Le Matin – « de Paris » il y a peu – vient de publier en une semaine un « document spécial » signé Pierre Feydel et David King sur l’histoire de la révolution russe. « Spécial« , le document l’est en effet, mais peut-être pas pour les raisons qui ont inspiré ce vocable aux rédacteurs. L’histoire de la révolution russe a toujours été maquillée par les zélateurs du socialisme autoritaire. Allait-on connaître enfin la vérité grâce au Matin, journal-de-gauche-qui-garde-son-indépendance-vis-à-vis-des-appareils-de-la-Gauche ? Allons donc ! Et les mêmes fables rabâchées depuis 60 ans de ressortir…

 

Ainsi, les grands, les authentiques animateurs de la révolution russe étaient… vous l’avez deviné : les bolcheviks ! Dans l’histoire selon Le Matin, les bolcheviks sont partout, ils font tout, ils sont les seuls détenteurs de la vérité révolutionnaire ou presque et pas un mot n’est dit de la révolution populaire qui, à partir de février 17, transforma la vie économique et sociale jusqu’à la prise de pouvoir des socialistes étatistes. Pourtant, chose curieuse et un peu déconcertante, quelques traits de lumière traversent le texte de P. Feydel.

 

Incidemment, les anarchistes ukrainiens, en la personne de Nestor Makhno, sont reconnus révolutionnaires, mais, des 3 ans de socialisme libertaire et de guerre menée à la fois contre les armées blanches et l’armée rouge de Trotski, point de trace. De même, j’ai failli tomber de ma chaise en lisant une présentation très sommaire mais honnête des événements de Pétrograd et de Kronstadt en février-mars 1921. Il est question aussi de l’arrestation des révolutionnaires non bolcheviks, mais, de leur élimination physique (le « coup de balai » organisé par Trotski contre les milieux anarchistes dès avril 1918 par exemple), de leur déportation dans les camps d’extermination du Turkestan et de Sibérie, point de trace. Des traitements drastiques (exécutions et tortures en tous genres) de la Tchéka, la police politique constituée après octobre 1917 sur l’ordre de Lénine (une préfiguration de la Gestapo), point de trace. Peu de chose sur le centralisme étouffant, l’interdiction d’initiative, le blocage de tout échange économique spontané entre les villes et les campagnes, qui contribuèrent fortement à la récession et au développement de la misère et des famines. Rien sur le rançonnement brutal des paysans par l’armée et la police. Rien sur le « stakhanovisme » et l’asservissement de la classe ouvrière encadrée par des gardes-chiourmes communistes. Rien – les bribes d’information sur Kronstadt exceptées – sur les vagues de répression, souvent plus implacable et aveugle que sous le régime tsariste lui-même. Au total, trois fois rien sur la dégénérescence éclair du bolchevisme qui, en quelques mois après octobre 17, se mua en une dictature infernale sur le prolétariat.

 

Beaucoup de détails en revanche sur des exploits imaginaires de Trotski qui, à la tête de son armée d’esclaves, triompha, nous dit-on, de Youdenitch, de Koltchak, de Denikine, de Krasnov, de Wrangel, de Tchaïkovsky, alors que les offensives de ces chefs contre-révolutionnaires furent, pour l’essentiel, brisées par des partisans paysans et ouvriers, des détachements de kronstadiens et les anarchistes ukrainiens. Parallèlement, le silence est complet en ce qui concerne les nombreuses oppositions à la tyrannie bolchevique qui mobilisèrent des centaines de milliers d’insurgés jusqu’en 1921.

 

Le « dossier exceptionnel du Matin » vient à point nommé réveiller notre vigilance engourdie par moult caresses démagogiques. Il nous laisse entrevoir la véritable nature d’une certaine « Gauche » qui éprouve toujours le besoin de falsifier l’histoire. Il nous indique que les disciples des Big Brother Lénine et Trotski sont là, tapis dans les états-majors et les rédactions des journaux démocroâtiques.

 

ACG 24 octobre 77

publié par le Bulletin de l’APRE agence de presse réhabilitation écologique) n°264, 4 novembre 1977

 

Quelques bouquins disponibles en librairie pour ceux qui ne veulent pas mourir idiots :

« Kronstadt, prolétariat contre bolchevisme« , Alexandre Skirda aux éditions de la Tête de feuilles

« Les anarchistes dans la révolution russe« , même auteur et même éditeur

« La revanche de Bakounine« , Philippe Oyhamburu aux éditions Entente

« Makhno, une épopée« , Malcolm Menzies chez Belfond

 

Commentaire 2010 :

Alors, j’ignorais encore l’essentiel sur les coulisses de ce que j’avais vécu au sein du mouvement alternatif. Je ne croyais, donc, pas si bien dire en écrivant : les bolcheviks sont encore là ! Des bolcheviks contre-révolutionnaires… et les autres.

L’« environnement » devient soudain source de notoriété et de places. Les intellectuels (qui sont de gauche comme la banque et l’industrie sont de droite), à la suite de l’Amérique représentée par Ivan Illitch, découvrent les problèmes de la société industrielle qu’ils s’étaient obstinément refusés à se poser. Et Morin, Domenach, Dumont, etc. se convertissent à l’écologie. Les technocrates, les industriels, les politiciens avec quelque retard, se montrent depuis aussi souples. En 1971, dans « Le Monde », où un tel discours eut été impensable deux ans plus tôt, l’auteur du Plan Mansholt qui a liquidé l’agriculture et généralisé l’agrochimie en Europe, dénonce la destruction de la nature et de la qualité de la vie par la croissance. Il part en guerre contre les méfaits des pesticides et de la chimie sans se demander si son plan n’y est pas pour quelque chose. Le Club de Rome, dirigé par d’éminents industriels et technocrates, publie son fameux rapport, et MM. J. Monod et P. Massé laissent mentionner sans protester leur appartenance à ce club de Rome. Le feed back a fonctionné, les thèmes ont changé, mais les notabilités intellectuelles ou industrielles restent en place; l’auteur du plan Mansholt est devenu le prophète de l’écologie. Mais la multiplication des comités de défense et la crise de l’énergie n’empêchent pas la croissance de s’accélérer, et avec elle, le ravage, en dépit et à cause de l’inflation.

Bernard Charbonneau

Continuer la lecture

article écrit en mai/juin 1988, publié en 1989

 

54,28% des téléspectateurs ont pu juger superflue une présence écologiste aux présidentielles…

Le candidat écologiste a recueilli 3,8% des voix… Des voix exprimées ; ce qui n’est pas grand-chose par rapport à l’électorat, surtout pour une candidature qui, à la différence des autres, est censée dépasser les intérêts catégoriels pour tendre vers l’intérêt général.


C’est pas brillant !


Deux hypothèses immédiates :

  • les français ne sont pas/ ne sont plus sensibles aux problèmes écologiques.
  • le langage de ceux qui se réclament de l’écologisme n’intéresse pas grand-monde.

Continuer la lecture