Candidature alternative : la contradiction

Le projet d’une candidature « écologiste » aux élections présidentielles (celle de Pierre Rabhi) a été lancé dans l’ignorance des enseignements d’une expérience dont les initiateurs de la candidature d’aujourd’hui disent, pourtant, s’inspirer. Voilà qui montre à quel point la mémoire de l’alternative a été oubliée, combien sont méconnues les circonstances de la substitution d’un environnementalisme réformiste au mouvement alternatif, combien est lointain le dernier débat sur la philosophie politique, et qui démontre une fois de plus que la plupart des personnes sensibilisées aux questions écologiques ne sont pas prêtes de former un mouvement parce que, en contradiction avec l’une des premières règles du vivant, elles ont un mal fou à communiquer. Enfermées dans des circuits étanches les uns aux autres, elles s’ignorent de bonne foi, méconnaissant même à peu près tout de ce qui les a précédées, quand elles ne se snobent pas au sein des mêmes « associations« . Le développement du projet révèle à lui seul combien la lecture des médias écologistes – tel Silence qui a déjà diffusé beaucoup d’informations et de réflexions sur les illusions et les risques de l’utilisation de l’électoralisme – est restée confidentielle. D’ailleurs, elle a régressé de façon significative : Ecologie Infos vendait deux fois plus en 1989 que Silence treize années plus tard. C’est, entre beaucoup d’autres, un symptôme remarquable de la régression culturelle et politique entraînée par la longue dépression du mouvement alternatif.

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Au moment où les MOI JE VEUX, qui ont troqué leurs neurones contre un piston, sortent de leur apathie de plomb vis à vis du bien commun et descendent dans la rue contre une réduction des vitesses excessives sur route, il paraît utile de rappeler quelques bases relatives au bien commun – ce bien commun qui a été totalement oublié depuis l’écrasement de la nouvelle gauche écologiste (à dessein).

 

Il convient aussi de resituer l’automobile comme l’un des principaux monopoles radicaux (Illich), un outil devenu dominant qui transforme tout autour de lui, y compris les perceptions et les mentalités (réduites), comme le dénonçaient déjà les situationnistes des années 60 avec l’auto-critique dédiée à la sainte bagnole…

 

 

Ex-cyclotouriste, je ne ferai plus les parcours que je découvrais avec plaisir dans les années 1970 et jusqu’à voici vingt ans encore. Et ce n’est pas la forme qui manque le plus. C’est l’agrément, la place et la quiétude. Là même où l’on était dérangé quatre ou cinq fois par heure par une automobile roulant à allure modérée, on peut à peine se relâcher un instant. Il faut serrer à droite et se concentrer sur la ligne du bas-côté. Pendant que passent des trains d’automobiles frénétiquement collées les unes aux autres et des poids lourds à grande vitesse dont le souffle nous déporte, on tend le dos en espérant que les cyborgs incarcérés dans leurs mécaniques s’écarteront suffisamment. Même sur la moindre route de montagne, il faut prendre des précautions d’éclaireur pour aborder les virages d’où peut surgir un bolide à la limite de la sortie de route.

 

« La vie de partout se précipite, se bouscule, animée d’un mouvement fou, d’un mouvement de charge de cavalerie, et disparaît cinématographiquement, comme les arbres, les haies, les murs, les silhouettes qui bordent la route… »

« Cette maladie s’appelle d’un nom très joli : la vitesse. »

Octave Mirbeau

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L’idée de décroissance connaît depuis peu un certain regain. On pourrait s’en réjouir en l’interprétant comme l’expression d’un besoin d’exercice critique vis à vis des fondements de la civilisation industrielle. Enfin ! Car, évoquer ce sujet il y a peu, et de manière constructive en ouvrant un champ de réflexion et d’action oublié, c’était la garantie de faire un four (1). Donc, après si longtemps d’extinction des feux de la pensée alternative, on se prend à espérer un redémarrage du débat d’idées. Mais, y a-t-il eu débat ? Pas exactement. Y a-t-il eu concertation ? Pas plus que d’habitude, c’est à dire pas du tout. Il y a eu lancement unilatéral sans souci de cohérence avec l’histoire et l’évolution de la critique écologiste, comme on lance un produit dans un esprit de concurrence. Résultat : cette décroissance-là est employée sans autre forme de précision, de façon extensive. Ainsi, l’idée, qui avait la disponibilité d’un outil critique, est passée à l’état contraignant de slogan. Qui a besoin d’un slogan ? D’autant qu’il y a quelques risques à mettre en avant la décroissance seule comme s’il s’agissait d’un objectif en soi, applicable sans distinction de contexte.

Ecologisme et décroissance

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