps ; il ne m’est plus possible de préserver le temps nécessaire aux conversations du type de celles que vous me proposez. Mais la commission spécialisée du PSU prendra connaissance avec intérêt de vos textes sur le problème des nuisances comparées des diverses formes d’énergie.

Bien amicalement à vous.

p.o. Michel Rocard le 6 février 1974

 

Rocard était l’un des piliers de ce qui allait se baptiser « deuxième gauche« . Nous ignorions tout de leurs réseaux et accointances. Les différentes officines de cette bientôt « deuxième gauche » se disaient anticapitalistes et autogestionnaires. En fait, c’était juste un pseudopode d’une « gauche socialiste » qui ne l’était plus (ni de gauche ni socialiste). Il y avait quelques années déjà que, par tromperie et par force, presque toutes les composantes de la gauche avaient été vidées de leurs révolutionnaires, et même des réformistes. Aux postes clés, tous avaient été remplacés par les collaborateurs de la « troisième voie« , sorte d’introduction social-démocrate au néo-capitalisme comme on le découvrira, mais trop tard, à partir de 1983 avec Jacques Delors (acteur dès 1969 d’un « collège invisible de l’écologisme » qui allait jouer un rôle déterminant dans l’histoire sociale et politique).

 

On ne peut confondre cette « deuxième gauche » avec la nouvelle gauche* née dans les années soixante… Rien que l’extrait du courrier de 1974 où Rocard et le bureau du PSU s’affichent en chantres de « la croissance marchande » démontre à quel point la culture de la « deuxième gauche » mendésiste était opposée à celle de la nouvelle gauche (ce que confirmera Pierre Grémion dans « Intelligence de l’anticommunisme », Fayard 1995). La suite, jusqu’à aujourd’hui, ne fera que le confirmer. Quant aux actions commises par Rocard et ses amis, elles révèlent plus qu’une simple opposition de la deuxième gauche à la nouvelle gauche, elles témoignent d’une hostilité première.

  • qui avait été traduite de new left, sans prendre conscience de l’équivoque


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« L’« environnement » devient soudain source de notoriété et de places. Les intellectuels (qui sont de gauche comme la banque et l’industrie sont de droite), à la suite de l’Amérique représentée par Ivan Illich, découvrent les problèmes de la société industrielle qu’ils s’étaient obstinément refusés à se poser. Et Morin, Domenach, Dumont, etc. se convertissent à l’écologie. Les technocrates, les industriels, les politiciens avec quelque retard, se montrent depuis aussi souples. En 1971, dans « Le Monde », où un tel discours eut été impensable deux ans plus tôt, l’auteur du Plan Mansholt qui a liquidé l’agriculture et généralisé l’agrochimie en Europe, dénonce la destruction de la nature et de la qualité de la vie par la croissance. Il part en guerre contre les méfaits des pesticides et de la chimie sans se demander si son plan n’y est pas pour quelque chose. Le Club de Rome, dirigé par d’éminents industriels et technocrates, publie son fameux rapport, et MM. J. Monod et P. Massé laissent mentionner sans protester leur appartenance à ce club de Rome. Le feed back a fonctionné, les thèmes ont changé, mais les notabilités intellectuelles ou industrielles restent en place; l’auteur du plan Mansholt est devenu le prophète de l’écologie. Mais la multiplication des comités de défense et la crise de l’énergie n’empêchent pas la croissance de s’accélérer, et avec elle, le ravage, en dépit et à cause de l’inflation.« 

Bernard Charbonneau

 

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