Si La Semaine de la Terre s’était déroulée en Californie, à New York, à Chicago ou à Amsterdam, elle serait encore donnée en exemple de la vitalité de the Ecologist New Left. Mais elle a été réalisée à Paris par des écologistes français, à une époque qui semble trop lointaine pour les historiens auto-proclamés de l’écologisme. En effet, aucun article, aucune thèse, aucun livre sur l’histoire de l’écologisme n’en parle. Ni de La Semaine de la Terre, ni d’autres événements remarquables, d’ailleurs. A croire qu’il existe une consigne du silence.

 

photo Igor Muchins

première manifestation de La Semaine de la Terre, Bois de Boulogne avril 1971

 

A l’initiative d’une poignée d’écologistes de Jeunes et Nature et au terme d’une longue préparation facilitée par l’association Etudes et Chantiers, qui nous avait prêté ses locaux et ses matériels de reproduction, des manifestations, performances dans les lieux publics (comme le nettoyage symbolique de la Fontaine Saint Michel à Paris), distributions de tracts, réunions, conférences et débats, La Semaine de la Terre a abordé les principaux aspects de la crise écologique planétaire.
 
Curieusement dédaignés par les historiens de l’écologisme – comme toute la nouvelle gauche écologiste de France et d’ailleurs qui lança l’alerte dès le début des années 1960, au moins, les écologistes de La Semaine de la Terre ont laissé plus de souvenirs comme animateurs des Amis de la Terre jusqu’en 1974.

Après, c’est une autre histoire…
 
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par Patrick Gominet et Danielle Fournier, édit. Les Cahiers dessinés 2011, livre bellement illustré par des dessins de Pierre et des photos d’une époque remarquable. Cette publication, qui comprend des articles et des lettres écrits à l’époque de la floraison de la nouvelle gauche en France, est une contribution majeure au rétablissement de la vérité sur l’esprit et la culture du mouvement alternatif des années soixante et soixante-dix.
 

Les campagnes de l’hystérie anti-nature totalitaire de la Chine de Mao (sans doute l’un des premiers chocs, pour moi, au tout début des années soixante), les meurtres de masse d’animaux en Afrique et en Asie, les désertifications résultant de « mises en valeur des terres agricoles » idiotes du temps de « la révolution verte » (je connaissais particulièrement l’exemple de Madagascar), le génocide des indiens de l’Amazonie et d’ailleurs, tant d’autres atrocités destructrices de la bulle de vie terrestre, qui venaient s’ajouter au massacre historique des Amérindiens, des populations animales et des écosystèmes du Nord au Sud du continent… Assez ! C’était assez de cauchemars que nous ressentions comme autant d’atteintes personnelles. Comme Pierre Fournier l’a exprimé, nous avons commencé à ne vivre que pour hurler « arrêtez la merde » !

 

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Au début de l’année 1971, en pleine préparation de la Semaine de la Terre, je tente d’ouvrir le dialogue avec les dirigeants du mouvement coopératif (mes employeurs *) pour stimuler la production et la distribution de produits bio.

* je travaillais à l’Institut des Etudes Coopératives qui s’efforçait de maintenir en vie l’idéal coopératif

Je leur adresse donc une lettre…

 

Proposition faite aux délégués du Mouvement Coopératif ; principalement les Coopératives de Consommation, le Laboratoire Coopératif d’Analyses et de Recherches, les Coopératives Agricoles et le Comité National des Loisirs :

 

Un impératif : la qualité

En France, la situation démographique et économique a atteint un développement très favorable à la maturation d’une prise de conscience des problèmes liés de près ou de loin à la qualité de la Vie. Il s’agit sans doute d’un phénomène né de l’opposition entre la conséquence normale de la course à l’abondance : la hausse quantitative du niveau de vie, et la conséquence négative amplifiée par l’augmentation de la densité de population : la nouvelle forme de paupérisation qu’est la détérioration de l’environnement. L’une permet l’accession du plus grand nombre à la connaissance et au confort, l’autre gâte la satisfaction des besoins suscités par l’amélioration primitive et compromet l’avenir. De cette prise de conscience d’un état paradoxal surgira un climat de mécontentement croissant. Il suffit pour s’en convaincre d’observer les pays qui, comme les Etats Unis, nous précèdent dans la voie de l’expansion économique. Il semble qu’il apparaisse chez eux un autre facteur de sensibilisation : l’abondance des biens de consommation qui conduit à une réaction de saturation.

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