L’« environnement » devient soudain source de notoriété et de places. Les intellectuels (qui sont de gauche comme la banque et l’industrie sont de droite), à la suite de l’Amérique représentée par Ivan Illitch, découvrent les problèmes de la société industrielle qu’ils s’étaient obstinément refusés à se poser. Et Morin, Domenach, Dumont, etc. se convertissent à l’écologie. Les technocrates, les industriels, les politiciens avec quelque retard, se montrent depuis aussi souples. En 1971, dans « Le Monde », où un tel discours eut été impensable deux ans plus tôt, l’auteur du Plan Mansholt qui a liquidé l’agriculture et généralisé l’agrochimie en Europe, dénonce la destruction de la nature et de la qualité de la vie par la croissance. Il part en guerre contre les méfaits des pesticides et de la chimie sans se demander si son plan n’y est pas pour quelque chose. Le Club de Rome, dirigé par d’éminents industriels et technocrates, publie son fameux rapport, et MM. J. Monod et P. Massé laissent mentionner sans protester leur appartenance à ce club de Rome. Le feed back a fonctionné, les thèmes ont changé, mais les notabilités intellectuelles ou industrielles restent en place; l’auteur du plan Mansholt est devenu le prophète de l’écologie. Mais la multiplication des comités de défense et la crise de l’énergie n’empêchent pas la croissance de s’accélérer, et avec elle, le ravage, en dépit et à cause de l’inflation.

Bernard Charbonneau

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…du mouvement écologiste, pas des partis de « l’écologie politique« . Juste le contraire.

 

Comme Hervé le Nestour, son compagnon de recherche et d’action de longtemps, c’est à l’occasion de la Semaine de la Terre, la première manifestation publique de la nouvelle gauche écologiste française, que j’ai fait la connaissance de Jean Detton. Entre beaucoup d’autres engagements, il était animateur de la Société Internationale de Cybernétique et acteur de Survivre et Vivre créé par Alexandre Grothendieck.

« Jean Detton est sans doute le personnage le plus connu de tous les milieux scientifiques français non trop officiels : et quand ils sont à l’extrême pointe de la recherche, en tous domaines. Car la cybernétique, science-synthèse, concerne à la fois les agronomes et les astro-physiciens, les économistes et les grammairiens, les psychanalystes et les mathématiciens, les spécialistes de la physique nucléaire ou ceux de l’histoire des religions, etc… Comme en outre elle porte un sentiment très bio-social des rapports humains, son plus actif représentant en France est un homme qui semble avoir le don de multi-location ; on le rencontre un peu partout où est en train de s’inventer quelque chose d’important pour notre avenir, du point de vue scientifique, ou technique.« 
Extrait d’un texte paru dans Sexpol n°31, de juin 1979.
http://www.magick-instinct.org/Reymondon/sexpol31.html

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…du mouvement écologiste, pas des partis de « l’écologie politique« . Juste le contraire.

 

Il y a 46 ANS, après nous être manqués en 68, nous nous sommes enfin rencontrés pendant La Semaine de la Terre.

Hervé le Nestour était musicien et poète. Il était aussi anthropologue. Il avait vécu en Amazonie et avait travaillé avec Claude Lévi-Strauss, autre remarquable lanceur d’alerte de l’écologisme généralement oublié en tant que tel. Comme Jean Detton auquel il rend hommage ici, il était curieux de tout et semblait de démultiplier pour participer à quantité d’événements. Jean et Hervé ont énormément compté dans la dynamique de la nouvelle gauche française*. Mais ils semblent avoir été effacés des mémoires. Comme c’est curieux…

  • c’est ainsi que s’est appelé le mouvement critique et alternatif des années soixante (new left)

 

Hervé a beaucoup écrit, des articles, des études, des chansons… Beaucoup. Et beaucoup distribué. Beaucoup donné. Comme tous les acteurs de ce mouvement exceptionnel, il a été peu publié. Beaucoup censuré. Il est maintenant censuré dans la mort. 

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