De la démystification des dogmes expansionnistes et progressistes à la condamnation des outils de domination, nous ne cessons de parler de maîtrise. C’est sur cette notion de maîtrise que nous devons mettre l’accent : il faut créer les moyens politiques (l’autogestion en est un), économiques et technologiques qui permettront de nous libérer de la dictature des institutions centralisées et des monopoles, les moyens de maîtriser seuls nos conditions de vie présentes et à venir, les moyens de réconcilier l’individu, la société et la nature.

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  • Avec 40 années de recul :

 

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« Ecologiser la politique ? » paru dans le Courrier de la Baleine de mars 1974 me valu les félicitations aussi chaleureuses qu’étonnantes des arbitres des élégances révolutionnaires nichés au Nouvel Observateur, dont un certain André Gorz qui écrivait sous le pseudonyme de Michel Bosquet.

Juste avant que lui et ses amis ne me liquident avec le mouvement alternatif – plus exactement : la nouvelle gauche écologiste.

Ce seul épisode révèle la duplicité de ces gens qui nous épiaient depuis la Semaine de la Terre, la fausseté de leur engagement « écolo« , par conséquent l’erreur de ceux qui croient à leurs écrits en ignorant leurs actions.

« (…) on se demande s’il n’aurait pas été plus souhaitable d’écologiser la politique que de politiser l’écologie« . C’est dans « Naissance de l’écologie politique », page 27 de « A vous de choisir – La campagne de René Dumont et ses prolongements », éditions Jean-Jacques Pauvert 2ème trimestre 1974. Ce texte était déjà paru dans Le Sauvage (supplément environnementaliste du Nouvel Observateur) avant d’être inséré dans le bouquin. Il est signé Alain Hervé qui se garde bien de citer ses sources. Pas même une mention de mon article paru dans le bulletin des Amis de la Terre (il ne m’avait même pas prévenu de l’emprunt). Il ne reprend mon expression et son esprit que pour mieux les trahir.

Alain Hervé est celui qui avait invité La Semaine de la Terre à rejoindre l’association qu’il venait de lancer mais qui ne comptait pas de militants : Les Amis de la Terre. Il est aussi celui qui avait interdit que La Semaine de la Terre lance sa campagne contre les emballages jetables et la pollution incontrôlable que nous prévoyions. Il est celui qui nous avait interdit l’accès à La Baleine, le bulletin des Amis de la Terre, jusqu’au numéro 6 de mars 1974 où figure « Ecologiser la politique ? ». Alain Hervé est encore celui qui avait probablement organisé, en tout cas cautionné et couvert le coup de main contre l’AG des Amis de la Terre par plusieurs groupes gauchistes, le 23 juin 1972, cela seulement pour faire « élire » le faux-prosélyte Brice Lalonde comme « président » par des étrangers à l’association qu’il avait, lui-même (Alain Hervé) fondée.

En parfait accord avec ce qui précède, Alain Hervé mêle habilement des évocations aussi générales que récupératrices du mouvement écologiste avec l’introduction à la nouvelle ligne tout à coup imposée : « l’écologie politique » (1). Aucune mention de ce qui s’est réellement passé et des vrais protagonistes de l’action. En parfaite contradiction avec l’engagement pris par Dumont lui-même, son personnage est instrumentalisé pour être substitué au mouvement social : la nouvelle gauche écologiste. A la fin du billet, cette phrase magnifique révèle beaucoup et laisse pantois : « François Mitterrand et René Dumont doivent trouver ensemble la formule qui permette de conjuguer socialisme et écologie« . C’était, à quelques nuances de vocabulaire près, ce que la nouvelle gauche écologiste était en train de créer, mais sans les encombrants amis d’Alain Hervé tout occupés à éliminer l’alternative pour imposer la mondialisation de la prédation.

Alain Hervé a toujours refusé de s’expliquer et de témoigner.

Ceux qui avaient pensé la campagne des écologistes – et non la campagne de Dumont – et l’ont lancée n’apparaissent pas dans le bouquin. Pas un, pas une de la nouvelle gauche écologiste. Ils et elles ont été soigneusement gommés. Ils et elles ne sont présents, présentes, que par les idées récupérées pour être aussitôt coiffées par la nouvelle « écologie politique« . D’ailleurs aucun, aucune, d’entre eux n’a été informé du projet et de la réalisation du livre. Ecologistes du Bordelais, de la forêt guyanaise ou du Quartier Latin, nous ne l’avons découvert qu’à sa parution, en même temps que notre mise à l’écart et l’avènement des imposteurs.

