Au moment où les MOI JE VEUX, qui ont troqué leurs neurones contre un piston, sortent de leur apathie de plomb vis à vis du bien commun et descendent dans la rue contre une réduction des vitesses excessives sur route, il paraît utile de rappeler quelques bases relatives au bien commun – ce bien commun qui a été totalement oublié depuis l’écrasement de la nouvelle gauche écologiste (à dessein).

 

Il convient aussi de resituer l’automobile comme l’un des principaux monopoles radicaux (Illich), un outil devenu dominant qui transforme tout autour de lui, y compris les perceptions et les mentalités (réduites), comme le dénonçaient déjà les situationnistes des années 60 avec l’auto-critique dédiée à la sainte bagnole…

 

 

Ex-cyclotouriste, je ne ferai plus les parcours que je découvrais avec plaisir dans les années 1970 et jusqu’à voici vingt ans encore. Et ce n’est pas la forme qui manque le plus. C’est l’agrément, la place et la quiétude. Là même où l’on était dérangé quatre ou cinq fois par heure par une automobile roulant à allure modérée, on peut à peine se relâcher un instant. Il faut serrer à droite et se concentrer sur la ligne du bas-côté. Pendant que passent des trains d’automobiles frénétiquement collées les unes aux autres et des poids lourds à grande vitesse dont le souffle nous déporte, on tend le dos en espérant que les cyborgs incarcérés dans leurs mécaniques s’écarteront suffisamment. Même sur la moindre route de montagne, il faut prendre des précautions d’éclaireur pour aborder les virages d’où peut surgir un bolide à la limite de la sortie de route.

 

« La vie de partout se précipite, se bouscule, animée d’un mouvement fou, d’un mouvement de charge de cavalerie, et disparaît cinématographiquement, comme les arbres, les haies, les murs, les silhouettes qui bordent la route… »

« Cette maladie s’appelle d’un nom très joli : la vitesse. »

Octave Mirbeau

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L’idée de décroissance connaît depuis peu un certain regain. On pourrait s’en réjouir en l’interprétant comme l’expression d’un besoin d’exercice critique vis à vis des fondements de la civilisation industrielle. Enfin ! Car, évoquer ce sujet il y a peu, et de manière constructive en ouvrant un champ de réflexion et d’action oublié, c’était la garantie de faire un four (1). Donc, après si longtemps d’extinction des feux de la pensée alternative, on se prend à espérer un redémarrage du débat d’idées. Mais, y a-t-il eu débat ? Pas exactement. Y a-t-il eu concertation ? Pas plus que d’habitude, c’est à dire pas du tout. Il y a eu lancement unilatéral sans souci de cohérence avec l’histoire et l’évolution de la critique écologiste, comme on lance un produit dans un esprit de concurrence. Résultat : cette décroissance-là est employée sans autre forme de précision, de façon extensive. Ainsi, l’idée, qui avait la disponibilité d’un outil critique, est passée à l’état contraignant de slogan. Qui a besoin d’un slogan ? D’autant qu’il y a quelques risques à mettre en avant la décroissance seule comme s’il s’agissait d’un objectif en soi, applicable sans distinction de contexte.

Ecologisme et décroissance

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A défaut d’un mouvement plus combatif, la crise écologique planétaire et l’expansion des industries qui en étaient principalement à l’origine poussaient les nouveaux révoltés vers le mouvement de la protection de la nature. Parisien depuis peu, j’étais allé vers la Fédération Nationale des Sociétés de Protection de la Nature qui avait ses locaux au Museum d’Histoire Naturelle, et étais devenu membre de Jeunes et Nature, une association récemment créée par François Lapoix. Nous y étions plus éducateurs que militants. Sensibiliser les plus jeunes pour que, devenus adultes, ils changent peut-être les décisions politiques sur lesquelles nous n’avions pas su agir ne satisfaisait pas tout le monde*. Il y avait un décalage entre cette mission d’éveil au long cours auprès des scolaires et l’urgence que nous ressentions. Nous voulions nous-mêmes agir sur le présent.

  • Nous n’avions pas tort ! Vu la catastrophe planétaire, il n’est que trop évident que l’éveil n’a pas été de taille à lutter contre la propagande et les stratégies d’assimilation au système destructeur.

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