L’idée de décroissance connaît depuis peu un certain regain. On pourrait s’en réjouir en l’interprétant comme l’expression d’un besoin d’exercice critique vis à vis des fondements de la civilisation industrielle. Enfin ! Car, évoquer ce sujet il y a peu, et de manière constructive en ouvrant un champ de réflexion et d’action oublié, c’était la garantie de faire un four (1). Donc, après si longtemps d’extinction des feux de la pensée alternative, on se prend à espérer un redémarrage du débat d’idées. Mais, y a-t-il eu débat ? Pas exactement. Y a-t-il eu concertation ? Pas plus que d’habitude, c’est à dire pas du tout. Il y a eu lancement unilatéral sans souci de cohérence avec l’histoire et l’évolution de la critique écologiste, comme on lance un produit dans un esprit de concurrence. Résultat : cette décroissance-là est employée sans autre forme de précision, de façon extensive. Ainsi, l’idée, qui avait la disponibilité d’un outil critique, est passée à l’état contraignant de slogan. Qui a besoin d’un slogan ? D’autant qu’il y a quelques risques à mettre en avant la décroissance seule comme s’il s’agissait d’un objectif en soi, applicable sans distinction de contexte.

Ecologisme et décroissance

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A défaut d’un mouvement plus combatif, la crise écologique planétaire et l’expansion des industries qui en étaient principalement à l’origine poussaient les nouveaux révoltés vers le mouvement de la protection de la nature. Parisien depuis peu, j’étais allé vers la Fédération Nationale des Sociétés de Protection de la Nature qui avait ses locaux au Museum d’Histoire Naturelle, et étais devenu membre de Jeunes et Nature, une association récemment créée par François Lapoix. Nous y étions plus éducateurs que militants. Sensibiliser les plus jeunes pour que, devenus adultes, ils changent peut-être les décisions politiques sur lesquelles nous n’avions pas su agir ne satisfaisait pas tout le monde*. Il y avait un décalage entre cette mission d’éveil au long cours auprès des scolaires et l’urgence que nous ressentions. Nous voulions nous-mêmes agir sur le présent.

  • Nous n’avions pas tort ! Vu la catastrophe planétaire, il n’est que trop évident que l’éveil n’a pas été de taille à lutter contre la propagande et les stratégies d’assimilation au système destructeur.

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L’anti-écologisme, et l’aversion pour la nouvelle gauche, des gauchistes, des ex-spiritualistes personnalistes, des capitalistes néo-cons, etc.

 

« Le catalogue des idées reçues qui exercent leur hégémonie sur les politiques publiques et qui, grâce au suivisme des médias, envahissent les esprits n’est pas plus « naturel » qu’un autre : le néolibéralisme, resucée simpliste de doctrines du début du dix-neuvième siècle, a commencé, dans l’indifférence générale, à se construire de toutes pièces au lendemain de la seconde guerre mondiale. Mais quelques décennies plus tard, grâce à l’intelligence stratégique de ses promoteurs, à des centaines de millions de dollars de financements et malgré les résultats généralement désastreux des mesures qu’il a inspirées, il est devenu le socle de la pensée unique. (…) « Pour le néolibéral, la liberté individuelle ne résulte nullement de la démocratie politique ou des droits garantis par l’Etat : être libre, c’est, au contraire, être libre de l’ingérence de l’Etat. Celui-ci doit se limiter à fixer le cadre permettant le libre jeu du marché. La propriété privée de tous les moyens de production, et donc la privatisation de tous ceux appartenant à l’Etat, est indispensable. Le marché répartira au mieux les ressources, l’investissement et le travail ; la charité et le volontariat privés doivent remplacer la quasi-totalité des programmes publics destinés aux groupes socialement défavorisés. L’individu redeviendra ainsi entièrement responsable de son sort.(…) »

Comment la pensée devint unique, Susan George 2008

 

Le tableau restitué par Susan George est déjà édifiant. Elle souligne l’ampleur de l’effort de la guerre économique : la globalisation. Mais elle semble ignorer le rôle déterminant de la guerre froide culturelle au service de celle-ci. Son propos reste centré sur l’aspect économique au point qu’elle néglige la dimension écologique, laquelle relativise radicalement la place de l’individu et de la société pour les repositionner dans leurs écosystèmes et la biosphère. Il s’agit donc d’intégrer le vivant dans tous les processus de décision – dans la démocratie. En cela, c’est la critique la plus radicale de la domination capitaliste. C’est bien pourquoi la prise de conscience écologiste des années soixante, qui a largement inspiré la nouvelle gauche (new left), a vite été perçue comme un danger aussi grand, sinon plus, que l’idéologie communiste.

Il y a plusieurs manières d’étouffer une révolution, ou même un simple désir d’évolution. La manière forte et spectaculaire, avec la violence physique qui fait rentrer les têtes dans le rang en répandant le sang et la peur.

Beaucoup plus efficace à long terme est la manière sournoise. Elle se traduit aussi par des violences, mais beaucoup plus subtiles – dissimulées surtout, si dissimulées qu’elles ne sont vraiment connues que des victimes les plus directes. La foule des autres suit le doigt du prestidigitateur et ne voit plus que les illusions vaines qu’il sort du chapeau. Et, de déceptions en démobilisations, tout espoir et tout projet leur est bientôt ôté, les laissant vides et désemparés.

 

 

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