Ce petit livre est l’exemple même d’une opération d’escamotage-récupération-détournement. Mais qui l’a compris ? Exceptés le discours environnementaliste passe partout, l’absence de la remise en cause de la domination et de ses techniques économiques et politiques, et les variations sémantiques (comme « écologie politique« ), le glissement était imperceptible pour la plupart des observateurs et même des sympathisants vite oublieux de la culture critique écologiste. Seuls les acteurs du mouvement l’ont parfaitement réalisé car l’ignorance dans laquelle ils avaient été tenus des différentes étapes de cette publication ne faisait que confirmer leur escamotage aux yeux des sympathisants et leur remplacement par les repreneurs-fossoyeurs de l’écologisme. Pour percevoir et comprendre, il fallait être mis en éveil par le constat de l’étrange disparition des acteurs du mouvement. Chose impossible pour la plupart car l’escamotage des écologistes était organisé depuis plusieurs années. Ainsi, l’invraisemblable sabotage de l’AG des Amis de la Terre en juin 1972 ne prend son sens (hum !) qu’avec la volonté d’effacer par tous les moyens les acteurs de la nouvelle gauche. Pourquoi ? Mais pour dévitaliser le mouvement, le vider de tout ce qui gênait la globalisation capitaliste – comme la dénonciation du tout-jetable et… le refus du capitalisme du pouvoir et de l’illusion électoraliste, ce que René Dumont et les auteurs du petit livre venaient de réhabiliter sous l’étiquette « écologie politique« .

Le chapitre « Histoire de la campagne » signé par Claude-Marie Vadrot est exemplaire de ce tour de passe passe. Il amorce la révision de l’histoire du mouvement pour en extirper sa culture et sa philosophie politique.

« Ecologiser la politique ? » était un titre un peu maladroit pour parler du politique, car mon article s’efforçait d’esquisser la voie politique alternative proposée par les écologistes. Mais, encore bloqué par l’usage commun de politique au féminin, je n’arrivais pas encore à formuler les différences de nature que nous percevions tous entre la démocratie et sa simulation. Le contenu de l’article trahissait aussi nos dernières illusions sur les capacités d’évolution d’une « gauche autogestionnaire » de plus en plus suspecte. Cependant, la dénonciation du productivisme et de la domination, le rappel de la priorité à la maîtrise par le peuple pour « réconcilier l’individu, la société et la nature » étaient sans ambiguïté – sans rapport avec la déformation nommée « écologie politique » qui ouvrait la voie aux luttes de pouvoir électoralistes fatales au mouvement écologiste.

Dans cet « A vous de choisir » écrit pour mettre les écologistes hors jeu, une perle mérite le détour car elle révèle l’une des origines du coup. Elle figure en conclusion d’un texte de René Dumont, page 10. Comme une révélation inconsciente, c’était plus fort que lui, Dumont cite « le président Mao« . On ne peut faire plus incongru. La révélation des crimes écologiques de Mao et de sa dictature, à la fin des années cinquante, étaient pour partie à l’origine de l’essor du mouvement écologiste. Et nous ne savions pas tout ! Nous ne savions pas non plus, pas encore, que les adversaires les plus hystériques de l’écologisme – les maoïstes d’opérette sortis des beaux quartiers – s’étaient glissés parmi nous. Dumont en était un.

la fierté révolutionnaire des tueurs d’oiseaux, juste avant la grande famine

(1) Le bouquin est sous-titré : « objectifs de l’écologie politique« . Nous n’avions jamais parlé d' »écologie politique« auparavant. C’est un nouveau produit lancé avec ce bouquin pour recouvrir et étouffer la diversité complémentaire de « l’écologisme« , du « mouvement écologiste« , de « la nouvelle gauche écologiste« , et en faire oublier la culture et les objectifs.

 

 

 

 

Les surprenantes fortunes du verbe écologiser – 2

Plus récemment, avec quelque retard sur l’évolution de l’idée, c’est Michel Rocard qui s’est emparé de mon expression de 1974 :

« Il faut écologiser la politique !« , La Vie du 07 07 2011

http://www.lavie.fr/hebdo/2011/3436/michel-rocard-il-faut-ecologiser-la-politique-06-07-2011-18283_235.php

Michel Rocard qui est l’un des fossoyeurs du mouvement écologiste dès avant… 1974.

Le Matin – « de Paris » il y a peu – vient de publier en une semaine un « document spécial » signé Pierre Feydel et David King sur l’histoire de la révolution russe. « Spécial« , le document l’est en effet, mais peut-être pas pour les raisons qui ont inspiré ce vocable aux rédacteurs. L’histoire de la révolution russe a toujours été maquillée par les zélateurs du socialisme autoritaire. Allait-on connaître enfin la vérité grâce au Matin, journal-de-gauche-qui-garde-son-indépendance-vis-à-vis-des-appareils-de-la-Gauche ? Allons donc ! Et les mêmes fables rabâchées depuis 60 ans de ressortir…

 

Ainsi, les grands, les authentiques animateurs de la révolution russe étaient… vous l’avez deviné : les bolcheviks ! Dans l’histoire selon Le Matin, les bolcheviks sont partout, ils font tout, ils sont les seuls détenteurs de la vérité révolutionnaire ou presque et pas un mot n’est dit de la révolution populaire qui, à partir de février 17, transforma la vie économique et sociale jusqu’à la prise de pouvoir des socialistes étatistes. Pourtant, chose curieuse et un peu déconcertante, quelques traits de lumière traversent le texte de P. Feydel.

 

Incidemment, les anarchistes ukrainiens, en la personne de Nestor Makhno, sont reconnus révolutionnaires, mais, des 3 ans de socialisme libertaire et de guerre menée à la fois contre les armées blanches et l’armée rouge de Trotski, point de trace. De même, j’ai failli tomber de ma chaise en lisant une présentation très sommaire mais honnête des événements de Pétrograd et de Kronstadt en février-mars 1921. Il est question aussi de l’arrestation des révolutionnaires non bolcheviks, mais, de leur élimination physique (le « coup de balai » organisé par Trotski contre les milieux anarchistes dès avril 1918 par exemple), de leur déportation dans les camps d’extermination du Turkestan et de Sibérie, point de trace. Des traitements drastiques (exécutions et tortures en tous genres) de la Tchéka, la police politique constituée après octobre 1917 sur l’ordre de Lénine (une préfiguration de la Gestapo), point de trace. Peu de chose sur le centralisme étouffant, l’interdiction d’initiative, le blocage de tout échange économique spontané entre les villes et les campagnes, qui contribuèrent fortement à la récession et au développement de la misère et des famines. Rien sur le rançonnement brutal des paysans par l’armée et la police. Rien sur le « stakhanovisme » et l’asservissement de la classe ouvrière encadrée par des gardes-chiourmes communistes. Rien – les bribes d’information sur Kronstadt exceptées – sur les vagues de répression, souvent plus implacable et aveugle que sous le régime tsariste lui-même. Au total, trois fois rien sur la dégénérescence éclair du bolchevisme qui, en quelques mois après octobre 17, se mua en une dictature infernale sur le prolétariat.

 

Beaucoup de détails en revanche sur des exploits imaginaires de Trotski qui, à la tête de son armée d’esclaves, triompha, nous dit-on, de Youdenitch, de Koltchak, de Denikine, de Krasnov, de Wrangel, de Tchaïkovsky, alors que les offensives de ces chefs contre-révolutionnaires furent, pour l’essentiel, brisées par des partisans paysans et ouvriers, des détachements de kronstadiens et les anarchistes ukrainiens. Parallèlement, le silence est complet en ce qui concerne les nombreuses oppositions à la tyrannie bolchevique qui mobilisèrent des centaines de milliers d’insurgés jusqu’en 1921.

 

Le « dossier exceptionnel du Matin » vient à point nommé réveiller notre vigilance engourdie par moult caresses démagogiques. Il nous laisse entrevoir la véritable nature d’une certaine « Gauche » qui éprouve toujours le besoin de falsifier l’histoire. Il nous indique que les disciples des Big Brother Lénine et Trotski sont là, tapis dans les états-majors et les rédactions des journaux démocroâtiques.

 

ACG 24 octobre 77

publié par le Bulletin de l’APRE agence de presse réhabilitation écologique) n°264, 4 novembre 1977

 

Quelques bouquins disponibles en librairie pour ceux qui ne veulent pas mourir idiots :

« Kronstadt, prolétariat contre bolchevisme« , Alexandre Skirda aux éditions de la Tête de feuilles

« Les anarchistes dans la révolution russe« , même auteur et même éditeur

« La revanche de Bakounine« , Philippe Oyhamburu aux éditions Entente

« Makhno, une épopée« , Malcolm Menzies chez Belfond

 

Commentaire 2010 :

Alors, j’ignorais encore l’essentiel sur les coulisses de ce que j’avais vécu au sein du mouvement alternatif. Je ne croyais, donc, pas si bien dire en écrivant : les bolcheviks sont encore là ! Des bolcheviks contre-révolutionnaires… et les autres.